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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 09:00

Quand tu descendras à la cave…

 

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On trouve de tout dans les caves d’immeubles. De la poussière, des toiles d’araignées, de vieux objets dont on ne se débarrasse pas par sentimentalisme, des rats crevés, des ramas entreposés à la va-vite, des bouteilles, le plus souvent vides, et parfois même il arrive que l’on débusque un squatteur.

Pour une vague histoire de passage de câbles, Jacques Villeneuve descend à la cave, mais l’employé asthmatique ne veut pas continuer, une grosse pierre fichée dans le sol l’empêchant de travailler. Plus tard Jacques arrive à desceller ce qu’il croit être un gros caillou, et quelle n’est pas sa surprise de découvrir qu’en réalité il s’agit d’un coffre contenant dix petits sacs, une fortune en pièces d’or. Sa voisine Ludivine le surprend et après une petite gâterie qui fait du bien aux deux protagonistes, il ne peut s’empêcher de vendre la mèche. Du coup il lui faut bien faire part de sa trouvaille aux autres copropriétaires de l’immeuble.

Mais présentons ce microcosme : Jacques Villeneuve, qui oscille entre la cinquantaine et la soixantaine, sans travail, amoureux de Mozart auquel il a consacré une étude qui a connu un succès inespéré et continue dans l’écriture. Il absorbe régulièrement ses verres d’huile afin de se graisser les neurones. Ondine, sa compagne, sa cadette de vingt ans, est quelque peu folâtre, et sans aucun complexe, surtout lorsqu’il s’agit de dépenser l’argent de Jacques. Ludivine, rousse flamboyante, très portée sur la fellation, ce qui est peut-être la cause de sa propension à employer un mot pour un autre, et mère de Greg, un gamin qui veut à tout prix se fourrer la tête dans une bonbonnière et dont la conversation se limite à des aga, aga. Aurore possède un chien, un chowchow nommé Mao, un chat qui répond au nom de Tsé Toung, un perroquet, et n’est pas franchement affriolante avec sa tête de gargouille. Ensuite, Gérard, qui habite la loge de concierge, ancien typographe à la retraite et qui s’amuse à tirer sur les pigeons se nichant dans le marronnier du jardinet. Cédric, prof de lettres, ancien maoïste, pince-sans-rire, citant à tout propos Baudelaire, appréciant les boissons fortes et les films d’horreur. Le docteur Schlick est un cas lui aussi : affligé d’une coquetterie oculaire, les cheveux gominés, le stéthoscope en bandoulière, affublé d’une blouse blanche, débordant de vitriol avec une tête pleine de clochettes, il a une bonne (à tout faire ?) nommée Mélia. Enfin le seul couple officiel de l’immeuble, les Benabid, surnommés avec ironie Benaventre par Schlick. Ils ont recueilli leur petite fille Nébia à la mort de ses parents dans un accident, Nébia qui aime grimper dans le marronnier au grand dam de Gérard qui a peur de toucher la gamine de dix ans en tirant sur les pigeons.

Maintenant que tous les personnages principaux vous ont été présentés, introduisons-nous subrepticement dans l’appartement du docteur Schlick qui organise un repas afin de réunir tous ces copropriétaires face à cette manne tombée de la cave. Seulement le cochon de lait et le lapin prévus au programme des réjouissances gustatives ne sont pas exactement les animaux servis dans les assiettes des convives. C’est ce que Mélia découvre en tournant de l’œil en ouvrant sa cuisinière. Figurez-vous son étonnement, et son horreur, en se retrouvant nez à nez avec les têtes de Mao (le chien) et de Tsé Toung (le chat) les animaux d’Aurore qui n’avaient aucunement besoin de se réchauffer mais se retrouvent refroidis par la malice d’un petit malin qui se joue des nouveaux millionnaires en herbe (de Provence).

Un coup de froid pour Aurore qui perd la raison et est hospitalisée. Quand la bague de Gérard, qui n’a pas donné de ses nouvelles depuis quelque temps, est retrouvée dans le ventre d’un poisson acheté sur le marché, l’inquiétude grandit. Ce n’est pas encore l’affolement mais tout le monde se pose des questions. D’autant plus que les décès, accidentels apparemment, se succèdent. Les optimistes se consolent en se disant que moins de monde il y aura à se partager la galette, plus les parts seront conséquentes.

 

Petit papa Noël, dont le titre trouve sa justification dans le déroulement du récit, nous emmène un peu sur les traces d’Agatha Christie et à son célèbre roman Les dix petits nègres. Un hommage mais en même temps une œuvre personnelle, avec une trame humoristique, comprenant de très nombreuses références cinématographiques et littéraires. Ce qui n’empêche pas l’auteur, au contraire, de placer des coups de griffes qui trouvent leur justification dans un contexte actuel. Ainsi Cédric, prof de lettres je le remémore, se positionne en se posant des questions fondamentales : « S’il ne pouvait pas donner ses cours sans risquer des insultes et même des coups, il se sentait en droit de demander des comptes à la République. Tous ces politiques, syndicalistes et intellectuels qui s’exprimaient à la place des profs, des gens de terrain, il les maudissait ».

Mais restons philosophes, quelles que soient les circonstances. Et si comme Jacques Villeneuve, le héros de ce roman et non l’ancien champion automobile de formule 1, vous demandez à votre compagne lorsqu’elle se rend à un rendez-vous : « Et tu vas y aller comme ça, en mini et en string ? », ne vous étonnez pas si elle vous rétorque : « Le string, personne ne le voit. La mini, c’est la mode », il est évident que vous aurez posé la mauvaise question, au mauvais moment.


François CERESA : Petit papa Noël. Pascal Galodé éditeurs. 184 pages. 18€.

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 14:21

Les coïncidences littéraires existent, je les ai rencontrées !

 

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La mise en ligne de ma chronique concernant le remarquable ouvrage de John Curran : Les carnets secrets d’Agatha Christie, m’a donné l’idée de remettre un article sur un essai non moins remarquable datant de 1989, dû à Annie Combes, et qui mériterait d’être diffusé plus largement.

Qui n’a jamais lu au moins un roman d’Agatha Christie, La Bonne Dame de Torquay, La Reine du crime, La Duchesse de la mort, comme l’ont surnommée certains critiques ?

Qui n’a pas été tenté de découvrir en compagnie d’Hercule Poirot ou de Miss Marple l’auteur d’un crime savamment agencé ?

Qui ne s’est jamais senti frustré à la fin du roman en s’apercevant que le criminel n’était pas celui auquel on pensait ?

Pourtant Agatha Christie avait déposé ça et là des indices, des leurres également, qui devaient permettre d’accéder à la bonne solution.

Annie Combes, dans cet essai, cette étude sur les romans christiens, sur les différents personnages, sa façon d’écrire, analyse, commente, déchiffre, explore et donne envie de relire d’un regard neuf des romans souvent trop vite lus. Un essai passionnant de bout en bout, écrit sur un mode ludique et attrayant. En effet on peut lire cet ouvrage chapitre après chapitre, lecture conventionnelle, ou en suivant des axes grâce à des renvois en marge, ou encore en sélectionnant ses chapitres.

Les marges comptent pour beaucoup dans cet ouvrage, puisqu’elles comportent de nombreuses notes souvent indispensables, des exemples, des compléments d’information, des renvois à tel chapitre, etc.

Un très gros travail effectué par une passionnée des romans d’Agatha Christie, une passionnée qui sait en même temps se montrer impartiale, reconnaissant que certains romans cèdent à la facilité. Un ouvrage de référence indéniable.

Annie Combes ne manque pas d’humour. Par exemple page 179, dans un chapitre consacré au rôle des chiffres dans l’œuvre christienne, en conclusion de la partie dédiée au chiffre 9, elle termine par cette phrase : pour écrire un récit d’énigme novateur, c’est dans le montage de l’intrigue et l’écriture indicielle qu’il faut chercher du neuf !

Un chapitre, parmi tant d’autres, qui a retenu plus particulièrement mon attention et suscité mon intérêt, c’est celui de la traduction. En effet souvent les romans d’Agatha Christie ont souffert de coupures, de négligence, d’une certaine facilité et même d’un je-m’en-foutisme certain de la part des traducteurs et/ou de l’éditeur. L’exemple le plus connu et qu’Annie Combes ne cite pas, est celui des Dix petits nègres, dont la solution finale est entièrement tronquée*.

 

*Cette chronique date de 1989, et heureusement depuis Les éditions du Masque (anciennement Librairie des Champs Elysées, le Masque étant alors une collection) ont entrepris à partir de 1990 un très gros travail de retraduction, et il vaut mieux lire les ouvrages publiés depuis, soit au Masque dans la collection Les Intégrales ou dans Le Livre de Poche, en vérifiant si la mention nouvelle traduction complète (ou similaire) est apposée.

En conclusion un travail de recherche effectué avec sérieux, qui se lit comme un roman, passionnant de bout en bout, écrit par quelqu’un qui pousse l’humour ou l’identification en possédant les mêmes initiales qu’Agatha Christie !

 

Disponible uniquement chez l’éditeur :

http://www.lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/agatha-christie/

 

Annie COMBES : Agatha Christie, l’écriture du crime. Collection. Réflexions faites. Essai édité par Les Impressions Nouvelles. 1989. 304 pages. 21€.


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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 06:58

Mon beau sapin, roi des forêts...


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Mais que font donc San-A, son fils Toinet, l’impayable Béru et l’inénarrable Berthe sur les pistes de ski de La Toussuire en cette veille de Noël ? Pour skier me rétorquerez-vous ! Accessoirement répondrai-je, mais surtout pour accomplir une mission.

Vous me croirez ou pas mais ils doivent refroidir un dénommé Pipo Fellaci, moniteur de ski. C’est pour de faux, mais vous ne le direz pas, promis ? Seulement voilà qu’un grain de sable sous la forme de Lanturleau vient semer la pagaille dans une opération bien huilée. Lanturleau qui fut un collègue de promotion de San-A et est actuellement en poste à Albertville. Un choc percutant incontrôlé contre le traineau qui emmène le corps de Pipo à la station, et l’homme est définitivement réduit en cadavre. Enfin pas vraiment. Pipo a la vie dure, mais le chewing-gum qu’il vient d’ingérer lui est fatal. On n’échappe pas au cyanure.

Mission ratée pour San-A et ses acolytes, qui devaient simuler une agression afin de mettre Pipo à l’abri d’un agresseur coriace, ingénieux et fétichiste. En effet depuis le mois d’août, le 23 de chaque mois exactement, un homme est assassiné dans des circonstances spécifiques et raffinées. Le premier de la liste, Mekèl Belboul, moniteur de rafting, est abattu à coups de flash-ball alors qu’il essayait d’enseigner les rudiments de ce sport à des adolescents. Le 23 septembre, Situva Tuvaniké décède lors d’un saut à ski, sa corde ayant été sabotée. Le 23 octobre, Vaszy Kaszilpö est déchiqueté par une balle de golf piégée, et pourtant le golf n’est pas réputé pour être un sport extrême. Le 23 novembre une jeune femme en goguette décède des inhalations d’une cigarette empoisonnée. Mais il ya eu erreur sur la personne, c’était Pipo qui visé et qui n’écoutant que son bon cœur avait offert la cibiche mortelle à la défunte, en attendant des relations moins tabagiques et plus charnelles.

L’enquête sera courte dans le temps mais réservera de nombreuses surprises à nos protagonistes, les cadavres s’essaimant dans la station de ski et ses alentours comme des cailloux noirs et roses sur la neige virginale.

Berthe saura alimenter la jalousie de Béru en surfant sur les vagues du plaisir tandis que son mari rongera son frein en ne la retrouvant pas dans le lit conjugal et hôtelier. Patrice Dard qui a repris le flambeau à la disparition de Frédéric Dard, et peut-être même avant, possède le ton, la verve, le sens des dialogues et des situations qui nous étaient chères, redonnant aux aventures de San-Antonio ce côté bon enfant que l’on appréciait dans les années 60.

La bonne humeur, quelques coups de gueule, des parenthèses comme celle concernant le pourquoi du S à essuie-glaces alors que le pare-brise n’est que d’un seul tenant, mais beaucoup moins de digressions pessimistes qui engluaient les aventures de San-A dans les années 90. Un bon cru placé sous le signe du tabac, en témoignent les têtes de chapitres, tandis que les différentes parties du roman font référence à des films.


Patrice DARD : Ça sent le sapin. Les nouvelles aventures de San-Antonio. N° 20. Editions Fayard. Mars 2010. 7€.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 14:24

Les recettes littéraires de Dame Agatha !

 

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Bon nombre de lecteurs se demandent, à juste raison, comment travaille, écrit un(e) romancier(e), comment s’organise sa journée, d’où lui viennent ses idées, et autres questions fondamentales qui bientôt n’auront plus de réponses à cause de l’informatique. Existera-t-il des traces des différentes versions, des suppositions, des idées jetées en l’air ou sur écrit, des ratures, des renvois, comme cela pouvait et peut encore être découvert grâce à certains manuscrits soigneusement conservés dans des bibliothèques.

John Curran grâce à un hasard extraordinaire, mais pas tant que cela si l’on considère qu’un admirateur aura toujours plus de chance de découvrir des perles rares qu’un lecteur lambda, a pu mettre la main sur soixante-treize carnets appartenant à Agatha Christie, sachant que certains ont dû se perdre au fils des ans.

10petitsnegres-copie-1.jpgLe petit-fils de la célèbre romancière, Mathew Prichard, et John Curran se sont rencontrés à Calgary au Canada, lors de la création mondiale d’une des toutes dernières pièces d’Agatha Christie, Chimneys, et ils ont sympathisé. C’est ainsi que John Curran devient un visiteur fréquent de la propriété sise à Greenway avant même que le National Trust organise de nombreux travaux de rénovation, invité par Mathew Prichard et sa femme. Et qu’il est amené à trouver rangés dans une petite pièce du deuxième étage, des éditions originales de livres, des manuscrits, des lettres et des contrats, des photos, des coupures de presse et un carton ordinaire. Ordinaire, pas tant que cela puisqu’il contient une collection de vieux cahiers d’écoliers.

John Curran est subjugué par sa découverte, et il passe des heures dans cette pièce à relever notes, noms, lieux, dates, à comparer, à remettre en ordre, car si ces cahiers ou carnets, de tailles et d’épaisseurs différentes sont numérotés, c’est dans un ordre aléatoire, prémisses à un véritable dépouillement jamais mené au bout. 

John Curran se plonge dans ces carnets avec la jubilation, l’excitation dû à la découverte d’un trésor, et il passera des heures, des journées, deaffaire-styles.jpgs semaines, à compulser, trier, comparer, analyser, décrypter parfois, des mots, des phrases, des idées, des noms, des interrogations, des ratures, traquant l’écriture serrée, patte de mouche, qui évolue au fil des ans. Un véritable fourre-tout : Pour elle [Agatha Christie], ces blocs-notes sans prétention étaient un simple outil de travail, pas plus précieux que le stylo, le crayon ou le Bic qu’elle prenait pour les noircir. Ses carnets lui servaient d’agendas, d’aide-mémoire, de blocs pour messages téléphoniques, de journal de bord, de livres de comptes pour la maison ; elle les utilisait pour rédiger des brouillons de lettres, pour faire des listes de cadeaux à l’occasion de Noël et des anniversaires, pour griffonner des listes de choses à faire, pour répertorier les livres lus ou à lire, pour gribouiller des itinéraires de voyages… Sir Max, son mari, s’en servait pour faire des calculs, Rosalind s’en servait pour ses exercices d’écritures et tout le monde s’en servait comme marques de bridge.

Comment s’y retrouver dans tout ce fatras, sans une bonne dose de patience, de persévérance, de pugnacité, de volonté, d’obstination, de constance, de concentration, d’amour du livre et des vieux écrits, personnifiant le rat de bibliothèque dévorant métaphoriquement tous ces papiers qui traînent à sa portée et dont il se délecte ?

Parmi cechristie.jpgs scories, John Curran découvre de petites pépites, des ébauches d’histoires jamais écrites, des personnages manquants, réutilisés dans d’autres romans ou nouvelles, de nombreuses interrogations sur les motivations, les mobiles, les occasions, Agatha se livrant à des spéculations, dressant une liste de possibilités, prenant note du travail restant à faire. Et John Curran recense toute cette activité de recherche, exemples à l’appui, en douze chapitres en abordant certains des romans et nouvelles rédigées par Agatha Christie, replaçant l’histoire dans le contexte, abordant les relations avec l’éditeur, avec ses confrères ou consœurs, dans le cadre du Detection Club ou autre, des auteurs qui à leur époque connaissaient un très grand succès tels que G. K. Chesterton, Dorothy L. Sayers, John Dickson Carr, Rex Stout, Anthony Berkeley, E.C. Bentley, Freeman Wills Crofts, mais pour la plupart tombés en désuétude ou quasiment oubliés.

John Curran met en avant le recyclage, qui n’est pas l’apanage d’Agatha Christie, de nouvelles en romans, comme L’Incident de la balle du chien (nouvelle inédite complétant ce recueil) devenant Témoin muet, l’assassin étant changé.

Agatha Christie connaissait son travail, pourtant afin de complaire à son éditeur, elle accepte parfois, rarement, de procéder à des ajouts à un manuscrit déjà bouclé. Ce qui est le cas de La nuit qui ne finit pas, et ses ajouts alourdissent le texte initial et introduisent des incohérences. Or le lecteur ne sait pas forcément que ces hiatus ne proviennent pas d’un manque de rigueur de la romancière mais des exigences d’un éditeur mal inspiré.

La Capture de Cerbère, le douzième et dernier travail d’Hercule, nouvelle qui devait paraître dans le Strand à la suite des onze premiers, qui le travaux-hercule.jpgfurent entre novembre 1939 et septembre 1940, fut refusée par les responsables du magazine. Mais ils ne lui en demandèrent pas une nouvelle version. Le nouveau texte parut lors de l’édition en volume, reprenant une grande partie de l’intrigue de la première. Et c’est en compulsant les carnets d’Agatha Christie que John Curran a pu retrouver la première version et la proposer à la fin de cet ouvrage avec sa genèse. Mais pourquoi donc ce refus ? Tout simplement parce que le personnage d’August Hertzlein est le portrait mal déguisé d’Hitler, nouvelle écrite avant le début de la Seconde guerre mondiale. Un cas unique dans la carrière littéraire d’Agatha Christie qui déclarait en 1970 à son éditeur italien Mondadori : Je ne me suis jamais intéressée le moins du monde à la politique. Hercule est bien évidemment Hercule Poirot, et l’on connait sa vantardise et son immodestie. Pourtant on ne peut qu’approuver cette pensée qui pourrait s’appliquer à certains de nos hommes politiques français actuels : Les hommes doués d’une grande intelligence étaient rarement de grands leaders ou de grands orateurs. Peut-être parce qu’ils sont trop malins pour se laisser prendre à leurs propres discours.

Un ouvrage qui permet de mieux comprendre le succès des romans d’Agatha Christie, un succès qui ne se dément pas, ses sources d’inspiration, sa façon de travailler, de peaufiner son intrigue, de l’abandonner pour mieux la reprendre ou de se servir d’idées non exploitées dans un manuscrit pour en écrire un autre…

En un mot un ouvrage qui se lit… comme un roman policier et qui donne envie de relire la production christienne. Et comme le souligne John Curran, si l’on lit un Agatha Christie par mois, il faudra plus de sept ans pour boucler la boucle, et on pourra recommencer car on aura oublié, logiquement, le premier lu.


John CURRAN : Les carnets secrets d’Agatha Christie. Avec deux nouvelles inédites d’Hercule Poirot. (Agatha Christie’s secret notebooks, fifty years of mystery in the making – traduction de Gérard de Chergé ; Réédition des éditions du Masque 2011). Le Livre de Poche N° 32748.

600 pages. 8,10€.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 07:52

Noël, acte 2 !

 

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En cette avant-veille de Noël 2002, le brave Eugène, cantonnier de son état ou plutôt, comme il est de bon de s’exprimer ainsi de nos jours, agent territorial, effectue sa ronde quotidienne et vespérale au cimetière de Mende. Il est tout ébaubi d’entendre et de voir derrière le petit enclos qui protège la sépulture des Lefort, Eugène et sa femme s’invectiver et se taper dessus comme deux pochards.

La dalle a été déplacée. Pourtant Edmond Lefort, le notaire de Mende, est décédé depuis cinq ans et son épouse l’avait précédé onze ans auparavant. Que fait-on dans ces cas là ? On s’évanouit tout simplement. Sa déposition auprès de la gendarmerie est mise en doute, mais le déplacement d’une dalle de plusieurs centaines de kilos nécessite l’emploi d’un engin de terrassier. Dubitatif, le commandant Moreau fait appel à Muriel Lacan qui travaille à l’unité de recherche en parapsychologie de Toulouse et a effectué ses armes à Quantico aux Etats-Unis.

Muriel est une spécialiste de ce genre d’événements qui dépassent l’entendement. Elle en profite pour demander à son ami Michel Fabre, chargé des affaires spéciales à la P.J. parisienne, de la rejoindre. Comme celui-ci n’attendait que son appel, ne sachant que faire durant ses vacances, il accepte et s’empresse de la rejoindre. Le lendemain de leur arrivée leur première tâche consiste à s’intéresser au témoignage d’Eugène et d’aller rencontrer le cantonnier chez lui. L’homme narre ce qu’il a vu, en présence de sa femme Mélanie, une femme acariâtre qui minimise ses explications.

Muriel et Michel sont persuadés que l’homme n’a pas tout dit, qu’il a caché volontairement des informations sous la pression de son épouse revêche. Pourtant ils en savent un peu plus sur les époux Lefort et leur descendance. Le notaire courrait volontiers le guilledou et est décédé d’une chute d’escabeau en voulant compulser un livre dans sa bibliothèque. Un trépas étonnant conclu comme un banal accident. Sa femme Lucienne décédée d’une mystérieuse maladie onze ans avant lui possédait sa propre vie, ne s’intéressant aucunement à sa famille. Les deux frères, Hubert devenu entrepreneur de travaux publics et Hervé avocat, ainsi que Fabienne qui a été déshéritée parce qu’elle a eu un enfant hors mariage, Hugo. Or elle a toujours refusé de dévoiler le nom du père, même à son fils. Ce qu’il lui reproche depuis des années, et de plus en plus souvent depuis quelques mois.

Ce que nos enquêteurs ne savent pas encore mais dénicheront peu à peu, c’est que Fabienne se rend plusieurs fois par semaine en catimini chez le docteur Merlieux, psychanalyste plus âgé qu’elle de plus de vingt ans et adepte des sciences occultes. Il est le père d’Hugo mais a toujours refusé que Fabienne dévoile son identité. Yvonne Châtelet, une vieille dame qui consulte régulièrement Merlieux voit son sommeil perturbé par la présence dérangeante de Lucienne. Elle se confie au Père Tallec qui est lui aussi mis en présence de forces surnaturelles. Tout se précipite lorsqu’Eugène est retrouvé dans le cimetière, près du monument funéraire des Lefort, égorgé. Or les premières constatations indiquent que, s’il s’agit d’une bête, ce ne peut être un chien. Mais d’autres personnes vaquant de nuit pour diverses raisons qui leur sont propres, aperçoivent un animal qui ressemble à un chien mais n’en est pas un. Muriel et Michel, qui n’osent s’avouer qu’ils s’aiment, par pudeur et par appréhension, s’ils trouvent en Moreau un allié, sont convaincus que lui aussi ne leur dit pas tout et qu’il ne délivre ses informations qu’à petites doses et avec réticence.

 

Jacques Mazeau, dans ce thriller fantastique, nous plonge au cœur du terroir français, celui de l’ésotérisme et des sortilèges, ce que certains dénomment superstition. Le surnaturel est présent mais ce n’est que l’un des éléments du récit qui tourne autour de l’histoire d’une famille de notables qui possède bien des secrets inavouables. Et il ne faut pas croire que le fantastique n’est qu’affabulation car de nos jours tout un chacun y est confronté, ne serait-ce que par les petits placards publicitaires dans les journaux gratuits dédiés aux annonces.

Magnétiseurs, radiesthésistes, devins, et autres charlatans pour les uns, personnes douées d’un sixième sens pour les autres, sont souvent consultés et pas uniquement par des individus naïfs. Et il faut savoir que chaque évêché ou presque possède son prêtre exorciste. Quant au thème de la lycanthropie il a été maintes fois décliné, mais ici ne sert qu’à ajouter un frisson supplémentaire à une intrigue fort bien construite et … envoûtante.


Les éditions De Borée prévoient de rééditer ce roman dans leur collection poche en février 2013


Jacques MAZEAU : La vengeance du loup. Editions du Masque. Février 2011. 17,30€

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 07:29

Odieux Noël !

 

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Noël, c'est pas son truc à Corinne. La grande bouffe, le sapin, les cadeaux, elle n'en a rien à faire. Ce qu'elle veut, s'est s'éclater, aller voir ailleurs si c'est mieux que chez ses parents, dans sa petite vie étriquée.

La veille de Noël, elle décide de se faire elle même son petit cadeau en volant une montre de prix dans un grand magasin. Après, il ne lui reste plus qu'à fuir, prendre le bus pour une destination inconnue, se perdre en pleine campagne, être hébergée par un couple de vieux, accepter la proposition de se faire raccompagner chez elle par un bonhomme dont la libido se réveille à la proximité de cette jeunette de quinze ans, se retrouver seule sur un parking d'autoroute, se faire aborder par un camionneur et fuir à nouveau parce que le routier possède des revues pornos et qu'elle ne tient pas à laisser sa vertu entre des mains qu'elle ne connaît pas.

Jean Noël, c'est un imaginatif, obligé de suivre ses parents à la messe de Noël, de subir les sarcasmes d'un de ses condisciples lycéens. Il se crée son petit monde à lui, peuplé d'une certaine Corinne, une jeune fille rousse. De quoi en rester sur le cul lorsqu'il rencontre celle qui alimente son imaginaire. Le contact charnel entre ces deux adolescents ne leur suffisant pas, ils décident de partir, à Paris, de se payer du bon temps.

Jérôme, jeune flic qui passe seul son réveillon au commissariat, est persuadé de ses compétences et lorsque les parents de Corinne signalent sa disparition, il se voit déjà tout auréolé de gloire dans l'accomplissement d'une enquête rondement menée. Mais entre les désirs et la réalité il existe une marge, un fossé, un canyon même.

Cette road-story moderne allie humour et noirceur, campant des personnages caricaturés avec férocité. Le côté désabusé, blasé de Corinne, la mythomanie de Jean Noël, la mégalomanie du flic, en font des êtres déphasés avec le quotidien, en décalage constant avec la réalité, gravitant dans un univers parallèle. Constat et satire du monde moderne, le roman noir constitue la relève du drame et mélodrame qui servaient de support descriptif d'un monde décadent, de l'antiquité jusqu'à nos jours.


Jean-Luc TAFFOREAU : Corinne n'aimait pas Noël. Collection Fleuve Noir Crime. Editions Fleuve Noir. (Novembre 1996). 190 pages. 6,40€.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 17:33

Lasser, vice compris !

 

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Détective privé, d’argent mais pas d’esprit, spécialisé dans les histoires de cocufiage, Jean-Philippe Lasser a été mandé pour une énième et banale affaire d’adultère. C’est ainsi qu’en cette année 1932 il se trouve à Marselha, devant prendre en photo, en direct et en catimini, les ébats du mari libidineux et sa nouvelle conquête. Seulement Arcadius, le lubrique, n’est pas manchot et Lasser se réveille plus tard en train de compter ses abatis dans la chambre des exploits amoureux hors mariage. Il est soigné par l’amante d’Arcadius et ils se carapatent jusqu’à Touloun afin d’échapper aux hommes de main du mari colérique et grand patron de la pègre, non seulement locale mais nationale. C’est ce qu’Ounénet, la belle Egyptienne maîtresse d’Arcadius lui apprend. Ils embarquent précipitamment sur un navire à destination du Caire, et c’est là que les affaires sérieuses commencent pour Lasser.

Le manuscrit de Thot.

Lasser végète au Caire en effectuant de petits boulots. Il vit à l’hôtel Sheramon et Fazimel, la réceptionniste de l’établissement, lui sert de secrétaire et d’assistante. Il est fort étonné en cette année 1935, alors qu’il sirote tranquillement comme à son habitude son whisky sans glaçon, lorsqu’Isis, la déesse Isis en personne, se présente devant lui et l’informe qu’elle a besoin de ses services. En paiement elle lui offre un bracelet composé d’or massif et d’émeraude. De quoi régler ses dépenses durant toute une année. Seulement il doit retrouver le manuscrit de Thot, dieu de la connaissance, du savoir et de la sagesse, sur lequel il aurait consigné ses formules de magie noire et autres. Il doit réciter l’hymne à Râ dans quelques jours, sinon le Nil ne sera pas en crue et les récoltes risquent de pâtir de la sécheresse. Lasser se rend en taxi sur le plateau de Guizéh, afin de soutirer quelques renseignements auprès de Sphinxy, le meilleur indic du Caire. Ne dérogeant pas à son habitude, Sphinxy pose une devinette à Lasser qui la résout facilement. Sphinxy affirme qu’il va se renseigner mais énonce une nouvelle énigme qui aidera grandement Lasser, plus tard. C’est au cours de cette affaire, qui verra l’assassinat de Sphinxy, que se dresseront devant Lasser les deux personnages qui ne cesseront de l’importuner, le brutaliser, lui mettre des bâtons dans les roues : Hussein Pacha Rouchdy, le chef de la garde de Pharaon, Ramsès XXVII, l’homme le plus haï de tout le pays (Hussein pas Pharaon) et Seth, le dieu vil et méchant obligé toutefois de s’incliner devant Isis. L’épilogue est à déguster.

Le chat de Sekhmet

Tout comme dans l’épisode précédent, Lasser déguste dans la sérénité son whisky lorsque se dresse devant lui Sekhmet, la déesse lionne. Une de ses chattes sacrées a disparu alors qu’elle devait participer à un grand concours de félins lors des fêtes de Bastet. Elle est persuadée qu’Ântyou, son matou, pouvait remporter haut la patte ce concours. En plus des quatre pierres précieuses qu’elle offre à Lasser afin de couvrir ses frais, elle lui adjoint Ouabou nommé pour l’occasion assistant. Ouabou est un chat, et malgré ses objurgations Lasser est bien obligé de se plier aux désirs qui sont des ordres de Sekhmet. Ouabou possède la particularité de parler, et de se comporter en taquin. Ils mèneront leur mission à bien, malgré Hussein Pacha et Seth, et se feront de nouveaux amis que l’on retrouvera au cours des enquêtes suivantes. Lasser comprendra qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.

L’embrouille féline.

Nouvelle aventure pour Lasser que l’on retrouve dans sa position habituelle du début d’une enquête : en train de siroter son whisky et commençant à manquer de liquide. Entrée de Sekhmet qui l’invite à assister à une petite réception organisée en son honneur à L’Argemmios, en compagnie de ses amis Hâpi et U-Laga Mba. Tandis que ses amis reçoivent en récompense pour leur action efficace or et joyaux, Lasser hérite de Ouabou, ce qui ne l’enchante guère. Il traîne son spleen en dégustant son whisky lorsque sur les conseils d’Isis, Nout, déesse du ciel et des étoiles, lui demande de retrouver un coffret contenant une de ses cartes célestes ainsi que ses instruments d’astrologie. Je me garderai bien de tout dévoiler, par respect envers les auteurs et que j’ai hâte de passer à l’épisode suivant, mais je me contenterai de vous signaler qu’il s’agit ici d’une amusante variation sur le conte du Chat botté.

Le quatorzième morceau d’Osiris.

Un morceau d’anthologie, si je puis m’exprimer ainsi. Seth, l’ignoble dieu dont j’ai déjà eu l’occasion de mettre en avant les méfaits, jaloux d’Osiris, avait noyé celui-ci, puis estimant que cela n’était pas assez, l’avait découpé en quatorze morceaux dispersés chacun dans une jarre. Isis est parvenue à embaumer son mari avec l’aide d’Anubis, mais selon la rumeur elle n’aurait pu récupérer que treize morceaux. Seulement le chaînon manquant s’avère être le plus important car il s’agit du sexe d’Osiris qu’elle a remplacé par un organe en argile. Rumeur ou pas, il n’empêche que Lasser se voit investi d’une nouvelle mission. Rechercher l’organe fécondateur d’Osiris qui a disparu de sa cache à Philae, et comme Isis a une petite envie, elle tient à ce que son détective unique et préféré le retrouve le plus rapidement possible et si possible en bon état.

Un épisode qui n’est pas sot, rien que d’y penser (je précise qu’il s’agit en ce cas d’un jeu de mot dont la signification profonde ne vous sera dévoilée qu’en lisant l’ouvrage).

La querelle nubienne.

Pour une fois, c’est un dieu qui interrompt Lasser dans la dégustation de son breuvage favori. Khnoum, le dieu des cataractes et le maître de l’eau fraîche, qui contrôle les crues du Nil, est bien embêté : le Nil est à sec ! Lasser va enquêter sur le pourquoi du comment, une immense faille s’étant produite au lieu dit des cataractes, engloutissant les eaux du fleuve. Il s’agirait d’une vengeance des dieux nubiens qui protestent contre l’enfermement d’un fils de responsable de la Nubie, accusé d’avoir tenté d’empoisonné Pharaon. Une enquête qui démarre en trombe, et pour Lasser une mission à risques, ne serait-ce qu’un voyage à dos de chameau, lui qui est sujet à une forme d’acrophobie, puis en felouque sur une vague qui ressemble à une sorte de mascaret. Le surf avant l’heure.

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Ce roman en un prologue, cinq actes et vingt-cinq tableaux, propose une intégration réussie entre l’Egypte mystérieuse des Pharaons et les années 1930. Ainsi que le fantastique allié au roman policier de détection. Jean-Philippe Lasser, dont on ne se lasse pas, pourrait être un mélange de quelques personnages de détectives célèbres : Nestor Burma de Léo Malet, dont il possède le cynisme, Fazimel incarnant la belle Hélène Chatelain ; de Tem de Roland Wagner, détective qui possède la particularité de passer inaperçu et évoluant dans un univers nimbé de fantastique ; de Frankie Pat Puntacavallo de Jean Mazarin, le privé dont les aventures sont narrées de façon humoristique sur fond de soleil méditerranéen ; et enfin Toby Peters, le détective privé continuellement fauché de Stuart Kaminsky, qui côtoie les plus grands artistes ou personnages de l’Amérique des années 50, qui se retrouve à chacune de ses enquêtes dans des situations improbables, accompagné d’un dentiste plus ou moins charlatan qui l’aide dans les moments difficiles comme le font U-Laga Mba et Hâpi. Pourtant Lasser possède sa personnalité propre, considéré par ses ennemis, Hussein Pacha en tête, comme un fauteur de troubles et un créateur d’embrouilles.

On ne peut se lasser de Lasser. Des aventures époustouflantes, périlleuses, humoristiques, mystérieuses, énigmatiques, exotiques, divines… J’en redemande !


Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, un privé sur le Nil. Editions Critic, collection Fantasy. 338 pages. 17€.

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 09:33

La première partie de cet entretien avait été publiée sur Mystère Jazz le 10 janvier 2010. Elle avait suscité bon nombre d’interrogations et surtout alimenté une polémique qui commençait à nuire à Pierre Bondil. Depuis les cartes ont été redistribuées, ce qui m’a incité à la republier enrichie d’autres questions de ma part et d’autres réponses sans concession de celle de Pierre Bondil.

 

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Combien de traductions as-tu effectuées depuis tes débuts ?

Je n’ai pas compté depuis un certain temps et le rythme a considérablement baissé en raison de l’enfer Hammett (j’ai notamment « perdu » un recueil de nouvelles de Charles Willeford chez Rivages et un auteur canadien, non policier, David Bergen, chez Albin Michel, à cause des retards accumulés sur la traduction des cinq romans pour le Quarto Gallimard), mais au total je dirais plus de 110 romans, une vingtaine de nouvelles, trois scénarios, un pilote de dessin animé, des interviews.

 

Sur quel(s) ouvrage(s) travailles-tu actuellement ?

Actuellement je travaille uniquement sur le prochain Jack Taylor de Ken Bruen, qui devrait s’appeler « En ce sanctuaire » et paraître en octobre dans la Série Noire chez Gallimard. Et j’envisage de baisser de rythme, les trois dernières années ont été très éprouvantes. Avant, je travaillais souvent sur deux ou trois romans « en parallèle ». Par exemple, avant de passer au deuxième jet d’un roman, j’entamais le premier jet d’un autre car survient presque toujours un moment où le traducteur commence à se fatiguer de l’histoire, des tics de l’écrivain... Un passage par un autre texte permet d’oublier un peu et d’avoir une meilleure vision globale quand on reprend le texte par la suite.

 

Choisis-tu tes auteurs ou est-ce à la demande d’éditeurs ?

Bruen est une demande de l’éditeur. La série était commencée, il y bondil2avait deux romans de traduits et des problèmes : le troisième texte était si bon (et les délais de remise qu’on m’a proposés si longs) que j’ai accepté avec enthousiasme de traduire « Le Martyre des Magdalènes ». Je poursuis la série, je suis d’ailleurs allé me ressourcer une semaine du côté de Galway à la fin du mois d’août. Pour Hillerman, Roger Martin (Editions Encre à l’époque) m’avait donné deux livres à lire en me laissant maître de la décision. J’ai très vite choisi. En général, l’éditeur me propose quelque chose et j’accepte ou non. Cela dépend des délais de remise, du plaisir que j’ai à lire le livre et du cadre dans lequel il s’inscrit. Je ne ferais pas de bon travail par exemple sur un livre qui détaille à longueur de pages des arnaques financières ou des expériences liées à la drogue, deux domaines que je ne maîtrise vraiment pas et qui ne m’intéressent pas. L’important (et certains directeurs de collection le savent très bien) c’est que le traducteur aime le livre sur lequel il travaille. Si en plus le traducteur peut se permettre de refuser un texte qu’il n’aime pas et s’en voir proposer un autre par le même éditeur, et si par ailleurs il peut faire ça tout en continuant de payer son loyer, tout le monde est dans la meilleure configuration possible. C’est assez rare, hélas. J’ai personnellement beaucoup de chance à cet égard.

 

As-tu proposé des auteurs que tu avais découverts à des éditeurs ?

Il m’arrive de proposer des auteurs mais un seul titre a été publié, chez Rivages, « Il faut tuer Suki Flood » de Robert Leininger, et ce n’est pas moi qui l’ai traduit, ce qui était entendu dès le départ. Sinon, il m’arrive de lire pour aider un directeur de collection à faire son choix, mais là encore, en fin de compte, c’est lui qui décide et ce n’est pas forcément moi qui traduirai le livre (Jim Nisbet, par exemple).

 

Te renseignes-tu sur l’univers familial, social des auteurs avant de les traduire surtout si tu les découvre ?

Je ne me renseigne pas du tout sur l’auteur quand on me propose un de ses livres. Bien sûr, souvent, je sais des choses, pas seulement quand il s’agit de Conan Doyle ou de Jim Thompson (en passant par George Catlin ou J.J. Audubon pour sortir du polar), ce qui m’importe, c’est mon plaisir de lecteur, l’impression que j’en retire (oui, ça je suis capable, non ça je ne pourrais pas le faire bien), la façon dont l’auteur m’apparaît à travers son livre : déjà, il faut que je sente, derrière le texte, quelqu’un qui a quelque chose à dire, pas l’écrivaillon qui peut débiter n’importe quel roman sur n’importe quel sujet sans jamais dépasser le niveau de la distraction, ce que certains appellent, à juste titre, des pisseurs d’encre. Ni l’écrivain dont je vais avoir l’impression qu’il défend des thèses qui me hérissent. Par la suite, et souvent par échange épistolaire avec l’auteur (par mails désormais), j’en apprends davantage, mais avant tout pour résoudre des problèmes rencontrés sur le texte (civilisation, interprétations multiples etc.).

 

bondil3Je suppose que parmi tes traductions tu as des auteurs et des livres préférés ?

Des préférés, oui, bien sûr : Tony Hillerman, Charles Willeford, Jim Thompson, Christopher Cook, William Riley Burnett... plein d’autres puisqu’en général j’ai la chance de pouvoir travailler sur des textes qui me plaisent. « Le Camp des vainqueurs » de l’Australien Peter Corris (Rivages) est un livre magnifique. « Même la vue la plus perçante » de Louis Owens (d’origine en partie amérindienne) et les romans (non policiers) de David Bergen (écrivain canadien), deux auteurs publiés chez Albin Michel, sont également formidables.

 

Quel auteur ou livre que tu aurais aimé traduire et qui pour une raison ou une autre n’est pas passé entre tes mains ?

Des auteurs que je n’ai pu traduire, il y en a des tas aussi, et pas seulement dans le domaine « policier ». Mais disons Fredric Brown, Ross MacDonald, Margaret Millar, le Cain du « facteur sonne toujours deux fois », les livres de Charles Willeford que je n’ai pu faire, Ted Lewis. Une anecdote à ce sujet. Jean-Paul Gratias devait traduire un Ted Lewis et était débordé de travail. J’avais un créneau, je lui ai proposé de le remplacer. Il a accepté, François Guérif a accepté et, fou de joie, je me suis lancé dans la traduction de « Billy Rags ». Heureusement, je commence souvent avant d’avoir signé le contrat. Surtout chez Rivages où je suis en confiance. J’ai bien fait. Au bout de deux pages, j’ai compris que ce texte n’était pas pour moi, que probablement l’argot des prisons britanniques et le ton adopté par Lewis ne me convenaient pas. C’est finalement Mathilde Martin qui a traduit ce livre. Je pense que « Sévices », du même auteur, m’aurait au contraire très bien convenu. Je ne le saurai, hélas, jamais. J’aurais aussi aimé traduire le plus beau des « polars » du sud-africain Wessel Ebersohn, « La Nuit divisée ». Et beaucoup d’autres...

 

Combien de temps te faut-il pour effectuer une traduction ? Lorsque c’est terminé, tu te relis, tu reprends l’original, ou tu remets directement ton texte à l’éditeur ?

Le temps qu’il faut pour une traduction dépend bien sûr du nombre de caractères dans le livre, de sa difficulté (contexte de l’histoire, dialogues, recherches nécessaires)... tout livre a ses difficultés. Si le romancier a un style, il faut essayer de le rendre. Si l’écrivain n’en a pas et si on traduit tel quel, même sans faire du mot à mot, le texte ne tient pas, il n’y a pas de colonne vertébrale. Ça dépend aussi des activités professionnelles, familiales etc que l’on a par ailleurs. La meilleure façon de répondre est de dire que de toute façon, ce texte, je le lis au moins huit fois. Une première fois avant d’accepter de traduire. Une deuxième en faisant le premier jet, au kilomètre, très mal (on peut compter une fois de plus, même, car la plupart du temps on a l’œil sur l’écran et on suit ce que l’on « écrit »). Une troisième et une quatrième (premier jet imprimé) en relisant tout le roman en parallèle en anglais et en français pour débusquer les contre sens, les erreurs d’inattention, de fatigue, les mots oubliés ou les phrases sautées etc. Une cinquième pour la relecture globale du deuxième jet imprimé intégrant tout ce qui a été modifié dans le jet antérieur. Une sixième et dernière pour un texte pas trop dur, avec de nouvelles modifications. Une septième si le style est particulièrement difficile à rendre ou s’il n’y a pas encore assez de cohésion, si la lecture heurte. Après, le texte peut être rendu. Selon l’éditeur, il restera une relecture (la huitième, donc) d’épreuves, pour peaufiner si besoin est et prendre connaissance des modifications incorporées par des tiers, directeur de collection lui-même ou relecteurs extérieurs suivant les cas, parfois les deux. (Quand ces modifications vous sont communiquées directement lors d’une séance de travail, ce qui est trop rare, il n’y a généralement qu’une relecture d’épreuves). Après cette nouvelle remise du texte, il peut y avoir une deuxième relecture d’épreuves (j’insiste pour la faire, certains de mes collègues ne la demandent jamais) pour m’assurer que tout est impeccable, qu’il ne reste plus de typos, de répétitions non stylistiques, d’ajouts qui ne vont pas dans le bon sens etc. : c’est la dernière.

 

As-tu eu des livres sur lesquels tu achoppais pour la traduction ?bondil6.jpg

Des livres pour lesquels la traduction pose des problèmes particuliers ? Comme je l’ai dit il y a toujours des problèmes, généralement rien d’insurmontable, et j’ai relaté l’anecdote concernant « Billy Rags » de Ted Lewis. A lecture, même avec de l’expérience, on ne voit pas toujours les problèmes. Parfois on s’en invente là où il n’y en a pas : je pourrais citer l’exemple récent d’une « grande spécialiste de Hammett » me disant que la traduction de « La Clé de verre » allait être très difficile à cause de l’usage du « pig latin » (une sorte d’argot voisin du verlan) très fréquent dans le roman. En dépit de ses plus de vingt ans de travail sur l’auteur, c’est moi qui lui ai révélé, en décembre 2007, qu’il n’y avait en fait qu’un seul mot de « pig latin » dans tout le texte et qu’en plus il était transparent (comme quoi un « grand spécialiste » d’un auteur peut encore, au début du XXIème siècle, être un piètre spécialiste de son œuvre en langue originale). Je pourrais dire aussi, par exemple, que les romans (très longs) de Thomas Kelly me posent toujours beaucoup de problèmes à cause de son style et de son vocabulaire qui ne peuvent pas avoir de correspondance directe en français, cela ferait sur-écrit, très lourd, et est vraisemblablement dû au passé d’autodidacte de l’écrivain. J’y passe donc un temps infini pour décider de la manière dont il convient de s’y prendre sans gommer son travail et sans édulcorer le contenu. Je pourrais aussi à nouveau mentionner les cinq romans de Hammett qui viennent de paraître en Quarto chez Gallimard. L’éditeur ayant refusé les traductions des trois premiers romans quand ils lui ont été rendus, il a fallu tout reprendre et cela a conduit à une véritable épreuve de force entre les deux traducteurs qui défendaient deux conceptions différentes. Je peux dire qu’à l’arrivée, je suis satisfait du texte définitif à presque 100%. Mais j’ai dû batailler ferme pour imposer ma lecture de l’œuvre et du style de Dash, et cela m’a valu de nombreuses inimitiés dans le « petit » monde du polar où les langues s’activent vite, pas toujours en connaissance de cause et parfois de façon mensongère ou calomnieuse. Tous les documents concernant cette très désagréable expérience ont été déposés à la bibliothèque nationale et pourront incessamment être consultés rue de Richelieu à Paris, au département des manuscrits, dès qu’ils seront annoncés en ligne sur le site http://archivesetmanuscrits@bnf.fr. A cet égard, je suis heureux de faire figure de pionnier, ayant eu la chance de proposer ce dépôt au bon moment : notre bibliothèque nationale souhaite développer son fonds concernant la traduction moderne et ce, dans toutes les langues. S’il y a, parmi tes lecteurs, des traducteurs possédant des archives, je peux leur indiquer à quelle porte sonner...

 

Ta réponse concernant les traductions de Dash a aiguisé mon appétit. Pourrais-tu nous en dire plus ? Un directeur de collection qui refuse une traduction le fait selon quels critères ?

Pour la traduction des 5 romans de Hammett en Quarto chez Gallimard, un contrat s'étalant sur deux ans et demi (et il a fallu un avenant au contrat pour rajouter du temps puisque l'éditeur jugeait la qualité du travail insuffisante), il est devenu évident 1° que les deux traducteurs avaient des notions du travail à effectuer et des textes eux-mêmes qui étaient différentes au point de devenir inconciliables. 2° L'éditeur a refusé le travail, à juste titre, car la première traduction rendue s'éloignait trop du style de Hammett (le fameux tempo dont certains se gargarisent et ne parviennent pas à le rendre en français, rajoutant des relatifs où il n'y en a pas et en en enlevant là où il y en a, ce n'est qu'un exemple) et parce qu'elle n'avait pas, en français, la tenue nécessaire. L'éditeur a fait preuve d'un désir d'excellence qu'aucun lecteur ne lui reprochera. 3° L'autre traductrice n'ayant pas les compétences nécessaires pour se remettre en cause et s'adapter à la demande de l'éditeur, à compter du mois de juin 2008 et pendant les seize derniers mois de ce travail, j'ai pris unilatéralement la direction des opérations, imposé mon analyse et mes conceptions de traducteur de telle sorte que je peux revendiquer les choix stylistiques et lexicaux que critiques et lecteurs semblent trouver à leur goût. Les documents déposés à la BN sont la preuve de ce que j'avance.

 

bondil4Les auteurs que tu traduits sont d'origine anglo-saxonne, mais de nationalités différentes : Anglais ou plutôt Britanniques, Américains, Australiens. Leurs langues si elles proviennent d'une même source ont muté depuis des décennies. N'est-il pas trop difficile d'appréhender leurs subtilités ?

La langue est différente suivant les pays, c'est vrai, mais il existe des dictionnaires australiens (je n'en avais pas au début, je suis allé en consulter à la bibliothèque du centre culturel australien) etc... Et quand des doutes persistent, j'écris à l'auteur (Peter Corris, David Bergen, Ken Bruen). Le seul à qui je n'ai pas écrit est Wessel Ebersohn car je n'ai jamais réussi à avoir son adresse (mais je n'ai pas souvenir d'avoir rencontré d'insurmontables problèmes). Néanmoins, et pour en revenir à l'anecdote relatée concernant Ted Lewis, j'avais probablement trop travaillé sur des auteurs américains pour pouvoir me plonger dans la langue britannique en milieu carcéral...

 

Tu as traduit des romans policiers, des romans, disons généralistes, mais la science-fiction et le fantastique t'ont-ils un jour titillé ou es-tu réfractaire à ce genre littéraire ?

Si je n'ai jamais traduit de romans de science-fiction ou de romans fantastiques ce n'est nullement que je sois réfractaire au genre : question de temps, surtout, je dirais. J'ai toujours eu du travail prévu après le travail en cours et je suis allé vers ce que je préfère (littérature policière, littérature amérindienne aussi), mais si l'on m'avait proposé une traduction ou une retraduction de "Flow My Tears, the Policeman Said" de Philip K. Dick, ou de "Player Piano" de Kurt Vonnegut Jr, je ne crois pas que j'aurais refusé. J'ai aussi lu pas mal de fantastique/science fiction classique style William Hope Hodgson ou John Wyndham. Et je reste ébahi (là, je n'aurais même pas essayé, trop dur pour moi) devant la pure splendeur, en anglais, du texte de H.G. Wells "War of the Worlds".

 

N'as-tu jamais eu envie d'écrire ton propre livre ? Est-ce la bondil8peur d'écrire inconsciemment  des situations que tu aurais traduites ?

Si, j'ai écrit cinq romans (policiers) au début des années 80 (dont l'un fut finaliste du prix Fayard Noir Télérama en 1982). Mais ils devaient être si mauvais que nul éditeur n'en a voulu. 3 ou 4 nouvelles (dont une primée à Sorgues) et un livre pour enfants, en 2000, sur lequel beaucoup de gens m'ont complimenté mais que personne n'a voulu éditer. Je ne peux pas dire que je sois venu à la traduction par déception puisque j'ai commencé à traduire avant d'achever le premier de ces textes. Et sans me prendre pour l'un des meilleurs traducteurs, loin de là, je pense que je fais du meilleur travail en traduction que je ne pourrais jamais en faire en tant qu'écrivain. Néanmoins, le fait d'avoir essayé, de savoir ce que c'est que la page à noircir, l'histoire à construire, les personnages à faire vivre, les dialogues à rendre naturels, et d'être confronté à tous les choix qui font le métier d'écrivain, tout cela aide à comprendre le travail qu'il y a derrière les textes que l'on traduit et à les respecter. L'un de mes défauts de traducteur serait peut-être de trop les respecter.

 

Cet entretien a été réalisé en janvier 2010 et publié dans Mystère Jazz, ce qui eut pour conséquence de hérisser certaines personnes. Tu as même été prié de quitter l’association 813. Depuis, le temps a passé et tu reviens au bercail.

Comment as-tu « apprécié » cette mise à l’écart ?

En fait, je ne comprenais pas comment une personne qui avait des responsabilités dans l’association pouvait calomnier un membre de ladite association. J’ai donc envoyé par courriel, à chacun des membres du bureau (vice-présidente y compris, dans mon souvenir), ma lettre de démission explicitant la situation et stipulant que je souhaitais voir cette lettre de démission publiée dans la revue. J’ai eu droit à une fin de non recevoir unanime qui m’a fait l’effet d’une remontrance adressée à un gosse de sixième qui a commis un impair.

 

Cela a-t-il entaché pendant un certain temps ta profession de traducteur, t’es-tu senti rejeté par le milieu ?

bondil7Dans la mesure où les propos diffamatoires tenus contre moi ont été abondamment déversés dans les oreilles d’écrivains, de journalistes, d’éditeurs, d’attachées de presse, de traducteurs, d’organisateurs de manifestations policières, d’amis amateurs du genre policier, etc... j’ai subi un grave préjudice professionnel et financier, c’est évident. Le retard pris par le travail sur Hammett m’avait déjà fait perdre des traductions auxquelles je tenais chez Albin Michel et Rivages. Pour le reste, il me suffira de dire que depuis l’enfer Hammett et les calomnies qui l’ont suivi pendant un temps difficile à déterminer, je n’ai plus été sollicité pour la moindre traduction chez Gallimard alors que presque tout le travail concernant Hammett avait reposé sur moi et que, à l’époque, je traduisais un roman par an en Série Noire. Cherchez l’erreur.

Rejeté par le milieu, oui. Je me souviens du vernissage de l’expo Hammett à la Bilipo où nombre d’amis et de connaissances ont refusé de me regarder ou m’ont vaguement serré la main sans m’adresser la parole. J’en ai « agressé » quelques-uns (tous des garçons) en leur demandant les raisons de cette attitude, mais visiblement ils ne voulaient pas parler ou m’ont répondu qu’ils attendraient que la justice ait rendu son verdict. Ils attendent toujours, ce qui leur a peut-être fait prendre conscience qu’il ne fallait pas prêter foi à tout ce qu’on leur racontait. J’avoue n’avoir même pas essayé, auprès des filles, d’abord parce que j’ignorais encore l’ampleur du venin répandu, ensuite parce que, comme elles étaient généralement des amies de la blanche colombe, j’étais obligatoirement le vilain monsieur.

Enfin, faut-il y voir un hasard si je n’ai pas été convié à un seul festival depuis trois ans ?

J’ajoute que pour la sortie du Quarto Hammett, alors qu’il y a eu un grand nombre d’articles, d’interviews, de radios, d’invitations à paraître et à s’exprimer, j’ai en tout et pour tout participé à une seule émission de radio sur France Culture. Si Gallimard avait pratiqué une telle discrimination à l’époque, ç’aurait été au détriment de celle qui assurait la promotion de l’exposition Hammett dont elle était commissaire et de « Témoignages » paru chez Allia. Cherchez à qui le « crime » profite ! J’oubliais qu’il y a eu aussi une interview à laquelle j’ai été convié, c’est vrai, mais j’ai refusé car j’aurais été en mauvaise compagnie.

Isolé, rejeté, ne disposant d’aucune plate-forme pour dénoncer les calomnies, ma seule possibilité de m’exprimer est venue des demandes d’interviews sur internet, à commencer par la tienne, Paul, que tu as eu le courage de maintenir en dépit des pressions, alors que cette même interview a été rapidement supprimée de Bibliosurf après les mêmes pressions émanant de madame la désormais ex-vice-présidente de 813. Vous avez dit censure ?

Je me suis ensuite bagarré pour intervenir sur le forum d’Arrêt sur Images. Elle y avait été conviée, moi pas, pour participer à une émission en partie consacrée au Quarto Hammett. Avait-elle profité de ses accointances journalistiques ruequatrevingtneuvièmes ? Peu importe, grâce à Judith Henry et surtout à Daniel Scheidermann, mon intervention a par la suite été publiée (www.arretsurimages.net/forum/read.php?5,1051147,1051157, entrée du 01/04/2010).

Enfin, l’aide de la Bibliothèque Nationale a été décisive, et j’ai depuis complété les dépôts, pas uniquement liés à cette lamentable affaire, mais comprenant toute ma correspondance avec les écrivains que j’ai traduits (correspondance qu’on ne peut consulter dans l’immédiat pour des raisons légales, toutes les personnes concernées devant donner leur accord. Seule la correspondance avec Christopher Cook est consultable) et je vais prochainement déposer les étapes successives de la traduction de L’Échappée. Mais j’empiète sur ta question suivante.

 

Tu as retraduit récemment des ouvrages de Jim Thompson dont L’assassin qui est en moi et L’échappée pour les éditions Rivages. Je sais que François Guérif est très pointilleux et ne veut que des traductions intégrales. Tu as travaillé d’après quels documents ?

La nouvelle traduction intégrale de L’assassin qui est en moi est due au talentueux Jean-Paul Gratias. Nous avons tous les deux travaillé sur les textes d’origine en v.o. comme cela se passe normalement. Pour ma part, je n’ai pas regardé le texte de la traduction Gallimard avant d’avoir achevé et rendu mon travail. Ensuite, à la demande de la maison d’édition, j’ai établi un document recensant les coupes, les ajouts de tous ordres, les contre-sens, les fautes de ton et... les coquilles (clin d’œil à Jean-Paul). J’ai visionné deux fois le film de Peckinpah (Le Guet-apens), le début de L’inconnu du Nord Express et la séquence du train dans Assurance sur la mort car j’avais un problème de billets et de contrôleur dans les trains américains au milieu des années cinquante. Je me suis aussi largement ouvert de ce problème sur internet en contactant des compagnies de chemin de fer, des cheminots retraités etc., de même que j’ai contacté des fanas d’armes à feu qui m’ont répondu et éclairé avec beaucoup de sagacité et d’efficacité.

 

N’ayant pas lu ces deux romans dans leur nouvelle traduction, pourrais-tu me préciser si tu as gardé des expressions argotiques de l’époque. Car je vois mal un protagoniste s’exprimer avec des mots tels que Chelou, meuf, keuf… alors que l’action se déroule dans les années 50.

L’une des grandes surprises, quand on reprend les textes anciens bondil9(Hammett, Thompson, Burnett), c’est qu’il y a peu d’argot, davantage une langue familière, un ton, une volonté de faire s’exprimer les personnages comme ils s’exprimeraient dans la rue. En tout cas rien de semblable à l’argot parigot/série noire plaqué sur les textes. Chez Hammett, aucun terme ou juron de type religieux ou sexuel (je voudrais bien savoir dans combien de thèses et sous la plume de quels exégètes ce fait est signalé ?). Mais il y a une énorme grossièreté dans L’Introuvable, laquelle aurait été impossible quatre ans plus tôt aux États-Unis ce qui témoigne du travail de sape livré par Hammett et ses collègues contre les censures. Dans L’Échappée, le vocabulaire est incroyablement riche, d’une grande précision, d’origine germanique comme latine, la teneur stylistique de haute volée (lorsqu’il parle de ce qu’est la fuite, notamment). À ma connaissance, c’est Burnett qui a mis le plus de pig latin (deux mots dans la même phrase) dans Dark Hazard. De toute façon, et c’est cela qui importe, si l’on veut respecter le texte d’origine, on en respecte la langue. Dans les 5 romans de Hammett retraduits pour Quarto, il n’y a pas un seul terme français postérieur à la date de parution des romans aux États-Unis.

Tous les livres « vieillissent » (les lecteurs aussi, nous en sommes la preuve), ceux dans lesquels il y a de l’argot plus encore que les autres. Les lecteurs américains d’hier ne comprenaient déjà plus l’argot des années cinquante, et nous ne comprenons pas forcément celui d’aujourd’hui qui sera oublié demain. Si l’on veut éviter qu’un livre vieillisse trop vite, il faut choisir des termes argotiques qui ont perduré, qui existaient à l’époque de la parution des livres et qui sont encore identifiables comme de l’argot et compréhensibles. Et jouer sur les incorrections dans le langage oral au lieu de le saupoudrer d’imparfaits du subjonctif, d’interro-négatives irréprochables ou de passés simples qui paraissaient déjà désuets au début du XXème siècle. Sauf, bien sûr, quand un des personnages entend un mot d’argot qu’il ne comprend pas.

 

Des romans signés San-Antonio parus au début des années 50 ont été adaptés par l’auteur lors de rééditions. Par exemple, la 2CV était supprimée au profit d’un véhicule plus récent, et autres détails. Un traducteur peut-il se permettre ce tour de passe-passe alors que l’auteur est libre de le faire ?

Je suis heureux que Simenon n’ait pas atténué la portée sociologique de son œuvre par de tels tours de passe-passe.

Un traducteur peut tout se permettre s’il n’a pas d’éthique professionnelle, si l’éditeur lui demande de le faire et qu’il ne peut refuser car il doit manger, ou si nul ne lit attentivement son travail. Un mauvais traducteur rajoutera des autoroutes là où il n’y en a pas en se méprenant sur le sens du mot « highway ». Mais il ne le fera pas sciemment. Il ajoutera un étage à toutes les maisons et tous les immeubles des États-Unis pour la même raison, il y fera galoper des daims, voler des merles, pousser des cyprès ou encore, ça s’est vu ou ça a failli se voir, fera manger à son détective privé un hamburger en lieu et place d’un sandwich au rosbif froid.

Chacun son école. Pour moi, le traducteur n’a pas de liberté, il n’a que des fidélités. Sinon, il ne faut pas inscrire roman « traduit par » mais « roman adapté par » ce qui n’est pas du tout la même chose.

Certains traducteurs sont aussi adeptes de tours de passe-passe d’une probité confondante. Prenons l’exemple (toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé ne saurait être prise pour une coïncidence) de Madame A, auteure de la traduction bilingue d’une nouvelle de monsieur H. Monsieur B, lui aussi traducteur, s’élève contre la piètre qualité de cette traduction et signale quatre contre-sens commis en deux pages. Quelques temps plus tard, la même madame A édite la totalité des nouvelles de monsieur H. Or, dans ce volume, ne figure pas la nouvelle incriminée (si j’ose dire) par monsieur B. Ici, nous pouvons sortir de quelque chapeau un détective privé que nous appellerons monsieur S, et qui découvrira cette même nouvelle, traduite par un certain monsieur C, d’où auront disparu les quatre contre-sens signalés par monsieur B, mais hélas pas tous les autres, et qui portera un titre différent déjà utilisé pour une traduction de la même nouvelle parue des années auparavant. Meurtres à Chinatown redevient Crime en jaune. Circulez, il n’y a rien à voir. Bien sûr, il n’est pas interdit de conclure à la fois à un trop discret aveu d’incompétence et à la confirmation des propos tenus par monsieur B.

 

Pour quels auteurs vont ta préférence de traducteur et de lecteur ?

Je n’ai jamais traduit un roman que je n’aimais pas, sauf peut-être pour rendre service à un éditeur dans un échange de bons procédés, un renvoi d’ascenseur.

Alors, pour reprendre la liste citée plus haut, Tony Hillerman, William Riley Burnett, Jim Thompson, Charles Willeford, Chistopher Cook, Donald Westlake, Elmore Leonard ou Louis Owens ont été et sont encore, pour certains d’entre eux, des compagnons privilégiés.

Chez ceux que j’aurais voulu traduire, les noms déjà cités plus haut arriveraient en très bonne place. Après en avoir lu neuf, je tempère ce que j’avais dit sur Margaret Millar : uniquement certains romans de la fin, surtout Beyond this Point are Monsters, mais aussi Ask for me Tomorrow, voire Spider Webs (un bon roman de prétoire, intéressant, intelligent, et par moments humoristique). Pour parler d’autres langues, j’ai adoré sept des dix Sjöwall et Wahloo retravaillés par Rivages, aimé énormément les quatre Duca Lamberti de Scerbanenco, lu un Ramon Diaz-Eterovic avec grand plaisir (Les Sept Chats de Simenon), et été passionné par la description de la Chine dans certains des Qiu Xiaolong (Mort d’une héroïne rouge, Visa pour Shanghai). Chez nous, un faible pour Pascal Garnier et Marcus Malte, pour Fred Vargas, même si je n’ai pas lu les derniers, et Dominique Manotti. Beaucoup d’admiration pour L’Homme aux lèvres de saphir d’Hervé Le Corre.

Deux auteurs encore que je classerais un peu à part : William Bayer parce que c’est le seul que je parviens à lire en français sans que l’intérêt en souffre, bravo donc aussi aux traducteurs et traductrices car ils n’y sont sûrement pas étrangers.

Enfin, l’australien Peter Temple pour son roman Truth (Vérité, dont je n’ai lu que la v.o.) qui pour moi est un chef d’œuvre d’une profonde humanité et d’une très grande complexité, un très grand roman. J’aurais à la fois aimé le traduire et redouté de n’être pas assez bon pour y parvenir. Donc aimé ou détesté. Belle ambivalence finale, mon cher Paul.

 

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Merci infiniment, Paul, de cette invitation. Toutes mes excuses pour avoir été aussi bavard dans mes réponses. Te voilà contraint de te livrer à un travail éditorial ! Les traducteurs sont gens qui œuvrent en solitaire dans l’ombre (il faut se méfier de ceux dont on entend trop parler, leur réputation est plus importante pour eux que les auteurs qu’ils traduisent) et quand ils ont l’occasion de parler du métier, ils sont souvent intarissables.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 06:48

Un Poulpe en béton recouvert de sirop d'érable

 

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S’il y a une chose que l’on ne peut reprocher à notre ami Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, c’est bien sa fidélité en amitié. Qu’une femme l’appelle au téléphone du Canada pour lui annoncer le décès de son vieux copain Quentin Cointreau, et ce sont tous ses souvenirs de jeunesse qui affluent comme un mascaret sur le rivage de son esprit et s’écrase sur les rochers de ses neurones.

Quentin Cointreau était parti s’exiler au Québec après de petits soucis avec la justice française, y avait fait sa vie et ce depuis plus de vingt-sept ans. Son corps a été retrouvé près des berges du lac Memphrémagog et son meurtrier n’a pas joué dans la dentelle. Après lui avoir fait ingérer un produit genre soude caustique, il lui a donné un coup à l’aide d’un objet contondant sur le haut du crâne, tiré une balle dans le genou puis noyé dans le lac. Dans l’avion qui l’emmène vers le Québec, Gabriel se remémore tous les bons et mauvais moments passés en compagnie de Quentin, né le même jour que lui, et qu’il considérait comme son grand-frère. La nostalgie l’accompagne tout au long du voyage en avion, ce qui lui permet d’oublier les conditions pénibles dans lesquelles il est installé, ses longues jambes ne trouvant guère de place pour se positionner. Sur place il retrouve Maria, qu’il a connu lors de son précédent séjour chez nos cousins. Il avait accompagné Quentin, ils avaient connu tous deux la belle Maria, mais Gabriel avait préféré rentré en France, pour oublier. Mais il n’a pas oublié Quentin, dont il recevait parfois des nouvelles, ni Maria. Sur place, il n’a pas d’opinions préconçues, peut-être le bout d’un commencement de début d’embryon de petit peu de pas grand-chose de morceau de piste. D’abord Quentin vivait bien, très bien même, ses affaires étaient florissantes. Mais en quoi consistaient donc ses affaires ? Pas vraiment avouables ? Cela n’étonnerait guère Gabriel qui savait que Quentin marchait en dehors des passages balisés lorsqu’il était en France. Participe officiellement à l’enquête Réal Larouche, un policier dont les pieds sont toujours chaussés de souliers provenant de chez les plus grands manufacturiers. Quentin avait un ami qui vit près du domaine où il résidait avec Maria. Un Canadien de nouvelle souche, d’origine bretonne et qui a écumé pas mal d’endroits plus ou moins louches avant de poser son havresac près du lac. Cad, pour Cadoudal, est lui aussi peiné par l’assassinat de son ami. Et en compagnie de Maria, les trois hommes se lancent à l’assaut de celui, ou ceux, qui ont perpétré ce forfait.

Plus que l’intrigue, intéressante, c’est l’écriture, le style de Luc Baranger qui prime, un mélange de français, d’argot et de québécois, le tout agrémenté de nombreuses métaphores humoristiques. Au hasard, j’en ai relevé quelques-unes : « L’hôtesse, un mètre quarante-cinq de hamburger boudiné dans un uniforme trop juste, tortillait du croupion comme un loufiat de chez Michou » (page 43). Cela vous donne tout de suite l’ambiance. Une autre ? « Comme une burqua sur une strip-teaseuse kabouli, une profonde tristesse l’avait enveloppé » (page 65). Une dernière pour la route, et parce que je suis en veine ? « Le café finissait de suinter du perco dans un chuintement de semi-remorque en train de purger ses freins » (page 97). La poésie à l’état brut, et encore je ne vous dévoile pas tout, car le mieux est tout de même de découvrir ces perles dans leur contexte. Quant au titre calembour, il eut été impensable que Luc Baranger ne se l’offre pas.

 

A lire du même auteur : Backstage.


Luc BARANGER : Maria chape de haine. Le Poulpe 270, éditions Baleine. 8€.

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 15:32

Ah si j'étais riche...

 

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Petit malfrat, Paul Serinen a décidé de passer à la vitesse supérieure et pour cela il braque, en douceur, un camion de marchandises qui doit se rendre vers Strasbourg. Une fois le conducteur bâillonné et ligoté, il prend sa place et incurve son trajet, se dirigeant vers Rotterdam où l’attend Mario, son receleur. Mario est un spécialiste de trafics en tout genre, drogues, putes, voitures, racket. Serinen lui apporte sur un plateau six mille sacs de luxe fabriqués dans le sud Manche, à Juilley exactement, non loin du Mont Saint-Michel (Petite précision qui n’est pas importante mais qui permet de connaître le nom du fabricant, si toutefois cela vous intéresse. Quoique l’info soit donnée dans le roman, et comme je ne perçois aucune rémunération liée à la publicité, vous comprendrez aisément que je m’abstiens de vous en dévoiler la marque).

Ce coup de maître sans effusion de sang lui permet d’empocher un joli petit pactole. Et d’envisager l’avenir avec sérénité, quoi qu’il lui faille bien six mois pour s’en remettre. Il a brouillé les pistes derrière lui, ne laissant aucune trace de ses virées. Il achète une petite maison à Etretat, et pense déjà son prochain exploit. Pour cela il recrute trois personnes qui vont l’aider à le réaliser, trois personnes apparemment sans histoire, qu’il a croisées au cours de ses pérégrinations, et qu’il contacte indirectement. Après avoir acheté en Espagne des téléphones portables, il en glisse un dans la voiture de chacun de ses nouveaux contacts, leur explique via le téléphone qu’il aura besoin d’eux, qu’ils sauront où, quand, comment en lisant les petites annonces de Libération, et il n’a plus qu’a attendre l’occasion rêvée.

Celle-ci se présente sous la forme d’une tournée musicale dont les musiciens se déplacent à bord d’un car. Encore une réussite, pas le moindre couac, et il peut envisager un troisième plan dans la douceur et la virginité des neiges éternelles de Courchevel, avec en ligne de mire la couche d’une jeune fille de bonne famille dont le père est diamantaire et surtout une pierre précieuse. Mais il s’est montré trop gourmand. Le diamant n’est pas revendable alors il décide de l’enfouir dans la chape de béton qui servira de terrasse à sa véranda.

 

commere2Ce roman, court et pourtant dense, est scindé en trois parties narrées par trois personnages différents qui prolongent l’histoire. Celle-ci se déroule d’avril 2002 jusqu’en janvier 2015, mais l’auteur se montre particulièrement machiavélique, allant de l’avant tranquillement pour revenir brusquement en arrière afin de lever quelques voiles, de fournir quelques explications, puis la marche en avant reprend. Un roman prenant, sans esbroufe, sans digressions superflues, sans scènes de violence inutiles, sans tous ces artifices à la mode. Comme dans les romans de Maurice Leblanc où l’ingéniosité primait.

 

 

 

D’ailleurs j’ai relevé au moins trois références à Arsène Lupin. Paul Sérinen, qui renvoie au Prince Paul Sernine, un alias utilisé par le gentleman cambrioleur dans les nouvelles composant le recueil Les huit coups de l’horloge. Et Paul Sernine et Paul Serinen sont tous deux des anagrammes d’Arsène Lupin. Ensuite Serinen achète une maison à Etretat haut lieu des aventures lupiniennes et petite ville dans laquelle vécu Maurice Leblanc, son créateur. Enfin, page 119, les passagers empruntent le vol 813, 813 qui nous renvoie au roman éponyme.

Un roman duquel on ressort apaisé, qui lave l’esprit encombré des scènes violentes vécues lors des précédentes lectures, prêt à lire un nouvel ouvrage de l’auteur. Et pourquoi pas, Le deuxième homme qui vient de paraître au Fleuve Noir. Hervé Commère s’inscrit entre Philippe Bouin et Pierre Lemaître, tout en possédant son propre univers, laissant planer insidieusement le doute sur la suite de l’intrigue. Il distille le suspense à la façon de Boileau-Narcejac, et ce n’est pas un mince compliment.


Et si vous n'êtes pas convaincu je vous invite à lire l'article de Claude Le N sur

Action Suspense.


Hervé COMMERE : J’attraperai ta mort. Editions Pocket (réédition des éditions Bernard Pascuito – 2009). 160 pages. 5,70€.

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