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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:47

Un Goss qui ne fait pas l'enfant...

 

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Peter Callaway est le témoin d'une tentative d'enlèvement. Trois hommes kidnappent une jeune fille. Mais ils se trompent de voiture, prenant celle de Peter pour la leur. Le journaliste les expédie au tapis et emmène la belle chez lui. Marjorie Pigella, fille unique et délaissée d'un riche veuf, s'est enfuie du collège où elle était sensée poursuivre ses études. Peter a écrit un article sur la traite de blanches sévissant dans la région ce qui ne plaît pas à un Mexicain qui le fait kidnapper. Son copain Grégory, qui a assisté à l'enlèvement, le sauve de la noyade. Peter est renvoyé, son patron ayant peur des retombées provoquées par ses articles. Marjorie narre ses avatars. Elle a fait la connaissance d'un Don Juan, nommé Juan qui a drogué sa boisson. Après une tentative avortée pour s'échapper, elle a été présentée à Sanchez, psychiatre, et Peter l'a tirée des griffes des Mexicains alors qu'ils regagnaient leur voiture.

En compagnie de Grégory et de Jimmy, spécialiste des coffres-forts, Peter s'introduit chez Sanchez, apprend par l'assistante que les kidnappées sont emmenées dans un ranch au sud du pays et s'empare de documents. Des gros bras les poursuivent jusqu'aux docks. Grégory est touché et Peter décide de l'emmener ainsi que Peggy, la petite amie de Greg et Marjorie chez sa tante Caro à Sunshine cottage. De retour en ville il apprend que Jimmy est décédé après avoir été torturé. Il revient au cottage lequel est dévasté. Caro lui explique que les autres ont été enlevés. Pigella, qui tient les flics dans sa main, l'accuse de séquestrer sa fille. Peter retrouve la trace de ses amis mais il tombe dans un piège. Lui et Grégory sont délivrés par Caro. Ils repèrent l'emplacement du ranch et arrivent au moment où les kidnappées allaient passer la frontière séquestrées à bord d'un camion leurre.

Tour à tour écrit sur un ton badin, humoristique, poétique, dur ou réaliste, ce roman n'a pas trop vieilli. Il s'inscrit dans la veine des romans noirs américains dus à de petits maîtres tels que M.E. Chaber. La femme ne joue pas forcément, comme il était de bon ton à l'époque, le rôle de la garce ou de l'ingénue. L'emploi de certaines métaphores qui se voulaient drôles pourrait cataloguer aujourd'hui l'auteur comme raciste. Lorsqu'il traite par exemple les Mexicains de pains d'épice.


Citation : Toutes les pièces restantes sont aussi vides qu'un cerveau de député.


André GOSS : Sérénade aux colts. Fleuve Noir Spécial Police N°37. 1953.

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 07:53

Une bouffée de nostalgie !

 

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Chargé par son patron d'élucider la disparition d'un de ses collègues, Jupiter Clark se rend en compagnie de Perkins dans un parc d'attraction. Les deux équipiers sont enlevés et tabassés par les sbires de Max, le propriétaire d'un manège. Perkins est ensuite abattu avec le revolver de Clark. Celui-ci est appréhendé par les policiers et il profite de l'évasion d'un co-détenu pour se faire la belle. Clark, embringué dans la bande de malfrats, est persuadé qu'il a été victime d'un mouchard. Lors d'un braquage qui se termine mal, il se réfugie par hasard dans l'appartement d'une jeune femme, Effie, qui a un contentieux avec Max et dont elle lui révèle toutes les combines. Il l'entraîne dans son repaire puis se rend à un rendez-vous fixé par son patron. Celui-ci se fait enlever à sa barbe par les tueurs de Max. Clark doute de la bonne foi d'Effie qui finit par lui révéler sa parenté avec Max qu'elle désire sauver. Elle disparaît et Clark, passant entre les mailles du filet tissé par les flics, va à Hollywood où réside Max. Dans un restaurant il reconnait en l'une des clientes une jeune femme qui était entrée en même temps que lui dans l'attraction foraine. Il s'agit de Scarlett Irving, une jeune actrice en devenir, accompagnée de Wytness, son metteur en scène. Clark se fait engager comme figurant et apprend que le film dans lequel elle tourne est produit par Max. Il est kidnappé, en compagnie de Scarlett, par Effie qui termine sa vie une balle entre les deux yeux. Scarlett l'emmène chez elle mais Max les attend. Il apprend à Clark qu'il fournit des renseignements à des pays de l'Est. Les documents, des photographies d'usines atomiques, sont insérés dans des bobines de film. Libéré par deux de ses hommes, Ben et Jhonny, Clark s'empresse de faucher la bobine de film incriminée, fait surveiller les allées et venues de Scarlett et la kidnappe. 

Ce roman mi-policier, mi-espionnage, ancré dans l'esprit roman noir américain de l'époque, joue sur les coïncidences, sur les situations, jusqu'à ce que tout se décante à l'épilogue. L'ambigüité sur le véritable métier de Clark est entretenue jusqu'à la fin.  L'alcool coule à flot et les scènes de bagarre ou de torture sont légions. Afin de parfaire une égalité des sexes, qui dans ce cas n'est pas revendiquée, les protagonistes masculins ne se privent pas de rudoyer avec une joie sadique Effie ou Scarlett.

Curiosité : L'on n'apprend le statut professionnel exact de Jupiter Clark qu'à l'épilogue. Bizarrement le nom d'un des personnages est écrit Jhonny tout le long du récit.

Citation : Je ne me voyais pas menant la vie incolore et monotone d'employé de bureau ou de commerçant, confiné dans un local, obligé de faire risette à des casse-pieds.


André GOSS : Après vous madame. Spécial Police N°33, éditions Fleuve Noir. 1952.

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 16:40

Amateurs, à vos claviers... !

 

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Un synopsis, c’est un peu comme l’esquisse d’un tableau pour un peintre. L’auteur couche sur le papier ses idées premières, avant de les retravailler, de le mettre en forme pour en dégager un scénario puis de convertir le tout en roman. Ou d’abandonner en cours de route le projet.

Jean-Pierre Andrevon nous livre quelque 66 synopsis qui n’ont pour l’heure pas encore fait l’objet d’un roman, des idées qui lui sont venues en voyant une scène, en écoutant quelques paroles échangées en public ou une fulgurance qui lui a traversé l’esprit et qu’il a aussitôt consignées sur une feuille afin de ne pas en perdre une miette. Car nous savons tous que ce qui n’a pas été noté dans l’instant se perd irrémédiablement dans les limbes de la mémoire.

En ouvrant cet ouvrage, je me suis dit combien celui-ci pourrait être précieux pour un auteur, débutant ou confirmé, lui offrant sur un plateau une trame dont il pourrait se servir impunément, satisfaire ainsi à une sorte de plagiat prémédité mais non répréhensible. Or en lisant son préambule, titré Eclaircissements nécessaires, je me suis rendu compte que c’est sciemment que Jean-Pierre Andrevon nous livre le fruit de ses cogitations : Je ne peux en aucune façon vous assurer que quelques unes des ébauches ici réunies ne deviendront pas, dans les années futures, ce pour quoi elles ont été crachées et conservées : un roman bien formé, une nouvelle moulée à la louche. Si ça vous amuse, vous pourrez toujours vérifier à mesure de l’écoulement du temps. Parallèlement, si l’un ou l’une d’entre vous qui allez me lire, écrivant ou écrivain, trouve dans ces récits en gésine de quoi alimenter un texte, ne vous gênez surtout pas ! Les idées sont à tout le monde, en priorité à qui les exploite ; et nulle taloche publique, nulle exploitation judiciaire ne viendrait souligner ce forfait, je peux vous l’assurer… En attendant, je peux me dire : au moins 66 de sauvés !

N’étant pas écrivain, ni même écrivaillon, ceci ne me concerne pas au premier chef. Mais étant de nature curieux, dans le bon sens du terme, c'est-à-dire, m’intéressant à tout sauf à la vie privée, je me suis jeté goulûment sur ces textes qui couvrent une, deux, voire trois pages, guère plus à part quelques uns qui sont plus fouillés et ne demandent qu’à s’étoffer. D’ailleurs dans Le chant des baleines, le dernier texte du recueil qui porte donc le numéro 66, Jean-Pierre Andrevon se promet bien d’écrire cette histoire, qu’il y prendrait plaisir, non seulement parce qu’il est le plus complet mais aussi parce qu’il lui est le plus cher. Dont acte, monsieur Andrevon, lâchez ce que vous faites actuellement, sans vous commander, et écrivez-nous ce roman, ne serait-ce que pour votre satisfaction personnelle, pour vous sentir fier de l’avoir mené au bout, et pour ne pas décevoir vos lecteurs.

Je n’ai pas lu ces textes dans l’ordre, mais j’ai pioché dans le sommaire afin de déguster en priorité ceux dont les titres m’attireraient s’ils étaient publiés en roman. Et parmi ceux-ci, les numéros 34, Sherlock Holmes rencontre le docteur Jekyll et M. Hyde, et 35, Sherlock Holmes sur Mars. Intrigants, non ?

Mais que se cache–t-il derrière ces titres qui en eux-mêmes font déjà saliver le lecteur impénitent ? Dans le n° 34, Sherlock enquête sur le meurtre de prostituées dans le quartier de Whitechapel en cette année 1888. En compagnie d’un jeune dandy du nom de Dorian Gray, il parvient à sauver de la mort une péripatéticienne et ils suivent l’assassin jusqu’à la propriété du docteur Jekyll, lequel comme on le sait est atteint d’un dédoublement de la personnalité. Quoique clamant son innocence, Jekyll est arrêté mais est bientôt libéré, une lady étant retrouvée entièrement vidée de son sang. Or Dorian Gray est surpris un soir en train de boire le sang d’une femme. C’est un vampire qui obéit aux ordres du grand-maître, qui vit dans un manoir situé au cœur de Londres, et qui n’est autre que Dracula. Mais l’histoire n’est pas terminée. Jean-Pierre Andrevon pensait en extirper un roman, voire une bande dessinée, en ajoutant quelques personnages supplémentaires dont L’Homme Invisible de H.G. Wells. Or cette idée a été plus ou moins traitée dans une BD signée Alan Moore et Kevin O’Neill sous le titre de La Ligue des gentlemen extraordinaires.

Dans Sherlock Holmes sur Mars, tout y est ou presque, puisque quelques dialogues sont ébauchés, entre Sherlock et Moriarty ou entre Sherlock et Watson. Sans trop vouloir déflorer l’intrigue, je peux juste dire, ou écrire, que l’action se déroule en 1917 et que les Allemands affirment avoir trouvé le moyen de se rendre sur Mars. Bien entendu le gouvernement britannique envoie Holmes en terre prussienne afin d’enquêter sur cette hypothèse qui serait véritablement une première et risquerait de permettre aux Allemands d’étendre leur hégémonie et faire basculer la guerre en leur faveur. Holmes est capturé, enfermé dans un compartiment d’une fusée et s’endort abruti de somnifères. Lorsqu’il se réveille, quarante jours plus tard selon Moriarty, son célèbre ennemi lui apprend qu’il est sur la planète rouge. Sous couvert d’anticipation, de science-fiction et de fantastique, Jean-Pierre Andrevon construit son intrigue de manière très rationnelle, en ménageant ses effets et en apportant des solutions qui semblent simples mais auxquelles il fallait penser, déductions holmésiennes à l’appui.

Quelques titres ont attiré mon attention, par leur énoncé mystérieux. Mort et apothéose de Joseph Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline, par exemple car il m’a renvoyé immédiatement à ce roman intitulé Le dernier dimanche de monsieur le chancelier Hitler. Et vérification faite, je ne m’étais pas trompé, car effectivement Jean-Pierre Andrevon déclare que le scénario de cette nouvelle pouvait être le pendant du roman cité.

J’espère que vous avez passé un agréable après-midi, Toujours nous irons vers la mer, Ces chers petits, Le repas dans l’ombre, Une balade en ville, Des amis fidèles, autant de titres prometteurs respirant la joie de vivre, les petits bonheurs simples de la vie quotidienne, les promenades bucoliques, les flâneries. Mais sous le voile placide du titre se cache une autre réalité, plus assaisonnée d’humour noir, lorgnant du côté du fantastique ou de l’onirisme, comme dans Une balade en ville, thème souvent traité mais inépuisable car offrant de nombreuses possibilités d’exploitation.

Il serait long et peut-être fastidieux de recenser tous ces synopsis, mais il est bon de savoir que cela couvre tous les genres de la littérature populaire, genres qu’affectionne Jean-Pierre Andrevon, lequel œuvre aussi bien dans le roman policier que dans le fantastique et la science-fiction ou encore les romans destinés à la jeunesse. Mais il ne se cantonne pas dans l’écriture puisqu’il chante et dessine. D’ailleurs la couverture est signée de l’auteur. Un artiste polyvalent qui ne déçoit jamais.

Des synopsis à déguster à profusion comme autant de nouvelles qui trouveront peut-être preneur et révéleront de nouveaux talents. A charge pour ceux qui écriront les romans d’avouer que l’idée principale leur a été soufflée par Jean-Pierre Andrevon, les éparpillant comme autant de graines destinées à germer dans des jardins en friche.


Jean-Pierre ANDREVON : Soixante-six synopsis… et autant d’histoires à écrire. Collection KholekTh N° 21. Editions La Clef d’Argent. 292 pages. 13€.

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 13:16

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Après la Grande Conflagration qui ravagea la Terre, les hommes ont compris qu’il valait mieux vivre en bonne intelligence. Des progrès ont été accomplis dans tous les domaines, et principalement dans celui de la conquête spatiale. Un homme a même posé un pied sur Mars.

En cette fin du XXIème siècle, exactement en l’an 2078, des stations orbitales surveillent l’espace. Et l’une de ces stations signale l’apparition d’une météorite qui devrait côtoyer la Terre. Le Commodore Jess Gumpert, qui devait passer ses vacances avec Lucyle et effectuer une croisière de rêve, est rappelé d’urgence à la base de Chadwiggan. Il doit vérifier avec trois autres collègues, la distance et le périple de cet astéroïde inconnu. A leur grande surprise, ils constatent que l’objet n’est autre qu’un engin volant, dépourvu de hublot, de couleur noire, de forme ronde un peu comme un coquillage bivalve bombé à chacune de ses deux faces.

Enigma, tel est le nom donné à cet intrus, ne semble pas se préoccuper de leur navette et ils regagnent la Terre afin de rendre compte aux autorités compétentes. Le président du GCU, le Grand Conseil Unifié, prend à cœur cette information qui doit rester secrète. Lors de la conférence de presse mensuelle, Gumpert est invité a expliquer succinctement sa mission, les médias étant au courant de son voyage dans l’espace, mais en restant le plus vague possible dans ses propos. Seulement une journaliste un peu trop fouineuse, de toutes façons c’est son métier de vouloir se renseigner à tous prix, perspicace et persévérante se doute qu’un événement inhabituel vient de se produire. Elle tente de rejoindre Gumpert à la base de Chadwiggan, mais celui-ci est déjà reparti en mission et elle est vertement renvoyée dans ses foyers, c’est à dire son journal. A nouveau Gumpert et ses acolytes observent l’engin et à leur grande surprise, celui-ci oblique sa trajectoire et se dirige vers la Terre.

Les soucoupes volantes, de préférence d’origine inconnue et se dirigeant vers la Terre, ne constituent plus un thème innovant. Toutefois Piet Legay, en vieux routier de l’écriture et du roman populaire, sait trouver de nouveaux centres d’intérêts. Et l’un de ceux-ci réside dans la façon d’aborder le problème par le conseil suprême alors en place sur Terre. En effet le Président redoute la panique de ses concitoyens engendrée par la terrible nouvelle d’un engin inconnu dans l’atmosphère terrestre. Il s’inquiète en effet de l’influence de la révélation de ce secret sur les croyances religieuses de tout bord s’il révélait que l’univers est peuplé. De quoi remettre en cause le fondement même des cultes. Et une fois de plus il est prouvé que lorsqu’un homme politique préfère imposer le secret afin de ne pas engendrer affolement et frayeur, d’autres, comme le général Swank dans le récit, s’insurgent contre l’inconscience du gouvernement qui se refuse à dévoiler la nature de l’objet incriminé afin d’éviter la panique de la population. Une leçon de lucidité qui prouve qu’il faut voir plus loin que le bout de son nez. Mais également qu’il est difficile de trouver le bon équilibre. Enfin, si l’épilogue est logique, il nous ramène à une expérience, une tentative de l’homme pour communiquer avec d’éventuels habitants de l’espace.

 

Piet LEGAY : Enigma. Editions Rivière Blanche. Collection Blanche N° 2056. 228 pages. 17€.

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 06:31

Le mensonge coule aussi facilement de la bouche du diplomate que le lait du pis de la vache.

 

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Le lac d’Amour est considéré comme le lieu mal famé de Bruges, rendez-vous des homosexuels. La découverte d’un corps baignant dans son sang laisse supposer une tentative de meurtre crapuleux, une hypothèse qui ne tient pas longtemps. Un homme, qui déclare avoir découvert le corps et appelé immédiatement les secours, répond aux questions du commissaire Van In, rapidement arrivé sur place. Le témoin, qui se nomme Jaime Ruiz, est Espagnol. Il travaille au Collège d’Europe et parle cinq langues, ce qui arrange Van In, lequel n’a plus besoin d’interprète.

En compagnie de ses adjoints, le fidèle Guido Versavel lui aussi homosexuel, Robert Bruynooghe le bourru et l’aguichante Carine Neels, Van In est chargé de l’enquête qui, pour leur patron De Kee, toujours énervé, n’est qu’une péripétie sans importance. Il confie une autre mission autrement plus importante à ses yeux : l’exposition Hibrugia.

En partenariat avec l’Espagne qui va déléguer des personnalités de marque, le tableau Guernica de Picasso doit être exposé dans une sorte de bunker construit spécialement pour l’occasion sans oublier quelques belles œuvres de Velasquez, du Greco et de Goya. Jos Viaene, la victime, est identifié grâce à un bout de papier retrouvé dans une de ses poches, et les recherches entreprises établissent qu’il travaillait comme agent de sécurité pour les musées de la ville.

Dans une sacoche du vélo qui était caché dans un fourré, et appartenant à Jos Viaene, les policiers trouvent le schéma d’une installation d’alarme. Au bas du papier figure une note griffonnée : Ruiz. Mais l’homme donne sa version. Selon lui ce serait plutôt ruis, qui signifie en néerlandais bruit parasite. Van In n’est pas convaincu par cette explication mais il n’en laisse rien paraître.

Sa principale préoccupation est de rencontrer un certain Boedt, le responsable de la sécurité. La mère de Viaene effondrée lâche quelques noms de personnes fréquentant son fils : Guido Jacobus, Olivier Boedt et Els Hocepied. Le premier est le fils d’un antiquaire, le deuxième celui du responsable de la sécurité, et Els Hocepied mannequin de profession. Viaene est dans un coma profond et comme si cela ne suffisait pas un inconnu lui loge une balle dans la tête, ce qui lui évitera de trop parler. Van In et son équipe rencontrent tour à tour les trois individus et quelques pistes se profilent à l’horizon quant à leurs collusions. Du moins entre Els et Ruiz. Mais les événements n’en restent pas là. Un tableau, Le Jugement dernier de Jérôme Bosch, est volé malgré les détecteurs et les alarmes. Or le ou les voleurs sont passés par la seule ouverture qui n’était pas protégée. Mais d’autres cadavres viennent s’immiscer dans le décor, tandis que Boedt décide de se suicider. La piste de l’ETA est avancée et De Kee, le commissaire en chef comme il aime à le rappeler en toutes occasions, vitupère parfois à tort et à travers.

 

Cette enquête faussement nonchalante mais fortement arrosée, Van In s’abreuvant généreusement de bière et autres boissons dégustées selon les circonstances, se révèle parfois brouillonne et l’épilogue est complètement sinon imprévisible, disons un peu hors sujet. Mais ce sont aussi les à-côtés de l’enquête qui donne du corps à l’histoire. Hannelore, la compagne de Van In, est juge d’instruction et participe activement à l’enquête, accompagnant souvent son homme. Ce qui procure de petits échanges aigre-doux entre le couple, mais aussi des moments de complicités attendrissants et jubilatoires.

Pour le plaisir, quelques citations :

Le mensonge coule aussi facilement de la bouche du diplomate que le lait du pis de la vache.

Etait-ce sa faute si Dieu avait créé la crevette et que le diable y avait ajouté du cholestérol ?

La différence entre une démocratie et une dictature se mesure souvent au temps nécessaire pour que les décisions prises en haut lieu soient appliquées.

Petite réflexion personnelle, je me demande parfois dans quelle catégorie ranger la France.


Pieter ASPE : Le tableau volé. (Zoenoffer – 2001 ; traduit du Néerlandais par Emmanuèle Sandron. Première édition : Editions Albin Michel). Le Livre de Poche Policier/Thriller. 336 pages. 6,90€.

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 14:56

Plus long et plus savoureux que 2 minutes 35 de bonheur !

 

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Dans Paris que la soldatesque allemande commence à envahir, trois musiciens de jazz, plus un, gravent sur des galettes de récupération des morceaux instrumentaux, mais à chaque fois les disques partent à la poubelle. Hiero est mécontent du son de la prestation de l’ensemble. Pourtant ce sont des instrumentistes aguerris, mais cela ne fonctionne pas, ou mal. Le matériel peut-être, les conditions d’enregistrement dans un local qui ressemble plus à un placard qu’à un véritable studio, à la prestation de l’un d’entre eux. A moins que ce soit dû au caractère perfectionniste de Hiero, surnommé le môme, à sa mauvaise humeur peut-être, ou à la maladie. Bref, Hiero n’est pas content et jette systématiquement les galettes. Sid subtilise subrepticement la dernière et la glisse dans l’étui de sa grand-mère, sa contrebasse. Puis tout le monde se rend à l’appartement de Dalilah, la copine de Louis Armstrong qui leur a prêté des matelats. Tous sauf, le musicien supplémentaire, Bill Coleman qui rentre chez lui.

A cette séance participaient outre Bill Coleman, à la trompette, Hieronymus Falk dit Hiero, lui aussi à la trompette, Charles C. Jones, qui préfère qu’on l’appelle Chip, à la batterie et Sidney Griffiths dit Sid à la contrebasse. Il ne faut pas parler de chant du cygne mais chacun y pense.

Cinquante deux ans plus tard, en 1992 à Baltimore, Sid est un vieux musicien de quatre-vingt-deux ans, qui vit dans son appartement parmi les déchets d’une vie. Chip passe le voir. Lui aussi est délabré, la vieillesse, la drogue aussi dont il a fait un usage immodéré pendant un certain temps. Si Sid a décroché de la musique de jazz, de la musique tout court d’ailleurs, ayant travaillé pendant une trentaine d’années comme secrétaire médical, Chip lui a continué à flageller ses peaux et à les brosser, à taper dessus, étant encore un batteur renommé et demandé. Chip lui propose de partir à Berlin, visionner un film sur leur ancien groupe, les Hot Time Swingers, puis il révèle que Hiero ne serait pas mort comme ils l’avaient supposé mais vivrait en Pologne.

A Berlin, la projection du film met mal à l’aise Sid. Comme à son habitude, Chip a raconté n’importe quoi et tous les spectateurs regardent Sid honteux décamper de la salle. Plus tard Chip, sans vraiment faire amende honorable, déclare qu’en réalité il a été piégé par le réalisateur, qu’il a été manipulé. Sid veut bien l’admettre une fois de plus, car entre Chip et lui, depuis qu’ils se connaissent, à l’âge de douze ans près d’un bac à sable, ils ont toujours été comme chien et chat. Lui Sid, le bon gros toutou désirant être ami avec le chat, lequel chat a toujours sorti ses griffes, sauf dans les quelques moments où il ronronnait.

Le flux de souvenirs lui remontent à la tête comme un alcool, dont ils abusaient à cette époque, remonte dans l’œsophage, se niche au fond de la gorge, brûlant tout sur son passage. Dans les années soixante, par un improbable concours de circonstances, la galette a été retrouvée cachée dans un coffre niché dans un mur et que des ouvriers ont mis au jour en démolissant des cloisons. Mais surtout l’année 1939, alors qu’ils jouaient à Berlin, Chip, Hiero, Sid et trois autres musiciens, Paul un Juif blond au piano, Ernst à la clarinette et Fritz au saxo, au club Le Molosse. L’arrivée de Dalilah Brown, la chanteuse de Louis Armstrong, le jeu de la séduction qu’elle a entamé avec Hiero et Sid, Chip n’étant qu’un spectateur caustique. L’algarade avec des gestapistes, à cause de leur couleur de peau. Car si Hiero est Allemand, il est aussi Noir, fils d’une Allemande et d’un Camerounais. Un Sang-mêlé tout comme Chip et Sid. La bagarre et le mort du côté SS, l’obligation de se terrer dans les caves du Molosse, l’arrestation de Paul et son enfermement à Sachsenhausen, la défection de Fritz, puis la recherche de papiers, la fuite vers le château du père de Ernst qui doit leur fournir des visas, le trajet vers Paris où ils doivent graver un disque en compagnie de Louis Armstrong, les nombreux déboires qu’ils subissent, l’arrivée des troupes allemandes et la panique qui s’ensuit.

 

Le narrateur, Sid, raconte son histoire comme un tromboniste joue de son instrument. Il coulisse son histoire d’avant en arrière, par de longs glissements en franchissant allègrement les années ou par petites glissades dans le temps, tirant de son trombone des accents pathétiques, enlevés, des fulgurances, des glissandos. Parmi les musiciens qui gravitent, Louis Armstrong, bien évidemment, en chair et en os, avec son éternel mouchoir essuyant la sueur coulant de son front, mais aussi la figure tutélaire de King Oliver, le père des trompettistes et des cornettistes. Pourtant il manque un autre musicien qui ne deviendra célèbre qu’un peu plus tard, mais dont le jeu musical ressemble à celui de Hiero, ou inversement. Son style était mélancolique, lent, il maintenait les notes plus longtemps que de raison. La musique aurait dû retentir comme une sirène de navire qui sonne au large – dure, brillante, claire. Le môme, putain, il la rendait trouble, en faisant passer les notes pas seulement par-dessus les mers, mais aussi à travers la terre.

Si le jazz est présent, prégnant, comme une composition écoutée en sourdine tout en vaquant à autre chose, l’auteur s’attache à décrire non seulement ses personnages, leurs réactions, leur investissement, leurs différents, il décrit cette période trouble du Berlin de l’année 1939 puis du Paris 1940, les bouleversements vécus de l’intérieur par des musiciens de jazz, musique honnie par Goebbels, le racisme qui se propage dans toute l’Allemagne. A Hambourg, lorsque Sid découvre avec stupéfaction que le parc zoologique dédié théoriquement aux animaux a été transformé en parc zoologique humain. Mais également à Paris, déclarée Ville ouverte, lorsque les habitants de la capitale commencent à paniquer, à vouloir rejoindre Bordeaux via la Gare d’Austerlitz, la panique, les cris d’orfraies venant de toute part, les insultes qui pleuvent sur Sid et ses compagnons (ils se font traiter de Sénégalais comme si c’était l’injure suprême engendrant en même temps une peur inconsidérée).

Esi Edugyan écrit comme certains romanciers Noirs américains, empruntant leurs tics, alternant les images poétiques à la réalité la plus dure, oubliant sciemment une partie de la négation, comme nous le faisons la plupart du temps dans nos dialogues oraux. Un roman âpre, éloge de la musique, de l’amitié, mais également la description sans complaisance d’une époque que l’on aimerait savoir révolue.  


Esi EDUGYAN : 3 minutes 33 secondes. (Half Blood Blues. Traduit par Michelle Herpe-Voslinsky). Editions Liana Levi. 368 pages. 22€.

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 08:48

Bon anniversaire à Fred Vargas, née le 7 juin 1957.

 

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L’armée fut rieuse ?


L’Armée Furieuse, ou la Mesnie Hellequin, est une légende dont se réclament de nombreux pays européens, principalement en Angleterre et les pays Nordiques. Et selon les endroits dans lesquels cette croyance, qui date du début du Moyen-âge, est encore vivace, elle est aussi nommée le Carrosse du roi Hugon, la Chasse nocturne, la Chasse Arthur, la Chasse du Comte Rouge, la Chasse du Chasseur Sauvage… Certaines nuits magiques d’orages violents, surtout en période de changement de saison, et alors qu’on pourrait penser que ce sont le vent et la pluie qui dévastent les paysages, l’imaginaire populaire impute cette dévastation à une troupe d’esprits fantastiques, montés sur des chevaux rapides, entourés de chiens bruyants, qui ont été condamnés en punition de leurs péchés à chevaucher jusqu’à la nuit des temps. Et il ne fait pas bon être dehors à ce moment là.

Alors qu’il déjeune, en face de l’entrée de la Brigade Criminelle, en compagnie de Veyrenc qui se demande s’il doit ou non reprendre du service, Adamsberg aperçoit une petite femme qui stationne depuis une heure sous le soleil. Mais ce n’est pas tant la femme, attifée d’une blouse à fleurs désignant une provinciale bon teint, que le pigeon qui lui aussi stationne d’une façon inamovible sur le trottoir. Justement c’est lui Adamsberg que la sexagénaire, qui est allée chez le coiffeur pour la circonstance, voulait voir. Tandis qu’il recueille le volatile dont les pattes ont été attachées avec de la ficelle l’empêchant de s’envoler, il écoute d’une oreille plus ou moins distraite la Normande raconter pourquoi elle vient le voir, se déplaçant pour la première fois jusqu’à la capitale. Sa fille, Lina, a aperçu un soir l’Armée furieuse dans un chemin que personne n’emprunte de nuit à cause de la superstition qui plane sur cette voie communale.

L’apparition de l’Armée furieuse signifie que des morts violentes sont à prévoir. Or parmi les membres de cette armée figuraient trois habitants de la commune, Herbier, Glayeux et Mortembot. Pour mieux enfoncer le clou madame Vendermot, c’est le nom de la solliciteuse, annonce qu’Herbier, détesté des villageois, a disparu. C’est le vicaire qui lui a conseillé de solliciter le commissaire. Adamsberg lui rétorque qu’il existe une brigade locale de gendarmerie, mais elle ne s’entend pas du tout avec le capitaine Emeri, une vraie toile. D’après Danglard, le Pic de la Mirandole de la brigade, Emeri est un descendant du maréchal d’Empire Davout, duc d’Eckmühl et autres titres ronflants. Herbier a donc disparu, avec sa mobylette et lorsque les voisins se sont inquiétés de cette absence, ils ont découvert le congélateur du braconnier mis à sac.

Intrigué et quoique Emeri lui suggère de mettre l’affaire sous le boisseau, Adamsberg décide de se déplacer à Ordebec, Calvados, en compagnie de quelques-uns de ses hommes, les autres devant rester à Paris car les casseroles sur le feu ne manquent pas. Par exemple le décès par incinération dans son véhicule de luxe d’un riche industriel. Le coupable est tout désigné, Momo, un habitué de ce genre d’incendie volontaire sur véhicules ne lui appartenant pas. Mais Momo crie son innocence, alors que d’habitude il reconnait les faits. Et puis quelque chose dans son physique ne colle pas, de même que les preuves recueillies chez lui qui semblent avoir été déposées exprès pour l’accuser.

Quant au pigeon il est confié à Zerk, le fils d’Adamsberg, un fils de vingt-huit ans qu’il ne connait que depuis deux mois. Arrivé sur place, il déambule dans le chemin incriminé et aperçoit une octogénaire pimpante assise sur un tronc d’arbre. Drôle de personnage que Léo, qui se repose tandis que son chien honore quelques voisines. Elle a été mariée au comte local, un conte de fée, mais seulement deux ans. Les Normands, ce ne sont pas les seuls, n’aiment pas les mariages hors caste. Léo est découverte chez elle le crâne défoncé et est emmenée à l’hôpital dans un état critique. Herbier est retrouvé, mort, mais ce n’est que le début de l’hécatombe annoncée.

 

Plus que l’intrigue, c’est le style de Fred Vargas qui entraine le lecteur et l’oblige à tourner les pages, de plus en plus vite au fur et à mesure que l’histoire prend corps. Elle possède le don d’installer une ambiance, une atmosphère, avec une écriture presqu’éthérée. Des dialogues décalés et des personnages tout autant qui possèdent chacun une anomalie développée, grossie par l’œil inquisiteur de l’auteur. Chacun de nous détient ce petit quelque chose qui nous différencie du voisin, mais dans ce cas les particularités sont développées à l’extrême. Si Adamsberg possède une mémoire auditive défaillante, il s’obstine à parler d’armée curieuse au lieu d’armée furieuse, ses adjoints ne sont pas mal non plus. Veyrenc ponctue ses déclarations à l’aide de citations empruntées à Racine, Danglard connait tout ce qui a rapport avec la police et la gendarmerie.

Et les protagonistes auxquels ils vont être confrontés possèdent eux aussi des anomalies physiques, psychiques, mentales. L’un des fils de madame Vendermot s’exprime volontiers à l’envers. Pas en verlan, trop facile, mais en intervertissant les lettres. Par exemple pour dire Bonjour il s’exclame : ruojnob, ce qui n’est pas toujours compréhensible par le commun des mortels. Je ne vais pas vous ériger le catalogue de toutes ces anomalies, il faut garder un certain mystère afin que vous en appréciiez la lecture.

Les zoophiles retrouveront quelques animaux qui prennent une place prépondérante ou non à l’intrigue, ou sont simplement évoqués : Couple de rats amoureux, pigeon ligoté, vaches atteintes d’immobilisme, chiens, sanglier, abeilles, cloportes, gerbille et même un merlan. Et j’en oublie sûrement.

Et dire que certains affirment qu’à l’Ouest rien de nouveau ! Ce n’était qu’une remarque comme ça, en passant.

Citations :

Ça n’a jamais servi à rien de tuer des flics. Car c’est comme le chardon, il en repousse toujours.

Un flic, ça n’a jamais empêché personne de tuer.


Fred VARGAS : L’armée Furieuse. Réédition de Collection Chemins Nocturnes. Editions Viviane Hamy – 2011). Editions J’ai Lu. 7,90€.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 14:02

Le policier doué de Douai.

 

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Engoncé dans ses rêves oniriques, Marc se réveille difficilement lorsque Serge surgit dans son appartement. Il est vrai que ses songes étaient pour le moins agréables. Il venait d’écrire un roman historique, empli de bruits et de fureur, de chevauchées de duels et d’enlèvements, avec la figure du Cardinal Richelieu en première ligne. Le roman de l’année d’après les spécialistes du genre. Seulement Serge a besoin de lui et il le bouscule. On attend Marc, on étant le commandant Lomon, avec impatience afin de peaufiner quelques détails dans sa déposition. Un café vite fait servi par Serge qui s’y retrouve malgré tout dans le capharnaüm qui règne dans les pièces, et direction le commissariat.

Lomon est considéré comme le meilleur flic de Douai, il est même doué parait-il, mais il est jeune et tenace. Et il ne rechigne pas à entendre moult fois les mêmes versions d’une déclaration. Il est méfiant aussi. Et Marc doit répéter à chaque fois son interprétation des événements qui se sont déroulés quelques semaines auparavant. Le calendrier affiche mardi 16 juin, et depuis le 6 mai sa femme Catherine a disparu. Sa voiture aussi. Tout le monde, Marc en premier, se demande ce qu’elle est devenue. Pas de petit mot, pas d’indice. Envolée, Catherine.

Marc est persuadé l’avoir tuée, mais il ne sait plus trop bien comment cela s’est passé. Un trou. Mais ça, Marc ne le dit pas. Il raconte que Catherine a souhaité disparaître du jour au lendemain, couper les ponts et refaire sa vie ailleurs. Lomon est interloqué. Une femme qui quitte son mari aurait au moins emmené des vêtements de recharge, un album photos, des bricoles. Marc suggère qu’elle aurait pu se rendre à Annecy, un endroit qu’ils connaissent bien pour s’y être rendu à plusieurs reprises. Bon, personnellement Annecy, Marc n’appréciait pas vraiment, mais Catherine si. Alors si jamais elle était en train de se prélasser auprès du lac, qui sait. Une piste lancée au hasard pour les enquêteurs qui n’ont pas encore retrouvé la voiture en train de barboter en toute inconscience dans les eaux du canal.

Catherine rigole en douce. Tout le monde pense qu’elle est morte alors qu’elle est à Annecy. Elle l’a bien eu Marc, en ayant remplacé le breuvage qu’il lui destinait, un somnifère, et en s’échappant, lors d’un arrêt, du coffre de la voiture dans lequel il l’avait déposée.

Raoul est un habitué du quartier, un condensé de SDF et de marginal. Enfin presque, car s’il accepte de boire un gorgeon ou manger gratuitement, empocher quelques euros donnés avec générosité par les habitants du quartier de la Scarpe, il est toujours propre sur lui, rasé de frais, habillé convenablement, même si ses vêtements sont défraichis. Une figure locale, venue d’on ne sait d’où, faisant partie du décor et aplanissant les différents entre les habitants, sans que chacun y trouve quoi que se soit à lui reprocher.

Que vient faire Raoul dans cette histoire ? Peut-être est-il le fantôme qui joue dans la glace, offrant deux versions d’une vision, la réalité et la fiction se confondant. Et Marc, la fiction, il aime ça, il en vit, mais il ne faut pas tout mélanger. Et lorsque la fiction se mélange à la réalité, la glace se fissure. Et tout devient trouble. Comme les eaux du canal qui balancent contre les portes de l’écluse le quai le corps d’une jeune femme.

Le fantastique est présent dans ce court roman d’une façon quasi imperceptible, l’auteur s’amusant à jouer entre les faux-semblants, comme David Hamilton photographiait des jeunes filles évoluant avec grâce dans un semi-brouillard et vêtues de voiles transparents.


Michel MEURDESOIF : 666, quai de la Scarpe. Collection 666, éditions Engelaere. 84 pages. 6€.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 08:08

Noé dans un drôle de bateau...

 

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Dans une ambiance noire et sordide à la James Hadley Chase, version ibérique, avec des personnages principaux qui ressembleraient à Bud Spencer et Terence Hill, le tout dans une mise en scène genre tragicomédie musicale, avec des mélodies des années 80 et une prose qui parfois se décline en vers libres, vous avez le nouvel Oyola, l’auteur de Golgotha, mais en plus fort, en plus décalé, en plus cynique, en plus insolent, en plus ébouriffant, en plus iconoclaste.

 

Il s’appelle Ovejero, ça veut dire berger,

Mais tout le monde lui dit Perro, le chien.

Il déteste.

Le seul qui l’a jamais appelé « Ovejero » ( ?) c’est le pasteur Noé.

Respectueux Noé, il l’a toujours appelé par son nom, jamais avec mépris.

Ils se sont connus en prison, Noé le bassinait avec ses paroles et son prosélytisme à la petite semaine. Et pourtant ils ont fait équipe ensemble. A plusieurs reprises. Avant Noé était marié, puis il s’est promu pasteur, évangéliste. Mais ce n’est pas pour ça qu’il a perdu sa hargne, et tout en dégoisant la bonne parole, il garde près de lui son fidèle Pasteur Jiménez, une arme blanche redoutable qui ne sert pas qu’à bénir ses ouailles.

Car des ouailles, il en a dans la prison, le dimanche, quelques-uns qui assistent à ses logorrhées mystiques au lieu de jouer au foot dans la cour comme la plupart des détenus. Et puis il a fallu que Kitty Kat, le giton de Pombero Vega, vienne leur faire des propositions pas très catholiques. Alors Noé a protesté, et ça s’est terminé en bagarre générale avec éclaboussures de raisiné un peu partout. Juste la veille où Perro allait être libéré.

Mais faut pas croire, Noé a toujours eu envie de récolter de l’argent pour fonder son église, et Perro suit, comme un petit chien. Une idée tenace, chevillée au corps. Plus que les femmes.

C’est Noé qui a eu l’idée.

 

Gun N’Roses *

 

Juste que Madariaga Ledesma, qui a acquis une jolie petite fortune en vendant des tracteurs, lui refile un peu de blé.

Madariaga, veuf, vit avec sa mère et sa fille. Et Noé veut prendre en otage la fille et pour la récupérer le père devra leur donner une rançon. Simple non ? Seulement, cela ne se passe jamais comme c’est prévu. La poussière du chemin grippe le moteur de leur machination.

Et puis Noé est gourmand. Commence une chasse à l’homme entre les deux complices, avec quelques policiers accrochés à leurs ponchos. C’est ainsi que Perro tout en essayant de suivre la piste tracée par Noé revoit ses dernières années de galère.

Les fuites, les amours, les amis, la bande, les rixes, les empoignades avec les hommes de Pombero, les meurtres, les petites joies et les grandes souffrances.

Entre tendresse, bouffonnerie, violence, rage, vengeance, combats homériques et petites rixes de quartier, scènes d’anthologie grandiloquentes ou d’intimités émouvantes, ce roman-film est jalonné de plages musicales anglo-saxonnes ou hispaniques, dans un pot-pourri joyeux et enlevé qui va aussi bien de Bon Jovi aux Fabulosos Cadillacs, de Los Visitantes à Van Halen, des Beatles au générique du film d’animation Georges de la Jungle, de Def Leppard à Jerry Lee Lewis.

 

*Gun N’Roses, qui est le nom d’un groupe musical, signifie également en argot argentin : Espèce de gros caïd, une expression péjorative.


Leonardo OYOLA : Chamamé (Chamamé – 2007 ; traduction d’Olivier Hamilton. réédition des éditions Asphalte). Editions Points. 264 pages. 7,00€.

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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 06:27

Il ne faut jamais rester sur sa soif… de livres !

 

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Certains romans ne se lisent pas comme on débouche une bouteille de gros rouge. Il faut d'abord les caresser des yeux, les palper, les humer, les ouvrir sans précipitation, puis les déguster, dans le calme, le repos et la sérénité.

Avec Rue de la soif, Lebrun est toujours aussi humoristique et manie les mots avec dextérité. Il nous entraîne dans un parcours initiatique qui se veut balade. Balade au fil des rues et des camarades de comptoirs à la quête d’un personnage mystérieux, véritable parcours d'un combattant de la soif. Balade de l'éthylisme bon enfant, en une apologie narquoise et poétique des libations confraternelles.

Tandis qu'il se livre à une miction afin de délivrer sa vessie des litres de liquide ingurgités dans les différents bars qu'il hante, notre narrateur est intrigué par un graffiti diffamateur et anonyme. Un certain le Baron est accusé, qualifié par moult scripteurs d'une tare dont bon nombre de personnes peuvent se prévaloir sans le savoir et dont l'origine remonte à un certain monsieur Conart ayant vécu au 13ème siècle. C'est dire si la descendance de ce brave homme fut considérable.

Un échange d'imperméable dû à la distraction et à la précipitation du dénommé Baron va amener notre quidam à squatter bars, cafés, troquets, bouges et autres bistrots d'un triangle des Bermudes parisien et à remonter un fil d'Ariane parsemé d'un nombre infini de verres, chopes, gobelets, godets et autres coupes dans lesquels il risque se noyer. Mais chaque fois qu'il pense toucher au but notre héros en mal de liquide se heurte à cette déclaration affligeante et décourageante: "Le Baron, il vient de partir à l'instant !"

Rue de la soif est un livre rafraîchissant. Après avoir absorbé ces quelques cent trente pages roboratives, on le garde en main, comme ce demi de bière que l'on a enfilé d'une traite et que l'on examine avec le regret de ne pas l'avoir fait suffisamment durer. Michel Lebrun est un romancier doublé d'un écrivain, ce qui en ces moments de disette littéraire jubilatoire, est à apprécier comme un cru bourgeois d'une année de référence, pourquoi pas 47. Et si on apprécie ce petit gorgeon fort sympathique, on attend la réédition avec impatience afin de partager ensemble le coup de l'étrier. Il est dur de rester sur sa soif ! Patron, remettez nous ça !


Michel LEBRUN : Rue de la soif. Coll. Mots, Seghers. Septembre 1991. 142 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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