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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 08:01

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Ce roman de Conan Doyle mettant en scène pour la première fois Sherlock Holmes revient sous un nouveau titre alors qu’à l’origine il était intitulé Une étude en rouge. Et à la lecture ce changement de titre est évident et justifié. A la relecture devrais-je écrire, car ce roman, ainsi que Le Signe des quatre qui devrait être réédité prochainement dans cette collection sous le titre Le Pacte des quatre, je l’avais découvert à l’adolescence, et s’il m’en restait quelques bribes perdues aux tréfonds de ma mémoire, il faut avouer que je l’ai redécouvert avec plaisir.

Et certains passages auxquels à l’époque je n’avais guère prêté attention cette fois m’ont particulièrement intéressé. Par exemple ce passage au cours duquel Watson pose cette question, anodine en apparence, mais qui révèle une des facettes de Sherlock Holmes, et dont la réponse est quelque peu méprisante, hautaine, arrogante. « Avez-vous lu les ouvrages de Gaboriau ? [demanda Watson] Peut-être Lecoq est-il à la hauteur de l’idée que vous vous faites d’un détective ? ». Sherlock Holmes laissa entendre un reniflement sardonique. « Lecoq n’était qu’un lamentable propre à rien, dit-il d’un ton irrité. Il n’avait qu’une seule chose en sa faveur : son énergie. Ce livre m’a vraiment rendu malade. La question était de savoir comment identifier un prisonnier inconnu. J’aurais pu le faire en vingt quatre heures. Lecoq en a eu pour six mois ». [Watson] étai[t] assez indigné d’entendre traiter de façon aussi cavalière deux personnages qu’[il] avai[t] admirés. « Ce garçon est peut-être fort intelligent, me dis-je in petto, mais il est à coup sûr très prétentieux ».

Les deux hommes venaient juste de faire connaissance lorsque cet échange eut lieu, ce qui explique surement ces prises de position qui permettent à l’auteur de revendiquer son admiration envers Gaboriau et de définir le caractère de Sherlock Holmes en peu de mots. La seconde partie qui m’avait parue incongrue, lorsque j’avais lu ce livre il y a plus de quarante ans, c’est ce retour en arrière, ce voyage au pays des Mormons. Ce qui prouve toutefois que cela m’avait marqué inconsciemment.

Et cette étude des mœurs de ce que l’on peut considérer comme une secte, prend une importance capitale dans ce récit, car Conan Doyle ne se contente pas d’un simple jeu de piste mettant en scène Sherlock Holmes mais bien d’écrire un roman sérieux, humain, démontrant les méfaits d’une poignée de personnes qui se réclament d’une église tout en en bafouant des valeurs supposées. Il est à noter que Watson en tant que médecin militaire à la fin de ses études, fut affecté en Inde afin de participer à la deuxième guerre d’Afghanistan. Et il n’en rapporta, outre une blessure, que cette constatation désabusée : « Cette campagne fut pour beaucoup une source d’honneur et d’avancement, mais je n’y trouvais, quant à moi, que malheur et désastre ». Rien de bien changé cent trente ans plus tard.

La traduction dépoussiérée de Béatrice Vierne apporte une vigueur au texte, une modernité tout en respectant ce côté vieillot de bon aloi des textes fondateurs de la littérature policière. A lire et à comparer avec les précédentes traductions si vous en possédez, et goûtez la différence.


Conan DOYLE : Ecrit dans le sang. Nouvelle traduction par Béatrice Vierne. Editions Anatolia. 5 novembre 2009. 188 pages. 19,20€.

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 15:44

Lames à l'oeil et aux oreilles !

 

costantini


Reconverti comme détective privé après avoir passé trente ans dans la police new-yorkaise, Thel Avogaddro est confronté à un léger problème. Il ne suffit pas d’avoir pignon sur rue pour appâter les clients, mais posséder un site informatique, site que son ami John Davenport s’escrime à installer depuis quelques heures, est le petit plus indispensable. Alors qu’il se familiarise avec tous les logiciels installés, son ancienne coéquipière déboule toute pimpante.

Carol a non seulement procédé à une chirurgie mammaire, non point pour développer sa poitrine mais au contraire pour la réduire. Du 100D elle est passée au 95B ce qui est encore confortable pour le repos d’une tête fatiguée. Et Carol a quitté la police pour venir travailler avec lui. C’est à ce moment qu’arrive une cliente, fragile d’aspect, mais la mission qu’elle veut lui confier est, de prime abord, assez compliquée.

La soixantaine bien conservée et bien entamée, fumant et buvant comme si elle n’avait que faire de sa santé, qui d’ailleurs est chancelante, elle requiert une mission qui change des affaires d’adultères. C’est un avocat du cabinet Bousquié de Cincinnati qui lui a conseillé de contacter Thel, lequel tombe des nues car il ne connait aucun Bertram, l’avocat, ni de cabinet Bousquié. Mais une affaire ne se refuse pas.

Passons, avant d’aller plus loin dans l’histoire, aux présentations. Ingrid Malowre (clin d’œil à Marlow ?) est née le 8 janvier 1942 en Allemagne. Sa mère, Gertrud, avait fui l’Allemagne nazie avec dans ses bras sa fille en décembre 1943 et elles s’étaient installées dans une pension du New-Jersey. Mais Gertrud est décédée en novembre 1946 d’un accident de la circulation et son sac a disparu. Des clients de la pension ont recueilli Ingrid lui donnant leur nom de famille, Malowre, puis ils ont déménagé et Ingrid a été placée dans une famille d’accueil. Les Malowre sont décédés eux aussi. Fin de la tragédie, la jeune Ingrid a vécu par la suite dans un relatif apaisement. L’histoire pourrait s’arrêter là, et Tehl se demande ce qui amène Ingrid dans son bureau.

La presque septuagénaire sort alors une pochette plastifiée de son sac contenant une carte postale représentant un paysage de Tanzanie, expédiée de Stone Town en 1945, adressée à sa mère et comportant un message pour le moins sybillin ainsi rédigé en allemand:

Ma chérie. Je suis assis sur un tas d’or grâce à mes oreilles. Je vous rejoins dès que je le peux et à nous la belle vie ! Embrasse notre petite Ingrid. H.

Ingrid a déjà procédé à quelques recherches auprès de Bertram, l’avocat, ainsi qu’auprès du ministère fédéral des armées à Bonn et au consulat, mais c’est resté sans suite. H. Scharwzbrod s’est comme volatilisé dans la nature après l’envoi de cette carte et le cabinet vient d’apprendre son décès. Votre mission monsieur Avogaddro, si vous l’acceptez, ne sera pas rémunérée selon les conditions habituelles (ah zut !) mais s’il s’agit d’un pactole et que vous le retrouvez, vous en aurez la moitié (Ah bon !). Mais pour cela il faut retrouver le trésor s’il existe. Et un tas d’or, c’est vague, et que viennent faire les oreilles là-dedans ?

Grâce à Dexter, un ami, vieux musicien de jazz, Thel met le doigt sur l’énigme des oreilles, mais il lui reste aussi à définir à quoi correspond ce tas d’or. Zanzibar, la Tanzanie, sont des réserves aurifères très convoitées, mais il faut déjà déterminer quel rôle jouait Shwarzbrod. Alors tandis que Thel se renseigne auprès de différents interlocuteurs, Carol se rend en Allemagne. Un petit subterfuge lui permet de mettre la main sur de précieux renseignements mais elle est victime d’un accident, et se retrouve à l’hôpital dans un état jugé très sérieux.

U-149-Le30juin1945Wilhelmshaven.jpgComme si les difficultés concernant l’énigme du tas d’or ne suffisaient pas, le Mossad s’invite dans la danse. Et cela fait des vagues, comme les sous-marins, ou plutôt les submersibles qui plus de soixante ans auparavant servaient de cage à Schwarzbrod et ses compagnons.

Débutant comme un roman policier classique, référence non déguisée à Chandler, bientôt cette intrigue bascule dans le thriller pur jus avec moult rebondissements et des incidents qui risquent de faire capoter, couler, irrémédiablement l’enquête. Tandis que Carol végète dans un hôpital allemand, Thel parcourt le monde dans une chasse au trésor effrénée. Thel lui rend puis il s’enfonce dans au cœur de la Tanzanie, et fait connaissance de deux lionnes, le Mossad toujours à ses trousses. Il multiplie les rencontres et se rend même jusqu’au Yémen. Des incursions géographiques certes, mais aussi dans le passé, avec la Kriegsmarine et les océans pour toile de fond, ainsi que la spoliation des Juifs, cela ne vous aura pas échappé.

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Action, frisson et suspense sont au rendez-vous de ce roman qui joue sur la chaleur africaine et la fraîcheur océane, dans une ambiance légèrement jazzy.

A lire également de l’auteur : A pas comptés.

 

En guise de dessert je vous propose quelques citations :

 

Les Noirs faisaient ainsi leurs emplettes dans les boutiques juives et ne les considéraient pas comme des Blancs. Le leitmotiv : Vous aussi vous étiez des esclaves, avant nous.

 

La ségrégation était parfois pire entre nous. Tu sais… Mona album chez Blue Note avec Miles… Quel raciste, celui-là. Il se croyait supérieur de par ses origines, ses traits parfaits…

 

Une enquête est un combat terrible et exaltant, qui se gagne centimètre par centimètre.

 

Plus on vieillit, plus les traits d’un visage en sommeil deviennent mortuaires.

 

La capacité de grandir est de savoir retarder ses désirs.

 

Si Dieu avait placé les yeux sur le devant de notre visage, ce n’était pas pour regarder en arrière.

 

Vous pouvez également visiter le site de l'auteur ici


Chris COSTANTINI : Lames de fond. Editions Glyphe. 268 pages. 16,00€.

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 13:55

Au moins le cadavre n'a pas froid !

 

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Un certain Shaner Weier pénètre indigné dans le bureau de Mario Balzic, le chef de la police de Rocksburg : il se présente comme le responsable de l’église luthérienne locale depuis une semaine et demande la fermeture d’un sex-shop. Balzic tente de calmer l’olibrius offusqué, puis demande à son adjoint de se renseigner sur ce pasteur nouvellement arrivé. Peu après, il apprend qu’un homosexuel a été découvert assassiné dans la ruelle à l’arrière du sex-shop. Perturbé par l’état de santé de sa mère, hospitalisée à la suite d’un accident cardiaque, Balzic assume toutefois ses responsabilités de chef de la police. La victime a été frappée de vingt-neuf coups de couteau ; le meurtrier semble avoir été en proie à une folie colérique.

Le père Marrazo a eu une conversation téléphonique avec une femme qui lui a avoué avoir de graves problèmes. Balzic accepte de rencontrer l’inconnue ; mais, fortement troublée, elle ne se confie que peu à peu : son mari la bat et elle soupçonne son fils d’être le meurtrier.
Sa mère décède alors que Balzic s’était assoupi à son chevet. Son enquête et ses problèmes familiaux le perturbent fortement, mettant en péril son ménage. Tandis qu’il se recueille au funérarium, un homme demande à le voir. Il s’agit du mari de la femme qui lui a parlé. Il hurle, menace Balzic, le bouscule et repart énervé à bord de son véhicule.

Dans cette fausse enquête de Balzic, ou plutôt cette enquête tronquée, puisqu’il n’a pas à se déplacer, les éléments venant à lui, les sentiments, la douleur, les réflexions, la philosophie du policier priment. Mais surtout nous partageons l’émotion d’un homme qui vient de perdre sa mère et qui prend conscience des perturbations de la cellule familiale et du quotidien auquel il n’avait jusqu’alors pas prêté attention : l’une de ses filles se teint les cheveux ; l’autre profère des mots grossiers qu’il lui reproche alors qu’il en fait autant. Enfin, il se retrouve seul face à sa femme pour qui sa mère était une amie, un support, qui ne comprend pas que Balzic fasse passer avant tout le devoir de sa charge.

Balzic, comme dans Un homme exaspérant, se voit confronté à l’administration pénitentiaire en des démêlés à la limite du gag, mais révélateurs des bouleversements provoqués par de telles circonstances.

Un roman dans lequel les considérations extra-policières ne s’inscrivent pas en marge de l’enquête, mais font partie intégrante de l’histoire.


K.C. CONSTANTINE : Meurtre au soleil. (Unshine Enemy, 1990 - Traduction de Fabienne Poloni). Editions du Rocher. Novembre 1992. 230 pages.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 15:40

Une randonnée ferroviaire qui déraille…

 

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Elle devant et lui derrière, à grimper les pentes pyrénéennes ou à les redescendre en évitant de se casser la figure. Elle c’est Roxane, et il ne risque pas de la perdre de vue avec ses cheveux rouges qui se balancent tel un fanal. Lui, c’est Raoul, du moins c’est ce qu’il lui dit. Et s’ils se promènent dans la montagne, ce n’est pas pour une randonnée de plaisir. Ils fuient la maréchaussée.

Roxane suinte la colère par tous les pores de sa peau, ses yeux sont deux silex, elle arbore un masque revêche, mais lorsqu’elle parle du train jaune, celui qu’ils vont prendre Raoul et elle, alors se transforme. La grincheuse, la colérique devient comme une luciole qui irradie dans la nuit, et ses anneaux plantés un peu partout dans les oreilles, le nez, le nombril et j’en passe sûrement, sont à l’unisson.

L’idée de Roxane pour échapper à la maréchaussée est d’emprunter, sans payer, ce fameux train jaune, appelé ainsi à cause de sa couleur, mais surnommé Tue chien pour des raisons qui méritent explications. La voie ferrée comporte trois rails, les deux habituels, plus un au milieu qui sert de conducteur électrique. Or de nombreux chiens se sont faits électrocuter en vagabondant sur le ballast. Raoul manque l’apprendre à ses dépends mais heureusement Roxane veille au grain. Le train jaune qui part de Villefranche de Conflent attaque la montagne jusqu’à Latour de Carol près de la frontière espagnole va bientôt passer.

train-jaune.jpgRoxane suivie de Raoul monte à bord, un exercice d’acrobate à l’égal des brûleurs de durs chers à Léo Malet et aux auteurs américains de la première moitié du XXe siècle. Ils s’installent dans un compartiment quasiment vide mais aperçoivent un véhicule de la maréchaussée qui file sur la route contiguë à la voie ferrée. Les gendarmes sont à la poursuite de Raoul qui a effectué un braquage dans un café, empochant la recette du jour, cinquante euros, peut-être le début de la fortune, mais ce n’est pas forcément pour ce vol minable qu’ils montrent les dents. Quant à Roxane elle aussi possède son secret, et se montre vindicative à l’égard des gendarmes.

Drôle d’équipe que forment le capitaine Rospovitch et le gendarme petit Maurice. Ils sont comme chien et chat, parlent par sous-entendus, comme ceux qui font croire qu’ils savent mais ne connaissent pas. Et l’otage, car pour eux il n’y a aucun doute que Roxane a été prise en otage, que l’otage donc est bien mal partie. La vertu de Roxane est un sujet de conversation permanent tandis qu’ils se lancent sur les trousses des fuyards. Ils ne sont pas seuls à traquer Raoul et Roxane, les grands moyens sont employés. Et les hélicoptères, coléoptères pas collés à terre, vibrionnent dans les cieux, surveillant les déplacements du couple.

Serguei Dounovetz manifeste à l’encontre de ses personnagesTrainjaune_03.jpg une tendresse bourrue qu’il nous communique et nous vibrons à l’unisson, espérant que ces deux personnages vont pouvoir fausser compagnie à leurs poursuivants. Sous l’humour noir se dessine une triste réalité. Celle de la mémoire des hommes. L’Histoire de France et du monde ne prend que quelques pages dans les manuels scolaires, mais celles qui ont été vécues par d’humbles personnes sont souvent effacées et perdurent parfois des années, des décennies, même si les actions n’ont été perpétrés qu’en quelques jours, qu’en quelques heures, voire quelques minutes.

En réalité plusieurs histoires se catapultent dans ce roman, les histoires intimistes des protagonistes, des histoires isolées qui se relient peu à peu et cheminent sur les rails de l’incertitude.

Si Jean-Bernard Pouy a signé la préface, ce n’est pas pour rien car il professe à l’égard des trains une véritable passion. Or Le Train jaune, ou Canari, est une histoire en elle-même que Serguei Dounovetz évoque rapidement juste pour planter un décor utile et vivant. Et l’action de ce roman est à inscrire plus dans un trajet effectué par un TGV que par un tortillard.


Voir également l'avis de Claude sur  Action Suspense.


Serguei DOUNOVETZ : Tue Chien. Préface de Jean-Bernanrd Pouy. Editions Alterbooks. 128 pages. 12,50€.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 08:11

Hommage à Pascal Garnier, né le 4 juillet 1949.

 

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Au lendemain de la Libération, trois adolescentes de Saint-Martin sur Cher, Arlette la forte en chair, Gisèle la forte en gueule et Lucienne la forte en thème, sont tondues sur la place publique pour avoir couché avec l’envahisseur. Certains s’attèlent à la tâche par répression, d’autres pour prouver leur bonne foi après des moments d’égarement avec les Allemands. Gisèle et Lucienne n’ont pas supporté l’affront et sont parties vers d’autres cieux, Arlette elle est restée au pays.

Cinquante ans plus tard, venant d’Arras et désirant visiter les châteaux cathares, voyageant en compagnie d’une amie, Luce tombe en panne de voiture non loin de Saint-Martin. Le garagiste n’a pas la pièce adéquate afin de dépanner son véhicule et les deux femmes sont obligées de s’installer à l’hôtel. Gisèle revient au même moment sur les lieux de son enfance, afin d’assister à l’enterrement de sa mère. Arlette veuve d’un boulanger et menant à la baguette le commerce familial, est affligée d’un fils, Laurent, qui accumule les bêtises.

Les retrouvailles des trois anciennes amies organisées par le coup de pouce d’un destin farceur se font mi-figue mi-raisin. Le temps des réminiscences est sonné et quelques explications se doivent d’être approfondies. Pour Laurent, c’est peut-être aussi l’heure d’assumer enfin sa quarantaine atteinte à coups de larcins, de défis à la maréchaussée, de bouteilles éclusées en compagnie d’amis fauchés mais solidaires devant un verre, plein de préférence.

Une parenthèse dans une existence sabordée pour trois femmes, trois adolescentes à l’aube de leur destinée. Elles ont eu le courage de surmonter l’épreuve et ont connu des fortunes diverses. Pascal Garnier, dans ce roman, efficace dans la concision, narre ces retrouvailles inopinées simplement, avec humanisme, un peu comme le faisait Simenon, portant un regard attendri mais non moralisateur sur ses personnages et nous réservant un final qui pourrait être celui d’un conte de fée. Mais Pascal Garnier possède plus d’un tour dans son sac, et sous la candeur se cache la rouerie. Un excellent roman qui dépasse le cadre du roman noir mais y trouve pour autant une place privilégiée.


Pascal GARNIER : Parenthèse. Editions Plon. 19 aout 2004. 176 pages.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 06:43

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Un ouvrage biographique est intéressant à plusieurs titres. Une raison cinématographique bien sûr mais aussi une raison plus personnelle puisque Michel Boujut revient sur un épisode de sa vie dont il peut être fier nonobstant les considérations émises par quelques vieilles badernes.

« On peut vivre avec ses souvenirs, sans les interroger à tout bout de champ, quand bien même ils ne dorment que d’un œil. Les années de jeunesse repeintes aux couleurs Ripolin, ça ne donne jamais rien de bon. Du reste la nostalgie n’est pas mon fort, je n’ai jamais porté ma désertion en bandoulière ». Et voilà, le gros mot est lâché. Désertion !

Etre déserteur en temps de paix, apparemment pour les instances militaires c’est rédhibitoire. Tout juste n’est-on, lorsque l’on quitte l’armée, qu’un réfractaire, un insoumis. Et décider de divorcer avec l’armée alors que le mariage n’a jamais été consenti par les deux parties, que le voyage de noce est programmé, la destination choisie unilatéralement, cela n « engage » guère à continuer, à prolonger un ménage bancal, forcé.

En ce 13 mai 1961, alors que l’auteur bénéficie de trois jours de permission qu’il passe à Paris, il lit sur une manchette de journal que Gary Cooper vient de décéder. Il fête seul son anniversaire, ses vingt et un ans. Et dans sa tête trotte la lecture d’un livre scandaleux, La Permission de Daniel Anselme. Il a quitté le camp de La Braconne, drôle de nom pour une caserne, situé sur la commune de Brie près d’Angoulême, sa permission en poche. Le 2ème classe Michel Boujut n’a jamais apprécié « les humiliations ordinaires de sous-officiers hargneux qui marchent à la bière et au pastis, les insultes et les punitions à répétition ».

Il dit au revoir à la Grande Muette et se terre, sur les conseils d’une connaissance, dans les salles de cinéma. Ces bienheureuses salles permanentes dans lesquelles il se gave de films qu’il assimile avec contentement. Car pour lui, visionner un film, ce n’est pas seulement une occasion de passer le temps, c’est un plaisir qu’il déguste depuis sa jeunesse lorsque son père les emmenait lui et sa mère en moto se faire une toile. Mais son dégoût de l’armée, inconsciemment il le possède dans ses gênes.

Son grand-père est décédé le 19 septembre 1914, à Auberive, non loin du camp de Mourmelon. Un grand-père abusé par le bourrage de crâne des journaux et les rodomontades revanchardes. Il était parti la fleur au fusil, le fusil ne lui a pas servi à grand-chose, la fleur s’est retrouvée sur sa tombe. Le père de Michel Boujut est resté prisonnier dans un stalag durant quatre ans et demi. Comment voulez-vous après ça avoir la fibre militariste ?

Paradoxalement le jeune Michel Boujut aime les films de guerre, même si certains sont des contrefaçons de l’histoire, des odes à la colonisation comme Fort Alamo. La colonisation justement, c’est un peu le symbole de la guerre d’Algérie à laquelle il ne veut pas participer. Taper sur des autochtones, les tuer ou se faire tuer, plus peut-être, torturer ou se faire torturer, tout cela pour une idéologie qu’il ne comprend pas. Pour certains le spectre de l’Indochine est présent, chez les officiers surtout qui veulent prendre une revanche. Une revanche sur qui, sur quoi ? Sur de pauvres hères qui désirent leur indépendance, qui refusent le diktat des exploiteurs. Le paradoxe des militaires qui boutaient hors de France les Allemands envahisseurs et qui s’agrippaient à un bout de terre de l’autre côté de la Méditerranée.

Le jeune Michel Boujut bénéficiera de complicité pour passer la frontière belge puis ironie du sort s’expatrier en Allemagne et enfin en Suisse.

Avec sobriété Michel Boujut nous invite à partager ses souvenirs, sa rébellion, mais aussi son amour du cinéma, cinéma qui le lui rendra bien car devenu critique il côtoiera bon nombre d’artistes, acteurs, réalisateurs, sans que pour cela il perde son indépendance d’esprit. Un extrait de vie dont il avait sans doute envie de parler mais sans vouloir se justifier. Comme quelqu’un qui au détour d’une conversation livrerait des confidences, puis passerait à autre chose, sans s’appesantir, sans s’apitoyer, sans ruminer, sans esprit rancunier envers une époque ou des hommes. Le livre terminé, le lecteur garde l’impression d’avoir passé un bon moment avec un ami.

Critique de cinéma et de jazz, il a écrit un temps dans Jazz Magazine par exemple, Michel Boujut est également l’auteur d’essais et de romans de fiction, dont Souffler n’est pas jouer.


Michel BOUJUT : Le jour où Gary Cooper est mort. Editions Rivages. Hors collection Poches. 176 pages. 7,65€.

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 14:39

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C’est fou ce que l’on peut trouver dans des endroits insolites. Prenez par exemple derrière la cloison qui cache une baignoire, on penserait surtout à de la poussière, à des gravas négligemment poussés par des ouvriers peu scrupuleux, à des morceaux de ferraille et autres déchets laissés là lors de l’installation de la plomberie.

Eric, obligé de changer un joint de robinetterie, après avoir enlevé la trappe d’accès, infiltre sa main dans l’ouverture exiguë et tâtonne. Il sent une espèce de boite qu’il ne parvient pas à sortir. Il soulève le couvercle et palpe l’intérieur ramenant des objets en bois et métal enveloppé dans un chiffon, des papiers, une photo. Sous ses yeux ébahis il commence son inventaire. Le tissu graisseux entoure un pistolet et un chargeur. Il y a également une petite quille en bois, taillée à la main, coloriée, une boucle de ceinturon, des épaulettes, ainsi qu’une série de cartes postales représentant les environs d’Affreville et enfin une photo. Sur le cliché figure une jeune femme attachée à un arbre, les mains liées derrière le dos et accroupie. Au premier plan un jeune soldat allumant une cigarette. Or ce visage ne lui est pas inconnu. Il croit se voir pourtant c’est impossible, il n’a jamais fait la guerre. Il s’agit de son grand-mère, une intuition confirmée en examinant plus attentivement la quille qui comporte une date, le nombre 100 et un prénom : Gilbert.

Il lui faut en savoir davantage et Eric profite du pont de l’Ascension pour descendre en compagnie de Lydia, sa jeune épouse, en Charente où vit son grand-père dans une petite maison située dans les marais. Eric lui montre sa découverte et Gilbert au début se contente de déclarer qu’il avait oublié ces objets qu’il avait caché afin d’enterrer ses souvenirs. Comme beaucoup de soldats de cette époque, il ne s’est jamais étendu sur ces années de sa vie. Pourtant, peu à peu, Gilbert va révéler ce passé, se confiant à Eric et narrant cet épisode peu glorieux.

D’ailleurs, même encore aujourd’hui peu de militaires ayant participé à cette guerre qui ne veut pas dire son nom, pudiquement appelée les événements d’Algérie, racontent ce qu’ils ont vu, endurés, entrepris. Ils rechignent à tout déballer, se retranchant derrière les secrets de la Grande Muette, avouant avec réticence que si des bavures ont été commises c’était à cause des ordres de leur hiérarchie. Certains en sont même revenus traumatisés.

Didier Daeninckx s’inspire d’événements dont il a eu connaissance par des membres de sa famille et d’amis proches, de discussions qui ne se font qu’entres personnes issues du sérail, et d’épisodes réels. D’ailleurs il rend hommage à Michel Boujut, décédé en mai 2011, auteur d’un livre de souvenirs, Le jour où Gary Cooper est mort, qui narre sa propre expérience.

L’histoire de Georges n’est qu’un tout petit morceau du puzzle de la Guerre d’Algérie, mais une pièce importante pour la compréhension de ce qu’elle fut et comment elle a été vécue et ressentie. En fin de volume, un dossier explique cette démarche dans un entretien entre l’éditeur et l’auteur. Une mise au point sur la mémoire, que beaucoup aimeraient voir effacée, mais qui ressurgit grâce aux témoignages, ainsi que sur les antécédents. Ce livre est destiné à l’édification des adolescents, à partir de onze ans, et espère leur démontrer que ce qui a été dit, aujourd’hui encore, comporte de nombreux mensonges et de terribles lacunes. Et tous ceux qui, comme moi, avaient une quinzaine d’années en 1962, lorsque les accords d’Evian ont été signés, se souviennent probablement de cette date historique mais n’ont eu que des informations partielles et partiales par les journaux et la radio. Les membres de leur famille ayant participé malgré eux à ces événements, le mot guerre était interdit, restant sur leur réserve et ne parlant que de péripéties ne prêtant pas à conséquence. Ils préféraient vivre avec des souvenirs peut-être peu glorieux et ne pas les exposer au grand jour.


Didier DAENINCKX : La prisonnière du Djebel. Collection Histoire et Société. Editions Oskar. 80 pages. 9,95€.

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 09:44

Bon anniversaire à Viviane Moore, née le 3 juillet 1960.

 

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En cette année 1133, en pays d’Armor, la rivalité règne entre deux clans, les Lesneven et les Lochrist. Galeran de Lesneven parcourt les bois, chassant la sarcelle, ou, quand l’occasion se présente, le sanglier. Il attend de pouvoir être adoubé chevalier, contre l’avis de sa mère qui ne le sent pas mûr.

Le seigneur de Lochrist a ramené de sa croisade d’Orient une tribu qui sème la terreur dans la région. L’une des causes de discorde entre les deux familles est un cours d’eau qui partage leurs domaines. Dans ce ruisseau se reproduisent des mulettes, sortes de grandes moules d’eau douce qui renferment des pierres baroques de grandes valeur.

Lors d’une partie de chasse Galeran et ses compagnons tombent en embuscade et il parvient à s’ensauver avec un prisonnier, un jeune homme tremblant de peur. Poursuivi par les hommes de Lochrist, Galeran n’a d’autres ressources que de fuir espérant trouver refuge dans un tertre. La mort sera au rendez-vous et il n’aura la vie sauve que grâce à son prisonnier qui le tire d’un bien mauvais pas.

Ce sera pour lui le début de son apprentissage d’homme. En compagnie d’un valeureux chevalier qu’il rencontre inopinément il parcourt la côte et arrive au Mont Saint Michel. L’abbaye est déjà, pour de nombreux pèlerins qui font étape sur la route de Saint Jacques de Compostelle, un havre de paix, de repos et de ravitaillement. Seulement cette paix est factice et flotte sur l’île comme un mauvais présage, une légende qui comme toutes les légendes s’inspire de faits réels, d’atmosphère délétère de prévarication.


Nous retrouvons le jeune et futur chevalier de Galeran dans sa première aventure, celle qui lui fit quitter son pays natal et parcourir le pays de France en quête d’aventures. Quant au Mont Saint Michel, de tous temps il a exercé un attrait envers l’homme. Le croyant, le religieux, le pèlerin, étaient attirés par cette élévation vers le ciel, prometteur de rédemption et repos entre deux étapes. L’aspirant à l’isolement qui voyait en cette île le lieu idéal pour communier avec Dieu ou se rétablir d’une peine de cœur.

Les envahisseurs appâtés par la proximité et qui voyaient là le marche pied de la conquête. Le touriste aussi, charmé par le site exceptionnel sur lequel l’abbaye a été construite, par la majesté de l’édifice, par le mysticisme qui s’en dégage. Sans parler des marchands du temple qui toujours furent là pour attirer le chaland par des colifichets, parfois de mauvais goût, souvent d’inspiration religieuse, et toujours axés sur la Merveille.


Viviane MOORE : La couleur de l’Archange. Editions du Masque.

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 14:20

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Stone Island est comme une perle posée délicatement sur une soierie bleutée. Une perle avec un crapaud toutefois, le volcan qui domine l’archipel. La mère des Ténèbres ainsi a été nommée cette verrue qui s’érige au-dessus de la jungle.

Fiona Taylor, jeune femme devenue avocate depuis quelques semaines, s’extasie sur cette vision qu’elle découvre du hublot de l’hydravion à bord duquel elle voyage, avec comme pilote Sam Damon, qui entre nous soi-dit est charmant. Stone Island, la plus grande île de cet archipel de la Polynésie et membre du Commonwealth. Capitale Pacific Town. Mais si Fiona est ravie par cette vision, elle appréhende toutefois la rencontre qui lui est promise.

Quelques jours auparavant, elle qui sait qu’elle n’est qu’une enfant adoptée, a reçu une lettre l’informant qu’elle est l’héritière d’un richissime colonial récemment décédé. Or elle lui en veut à ce père biologique qui l’a abandonnée, ainsi qu’à sa mère d’ailleurs. Arrivée à bon port elle repousse sa visite au domaine préférant passer la nuit dans un hôtel.

Le lendemain, c’est déterminée qu’elle se rend chez sa grand-mère, qui dirige l’immense domaine Richmond. Elle s’y rend en taxi et connait la frayeur de sa vie lorsque leur véhicule se retrouve face à face à une auto qui dévale le flanc de la montagne, se dirigeant droit vers eux. Le chauffeur du taxi n’a que le temps de ranger son taxi contre le flanc de la montagne, échappant de justesse à la collision. Elle aperçoit un gamin apeuré qui conduit tandis qu’un adulte est à l’arrière mal en point. Miss McGregor lui révèle que sa mère est morte en couches et que son père ne s’est jamais remis du décès de sa mort. Il a même tenté de se suicider avec Fiona dans ses bras peu après. Heureusement sans conséquence sur la santé physique du père et de la fille. Mais il a fallu interner le père atteint psychiquement par la perte de sa femme. C’est Miss McGregor qui a alors décidé de confier sa petite-fille à une famille adoptive américaine.

Mais Fiona n’est pas entièrement satisfaite des explications de sa grand-mère et elle repart en colère. Elle possède un caractère entier et elle a de qui tenir. En redescendant, raccompagnée par un vieux serviteur Ma’ohi, ils aperçoivent quelques policiers et la voiture au fond du ravin. Elle tente bien d’avertir l’une des policières qu’elle a assisté ou presque à l’accident, elle n’obtient comme réponse que d’effectuer une déposition au commissariat.

Jack Turner, le chef de la police de Stone Island, le commandeur, a bien du mal à gérer sa jeune sœur Joyce qui s’est accoquinée avec un petit malfrat. Elle aguiche des touristes assez âgé, les emmène dans une case et se déshabille, son copain prenant des photos compromettantes. Mais Jack la surveille et déjoue ce petit plan qui pourrait s’avérer juteux. Jack possède quelques amis d’enfance et ils se retrouvent souvent à la paillotte de Todd Tyson, afin de déguster un bon repas. Todd Tyson est fier de ses tablettes de chocolat abdominales qui restent fermes malgré la chaleur. Outre Tyson et sa serveuse Gabrielle s’attablent Sam Damon et Coupland, le lieutenant de police, adjoint et ami de Turner. Ce jour-là une surprise est promise au commandeur, surprise qui se manifeste par deux mains posées sur ses yeux. Il reconnait sans peine Jennifer, son ancienne maitresse qui l’a quitté dix ans auparavant pour un play-boy. Celui-ci s’est montré par la suite violent, et elle vient de l’abandonner en Australie.

C’est alors que Turner est appelé sur les lieux du drame. Il reconnait Manuarii Keave, le roi de la noix de coco. L’homme porte des traces de couteau et le toubib ne peut plus rien pour lui. Quant au conducteur, il s’agit de son fils aîné, âgé d’une douzaine d’années, qui essayait de rejoindre l’hôpital à bord du véhicule. Malgré quelques leçons de conduite, le gamin affolé a précipité les événements. Aussitôt Turner et Coupland se précipitent chez la femme de Keave. Apparemment le domaine est déserté. Dans une pièce ils la découvrent évanouie et le second fils, Teiki, est caché dans un placard, tenant serré dans sa main un couteau. Lorsqu’il entend l’intrusion des policiers, il lance l’arme blanche. Coupland est touché et il riposte blessant l’enfant.

Un autre meurtre est perpétré sur une jeune prostituée qui pourtant choisit ses clients. Elle est découverte dans une chambre attenante au bar où elle avait l’habitude de lever ses proies. Le barman pressé de questions ne sait rien et s’enfuit lorsque les premiers résultats d’analyses du laboratoire sont communiqués à Turne. Le propriétaire du bar déclare lui aussi ne rien savoir, mais en visionnant les vidéos qui sont placées dans les chambres, les deux policiers peuvent enfin dresser le portrait robot de l’agresseur. Portrait qui correspond à l’homme qui a tué Keave. Un Ma’ohi tatoué de partout.

Jade Lohan, une ancienne de Turner, qui s’est installée comme détective privée, est engagée par madame Keave afin de résoudre le meurtre de son mari.

Les chemins de Fiona et Turner vont se croiser à de nombreuses reprises car il semble bien que le meurtre de Keave puis d’un autre notable, celui de la prostituée n’étant vraisemblablement qu’un dommage collatéral, et la mort accidentelle, un accident peut-être provoqué, de McGregor, soient reliés. Mais quel est ce lien justement ?

Alexis Aubenque est le digne fils spirituel des grands romanciers populaires du XIXème siècle, Dumas, Sue, Ponson du Terrail, Féval et bien d’autres. Il possède l’art d’entretenir le suspense, l’intrigue s’enrichissant de nombreux rebondissements. Les fins de chapitres en général sont porteurs de révélations, mais aussitôt un nouveau chapitre débute avec un nouveau personnage, et c’est ainsi qu’on voit évoluer Fiona, Turner, Jade, et les autres dans un tourbillon échevelé.

Alexis-Aubenque.jpegStone Island est un roman populaire captivant qui ne contente pas d’une intrigue unique mais possède des ramifications. Ainsi les retrouvailles de Jennifer et Turner, les approches de Jade qui voudrait bien mais n’ose point, l’attitude de Coupland qui peu à peu se transforme en personnage vindicatif, hargneux, violent, Fiona qui se fâche après sa grand-mère puis lors d’explications semble rassérénée, pour mieux se montrer indignée, mortifiée. Sans oublier les personnages secondaires qui tiennent une place non négligeable dans l’action en constantes répercussions, pour ne pas dire éclaboussures, Sam Damon, le pilote de l’hydravion qui effectue la navette entre les îles et l’Australie, Rahiti, le vieux serviteur Ma’ohi, Tamaro, le barman en fuite ou Tu Ra’i Po, le principal protagoniste, le tueur, ou encore ceux dont l’auteur parle sans qu’ils soient présentés au lecteur, comme Le Cardinal.

Si j’ai nommé Tu Ra’i Po, ce n’est pas de ma part déflorer l’identité du principal responsable des meurtres, car dès le début le lecteur est placé dans la confidence. Ce n’est donc point son identité qui importe mais ses motivations, le pourquoi du comment de cet enchaînement. Et surtout ces innombrables rebondissements, retournements de situation, la montée en puissance du suspense, avec à chaque l’anti-monte lait placé par l’auteur, qui relance l’intrigue et l’action dans une folle sarabande.

Si j’ai évoqué Dumas, ce n’est pas pour rien, car hormis ces romans d’inspiration historique, il ne faut pas oublier des histoires au long court placées résolument à son époque et je pourrais citer entre autres Georges et surtout Le Comte de Monte-Cristo. Et l’épilogue appelle une suite qui, si elle est envisagée, sera la bienvenue et est déjà attendue.


Alexis AUBENQUE : Stone Island. Collection Toucan Noir. Editions du Toucan. 432 pages. 9,95€.

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 12:20

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Tangor, planétoïde située aux confins des mondes habités, et dirigée par Logan, est peuplée d’exilés en poste pour cinq ans environ. Hommes et femmes sont chargés d’extraire d’une carrière des cristaux précieux et d’une aquaferme du chlorophydès, espèce de plante marine destinée à la survie. Tout n’est pas sans danger, surtout à l’aquaferme, le lac étant fréquenté par des monstres.

Mais Tangor sert également, en tant que dernière station avant les mystérieux nuages de Magellan, d’ultime base de tremplin, pour les astronefs chargés d’explorer l’inconnu. Aucune de ces navettes n’est revenue, perdues corps et biens dans l’infini galactique.

C’est ainsi que Logan fait la connaissance de Thytia lors du passage du Colossus, une nouvelle nef devant poursuivre et réussir la mission confiée à ses prédécesseurs. C’est le coup de foudre entre les deux jeunes gens, mais bientôt il faut penser au départ et à la séparation, peut-être définitive si le Colossus subit les mêmes avatars que ses devanciers.

C’est alors que sur Tangor une mystérieuse épidémie se propage parmi les ouvriers et la révolte commence à gronder, d’autant que contrairement à ce qui avait été convenu, la planète mère ne veut envoyer aucun engin afin de rapatrier ceux qui ont effectué leur temps d’exil.

Après son départ, son éviction, en compagnie de bon nombre de ses confrères qui n’avaient plus l’heur de plaire à la nouvelle direction du Fleuve Noir, Piet Legay revient en force avec un roman qui se lit un peu comme une parabole.

Le besoin des nations de pousser toujours plus loin la recherche, l’exploration, quitte à oublier, à laisser tomber, ceux qu’elles ont envoyés au casse-pipe. Mais ceci a existé de tout temps et Piet Legay, en écrivain sérieux, solide, a su renouveler le genre avec humanisme. Un roman qui fait la part belle à l’aventure, aux effets spéciaux, à la touche sentimentale, qui joue sur la fiction mais pourrait facilement être transposable à n’importe quelle époque de notre histoire.

 

Piet LEGAY : Ultime frontière. Collection Blanche N°2023. Editions Rivière Blanche. Préface de Richard D. Nolane. 180 pages. 16,00€.

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