Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 08:03

Hommage à Howard Philips Lovecraft, né le 20 août 1890.

 

night-ocean.jpg


Le nom de Howard Philips Lovecraft est indissolublement lié à celui de Cthulhu et autres monstres issus de divinités malignes. Pourtant son œuvre n’est pas essentiellement composée à partir de ces créations qui marquèrent sa production littéraire.

Pour preuve ce recueil de nouvelles intitulé Night Ocean, titre éponyme de la première de ces nouvelles mais aussi la plus longue.

L’intérêt de ces courts récits, souvent de jeunesse, est important car il éclaire l’œuvre lovecraftienne. Et l’intérêt est double puisqu’il permet de découvrir que Lovecraft n’était dépourvu ni d’humour ni d’érudition.

Jugés comme mineur par S.T. Joshi, le préfacier de ce recueil, ce sont pourtant des textes accomplis qui sont présentés aux lecteurs. Et des textes mineurs, il en faut pour pouvoir savourer des textes dits majeurs.

Que ce soit dans L’Histoire du Nécronomicon, dans Ibid ou encore dans Douce dame Ermangarde ou le cœur d’une paysanne, le plaisir de la découverte est intact. Ce sont comme des bouffées de fraîcheur dans une œuvre principalement axée sur l’angoisse.

night-ocean1.jpgD’autres petits joyaux sont au sommaire de ce recueil. Des textes écrits en collaboration avec R. H. Barlow mais surtout Le défi d’outre-espace rédigé par Catherine L. Moore, Abraham Merritt, H. P. Lovecraft, Robert E. Howard et Frank Belknap Long, texte qui est au Fantastique ce que L’Amiral Flottant est à la littérature policière.

Le défi d’outre espaceest évidemment inégal dans sa conception et seuls Lovecraft et Howard tirent leur épingle du jeu. Mais Night Ocean n’est pas uniquement réservé à un certain type de lecteurs. C’est une source d’inspiration et en même temps une leçon pour les auteurs débutants. En effet Le livre de Raison recense non seulement les clés des trames, des idées qui peuvent donner matière à des récits d’épouvante, mais c’est aussi un mode d’emploi pour la rédaction de ces récits.

Oserais-je ajouter que celui qui fut surnommé le Solitaire de Providence est la providence des solitaires !


Howard P. LOVECRAFT : Night Ocean et autres nouvelles (The Night Ocean. Belfond 1986. Traduction de Jean-Paul Mourlon). Collection Fantastique, éditions J’ai Lu N°2519. Dernière édition février 2005. 250 pages. 5,00€.

Repost 0
19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 15:29

Lorsque Michel Lebrun s’appelait encore Michel Lenoir…

 

lenoir.jpg


Alors qu’une série de hold-up est enregistrée à Miami, Patrick Carter, rédacteur en chef du Miami Post nage dans l’euphorie. Sa femme Ellen vient de lui apprendre qu’il va bientôt être père. Mais ce moment de bonheur familial est de courte durée.

Avant de se rendre au journal, il doit passer à la banque afin de retirer de l’argent. Sa femme qui a une pellicule photo à faire développer lui demande de l’emmener, la boutique étant située juste devant l’établissement bancaire. Tandis que Carter attend son tour, des bandits s’introduisent et obligent le caissier à lui remettre l’argent placé dans le coffre, les clients étant sous la menace d’armes à feu. Les bandits ressortent et Carter aperçoit alors une femme qui s’élance vers les voleurs, et l’un des hommes l’abat. Ellen meurt dans ses bras. Le capitaine Matheson et son adjoint Polito sont chargés de l’enquête.

De retour chez lui, Carter est effondré. Sa femme est décédée et il erre comme une âme en peine dans l’appartement, se réconfortant au whisky. Il repense d’un seul coup à l’appareil photo de sa femme et il comprend que si celle-ci s’est accrochée au bras d’un des malfrats, c’était pour le prendre en photo. Il développe la pellicule et effectivement un cliché a été pris. La tête du tueur apparait nettement. Il veut informer immédiatement le capitaine Matheson, mais à chaque fois il n’a que le lieutenant Polito comme correspondant. Il lui remet le cliché mais lorsqu’il rentre chez lui, il se rend immédiatement compte que l’appartement a été fouillé. Naturellement le négatif a disparu. Fini les cures de whisky ou presque.

Afin de retrouver un semblant de forme physique Carter s’introduit dans un établissement de bain et s’installe dans la salle de sauna. La vapeur d’eau l’empêche de voir mais pas d’entendre. Quelqu’un s’est introduit et essaie de lui ôter définitivement le goût de l’alcool. C’est trop pour un seul homme.

Carter additionnant un et un, ce qui n’est guère difficile, ne peut que soupçonner trois personnes qui connaissaient l’existence de cette preuve. Virginia, responsable des archives photographiques du journal et les deux policiers. Seuls les policiers étaient à même de le faire suivre, et il a confirmation de ses déductions lorsqu’il accuse Polito d’être au cœur des vols et de protéger les coupables. Polito avoue et propose de l’argent à Carter qui feint d’accepter. Sa banque reçoit un chèque émanant d’un certain J.J. Smith, résidant à New-York. Le prix de son silence. Polito le convoque lui apprenant qu’il a arrêté l’un des bandits. Ce n’est qu’un malheureux adolescent qu’il a tabassé et il veut que Carter signe une déposition sur laquelle il reconnait l’agresseur de sa femme. Carter refuse et tue Polito puis il s’enfuit en compagnie du prisonnier. Il est décidé de se rendre à New-York à la recherche de ce J.J. Smith, nom banal s’il en est et de retrouver les meurtriers de sa femme.

 

Le lecteur qui n’a pas connu les années cinquante pourra se dire avec juste raison que de notre époque les événements ne se seraient certainement pas déroulés ainsi. Les progrès enregistrés avec l’apparition du téléphone portable, qui sert également d’appareil photo et de vidéo, les distributeurs de billets, par exemple, changent la donne. C’est donc un roman ancré dans son époque, une époque que pour la plupart nous avons connue et qui ne déboussolera pas trop les lecteurs, sauf peut-être les jeunes qui liront cette histoire avec amusement. Une intrigue machiavélique à souhait qui pourrait se terminer sur un feu d’artifice.

Michel Lebrun prônait des phrases courtes : un sujet, un verbe et un complément d’objet direct, c’est tout. Et c’est bien ainsi qu’il écrivit la plupart du temps, ce qui ne l’empêchait d’user de phrases un peu plus longues parfois. L’efficacité avant tout, et le lecteur était accroché.

On sent l’influence dans cette histoire des auteurs américains et le lecteur pourrait croire, si ce n’était que Michel Lebrun ne trichait pas avec celui-ci en ne prenant pas un pseudo américain, le lecteur donc pourrait croire lire un roman de Bruno Fisher, Day Keene, Ed Lacy et autres petits maîtres de la littérature Outre-Atlantique des années 30 à 60.

L’on sent déjà poindre dans ces premiers romans, aussi bien sous le nom de Michel Lenoir que celui de Michel Lecler pour des ouvrages d’espionnage, tout le potentiel imaginatif et narratif dont Michel Lebrun usa avec réussite pour ses œuvres ultérieures.


Michel LENOIR : Visages à vendre. Collection Trafic N°12. Editions de la Corne d’or. Mars 1955. 192 pages.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
commenter cet article
18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 15:34

Un roman méconnu de Nadine Monfils !

 

blade.jpg


Certaines collections de littérature populaire sont boudées par les critiques littéraires et les lecteurs de romans policiers et de science-fiction, qui appliquent un ostracisme équivalent à celui exercé par les tenants de la littérature dite blanche par rapport à notre littérature de prédilection. Des collections d’importation américaine dont les romans sont jugées mal écrits, trop faciles, comportant trop de violence, et trop de sexe. De plus ces collections sont ou ont été publiées sous l’égide de Gérard de Villiers, aggravant ce phénomène de répulsion et qui se traduisit par un frein à leur découverte. Des arguments spécieux colportés par des personnes qui n’ont même pas ouvert et encore moins lu ces romans.

Pourtant combien de maisons d’éditions dites sérieuses, le gratin du roman noir, publient des romans où sexe et violence se complaisent ensemble, en vous signifiant doctement que ce n’est pas la même chose Mais n’allez pas le crier tout haut, on vous rembarrera d’un geste négligent. Comme s’il y avait le bon sexe et la bonne violence d’un côté et de l’autre le rebut.

Toutefois si on soulève la couverture de ces collections honnies et que l’on s’intéresse au nom de l’auteur, qui souvent est relégué au rôle de traducteur et d’adaptateur supposé, on s’aperçoit qu’il existe de petites pépites.

Pour connaitre l’historique de cette collection Blade, je vous conseille de visiter les sites suivants : Forum BDFI et Actu SF.

Au passage vous aurez pu remarquer que des auteurs comme Christian Mantey, Richard D. Nolane, Thomas Bauduret alias Patrick Eris, Yves Bulteau, Paul Couturiau et Nadine Monfils (pour trois titres) n’ont pas dédaigné écrire des épisodes français pour cette série. Mais trêves de billevesées, et si on s’intéressait au livre du jour ?

 

Richard Blade s’ennuie. Il attend qu’une nouvelle mission lui soit confiée et il profite de son temps libre pour enfin visiter Londres, car comme chacun le sait ce sont les habitants d’une ville qui connaissent le moins leur cité. Tandis qu’il rêve à la terrasse d’un café, il est abordé par une belle jeune femme qui se présente sous le doux prénom d’Angélique. De doux propos sont échangés et ils décident de se restaurer ensemble. Alors qu’Angélique effectue quelques massages avec un de ses pieds posé sur son entrecuisse, Blade est convoqué par téléphone. Il doit se rendre immédiatement au siège du MI6. Un véhicule l’attend même sur place pour l’emmener jusqu’à la Tour de Londres dont les caves servent de bureaux et de laboratoires au quartier général de ce service secret.

Une nouvelle mission va le propulser dans l’une des galaxies et il doit ramener une pierre bleue, une cryptonite. Il va être accompagné, lui déteste ça, par une femme, et entre alors dans la pièce où il est en compagnie de son chef, sobrement dénommé J., et du scientifique Leighton, de la belle Angélique. Pour une surprise, c’est une surprise mais J. malgré leur amitié l’a habitué à ce genre de surprise. Les préparatifs se déroulent normalement et lorsqu’il se réveille il se trouve en compagnie d’Angélique qui en réalité se prénomme Diana. Elle est nue, comme lui, ce qui n’est pas pour lui déplaire mais elle se montre agressive à son égard. Commence alors véritablement leurs pérégrinations sur cette planète nommée Heden. Diana lui sert de guide en grimpant une colline mais Blade manque d’âtre absorbé dans les sables puis il est précipité dans un tunnel, tombe dans un bassin empli d’eau caoutchouteuse tandis que Diana joue comme une petite folle. Enfin ils débouchent au pied de la tour de Londres.

Le paysage est le même que celui qu’il connait pourtant il existe de petites divergences. Par exemple personne dans les rues. Pas de voiture non plus. Juste un bruit indéfinissable. Il ne s’agit pas de véhicules mais des sortes de ballons, des têtes avec des yeux, un nez, une bouche et des cônes en guise d’oreilles. L’un d’eux les aborde et comme Blade désire se rendre auprès de la Reine, le ballon arrête un bourdon qui leur sert de taxi. Les deux voyageurs s’installent à l’intérieur et en cours de voyage Blade s’endort. Il se réveille dans une cave mais il n’est pas au bout de ses surprises. Il va connaître bien des mésaventures, malgré les conseils avisés de Diana qui parfois disparait et réapparait au bon moment. Elle lui prodigue des avertissments que Blade n’écoute pas mais de toute façon quelle que soit la mésaventure à laquelle il est confronté, il s’en sort. Car il est au pays des mensonges et de l’illusion. Il rencontre un nombre improbable de monstres, de personnages aussi comme le fantôme du petit chaperon rouge, ou une gamine aux jambes de cristal, à une émanation de Jack l’Eventreur qu’il a eu le tort de libérer et qui entame ses forfaits envers des prostituées, il aperçoit Oliver Twist, est abordé par Charles Dickens (à qui il pense faire un compliment en lui disant qu’il a lu tous ses livres, réflexion à laquelle Dickens répond : Ah bon ? moi pas.) puis déambulant dans Baker Street il distingue derrière une fenêtre l’ombre de Sherlock Holmes.


Il serait difficile, et peut-être fastidieux aussi bien pour le scripteur que pour le lecteur, de narrer toutes ces mésaventures à moins de rédiger un article aussi long que le livre lui-même. Car tout s’enchaîne dans une maelstrom d’images, dans un délire imaginatif qui emprunte à Lewis Carroll et son roman Alice au Pays des merveilles, à Jonathan Swift et son œuvre la plus célèbre Les voyages de Gulliver ou encore à John Barrie et son personnage de Peter Pan. Tout est miroir, cascade de péripéties hautes en couleur, de trompe l’œil. Comme si arrivant dans une pièce on ne peut revenir en arrière et on est propulsé en avant vers une nouvelle porte et ainsi de suite dans une succession de compartiments tous décorés, meublés, habités, différement. Si Alice et Peter Pan étaient plus spécialement destinés à des lecteurs juvéniles, Gulliver était un conte philosophique et satirique, et cette aventure de Blade sous la plume de Nadine Monfils l’est tout autant, avec un enrobage d’humour et de non sens britannique.

Un univers onirique parsemé de petites phrases choc et de dialogues dont voici un exemple :

Comment pourrais-je vous suivre, puisque je ne vous vois pas ? C’est malin !

Tu ne suis jamais ton instinct ?

Si, ça m’arrive.

Et tu le vois ?

Ben non !

Alors, où est le problème ?


Philosophique, ai-je écrit ? Oui, par exemple :

Le temps est avec toi, dit le vieil homme regardant son acolyte. Comprends que rien ne t’oblige à précipiter le cours de ta vie, sous prétexte que quelqu’un a inventé l’horloge.


Je pourrais vous en citer ainsi une bonne vingtaine mais je me contenterai de vous en proposer une dernière :

Avoir le sens de l’humour au moment de mourir, est la plus belle façon de s’en aller avec panache !


  A lire également de Nadine Monfils : La petite fêlée aux allumettes.


Jeffrey LORD : La malédiction des ombres. Blade N°174. Editions Vauvenargues. Mars 2007.256 pages.

 

Repost 0
17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 12:03

vilard4.jpg


Roger Valuet, plus connu sous le pseudonyme de Roger Vilard, est né à Coupelle-Vieille, près d’Arras, le 4 juin 1921 et est décédé le 24 octobre 2004 à Nice. Si la plus grande partie de sa production a été publiée par le Fleuve Noir, il est l’auteur également de quelques ouvrages sous les pseudonymes de Richard Valet pour la collection Un Mystère aux Presses de la Cité et sous celui de René Vaire pour la collection Top Secret chez Atlantic, selon les maisons d’éditions qui acceptaient ses manuscrits, ainsi que sous son propre nom pour des ouvrages spécialisés.

valuet2.jpgIl fréquente le lycée à Arras, ville qu’il a habité pendant quarante cinq ans, se montrant un élève turbulent. Ce qui lui vaut d’être expulsé mais sera réintégré à la demande de l’un de ses professeurs du nom de Guy Mollet (Guy Mollet fut président du conseil, ancienne appellation du Premier ministre, du 1er février 1956 au 13 juin 1957). Comme beaucoup d’écrivains il débute par écrire des poèmes, dont une plaquette préfacée par Pierre MacOrlan puis deux recueils édités par l’Imprimerie centrale de l’Artois : D’amour et d’ombre en 1947 et Embruns en 1949.

Ses premiers romans dits populaires sont édités aux éditions valuet3.jpgde la Porte Saint-Martin et bizarrement ce seront des romans d’espionnage, genre qu’il ne reprendra pas lorsqu’il intégrera le Fleuve Noir. Il écrit donc sous son nom de Roger Valuet six ouvrages qui seront publiés de 1952 à 1954 dans la collection Guerre Secrète. Une collection qui sera alimentée par deux auteurs seulement, lui et Jean-Pierre Conty. Deux de ces titres seront piratés et réédités chez Thill : Traqué à Berlin qui deviendra Brelan de morts en 1956 sous le pseudo de Sam Donovan alias utilisé par Jacques Dubessy chez le même auteur, lequel Dubessy est plus connu sous l’alias de Slim Harrisson. Le second ouvrage, La mort à l’affût sera rebaptisé Les morts sont discrets en 1956 signé Kenneth Milardy et connaitra une nouvelle publication aux éditions Baudelaire en 1963 sous le titre de Le voyageur invisible signé Mark Halbran, des éditions pirates dont il ignorait l’existence avant de l’apprendre incidemment par les ethnologues de la littérature populaire que sont Jean-Paul Gomel, Paul J. Hauswald et Claude Herbulot de la revue Rocambole.

valuet-1-copie-1.jpgIl écrit également Pilotes de la mort et Evadés de l’enfer (Prix Charles Valois en 1954, décerné par la Société des gens de lettres) aux éditions André Martel pour la collection Reportages et récits en 1954. Parallèlement il publie aux Presses de la Cité Coup d’œil sur la philatélie en deux volumes et intégrera la collection Un Mystère sous le nom de Richard Valet pour trois titres entre 1957 et 1959 et fournira sous le pseudo de René Vaire trois romans aux éditions Atlantic, collection Top Secret durant les mêmes années.

Retiré à Nice il sacrifiait à sa passion tenant une boutique proposant timbres lithographie, miniatures et expertises de collection ainsi que… ses propres romans qu’il dédicaçait volontiers. A l’un de nos trois mousquetaires du Rocambole il déclarait en août 2003 que pour lui l’écriture c’était bien fini : Celui-ci sera mon dernier et le dernier a bien fini par arriver. A Claude Herbulot il avait jadis confié : Si j’ai cessé un temps d’écrire, c’est surtout par lassitude ; j’avais le sentiment de devenir un fonctionnaire de la plume et c’est mauvais. L’article continue par cette réflexion pertinente :

On se rendit compte qu’un romancier, tirant à une moyenne de plus de cinquante mille exemplaires pendant trois décennies, traduit en plusieurs langues et produisant plusieurs romans remarquables, pouvait cependant facilement être noyé dans la masse et glisser rapidement dans l’oubli. Et dans la solitude. Car aux temps épiques du Fleuve Noir naissaient et se cimentaient aussi de solides amitiés, comme celle qui liait Roger Valuet à Jean Libert, Frédéric Dard, André Boulay, André Carpouzis et André Duquesne. Et notre romancier de narrer quelques anecdotes, souvent drôles, parfois poignantes, qu’il serait trop long d’expliquer ici. Eloges pour les œuvres de ses confrères (Dard, Libert, Duquesne), pour la direction littéraire de François Richard ; des éclaircissements sur le fonctionnement du Fleuve Noir. Et lui là-dedans ? Oh, moi, vous savez, au Fleuve Noir je n’étais qu’un petit. Modestie ou lucidité ? On lui cita quelques titres particulièrement appréciés comme Echec et Meurtre, Le bateau des nuits blanches, Au second temps de la mort… lui faisant remarquer que ses romans couvraient tous les genres de récits policiers, dans des tons allant de l’intimisme à la truculence la plus féroce, et parfois dans des styles d’écriture différents. Au point qu’on avait même l’impression que, par exemple, « N’allez pas chez Barclay » avait été écrit par André Lay, ou tel autre par Peter Randa. Vous ne croyez pas si bien dire, fit-il en manifestant un plaisir évident et un peu espiègle. S’il ne se souvenait pas forcément de quoi retournaient certains de ses romans, il avait davantage gardé en mémoire ses personnages, souvent extrapolés de personnes réelles dont le physique ou le comportement l’avaient inspirés. Quand Carla chantait serait donc quand même un roman à clés, contrairement à ce qu’en disait l’avertissement aux lecteurs ? Le romancier plissa les paupières, sourire entendu. Roger Valuet n’avait pas oublié le montant de ses tirages. Le total dépasse les quatre millions d’exemplaires vendus. « Journal d’un tueur » a fait le meilleur score, et de loin ; il y eut des retirages et même des rééditions. Pourquoi celui-ci a-t-il crevé le plafond et pas un autre ? Je n’en sais rien. C’est un mystère. Pourquoi n’a-t-il pas persisté dans le roman d’espionnage, genre fétiche de ses débuts ? Au Fleuve Noir, je n’aurais pas pu rivaliser avec les ténors du genre.

Roger Vilard interrompt sa carrière d’écrivain entre 1973 et abattez1983, mais le plaisir d’écrire l’oblige à reprendre du service, et la collection Spécial Police l’accueille à nouveau, sans problème malgré le changement de direction, jusqu’en 1986. La collection Spécial Police sera sabordée et il offrira un dernier roman pour la collection Crime Fleuve Noir : Abattez vos dames en avril 1992. Concernant le roman écrit ou coécrit avec André Duquesne/Peter Randa il s’agit de Le ciel pour linceul (S.P. N°828). Mais il a également aidé Raymond Vanier, l’un des pionniers de l’aéropostale moins connu que Mermoz et Saint-Exupéry mais qui figure sur un timbre commémoratif en compagnie de Didier Daurat, à écrire ses mémoires Tout pour la ligne paru chez Loubatières. Autres particularités concernant Roger Vilard/Richard Valuet : il a été directeur de la société littéraire les Rosati d’Artois, succédant à Robespierre et Lazare Carnot et a touché à la chanson en compagnie de Paul Misraki, gagnant un concours à la télévision devant plus de mille concurrents. « L’assassin s’il vous plait » a été adapté dans la série télévisée Le triplé gagnant avec comme interprètes Raymond Pellegrin, Darry Cowl, en 1990 dans une réalisation de Bernard Villiot.

Cet article n’aurait pu être écrit sans une correspondance avec l’auteur, le bulletin Fleuve Noir information n°10 d’octobre 1965 et les révélations du Rocambole n° 42.

 

Spécial Police

219 : Colère noirevilard.jpg

230 : La Mort qu'on voit danser

236 : Des Anges pour l'enfer

252 : Tout ce qui brille

261 : Ça se mange froid

266 : Touquet, impair et manque

283 : Fais ta valise, Fromer

294 : Un Cercueil de roche

306 : Ultimatum

315 : Echec et meurtre

322 : Mort à Malarija

331 : Dis-moi qui tuer

345 : Tel un aveugle

369 : Le Sorcier

380 : Pas le temps d'enterrer

394 : Léda et le pigeon

415 : Les Requins

425 : Le Troisième larron

436 : Celle qu'on n'attendait pas

451 : Quand Carla chantait

465 : En attendant l'aube

476 : Rayé des vivants

489 : Peau-rouge

506 : Chasse-neige

522 : Le Bout du monde

538 : La Mort en tubes

551 : Péril en la demeure

566 : Sous l'œil des vautoursvilard2.jpg

586 : Le Bateau des nuits blanches

609 : Une Ile pour mourir

622 : La Dernière séquence

633 : N'allez pas chez Barlay

648 : J'ai vu mourir Fargo

666 : Piège pour un dahu

691 : Journal d'un tueur. Réédition collection Polar 50 N°17

715 : On mourait à Cacico

727 : Chantages en chaîne

752 : La Peau du personnage

777 : Quand saignent les pierres

802 : Du fric à l'Indienne

828 : Le Ciel pour linceul

837 : Sur un air de viol

944 : Des Truands et des mômes

1011 : Au second temps de la mort

1807 : On ne plume pas un ange

1827 : Ne tuez pas le pékinois

1856 : Prêtre-moi ton visage

1870 : Bosphore, mon ange

1898 : Dites-le avec des tueurs

1908 : Broie du noir, mon ange

1921 : L'Assassin, s'il vous plaît

1926 : Je vous le donne en sang

1963 : Requiem pour troisième âge

2014 : Meurtre en double face

Crime Fleuve Noir :

24 : Abattez vos dames.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
commenter cet article
17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 07:42

abattez.jpg

 

Sommé par son éditeur de lui fournir un manuscrit dans les plus brefs délais, Raymond Marilay, planche en vain devant sa page blanche. En face de son appartement parisien, dans une chambre d'hôtel, une jeune femme rousse et exhibitionniste joue au jeu dangereux du strip-tease derrière sa fenêtre. Ça y est! Marilay tient son idée, son début de roman. Il écrit dans la fièvre son premier chapitre et peut se coucher l'âme en paix.

Qu'elle n'est pas sa surprise le lendemain matin d'apprendre que la réalité a rejoint la fiction: la nuit même, la rousse provocante a été assassinée. Intrigué et curieux, désireux de poursuivre son roman, il s'installe pour quelques jours dans l'hôtel où vient d'avoir lieu le drame. Comme s'il traînait la Camarde à ses basques, un second meurtre est perpétré sur la personne d'une jeune fille, étudiante effacée, tout le contraire de la première victime.

Ce qui au départ n'était qu'un jeu, histoire de côtoyer le fait divers de près, devient un drame et un mystère. L'inspecteur Gerlier, assisté de Duvigneux, apprend le séjour de Marilay à l'hôtel. Ils estiment plutôt louche son comportement. En lisant le manuscrit en cours de l'écrivain, ils s'étonnent du luxe de détails; il parle de prémonitions, de trucs d'écrivain. Après une longue garde à vue qui n'apporte rien de plus aux policiers, Marilay est relâché. Il découvre chez lui le cadavre de sa tante Germaine, étranglée, et prévient immédiatement Gerlier qui note toutefois un trou dans l'emploi du temps du romancier. La tante Germaine était l'unique parente de Marilay, fortunée, tandis que lui se débat dans la zone rouge à sa banque.

La première victime s'appelait Rose Marie et venait de Senlis. Marilay en se rendant à Chantilly a un accident de voiture. Pour le garagiste et les policiers, aucun doute il s'agit d'une tentative d'assassinat. Marilay est à l'hôpital, le bras dans le plâtre. Les policiers de Senlis ont découvert le meurtrier de Rose-Marie. Tout simplement un amant délaissé et jaloux de la jeune femme qui changeait de partenaires comme de slips. Le premier meurtre résolu par ses collègues, reste les deux autres à élucider.

Après avoir fait les beaux jours de la collection Spécial Police du Fleuve Noir, Roger Vilard revient avec un roman fort bien construit, entretenant le suspense malgré le doute infiltré dans l'esprit du lecteur sagace, et s'amuse dans cette œuvre qui pour divertissante n'en montre pas moins les affres de l'écrivain devant la page blanche et son avenir littéraire et matériel. Une situation qui n’est pas surement imaginaire, puisque ce roman sera le dernier de Roger Vilard publié au Fleuve Noir, et ce après une longue période d’inactivité éditoriale, mais traitée avec un humour débonnaire.


Roger VILARD : Abattez vos dames. Fleuve Noir, Crime-Fleuve Noir n°24. Avril 1992. 224 pages.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
commenter cet article
16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 08:01

  akounine-copie-1.jpg


Vous prenez une bonne louche d’énigmes, une autre de mystères, vous saupoudrez de philosophie, vous rectifiez avec de l’exotisme, et ajoutez une once de fantastique. Dégustez chaud !

En mise en bouche, Shigumo : Eraste Pétrovitch Fandorine est vice-consul à Yokohama et il s’est rapidement intégré à la population. Il assiste aux funérailles d’un ex-collègue qui s’était tourné vers le bouddhisme, abandonnant femme nipponne et fille issue de leur mariage. Il est quasi seul à être présent aux funérailles. Outre Satoko, la veuve, Akiko, sa fille handicapée, le supérieur Souguen, prêtre bouddhiste, Emi Terada, une naine (il est de bon goût parait-il de s’exprimer en utilisant cette formule : une personne à verticalité réduite, afin de ne pas froisser les susceptibilités) portée sur le dos d’un serviteur à bord d’un panier tressé, et une poignée de Japonais. Un incident met aux prises Fandorine et le gardien du cimetière chrétien voisin de celui du monastère, un Européen, qui traite le vice consul de larbin des Japs.

Après la cérémonie, Satoko narre les dernières années de sa vie conjugale. Meïtan, le défunt avait pris le nom de sa femme, l’avait abandonnée pour entrer en religion. Satoko souffre visiblement de cette séparation. Puis Emi Terada raconte comment elle a subi plus jeune les assauts d’une araignée géante, rêve ou réalité, ce qui aurait eu pour conséquences d’arrêter sa croissance. Cette histoire d’araignée toutefois met la puce à l’oreille de Fandorine qui déduit que Meïtan n’est pas mort subitement mais qu’il s’agit d’un meurtre. Mais Fandorine est un humaniste.

En entrée Le chapelet de jade. Nous retrouvons Fandorine à Moscou, fonctionnaire chargé des missions spéciales auprès du général gouverneur de Moscou. Parmi ses obligations figure celle d’assister aux bals et ce soir-là il a toutes les peines du monde à échapper aux serres d’une jolie femme qui tient absolument à l’inviter à danser. C’est ainsi qu’il est amené à rejoindre le cercle constitué autour du comte Khroutski, un célèbre excentrique moscovite. La conversation tourne autour de l’assassinat d’un fripier d’un coup de hache à la tête.

Priakine était un antiquaire spécialisé dans les objets chinois qu’il achetait à des opiomanes. Or le, ou les, cambrioleur, après son forfait, ne s’est pas contenté de décoller la tête mais a découpé le corps en de nombreux morceaux, a retourné le magasin de fond en comble, s’emparant juste d’une simple poterie sans valeur. Il est évident que le meurtrier voleur cherchait quelque chose qu’il n’a pas trouvé. En compagnie de l’inspecteur Nebaba, en charge de l’enquête, Fandorine se rend dans l’échoppe et examine le local. Comme dans La lettre volée d’Edgar Poe, l’objet était dissimulé à la vue de tous dans un endroit où personne n’aurait songé à le chercher, sauf Fandorine qui met la main sur un chapelet de jade. Secondé par son valet japonais Massa, Fandorine n’en a pas fini, car s’il possède l’objet de la convoitise du meurtrier, il n’a pas découvert l’identité de celui-ci. Et il semble bien que ce chapelet possède des vertus peu communes.

Enfin avec La vallée du rêve le plat de résistance. Nous avançons allègrement de quelques années et partons à la découverte du Nouveau Continent. En 1894, Eraste Pétrovitch Fandorine est exilé aux Etats-Unis d’Amérique depuis quatre ans. Il est auditeur libre à la faculté de génie mécanique de Boston et arrondi ses fins de mois comme détective privé pour les frères Pinkerton. Mandé à New-York auprès de l’un des Pinkerton, lequel veut lui confier une mission, Fandorine échappe de peu à des coups de feu et il pense qu’il s’agit d’un tueur dont il a aidé à arrêter le chef peu auparavant.

Robert Pinkerton aimerait que Fandorine devienne chef d’une des principales divisions de la société, ce que récuse le Russe qui a l’habitude de travailler en solo. Une autre proposition lui est faite sous forme de lettre accompagnée d’un billet de train jusqu’à Cheyenne dans le Wyoming. Sur place l’attend un train dont un des wagons, luxueusement aménagé, lui est destiné. Direction Crooktown où l’attend un certain Maurice Star. En réalité il s’agit d’un Russe émigré du nom de Mavriki Starovozdvizhenskyi, nom imprononçable pour des Américains et qu’il a donc américanisé. En cours de route, le train est attaqué par des bandits masqués, se déplaçant à cheval, et bizarrement ils semblent n’avoir en ligne de mire que le wagon où se trouvent Fandorine et son fidèle valet Massa. A leur arrivée ils sont accueillis par Maurice Star qui précise ce qu’il attend d’eux.

A Dream Valley vit depuis un quart de siècle une communauté russe surnommée les Communards, communauté qui désire vivre pacifiquement. Des illuminés qui vivent de l’agriculture et de l’élevage, bâtissant eux-mêmes leurs habitations. Ils ont proscrit la jalousie et la monogamie de leur style de vie et sont considérés comme des mécréants par les Américains. Mais une autre communauté s’est installée près de leurs terres, des Mormons réfractaires à la nouvelle loi interdisant la polygamie, des dissidents des Mormons de Salt Lake City. Seulement un problème se dresse, car un riche éleveur de chevaux ne veut pas vendre une partie de sa propriété aux deux communautés qui se regardent en chiens de faïence.

Boris-Akunin_4275.jpegFandorine rencontre les trois parties, dont la fille du propriétaire terrien, une jeune fille capricieuse qui ne pense qu’au mariage et à sa dot, et d’étranges événements secouent la vallée. Outre les bandits masqués qui se terrent dans les collines, des incidents perturbent la bonne entente, si bonne entente il y a. Un cavalier sans tête se promènerait dans la région, apportant le malheur, et autres superstitions du même acabit. Au saloon, Fandorine est étonné de voir qu’un Noir, Washington Reed est considéré comme un personnage important du village. Il faut avouer qu’il porte une arme à feu dont il use avec maestria, sachant se faire respecter. Théoriqement il doit être aider par un résident appartenant à la célèbre société de détectives.

Cette longue nouvelle, qui est en réalité un roman puisqu’elle compte environ deux cent-cinquante pages, est tout à la fois une histoire philosophique qu’un roman d’action, mêlant habilement l’aventure, le western, l’énigme, les mystères, la femme fatale, tous ingrédients aptes à captiver le lecteur. Des historiettes sont insérées dans le récit, apportant un agréable divertissement non dénué d’humour. Les relations entre Fandorine et Massa sont plus à cataloguer dans le domaine de l’amitié que celles de maître à valet, et Massa se révèle un aide précieux quelles que soient les circonstances. Si par certains moments lors des déductions, on pourrait penser à Sherlock Holmes, Fandorine n’est toutefois pas infaillible ou parfait. Ainsi, en tant que citadin, il est incapable de relever des traces dans la nature, il commet des impairs ou des bévues, et c’est justement en cela, plus quelques autres qualités ou défauts, qu’il est proche du lecteur. Et comme il faut toujours qu’un héros possède une particularité, Fandorine est bègue, mais légèrement, car l’auteur a su penser au confort de lecture du lecteur.

 

 

Boris AKOUNINE : Le chapelet de jade et autres nouvelles (Sigumo ; Nefritovye čotky ; Dolina Mečty– 2007. Traduction de Odette Chevalot. Réédition des Presses de la Cité - 2009). Editions Points N°3002. Mars 2013. 358 pages. 7,30€.

Repost 0
14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 15:57

tricheurs.jpg


Si les auteurs du meurtre d’Elise Freeman pensaient avoir réalisé un homicide maquillé en suicide, ils se sont lourdement trompés. En effet la jeune, enfin plus tout à fait jeune, femme qui gît dans la baignoire a bel et bien été assassinée. Il lui aurait fallu une sacrée dose de courage pour prendre un bain de neige carbonique, une substance qui occasionne des brûlures irréversibles. De plus la police scientifique n’a découvert aucun sachet ayant contenu ce produit dans son bungalow. Seul un DVD a été trouvé qui fournit des perspectives intéressantes à Milos Sturgis, le policier, et Alex Delaware son ami psychologue.

Sur cet enregistrement Elise accuse trois de ses collègues de la Windsor Preparaty Academy de Brentwood, un quartier de Los Angeles, affirmant que depuis deux ans elle subit de leur part des gestes inconvenants et des harcèlements sexuels.

L’enquête menée par Milos ne plait guère, ni à son chef, ni au directeur et son adjointe de l’université californienne. Il serait plus simple de classer l’affaire, et ils font tout pour que les renseignements demandés par Milos ne lui soient pas révélés, ou du moins retardés, ou même qu’ils interrogent le personnel et les étudiants. Peut-être parce que le fils du directeur de la police fréquente le même établissement Mais Milos ne lâche pas si facilement l’os qu’il a trouvé. Evidemment Milos et Alex, qui le suit partout comme un petit chien, convoquent les trois enseignants qui tombent des nues. Selon eux, c’est au contraire Elise Freeman qui leur aurait fait des avances, parfois poussées. Et elle était connue pour sa propension à la boisson.

Elise avait un ami, Sal Fidella, qui ne correspond pas au profil de l’amant idéal. D’ailleurs s’ils couchaient ensemble, ils habitaient chacun chez soi. Il est représentant, en instruments de musiques ou tout autre marchandise qui peut être achetée par des gogos, mais il s’en trouve de moins en moins. D’après lui, Elise lui aurait avoué quelques semaines avant sa mort qu’ils lui en voulaient. Mais qui sont ces ils ? Il est incapable de le préciser. Tout ce qu’il sait, c’est que l’humeur d’Elise changeait, comme si elle était devenue bipolaire.

Auprès des consommateurs du bar qu’ils fréquentaient régulièrement et selon d’autres témoins, Milos et Alex recueillent des avis partagés. Certains affirment qu’Elise buvait régulièrement et beaucoup sans qu’il y ait vraiment influence sur son comportement, d’autres avaient remarqué qu’elle prenait un verre, mais ne le finissait pas la plupart du temps. Sa boisson rituelle était la vodka, et pas du bas de gamme. Ensuite les avis concordent concernant son attrait pour les mâles, des jeunes de préférence, souvent des étudiants ou des anciens élèves. Des amants de passage recrutés lors des heures de soutien qu’elle leur prodiguait.

Peu à peu le personnage d’Elise prend de la consistance et Milos, toujours accompagné d’Alex qui sait poser les bonnes questions au bon moment, cernent son entourage, remontant pas à pas le parcours relationnel et professionnel de l’enseignante.

Si l’épilogue est convenu, d’ailleurs le titre est assez explicite, ce qui retient l’attention c’est le système éducatif américain, modèle qui inspire quelques technocrates français attachés plus à l’aspect financier que pédagogique. Une véritable diatribe sous la plume de Jonathan Kellerman qui enrobe son ton vindicatif dans une intrigue policière.

Les universités américaines sont de véritables stabulations dans lesquelles sont élevés et gavés des bêtes à concours. Souvent contre le gré de ces adolescents qui ne demandent rien mais sont forcés d’obéir à un paternel fortuné qui pense que la réussite dans la vie passe forcement par Yale et autres fabriques de têtes pensantes. Et si ces futurs responsables politiques, diplomatiques, financiers, militaires, ou autres, n’arrivent pas à ingérer ce que les enseignants tentent de leur fourrer dans le crâne, il y a toujours d’autres solutions.

Les enfants dont les parents sont aisés intègrent d’office ces établissements, mais en dilettante. Et pour se donner bonne conscience, la société, les responsables éducatifs invitent des gamins issus de milieux dits défavorisés et qui n’ont rien demandé, à effectuer des études poussées. Et tout le monde doit réussir. Il en va de la notoriété des universités et des enseignants. Et parfois il y a des dérapages.

Tout le monde n’est pas de cet avis, heureusement : Je pense qu’à dix-sept ans un jeune devrait avoir son mot à dire sur son avenir et que c’est jouer avec le feu que de négliger son avis.

 

A lire du même auteur :  Le rameau brisé et  Jeux de vilains.


Jonathan KELLERMAN : Les tricheurs (Deception – 2010. Traduction de Frédéric Grellier). Editions du Seuil. Mai 2013. 386 pages. 19,90€.

Repost 0
13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 12:47

 

défi

 

Sherlock Holmes et le docteur Watson sont quelque peu en froid. Que voulez-vous, le biographe du célèbre détective va convoler en justes noces dans quelques semaines avec Mary Morstan !

Cependant cela n’empêche pas les deux hommes de se rencontrer pour une nouvelle affaire qui va mettre en émoi les habitants de Londres, déjà traumatisés par les exploits de Jack l’Eventreur.

Un personnage, qui signe ses messages Le Cancrelat, ose défier le grand homme, ce qui a don d’irriter et d’intriguer tout à la fois celui-ci. Fidèle compagnon, Watson va le suivre dans ses pérégrinations, tandis que Mary est en province et que leur appartement en cours d’aménagement. La série commence par le meurtre d’une femme de la haute société, madame de Chalin, et contrairement à ce que déclare Holmes, l’enquête ne va pas être facile à mener. Il faudra d’autres meurtres, dont ceux perpétrés sur une couturière et la sœur d’un égyptologue de renom pour que le détective dilettante découvre le coupable. Mais entre temps que de sueurs froides pour les deux amis, surtout pour Watson qui s’inquiètera pour la vie de sa fiancée.

 

Avec ce quatrième roman, le cinquième si l’on compte celui écrit pour les enfants, paru aux éditions Syros et qui mettait en scène Wiggins le chef des Irréguliers de Baker Street et enquêteur occasionnel de Sherlock Holmes, Béatrice Nicodème nous dévoile une nouvelle facette de son talent qui va progressant.

Signe des grands romanciers, Béatrice Nicodème nous plonge à chaque fois dans une atmosphère et une intrigue différentes. De l’enquête classique style marabout-de-ficelle de L’inconnu de la terrasse, son premier roman, à l’angoisse latente de Terreur Blanche, le suivant, puis les références littéraires, la tarotologie et autres joyeusetés qui émaillent Meurtres par écrits, paru dans la même collection, jusqu’à ce Défi pour Sherlock Holmes qui restitue l’ambiance de la fin du XIXe siècle à Londres et respecte le Canon holmésien, Béatrice Nicodème jour sur tous les registres, avec bonheur. L’humour y est présent, mais discrètement, subtilement. Il ne reste plus à Béatrice Nicodème qu’à nous confirmer cette réussite et j’espère que nous le retrouverons avec un nouveau roman tout aussi bien écrit et construit.

Cette chronique radiophonique a été écrite en mai 1993, et depuis Béatrice Nicodème a fait son chemin, proposant des romans historiques dont Les Loups de la Terreur dans la collection Labyrinthes au Masque et quelques enquêtes de Wiggins chez Syros. A noter que ce roman a été réédité dans une collection pour enfants chez Hachette en 2012. Le recyclage, cela a du bon, et c’est écologique.


Béatrice NICODEME : Défi à Sherlock Holmes. Crime Fleuve Noir N°40. Editions Fleuve Noir. Avril 1993. 224 pages.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
commenter cet article
12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 16:49

fantomas.jpg


En septembre 1913, paraissait la trente-deuxième et dernière aventure de Fantômas, le Maître de l’Effroi, sous la plume de Pierre Souvestre et Marcel Allain. Trente-deux volumes édités chez Fayard à raison d’un titre par mois.

L’aventure a commencé, en librairie, en février 1911, et qui pouvait imaginer un tel succès ! Un bandit devenir un héros, cela semble improbable et pourtant… Issu de l’imagination de deux hommes qui ont contractés un mariage littéraire, sous la houlette bienveillante de la compagne de Pierre Souvestre et qui à la mort de celui-ci deviendra celle de Marcel Allain, Fantômas fut favorablement accueilli par un lectorat avide de nouveautés libertaires. La critique, dont le plus virulent représentant est l’abbé Bethléem qui dans son guide Romans à lire et romans à proscrire, vitupérait contre les romans populaires en général, ne sera pas toujours tendre. S’il oublie de répertorier dans son ouvrage les romans de Souvestre et Allain, il réparera son omission dans son périodique La Revue des lectures. Mais il ne pouvait faire moins car il avait classé dans les romans à proscrire la série Zigomar, personnage sur lequel je reviendrai.

Fantômas est à considérer comme une mauvaise lecture pour les critiques littéraires de fictions policières qui s’appuient sur des concepts moraux et qui s’inquiètent des effets produits par ce genre littéraire auprès des masses populaires. Une prise de position qui ne peut que susciter l’engouement populaire. Fantômas s’est incrusté dans les esprits et après la guerre de 14-18, en 1927 exactement un contributeur de la Revue des lectures s’indigne en constatant que des lecteurs font relier leur collection de Fantômas et écrit : On fait relier de tels livres, alors que, très certainement, la collection des classiques est donnée en pâture aux rats et aux mites… concluant sa diatribe par : Je donne humblement à M. Edouard Herriot, ministre de l’intelligence française, le conseil de signer un petit décret qui enverrait sans tarder au bûcher tout le papier noirci dans le genre de celui que je signale. Une incitation, sinon au meurtre, du moins à la lecture de ces romans vilipendés.

Fantômas, un nouvel héros qui se démarque, même si Arsène Lupin était à classer dans la rubrique des mauvais garçons avec son passé de cambrioleur ? Pas tout à fait car il eut un prédécesseur : Zigomar de Léon Sazie créé en 1910. D’ailleurs il est amusant de remarquer une certaine ressemblance dans la présentation des personnages.

Vous savez qui c’est ?

Oui.

Qui ?

Zigomar !

Le détective américain sursauta.

Zigomar ! s’écria-t-il… Qui est ce Zigomar ?

Paul Broquet tranquillement répondit :

C’est Zigoma !

Tom Tweak s’était levé d’un bond.

Ça ne me dit pas qui c’est, ni ce que c’est que ce Zigomar…

C’est Zigomar… Je ne peux rien dire de plus.

A rapprocher de l’introduction de Fantômas :

?Fantômas !

?Vous dites ?

?Je dis... Fantômas.

?Cela signifie quoi ?

?Rien... et tout !

?Pourtant, qu'est-ce que c'est ?

?Personne... mais cependant quelqu'un !

?Enfin, que fait-il ce quelqu'un ?

?Il fait peur ! ! !

Et comme prédécesseurs on pourrait signaler Le mystérieux Docteur Cornélius de Gustave Le Rouge ou encore Fu Manchu de Sax Rohmer. Et si ces confrères en voyoucratie, à part Fu Manchu, sont tombés en désuétude, Fantômas continue à être régulièrement réédité, une notoriété largement entretenue par le cinéma qui dès 1913 c’est intéressé à son cas, Louis Feuillade réalisant cinq films. Et dans les années soixante André Hunebelle en réalisera trois avec Jean Marais et Louis de Funès dans les rôles principaux. L’excentricité de Louis de Funès gommant le tragique des situations.

Loïc Artiaga et Matthieu Letourneux se penchent sur le berceau de Fantômas, narrant la genèse de ce Maître de l’effroi, qui de personnage populaire deviendra rapidement mythe littéraire sous l’influence indéniable de poètes comme Robert Desnos ou Max Jacob. On pourrait croire à une exagération patente des méfaits de Fantômas, pourtant Souvestre et Allain s’alimentaient en faits-divers pour écrire leurs histoires. Ecrire étant une façon de parler car ils travaillaient avec un ancêtre du dictaphone.

fantômasSi Marcel Allain ressuscita Fantômas en 1926 pour trente quatre fascicules hebdomadaires puis récidiva quelques années plus tard soit par des feuilletons dans des journaux, des adaptations en bandes dessinées ou des feuilletons radiophoniques, c’est bien Fantômas, fils de Souvestre et Allain, qui imprègne les mémoires et alimente les rééditions.

Tout ceci et plus vous est expliqué, narré, commenté, analysé, décortiqué dans cet ouvrage dont il serait peu de dire qu’il se lit comme un roman policier, même si cette locution galvaudée est employée désormais un peu à tort et à travers. L’intérêt est sublimé par la nombreuse et riche iconographie et par des documents inédits issus du fonds Marcel Allain, lequel gardait précieusement tous ses documents, notifiant même mois après mois les droits concédés par Fayard pour les éditions initiales et les retirages des Fantômas première génération. Une source inestimable de renseignements.

Sérieuse, enrichissante, divertissante, cette étude permet de mieux comprendre l’engouement voué à Fantômas et même si on n’est pas un admirateur sans bornes de ce personnage, on lit avec plaisir ce document remarquable.

 

Matthieu Letrouneux est également le coauteur d'un ouvrage sur la maison d'éditions Tallandier : La Librairie Tallandier.


Loïc ARTIAGA & Matthieu LETOURNEUX : Fantômas ! Biographie d’un criminel imaginaire. Editions Les Prairies Ordinaires. 192 pages. 21,00€.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Documents
commenter cet article
11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 13:22

Fer de lance du FLEUVE NOIR, dans sa stratégie de reconquête et de renouvellement de la littérature policière : la COLLECTION NOIRE.

Ouverte aux romans d’atmosphère, de mystère ou de suspense, la COLLECTION NOIRE, pour assouvir sa soif de qualité, accueille sans discrimination tous les auteurs connus ou inconnus pourvu qu’ils aient du talent.

Oui, tous nos renseignements confirment que la COLLECTION NOIRE est résolue à ne publier, à partir d’une rigoureuse sélection, que des inédits de langue française.

Avec la COLLECTION NOIRE, le FLEUVE entend créer une collection haut de gamme, dont l’élégante couverture blanche est un argument supplémentaire pour inciter le lecteur à conserver des livres qu’il aura pourtant dévorés.

En inaugurant la Collection par trois romans de Patrick Mosconi, Alain Nallet et Claude J. Legrand, originaux tant par l’inspiration que par sa construction du récit, le Fleuve Noir persiste et signe.

 

quint.jpgLe Fleuve aura beau persister et signer, cette collection n’atteindra que 19 titres, de juin 1988 à novembre 1989, dont le bon côtoie le moins bon, hélas. Si des auteurs comme Michel Quint, Patrick Mosconi, G.-J. Arnaud, Robert Destanque, Kââ, Gilbert Picard, et un revenant du nom de J.M. Valente nous offrent comme à leur habitude des livres de qualités, ou presque, les autres ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions affichées. Toutefois parmi les inconnus, on peut citer des noms comme Alexandre Dorozynski, dont le roman est original. Quant à Jean-Christophe Chaumette, Claude J. Legrand, Claude Ecken, Michel Honaker ils se rendront plus célèbres par la suite dans le domaine du fantastique ou de la science-fiction dans d’autres collections ou chez d’autres éditeurs. De même que Dominique Zay, comédien et metteur en scène il écrit de manière évanescente des ouvrages pour adolescents.

Mais Alain Nallet, Jean-Jacques Dupuis, Henri Marchal, Jean Anié et zay.jpgFrédérick Leroy semblent s’être égarés dans la nature puisque l’on n’entendra plus parler d’eux lorsque LA COLLECTION NOIRE à la couverture blanche s’éteindra. A moins, et cela est toujours possible, qu’il s’agissait de pseudonymes à déterminer.

D’ailleurs il ne semble pas que cette couleur, qui se voulait révolutionnaire pour une collection de romans policiers ou noirs, ait eu les faveurs du public.

A noter cette petite phrase significative : l’élégante couverture blanche est un argument supplémentaire pour inciter le lecteur à conserver des livres qu’il aura pourtant dévorés.

Il est un fait avéré que le Fleuve Noir fut peut-être la maison d’édition qui se retrouvait le plus sur les étals des bouquinistes. Et qui dit troc, échange, revente à petit prix, sauf pour certains titres devenus mythiques, la vente de romans pâti de cette concurrence, tant au point de vue de l’éditeur que du romancier, puisqu’aucun subside, aucune taxe, aucun pourcentage n’est reversé. Seul le lecteur y retrouve son compte.

 

1 - Mosconi Patrick : Nature morte [jun-88]

2 - Nallet Alain : Monsieur le député ou le sang des autres[jun-88]

3 - Legrand Claude J. : La virée[jun-88]

4 - Dupuis Jean-Jacques : La gigue des féroces[sep-88]

5 - Arnaud Georges-Jean : Une si longue angoisse[sep-88]

6 - Ecken Claude : Auditions coupables [nov-88]

7 - Marchal Henri : Les morts ne swinguent plus [nov-88]

8 - Valente J.M. : Mais quelle esr la victime ? [jan-89]

9 - Honaker Michel : Manhattan dry [jan-89]

10 - Quint Michel : Jadis [mar-89]

11 - Destanque Robert : Pas perdus pour un tueur[mar-89]

12 - Chaumette Jean-Christophe : Le jeu [mai-89]

13 - Zay Dominique : Dingue de swing [mai-89]

14 - Anie Jean : Dégât des os [jul-89]

15 - Dorozynski Alexandre : La bonne graine[jul-89]

16 - Dupuis Jean-Jacques : Le ventre de l'ombre[sep-89]

17 - Picard Gilbert : Le calife des neiges [sep-89]

18 - Kââ : Rendez-vous à Forbach [nov-89]

19 - Leroy Frédérick : New-York 7ème avenue [nov-89]

 

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans Collections
commenter cet article

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables