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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 14:50

Suite des aventures de Mickey Bolitar.

 

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Si le décès de son père dans un accident de la circulation taraude toujours l'esprit de Mickey Bolitar, d'auprès faits lui vrillent l'esprit. Pas seulement parce que la femme Chauve-souris l'a abordé quelques jours auparavant en sortant de chez elle et en affirmant que son père n'était pas mort, mais aussi parce que la photo du Boucher de Lodz, prise au milieu des années 1940 en Pologne, représente l'ambulancier qui a désincarcéré le corps de son père. Il se souvient très bien des traits de celui-ci, un homme blond aux yeux verts cerclés de jaune. La photo est en noir et blanc, mais il n'y a pas à s'y tromper, c'est le même.

En compagnie de Spoon, le fils du concierge un peu décalé, faussement niais, et d'Ema, la jeune gothique secrète, Mickey fait partie des exclus de l'école de Kasselton. Rachel, la bombe du lycée, est bien avec eux, parfois, mais elle fait aussi partie de la bande de Troy Taylor, le fils du commissaire de la ville. Elle forme avec Mickey un binôme pour les cours d'histoire, et elle les a aidé lors de l'affaire Ashley (voir chronique de A découvert), ce qui attise la jalousie de Troy. Mais pour l'heure ce qui alimente les conversations des étudiants, c'est la venue dans leur ville d'Angelica Wyatt, actrice de cinéma et icône des jeunes. Et des figurants seront engagés. Mickey a beau envoyer des textos à Rachel, celle-ci ne lui répond pas.

Mickey est réveillé au petit matin et emmené à Newark, la ville la plus proche où il est interrogé par une policière. Taylor est présent aussi mais ce n'est pas lui qui mène la danse. C'est alors que Mickey apprend qu'une fusillade a éclaté la veille au soir chez le père de Rachel, que sa mère est morte, qu'elle-même est blessée et a été transportée à l'hôpital.

L'Homme chauve, qu'il a déjà rencontré à plusieurs reprises dans l'épisode précédent, lui demande si Rachel ne lui aurait pas confié un paquet et il est question du Refuge Abeona. Mickey ne comprend pas et passe à autre chose car une sélection de basket pour les équipes scolaires aura lieu le lundi suivant et il espère bien être sélectionné et pouvoir sacrifier à sa passion comme son oncle Myron.

Tisiphone_abeona.jpgMickey veut absolument rendre visite à Rachel et Spoon, toujours aussi débrouillard, se déguise en docteur mais il est un peu jeune pour donner le change. Ema qui les accompagne trouve la solution et Mickey peut s'introduire dans la chambre de Rachel. Toutefois il est surpris d'apercevoir punaisé sur la porte de la chambre un dessin représentant un papillon, un Tisiphone Abeona, un de plus. Dans le couloir il entend Taylor arriver et vite il se cache sous le lit. Or les propos tenus par le commissaire vont à l'encontre de ce qui pourrait faire avancer l'enquête. Et Mickey doit trouver une astuce pour ne pas se faire repérer lorsqu'une infirmière décide d'emmener Rachel dans son lit passer des examens.

La maison de la femme Chauve-souris l'attire toujours et il s'y rend. Il découvre un grand nombre de photographies d'enfants or sur l'une d'elle il lui semble reconnaître quelqu'un. Il y retourne en compagnie d'Ema afin de découvrir le passage conduisant au garage mais un individu est caché dans la bicoque et bientôt le feu ravage la maisonnette.

Le casier de Rachel à l'école est fermé par un nouveau cadenas, et il veut absolument savoir ce qu'il renferme. En compagnie de Spoon et d'Ema il force la serrure et trouve à l'intérieur un sac empli de billets de banque et de poches de poudre blanche. Seulement deux malfrats, qu'il a déjà aperçu près de la maison de Rachel discuter avec son père, les ont suivi et veulent s'emparer du butin.

 

Poursuivant l'histoire entamée dans A découvert, Harlan Coben avance dans son intrigue ou plutôt ses intrigues. Car si à la fin du volume le meurtre de la mère de Rachel est résolu et expliqué, d'autre faits restent dans l'ombre. Bien sûr le lecteur en apprend un peu plus sur Ema et ses tatouages, et des zones d'obscurité s'éclaircissent. Seulement Mickey reste sur sa faim en qui concerne le Boucher de Lodz, l'ambulancier qui en est la copie conforme, et surtout son père. Il en apprend un peu plus sur son oncle Myron, qui n'exerçant pas la profession d'avocat que ses études auraient pu lui faire envisager ni le basket dont une blessure a brisé prématurément la carrière, est agent de stars. Mickey apprend aussi que ses incartades peuvent lui nuire pour la sélection dans l'équipe première de basket de l'école. Et ses relations avec le commissaire Taylor et avec son fils par voie de conséquence, ou l'inverse, sont tendues à l'extrême. scoubidou.jpg

La petite bande qu'il forme avec Spoon et Ema, plus Rachel, qui si elle végète à l'hôpital ne prend pas une part active dans ce scénario, tout en étant un élément clé, ce quatuor me fait un peu penser aux quatre personnages d'une série de dessins animés, deux gars et deux filles, Sammy le dadais, Fred le beau blond et chef incontestable du petit groupe, Daphnée la jolie rousse et Véra la petite brune à lunettes. Mais sans le chien Scooby-Doo.

Si Mickey professe une véritable passion envers le basket, il est néanmoins lucide : Je n'aime pas l'importance qu'on donne aux matchs, en les comparant à des batailles, voire même à des guerres. Les supporters, les commentateurs sportifs devraient s'inspirer de cette petite phrase et ne plus nous bassiner avec ils auraient dû tuer le match ou ils ont réalisé le hold-up parfait, des locutions totalement inutiles pour ne pas dire débiles.

Entre roman pour adolescents et pour adultes, A quelques secondes près est nerveux, sans passages inutiles, sans temps morts, sans digressions oiseuses et d'une lecture agréable, avec toutefois quelques interrogations dont celle sur l'utilité ou non de mentir en certaines occasions.


Harlan COBEN : A quelques secondes près. (Seconds away - 2012. Traduction de Cécile Arnaud). Editions Fleuve Noir. Parution 5 septembre 2013. 336 pages. 18,90€.

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 13:09

Un carré d'as gagnant !

 

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Sous un coffret qui se déplie comme un porte-carte, véritable objet de collection, quatre nouvelles consacrées aux femmes en colère. Trois auteurs, trois hommes, une femme, mais une femme en colère vaut bien trois mâles.

Alors commençons par les auteurs masculins, par ordre alphabétique :

 

Didier Daeninckx : La sueur d'une vie. 24 pages.

femmes1.jpgSanta-Maria de Cicero, paisible commune ibérique rythmée par les nombreux et coûteux travaux engagés par le maire et qui vident les caisses de la cité. La monarchie est au plus mal et la télévision ne manque pas de rappeler les dérives de Juan Carlos et sa famille. Au stade El Sardinero de Santander doit se produire la coqueluche espagnole clone de Justin Bieber et drainer toutes les gamines énamourées. Tout va bien, vous pouvez dormir tranquille. Sauf une dizaine de vieilles femmes qui s'intéressent de près à la Nova Caixa, la caisse d'épargne espagnole qui réalise des travaux au cas où il y aurait encore quelques personnes pour placer l'argent difficilement économisé et annihiler l'effet néfaste des voitures bélier. Or justement, ces dix femmes, âgées entre soixante-treize et quatre-vingt dix ans, voire plus, ont une réclamation à émettre auprès du directeur de la caisse.

Comme à son habitude, Didier Daeninckx lève le voile, montre les plaies de la société et gratte aussi bien les hommes politiques que la finance.

 

Marcus Malte : Tamara, suite et fin. 32 pages.

En tout homme sommeille un cochon. Et Tamara prend ce dictonfemmes2.jpg au pied de la lettre en pendant par les pieds deux hommes, des jumeaux, les égorgeant, récupérant leur sang dans des bassines, brûlant leurs poils et hachant leur chair pour les transformer en saucisses et autres charcutailles. Car elle leur en veut Tamara et ne leur pardonne pas les saloperies qu'elle a endurées par leur faute. Tamara est née le 1er mai 1946 à Saint-Laurent du Maroni, en Guyane, France. Elle y tient à cette précision. France. Le plus grand département français.

Comme elle le souligne : à ma connaissance les indigènes n'ont supplié personne de venir les coloniser. A ma connaissance il n'existe pas encore d'instrument pour mesurer le degré d'appartenance à la nation.

Mais qu'est-ce qui a bien pu enrager autant Tamara pour qu'elle soit réduite à transformer son hangar en abattoir et elle en charcutière.

Marcus Malte signe là un texte poignant mettant en avant ce racisme pernicieux tapi dans les campagnes où la couleur de peau indispose les habitants qui n'aiment pas les étrangers. Or sorti du village tout le monde est étranger, même les villageois des communes environnantes.

 

Marc Villard : Kebab Palace. 40 pages.

femmes3.jpgIl neige sur Ritsheim, et pour Cécile, marcher pieds nus, le long de la rambarde de la quatre-voies, c'est un vrai chemin de croix. D'autant que la veille, Cécile s'est une fois de plus, malgré ses nombreuses mais inefficaces résolutions, biturée puis est tombée dans un coma éthylique et emmenée au poste de police. Sa fille Lulu, Lucienne dans la vie civile et âgée de seize ans est venue la chercher et a payé la note du cafetier malgré le manque d'argent criant pour leur suffire à survivre. Lulu a quitté l'école car elle veut travailler, mais elle est trop jeune. Il ne lui reste que sa clarinette, et la pension envoyée par son père.

Elles vivent dans un mobile-home, non loin de la cité asiatique. Et justement elles découvrent une jeune fille étendue dans la boue, les bras liés dans le dos, des cordes lui cisaillant les seins, et un couteau planté non loin du nombril. Elle ne peuvent plus rien pour elle. Alors elles rentrent et Cécile continue sa cure de désintoxication en buvant pastis pur, vin blanc d'Alsace, bières et autres liquides qui l'emmènent dans les toilettes. Au Kebab Palace, Lulu remarque dans l'arrière-salle une exposition de photographies, d'asiatiques nues, menottées, ficelées. Il parait, d'après le patron et le photographe, qu'elles sont d'accord. Mais alors pourquoi la jeune morte figure sur une de ces photos ?

Marc Villard entretient envers les faibles, les déshérités, les perdants de la vie une affection et une empathie qui se ressent dans pratiquement tous ses livres, recueils de nouvelles ou romans. Il les décrit comme ils sont, avec une tendresse bourrue. Je ne dévoilerai pas l'épilogue, mais pendant un certain temps j'ai pensé que le photographe était Romain Slocombe.

 

Dominique Sylvain : Disparitions. 32 pages.

Je sais, vous allez me reprocher de ne pas connaitre mon alphabet,femmes4.jpg puisque je place Dominique Sylvain en dernière position, après le V de Villard. C'est normal parce que Dominique est une jeune femme fort avenante, au joli sourire et il me fallait bien lui donner une place d'honneur. Comme un dessert frais après un bon repas.

Cédric et Elsa s'aimaient d'amour tendre mais ne pouvaient avoir d'enfant. Cela commence comme un conte de fée sauf que la fée n'avait pour baguette magique que celle du mari. Et ils avaient été obligé d'avoir recours à une mère porteuse. Seulement Issara, la mère de substitution et Cédric avaient donné un coup de canif dans la procuration. Depuis ils vivent à Bangkok, avec leur enfant, et Elsa frustrée est bien décidée à les rejoindre car même si le ventre d'Issara a porté pendant neuf mois le résultat de la rencontre de ses ovules avec les spermatozoïdes de Cédric, cet enfant est le sien. Et puis elle aime toujours Cédric qu'Issara lui a volé par la même occasion.

Dominique Sylvain se penche sur le douloureux problème de ces mères porteuses, ces mères par substitution qui enfantent afin de rendre service à un couple dont le seul désir est de pouvoir se dire qu'ils seront un jour des parents comme les autres. Seulement il existe toujours des problèmes qui se dressent, et ce n'est pas forcément une question de morale.

 

Quatre beaux textes écrits par des auteurs pour qui l'humanisme n'est pas un vain mot, et que les troubles d'une société en déliquescence ne laissent pas indifférents.

Ces quatre livrets peuvent être également achetés séparément au pris de 4,00€ chacun, mais il serait dommage de faire l'impasse sur le coffret.


Femmes en colère : quatre nouvelles signées Didier DAENINCKX, Marc VILLARD, Marcus MALTE et Dominique SYLVAIN. Editions IN8, collection Polaroïd. Parution le 3 octobre 2013. 18,00€.

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 08:36

Dans Paris à vélo...

 

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Des rumeurs courent dans Paris en cette nuit du 6 juin 1944. Les Américains et les Anglais auraient débarqué en Normandie alors qu'Hitler et ses acolytes étaient persuadés que le Pas de Calais serait le théâtre des manœuvres. D'ailleurs ils en sont toujours persuadés, les côtes normandes n'étant à leurs yeux qu'une diversion.

A Montmartre, dans le cabaret le Cramoisi, Anne Vincent la chanteuse et Jean Leblanc, le prestidigitateur illusionniste devisent, le tour de chant terminé. Mado, la gérante des lieux surveillent son petit monde, principalement les entraîneuses Lilly Nevers et Louise Cravelon qui partagent le champagne avec deux officiers Allemands. Max officie au bar, tandis qu'Yves Scotto, ancien boxeur mi-lourd filtre les entrées. L'établissement appartient à Franck Torso, un truand dont Mado est la maîtresse.

Jean Leblanc n'est pas qu'illusionniste, travaillant parfois pour la télévision, c'est également un habile pickpocket et la conversation entre deux Allemands assis près de lui l'a fortement intéressée, car il comprend leur langue. Louise Cravelon part en compagnie de Wrang, un officier allemand. Ils doivent se rendre dans un hôtel proche et Jean Leblanc les suit espérant pouvoir subtiliser une enveloppe qui dépasse de la poche du compagnon de l'entraîneuse. C'est alors qu'un jeune homme blond tranche la gorge de l'officier et s'enfuit à vélo. Jean est précédé par un inconnu en canadienne qui s'empare du portefeuille du cadavre ainsi que de l'enveloppe. Jean est frustré et fournit des indications contraires aux soldats qui se précipitent sur les lieux du drame. Louise était sa complice et cela ne s'est pas déroulé comme convenu. Toutefois il a eu le temps de voir le visage du voleur.

L'enveloppe que possédait Wrang est prisée par bon nombre de personnes. Jean devait la remettre au lieutenant-colonel von Weissregen, homme de confiance de Goering. En effet elle contenait des documents importants, dont la photo d'un tableau de Vélasquez que Wrang devait remettre à Himmler, ainsi qu'une liste d'officiers susceptibles de tremper dans un complot contre Hitler. Grâce à son ami d'enfance, le commissaire Pierre Cavet, Jean peut consulter les fiches des voleurs recensés, mais celui qu'il recherche n'y figure pas.

Serge Loviot, le cycliste, n'est pas un Résistant. C'est un indépendant qui ressent des pulsions meurtrières et il n'en est pas à son premier meurtre, toujours à l'encontre d'officiers allemands qui déambulent seuls ou presque. Il est coursier et transporte notamment les manuscrits de Léopold de Maureille, qui signe des romans policiers, à l'éditeur Bertrand Frémaux ou à sa dactylo Yvonne Huillet.

Paul Saltion, l'inconnu qui a profité de la bonne occasion, vit justement de l'argent des autres tout en émargeant dans la Résistance. Saltion sait qu'il est recherché par tous les malfrats sous les ordres de Torso, et il en a parlé à Lilly, alors il lui faut trouver autre chose. Il tente d'échanger les Marks et les bijoux que contenait le portefeuille et les propose à son voisin, qui l'a déjà soigné, le docteur Louis-Ferdinand Destouches, plus connu sous son nom d'écrivain Céline.

Louise Cravelon est soupçonnée par la Gestapo d'être de mèche avec le meurtrier-voleur, car pour tous et selon les déclarations de Jean Leblanc, il n'y avait qu'un seul homme, mais elle est relâchée.

Frank Torso est un impulsif mangeant au râtelier de la Gestapo. Lui aussi est embarrassé par ce vol de document car Ingrid Schwartzblutt, la responsable du Sicherheitsdienst, la police de la police gestapiste, lui enjoint de retrouver les documents compromettant les officiers félons.

 

Ce roman n'est pas sans rappeler les feuilletons d'autrefois où moult personnages évoluaient dans un périmètre restreint, ici Montmartre et plus particulièrement Pigalle, sans pour autant être en relations. En effet tous ses personnages, plus quelques autres qui jouent les seconds rôles dont Sacha Guitry, Albert Camus, le docteur Petiot qui s'est fondu dans la nature et réapparait parfois sous les traits du capitaine Henri Valéry, Céline se côtoient, se croisent, ayant parfois des affinités, étant souvent des inconnus les uns pour les autres mais qui apprendront à se connaître, voire à s'aimer, ou à disparaître de la circulation dans des conditions violentes. Certains sont pathétiques comme Lilly l'entraîneuse atteinte de tuberculose. Une fresque historique qui repose sur des événements, des épisodes réels de la Libération de Paris comme par exemple la prise par des policiers résistants de la préfecture de police.

Si certains œuvrent dans la Résistance, et découvriront au fil de l'intrigue qu'ils appartiennent à des mouvements divers sous des alias, d'autres sont carrément pro-Allemands ou mangent à tous les râteliers. Officiellement ils ont des accointances avec les Nazis, officieusement ils émargent aux Francs-Tireurs et Partisans, jouant un double-jeu dangereux. Mais au sein même de la Résistance des acrimonies se font jours entre les Communistes dirigés par Rol Tanguy et les partisans du Général de Gaulle.

Scindé en trois parties, ce roman s'articule autour de trois dates phares : Le 6 juin 1944, jour du débarquement, du 18 au 20 juillet 1944, alors que des échauffourées sérieuses mettent aux prises la Wehrmacht et la Gestapo, et les quelques jours précédents la libération de Paris avec l'entrée des chars de la 2ème DB du général Leclerc le 24 août 1944.

Si Noël Simsolo évoque des personnages réels dans son roman, Céline, Sacha Guitry, Jean Cocteau, Petiot et d'autres, des personnages fictifs se glissent dans son intrigue. Par exemple le commissaire Brulls, Christian Brulls étant l'un des nombreux pseudonymes de Georges Simenon pour des romans d'aventures, Jean Leblanc, que l'on pourrait assimiler à Maurice Leblanc le créateur d'Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur. Enfin, une petits place est accordée à un obscur peintre qui sans être présent joue un rôle incontestable : Canino. Or le nom de Canino a été employé comme nom de plume par Noël Simsolo lui-même pour deux romans parus dans les années 1990 au Fleuve Noir.


Noël SIMSOLO : Paris Chaos. Libération, 1944. Collection Cœur Noir. Editions de l'Archipel. 350 pages. 18,95€.

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 12:21

Bon anniversaire à Dominique Sylvain, née un 30 septembre !

 

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Blaise Reyer est un flic mal dans sa peau qui aime travailler en solitaire.

Devant enquêter sur Boniface, un trafiquant de drogue, il fracture la porte de son loft, pensant découvrir un indice. Chou blanc.

Toutefois, il reconnaît par hasard en l’un des voisins de Boniface un ancien condisciple d’école qui paralysé à cause d’un accident se meut en fauteuil roulant.

Emmanuel Sollier philosophe à ses temps perdus dans un café et joue de temps à autre de la guitare, bref une vie sans imprévu. L’imprévu se charge de frapper à sa porte sous les traits de Rose Danjou, professeur de français de Jonas, le fils de Boniface, un fils délaissé, qui a perdu sa mère suite, selon les rumeurs, à une overdose.

Rose s’inquiète et elle n’est pas la seule. Madame Daoda, la propriétaire n’est pas très satisfaite de la réparation de la serrure chez son locataire. Sollier n’ose pas avouer que Reyer en est le fautif, mais promet de tout faire pour contenter la brave dame, boutiquière spécialisée en meubles africains. Et voilà l’engrenage s’est mis en route, insidieusement, rompant l’existence monotone de Sollier.

Un parcours dans le XIème arrondissement que n’aurait pas désavoué Léo Malet.

La comparaison s’arrête là, car Dominique Sylvain possède son propre style et il eut été dommage qu’elle en emprunta un. Une histoire sordide qui ne se termine pas très moralement, c’est selon les goûts, mais qui permet au moins à Reyer de se sentir sinon apaisé, du moins un peu plus serein.

Quant aux différents protagonistes, dont certains sont franchement truculents, les bons sont bons, les méchants méchants, et pourtant il n’y a pas trace de manichéisme. Et pour le plaisir, une petite citation rassurante : Les gens qui font du sport ne se droguent pas trop, sauf les champions.


Dominique SYLVAIN : Les passeurs de l’étoile d’or. Collection Noir Urbain, éditions Autrement. Photographies de Stéphanie Léonard. Septembre 2004. 120 pages

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 13:17

Certains partaient acheter une boite d'allumettes et ne revenaient jamais !

 

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Lucas, treize ans, est parti un samedi midi afin d'acheter un magazine de foot et il a disparu. Ses parents sont inquiets, et des portraits ont été affichés à Longjumeau et dans les environs. Le capitaine Jean-Baptiste Le Goff du SRPJ de Versailles est en charge de l'enquête. Il rencontre les parents qui ne voient pas pourquoi Lucas aurait fugué. Les petits problèmes existaient bien, des résultats moyens à l'école, de petites bricoles sans importance. Au collège, les avis sont unanimes. Lucas ne s'impliquait pas assez, c'était un solitaire. Il avait bien un copain avec qui il faisait ses leçons, sans plus.

Pendant que les policiers battent la campagne, Lucas est enfermé dans un grenier. Sa fugue l'avait fatigué et un homme l'avait réveillé la nuit alors qu'il s'était endormi près d'une haie. L'homme avait voulu le rassurer mais il s'était évanoui. Il sort de sa torpeur pour se rendre compte qu'il est chez un ogre et sa femme. Enfin ce serait plutôt sa femme qui serait la sorcière. Avec ses cheveux rouges, toujours en train de grogner, de rouspéter, de gueuler après son bonhomme, après le gamin, mal attifée, une véritable mégère.

Le capitaine Le Goff est mal dans sa peau. Sa femme l'a quitté emmenant dans ses bagages leur fille. Heureusement le travail est là pour lui occuper l'esprit. Le cadavre d'un gamin d'une dizaine d'années est découvert près d'un centre commercial à Villebon sur Yvette, non loin de Longjumeau. Apparemment il s'agirait d'un Rom étranglé. Il ne peut donc s'agir de Lucas, mais la piste d'un tueur en série n'est pas écartée. Un témoin se présente spontanément auprès des services de Le Goff mais quelque chose dans sa déclaration retient l'attention du capitaine. Ayant un problème avec son véhicule Michel Besson s'était arrêté sur le parking du centre commercial et avait aperçu un individu qui avait déchargé un sac extirpé d'une voiture blanche. Il n'avait pas pu distinguer le numéro d'immatriculation. Quant à l'heure, c'était aux environs d'une heure du matin. Or selon le médecin légiste, la mort serait survenue vers les trois ou quatre heures du matin. Le Goff est sceptique, intrigué par cette déposition. Ça lui apprendra à vouloir être un citoyen honnête à Besson.

Lucas parvient à s'échapper de chez ses bourreaux et lorsque Le Goff, guidé par le gamin parvient à l'antre, les vautours se sont envolés. Mais Le Goff fouille la maison découvrant un carnet d'adresses qui semble ne recéler que des adresses de correspondants ayant eu des ennuis avec la justice. Seul un certain Claude échappe aux recherches. Les deux vautours aux ailes rognées seront rattrapés mais il est indéniable que ce ne sont pas eux qui sont à l'origine de la mort du Rom.

Pour autant Le Goff ne lâche pas la piste Besson. Un nouveau meurtre est perpétré sur la personne d'un ado âgé de dix-huit ans. Cette fois son identité est connue et Le Goff et ses hommes remontent son parcours chaotique. Besson est homosexuel et ses fréquentations ne sont pas forcément reluisantes. C'est ainsi que, via ces deux sentiers semés d'embûches, Le Goff est sur la trace d'un triste sire surnommé l'Invisible. Il aurait pu tout aussi bien être surnommé l'Anguille car partout où Le Goff pense le trouver, l'homme s'est déjà faufilé vers un autre endroit. Et Le Goff n'est pas au bout de ses peines, car outre ses affaires de cœur, les problèmes liés à son prochain divorce et la garde de sa fille, un inconnu s'est infiltré dans son appartement lui dérobant des papiers, et il reçoit par téléphone des menaces impliquant justement son enfant.

Entre Longjumeau et ses environs et Paris, Le Goff va mener son enquête dans différents cafés et brasseries ou se rend ou rendait régulièrement son homme Invisible. Principalement des établissements dédiés aux homosexuels. Le métier de policier n'est vraiment pas de tout repos, et la cirrhose du foie n'est pas considéré comme un accident du travail.

 

Après un début un peu hésitant, l'envol du roman prend son véritable envol dans la seconde partie. Comme si Marie-Laure Banville avait débuté timidement son récit, s'enhardissant au fur et à mesure du déroulement de l'intrigue.

En effet la fugue/rétention de Lucas semble placée dans cette intrigue comme pour donner de l'épaisseur au roman, mais pas forcément à l'histoire. Et pourtant, elle se révélera indispensable pour la compréhension de l'épilogue.

Marie-Laure Banville joue avec les faux-semblants, les vraies fausses pistes, celles qui emmènent Le Goff et ses hommes sur des chemins de traverse. Un effet de miroir dont le côté glace nous reflète les travers de l'homme, de soi-même, et le côté tain la véritable nature brute de l'être humain.

L'écriture manque parfois de consistance et d'un seul coup, comme le vent qui apporte la tempête, elle possède des fulgurances qui transcendent le récit. Mais ce n'est qu'un premier roman et Marie-Laure Banville possède déjà les prémices d'une grande. Sur la quatrième de couverture, il est précisé que l'auteure est amatrice du genre policier et de ses auteurs majeurs américains et français. Point ne lui est besoin de vouloir les imiter comme il semblerait qu'elle veuille le faire en certains passages. Les petits maîtres, comme il est convenu de le dire, savent aussi écrire et racontent souvent des histoires plus intéressantes que ceux qui sont considérés comme majeurs.

Il a commencé par ressembler à Alain Delon et puis il finit comme tout le monde : une belle demeure en ruine, à la façade mal ravalée par les injections.


Marie-Laure BANVILLE : Achève, et prends ma vie. Editions Pascal Galodé. 23 Septembre 2013. 292 pages. 20,00€.

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 09:03

En voyant les policiers, les SDF n'avaient qu'un seul mot d'ordre : Tous aux abris !

 

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Dans les quartiers pauvres de New-York, Manhattan, Le Bronx, Bowery, sévit un tueur qui systématiquement s'attaque aux sans-abris, aux déshérités. Il les décapite, ne laissant sur les lieux de son crime que le corps. Le tueur disparait avec la tête de ses victimes, macabre trophée.

La plupart de ceux qui trouvent refuge sous des cartons, sous des porches d'immeubles, sur des bancs publics, dans des abris-bus, sont réduits à l'état de loques humaines à cause de la drogue, de l'alcoolisme, du chômage, de la maladie, de l'adversité.

Parmi eux, Bone, un sans-abri un peu spécial. Miséreux mais propre, il déambule dans les rues depuis un an, un os fossilisé à la main. Amnésique, il a même perdu l'usage de la parole. Jusqu'au jour où, miraculeusement ou à la suite d'un choc, après quarante-huit heures passées accroupi dans la boue, sous la pluie de Central Park, il recouvre la possibilité de parler.

Recueilli par Ann Winchell et Barry Prindle qui travaillent pour la Human Resources Adminsitration, une association caritative, il est soupçonné par la police, en particulier par le lieutenant Perry Lightning, d'avoir assassiné vingt-huit clochards. Il portait au cou une médaille appartenant à la dernière victime et ses mains, les manches de sa veste étaient poisseuses de sang.

Ali Hakim, un psychiatre d'origine pakistanaise, tente bien de l'interroger, mais Bone ne se souvient de rien. Il se sent dans la peau d'un inconnu. Seuls quelques brèves flashs fugitifs lui traversent l'esprit, mais il ne parvient pas à les associer à quelque chose de concret. Qui est-il ? Il n'en sait rien. Coupable, il veut bien se rendre à la justice, mais tout d'abord il veut en avoir la preuve matérielle. Il faut démontrer sa participation aux meurtres ou découvrir qui est à l'origine de ces massacres. Surtout il veut savoir qui il est et comment il est parvenu à cet état de déchéance.

Une bande de jeunes voyous commandée par un albinos nommé Lobo le traquent. Bone replonge dans l'enfer de la rue. Hébergé dans un centre pour sans-abri, une espèce de refuge camp de concentration, il est en butte aux exactions des gardiens. Il erre dans les rues à la recherche de son passé, de son identité, du moindre indice qui lui permettra de subir un choc capable de le faire renouer avec ses antécédents. S'il trouve des amis disposé dans cette quête, il trouve également sur son chemin des personnages qui s'acharnent à le voir plonger un peu plus dans l'horreur. Comme s'il était particulièrement visé, comme s'il détenait un secret préjudiciable à une tierce personne.

Le thème du personnage amnésique qui doit se défendre bec et ongles contre des accusations de meurtres, qui doit prouver son innocence, ce thème a été souvent exploité dans le roman noir, dans le roman policier. Pourtant George C. Chesbro avec Bone renouvelle le genre, le transcende presque, y apportant la touche de sensibilité, l'humanisme nécessaire à faire comprendre le désarroi d'un homme atteint d'amnésie et perdu dans une ville hostile.

George C. Chesbro va plus loin en entraînant son lecteur dans le dédale des quartiers mal famés de New-York, mais également dans, ce qui est à ma connaissance une première, les souterrains de la métropole, les galeries, les catacombes. Une ville dans la ville, creusée parfois depuis des centaines d'années et inconnue du grand public. Un monde souterrain d'où devrait jaillir paradoxalement la lumière.

Mais Bone c'est également un cri de désespoir, un réquisitoire. Ainsi un personnage s'exprime en ces mots violents : Vous êtes libre ici, mais ça signifie également que vous êtes libre de dégringoler, d'avoir faim, d'être malade, de perdre votre toit. Bien sûr on ne vous laissera pas mourir. Mais dans ce pays, quand vous perdez, vous perdez pour de bon. On vous donne juste de quoi survivre, et en échange on vous vole votre amour-propre. Cette société ne vous laisse pas mourir, elle vous en donne envie. L'Amérique est un endroit terrible, vraiment terrible, si vous glissez du barreau de l'échelle, ou si vous n'avez jamais réussi à trouver l'échelle.

Réflexion désabusée qui malheureusement ne s'applique pas aux seul Etats-Unis.


George C. CHESBRO : Bone (traduction Jean Esch). Première édition Rivage/Thriller 1991. Réédition Collection Rivages/Noir N° 164. Editions Rivages. 464 pages. 9,65€. Réimpression Juillet 2013.

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 15:44

Baskerville, la collection qui a du chien !

 

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A trente quatre ans, Spencer Tait est un homme rangé, méthodique, méticuleux, dont les habitudes quotidiennes sont réglées comme une montre suisse. Et son fidèle valet, Dormer, à son service depuis quinze ans, a calqué son mode de vie sur celui de son maître.

L'intrusion soudaine un beau matin, alors que Spencer vient de s'attaquer à un petit déjeuner copieux, de Claude Larcher bouleverse ses habitudes à un point qu'il ne peut imaginer. Son vieil ami Claude, qui a pourtant cinq ans de moins que lui, et qui physiquement et moralement diffère en tous points. Autant Spencer ne recherche pas la compagnie des femmes, qu'il les évite, un brin de misogynie latent l'obligeant même à les fuir, autant Claude Larcher est attiré par elles. Ingénieur, spécialiste de la construction des ponts et autres ouvrages, il revient de Nouvelle-Zélande où il a exercé son art durant quatre ans. Des retrouvailles dignement fêtées, et Spencer propose à Claude de l'héberger. Mais auparavant Claude Larcher doit passer à son club afin de relever son courrier.

Deux lettres, et quelles lettres, l'attendent qu'il s'empresse de montrer à son ami. L'une émane de son tuteur, l'avocat Hilliston qui l'a recueilli à l'âge de cinq ans, lui signifiant de se méfier d'un possible message d'une certaine Margaret Bezel et de le rencontrer aussitôt que possible. La seconde missive provient justement de cette Margaret Bezel lui affirmant qu'elle a des communications importantes à lui fournir concernant ses parents.

Tandis que Spencer achète et lit le dernier roman à la mode, Le secret d'un crime signé John Parver, Claude se rend à l'invitation de son tuteur. Hilliston lui narre l'histoire ses parents. Claude savait qu'ils étaient morts, mais les révélations de l'avocat le bouleversent. En effet, selon Hilliston, le père de Claude est mort assassiné, vingt-cinq ans auparavant, à Horriston, dans le comté de Kent, durant un bal masqué. Sa mère fut accusée du meurtre mais faute de preuve fut relâchée et mourut peu de temps après. Afin que Claude puisse en connaître tous les tenants et aboutissants, Hilliston lui remet un paquet de journaux de l'époque. Le jeune homme les lit dans une chambre d'hôtel afin de ne pas être dérangé, rejoint son ami Spencer le lendemain et lui raconte ce qu'il vient d'apprendre. Or Spencer connait déjà l'histoire de ce drame car Le secret d'un crime relate fidèlement ce fait-divers qui touche au premier chef Claude et avance selon une hypothèse logique le nom du coupable.

Mais ce drame est plus complexe qu'il y paraît. En effet, étaient présents à ce bal masqué, outre le couple George et Julia Larcher, Hilliston, l'ami de George, Jeringham, ami d'enfance de Julia Larcher et qui lui rend visite régulièrement ce dont George est jaloux. Julia est habillée en Marie Stuart, portant à sa ceinture un poignard. George est vêtu en Lord Darnley, deuxième époux de Marie Stuart. Les Larcher ont parmi leurs domestiques Mona et son frère Denis. Or selon les premiers renseignements Mona était enceinte des œuvres de Jeringham. Larcher a poignardé avec l'arme, retrouvée non loin du corps retrouvé près de la rivière et atteint d'un début de décomposition, arme que portait Julia lors du bal. Tels sont les premiers éléments dont dispose Spencer et émoustillé il se prend pour un détective, afin d'aider son ami Claude à résoudre cette énigme de plus de vingt cinq ans. D'autant qu'à part Hilliston, tous les protagonistes se sont fondus dans la nature.

Parmi les priorités, il lui faut découvrir qui se cache derrière le romancier John Parver. Spencer et Claude se rendent dans un salon à la mode, et auquel ledit Parver, tout auréolé de son succès littéraire, a été invité et qui s'appelle en réalité Linton et habite Thorston. Celui-ci avoue qu'il a appris cette histoire par son amie Jenny Paynton laquelle l'a découverte dans de vieux journaux cachés dans le grenier de son père. Claude rencontre à Hampstead Madame Bezel, une vieille dame paralysée. Première révélation de taille : celle-ci lui affirme qu'elle est sa mère !

Par un heureux hasard, Spencer possède un manoir à Thorston, et les deux amis se rendent sur place afin d'obtenir des éclaircissements de la part de Jenny, une jolie jeune fille de vingt-quatre ans.

Cette plongée dans la résolution d'un meurtre datant de vingt cinq ans s'avère être un véritable labyrinthe. D'abord un tunnel avec une lueur tout au fond. Mais en arrivant à ce qui ressemblait à la sortie, cette lumière n'est qu'un lumignon éclairant quatre ou cinq autres embranchements et il faut toute la perspicacité, l'énergie, la volonté de Spencer à aider son ami pour se retrouver dans ce dédale, A démêler le vrai du faux que les différents protagonistes vont colporter en affirmant qu'eux seuls détiennent la vérité. Car tous ces personnages, une fois les masques tombés, portent sur eux un autre déguisement qui induit en erreur nos détectives en herbe. D'ailleurs Claude est souvent découragé, désireux de laisser tomber et de simplement batifoler auprès de Jenny.

Ce roman de détection, sans policier, mais comportant une succession d'énigmes et de mystères, et de retournements de situation à profusion, est représentatif du début de XXème siècle sans pour autant se montrer mièvre ou ancré dans une époque révolue. Et l'on se prend à rêver au retour de romanciers maîtrisant leur intrigue avec autant de maestria. Si au premier abord on peut légitimement penser que les coïncidences sont un peu trop nombreuses pour être fiables, en avançant dans l'histoire on s'aperçoit que tout à été parfaitement pensé, réfléchi, raisonné par l'auteur, qui en outre possède une écriture fluide et limpide, dénuée de vulgarité. Mais cela est peut-être dû aussi aux traducteurs.


Et retrouvez le catalogue des Editions Rivière Blanche  ici


Fergus HUME : Le secret d'un crime. Traduction de Jean de la Vingtrie revue et complétée par Jean Daniel Brèque. Collection Baskerville N°14. Editions Rivière Blanche. Juillet 2013. 296 pages. 20,00€.

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 09:55

Une visite singulière de Paris !

 

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Eric Bernadi, étudiant en sémiotique et bûchant sur une thèse consacrée à Delacroix, travaille afin d’assurer sa pitance, soit comme guide sur les bateaux-mouches, soit comme vigile de nuit au musée d’Orsay pour le compte d’une société privée. Il fait équipe avec Polo, un ancien judoka, et est amoureux d’Odile, laquelle l’aime aussi, tout en accordant ses faveurs à des amants de passage.

Alors qu’un gardien attitré effectue sa tournée normalement, celui-ci s’aperçoit que la statue d’Ugolin, œuvre de Carpeaux, comporte non pas cinq personnages comme prévu initialement, mais six. Lorsqu’Eric et son ami prennent leur fonction, la police est déjà sur place, sous la houlette de l’inspecteur Couput. Et notre ami (on peut le qualifier ainsi) découvre avec horreur que parmi les personnages de la fameuse représentation d’Ugolin figure un être humain fondu dans la composition.

Ce n’est que le début d’une succession de crimes perpétrés par une entité appelée, faute de mieux, le Soudeur et qui se révèle être le fameux fantôme rouge des Tuileries, un ectoplasme monstrueux. Des confidences recueillies par Eric auprès d’Aurélie, une jeune bretonne descendante du commandant Servat, lequel fut l’un des protagonistes de la Commune et plus particulièrement dans ce quartier situé entre les Tuileries et le Musée d’Orsay.

Un lien étrange apparie ce bronze de Carpeaux à une autre composition, signée celle-ci de Rodin, La Porte de l’Enfer, et à un tableau célèbre de Courbet, L’origine du Monde. Eric plonge tête baissée dans ce mystère, attiré par les charmes d’Aurélie.

Le Fantôme d’Orsay, texte, paru initialement chez Lefrancq en 1999, et entièrement remanié par l’auteur, nous plonge dans un univers mi-policier, mi-fantastique, prenant pour cadre des décors connus, et pourtant historiquement méconnus de la plupart des Parisiens.

D’emblée François Darnaudet donne le ton et entraîne le lecteur dans une histoire palpitante, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle. Pas de tergiversations, de philosophie de comptoir, de mise en condition progressive. Mais en même temps il s’agit d’un ouvrage qui dénote de la part de son auteur une solide connaissance, ou du moins une documentation impressionnante de l’art plastique en vogue à la fin du XIXème siècle mais également d’événements le plus souvent traités à la légère, sur une page et encore, dans les manuels d’histoire.

 

Dans Les Dieux de Cluny, nous retrouvons Eric Bernadi et le commissaire Couput, précédemment chargé en tant qu’inspecteur, de l’enquête sur le Fantôme d’Orsay ainsi qu’Odile. Couput est appelé d’urgence sur le théâtre d’un meurtre, le cadavre d’un homme coupé en deux, de haut en bas, en travers, comme la représentation du valet de trèfle d’une carte à jouer, ayant été découvert au cœur du quartier latin, dans les ruines des thermes de Cluny.

Pendant ce temps, Bernadi qui se remet peu à peu de son aventure précédente, est à Bruxelles, où il a décidé de reprendre la piste Rodin à zéro. Il veut comprendre le parcours de l’artiste, peintre et sculpteur, passé à la postérité après avoir été l’élève de Carrier-Beleuse.

Des débuts misérables, un passage comme nègre et principal exécutant des œuvres signés du maître alors en vogue, puis l’éclosion du génie avec des statues et compositions vouées à la postérité. Bernadi est fasciné par la relation charnelle, tumultueuse, entre Rodin et Camille Claudel.

Un inconnu, qui lui fait part de son désir de le rencontrer depuis de longues semaines lui propose de l’éclairer sur Rodin et La porte de l’enfer. Et c’est ainsi qu’il lui révèle l’existence de fissures et qu’il traque en compagnie de Gardiens triés sur le volet, des entités pouvant déchaîner la résurgence de Dieux Gaulois enfermés depuis des siècles par les Romains. Quatre Dieux disséminés à Bruxelles, Paris, Rome et Florence. Or il se pourrait que justement l’un de ces Dieux maléfiques se soit libéré à Paris, alors qu’il était muré dans les Thermes de Cluny. Bernadi, Couput et Odile aidés des Gardiens des fissures vont tenter d’annihiler le réveil de ces créatures.

François Darnaudet réinvente des légendes lutéciennes sous forme d’apocalypse, mettant en scène des personnages ayant existé, Courbet, Rodin et d’autres, offrant une autre vision, une autre conception de leurs œuvres. En même temps il s’amuse à rendre hommage à des personnages actuels du monde des arts et lettres, peu connus ou pas assez du grand public. Ainsi Gilbert Gallerne alias Gilles Bergal, Daurel ou Davrel, selon les romans, qui participa avec lui à l’écriture de nouvelles, ou Bernadi, peintre occitan, romancier à la NRF du temps de Camus, dessinateur de bandes verticales, auteur de la fresque de Collioure et illustrateur de la couverture d’un des romans de Darnaudet : L’appel de Collioure. Mis à part ces petits private-joke (comme on dit en français) les deux romans en un volume de François Darnaudet possèdent un souffle, un imaginaire impressionnant, une recherche et une documentation très riches afin d’étayer des histoires qui laissent le lecteur pantois. Avec en prime un intéressant et mouvementé voyage dans les égouts de Paris. Un volume qui n’est pas réservé uniquement aux amoureux de fantastique, de légendes lointaines, d’art plastique. Un réel bonheur 

de lecture, que l’on aimerait pouvoir prolonger par d’autres aventures, qui espérons-le, sont en gestation.

Cet ouvrage double existe également en Format Kindle, les deux titres étant vendus séparément 3,04€.

 

François DARNAUDET : Les Dieux de Cluny, précédé de Le Fantôme d’Orsay. Editions Nestiveqnem. Novembre 2003. 332pages. 18,70€.

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 08:17

Un métier d'avenir ?

 

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Lorsqu'il revient sur Terre, après plusieurs mois d'incarcération sur Mars, Franck Paramont ne se leurre pas et pourtant l'improbable se produit. Son ancien employeur a besoin de lui, et cela pourrait se traduire par une libération. Pour l'instant il ne s'agit juste qu'une sortie provisoire, mais c'est déjà mieux que rien.

Franck Paramont est extracteur de mémoire et Warwick a intercédé auprès des autorités afin de le libérer provisoirement, et peut-être définitivement si sa période de probation est concluante. Norman Gore, le patron de Nikton a recours aux services de Warwick car il s'agit de récupérer les données enregistrées dans le cerveau de Xavier Styx, décédé depuis peu. Si Paramont est un spécialiste du mortis memoria, il sait toutefois que le meilleur agent est Artie Schneidermann, celui qui lui a appris le métier. Mais Artie est interné pour des troubles psychologiques et c'est peut-être la porte de sortie pour Paramont, s'il accepte la mission bien entendu. Malgré tout Paramont demande un délai de réflexion, sachant pertinemment que le lendemain il acquiescera à la demande de son patron et de Norman Gore.

Nikton stocke des quantités conséquentes de données informatiques, et a pour clients de grosses entreprises dont tout récemment un consortium qui regroupera sous peu la plupart des laboratoires de recherches médicales et pharmaceutiques. Or une attaque informatique a été perpétrée sur les serveurs de Nikton, ce qui peut mettre en péril l'entreprise et Gore pense que Styx serait un traitre.

Les premiers tests passés par Paramont, après quelques mises à jour de son implant, sont assez concluant pour qu'il se mette à pied, ou plutôt à cerveau d'œuvre. Mais avant il veut rendre visite à sa femme qui gît dans un institut. Elle a été assassinée, alors qu'elle attendait à la pharmacie, par un dénommé Ion Ripley, ce qui entraîné la déportation sur Mars de Paramont, car sans avoir demandé une autorisation, il avait sondé les neurones du meurtrier. Son compte en banque renfloué par une dizaine de milliers de crédits-monde, la nouvelle monnaie, il peut payer ses dettes auprès du directeur de l'institut de cryogénisation où repose Eva.

Le travail peut enfin commencer, et assisté d'une nouvelle coéquipière, Donna, il commence à recueillir les pensées de Styx avant la décès de celui-ci et conservées provisoirement grâce à un produit magique. Il leur faut se dépêcher avant que tout se délite. Mais Paramont ressent des séquelles de son intervention, migraines, saignements de nez, et surtout l'intrusion de l'image de sa femme. Les images captées ont été enregistrées et en compagnie de Donna il vérifie cette impression. Ce n'est pas vraiment sa femme et la robe rouge qu'elle porte n'est pas tout à fait la même mais... Une nouvelle séance les déconcerte. Sept minutes de la mémoire de Styx ont été effacées, ce qui laisserait supposer que le mort ne serait pas à l'origine des fuites de données de chez Nikton.

 

Les amateurs de science-fiction, d'anticipation, d'enquêtes dans les milieux financiers et stratégiques vont se régaler. Les nouvelles conditions de vie, les technologies de pointe qui commencent à être élaborées de nos jours avec les empreintes digitales servant à ouvrir des portes et autres systèmes liés à l'informatique, l'air vicié, les constructions disposées comme une forêt qui s'élancent à l'assaut du ciel et autres innovations servent de décor futuriste à ce qui est en même temps un thriller angoissant (ce qui entre nous est un pléonasme). Et ce que nous connaissons aujourd'hui en matière de toute puissance des grands groupes industriels n'est rien comparé à ce qui nous attend. Déjà les laboratoires pharmaceutiques et phytosanitaires disposent de l'homme comme de marionnettes et de cobayes.

Mais je suis plus branché Historia que Science et vie et je n'ai pas vraiment pris de plaisir à lire cette histoire, ce qui ne veut pas dire qu'elle soit mauvaise. C'est simplement une question de goût, et j'espère bien que je serai le seul à partager mon avis, car ce roman vaut le détour pour tous ceux qui possèdent un esprit scientifique ou apprécient ce genre d'histoire. Je n'ai pas accroché même si parfois je me délecte de certains romans d'anticipation. Mais celui-ci, pour moi, est trop technique et j'en perds la saveur de l'histoire. Je préfère l'avouer même si l'auteur attend des éloges et des compliments. C'est bien écrit mais un peu trop ardu pour moi. Rendez-moi Alexandre Dumas, ses émules et ses continuateurs, je me sentirai plus à l'aise.


Sylvain BLANCHOT : Mémoire classifiée. Editions du Masque. Mise en vente le 18 septembre 2013. 452 pages. 17,00€.

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 07:47

Hommage à Maurice Limat né le 23 septembre 1914

 

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Maurice Limat est un vieux routier de la littérature populaire. Il a œuvré aussi bien dans le roman policier, notamment sous les pseudonymes de Maurice Lionel ou Maurice d'Escrignelle pour des petits fascicules dans les différentes collections des Editions Ferenczi, mais également pour des romans d'aventures, des romans fantastiques ou de science-fiction. Etant donc un vieux routier il possède à fond les ficelles du métier et ses romans s'en ressentent.

Une imagination fertile déclenchée par un tout petit rien, une image, un article, et tout de suite on assiste à une histoire solidement charpentée, structurée, enchanteresse. Certes il a passé sa vie à écrire des histoires afin de divertir bon nombre de lecteurs, et comme bien d'autres, il n'a pas toujours été récompensé, n'a pas toujours été montré en exemple, mis peut-être même mis à l'index par certains intellectuels de la SF française qui l'ignorent dans leurs anthologies ou leurs études.

Ce qu'on lui reproche, c'est de savoir écrire des histoires passionnantes. Ce n'est pas l'hermétisme dans l'écriture qui amènera de nouveaux lecteurs. Les romans de Maurice Limat sont limpides, faciles à lire certes, mais au combien prenants, attachants, intéressants. Ce sont des romans que l'on dévore jusqu'à la dernière ligne et après on a les yeux pleins d'images. Fournisseur de rêves et de détente Maurice Limat sera peut-être reconnu un jour par ses pairs, l'étant déjà par ses lecteurs durant des décennies.

J'ai écrit que ses romans étaient limpides. Ce roman l'est doublement puisqu'il traite d'un thème cher au roman d'aventures : les cités antique et mythiques perdues, les continents sous-marins engloutis suite à un cataclysme et dont l'Atlantide est l'exemple le plus souvent utilisé. Dans ce roman, c'est une autre civilisation que nous fait découvrir Limat, une civilisation vivant au milieu du Pacifique et ayant un rapport avec l'île de Pâques.

Francis, jeune ingénieur, et son ami Rerehi, un Polynésien, sont envoyés en éclaireurs parmi les quelques mille et un atolls qui parsèment l'Océan Pacifique à la recherche d'un galion espagnol ayant appartenu à l'expédition de Magellan. Ils préparent le terrain pour la venue d'un navire océanographique et d'une espèce de char sous-marin. En plein milieu du Pacifique, alors qu'ils pêchent, ils aperçoivent une femme blonde à la chevelure abondante, à l'épiderme étonnamment blanc, fendant les flots avec une facilité déconcertante et à une vitesse incroyable. Rerehi ne peut échapper à l'appel de la sirène et Francis plonge à sa suite afin de porter secours à son ami. Commence alors une fantastique aventure sous-marine.

 

limat.jpgMaurice Limat est décédé le 21 janvier 2002 à Sèvres après avoir écrit e, cinquante trois ans (de 1935 à 1988) 472 romans. Atoxa-des-abysses est son dernier roman publié.

Dans cette chronique écrite lors de la sortie du roman, et j'insistais sur la non reconnaissance de Maurice Limat comme véritable auteur populaire. Pourtant quelques études étaient parues dans de petites revues confidentielles comme Le Fulmar en 1983. Depuis, Maurice Limat a eu l'honneur d'articles publiés dans le Dilipo coordonné par Claude Mesplède, ou le Dictionnaire du roman populaire francophone sous la direction de Daniel COmpère.

La revue L'Œil du Sphinx a édité un remarquable ouvrage, Maurice Limat, L'entreprise du rêve (264 pages; 16,00€; mars 2002), comprenant entre autres une bibliographie complète, chronologique, par éditeurs et collection et par titre.

Les éditions Rivière Blanche ont réédité sous format E-Books 26 titres de Maurice Limat et c'est à consulter ici

 

Maurice LIMAT :Atoxa-des-Abysses. Fleuve Noir Anticipation N° 1599. Editions Fleuve Noir. 192 pages. Décembre 1987.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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