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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 13:10

 

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Anticipation, science-fiction, politique-fiction, Zones 5 est un peu tout cela associé à un concept financier déjà existant dont on ne sait quelles proportions et influences il pourra prendre sur la gestion des états mais dont, déjà, on peut évaluer les conséquences néfastes et délétères.

La ville de Montréal, comme beaucoup d’autres métropoles du Québec, est divisée en zones distinctes et sélectives. La zone 1 est résidentielle, réservée aux riches. La zone 2 est semi résidentielle et commerciale, réservée aux travailleurs salariés et aux commerces de détail ou de proximité. La zone 3, industrielle, constitue l’enclos des travailleurs temporaires, précaires, des immigrants fraîchement arrivés sur le territoire ainsi que d’illégaux ayant réussi à franchir la frontière de la zone 4. La zone 4, qui « abrite » les sans-abris, les trafiquants de fausses cartes, des prostituées bas de gamme, et tous ceux qui issus de l’extérieur souhaitent intégrer la métropole. Mais en ce milieu du XXIème siècle, une zone 5 s’est créée loin de la ville, dans des régions éloignées où habitent des hommes et des femmes qui refusent l’industrialisation à outrance, désirant vivre comme avant. Des rebelles de la société réfugiés à Blanc Sablon, Rimouski et autres lieux situés sur l’estuaire du Saint-Laurent.

Jappy, Elise sa compagne, Ender, Diégo et bien d’autres demeurent dans cette partie isolée de la province, en compagnie de pêcheurs et d’autochtones ayant refusé de s’exiler loin de leurs racines dans une urbanisation anonyme engendrée par ce qui a été nommé la Grande Expropriation. Ce ne sont que des squatteurs mais actifs.

Ender, Elise et Diégo qui se sont mis sérieusement à l’informatique, s’amusent à pirater les informations et à en détourner le sens. Les amours de Jappy et d’Elise sont concrétisées par la naissance d’un garçon, Kassad, qui est affligé à la naissance de deux infirmités. Il est aveugle et hermaphrodite, ce qui ne l’handicape pas trop. Jappy, qui a perdu un œil, s’en « voit » greffer un, genre caméra, ce qui lui permet de visionner et d’enregistrer ce qu’il aperçoit dans certains moments délicats. Mais ils doivent penser à leur subsistance, ainsi qu’à s’approvisionner en matières premières, genre fuel, capables d’alimenter la centrale qui leur procure de l’électricité. Lorsque le Sancto Berlusconi, un navire italien qui navigue au ralenti dans les eaux longeant les côtes du Labrador, Jappy et ses amis décident de l’arraisonner, ce qui leur fournit du fuel et autres produits de première nécessité. Cette opération réussie de main de maître, et sans dégâts, ils continuent sur leur lancée leurs actes de piraterie jusqu’au jour où Jappy et ses comparses se font piéger. Car évidemment le gouvernement et surtout La Lyonnaise des Eaux, qui a la main mise sur l’eau et autres matières premières, et dont l’importance financière dépasse de loin l’économie de bien des pays, n’apprécient pas cette guerre économique menée par des groupuscules qui s’érigent en nouveaux Robin des bois.

 

Roman de fiction Zones 5 laisse songeur le lecteur qui se pose moult questions, à raison, et jette un coup de projecteur sur ce qui se passe actuellement. Cette prépondérance de certaines sociétés multinationales, ou non, qui peuvent décider en catimini, car tout n’est pas toujours avoué au grand public, et mettre en danger la vie de nombreuses personnes. Que penser de cette prééminence que possèdent des sociétés, allez n’ayons pas peur de citer des noms, AREVA, MONSANTO et quelques autres ? Michel Vézina met le doigt comme un surligneur sur des dérives, mais combien de nous se sentent concernés. Mais après tout, ce n’est qu’un roman.


Michel VEZINA : Zones 5. Editions Coups de Tête n° 35. Série Elise. 228 pages. 13€.

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 13:41

Nostalgie, quand tu nous tiens !

 

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Le nouveau numéro de la revue 813, éditée par l’association Les Amis des Littératures Policières vient de paraître, il est beau, mais… les couleurs ne pallient pas les manques que je ressens depuis quelques mois, pour ne pas dire quelques années.

En effet, si un réel effort de présentation, de mise en page, a été effectué, mais il est vrai que la fabrication n’est plus artisanale, j’enregistre un manque flagrant de rubriques qui faisaient la joie de nombreux abonnés. Le Courrier des lecteurs n’existe plus, pourtant ces correspondants bénévoles éparpillés dans toute la France et même ailleurs, apportaient souvent des informations intéressantes.

Je sais que je fais partie de cette catégorie des vieux qu’ont de l’âge. Peut-être suis-je devenu atrabilaire, grincheux, grognon. Que voulez-vous je regrette l’ancienne formule de 813, quand Les Polaroïds étaient vraiment la rubrique de référence des sorties littéraires, lorsque toutes les maisons d’éditions étaient représentées, même les plus petites. Dans ce numéro cinq pages dédiées aux nouvelles parutions, mais cela ressemble à du copinage. Des textes longs comme des jours sans pain, pour seulement onze présentations. Que sont devenues les prières d’insérer, qui n’étaient pas forcément un succédané des quatrièmes de couverture ? Que sont devenues Les Presses de la Cité, Le Fleuve Noir, Le Masque, Jean-Claude Lattès, Calmann-Lévy, Liana Levi, Actes sud, L’Archipel, Sonatine, Albin-Michel, Métailié, Viviane Hamy, Pascal Galodé, Jigal, Grasset, Fayard, Le Cherche-Midi, 10/18, Belfond… ? Perdus corps et biens… Autrefois, cette rubrique était aussi consacrée aux parutions des petits fanzines, et cela les aidait à se faire connaitre. La Vache qui lit, La Tête en Noir, L’indic, Les carnets de la Noir’rôde et d’autres n’ont plus aucun écho, plus aucune visibilité…

Ne restons pas sur une note négative et pessimiste. Car il y a du bon dans ce numéro. Par exemple, un hommage à Joseph Bialot, disparu le 25 novembre 2012, peu après la mise en vente de son dernier roman Le puits de Moïse est achevé, chez Rivages/Noirs N°888. Un hommage mérité pour ce grand monsieur de la Littérature, qui a débuté à cinquante-cinq ans, envoyant par la Poste son manuscrit, Le Salon du prêt-à-saigner, publié par la Série Noire et obtenant dans la foulée Le Grand Prix de Littérature Policière. Suivront dans la même collection : Babel-ville, Rue du chat crevé, Le manteau de Saint Martin, Un violon pour Mozart, Le Royal-bougnat, Les bagages d’Icare… Chez Denoël ce sera Sigmund Fred ne répond plus, au Fleuve Noir La main courante, chez Belfond Elisabeth ou le vent du sud, au Seuil Nursery rhyme, Ô mort, vieux capitaine… et combien d’autres dont le poignant Votre fumée montera vers le ciel aux éditions de l’Archipel. Et bon nombre de ces ouvrages pourraient, devraient être réédités avant de tomber dans le fallacieux domaine public de Relire.

Autre hommage, et non des moindres, celui rendu à Jim Thompson. Ce serait faire du mauvais esprit que de penser que cet hommage coïncide avec les rééditions de quelques romans chez Rivages dans une nouvelle traduction. Il avait eu l’honneur d’avoir été l’objet d’un dossier dans le numéro 2 de la revue Polar, en mai 1979. C’est loin tout ça, et que les projecteurs soient à nouveau braqués sur lui devraient lui attirer de nouveaux lecteurs, lui qui est décédé à l’âge de soixante-dix ans le 7 avril 1977. Je ne polémiquerai pas sur l’utilité d’une retraduction, elle semblait nécessaire car, c’était la coutume à l’époque de la Série Noire, bon nombre de textes ont été amputés, mutilés. Ils possédaient toutefois cette force d’évocation qui en a fait pour certains des chefs-d’œuvre. Peut-être le plus connu étant 1275 âmes qui a été adapté pour le cinéma par Bertrand Tavernier sous le titre Coup de torchon et transposé en Afrique, on se demande pourquoi. Vais-je les relire dans cette nouvelle traduction, je ne pense pas. J’ai de mauvais souvenirs d’autres romans qui amputés m’avaient enchanté, et republiés dans une version intégrale m’ont paru ennuyeux. Peut-être parce que je connaissais déjà l’intrigue. Je suis un lecteur de base, qui aime prendre du plaisir à la lecture, et non un intellectuel puritain…

L’intrusion de la couleur dans la revue est bénéfique ne serait-ce que pour montrer les sublimes photos réalisées par Nadine Monfils, auteur de romans, de recueils de poèmes, de contes, de livres érotiques, également cinéaste avec l’adaptation de Madame Edouard, avec Michel Blanc dans le rôle du commissaire Léon, lequel possède une passion singulière, le tricot.

Des photos qui oscillent entre baroque et surréalisme, dans lesquelles on retrouve le petit grain de folie qui imprègne ses romans, mais aussi une poésie décalée et un petit commentaire qui nous fait regarder plusieurs fois ces clichés afin de mieux les apprécier.

D’autres articles complètent ce numéro, dont un entretien avec Craig Johnson.

Et comme cela arrive souvent, la quatrième de couverture n’est plus d’actualité. Il s’agit de l’affiche annonçant le 12e salon du livre d'expression populaire et de critique sociale d’Arras qui se déroule le 1er mai organisé par l’association Colères de présent. Seulement je n’ai reçu la revue qu’aujourd’hui, 3 mai. Vraiment la colère du présent !

 

Pour tout savoir sur 813 et adhérer à l'association, rendez-vous sur le site !

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 08:20

Les douceurs provinciales !

 

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Une petite ville de province dans l’Est de la France, non loin du Jura. Mathieu Launay est fait-diversier dans un journal local et il aime se confronter à des histoires qui sortent de l’ordinaire. Tant que faire se peut, car trop souvent ce sont quasiment les mêmes reportages auxquels il est confronté, des banalités. Et puis cela lui permet de ne pas trop penser à ses amours contrariées avec Isabelle. Il rencontre avec plaisir son amie Milie qui a toujours des histoires invraisemblables à narrer et doit gérer ses problèmes relationnels avec son ami Fred.

Pour fouiner et rédiger ses articles, Mathieu possède deux sources de renseignements. Les correspondants locaux, principalement Senis qui sait tout ce qui se passe dans sa localité de Saint-Val, et le procureur Piretti. Aussi lorsque Senis lui annonce qu’il sent quelque chose de lourd, et que Piretti le convoque à la séance presse, Mathieu est tout émoustillé.

Une adolescente a été retrouvée le corps lardé de coups de couteau, scarifiée de partout, et en partie brûlée. Elle a réussi à s’échapper de la cave de la maison abandonnée à la lisière du village et s’échouer sur le paillasson d’habitants qui se sont empressés d’appeler les gendarmes. Jennifer, une gamine de quatorze ans, est dans un sale état, plongée entre vie et mort. Les coupables sont deux autres gamines du même âge. Elles ont été rapidement repérées grâce à une gérante de station-essence chez laquelle elles avaient remplie un jerrican.

Au départ il ne se serait agi que d’une vague histoire de petit copain, de jalousie, et cela aurait débuté par une paire de claque. Mais l’affaire semble plus complexe, plus malsaine qu’il y paraît, même si les gendarmes ne s’en tiennent qu’à cette version des faits. Mais l’on sait bien que l’évidence n’est pas forcément synonyme de vérité. Remonte alors à la surface le meurtre d’un SDF retrouvé dans des circonstances analogues un an auparavant, meurtre jamais élucidé.

Les deux gamines incriminées sont ballotées par leur famille. Lucie par exemple, l’instigatrice du coup monté arbore un look gothique, a déjà été enceinte deux fois. Et son père, séparé de sa mère et qui tient un club d’échangistes, a été soupçonné d’en être l’auteur. Mathieu enquête en compagnie de Bruno le photographe, auprès des membres des familles décomposées, mais il met les pieds dans un nid de vipères. Et quelques cadavres vont parsemer son chemin, dont celui de Bruno à cause du réflexe photographique de celui-ci alors qu’un individu cagoulé venait d’agresser le videur du club d’échangistes.

De drôles de lascars s’immiscent pour le Bien et pour le Mal dans cette intrigue tirée par la queue du Diable. Des adeptes de cette nouvelle tendance gothique, un curé exorciste, un spirite, et surtout des familles en plein marasme. Comme le déclare le commissaire Berche : Il y a là l’expression de toutes les dérives de notre peuplade, les perversions, les peurs, les superstitions, les délaissements. Ces abandons minuscules qui font qu’un beau jour plus personne ne maîtrise plus rien dans sa vie.

L’histoire oscille entre la résurgence des peurs ancestrales du Diable et les méfaits d’un Diable moderne nommé Fesse-bouc. Sans oublier la télévision qui empêche toute conversation et détruit la cellule familiale comme le déclare l’un des parents d’élèves. Car chacun sait qu’avant que la télévision trône en reine incontestée, le père écoutait la radio, lisait son journal et exigeait le silence. Seul le père pouvait commenter l’actualité et aucune contestation n’était tolérée. Et bien avant encore, les enfants n’avaient pas le droit de parler à table, ils ne devaient pas faire de bruit en maniant fourchette et couteau. Oui la télévision a changé bien des relations.

Dans ce sombre tableau d’une province qui absorbe le mal, les conflits familiaux et les dérives sectaires, tel un papier essuie-tout, quelques notes d’humour se glissent çà et là, afin de décompresser le lecteur qui replonge aussitôt dans la noirceur distillée par l’auteur.


Citation : Si les filles mettent des décolletés, c’est qu’elles complexent sur leurs fesses.


Didier FOHR : Les filles maléfiques. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. 192 pages ; 18€.

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 13:46

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Cela fait trois ans que l’armistice de la Grande Guerre a été signé, mais en ce mois de novembre 1921, les séquelles physiques et mentales assaillent toujours le commissaire Victor Kolvair de la police scientifique lyonnaise.

Outre son moignon de jambe qui se rappelle incessamment à son bon, ou mauvais, souvenir, la sortie d’Anthelme Frachant de prison le titille. Anthelme, qui n’avait que dix-sept ans à l’époque, avait participé à la mutinerie qui s’était déclarée dans le bourbier du Chemin des Dames, à la suite de l’incompétence, du mépris et de l’orgueil des autorités militaires. Certains révoltés avaient été passés par les armes, Anthelme n’eut que quelques années d’emprisonnement à purger. Or Victor Kolvair, qui a perdu une jambe lors des affrontements a côtoyé Anthelme, le soupçonnant d’avoir égorgé le soldat Bertail. Et il s’est promis d’être présent à la sortie de geôle du meurtrier présumé.

Seulement à cause de la douleur qui le tenaille de temps à autre Kolvair s’adonne à une pratique illégale qui endort sa douleur. Il est devenu cocaïnomane et à cause de cette addiction il manque d’une journée la sortie d’écrou de celui dont il veut suivre les faits et gestes afin de le confondre. Le directeur de la prison affirme qu’Anthelme était un prisonnier modèle, n’ayant jamais reçu de visites. Il indique même l’adresse de la pension qu’il a conseillée à l’ancien détenu, à Oullins. Comme il ne faut négliger aucune piste, Kolvair s’y rend, et après avoir eu confirmation des tenanciers, il loue une chambre afin de pouvoir surveiller les faits et gestes d’Anthelme. Il croise le jeune homme dans un couloir, mais celui-ci ne le reconnait pas. Il le suit dans ses quelques déambulations, mais ne relève rien d’irréprochable dans son attitude. Seul un pigeon décapité gisant sur le trottoir l’intrigue.

La douleur le tenaille et il a beau vérifier dans son pilon de bois, cachette habituelle des petits sachets de cocaïne dont il use assez fréquemment, la réserve est épuisée. Alors il se décide à se rendre à son bureau où il est persuadé en avoir caché, une fois de plus en vain. Il accuse un policier américain qui est en stage sur le sol lyonnais, Craig Copper, de l’avoir détroussé puis afin de pallier le manque de drogue il fouille dans le bureau voisin, celui du professeur Salacan et s’empare d’une fiole de laudanum. Ce qui lui fait du bien, mais il a perdu du temps. Lorsqu’il revient à la pension de famille, c’est pour découvrir un véritable massacre. Le propriétaire, sa femme, et l’un des pensionnaires ont été passés à la baïonnette. Kolvair voit ses prémonitions confirmées, et à cause d’un fichu sachet de cocaïne manquant, il n’a pu empêcher le drame.

Si l’histoire d’Anthelme sert de fil rouge, avec de nombreux retour sur la guerre de 14/18 et plus particulièrement sur les erreurs et la fatuité des gradés, sur les conditions de vie (et de mort) dans les tranchées, Odile Bouhier nous offre d’autres pistes de lecture en suivant les différents protagonistes, rencontrés dans ses deux précédents romans, Le Sang des bistanclaques et De mal à personne, dans leurs propres confrontations avec la vie quotidienne et ses aléas.

Ainsi le professeur Salacan, dont la jeune gamine Suzanne est atteinte de débilité, apprend que son fils Charles est diabétique. Il est profondément perturbé, peut-être plus que sa femme Justine, et essaie de découvrir un médicament afin de le guérir.

Jacques Durieux, qui fut le brillant élève du professeur Hugo Salacan, est devenu son assistant. Il pratique la course à pied dans le parc de La Tête d’Or, et rencontre souvent Blandine avec qui il a une liaison hebdomadaire. Visiblement la jeune femme est inquiète à cause de son frère Romain, qui fréquente les milieux anarchistes. C’est peut-être pour cela qu’elle fréquente Durieux.

Le procureur Pierre Rocher est en colère après ceux qui ont obligé (selon lui) sa fille à jouer dans des films d’amateurs pornographiques. Il veut à tout pris retrouver ces individus et a chargé de l’enquête l’inspecteur Legone, membre des Brigades du Tigre. Celui-ci lui déclare enquêter dans les milieux libertaires, alors que c’est lui-même qui officiait derrière la caméra. Il demande à travailler avec Kolvair.

Damien Baudou, le médecin légiste reconnu par ses pairs et auteur de quelques ouvrages, est dans la vie privée l’amant d’Armand Letoureur, bisexuel par commodité et journaliste qui se fait une joie de couvrir le procès de Landru. Damien Baudou, qui n’ignore pas qu’il serait discrédité si son homosexualité venait à être clamée sur les toits, s’est décidé à se marier avec Margot, qui n’est plus une oie blanche et sait ce qu’elle veut.

Bianca Serragio, la quarantaine épanouie, est psychiatre et directrice de l’asile de Bron. Aliéniste réputée elle assiste souvent Kolvair dont elle est l’amante. Elle doit analyser le comportement d’Anthelme et définir si celui-ci est conscient de ses actes ou schizophrène. Elle se heurte à un confrère dépêché par le procureur Rocher, lequel lorsqu’il tient un présumé coupable entre ses mains veut absolument l’envoyer à la guillotine. Il pourrait s’approprier sans vergogne cette phrase de Victor Hugo : Quand on est suspect, on est déjà aux yeux des flics déjà coupable.

Quant au policier américain, Craig Copper, il assiste Kolvair dans son enquête, l’informant de la chasse aux alcooliques, la fameuse prohibition, qui fit plus de dégâts que de bien et enrichi les trafiquants d’alcool.

Tous ces personnages, nous les retrouvons dans la première partie du roman, et ils évoluent au cours de l’intrigue. Nous assistons à leurs inquiétudes, leurs soucis, leurs désirs, leurs interrogations, leurs colères, leurs petites joies et grandes peines. Un roman qui est en même temps une chronique concernant plusieurs personnages gravitant dans le même système judiciaire et policier et que nous retrouverons dans un prochain roman, car déjà se profile une nouvelle intrigue dans l’épilogue. Et de loin, nous assistons au procès de Landru, procès qui fut l’événement marquant de cette fin d’année 1921.

 

 

 

Odile Bouhierbouhier2.jpg déclare : J’avais envie d’écrire un roman noir qui parle de l’errance : l’errance de la France en cette année 1921, l’errance de la France, l’errance de la justice, l’errance du commissaire Kolvair et de son suspect Anthelme Frachant.

J’avais envie de confronter me commissaire à sa solitude, ses manques et ses névroses de guerre.

J’avais envie d’écrire sur un poilu : un patriote devenu malgré lui un criminel.


Odile Bouhier ne nous mène pas en errance dans cette histoire, et elle a réussi à gagner son pari, si c’en était un, ou à tout le moins à transmettre son envie au lecteur.

 

  Vous pouvez retrouver le commissaire Victor Kolvair sur son blog.

 

 

Odile BOUHIER : La nuit, in extremis. Collection Terres de France. Presses de la Cité. 276 pages. 19,50€.

 

challenge régions

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 09:37

  

LE HAVRE

 

 

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Les amoureux du polar et du roman noir se retrouveront les 12,14, 15 et 16 juin 2013 pour faire le plein d’embruns et de sensations fortes, sur la digue promenade du Havre les après-midi et au Magic Mirrors  et au Studio le soir. 

Le festival du « Polar à la Plage » organisé par l’association « Les Ancres Noires » montera ses chapiteaux face à la mer, pour accueillir des auteurs, des dessinateurs… et de la musique, des lectures, des débats, un mime, du théâtre, des contes et des films…


Nous attendons les auteurs : Jérémy Behm - Jacques Olivier Bosco - Abdel Hafed Bénotman - Thierry Crifo - Victor del Arbol - Ignacio del Valle - Claire Favan - Philippe Georget - Dominique Delahaye - Philippe Huet-Marin Ledun  - Claude Mesplède - Sophie Loubière - Karen Maitland - Nadine Monfils - Gérard Mordillat - Edouard Philippe - Jean-Bernard Pouy - Laura Sadowski - Hervé Sard - Nick Stone - Cathi Unsworth


Les dessinateurs : Edith – Stéphane Douay – Kokor – Jay – Jean Blaise Djian – Joe G. Pinelli – Aude Samama – Riff Reb’s


Pour connaitre le détail des réjouissances prévues vous pouvez vous rendre sur le site des Ancres Noires.

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 12:27

Par l’auteur du Naïf qui en était un !

 

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« Dans le domaine de l’écrit, le genre policier, ce chancre, a dévoré la littérature pure… » Cette phrase, cette diatribe écrite par Paul Guth en 1972, un 22 janvier pour être précis, va coller à la peau de ce naïf et ce n’est certes pas Le retour de Barbe Bleue qui va rehausser le prestige de celui que les académiciens ont rejeté par plusieurs fois. En fait, Paul Guth a réussi un « crime parfait » : sa crédibilité est morte.

Bédar-sur-Gigonette, charmante petite cité du Vaucluse, est en proie à une émotion justifiée. Pour la première fois depuis sa création, le village connaît l’opprobre : un crime, un assassinat vient d’être perpétré sur la personne d’Olivier, un jeune employé de banque. Il a été étranglé avec une écharpe rouge. L’inspecteur Froidemont, surnommé le Columbo français, est dépêché sur place. « Quel rapport avec Columbo ? — Ton trench-coat miteux… Ton allure un peu voûtée. Ton geste en biseau, de la main droite… Ton œil qui dit merde à l’autre… » La parodie jusque dans le personnage. A se demander ce que peut bien lui trouver son épouse Isabelle, de trente ans sa cadette, belle, amoureuse, capricieuse et drôle.

Revenons à notre cadavre qui attend bien sagement sur son lit de mort la venue de l’inspecteur qui, lors de son examen, découvre un poil noir sur une lèvre du mort. Renseignement pris, il s’agit d’un poil de …barbe (on a eu chaud !) qui n’appartient ni à la victime, ni à son entourage. La légende de la Barbe-qui-tue enfièvre la région avignonnaise, d’autant que huit personnes décèdent, qui étranglée, qui empalée, avec toujours sur le cadavre ou à proximité, des poils de barbe. Tous similaires. Une publicité dans les journaux locaux attire l’attention de Froidemont. Une publicité insolite concernant un cirque, plus précisément un numéro de trapéziste.

Effectivement, cette attraction a de quoi fasciner : un géant cagoulé s’avance majestueusement sur la piste, commence son numéro, puis corse la difficulté. Enlevant son masque, il dévoile une barbe immense, d’un noir de jais. Il s’élance d’un trapèze à un autre, s’accrochant à l’aide de son système pileux. Délirant. Le numéro n’est pas terminé. Le personnage entame alors un strip-tease intégral qui révèle un corps féminin. Devant les yeux horrifiés des spectateurs et de Froidemont, elle commet son neuvième crime : elle jette le funambule dans la cage aux lions. Sans mal, Froidemont l’interpelle et elle lui avoue ses motifs, reconstitutions à l’appui. Repoussée par un garçon, elle l’a tué et ce meurtre lui a apporté la jouissance : c’est l’engrenage. Afin de parvenir à l’orgasme, il lui faut tuer, tuer, et toujours le même type de mâle. Tombée amoureuse de Froidement, elle lui déclare sa flamme à la prison de la Santé. Devant le refus du policier, elle tente de l’étrangler. Heureusement pour le Columbo français, Isabelle, son épouse, abat d’un coup de revolver cette amante poilue. Rideau.

Terminé. Ouf ! Ce roman n’est qu’une parodie, qu’une caricature, qu’un succédané, qu’une falsification, qu’une contrefaçon de roman policier. En un mot une supercherie. Afin de cacher le manque d’enquête véritable — le minimum pour un roman policier, — Paul Guth se réfugie dans la description d’un simili-érotisme médical. Je comprends maintenant pourquoi Paul Guth a tant vitupéré contre le roman policier : il est incapable d’en écrire un et se venge par dépit en effectuantdes déclarations qui se retournent contre lui. C’est au pied du mur qu’on voit le maçon. Paul Guth, ce cancre… Un qui a dû s’amuser, c’est Pierre Marie Valat, le dessinateur de la couverture de cette œuvre qui, espérons-le, j’espère restera unique : il dévoile la solution en première et quatrième de couverture !

 

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A lire dans la même collection :  Meurtre à l'anglaise de Didier Decoin;  Le jardin des délices de Camille Bourniquel et sur  

Action-Suspense : L'angle mort.

 

Paul GUTH : Le retour de Barbe Bleue. Collection Crime Parfait. Editions Mercure de France. Février 1992. 192 pages. 12,96€.

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 12:24

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Recevoir des lettres anonymes de dénonciation, pour un fait-diversier travaillant dans un journal local, est monnaie courante. Pourtant conscience professionnelle ou prescience, Mathieu Launet pour une fois ne jette pas à la poubelle le corbeau, au contraire le contenu lui aiguise sa curiosité naturelle.

Cette bafouille lui conseille de se renseigner sur les agissements d’un certain Legris ainsi que sur ceux de sa femme. Legris possède un C.V. long comme l’autoroute ferroviaire Lille-Perpignan : kinésithérapeute, ostéopathe, spécialiste des traumatismes du sport et des problèmes neurologiques, diplômé en psychologie, champion d’arts martiaux, conseiller auprès du ministre des sports, numismate et expert en minéralogie, enfin bref quelqu’un que tout le monde trouve éminemment sympathique. Y aurait-il quelque chose de moche derrière cette façade d’immeuble neuf ? Sa femme, quant à elle s’affiche sans pudeur, dans un magazine pornographique, en pleine page, entourée de jeunes hommes habillés en militaires. Peut-être à rapprocher avec le camp de Tarcenans dont il est question dans la lettre. Tout de même pour une directrice de MJC, s’exposer ainsi, c’est de la provocation, même si elle aurait été démise de ses fonctions récemment, selon certaines sources bien informées.

Malgré les réticences de son chef de rédaction, Mathieu commence à enquêter sur Legris qui voue une phobie des communistes, dénonçant un péril, malgré des déplacements en Bichkhistan. Et ce ne sont pas ses relations avec le député Roncière qui vont empêcher Mathieu de poursuivre ses investigations. Au contraire. D’abord Mathieu n’apprécie pas du tout le député, alors pourquoi se gêner ? Et quand des rumeurs mettent en cause un homosexuel en forêt de Fontainebleau, des racontars que le commissaire Berche veut prendre à la légère mais qui intéressent fortement Launet, non pas à cause de détails croustillants mais bien parce que Legris et des militaires seraient impliqués dans cette affaire, cela incite le journaliste à continuer ses fouilles. Et puis cela ne peut que lui changer les idées car depuis une semaine Launet n’a pas de nouvelles d’Isabelle, sa copine.

Mais une autre Isabelle s’immisce dans sa vie privée, la secrétaire parlementaire du député, et elle en a des révélations à lui fournir, même que cela ne plait pas à son petit ami, une brute aux ordres de Legris et qui écraserait bien notre fait-diversier afin de l’empêcher de mettre son nez là où il ne faut pas. Launet n’aime pas ce genre d’interdit et il n’en faut pas plus pour qu’il s’obstine à remuer la vase et tant pis si les remugles sont trop forts pour nez et âmes sensibles.

 

Ce roman emprunte des thèmes toujours d’actualité, le personnage influent qui s’érige en tyran, la résurgence d’idées nazies, les maltraitances sexuelles auprès de jeunes militaires, des SDF paumés et subissant le rejet d’une frange de la population, la formation de sectes non considérées comme dangereuses.

C’est aussi la constatation de dérives occultées par des hommes politiques trop préoccupés par leur avenir. Ainsi que la déficience de rédacteurs en chef de journaux qui ne veulent pas déplaire à ceux qui tiennent les manettes du pouvoir, et parfois de l’argent. Outre l’intrigue, l’auteur nous rappelle que le fait-diversier est par essence chargé de couvrir les événements, quels qu’ils soient, d’où certaines extrapolations, qui coupent parfois le récit, mais le lecteur ne comprendrait pas que le journaliste ne couvre que cette affaire, d’autant que le responsable d’agence n’est pas franchement emballé par ses investigations. Et l’épilogue n’emprunte pas les sentiers balisés auxquels on était en droit de s’attendre, ce qui aussi un bon point. Dommage que le titre du livre soit par trop explicite.


Didier FOHR : Une secte et quelques monstres. Collection Borderline. Editions Territoires Témoins. Septembre 2009. 184 pages. 18,00€.

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 08:16

Point n’est besoin de compulser un quelconque Guide du Broutard, du Petit Rusé ou autre publication du même acabit, car nulle part vous ne trouverez trace de ce camp au nom si avenant.

 

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Camp Paradis est situé quelque part en Afrique, coincé entre la forêt et la brousse, la rivière Tiplok traçant son sillon en cascades non loin. Pa et Ma sont aux commandes du Camp Paradis. Pa a connu des déboires professionnels, et il est gros, comme un tonneau. Ma, qui dirigeait une maison de filles, est plus sèche et maigre qu’un cep de vigne. Ils accueillent les Eclopés de la vie, des gamins qui pour une raison ou une autre doivent quitter leur foyer familial. Ils sont là pour deux ou trois jours, des semaines et même des années comme Boris.

Boris est arrivé un beau jour amené par un ami de son père. Il n’a jamais connu sa mère et a été trimballé au rythme des déplacements du prétendu colonel Youri Cholokov. Cholokov est un trafiquant d’armes et il a installé sa base en un lieu appelé les Cygnes noirs. Mais pensant avec raison que ses activités pouvaient être dangereuses pour le gamin, il avait demandé à son adjoint de confier Boris à Pa et Ma. Boris a quatorze ans et il rêve de devenir écrivain. Aussi il consigne dans de petits carnets ses faits et gestes, ce qu’il ressent, ce qu’il sait de son passé puis les événements qui vont se dérouler. Il participe aussi à la vie de Camp Paradis, soignant les lapins et les poules, s’occupant du potager et tuant des Salopards, les serpents qui grouillent dans les environs. Pa se rend parfois à Borudji ou à Bangalori, situés respectivement à une trentaine et une centaine de kilomètres de Camp Paradis, à bord d’un vieux pick-up. Car si la petite communauté ne manque pas de vivre, il faut penser à s’approvisionner en eau potable, en carburant pour le groupe électrogène, en cigarettes et alcool pour Pa. Jusqu’au jour où Victoire débarque.

Pa et Ma attendaient Victoire, ils étaient prévenus de son arrivée, mais elle s’est pointée avec un jour d’avance. Victoire est une gamine de treize ans, hargneuse, vindicative, mais ce n’est qu’une façade. Victoire avait déjà fait un séjour à Camp Paradis, deux ans auparavant, mais elle avait été obligée de regagner Bangalori. C’est Ma qui raconte l’histoire de Victoire, un précédent dans la communauté où personne ne pose jamais de question sur l’origine des arrivants. Victoire est Laotienne, vendue par son père à l’âge neuf ans à de riches Vietnamiens. Ceux-ci se sont installés à Bangalori et Victoire est devenue leur esclave. C’est pourquoi elle s’était enfuie une première fois, mais cette fois, elle est sûre que personne ne viendra la réclamer. Victoire apprivoise un petit singe qu’elle nomme Joli Cœur, comme dans Sans Famille d’Hector Malot.

Boris est tout étonné de voir un jour arriver un jeune garçon habillé en militaire. En réalité c’est une fillette de douze ans qui s’est rasé les cheveux, a enfilé les vêtements et pris l’identité d’un enfant-soldat. Fatouma a elle aussi participé à la guerre durant un an et elle s’y connait en armes. Mais ces horreurs lui taraudent l’esprit et la nuit elle crie. Elle trouve refuge auprès de Boris, se glissant dans son lit la nuit, car la maison des filles et celle des garçons sont séparées.

Deux autres enfants permanents s’installent à Camp Paradis. D’abord Serge, à qui il manque un bras, mais qui se débrouille fort bien malgré son handicap, amené par sa mère, et enfin Djodjo, un loupiot de sept ans continuellement affamé. D’ailleurs Boris et ses jeunes compagnons l’ont trouvé en train de dévorer les légumes du jardin, comme ça, sans fioriture, la terre ne le rebutant pas.

Seulement entre les Boulabas et les Calades, les deux ethnies qui se partagent, se divisent plutôt le pays, c’est la guerre pour la suprématie du pouvoir. Entre le président en exercice et le prétendant, c’est un affrontement sans pitié. Après avoir décimés les bergers Mossi, qui ne demandaient rien et se contentaient de vaquer sur les plateaux en gardant leurs animaux. Les armées se rapprochent du Camp Paradis, d’ailleurs Fatouma a aperçu une compagnie de soldats, le bataillon Justice, dont elle connait certains membres. Cela sent mauvais mais Pa et Ma n’osent croire qu’un jour ils devront déménager. Pourtant un oiseau de mauvais augure, figuré par un avion, plane sur leurs têtes, apportant le malheur.

Nul n’est besoin de préciser le pays, qui d’ailleurs n’est jamais indiqué, car le lecteur pourra se référer à des événements qui ont secoué l’Afrique dans les années 90. Ce roman humaniste, comme pratiquement tous ceux qu’écrit Jean-Paul Nozière, est destiné à un lectorat d’adolescent, à partir de treize ans précise l’éditeur. Mais éventuellement les parents pourront suppléer en apportant des informations plus concrètes, surtout s’ils lisent ce roman avant leur progéniture. Et s’ils ont quelque peu oublié la guerre ethnique qui a opposé les Tutsi et les Huttus, ils peuvent retrouver les éléments en parcourant Internet. Et peut-être leur expliquer les ravages de la colonisation qui a créé des pays en ne tenant pas compte des réalités, des rivalités tribales, déplaçant des populations, les obligeant à cohabiter sans tenir compte de leurs cultures ancestrales.

Un roman poignant, émouvant, même si par certains côtés une pointe d’humour se dégage parfois. Il est bon de permettre aux jeunes générations d’accéder à l’information récente, à leur dessiller les yeux, à leur expliquer certains événements et leurs prolongements. Inculquer la haine comme certains le font, dresser des communautés les unes contre les autres, leur montrer du doigt les frontières et les obliger de regagner un pays d’où ils sont impitoyables chassés, n’a jamais résolu quoi que ce soit et démontre que la haine de l’autre est une erreur manifeste, engendrant une violence attisée par des assoiffés de pouvoir qui manipulent des individus acquis à une cause délétère.

 

A lire du même auteur dans la même collection : Un été algérien, Le Ville de Marseille, et chez Thierry Magnier : Que deviennent les enfants quand la nuit tombe ?


Jean-Paul NOZIERE : Camp Paradis. Collection Scripto ; éditions Gallimard. 272 pages. 10,65€.

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 14:54

C’est de saison !

 

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Troisième volet des aventures de Marzi, personnage que je découvre, La grande morille est un roman déroutant. Et en ce qui me concerne, je ne peux dire que j’ai accroché à cette histoire et aux personnages qui évoluent dans cette intrigue qui se déroule sur trois jours dans une narration alternée. Cela m’a fait penser aux personnages créés par Pierre Siniac et qui ont fait vibrer bon nombre de lecteurs à la fin des années soixante-dix, mais auxquels je n’avais pas adhéré non plus, Luj’Inferman et la Cloduque.

Mais je n'empêche personne, au contraire, de découvrir cet univers, nul n'est infaillible et chacun possède ses propres centres d'intérêts.


Dimanche matin vespéral dans un troquet liégeois. Il n’est pas encore sept heure, pourtant Marzi est déjà debout, s’engouffrant dans le troquet A mon usine, les bras encombrés d’un énorme paquet. Un individu portant un masque de Mickey tente de le lui subtiliser, mais Marzi veille. Coups de poing, coups de bottines, coups de couteau, l’individu est vraiment mal, allongé à terre. Marzi soulève un coin du masque, reconnait son ex-supposé voleur, et quémande une ambulance. Aux deux brancardiers qui se pointent, toutes sirènes hurlantes quelques minutes plus tard, il désigne non le cadavre mais le paquet convoité. L’arrivée à l’hôpital s’effectue dans un désordre indescriptible, digne d’une scène de Grand-Guignol.

Le vendredi précédent, Marzi le maffieux et sn ami Outchj ont rendez-vous avec Popette et trois autres personnages, hommes et femmes, hauts en couleurs pour une ballade en forêt. Outchj est tout guilleret d’aller à la chasse aux champignongnons, mot qu’il utilise pour désigner les mycoses forestières, le tout accompagné d’une nuitée dans une cabane solitaire. Mais cette promenade bucolique se transforme rapidement en randonnée pseudo militaire puis en lupanar.


Ce roman complètement déjanté, ou plutôt décalé, et parfois à tendance scatologique, est le type même de roman qui ne peut laisser indifférent. Soit on aime et on dévore, soit on n’apprécie guère malgré quelques pointes d’humour, et on se dit qu’on a sûrement perdu son temps. Je penche pour la seconde proposition, n’étant que peu réceptif à ce style de roman, d’intrigue, d’histoire, mais ce livre fera le bonheur de lecture pour ceux qui désirent de l’innovation, et se laissent volontiers emporter par des audaces narratives abracadabrantes et sortir des sentiers battus. Ce n’est pas forcement ma tasse de thé, mon assiettée de boudin aux pommes comme on dit en Normandie, ou ma poêlée de champignons, mais le lecteur n’est pas formaté, heureusement, et celui qui aime ce style imaginaire déconcertant sera ravi.


Citation : Il remâche tant ses sombres pensées qu’elles s’installent dans sa tête, s’y assoient en tailleur et allument un feu de joie, si bien que Marzi n’a d’autre choix que de rentrer À mon usine pour rafraîchir son bulbe rachidien et les autres parties desséchées de son cerveau, la reptilienne surtout.


Pascal LECLERCQ : La grande morille. Editions Coups de tête N° 41. 168 pages. 12,50€.

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 13:19

et avec tous les autres...

 

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Un appel téléphonique, des nouvelles de Judith et des enfants, tout va bien ils rentrent bientôt de leur voyage, tu peux reprendre ta petite occupation, regarder la télévision en attendant que la petite famille débarque, sauf que tu es dérangé par des coups frappés à la porte, deux policiers qui te demandent si Judith était ta femme et qui t’annoncent qu’elle s’est plantée dans un virage, tout le monde est mort, alors tu pars en vrille, tu te retrouves déboussolé, ton frère, ton ami Sylvain t’aident pour les démarches, te soutiennent, tu vas voir les petits corps à la maison funéraire, te recueillir peut-être, mais tu craques, tu rentres, tu pleures, ne t’occupes plus de ton magasin de sport, ne te laves plus, ne rases plus, que les autres éventuellement, tu divagues dans les rues, te comportes comme l’affreux Mister Bean dans le métro, pendant que les parents s’embrassent ne surveillant plus le landau du gamin, landau que tu pousses sur les quais alors que la rame démarre, cris des géniteurs, affolement, panique, descendre à la prochaine station et reprendre le train en sens inverse, alors que toi tu fais comme si de rien n’était, entres dans un bar, enfiles les bières les unes après les autres, remarques une jeune femme qui te dévisage, sourire un peu perdu, vous faites un peu connaissance, elle s’appelle Mélanie et elle aussi possède un lourd passé dont elle ne veut pas te parler, tu désertes ton appartement, oublies ta famille proche, tes amis, même Sylvain, et tu erres, entres dans un magasin, achètes des DVD que tu empiles dans un grand sac, puis tu les jettes du haut d’un pont sur les voitures qui passent, les boitiers s’écrasent sur la route, sur les toits des véhicules, mais cela n’apaise pas ta fureur, la neige tombe, tu prends ta voiture et tu continues ton périple à l’aveugle, prends un appartement dans le même immeuble que Mélanie, ton courroux te fais perdre la notion de la vie quotidienne, Mélanie t’emmènes chez une association qui retape une maison qui a brûlé, ils sont plusieurs à repeindre, à refaire les boiseries, le prêtre qui dirige ce collectif de bénévoles est un vieux monsieur qui te propose de les aider, une thérapie qui devrait te permettre de te reconstruire, mais tu refuses tu continues à divaguer et à t’enfoncer encore un peu plus, aspiré comme dans un grand tourbillon qui te brasse, te fait perdre la tête, et tu bois, bières sur bières jusqu’au moment où tu dérailles complètement, n’es plus capable de te gérer et commets l’irréparable…

Je n’ai pas l’habitude d’interpeller ainsi le visiteur, mais j’ai essayé de rendre le ton, la forme, le style de Patrick Senécal dans ce court roman qui décrit la déchéance d’un homme complètement désorienté, déstabilisé en apprenant la mort de sa femme et de ses deux enfants. Pris dans un engrenage infernal le « héros » de cette histoire forte, dense et intense, s’enfonce peu à peu dans le marécage de la dépression, ne se contrôle plus. Le narrateur s’adresse au lecteur comme si celui-ci était ce quidam qui subit ces tribulations qui vont le conduire en enfer. Un exercice de style qui ne déroute même pas tellement on est pris aux tripes, on ne fait plus attention que l’auteur te confie le premier rôle, on est partie prenante et l’on se demande comment vont se terminer nos pérégrinations dans la blancheur de la ville de Montréal, blancheur qui tranche avec la noirceur de l’ouvrage.


Patrick SENECAL : Contre Dieu. Collection Coups de Tête n°39. Editions Coups de Tête. 2010. 128 pages. 11€.

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