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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 13:40

Bon anniversaire à Barbara Abel, née le 3 décembre 1969.

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux.

Il se fait comprendre quand il veut, Joachim Fallet, jeune drogué en manque et désargenté. Les rares clients de la supérette et le caissier sont stupéfaits et interloqués à cette annonce brutale qui les dérange alors qu'ils déambulent dans les travées.

En ce vendredi midi, il n'y a guère de chalands dans le magasin sis dans un quartier résidentiel. C'est ce qui a poussé Joachim, affublé d'une cagoule, à entrer et braquer le caissier. Il lui faut de l'argent au plus vite afin de s'acheter sa dose.

Une quadragénaire et son gamin de quinze ans, qu'elle a eu du mal à emmener avec elle, lui arrachant sa manette de jeu vidéo et balançant son téléphone portable avant de l'entraîner. Théo n'était pas emballé pour rendre visite à son papy, qui ne se souvient même pas de son nom et l'oublie aussitôt le seuil franchi. Non, Théo aurait préféré rester chez lui les yeux rivés sur son écran à s'abrutir devant un jeu de massacre. Elle l'a traîné presque de force et installé dans la voiture. Pour l'heure il n'est pas encore dans le magasin, il est assis à la place du mort, attaché sur le siège avant du véhicule.

Une vieille dame impotente, posée sur un fauteuil roulant conduit par une sexagénaire, son aide familiale, dame de compagnie, femme de ménage infirmière intermittente. La vieille dame est du genre acrimonieux, toujours à critiquer négativement tout ce qui constitue son quotidien, et surtout à houspiller son accompagnatrice.

Un couple adultère qui vient de passer un bon moment entre les draps défaits d'un hôtel proche. Eux aussi ont la mine défaite d'ailleurs. Et adultère pas trop. Lui il est marié, elle est célibataire. Adultère à moitié donc. Il a fourni à son patron un prétexte fallacieux pour justifier son absence, elle avait une liste de courses à acheter, et ils en ont profité pour comparer leur anatomie et plus si affinité.

Une jeune mère de famille, qui vit seule avec son gamin de trois ans, est descendu précipitamment de chez elle afin de palier un manque d'ingrédients, laissant son gamin scotché devant des dessins animés.

Et puis le caissier qui a remplacé au débotté sa collègue malade, enceinte paraît-il de ses œuvres, le résultat de l'unique fois où ils se sont retrouvés ensemble dans le même lit.

Huit personnes donc face à un homme en manque et surtout face à une arme à feu. Dévaliser la caisse, demander à tous ceux qui sont là, tétanisés, de vider leurs poches, de balancer leurs portefeuilles, et attendre le bon vouloir du braqueur qui se demande maintenant ce qu'il va faire de ses otages. Baisser le volet roulant afin d'empêcher d'autres clients d'entrer, et puis les attacher, et enfin prendre la poudre d'escampette. C'est sans compter sur l'impondérable, ce grain de sable qui n'était pas invité dans cette petite réunion.

D'abord la dame de compagnie qui rend l'âme en même temps que son cœur qui lâche, et d'autres incidents qui bientôt vont transformer le braquage en drame. Surtout quand l'ado, qui trouve que sa mère n'est pas assez rapide et étonné de voir le volet roulant s'abaisser, s'invite dans cette supérette-partie, prenant de revers le voleur surpris.

 

Avec brio Barbara Abel nous délivre un suspense implacable, décrivant tout d'abord les affres de ce drogué en manque, déclencheur de drames, puis revenant quelques moments en arrière afin de nous présenter les différents protagonistes de cet début d'après-midi mouvementé. Avec toutefois quelques cachoteries de bon aloi qui entretiennent le suspense.

Et le lecteur pourrait, à juste raison, penser que cette histoire va se clore avec l'arrivée salutaire de la cavalerie, gyrophares bruyants en guise de trompettes de la victoire. Eh non ! Car Barbara Abel, en romancière perverse (c'est un peu fort comme vocable mais c'est bien pour démontrer tout le talent de conteuse déstabilisante qui l'anime), nous offre une vie après la vie, un enchaînement inéluctable de scènes tragiques teintées parfois d'humour noir.

Car certaines victimes de ce braquage, ou ce qu'il en reste, ne réagissent pas selon des critères bien définis. Les moralisateurs et les technocrates peuvent toujours édicter leurs consignes à respecter lors d'un hold-up, on ne sait jamais quelle sera notre réflexe dans ce genre de situation particulière, le subconscient et le caractère inhérent à chaque individu réagissant parfois différemment à ce qui est programmé.

Un roman beaucoup plus sensible et percutant, à mon avis, Que derrière la haine et Après la fin, dont les prologues dévoilaient trop l'épilogue, ôtant de ce fait le sel de l'intrigue et la montée en puissance du suspense.

Barbara ABEL : L'innocence des bourreaux. Réédition Pocket Thriller. Editions Pocket. Parution 13 octobre 2016. 352 pages. 6,95€.

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 07:48

Il voyage en solitaire...

Jean RAY : La croisière des ombres.

En chercheur passionné et opiniâtre, Arnaud Huftier a déniché quelques nouvelles qui manquaient dans la précédente édition Marabout, textes qui d'ailleurs étaient englobés dans le recueil Les contes du Whisky.

Des textes qui à l'origine parurent dans des journaux belges comme La Flandre libérale, Les Débats ou encore La Revue belge, entre 1929 et 1935. Des nouvelles et des chroniques qui permirent à Jean Ray de retrouver un lectorat plus ou moins perdu lors d'un séjour en prison de trois ans pour une sombre affaire de détournements de fonds ou, selon une légende, un trafic d'alcools. Toutefois durant ce temps, il continua à écrire, publiant de temps à autre sous le pseudonyme de John Flanders.

Est-ce un effet de son séjour à l'ombre que ses textes, recueillis justement sous le titre de La croisière des ombres, parlent surtout de solitude ? Il se peut.

Ainsi des personnages se retrouvent à boire et à manger dans des tavernes. Mais écoutent-ils vraiment ce que leurs compagnons de table débitent en paroles parfois vaines ? Non, pas vraiment. Dans La Présence horrifiante, nouvelle qui entame ce recueil, quatre hommes, dont le narrateur, sont attablés, écoutant le vent qui cingle au dehors. Soudain surgit un inconnu qui déclare qu'il fuyait. Puis il précise, la tempête. Pour autant, ce n'est pas cette arrivée impromptue qui peut perturber l'un des compères, lequel tient absolument à narrer une histoire de perroquet. Histoire à laquelle lui seul se marre, les autres n'écoutant pas ses digressions. Lorsque cinq coups retentissent.

 

Dans Le bout de la rue, nous suivons dans ses déambulations maritimes le narrateur. Cela commence dans le port de New-York, alors qu'il entend s'entretenir deux marins qui ne débarquent jamais. L'un d'eux affirme Et puis il me restera Jarvis et l'autre bout de la rue. L'autre bout de la rue répond le second comme en écho, et ce qui deviendra un mantra accolé au nom de Jarvis. Les escales se suivent, Paramaribo, Marseille, les Sargasses, à bord de l'Endymion, des forçats qui murmurent, les Açores, Copenhague, et Jarvis. Des spectres et le whisky sont le quotidien des marins et du narrateur. Et au bout... Vous êtes allé à l'autre bout de la rue !

Dans Dürer, l'idiot, Jean Ray règle-t-il quelques comptes ? On peut se le demander en lisant les premières lignes.

Dürer, le journaliste. Dürer, l'idiot. Et un peu plus loin le narrateur enfonce le clou : Un journaliste, Dürer, n'est pas nécessairement un imbécile, c'est un primaire qui a une heureuse mémoire, et un don spécial pour consulter rapidement une encyclopédie, un atlas de géographie ou un planisphère céleste.

Dürer donc est journaliste, mais également un menteur, et le narrateur qui l'écoute narrer pompeusement des aventures fantastiques, au cours de repas qu'ils prennent ensemble, sait très bien que ce ne sont que des affabulations piochées dans des revues ou des romans. Ce qui n'est pas le cas de la jeune étudiante qui dîne tout près d'eux et boit ses paroles plus facilement que du petit lait (entre nous avez-vous déjà essayé de boire du petit lait, ce liquide jaune verdâtre aigre qui reste lorsque la crème a été retirée ?). Il suffit que Dürer dérape dans ses allégations, pour que l'étudiante lui lance un défi. Dürer s'enfuit, il se volatilise dans la nature, et le narrateur pense le retrouver dans une maison qui bientôt est mise en vente. Il l'acquiert mais n'est-ce pas le début de visions spectrales ?

 

Le ralenti de 05h17, qui fait partie des autres textes, ressemble à un conte pour enfant, à la façon des frères Grimm ou d'Andersen. Un prince héritier aime se mélanger à la populace sur le port et sa femme n'est pas bégueule non plus. Un assassin signe une série de crimes crapuleux, fort heureusement il est arrêté et condamné. Le prince aurait pu commuer la peine de mort en grâce en suppliant son père, mais en voyant son regard, il a préféré s'abstenir. Une chute qui aurait pu donner comme titre à cette nouvelle Le Regard qui tue, ou à tout le moins le Mauvais œil.

 

Jean Ray est quelque peu oublié aujourd'hui des jeunes générations qui préfèrent les romans d'épouvante, de fantastique et de frayeur d'auteurs comme Stephen King, Serge Brussolo, James Herbert, Clive Barker, J.K. Rowling dont le personnage de Harry Potter a amené de nombreux enfants et adolescents, et leurs parents, à ouvrir un livre, qui plus est conséquent, Maxime Chattam, Stéphanie Meyers, et bien d'autres.

Leurs ouvrages sont souvent plus violents et sanglants, ou à tendance nettement plus fantastique que ceux de Jean Ray, lequel souvent se contente de jouer sur le frisson, sur l'épouvante, parfois de manière diffuse. L'ambiance des ports, de la fumée des pipes et des cigares, des vapeurs d'alcool sont plus décrites que les scènes de violence. Tout est dans la suggestion et le lecteur se fabrique ses propres images, se les visualise en surimpression, et ne se contente pas d'être un spectateur passif. Il vibre et va au-delà de ce que Jean Ray décrit. C'est le propre de l'écrivain de suggérer de façon diffuse des images que le lecteur se réapproprie.

Des nouvelles feutrées, parfois embrumées comme le ciel de sa Belgique natale, insidieusement perverses, jouant avec les nerfs, distillant l'effroi avec une science incomparable et inégalée.

Pour beaucoup Jean Ray sera un découverte, pour d'autres une redécouverte.

 

Voici le sommaire :

La croisière des ombre (histoires hantées de terre et de mer)

La présence horrifiante

Le bout de la rue

Le dernier voyageur

Dürer, l'idiot

Mondscheim-Dampfer

La ruelle ténébreuse

Le psautier de Mayence

 

... et autres textes :

Le torrent de boue

Le ralenti de 5h17

L'effroyable histoire de Machrood

Ombre d'escale

Poste de police, R-2

L'idylle de monsieur Honigley

La trouvaille de mr Sweetpipe

Au nom de la loi ; Le vent de la hache

Au nom de la loi. Si Scotland Yard

Présentation La croisière des ombre

 

Postface

Bibliographie

Jean RAY : La croisière des ombres. Postface d'Arnaud Huftier. Editions Alma. Parution le 10 novembre 2016. 320 pages. 18,00€.

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 09:31

L'épée et l'esprit...

Jean-Luc BIZIEN : Vent rouge. Katana 1.

Figés tels des statues, simples soldats, samouraïs et ninjas attendent l’ordre de fondre sur la forteresse qui se dresse fièrement dans la vallée. Le daimyo, le roi dragon, envoie un cavalier porter un message à Dame Kachiko, la femme de Thoshiro le maître des lieux et vassal du daimyo. La réponse, négative, ne se fait pas tarder alors l’attaque est lancée et s’ensuit un véritable massacre.

Quinze ans plus tard, Hatanaka, un ancien samouraï devenu un yamabushi (guerrier de la montagne) et le jeune Ichirô rodent dans la montagne. Ichirô est âgé de quinze ans et un élève assidu du vieil Hatanaka qui lui apprend le maniement du Katana, une arme blanche redoutable, ainsi que la sagesse. Il lui fait également quelques révélations sur sa naissance.

Lors de l’attaque de la forteresse par le daimyo, les parents d’Ichirô qui étaient les seigneurs du lieu, sont décédés et Hatanaka, l’un des rares survivants, s’est occupé du nouveau-né. Depuis ils voyagent dans les montagnes. Ichirô est effondré par cette nouvelle et il est décidé à se venger. Ils recueillent un jeune paysan, qui erre dans la nature, rejeté de son village à cause de sa couardise. Mais Buta (porc en japonais), s’il est pleutre, est une force de la nature et il porte à lui seul les ballots contenant les affaires des voyageurs. Lorsqu’ils arrivent devant la forteresse du daimyo, un recrutement de samouraïs est organisé. Ichirô, malgré les avis contraires d’Hatanaka, s’inscrit dans ce jeu du quitte ou double. Heureusement les premières passes d’arme s’effectuent à l’aide d’un Bokken, un sabre en bois, réplique du katana. Ôno, le jeune samouraï recruteur, un individu imbu de son pouvoir, qui affiche sa morgue et son mépris avec ostentation, décide de changer les règles du jeu. Dorénavant ce sera avec le katana que les combattants se départageront, le perdant restant définitivement sur le carreau. Les candidats se pressent moins, mais que ne ferait-on pas lorsqu’on est un rônin, un samouraï sans emploi ? Et pour faire bonne mesure Ôno défie Ichirô. Malgré sa science des armes Ichirô encaisse les coups, son adversaire jouant au chat et à la souris avec lui. Et bientôt l’issue fatale se profile…

Lorsqu’il sort de son étourdissement, Ichirô, affaibli par de nombreuses blessures se rend compte qu’il a été déposé sur le charnier composé des corps des combattants défunts. Hatanaka et Buta confectionnent une civière de fortune et sortent de l’enceinte malgré les soldats qui gardent la porte. L’étrange convoi se replie sur la montagne enneigée et se terre dans une grotte, jusqu’au jour où Ôno rejoint les trois membres. Il est en fuite car il a enfreint la loi en laissant la vie sauve à Ichirô et que des gardes en charge de l’entrée, et donc par la même occasion de la sortie, ont péri sous la colère de Hatanaka. Il craint le courroux du daimyo, ce qui n’est pas une idée en l’air mais une réalité. Le Shogun a fait appel à un ninja pour retrouver, et pourfendre, les fuyards.

Les pérégrinations de la petite troupe se poursuivent, et ils seront bientôt rejoints par un voleur et un ninja.

 

Ce roman semi-fantastique, truffé de combats acharnés, de retournements de situation, réserve bien des surprises dont l’épilogue qui appelle une suite et offre déjà une résolution de certains mystères. Situé dans un Japon médiéval, il est destiné à ceux que l’on pourrait appeler de jeunes adultes mais il ne leur est pas uniquement réservé.

Les lecteurs avides de sensations fortes, de fantastique pas trop appuyé, d’effets spéciaux dignes des films ou séries télévisées (genre Power rangers) aux arts martiaux japonais avec cascades réalisées par des ninjas n’ayant pas de problèmes de sciatiques et autres maladies articulaires, seront enthousiasmés par les prouesses des combattants et les nombreuses péripéties qui foisonnent dans ce roman. L’auteur habilement a préféré jouer sur les scènes d’action, reléguant une quelconque philosophie ennuyeuse au fond du placard.

Katana s’apparente donc à un roman d’aventures qui se lit avec une certaine jubilation. Si l’aspect nippon n’est pas appuyé, et les décors pouvant tout aussi bien être transposés au Tibet ou toute autre chaîne montagneuse, ce sont bien entendu les techniques de combat et les armes blanches utilisées ainsi que la présence de geishas qui situent le roman dans cette partie énigmatique du monde. Un divertissement qui ne s’encombre pas d’explications oiseuses. Cela fait du bien de temps à autres.

On n’apprend à dompter que les sentiments que l’on a éprouvés.

Première édition : Le pré aux clercs. Collection Pandore. Parution mai 2013. 336 pages.

Première édition : Le pré aux clercs. Collection Pandore. Parution mai 2013. 336 pages.

Jean-Luc BIZIEN : Vent rouge. Katana 1. Réédition Folio SF. Parution le 4 novembre 2016. 304 pages. 7,70€. Version numérique 7,49€.

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 13:52

De l'au-delà, Ayerdhal nous donne de ses nouvelles.

AYERDHAL : Scintillements. Intégrale des nouvelles.

Disparu le 27 octobre 2015, Marc Soulier, plus connu sous le nom de plume d'Ayerdhal, nous revient avec quarante nouvelles dont dix sont totalement inédites. La première, Mat, mat, mat, fut écrite en collaboration avec son frère Bruno en 1986 et neuf autres sont des textes posthumes. Si certaines de ces nouvelles ont connu de nombreuses rééditions dans des recueils, d'autres furent publiées dans des revues plus ou moins confidentielles et donc introuvables pour la plupart des lecteur, à moins que ceux-ci soient abonnés à tous les fanzines existant ou ayant existés.

Un livre de souvenirs, un ouvrage en hommage à celui qui fut l'un de nos meilleurs représentants de la science-fiction. Et quelques heures de détente empreintes de pessimisme mais au bout, peut-être la rémission.

Suivez-moi dans quelques-uns de ses textes :

 

Mat, mat, mat.

C'est le jour de la finale du concours d'échecs et tous les habitants de la métropole se passionnent pour cette ultime rencontre. Alpha est confronté à Bêta. Alpha gagne. Qui perd ? Bêta bien sûr. Mais Bêta n'accepte pas cette défaite et sa réaction est plutôt bêta.

Construite comme un jeu de rôle, cette nouvelle laisse entrevoir toutes les possibilité littéraire d'Ayerdhal mais également son imaginaire et plus insidieuse son sens de la révolte. Et le thème du jeu d'échecs n'est pas fortuit.

 

Lettre d'Anamour.

Publié en 1992, dans Planète à vendre N°14R, Amhan2, ce court texte est une figure de style que s'est imposée Ayerdhal. Sous forme épistolaire, l'auteur construit de nouveaux mots en associant et tronquant des noms. Le lecteur va s'amuser à retrouver ce qui se cache l'un dans l'autre. Le thème en est la solitude, une femme écrivant à son amant qu'elle n'a pas vu depuis de longs mois, envoyé qu'il est en mission dans l'espace. C'est aussi une imploration.

 

Scintillements.

Première publication dans le recueil collectif Escales sur l'horizon, proposé par Serge Lehman au Fleuve Noir en 1998, cette nouvelle, qui donne son titre à ce recueil, a connu de nombreuses rééditions,.

Depuis plus de six-cents ans, les Terriens et les Batiks sont en guerre. La guerre n'est pas une affaire de civils, déclare, avec justesse, le narrateur, le professeur Edgin, xénologue. Ses travaux portent exclusivement sur les communautés descendantes des humains génétiquement modifiés pour la survie en milieu hostile. Et à cause de ce statut il est convié par des militaires pour les accompagner sur Trense 6-14, un satellite de Transe 6, une base des Batiks en phase avancée de terraformation. Equipé pour affronter la légère différence d'atmosphère, Edgin accompagne un colonel dans l'exploration de ce satellite refuge des Batiks. Seulement celui-ci semble désert, ce qui est anormal.

La guerre, l'affrontement entre civilisations différentes, une forme de rébellion, et surtout le besoin de liberté, tels ont les thèmes de cette nouvelle. Et quand on ne peut plus gagner, au lieu d'être réduit en esclavage, il reste encore un solution, un palliatif, une alternative. Celle qui est choisie demande toutefois du courage.

 

Ce que taisent les Miroirs.

Paru uniquement dans Science-fiction - Agenda 1999 par Eden production en 1998.

Cela fait six ans que Lya Sixtine est partie, quittant son amant, son maître, celui l'avait façonnée. Or, lorsqu'elle revient, elle est tout étonnée d'être reconnue par les passants. Une nouvelle qui s'apparente plus au domaine du fantastique mais dont la genèse est évidemment scientifique et fait rêver de nombreux savants, et industriels, mais qui est encore en phase de développement. Cependant, lorsque l'on constate la rapidité de certains progrès technologiques, l'on peut se demander si ceci ne va pas devenir à court terme plus une catastrophe qu'une avancée bénéfique pour la planète.

 

Ayerdahl avait-il un côté visionnaire ? Par définition tout auteur qui écrit de la science-fiction, qui imagine l'avenir, qui extrapole ce qui existe déjà, mais qui dénonce justement les méfaits, pas encore enregistrés mais cela ne saurait tarder, est un visionnaire. Et peut-être est-ce pour cela que les romanciers d'anticipation et de science-fiction sont parfois mal perçus, restant confinés dans un domaine qui semble peu accessible au lecteur lambda. Avant que cela soit à la mode, puis lorsque ce sont devenus des thèmes majeurs, Ayerdhal a évoqué à travers ses textes la colonisation et l'écologie, mais toujours dans un esprit de liberté, de rébellion, un peu côté anar nourri à la colère. Sa prose reflète toutefois une tendresse, parfois diffuse, mais toujours présente.

 

Après une belle mais courte préface signée Pierre Bordage, suivent donc les quarante nouvelles qui composent ce recueil dans l'ordre de leur parution d'origine, plus les inédits, puis, afin de mieux connaître l'auteur, neuf entretiens qui ont été réalisés pour la plus grande partie par Actusf. Des entretiens dans lesquels Ayerdhal se dévoile sans fard, sans langue de bois, sans chercher à choquer mais sans vouloir passer la brosse dans le sens du poil uniquement pour faire plaisir. Ayerdhal était un homme de convictions qu'il assumait pleinement. On peut avancer sans flatterie aucune que c'était un humaniste.

 

AYERDHAL : Scintillements. Intégrale des nouvelles.

AYERDHAL : Scintillements. Intégrale des nouvelles. Editions Au Diable Vauvert. Parution 14 novembre 2016. 720 pages. 23,00€. Version numérique : 9,99€.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 13:36

Hommage à John Dickson Carr, né le 30 novembre 1906.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre

Lorsqu'Helen Dean, la fiancée de Hugh Prentice, du cabinet d'avoués Prentice & Vaughan, se moquait de celui-ci parce qu'il lisait en cachette des romans policiers, elle était à cent lieues de se douter que la phrase qu'elle venait de prononcer allait devenir réalité quelques instants plus tard.

D'un ton emphatique et dramatique, la jeune fille déclamait : Du brouillard épais surgit un inconnu au visage basané et à l'accent étranger qui déclare : Je suis Omar d'Hispahan. Il te parle d'un cadavre dans une pièce hermétiquement close...

Quelques minutes plus tard, alors que Londres en cette fin d'après-midi du mois de novembre est noyée dans le brouillard, entre dans l'étude un mystérieux inconnu qui dit s'appeler Abu d'Ispahan. Stupeur des protagonistes.

Hugh Prentice qui a rendez-vous avec Patrick Butler, un éminent avocat corpulent dont le point faible est le sexe, justement dit faible, et dont la devise est : Je ne me trompe jamais, Hugh Prentice donc consulte son associé et presque beau-frère James Vaughan.

Pendant ce temps Abu d'Ispahan se fait trucider d'un coup de poignard par... par... par qui au fait ? puisque les deux seules personnes qui se trouvaient dans l'étude à ce moment-là étaient en train de deviser.

 

Si la traduction en Français de ce roman favorise la découverte de l'assassin, sinon le comment tout au moins le par qui, ce roman de John Dickson Carr n'en est pas moins excellent, humoristique en diable et légèrement coquin, style quelque peu inhabituel à l'auteur.

 

En fait le mystère de la chambre close, thème trop cher à J.-D. Carr pour qu'il ne nous livre pas un roman comportant un meurtre apparemment insoluble, n'est que prétexte à une suite d'avalanche de gags, d'aventures loufoques, farfelues, avec un personnage haut en couleur, Patrick Butler, mais aussi quelques jeunes filles dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles cachent bien leur jeu.

Le jeu de l'amour et du falzar en quelque sorte !

 

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

Réédition collection Le Club des Masques no 636. 1994. 220 pages.

John Dickson CARR : Patrick Butler à la barre (Patrick Butler for the Defense - 1956. Traduction de Jean-André Rey). Le Masque Jaune N°1926. Librairie des Champs Elysées. Parution juillet 1988.

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 16:19

La parole est d'argent mais le silence est d'or...

Jean-Michel LECOCQ : Les bavardes.

Les vacances à Sainte-Maxime, le commandant Tragos les savoure au comptoir son hôtel restaurant.

Un peu plus loin, à une table, deux femmes dégustent leur thé en papotant. Le serveur très prolixe lui confie que le patron les a surnommées les Bavardes, en référence à un tableau de Noëlle Mauret datant de 1989. Effectivement le loufiat montre la toile à Tragos, mais celui-ci n'en n'a rien à faire. Ce n'est pas parce qu'il n'apprécie pas l'art pictural, mais parce qu'il a connu vingt ans auparavant.

Charlotte Visani était médecin légiste à Marseille alors que Tragos venait d'être affecté à l'Evêché au début des années 1990. Il avait travaillé quelques temps avec elle sur certaines affaires, puis elle était partie à l'étranger. Depuis, il est monté en grade mais est toujours en poste à la police judiciaire marseillaise. La compagne de Charlotte, Mélanie, fut également en poste à la Crim, durant dix ans, partie juste avant sa nomination.

Mais ce n'est pas parce qu'il est en vacances que les affaires sont en suspens. D'abord il y a le cas Pavlidis, un truand qui vient de se faire la belle. Il faisait partie en 1980 à une bande appelée les Beaux Gosses, dirigée par Max Germanos et réalisé le braquage d'un fourgon blindé. Les membres de la bande ont été arrêtés, le cerveau de l'opération braquage est décédé dans sa voiture accidentée, et l'argent n'a pas été retrouvé. Mais peut-être y aurait-il eu un des braqueurs qui n'aurait pas été identifié, c'est ce que tout laisse supposer.

Un cadavre est découvert dans le port azuréen. Particularité, il lui manque un bras et la tête. Aucun doute, le coupable voulait dissimuler une marque pouvant l'identifier.

Normalement cette affaire ressort du domaine de la gendarmerie, mais comme Tragos est déjà sur place, et qu'éventuellement ce crime pourrait être mis sur le compte de Pavlidis, il est chargé par son patron de s'atteler à l'enquête. Il se rend à la morgue en compagnie de la toujours belle et sexagénaire Charlotte Visani, qui peut apporter un œil de spécialiste sur ce crime. Tout comme son collègue officiel qui a procédé à l'autopsie, elle remarque que le membre a été découpé dans les règles de l'art.

Tragos, toujours officiellement en vacances, met ses fidèles adjoints sur la piste du meurtrier qui se conduit en Petit Poucet, semant des cadavres autour de Sainte-Maxime mais également dans l'Ariège. Pivlatis est le premier suspecté, lui sur lequel se focalisent tous les soupçons, mais il ne faut pas négliger d'autres pistes, peu apparentes mais réelles.

 

Pour peu que le lecteur lise attentivement le texte, et ne saute pas des lignes ou des passages, si j'en connais qui le font pour avancer plus vite, il se doutera assez rapidement de la solution finale, ou tout au moins de l'identité du coupable. Ou des coupables.

Mais outre l'intrigue, malgré tout bien menée, ce sont les personnages qui gravitent dans cette histoire qui entretiennent l'intérêt. Comme le jeu des acteurs sans qui une pièce de théâtre ne passionnerait pas.

Tragos, policier qui joue parfois avec les règles et n'hésite pas à les enfreindre afin de parvenir à son but, mouillant par là-même ses adjoints, les plaçant dans des positions délicates vis-à-vis des autorités, gendarmerie, procureurs, voire ministère. Vergne, l'ancien, Venot, le jeune, tout est relatif, se voient confier des missions périlleuses. Mais Vergne jalouse plus ou moins son jeune collègue, croyant celui-ci plus dans les petits papiers du commandant, et par ce fait aspirant plus rapidement à une promotion, un grade qu'il pense lui être dévolu vu ses années de bons et loyaux services.

Les Bavardes également, Charlote Visani, l'ancienne légiste, et Mélanie Le Guen, l'ancienne policière, qui interfèrent plus ou moins dans l'enquête et ont été plus ou moins mêlées dans l'affaire des Beaux Gosses trente ans auparavant.

Maud, la jeune journaliste du quotidien local et se comporte en reporter aguerrie, fouillant et n'hésitant pas à donner de son corps pour faire avancer son article. Elle est ambitieuse, certes, mais pragmatique, reconnaissante, et amoureuse.

Sans compter ceux qui sont réduits aux cailloux du Petit Poucet meurtrier, dont on découvre peu à peu les antécédents, et accessoirement les corps.

Pour ses vacances, Tragos a emporté un roman de Linwood Barclay, auteur dont dit Jean-Michel Lecocq en exergue : Un des meilleurs conteurs que je connaisse...

Linwood Barclay, j'en ai entendu parler, mais je n'ai rien lu de lui. Et ce n'est pas près d'arriver, car si Jean-Michel Lecocq effectue de temps à autre un résumé de ce que Tragos vient de lire, le policier ne semble pas passionné. En effet, du 17 juin 2012, au 6 juillet, de la même année je vous rassure, Tragos n'a pas le temps de lire entièrement ce livre. Une hérésie, même s'il a d'autres occupations, car au début tout du moins, il a du temps libre.

 

Jean-Michel LECOCQ : Les bavardes. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution le 3 octobre 2016. 276 pages. 12,90€.

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 10:34

Oui, c'est nous les fameux corsaires

Les rois redoutés de la mer

Jean-Marie PALACH : Sabre d'or. Les aventures de Loïc le corsaire.

Qui de nous n'a jamais vibré, lors de son enfance ou adolescence, aux exploits littéraires ou cinématographiques des corsaires et des pirates ?

Ce roman nous permet de retrouver les frissons qui n'étaient pas dus au froid durant les longues soirées journées d'hiver passées à lire. Le temps n'existait plus, nous recevions cachés sous la couette les embruns de plein fouet, nous nous lancions conquérants à l'abordage, nous vibrions au cliquetis des armes blanches, au tonnerre des canons, aux cris des combattants, aux plaintes de douleur des blessés...

Longtemps j'ai confondu corsaires, pirates, boucaniers et flibustiers. Les corsaires avaient un ordre de mission du roi et devaient combattre l'ennemi, et apporter au royaume or et denrées rares. Les pirates étaient les brigands des mers et travaillaient pour leur propre compte. Ceci précisé, intéressons-nous maintenant à Loïc, le jeune héros de cette histoire qui, je l'espère, en vivra d'autres.

En l'an de grâce 1711, deux navires de l'escadre de René Duguay-Trouin, le célèbre corsaire du roi Louis XIV, s'apprêtent à mouiller dans le port de Saint-Malo de l'Isle. Loïc, quinze ans, beau, blond comme les blés avant la moisson, et déjà bien charpenté, sert les marins dans la taverne tenue par son oncle. Il n'a pas de père, tout au moins déclaré, et sa mère, après avoir vécu de belles années à la cour versaillaise, a connu la déchéance. Elle s'est prostituée et maintenant c'est une vieille femme qui végète dans un débarras attenant au café.

Avec ses camarades, dont il est devenu le chef naturel, malgré l'opposition des parents qui n'apprécient pas du tout que leurs gosses fréquentent un fils de putain, il veut s'approcher au plus des navires mais ils en sont empêchés par la soldatesque. Qu'importe, ils se dirigent dans les dunes malgré l'interdiction.

Un marin apparait, mal en point et s'effondre. Les adolescents s'enfuient sauf Loïc qui s'approche et soigne le malheureux qui lui souffle les consignes pour le requinquer. Seulement, le lendemain, alors qu'il vaque dans la taverne, le prévôt accompagné de gens d'arme, pénètre dans l'établissement et veut procéder à son arrestation pour avoir désobéi aux ordres. La belle marquise, ainsi fut surnommée la mère de Loïc, tente bien de s'interposer mais en vain et il leur est signifié par le prévôt qu'ils sont bannis de la cité et qu'ils doivent déguerpir au plus vite. Heureusement Duguay-Trouin, au même moment, s'introduit dans l'auberge, accompagné de quelques marins et de son second, Jean Doublet, qui n'est autre que l'homme rescapé par Loïc.

Les affaires s'arrangent et Loïc est embauché comme mousse sur L'Invincible. Son tuteur, Grand Timon, ne peut que se réjouir d'une telle recrue qui apprend vite, se montre même parfois trop entreprenant, brave, courageux, apprécié des autres marins.

L'escouade se dirige vers Rio de Janeiro, où les corsaires ont quelques comptes à régler avec les Portugais mais une tempête se profile à l'horizon. Pris dans la tourmente, les navires se trouvent éparpillés. Grâce à Loïc et à son initiative, malgré les objurgations de Grand Timon et du capitaine, L'invincible ne sombre pas.

Mais d'autres dangers guettent le navire. D'abord avec une frégate anglaise, puis une portugaise. Loïc, par sa bravoure et sa gentillesse est estimé. Il se fait un ami de Clément l'indiscret, mousse de son âge, toujours à l'affût de ragots qu'il colporte avec un malin plaisir. Seul le médecin-chirurgien du bord, Simon le barbier, un homme renfrogné, solitaire, reste pour lui une énigme. Et Loïc rencontrera sur sa route la jeune et belle Lisboète Amalia mais n'est-ce pas un danger de plus ?

Quoi qu'il soit, l'île de la Tortue est en vue mais elle semble déserte. 

 

Ce roman destiné aux jeunes de 9 à 99 ans, voire plus si affinités, me fait penser à ceux écrits à l'origine pour des adultes mais qui sont tombés dans le domaine juvénile justement de par leurs qualités.

L'île au trésor de Robert-Louis Stevenson, L'ancre de miséricorde de Pierre Mac Orlan, Les révoltés de la Bounty de James Norman Halle et Charles Nordhoff, même titre mais en nouvelle par Jules Verne, Le Mousse d'Hector Malot, voire Romain Kalbris du même auteur, Le galion d'or de Franck Crisp, et combien d'autres dont Capitaines courageux de Rudyard Kipling, Pêcheurs d'Islande de Pierre Loti, qui possèdent une parenté avec la mer et ses dangers, les corsaires, les voyages au long cours.

Naturellement ce roman possède ce qu'un jeune septuagénaire, lecteur compulsif, ce que d'aucun pourrait appeler des clichés. L'enfant orphelin de père, dont la mère fut une ancienne prostituée, le côté hasard heureux avec la rencontre inopinée d'un marin malade et que Loïc va soigner, le courage, la témérité même du mousse qui sabre en main se défend comme un beau diable et dont les prouesses magnifiées par les rayons du soleil se reflétent sur son arme, une action qui lui fournit son surnom, la touche romantique avec Amalia, et d'autres ingrédients dont le secret de Simon le barbier.

Mais tout ceci s'agence avec un entrain communicatif, une fougue liée à la jeunesse, un plaisir évident de la part de l'auteur de retrouver quelques belles pages engrangées issues de son enfance et de faire partager les émois et les émotions ressentis lors de ses lectures de jeunesse aux plus jeunes, et pourquoi pas aux plus anciens.

Jean-Marie PALACH : Sabre d'or. Les aventures de Loïc le corsaire. Editions du Volcan. Parution 14 novembre 2016. 176 pages. 12,00€.

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 13:38

Hommage à Phyllis Dorothy James décédée le 27 novembre 2014 à l'âge de 94 ans.

P. D. JAMES : Sans Les mains.

Adam Dalgliesh, inspecteur de police londonien, rend visite à sa tante sur la côte du Suffolk.

Il veut se changer les idées, les esprits, se mettre au vert, après une enquête particulièrement pénible. De plus il a à résoudre une affaire de cœur : doit-il épouser ou non Déborah ? Mais ces quelques jours qu’il s’octroie afin de faire sa mise au point sentimentale vont être perturbés par la découverte d’un cadavre aux mains coupées, flottant au fond d’un canot.

Il s’agit de Maurice Seton, un auteur de romans policiers. Pourquoi cet assassinat et cette mise en scène morbide ?

C’est l’inspecteur Reckless qui mène l’enquête, enquête que suit de loin Dalgliesh et dans laquelle se trouvent impliqués sa propre tante et ses voisins. Voisins qui d’ailleurs ont tous un rapport avec la littérature, soit comme écrivain, soit comme critique littéraire.

Une enquête qui réservera bien des surprises aussi bien à Dalgliesh qu’à son homologue Reckless lequel ne souhaite aucune intrusion, même de la part d’un célèbre collègue londonien.

 

P. D. James déploie dans ce roman toute la palette d’un savoir-faire aux touches subtiles, délicates, savamment dosées, que ce soit dans la description d’un paysage ou la présentation d’un personnage.

Sans les mains est un suspense psychologique au final cataclysmique !

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

P. D. JAMES : Sans Les mains. (Unnatural Causes - 1967. traduction Lisa Rosenbaum). Fayard/Mazarine. Parution 21 novembre 1989. 240 pages 13,80€. Réédition Le Livre de poche N°6835. Parution le 03/01/1990 256 pages.

Réédition format Kindle 16 octobre 2016. 2,99€.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 14:00

Oh Marie si tu savais
Tout le mal que l'on me fait
Oh Marie si je pouvais
Dans tes bras nus me reposer

Denis FLAGEUL : Jagu.

Dix ans qu'il n'était pas revenu à Guingamp, cette charmante cité costarmoricaine qui accueilli durant des décennies les futurs appelés pour effectuer leurs trois jours.

Et en débarquant sur les quais de la gare, Guénolé Le Maout plus familièrement surnommé Guéno, se sent un peu perdu, lui qui sort de deux ans de taule, pour des bricoles non avouables mais qu'il a fini par avouer, dans la capitale. En attendant la correspondance pour Paimpol, le train vert avec ses trois voitures, il s'enfile quelques bières dans un troquet. Pas grand monde dans l'établissement, juste une fille un peu plus loin. Son regard est attiré par ses cheveux bruns courts. Comme s'il l'avait déjà vue, voire connue.

Allez, c'est l'heure de monter dans la micheline. Paimpol, ses mythiques falaises, chantées par Théodore Botrel, le bout du voyage. Et sur le quai, un contrôleur qui l'interpelle. Malard, l'ineffable Malard, un ancien condisciple, dont il a du mal à se débarrasser.

Guéno trouve réconfort et soutien auprès de Serge, un ami, un vrai, qui tient un bar à Paimpol. Serge ne lui demande rien, pas même de raconter ses années de galère. Il lui propose, pour s'occuper, de retaper un appartement qu'il vient d'acquérir et lui prête la maison de ses parents à Guingamp afin qu'il ait un pied à terre où se loger. Marché conclu.

Guéno fera donc tous les jours le trajet Guingamp-Paimpol aller-retour. Ce n'est pas le Transsibérien, celui qui va à Moscou, la ville aux mille et trois clochers et aux sept gares d'après Cendrars, un auteur qu'il lit et relit avec plaisir, mais ce train aux trois voitures va l'emmener dans une aventure mouvementée.

D'abord il reconnait sa belle inconnue lorsqu'elle monte en gare de Traou-Nez, une gare à l'abandon. Les voyageurs qui désirent descendre doivent prévenir le contrôleur, tandis que ceux qui veulent monter font du train-stop. Oui, c'est bien elle, celle qu'il appelait Cousine, comme la plupart de ses condisciples. Cousine, de son prénom Marie-Jeanne, mais plus familièrement Marie tout court.

Il revoit Marie, tous les jours. Marie qui est contente de le voir. Bref ils sont contents tous les deux de se voir, de se revoir, de parler ensemble le temps du trajet, de prendre un pot ensemble, de partager le même lit, chez elle, dans un vieux manoir de Traou-Nez.

Seulement, car bien évidement il existe un seulement, Marie n'est pas seule. Elle a perdu son père et son jeune frère dans un accident, sa mère est décédée ensuite, et il ne lui reste plus que son frère Richard. Mais Guéno ne le sent pas Richard, et encore moins Tino, cet homme aux yeux de poisson mort d'amour qui l'accompagne en permanence mais ne dit rien.

Cherchez la femme disait, ou plutôt écrivait, Alexandre Dumas dans Les Mohicans de Paris. Là, Guéno n'a pas eu besoin de la chercher, il l'a trouvée, seulement il a également trouvé son frère et le copain de celui-ci. Et les ennuis qui se profilent à l'horizon, plus rapidement que la micheline qui effectue le trajet Guingamp-Paimpol, vont bientôt s'abattre sur les épaules du pauvre Guéno qui n'en demandait pas tant. Et tous ça à cause d'une histoire de vengeance.

 

C'est un beau roman, c'est une belle histoire comme chantait Michel Fugain. Le lecteur se trouve transporté dans une histoire courte mais intense. Sous cette histoire d'amour se cache une sombre intrigue ferroviaire qui nous ramène au bon vieux temps des déplacements au cours desquels le voyageur pouvait s'intéresser au paysage, et dont les voitures ne sont pas bondées.

Mais cette nostalgie ne dure guère car outre l'aspect touristique pas trop appuyé mais avec des lieux de passage remarquables, comme le château de La Roche-Jagu ou le viaduc du Trieux, ce sont bien les personnages auxquels il faut s'intéresser. Guéno, dont le passé est juste effleuré, Marie dont le passé recèle bien des drames, Malard le contrôleur qui effectue les navettes en réclamant les billets avec une pointe de facétie, et les deux vilains car il en faut bien dans toute histoire noire qui se respecte.

Nous sommes loin de la Madone des Sleepings, quoi que, mais cette idée du Transsibérien qui trottine dans la tête de Guéno nous y fait penser insidieusement. Ainsi que de lire, ou relire Blaise Cendrars. Mais indépendamment de ces deux réflexions, c'est l'ambiance même du roman qui fascine.

Un court roman aux courts chapitres, légèrement déstructuré, avec un épisode qui s'intercale dans la narration du retour de Guéno au pays et cette rencontre avec Marie et la suite. Si au départ, du train, cela peut sembler perturbant, le rythme prend tranquillement sa cadence, et ces intercalaires sont comme autant de stations dans ce voyage dramatique.

Denis FLAGEUL : Jagu.

Denis FLAGEUL : Jagu. Collection Goater Noir N°16. Editions Goater. Parution le 24 novembre 2016. 160 pages. 16,00€.

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 06:34

Oh mon bateau...

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer.

Planté devant sa fenêtre, Louis Gonidec scrute l’horizon, la mer en proie à la colère du vent de décembre.

Malgré le tiraillement qu’il ressent dans le bras gauche, il stationne jusqu’à ce qu’enfin il aperçoive ce qu’il espère et redoute à la fois. Une barque, une fluorescence qui flotte rapidement sur l’eau, entre Erquy et Fréhel. Absorbé, il ne voit pas le temps passer.

Viviane, sa maitresse… de maison, monte se coucher tandis que lui reste devant la croisée, avant de s’intéresser à ses documents et ses tableaux. Des marines, dont des toiles de Méheut et Böcklin, puis il sort.

Lorsqu’il rentre il se retrouve nez à nez avec deux personnages qui sont en train de dévaliser sa bibliothèque. Une attaque, une douleur dans la poitrine et Louis tombe à terre. Viviane réveillée par le vacarme descend précipitamment, mais ne peut que constater le départ des intrus et apercevoir Louis gisant. Les gendarmes procèdent aux premières constatations mais Viviane ne peut accompagner Louis plongé dans le coma à l’hôpital, n’étant pas de la famille.

Irène, la fille de Louis et Armel son mari armateur, ainsi que Mona une de ses petites-filles, arrivés aussitôt sur les lieux du drame, doivent procéder à un inventaire. Entre Mona et ses oncle et tante, l’entente ne règne guère. Ils ne voient que par Murielle, leur fille, mariée à un homme destiné à la politique et à un avenir prometteur.

L’inventaire est long, mais avec un peu de méthode, Mona et Murielle se rendent compte que des dossiers contenant des documents et deux tableaux ont disparu. Murielle repart, ses parents aussi, ils ont autre chose à faire, et Mona s’accroche. Elle était attachée à Grand-Pa, et des photos réveillent ses souvenirs. Murielle, la pleurnicheuse, Richard et elle sur la grève. C’était il y a vingt ans de cela. Depuis Mona est étudiante en histoire de l’art, elle a des problèmes financiers, mais malgré tout elle s’accroche à ce larcin et l’énigme qui en découle.

Les deux voleurs ont perpétré leur forfait à la demande d’un certain Kovalsk, mais les inimitiés, les dissensions s’installent dans le petit groupe et l’un d’eux s’enfuit, jetant dans une benne à ordures le sac contenant les documents, ne gardant par devers lui qu’un paquet assez volumineux.

 

Dans une ambiance frisant le fantastique, Denis Flageul nous entraîne dans une histoire dont l’un des éléments principaux est le Bag Noz, la barque de nuit, censée convoyer les personnes péries en mer.

Et la dernière victime de l’année, tout comme pour l’Ankou sur terre, deviendra le nouveau marin, le pilote de cette embarcation. Une superstition, une légende qui est ancrée dans l’imaginaire populaire breton.

Mais est-ce vraiment une affabulation ? Tout pourrait porter à le croire, sauf que les témoignages concernant la vision de cette barque flottant au dessus de l’onde par des personnes apparemment dignes de foi et relatée dans différents journaux locaux dans les années 1960 abondent.

Le fantastique nous entoure, il suffit pour le percevoir de montrer un peu de bonne volonté. L’intrigue qui en elle-même est plaisante, nous permet de voyager dans les Côtes d’Armor avec des intrusions en Ille et Vilaine, entre terre et mer.

Le Grand-Pa, Louis Gonidec, recherche ses racines et possède une quantité impressionnante de livres, de documents sur la vie maritime des siècles précédents, des tableaux achetés dans des brocantes et qui se révèlent être de valeur.

Et de nombreux lecteurs acharnés pourront se retrouver en ce personnage sympathique. Sûrement plus que certains de ses ancêtres. L’épilogue peut éventuellement laisser sur sa faim, mais avec un peu de fantaisie imaginative, vous pouvez continuer l’histoire en lui collant le dénouement qui vous agrée.

Denis FLAGEUL : Fantôme de mer. Collection Polar & Grimoire. Edition Terre de Brumes. Parution 20 octobre 2011. 160 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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