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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 08:59

C'était la bande aux Bonnot !

Pascal GARNIER : Laissez-nous nos Bonnot !

Ils ne sont pas méchants, les Bonnot, mais ils dérangent. Surtout le directeur du supermarché qui veut agrandir son parking, afin d'accueillir encore plus de chalands, et par voie de conséquence, engranger plus d'argent. Naturellement, cette dernière assertion, c'est moi qui l'affirme, mais ce n'est pas innocent, avouez-le.

Les Bonnot sont arrivés un beau jour, venant d'on ne sait d'où, dans une vieille fourgonnette déglinguée, et se sont installés sur le terrain vague à côté du supermarché. Il y a le père et la mère, et une tripotée d'enfants qui ont perdu leurs prénoms et ont été surnommés à cause de leurs particularités physiques évidentes. Ainsi la fratrie est composée de Bonnot-la-Morve, Bonnot-deux-fois (parce qu'il bégaie), Bonnot-Bossu, Bonnot-Boiteuse, Bonnot-Bigleuse...

Thomas, le narrateur, est copain avec Bonnot-Beau, le moins moche des frères et sœurs. Et ils se retrouvent souvent à pêcher ensemble dans un cours d'eau, qu'ils trouvent beau à cause des reflets irisés produits par l'essence qui y stagne. La pêche est souvent fructueuse en boites de conserves, un guidon de vélo, une botte caoutchouc et autres frivolités dispersées par des individus qui n'en avaient plus besoin. De toute façon, les Bonnot sont habitués à récolter ce genre de détritus car pour survivre ils récupèrent des objets en ferraille, en plastique, en carton, et il les revendent à des brocanteurs pour une poignée de dollars, je veux dire d'euros.

Tom, il préfère qu'on l'appelle ainsi car ça fait plus héros, est également copain avec quelques élèves de son école. Et lorsque Bonnot-Beau lui apprend que lui et sa famille vont déménager, le directeur du supermarché venant d'acquérir le terrain vague, il décide de les engager dans la défense des pauvres démunis. Ce sont encore des enfants qui ne pensent pas et ne réagissent pas comme des adultes. Aussi les propositions émanant de Carlos, Maxime, Nadège, Lucas fusent mais ne sont pas toujours adaptées, même s'ils empruntent les idées des grands. Ils s'enchainent aux chariots, brandissent des pancartes "Laisser nous nos Bonnot" (oui, je sais il y a une faute d'orthographe, mais ce n'est pas moi qui ai rédigé l'inscription), ce qui rend le directeur furieux, les chalands embêtés, et la police débouler. Un coup d'épée dans l'eau.

 

Ainsi lorsque Carlos émet l'idée de faire sauter le supermarché avec de la dynamite, Maxime lui rétorque que cela coûtait très cher et qu'on n'en vendait pas aux enfants qui n'étaient pas Corses !

Alors, Tom, qui est plein de ressources, déclare :

Faut faire une manif, comme celles qu'on voit à la télé, on s'enchaine au caddies et on refuse de bouger tant qu'il n'y aura pas eu d'accord avec le patronat.

Seulement il ne sait pas trop quoi répondre à la question qui lui est posée : C'est quoi le patronat ?

Il ne peut que répliquer : C'est des méchants.

Bon d'accord, c'est un peu abrupt comme répartie, mais pas tout à fait inexact. On ne le dira jamais assez la vérité sort de la bouche des enfants.

Amusant, ce roman, certes, mais donnant à réfléchir, et pas seulement qu'aux gamins, même s'il est destiné à une tranche d'âge de dix à douze ans.

 

Le thème du rejet d'une famille, voire plus, par des adultes pour des raisons diverses, incompatibilité d'humeur, racisme, sectarisme, ou ici pour des raisons strictement financières, a toujours été plus ou moins traité par Pascal Garnier dans ses romans pour adultes et adolescents.

Mais il ne le fait pas ici brutalement, en énonçant des faits, mais par la bande, avec humour, corrosif parfois. Il faudra un petit coup de pouce malicieux du destin pour que tout se débloque. Car il faut bien une morale positive dans un roman pour juvéniles. Dans la réalité, ce n'est pas toujours ce genre de morale qui prévaut.

Pascal Garnier, que ce soit pour les adultes ou les enfants, ne s'est jamais trompé de cible, et ses propos ont toujours été empreints de cet humanisme qui souvent fait défaut aux adultes, et principalement aux politiques, aux économistes, et aux financiers dont l'esprit obtus se limite au nombre de voix qu'ils peuvent récolter par leurs déclarations qui vont dans le sens du poil du plus grand nombre, ou qui privilégient le portefeuille de ceux qui en ont déjà assez.

 

Première édition Collection Pleine Lune. Editions Nathan Jeunesse. Parution 17 avril 2001. 88 pages.

Première édition Collection Pleine Lune. Editions Nathan Jeunesse. Parution 17 avril 2001. 88 pages.

Ce roman est disponible chez l'éditeur au prix de 0,80€ ! Voir ci-dessous :

Une sélection de romans de Pascal Garnier :

Pascal GARNIER : Laissez-nous nos Bonnot ! Réédition Editions Lire c'est Partir. Parution 2010. 96 pages. 0,80€.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 06:33

Nick Carter est immortel !

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique

Je vous tiens pour un des très rares contemporains qui ont incontestablement des droits à mon estime. Mais il me plait de vous prendre, vous et vos talents, pour vous prouver à vous-même combien vaine et méprisable est l'intelligence humaine, et combien les plus habiles d'entre les hommes sont livrés à ma merci. En conséquence, à partir de ce moment, je vous poursuivrai sans pitié; mais cela ne veut pas dire que je désire, provisoirement du moins, déterminer votre mort. Que vous deviez, tôt ou tard, périr de ma main, cela va de soi, car j'ai décidé de vous choisir pour le jouet de mes caprices, et j'ai définitivement réglé votre sort.

Signé Dazaar.

 

La guerre est déclarée entre l'expéditeur du pli qu'est en train de lire Nick Carter et le détective. Mais qui est ce mystérieux correspondant, qui promet des joyeusetés incommensurables en matière de torture et de jouer avec lui comme le chat avec la souris, et dans quelles conditions cette missive est-elle parvenue à Nick Carter, c'est ce que nous allons tenter d'expliquer.

 

Alors qu'il est en train d'étudier un dossier dans la pièce qui lui sert de bureau, dans son pavillon new-yorkais, Nick Carter est dérangé par sa vieille gouvernante. Un homme du nom de Thompson désire s'entretenir avec lui. Cet homme lui apprend que sa vie est menacée, tout comme celle du détective d'ailleurs. Craintif il regarde autour de lui et débite son laïus :

Il y a actuellement à New-York un homme qui n'inspire tout d'abord que respect et admiration. Il est doué d'une intelligence vraiment surprenante; il possède les qualités de l'homme d'Etat et du diplomate; il s'est assimilé les connaissances qui font l'érudit et le savant, et maintes il m'a fait l'effet d'avoir emprunté à Protée le don des métamorphoses.

Et il continue sa description en affirmant que sous cette noble et séduisante apparence se cache un monstre qui se fait appeler Dazaar et parfois le cheik Adi. A ce moment un poignard se fiche dans la table, ayant traversé et cassé l'un des vitraux de la porte de communication entre les deux salons. Une arme particulière dont la lame est affutée des deux côtés et qui avec la garde représente une croix.

Aussitôt Nick Carter demande à ses deux fidèles amis et hommes de main, Patsy et Ten Itchi, de courir dans la rue à la poursuite du lanceur de dague. D'autres dagues ont été lancées dans l'huisserie de la porte d'entrée et dans la serrure, retardant la sortie des deux hommes. Lorsque Carter revient dans la pièce où il a laissé Thompson, celui-ci est décédé d'une arme similaire plantée en plein cœur.

Après une nuit agitée, Carter reçoit donc la fameuse missive dont il est question au début de cet article.

 

Et c'est ainsi que Nick Carter va connaître une aventure en neuf épisodes contre Dazaar, neuf épisodes mouvementés durant lesquels sa vie sera en danger mais sortant vainqueur des affrontement à chaque fois. Ce qui est normal puisque Dazaar a promis de le faire souffrir et de jouer avec lui le plus longtemps possible.

Le plus étonnant pour Nick Carter est de constater que cet ennemi possède non seulement de multiples identités, de multiples visages, mais qu'il possède le don d'ubiquité. Et que telle l'hydre de Lerne, Dazaar vaincu, emprisonné, voire suicidé, vit toujours, matérialisé en sept individus.

Encore plus étonnant et surprenant, l'apparition d'abord éthérée d'Irma Plavatsky, avec laquelle il devait se marier cinq ans auparavant et est décédée à Paris, enterrée au Père-Lachaise. Plus incompréhensible est de la revoir physiquement possédant une double personnalité. Elle ne se souvient pas de lui puis elle recouvre sa lucidité durant quelques minutes et retourne dans son rêve éveillé, mélangeant la fiction et la réalité. Mais bien vivante est son ancienne gouvernante, qui l'accompagna jusqu'à ses derniers moments, madame Aïra, qui vit dans une maison abritant Irma ou son double.

Les affrontements, les confrontations entre le détective et Dazaar seront donc nombreux et mortifères, surtout pour des connaissances du détective, pour des policiers dépêchés par son ami l'inspecteur McClusky, pour ses amis, dont Patsy qui se trouve souvent en mauvaise position, et les moyens employés sont divers et variés.

Ainsi il assiste, impuissant, à la combustion d'une dizaine de policiers transformés en torches vivantes sous l'impulsion d'un produit qui plus tard se révélera être du radium.

Mais sa faculté de pouvoir se grimer et changer totalement d'allure, d'apparence, quelque soit le lieu où il se trouve, lui permet souvent d'échapper à ceux qui sont lancés à ses basques ou de les suivre dans leurs déplacements. Et heureusement, il peut compter également et surtout sur Ten Itchi, qui ne se contente pas de veiller sur l'intégrité physique de son maître, mais doit résoudre une mission à lui confiée.

Mais qui est Dazaar qui fait trembler tant de personnes ? Selon certains, il serait d'origine tibétaine et posséderait d'étranges pouvoirs mis au service de ses pièges, se montrant un tortionnaire intraitable, cruel, impitoyable. Et ce n'est pas pour rien qu'il est surnommé l'Immortel Maléfique. Et lorsque Nick Carter et son ami McClusky pensent pouvoir lui mettre le grappin dessus, ils déchantent rapidement. Le dangereux malfaiteur n'est plus dans la maison où il a élu domicile mais dans une autre propriété, de l'autre côté de l'Hudson, deux endroits reliés par un tunnel sous le fleuve. Il est entouré de nombreux séides nommés les Adorateur du Diable.

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique

Réunis dans ce fort volume neuf histoires qui se suivent et se complètent et qui à l'origine étaient publiées sous forme de fascicules de 32 pages, démontrant l'imagination fébrile, sans faille et inépuisable de l'auteur (ou selon les histoires, des auteurs), imagination qui offre moult péripéties sans traîner en longueur. Les événements s'enchaînent inexorablement, pour la plus grande joie du lecteur, qui peut souffler entre deux épisodes avant de repartir à l'assaut des aventures épiques de Carter et consorts. Ces fascicules étaient hebdomadaires et si le lecteur attendait avec impatience la suite, il pouvait se changer l'esprit en lisant, à la même époque, les aventures de Buffalo Bill alias William Cody, et autres héros de papier ou non. Je me permettrai même d'ajouter que les auteurs actuels, qui aiment à délayer leur prose, n'ont rien inventé en ce qui concerne les aventures rocambolesques dont ils aiment faire profiter leur héros, mais qu'ils devraient prendre modèle sur la concision des textes tout en les truffant de péripéties improbables et palpitantes afin d'entretenir l'intérêt du lecteur.

 

Ces neuf épisodes sont précédés d'une excellente préface signée Francis Saint-Martin, qui développe en une quarantaine de pages la naissance de Nick Carter, puis ses différents avatars jusque dans les années 1980, avec pour les éditions françaises Noël Ward comme scripteur ou côté américain Michael Avallone. Dans sa postface Marc Madouraud, chercheur impénitent et passionné, décrit le parcours des aventures de Nick Carter, à l'écran, avec notamment Eddie Constantine, sur les ondes et sur papier, là aussi en une quarantaine de pages. Ces deux préface et postface sont largement pourvues, tout comme les épisodes, de reproductions photographiques des couvertures des aventures de Nick Carter en fascicules ou en livres. Ne serait-ce que pour ces deux textes fort documentés, l'achat de cet ouvrage, indispensable dans une bibliothèque qui se veut complète, éclectique, représentative d'une culture littéraire populaire, serait amplement justifié.

 

Au sommaire donc:

Préface de Francis Saint-Martin.

La maison des Sept démons. Première publication dans New Nick Carter Weekly N°372. 13 février 1904.

La Reine des Sept. N°373. 20 février 1904

Une empreinte énigmatique. N°374. 27 février 1904.

Les adorateurs du Diable. N°375. 5 mars 1904.

Descente de Dazaar aux enfers. N°376. 12 mars 1904.

Le dernier des mystérieux Sept. N°377. 19 mars 1904

Revenu de la tombe. N°394. 16 juillet 1904.

Un pacte avec Dazaar. N°395. 23 juillet 1904.

Mort de Dazaar. N°396. 30 juillet 1904.

Postface de Marc Madouraud

Nick CARTER, le grand détective américain contre Dazaar, l'Immortel Maléfique (traduction de Jean Petithuguenin). Préface de Francis Saint-Martin. Postface de Marc Madouraud. Collection Baskerville. Editions Rivière Blanche. Parution septembre 2016. 554 pages. 42,00€.

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 11:26

Bon anniversaire à Peter Lovesey

né le 10 septembre 1936.

Peter LOVESEY : Un flic et des limiers

Lorsque l'on n'est pas d'accord avec son supérieur, le meilleur moyen de ne plus l'avoir sur le dos est de démissionner.

C'est ce qu'a fait Peter Diamond, héros de Un flic en voie de disparition. Seulement le métier d'enquêteur, Diamond l'a dans la peau. Aussi après avoir résolu avec brio l'affaire Mountjoy dans La convocation, il a repris ses activités et est superintendant à la police criminelle de Bath.

Il s'aperçoit rapidement alors qu'il enquête sur la mort de Sid Towers, un gardien de nuit, qu'il est confronté à un crime en local clos, plus précisément sur une péniche appartenant à Milo Motion, adhérent comme lui à une Société des amis du roman policier, Les Limiers.

Or Motion est en possession d'un timbre-poste qui possède deux particularité : celui d'être le plus cher au monde et d'avoir été volé quelques jours auparavant.

 

Peter Lovesey avec Un flic et des limiers parodie avec humour le roman d’énigme et le problème du meurtre en chambre close sans oublier de nous proposer son point de vue sur le roman policier en général par le truchement de ses personnages, véritables amateurs de littérature policière qui se chamaillent parce qu’ils ne possèdent pas les mêmes goûts.

J’aime que le livre réponde à toutes les interrogations qu’il soulève déclare l’un des protagonistes. Et chacun de se livrer à l’apologie du genre qu’il préfère, dénigrant les autres formes de littérature policière. Rien que ce préambule, dont l’action se passe dans la crypte d’une chapelle, vaut le détour.

Mais il ne faut pas oublier que Peter Lovesey a construit un véritable roman à énigme, dont l’intérêt ne réside pas uniquement sur les joutes orales des protagonistes ou dans la résolution de l’énigme d’un meurtre en chambre close et dont le tout est en fait un véritable petit bijou jubilatoire.

 

Peter LOVESEY : Un flic et des limiers (Bloodhounds - 1997. Traduction Stéphane Trieulet). Le Masque N° 2369. Edition Librairie des Champs Elysées. Parution 15 avril 1998.

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 12:59

L'ouverture d'un testament est toujours un moment crucial !

Bob GARCIA : Le testament de Sherlock Holmes

Le célèbre détective Sherlock Holmes vient de décéder et ses vieux amis ou compagnons d’enquêtes sont conviés par le notaire Holborne afin d’assister à l’ouverture du testament.

Participent à cette petite réunion bien évidemment le bon docteur Watson, le biographe officiel et ami de toujours, Mycroft, le frère de Holmes, ainsi que le commissaire Lestrade, ce policier qui a su prendre à son compte quelques unes des réussites du détective amateur afin d’en retirer tout bénéfice dont celui de la promotion.

Le testament en question est composé d’un manuscrit et d’une enveloppe. Le manuscrit a été rédigé quelques années par Watson et relate quinze affaires qui vont se rejoindre pour ne plus en faire qu’une. Le document comporte pas moins de mille pages et doit être lu d’une traite, toutefois quelques pauses sont permises afin que les quatre personnages puissent satisfaire quelques besoins naturels comme se sustenter.

A l’origine de cette enquête la mort d’un journaliste dans une geôle de l’une des prison les mieux gardées d’Angleterre. Il devait rencontrer un prisonnier mais non seulement celui-ci s’évade mais le journaliste lui aussi disparaît. Pas pour longtemps car Holmes appelé à la rescousse découvrira le corps du reporter.

Seulement peu après le cadavre d’une gamine, les mains sectionnées est découvert sur les quais de Londres. S’enchaînent d’autres meurtres qui ont pour point commun une croix renversée. L’emblème religieux est soit concrétisé par un objet, soit figuré de manière symbolique.

 

Les puristes regimberont peut-être car le Canon de Sherlock Holmes n’est pas vraiment respecté dans cet ouvrage de 400 pages dans lequel l’intrigue foisonne et ne met pas vraiment le détective, sauf lors de l’épilogue, en valeur.

Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une aventure peu conventionnelle dans laquelle l’auteur et le lecteur s’amusent de concert, tout au long d’une intrigue foisonnante plus rigoureuse qu’il y paraît de premier abord.

Bob Garcia qui n’avait à son actif et à cette époque que deux romans policiers, a réussi à se renouveler entre L’Ipotrak Noir, paru chez E-Dite et cet ouvrage. Même si le lecteur pointilleux retrouvera au moins un personnage apparaissant en filigrane dans le premier roman cité et qui trouve son plein emploi dans celui-ci.

 

Bob GARCIA : Le testament de Sherlock Holmes. Editions du Rocher. Parution 3 février 2005. 408 pages. 20,20€.

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Published by Oncle Paul - dans Roman Policier et Noir
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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 12:25

Alexandre Dumas, l'inventeur du Guide du Routé, du Petit Futard et de l'ami Chelin...

Alexandre DUMAS : Voyage en Russie.

Et plus que ça encore, car dans cet énorme volume, plus de 800 pages petits caractères d'imprimerie, il nous offre toute la palette de ses talents de conteur.

Même s'il préfère se cataloguer autrement : Je suis auteur dramatique avant d'être romancier, et, en ma qualité d'auteur dramatique, je dois exposer mes personnages. Car il ne s'agit pas ici de relater un circuit, quoique présenté dans ses explications préliminaires, mais bien de narrer tout ce qui s'y rattache, historique des personnages y compris et surtout, ainsi que conditions de voyages, anecdotes, et autres.

Antérieur au Voyage dans le Caucase, Voyage en Russie débute par :

Je ne sais, chers lecteurs, si vous vous rappelez qu'un jour - il y aura bientôt vingt-quatre ans de cela - j'ai dit : Je ferai le tour de la Méditerranée; j'en accomplirai le périple; j'écrirai l'histoire de l'ancien monde, qui n'est rien d'autre que l'histoire de la civilisation.

Rédigés sous forme de Causeries, dont Alexandre Dumas était habitué et que l'on appelle de nos jours Conférences, les impressions de voyages sont régulièrement transmises par l'auteur au Monte-Cristo. Journal hebdomadaire de romans, d'histoire et de voyage et de poésie entre le 15 juillet 1858 et le 28 avril 1859. Puis ce sera dans Le Constitutionnel puis à nouveau dans le Monte-Cristo, nouvelle formule.

 

Avant de nous mettre en route, il convient que nous vous fassions faire connaissance avec nos compagnons de  voyage.

Et débute la narration de quelques chapitres dans lesquels il raconte comment il a fait la connaissance de ses hôtes, la famille Kouchelef-Bezborodko, les antécédents de ses membres, en remontant à l'impératrice Catherine, commentant des épisodes épiques ou amusants. Puis il présente les autres membres de cette équipée, avec toujours en tête de remonter à l'origine ou presque de ses compagnons de voyage, accumulant les détails savoureux et historiques.

Car plus que la géographie d'un lieu, le décor, les paysages qu'il traverse, Dumas s'intéresse à l'histoire. L'histoire d'un pays et l'histoire de ceux qui ont servi ce pays, qui y sont nés, les divisions, les combats, les rivalités, les oppositions entre les hommes, leur allégeance, la prépondérance des femmes dans certains destins.

 

Ainsi il s'étend longuement sur la jeunesse, l'adolescence et son intronisation comme Tzar de Pierre 1er dit le Grand, ses guerres contre les Tatars et les Suédois, la construction de Saint-Pétersbourg, son mariage avec Catherine, son antagonisme avec son fils Alexis, le court règne de Catherine... Il est à noter que les historiens se contentent de signaler que Catherine avant d'être sa femme fut la servante de Menchikov puis la sienne. Or Dumas qualifie Catherine lors de cette période d'esclave.

Mais avant d'entamer la saga des Romanof, Dumas s'en prend de façon assez virulente à Voltaire et à son Histoire de la Russie. Et celui qui si souvent a été accusé de jongler avec l'Histoire, de la réécrire (ce qui entre nous était logique puisqu'il était romancier et non historien) écrit :

L'auteur qui arrange un événement quelconque est tout simplement un faussaire historique. Ecrivez ce qui est vrai, ou ce que vous croyez être vrai, ou n'écrivez pas.

Il ne faut pas, dit Voltaire, raconter à la postérité des choses indignes d'elle.

Qui vous dira qui est digne ou indigne d'elle ? C'est un étrange orgueil de croire que la postérité verra les choses à votre point de vue. Racontez tout, la postérité fera son choix.

Et la preuve, c'est que nous sommes la postérité de Voltaire, et que nous n'écrivons plus l'histoire comme Voltaire l'écrivait.

Un peu plus loin il ajoute :

Nous voulons, aujourd'hui, lire non seulement les événements d'un règne, connaître non seulement les catastrophes d'un empire, mais encore les causes de ces événements, les raisons de ces catastrophes.

Là, en effet, est la philosophie de l'histoire, son enseignement, son intérêt.

 

Et même si Alexandre Dumas c'est parfois arrangé avec l'Histoire pour écrire ses histoires, il n'est peut-être pas si loin de la vérité que ceux qui rédigent des manuels scolaires, oubliant certains faits, les édulcorant, d'abord parce qu'il ne faut pas passer trop de temps à les disséquer, et puis parce que ces rédacteurs réagissent selon leur sentiment et leurs à-priori. Prenez deux historiens par exemple dissertant sur Napoléon 1er. L'un trouvera que ce fut un grand homme de guerre et d'état, l'autre le rabaissera à un rôle de dictateur et de pourvoyeur de cimetières. Mais ceci est un autre débat.

 

Alexandre Dumas est un conteur, un raconteur qui travaille la plupart du temps dans l'urgence. Et il avoue, sans fausse modestie, s'excusant presque :

J'écris vite; car je voudrais écrire sans interruption, et je puis oublier souvent, me répéter parfois.

 

Alors, que ce soit dans ses impressions de voyage, dans ses drames historiques, dans ses romans, historiques ou non. Georges par exemple, grand roman méconnu qu'il serait bon de rééditer, est un roman exotique, chronique d'une société coloniale dont les préjugés sont loin d'avoir disparu (Léon-François Hoffmann), traitant du problème racial (Dumas en a souffert personnellement), Alexandre Dumas se montre toujours volubile, disert, distrayant, instructif, divertissant, témoin de son temps et des temps passés, narrateur prolixe et conteur intarissable.

Relire son Voyage en Russie, c'est cumuler des leçons d'histoire attrayantes et vivre des aventures multiples par procuration, mais également découvrir une civilisation qui longtemps a mis sous l'éteignoir des populations asservies par des nobles sans scrupule. Un thème qui ne pouvait laisser l'auteur indifférent.

Alexandre DUMAS : Voyage en Russie. Préface de Michel Brix. Editions Bartillat. Parution le 19 février 2015. 832 pages. 22,00€.

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 08:34

Elle a du boulot...

Hervé JAOUEN. L'allumeuse d'étoiles.

Compagne d'un musicien, Evelyne pousse la romance dans le Nord.

Puis de ses Flandres natales, elle s'exile dans les monts d'Arrée, en pleine Bretagne, goualant dans un dancing fréquenté par les sexagénaires locaux.

C'est là que de blonde aux yeux bleus elle devient Eva, la brune aux mirettes noisette. Elle est remarquée par un poète qui lui donne des textes de chanson. Le poète devient amant, et la vie aurait pu s'écouler tranquille, heureuse même, si un producteur parisien aux dents longues n'avait été subjugué par sa voix.

Il propose l'enregistrement d'un disque, promet une carrière mirifique, lui demande de signer un contrat en béton, se réservant pour lui les picaillons. Alors Eva devient Lyne, et anime les soirées d'un club en Turquie, passant à côté de la gloire et des feux de la rampe.

Eva, la petite boule de flipper chahutée par des Pygmalion de plus ou moins grande envergure, est ballottée, bousculée, renvoyée d'un plot à un autre, débouchant d'un couloir, s'enfonçant dans un trou pour mieux être catapultée jusqu'au tilt final dans un embrasement de lumières.

 

Ce roman à deux voix, dans lequel s'inscrit une partition gigogne, reflète la vision pessimiste d'un auteur sur notre monde clinquant où la fatalité s'inscrit en lettres de feu.

Hervé Jaouen poétise et désacralise. Il brocarde le show-biz et les clubs de vacances soi-disant exotiques, empiète sur la sorcellerie.

Ses personnages traversent la scène d'un théâtre de quatre sous reflétant la misère physique, charnelle, morale.

Solitaire et frustrée, parturiente primipare à l'aube de la quarantaine, nymphomane sexagénaire, voilà l'un des destins qu'Hervé Jaouen nous livre parmi tant d'autres et que côtoiera un ersatz de Patricia Kass.

 

Première édition Denoël. Parution 27 août 1996. 288 pages.

Première édition Denoël. Parution 27 août 1996. 288 pages.

Réédition Folio. Parution 6 janvier 1998. 304 pages.

Réédition Folio. Parution 6 janvier 1998. 304 pages.

Hervé JAOUEN. L'allumeuse d'étoiles. Editions Presses de la Cité. Parution 25 août 2016. 304 pages. 20,00€.

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 13:58

Bon anniversaire à Colette Piat, alias Patricia Lumb, née un 6 septembre.

Patricia LUMB : Lady Blood à Tokyo.

Il ne faut pas croire que dans les romans policiers, seuls les policiers sont les héros. Les méchants savent aussi se mettre en valeur.

Rappelez-vous Arsène Lupin le facétieux créé par Maurice Leblanc, Fantômas le malfaisant de Souvestre et Allain, Chéri-Bibi de Gaston Leroux, Parker de Richard Stark alias Donald Westlake, ou encore Bernie Rhodenbarr de Lawrence Block.

Patricia Lumb, avec Lady Blood, met en scène un Fantômas en jupon qui heureusement fait moins couler le sang que le mystérieux criminel mais possède des appétits sexuels difficilement rassasiables.

D'ailleurs elle a tout pour plaire. Belle, intelligente, sans scrupule, elle n'est pas dénuée d'humanisme. Entreprenante, cultivée, elle sait jour les naïves, les ingénues, les blondes évaporées.

Cependant elle peut également se montrer sous un jour plus noir. Téméraire, audacieuse, volontaire, hardie, autoritaire, déterminée, et amorale lorsque les circonstances l'exigent.

 

Chez Sotheby's à New-York, la grande attraction est un tableau de Van Gogh, Les Dahlias, adjugé à cinquante sept millions de dollars. Faut dire que la mode est aux Van Gogh et que ceux-ci s'arrachent comme des petits pains un jour de disette.

Ah, s'il pouvait entendre les enchères ce rapin qui ne prêtait qu'une oreille aux contingences matérielles !

Mais se porter acquéreur ne veut pas dire être propriétaire, car entre temps de petits futés subtilisent la toile au grand détriment de l'heureux enchérisseur.

Les transports Glass sont ce qu'il y a de mieux au point de vue convoyage, et pourtant... Le fourgon est retrouvé délesté du tableau convoité, le chauffeur amoché, et son coéquipier incinéré. Quoique...

Dans le même temps, de mystérieux détrousseurs de cercueils réalisent une opération rafle dans un cimetière, lors d'un enterrement. Lady Blood en finesse est maintenant en possession de cette peinture hors de prix.

Il ne lui reste plus qu'à négocier quelques petites transactions bassement matérielles, qui la mèneront jusqu'à Tokyo, en plein repaire de yakusas.

Mais Lippia Citriodora, ne pas confondre avec la Cicciolina, surnommée Lady Blood, aura maille à partir avec des escrocs aux dents longues, des complices taraudés par la jalousie, des membres rapportés de la famille guère complaisants.

Et tout comme Fantômas, elle traîne derrière elle son Juve en la personne de Mac Kenzie, agent du FBI, qui n'en peut mais.

Cette institution américaine n'est plus ce qu'elle était, et ses dignes représentants ont la fâcheuse tendance à se faire marcher sur les pieds.

 

Moins sanguinolent et pervers que je m'y attendais, les critiques des précédents romans mettant en scène cette jeune femme dédaignant le port du slip, à vos souhaits, et révélant une nudité pubienne aussi rose et lisse que le crâne de Yul Brynner (c'est devenu une mode paraît-il), n'ayant guère été élogieuses, j'ai donc entamé ce roman avec une certaine appréhension et une circonspection certaine.

En réalité je me suis franchement amusé à la lecture de ce livre qui est un véritable pastiche, alliant les énormités et les retournements de situations propres aux feuilletons du XIXe siècle, aux aspirations les plus secrètes des dames patronnesses frustrées de cette fin de siècle. Le droit aux fantasmes mais également à leur accomplissement.

Sérieux s'abstenir, amateurs de canulars soyez les bienvenus dans l'univers de Lady Blood.

 

Patricia LUMB : Lady Blood à Tokyo. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 17 septembre 1991. 192 pages. 13,00€.

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 14:23

Ne s'use que si l'on s'en sert ?

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique.

Tout comme le monde en général change, grâce ou à cause des nouvelles technologies par exemple, les romans jeunesse d'aujourd'hui ne possèdent plus la même tonalité que ceux que nous pouvions lire il y a cinquante ans.

Le style et la façon de raconter, le sujet et le contenu diffèrent parfois profondément. Pour s'en rendre compte il suffit de lire deux ouvrages parus ou réédités récemment : Tu ne sais rien de l'amour de Mikaël Ollivier ou Luz de Marin Ledun, dont vous trouverez les liens en fin d'article, et qui s'adressent plus à des adultes qu'à des préadolescents et celui dont je vous propose la lecture aujourd'hui.

Il eut été impensable dans les années cinquante ou soixante de mettre en scène des adolescents, des deux sexes, de quatorze ans coucher dans la même chambre, le même lit et s'adonner au simulacre de la reproduction, ou s'adonner aux boissons alcoolisées.

Les héros de notre enfance étaient plus sages tout en vivant des aventures exaltantes. Mais surtout ils proposaient ce goût de l'aventure et de l'identification au(x) héros, sentiments que l'on ne ressent plus forcément avec les romans pour adolescents qui nous sont présentés de nos jours.

 

Ainsi dans Les six compagnons et la pile atomique, roman écrit par Paul-Jacques Bonzon, un instituteur né en 1908 dans la Manche, plus exactement à Sainte-Marie-du-Mont, village où s'est installé depuis quelques décennies Gilles Perrault. Après ses études à l'Ecole Normale de Saint-Lô et enseigné dans son département natal, Bonzon est muté dans la Drôme, ayant épousé une native de ce département, elle-même enseignante. Il termine sa carrière en 1961 se consacrant alors à son métier d'écrivain pour enfants.

Et c'est tout naturellement que Paul-Jacques Bonzon va prendre pour héros des gamins de douze et treize ans issus du quartier de La Croix-Rousse, ou comme Tidou, le personnage principal et narrateur, de la Drôme et plus exactement de Reillanette ou Reilhanette. Son père ayant trouvé un emploi dans la capitale des Gaules, Tidou a débarqué à Lyon et son premier contact avec cette ville est plutôt décevant. Mais il se fera des copains en la personne de Corget, chef incontesté de la bande, et de Mady, une jeune handicapée. Suivront un peu plus tard Gnafron, la Guille, Bistèque, le Tondu, des surnoms en référence à leur physique ou à la profession du père. Sans oublier Kafi, le chien de Tidou.

Au moment où débute cette histoire, le maître (on ne parlait pas encore de professeur des écoles, un barbarisme) donne le clap de fin. Les vacances vont pouvoir commencer et Tidou se réjouit d'aller à Reillanette, son village, et retrouver Mady, sa copine d'enfance. Mais pour Corget et les autres compagnons de la Croix-Rousse, comme ils ont été surnommés, commence une période d'ennui. Que faire durant ces semaines estivales de vacances scolaires ?

L'idée est simple. Et si tout le monde partait ensemble, sans oublier Kafi le chien, à Reillanette ? Aussitôt envisagée, l'idée est aussitôt approuvée. Les parents ayant accordé leur aval, il ne reste plus qu'à se préparer pour ce voyage long de deux-cent-cinquante kilomètres environ. La bande descendra le Rhône à bicyclette en trois étapes, et afin de ne pas fatiguer Kafi, il voyagera dans une carriole attachée à l'un des vélo. Seulement un imprévu se dresse devant eux. Trouver des vélos ne pose aucun problème, ceux des parents ou grands-parents seront réquisitionnés. Le problème, c'est La Guille. Il ne sait pas faire de vélo. Quelques exercices pourvoiront à son apprentissage et enfin le grand jour est arrivé.

Les deux premières journées se passent sans incident où presque. La Guille se retrouve parfois à terre, mais ce n'est pas grave. Et puis il faut compter avec les crevaisons également. La petite troupe repart, et les voici arrivés près de Marcoule, la nouvelle structure nucléaire. Ils couchent à la belle étoile mais au petit matin, Kafi a disparu. Ils attendent la levée du jour pour le rechercher. Ils battent les bois et ne le découvrent que quelques longues minutes plus tard. Il est blessé, mais ils ne parviennent pas à déterminer ce qui a pu provoquer cette blessure. Ils repartent et arrivent enfin à Reillanette où Mady les attend allongée dans sa chaise longue. Sa maladie l'oblige à rester le plus souvent couchée, mais elle profite du soleil, ce qui ne peut que lui faire du bien.

Tidou retrouve avec plaisir un copain d'enfance, Frigoulet. Ils vont dormir dans un vieux moulin délabré sur des meules de foin. Ils ne possèdent pas beaucoup d'argent et cela n'obèrera pas leur pécule. Et comme un vétérinaire coûte cher, Frigoulet leur enseigne l'adresse d'un rebouteux, un vieil homme amoureux des animaux qui découvre dans la plaie de Kafi une balle provenant d'un revolver.

Des campeurs, deux hommes et un enfant, se sont installés non loin du moulin, mais leurs déplacements intriguent Tidou et ses amis. D'autant que s'ils se déplacent souvent en voiture, c'est de nuit.

Les six compagnons vont faire un lien entre ces hommes, qui cachent des armes dans leur tente et un coffre énigmatique d'où s'échappe un tic-tac pouvant être celui d'une petite bombe à retardement, et la blessure de Kafi. Ils en parlent aux gendarmes qui ne croient pas à leurs assertions, et visiblement se moquent d'eux.

 

Première édition 1963.

Première édition 1963.

Un roman bien dans l'esprit de l'époque. Les préadolescents pouvaient en toute confiance de leurs parents, partir en vacances, sans que planent sur leurs têtes des menaces actuelles, disparitions, enlèvements, accidents de la circulation. D'ailleurs la circulation automobile était moindre. Les six compagnons prennent de petites routes pour atteindre leur but. Et cela fournit des indications sur l'état d'esprit, la mentalité, les mœurs d'une époque qui n'est pas si éloignée de nous.

Les gendarmes ! s'écrie Gnafron, ils ne nous écouteraient pas. Parce que nous portons des culottes courtes, personne ne nous croirait.

Il n'existe pas de leur part une peur du gendarme, mais une méfiance, et ils ont raison car effectivement les gendarmes dont ils sollicitent l'aide les prennent pour des affabulateurs.

 

Mais il est bon de savoir qu'à l'époque où est paru ce roman, 1963, la menace nucléaire n'était pas aussi prégnante qu'aujourd'hui. De nos jours il existe les pro-nucléaires pour des raisons principalement économiques et financières, et les antinucléaires qui songent aux conséquences désastreuses éventuelles.

Tout en cassant la croûte, nous parlons de Marcoule. Le mot "atomique" nous impressionne terriblement. Mais nous sommes trop fatigués, bientôt nous ne pensons plus qu'à dormir.

Cette mystérieuse usine est un peu au cœur de l'intrigue, et des agrandissements, des aménagements sont réalisés. Mais le danger qu'elle représente est vaguement évoqué, tandis que de nos jours elle en serait presque le personnage principal.

 

Alors même si certains peuvent qualifier cette histoire de simplette, elle offre ce plaisir lié à l'enfance, où le plaisir de la lecture primait sur la télévision, les jeux vidéos. Evidemment il paraît que la lecture est un plaisir solitaire mais il est amusant de constater que dans la plupart de ces romans, les enfants connaissent des aventures épiques en bande. Bien sûr une certaine moralité se dégageait de ces romans prônant l'amitié et la solidarité, des valeurs qui devraient toujours exister.

De nos jours ce sont des faits de société qui nous sont imposés la plupart du temps, chômage, drogue, agressions sexuelles. Didier Daeninckx avait ouvert la brèche dans les années 1980 dans ses romans publiés chez Syros, entraînant de la part de certains chroniqueurs une réflexion de démagogie et de rejet, et depuis la plupart des romanciers pour juvéniles se sont emparés de ces thèmes. Il est bon d'en parler et de dénoncer certaines pratiques, mais il est bon également de laisser une part de rêve dans les romans pour enfants.

 

Réédition de 1990.

Réédition de 1990.

Paul-Jacques BONZON : Les six compagnons et la pile atomique. Collection Bibliothèque Verte. Editions Hachette. 190 pages. Réédition mars 1979.

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 09:13

Sauf les illusions...

Cloé MEHDI : Rien ne se perd.

A onze ans Mattia a déjà un drôle de passé derrière lui, enfin drôle ce n'est pas tout à fait le mot qui convient. Un passé de bric et de broc, aux nombreuses fractures.

Gabrielle, la copine plus âgée de son tuteur, est à l'hôpital. Elle a tenté de se suicider en se tailladant les veines. Zé, le tuteur de Mattia, n'a que vingt quatre ans, et il est vigile dans un magasin. Il travaille de nuit. Il a obtenu la garde de Mattia quelques années auparavant, avec l'accord de la mère de l'enfant, et de ses frère et sœur, plus vieux que lui. Zé a toujours un livre à la main ou près de lui. Il peut réciter par cœur des passages entiers de Rimbaud, Lamartine et bien d'autres poètes qu'il affectionne.

Il faut dire que le père de Mattia s'est pendu dans sa chambre à l'Hôpital Psychiatrique où il était détenu depuis un épisode qui l'avait complètement chamboulé. Zé aussi était dans le même service. Les deux hommes étaient devenus amis, une amitié d'entraide forgée par des destins quasi parallèles.

Le père de Mattia était éducateur spécialisé. Depuis cet incident tragique, ses neurones avaient court-circuité. La famille s'est éparpillée en morceaux. Mattia ne voit plus sa mère, ou rarement. Son frère, ou plutôt son demi-frère Stephano vit dans les beaux quartiers, il est médecin. Sa sœur Gina est partie courir le monde à la recherche d'illusions perdues. Et Mattia qui n'a que onze ans, vit entouré de Zé, qui essaie de l'éduquer comme il peut, et de Gabrielle qui ne pense qu'à s'échapper de la vie en se donnant la mort.

Depuis un certain temps, des graffitis fleurissent sur les murs des immeubles, des tags représentant Saïd, un adolescent mort quinze ans auparavant. Et Mattia s'aperçoit que deux individus le surveillent à la sortie de l'école, le suivent. Il en fait part à Zé qui ne croit pas trop à ce que lui dit Mattia. Des mensonges édictés par le gamin qui n'apprécie pas l'école. Jusqu'au jour où il est bien obligé de reconnaitre que Mattia n'affabule pas. Sont-ce des policiers ou des truands ?

Gina revient à improviste, serait-ce le début de la réconciliation familiale ? Mattia peut toujours rêver. Et puis il est comme Zé, comme Gabrielle qui a elle aussi fait des séjours en HP. Il a vécu son traumatisme à lui, et il est suivi par une psychologue. Heureusement Nouria, c'est son nom, est sympathique et compréhensive. Seulement Mattia n'aime pas l'école

Je déteste l'école parce qu'elle me vole du temps - un temps considérable. Il y aurait tellement intéressant à faire que d'être là, assis sur une chaise, à attendre bêtement qu'on te remplisse la tête de savoir inutile en chassant tout ce qui est important pour faire plus de place.

 

Mattia est un gamin issu des Verrières, quartier déshérité, aujourd'hui réduit à un vaste chantier. Les barres d'HLM (habitations à loyer modéré) ont été rasées et sur le terrain sur lequel s'élèvent les grues, seront construites des HLD (habitations à loyer dispendieux).

 

Cloé Mehdi écrit en trempant sa plume dans l'encrier de la rage, elle dénonce l'injustice, l'impunité, dont font preuve les forces de police lorsque l'un de ses membres commet, sous couvert de légitime défense, un meurtre. Une diatribe virulente, un réquisitoire, plus qu'un constat.

Cloé Mehdi n'a que vingt-quatre ans, mais elle écrit comme si elle était beaucoup plus vieille, accumulant des expériences vécues et avait connu personnellement ce genre de situation.

Mattia est un gamin de onze ans, beaucoup trop mature pour son âge, dont les réflexions sont celles d'un adolescent déjà aigri par les inégalités.

Pourquoi ton père il a envoyé en taule des tas de gens des Verrières qu'avaient pas fait grand chose, alors que le flic qui a tué Saïd, personne ne l'a condamné.

Mais il n'est pas le seul à regretter cet état de fait. Ce corporatisme à outrance dont devait nous débarrasser la Révolution mais dont on voit et subit tous les jours les outrances.

Depuis que tu es entré à l'école de police, tu ne fréquentes plus que tes copains flics. Tu ne sais même plus comment ça fonctionne le monde au-delà de ton petit cercle de collègues dont la vision des réalités sociales s'arrête au bout de leur képi.

Il y a la parole des témoins, lorsqu'on en trouve, et celle des policiers. Certains s'élèvent contre les matraquages, mais les excuses en faveur des policiers ne manquent pas. Pourtant :

Ils étaient à quatre contre un mais ce n'était pas suffisant apparemment, parce que ce flic lui a défoncé le crâne pour le calmer.. C'est drôle cette tendance qu'ils ont à toujours taper là où ça peut tuer, par erreur.

Ce ne sont que quelques exemples, significatifs, mais devant les médias, les représentants syndicaux de la police vous démontreront, alors qu'ils n'étaient pas sur place, que tout ce qui est arrivé lors d'une manifestation, les bavures, ne peuvent imputées à un policier mais à celui qui reçoit les coups de matraque, ou autre. Des balles, dans le dos par exemple, parce que l'individu les menaçaient.

 

Au début le lecteur est perdu. Comme si Cloé Mehdi avait enfoui son intrigue sous une multicouches de voiles qu'elle soulève peu à peu. Lentement, pour que le lecteur ressente bien qu'elle a des choses à dire, que les révélations vont secouer le lecteur, que tout n'est pas joli dans le passé de Mattia, et même avant.

Malgré l'incompréhension dans laquelle le lecteur (moi en l'occurrence) patauge, il ne peut lâcher ce livre, happé par cette histoire qui se déshabille et prend forme, tout doucement, car le tragique n'en est que plus fort que lorsqu'il se révèle par degrés. Si tout avait dit ou présenté au début, cela aurait fait comme une petite claque et on s'en remet vite. Là, au contraire, c'est une accumulation de crochets au foie, ou au cœur, qui sont assenés, et lorsque l'on sait tout, qu'on a tout compris, on reste groggy sur le tapis.

Plus qu'un roman policier noir, Cloé Mehdi a écrit un roman social, comme pouvait en écrire Emile Zola, Victor Hugo, Eugène Sue et d'autres, mettant en exergue les dérives policières absoutes par l'état et la justice.

 

Ce roman est un coup de coeur pour Pierre de BlackNovel1. Et pour vous ? Quelque soit votre opinion, lisez le sien :

Cloé MEHDI : Rien ne se perd.

Cloé MEHDI : Rien ne se perd. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution 18 mai 2016. 272 pages. 18,50€.

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 14:17

Sur les traces de David Goodis...

Max OBIONNE : Scarelife.

Une lettre écrite à l’encre bleue, reçue par Mosley, et celui-ci sent que sa vie vient de basculer.

La dernière fois qu’il a reçu ce genre de bafouille, c’était dix ans auparavant, alors qu’il était au pénitencier. Depuis il s’est installé dans le Montana, en compagnie de Bess, ancienne actrice d’une série télévisée qui eut son heure de gloire. Mais Bess a forci, n’est plus la jeune première prometteuse, et son caractère a évolué.

Mosley écrit des scénarii de dessins animés plus ou moins débiles, mais les jeunes s’en contentent, alors pourquoi être plus royaliste que le roi. Il s’est attelé aussi à un biopic sur David Goodis, l’auteur de Cauchemar, Lune Blafarde et combien de titres tous empreints de désespérance.

Mosley décide de partir à Rochelle, en Louisiane, retrouver ce père qu’il déteste. Il plaque Bess, n’emportant avec lui qu’un cahier, des crayons, et quelques bricoles dont une bouteille de Bourbon. Si seulement ses mains ne le démangeaient pas, cela irait, mais il est obligé de porter en permanence des gants. Des mains qui le démangent au propre comme au figuré. Sacré eczéma physique et mental.

Le voyage est long du Montana jusqu’en Louisiane, et il ne peut se déplacer que par voie terrestre, ayant une phobie de l’avion. Dans le car qui l’emmène vers le Sud, il fait la connaissance d’une jeune femme, très jolie, mais il ne pouvait en être autrement sinon l’aurait-il remarquée, et répondu à sa proposition de l’héberger pour la nuit. Il accepte, tout heureux de pouvoir se reposer dans un lit, même déjà occupé par quelqu’un d’autre. Faut avouer qu’elle est bien esseulée la pauvre, son mari vit dans une chaise roulante, paraplégique, à moitié sourd et à moitié muet, une reconnaissance de l’état en remerciement de ses bons services en Irak.

Et comme c’est un bon gars Mosley, il débarrasse son hôtesse, qui ne lui a rien demandé, d’un mari devenu encombrant en simulant un accident alimentaire. Son premier meurtre sur la longue route qui le conduit à Rochelle. Car si son odyssée est pavée de bonnes intentions, elle est aussi pavée d’assassinats. Il n’y est pour rien, c’est son destin qui le guide dans des coups fourrés.

Bientôt il apprend qu’une de ses vieilles relations, le policier Herbie Erbs, celui qui l’avait arrêté et traîné au tribunal, d’où son enfermement dans un pénitencier qui n’a pas assez longtemps au goût du policier, est à nouveau à sa recherche. Sur ses traces, car Erbs est comme les chiens dont Mosley a horreur, quand il a une proie entre les dents, il ne la lâche pas.

 

Max Obione excelle dans ses histoires, forcément noires, et ce nouvel opus ne déroge pas à cette règle. La road-story de Mosley s’inscrit dans l’une de ces réussites qui prouvent que les Américains n’ont pas l’apanage de ce genre d’histoires, et qu’il n’est nul besoin de s’échiner sur 800 pages et plus pour construire une histoire prenante, épurée presque, aussi bien dans l’écriture du récit que dans les dialogues. Un style solide qui parfois s’apparente au staccato d’une mitraillette.

Avec des personnages croqués en quelques lignes qui se suffisent. Max Obione offre aux lecteurs quelques bonus, dont les pages extraites du scénario sur David Goodis, scénario qui pourrait être un calque de la vie de Mosley dont on n’apprend qu’à la fin sa motivation à entreprendre un voyage retour vers le père honnit. Mais comme si l’épilogue ne se suffisait pas à lui-même, l’auteur en ajoute un second, qui complète le premier et le transcende. Un véritable plaisir de lecture.

 

Pour le commander, pointer le curseur de votre souris sur le lien ci-dessous. Cela vaut le coup, les frais d'envoi sont gratuits.

Première édition :Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 252 pages. 10€

Première édition :Collection Forcément Noir. Editions Krakoen. 252 pages. 10€

Max OBIONNE : Scarelife. Réédition éditions du Horsain. Parution 1er septembre 2016. 252 pages. 9,00€.

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Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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