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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 07:48

Où il y a Gênes, il n'y a pas de plaisir !

 

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Correspondant à Paris du journal britannique Daily World d'obédience bolchéviste, Ralph Exeter vit avec sa femme Evguénia, d'origine Russe et leur fils Fergus à Saint-Cloud. Il cohabite plutôt car le ménage bat de l'ile, ses nombreuses incartades nuisant à la paix du ménage. Il accumule les conquêtes dont la dernière est Emma Sinclair Medley, poétesse et auteur dramatique américaine, dont il veut se séparer. Il professe des idées politiques favorables aux communistes, Fania sa belle-sœur étant elle-même marxiste. Seulement Fania, si elle est intelligente mais laide, a été écartée au profit d'Evguénia car la jolie poupée russe était enceinte des œuvres d'Exeter.

Parallèlement à ses activités journalistiques, Ralph Exeter émarge au Komintern, le réseau de propagande, d'agitation révolutionnaire et de renseignement créé en 1919 à Moscou et destiné à contrôler les partis communistes étrangers. Durant la Première Guerre Mondiale il avait été affecté au service du Renseignement de la Royale Air Force et, à cause d'une bévue épistolaire, il avait été convoqué par le colonel William Evans. Or heureusement pour Exeter celui-ci ressentait des sympathies envers la révolution russe. Depuis ce temps, Exeter continue à recueillir des informations et les remet à Evans, lequel en échange lui glisse une enveloppe bourrée de billets destinés à payer ses informateur.

En ce mois d'avril 1922, doit se tenir à Gênes une conférence internationale et des diplomates, des ministres de toute l'Europe y participeront ainsi que, pour la première fois, des délégués du gouvernement soviétique. Exeter fait partie de ces journalistes désignés pour couvrir l'événement avec une mission de confiance à remplir. Dans un café Evans lui confie une enveloppe qu'Exeter doit remettre à Rakovski, et à lui seul, l'un des envoyés du gouvernement russe. Mais il lui faudra se méfier de l'entourage du délégué russe qui est accompagné de Tchitchérine, Ioffé, Vorovski, Krassine et Litvinov ainsi que d'hommes de la de l'ancienne Tchéka devenue le Guépéou, la police politique soviétique.

Dans le train qui l'emmène à Gênes, Exeter voyage en compagnie d'un individu prétendant se nommer Marius Moselli qui lui fait un cours sur les pucerons lanigères. L'homme est un représentant de commerce en engrais et produits insecticides et s'avère particulièrement ennuyeux. Au cours du repas qui est servi dans la salle de restaurant du train, tandis qu'Exeter déjeune en compagnie d'un autre voyageur croisé dans un couloir, son regard est attiré par une belle jeune femme. Son nouveau compagnon Herbert Holloway est un journaliste américain qui a pour habitude de boxer contre son ombre et de gloser sur la pêche. La jeune femme se nomme Melicent Theydon-Payne et Moselli s'invite à sa table.

Lorsqu'Exeter et Holloway retrouvent le compartiment du journaliste britannique, ils sont attendus par Moselli qui braque un revolver et réclame l'enveloppe confiée à Exeter. S'ensuit des échanges de coups et Holloway défenestre l'homme alors que le train roule en pleine campagne. La mission d'Exeter est fortement comprise. L'incident passe inaperçu mais ce qu'Exeter et son compagnon ne manquent pas de remarquer à Pavie ce sont les exactions perpétrées par des Squadristis à l'encontre d'un de leur confrère. Un passage à tabac en règle et pour faire passer les coups quelques bolées d'huile de ricin.

Le séjour d'Exeter à Gênes est ponctué d'incidents de toutes sortes, et il risque même à plusieurs fois d'y laisser sa vie. Entre les soldats italiens qui lui retirent son passeport, les membres de la Tchéka qui surveillent l'hôtel Impérial à Santa Margharita où sont logés les délégués russes, les squadrisi à la botte de Mussolini, sa rencontre avec le Duce, le meurtre de Yatskov, et autres épisodes douloureux et hauts en couleurs, Exeter ne sait plus où donner de la tête. Ses rencontres mouvementées avec Milicent qu'il a fini par retrouver, mais aussi d'autres protagonistes dont Eastman, un journaliste américain proche du parti communiste, Jo Davidson, un plasticien, Elyena Krylenko, l'une des secrétaires de la délégation, Styrne au caractère impitoyable ou encore Bielefeld le galeriste d'art. Les Russes recherchent qui dans leur camp est à l'origine de fuites transmisent à un agent britannique du nom de Stephen Reilly, alias Sigmund Rosemblum dont la présence à Gênes est indéniable, mais sous quels traits, et qui aurait pu être confondu si Exeter ne s'était pas fait subtiliser le document.

Première station avant l'abattoir, titre emprunté à une expression de Louis-Ferdinand Céline, est tout aussi bien un roman d'aventures dans la grande tradition du genre, qu'un roman d'espionnage mâtiné de roman policier ou qu'un documentaire politique qui pourrait figurer dans une revue d'histoire. En effet Romain Slocombe retrace les soubresauts dans le début des années 1920 des tensions entre pro et antibolchéviques, mais surtout les tensions nombreuses entre les différents responsables du parti communiste. Le profil psychologique des différents protagonistes qui n'apparaissent pas dans ce roman, Lénine, Trotsky, Staline, est étudié en profondeur, mettant en avant leur caractère et les nombreux antagonismes qui les habitaient, les décisions qu'ils prenaient et les méfaits dont ils se rendirent coupables. Mais ce sont surtout leurs partisans, des fanatiques, qui sont décrits dans leurs actes et leurs paroles. Mussolini, dont les idées politiques étaient totalement différentes n'est pas épargné non plus, et ses adeptes se conduisent en véritables bêtes dénuées d'humanisme. L'intolérance, la force brutale, les exactions sont profession de foi et ils torturent en toute impunité des innocents. Dénués de scrupules, ils se conduisent en despotes, et n'hésitent pas à éliminer ceux qui n'adhèrent pas à leurs idées, ou leur font de l'ombre. Cette partie documentée laisse place peu à peu à une succession d'épisodes mouvementés et le lecteur qui avait entamé sa lecture en mode diesel est happé par cette intrigue au nombreux rebondissements.

Un fin de volume Romain Slocombe a établi une présentation des personnages réels, des faux vrais protagonistes dont Herbert Holloway alias Ernest Hemingway et personnages fictifs.


Romain SLOCOMBE : Première station avant l'abattoir. Editions du Seuil, collection Le Seuil Policiers. Parution le 5 septembre 2013. 416 pages. 21,50€.

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 08:49

Pour qui sont ces serpents qui sifflent...

 

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Si un grand nombre de lecteurs potentiels établissent leur opinion sur un roman grâce à une couverture attractive ou à une quatrième de couverture plus ou moins intéressante, le chaland sera plus souvent happé par les premières lignes de l’ouvrage. Celles-ci sont souvent prédominantes dans l’achat éventuel.

Aussi je ne peux résister au plaisir de vous en dévoiler ces phrases qui incitent par leur force à se plonger dans cette histoire touchante et émouvante :

Je suis morte il y a treize ans.

J’avais six ans.

On m’a retrouvée noyée dans le lac, sous la glace, pas très loin de la maison. Les poches de ma robe étaient bourrées de pierres.

Les poissons avaient dévoré mes doigts et mon visage. On m’a identifiée à ma taille et à mes vêtements.

Mon joli anorak rose et mon sac à dos Scooby-Doo.

On m’a enterrée un après-midi de janvier. Il neigeait.

Sur ma tombe il y a gravé « Susan Lawson 1992-1998 A notre cher petit ange ».

Quand le cercueil est descendu dans le trou, ma mère s’est mise à hurler. Mon père s’est évanoui.

Intriguant, non ?

 

En ce 23 décembre, la parution d’un article écrit par un jeune journaliste aux dents longues ravive de douloureux souvenirs aux habitants de la petite ville d’Ennatown. Treize ans auparavant la jeune Susan Lawson disparaissait. Elle était âgée de six ans. Son corps avait été retrouvé quelques mois plus tard sous les eaux gelées du lac Winnipek, et n’avait pu être identifiée que grâce aux vêtements qu’elle portait. C’était la cinquième victime de celui qui avait été surnommé Le Noyeur. Seule une des petites kidnappées n’était jamais réapparue. Elles avaient toutes entre cinq et sept ans.

Snake T. est plongé dans la lecture de l’article lorsque Vince le rejoint. Snake T., vingt-six ans, est un ancien rappeur mis sur la touche à cause d’une bagarre pour une vilaine histoire de jalousie. Bilan, une balle dans le dos, et une incapacité à se déhancher, courir et même marcher sans ses béquilles. Fini la gloire et retour au pays comme un simple fils de marchand de pizzas.

Vince est plus alerte, la quarantaine démolie quand même par l’alcool. Une carrière brisée à cause de son intempérance et d’une bavure, une balle perdue qui a étoilé la tête d’un gamin qui n’avait rien fait de mal sauf d’être dans la ligne de tir du policier dont la main tremblait alors qu’il coursait un revendeur de drogue soupçonné de crime de sang. Pour lui aussi, fini les galons de lieutenant et retour au bercail. Limogeage en règle. Il travaille depuis peu à l’entretien du cimetière, là où est enterré son père, afin d’aider le père Roland qui n’est plus en très bonne santé. Il est essaie de ne plus boire, mais…

Il n’est pas le seul à avoir sombré dans l’alcoolisme. Pour des raisons différentes que lui, par exemple les parents des gamines disparues. Les pères qu’il rencontre au hasard des allées dans le cimetière. Quoi que certains peuvent se reprocher d’avoir sur la conscience la disparition de leur enfant, ayant accompagné leur fille jusqu’à l’arrêt du car mais ne pas avoir attendu le passage de celui-ci pressé d’aller se rincer la glotte.

Dans une cave, végète depuis des années, treize exactement, Susan Lawson. Elle n’est pas décédée et a donné naissance à une petite fille Amy, âgée aujourd’hui de cinq ans. Daddy, c’est ainsi que le ravisseur exige qu’il soit appelé, leur fournit comme victuailles du porridge (pouah la bouillie d’avoine) et des croquettes pour chien. Susan à dix-neuf ans n’est plus qu’une ombre, perdant ses dents et ses cheveux par poignées (les cheveux pas les dents). Amy est muette, mais elle a appris à lire dans les bouquins et les livres d’images que Daddy leur ramène parfois. Susan sait qu’elle n’en a pour plus longtemps, aussi elle veut qu’Amy puisse prend son envol. Elle arrive à dévisser une grille qui donne sur une sorte de boyau par lequel Amy doit pouvoir s’échapper, porteuse d’un morceau de papier, un appel à l’aide.

En ce vingt-trois décembre, à deux jours de Noël où les préparatifs vont bon train, tous ne pensent pas à boire et à festoyer. Black Dog par exemple, qui ne sait ni lire, à part quelques mots, ni écrire, ancien militaire pas très futé (non, ce n’est pas un pléonasme). Il vit dans les futaies de l’immense parc d’Ennatown. Il se débrouille pour survivre, trainant derrière lui un charriot dans lequel il dépose ses maigres affaires et ce qu’il récolte dans les poubelles. Dans sa tête trottinent en boucles ses pensées relatives à sa période militaire et ses amis, peu à vrai dire, aujourd’hui défunts. Il recueille la petite Amy, qu’il appelle Army, n’ayant pas compris ce qu’elle a écrit, et la prend sous sa protection.

Ils se rendent en ville à la recherche de nourriture et Black Dog pense pouvoir endiguer leur faim avec des parts de pizza jetées par le père de Snake T. Amy tend son morceau de papier à une dame mais celle-ci ne comprend pas son geste et le temps qu’elle cherche ses lunettes, le couple Black Dog et Amy s’enfuient. Ils ont peur de se faire choper. Snake T. aperçoit Black Dog qui s’enfuit avec la gamine accrochée à lui mais le temps qu’il réalise, ils sont loin, hors de portée.

Ce pourrait-il qu’il vient d’assister à un nouvel enlèvement ? L’article qu’il a lu peu avant laisse penser à ce genre d’événement. D’autres personnages ont entrevu ce drôle de couple, ont déduit la même chose et une sorte de paranoïa s’installe dans la petite ville. Le Noyeur a-t-il refait surface ?

Ennatown, à l’origine Ennaton, le serpent d’eau en langage Seneca, la peuplade indienne qui vivait sur cette terre avant d’être quasiment rayée de la carte, Ennatown est une petite ville de quatre mille deux cents âmes et huit églises. Les habitants sont pour la plupart relativement aisés, mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont heureux. Certains boivent, d’autres cherchent des compensations charnelles en dehors du lit conjugal. La population blanche prédomine, et quelqu’un comme Black Dog ne passe pas inaperçu. Et peu à peu le traumatisme lié aux enlèvements et aux meurtres qui se sont déroulés treize ans auparavant se réveille.

Brigitte-Aubert.JPGBrigitte Aubert décrit une galerie de personnages troublants, qui reflètent une certaine mentalité rurale américaine, sans être pour autant caricaturaux. Des passages émouvants s’insèrent dans les descriptions des faits et gestes des différents protagonistes, dans leurs actes et leurs pensées. Pour certains d’entre eux, cette quête d’une petite fille enlevée ou supposée kidnappée, peuvent amener à une rédemption. D’autres englués dans leur idées strictes empreintes de religiosité ou de morgue professorale, se fourvoient.

A chacun de ses romans, Brigitte Aubert renouvelle son style et son inspiration et La ville des serpents d’eau est ne déroge pas à ces qualités. Et puis il faut souligner les petits effets, qui touchent le lecteur, comme lorsque l’auteur narre les découvertes d’Amy. Amy ne connait rien du monde seulement par les livres d’images que Daddy amenait parfois et elle est contente de pouvoir employer (dans sa tête) des mots face à ce qu’elle découvre. Et Brigitte Aubert pour mieux nous faire partager les impressions d’Amy écrit ses mots en majuscule.


De Brigitte Aubert, à lire aux éditions Points :  La mort des bois,  Eloge de la phobie,  Les quatre fils du docteur March. Aux éditions Fayard :  Le souffle de l'Ogre et dans la collection Petits Polars du Monde : Boulevard du Midi.


Lire également la chronique de Claude sur Action-suspense concernant Le Royaume disparu.


Brigitte AUBERT : La ville des serpents d’eau.( Première édition : Le Seuil Policiers. Editions du Seuil. 2012). Réédition éditions  Points Policiers 336 pages. 7,00€.

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 08:00

Biche, oh ma biche, lorsque tu soulignes...

 

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La route qui conduit du village de Saint-Sauve à la station thermale de La Bourboule est en descente et tout en virages. Denis, le coiffeur, se rend à son travail juché sur un Solex, lorsque deux gamins se jettent sous ses roues. Plus de peur que de mal, mais la fuite des enfants sur la voie était provoquée par leur découverte. Dans une grotte gît un cadavre. Déjà Denis image les belles histoires qu'il va pouvoir offrir dans le cornet auditif de ses clientes. Car cet individu n'est pas mort de sa belle mort, s'il en existe une, mais a été abattu par une arme à feu.

A Paris, le jeune inspecteur Georges Barberi est convoqué au siège de la Police judiciaire. Le commissaire Havet et le sous-directeur lui ont demandé de quitter Nîmes, ville où il se plait, pour lui confier une mission. Son père décédé était officier de policier et fort apprécié de ses supérieurs. Havet pense pouvoir compter sur le jeune homme afin de mener à bien l'enquête sur le meurtre de La Bourboule dont la victime n'est autre qu'un policier de sa brigade qui lui-même pensait résoudre le mystère d'un hold-up perpétré à Saint Denis, en proche banlieue parisienne, quelques mois auparavant.

Un hold-up qui s'est terminé tragiquement laissant quelques cadavres sur le bitume, des truands et des policiers. Le responsable de l'opération, un ancien employé de banque, était à l'origine du braquage du fourgon et il avait pu s'échapper. Il avait été retrouvé quelques jours plus tard, mort chez lui, ayant perdu tout son sang, ayant été touché dans l'affrontement entre ses complices et les forces de l'ordre. L'argent avait disparu et la jeune femme qui vivait avec le malfaiteur aussi.

Le mort découvert dans la grotte était donc un policier qui passait trois semaines de convalescence dans la station de cure thermale et il était tombé par hasard sur celle qui avait été surnommée La Biche en fouillant, l'indélicat personnage, son sac à main. Inadmissible de la part d'un policier ! Il avait envoyé aussitôt une missive à son chef précisant qu'il lui ferait parvenir son rapport ultérieurement. Rapport jamais écrit, envoyé et pour cause.

La première tâche pour Barberi est d'avoir une discussion avec Jo le Tatoué l'un des rares truands arrêté lors du vol et indic à ses heures, lequel lui apporte quelques renseignements. Ensuite destination La Bourboule muni d'une liste des noms de jeunes femmes susceptibles de figurer parmi les suspectes. C'est l'inspecteur Bonnard, qui le rejoindra plus tard en mission officielle tandis que Barberi devra se comporter en touriste, qui a établi cette liste en compulsant les fiches recueillies auprès des hôtels et des pensions de famille. Il a éliminé celles qui sont arrivées après le meurtre de leur collègue, celles qui y résidaient lors de l'attaque, celles enfin qui ont quitté La Bourboule avant la mort du policier. Restent donc cinq jeunes femmes que Barberi va devoir approcher.

Arrivé sur place, le jeune inspecteur n'est pas long à les situer. Il s'agit de Juliette Cabut, sans profession, résidant dans la station thermale pour des raisons de santé; Régine Royer, téléphoniste, auxiliaire de la Poste qui est venue pour le travail tout comme les trois autres; Tonia Jongault, barmaid; Nathalie Seguin, manucure dans le salon de coiffure tenu par Denis, et Florence Charron, infirmière. Elles sont logées soit à l'hôtel, dans une pension de famille ou sur leur lieu de travail. Barberi, ne tarde pas à les rencontrer dans le bar Le Refuge qui semble être le point d'ancrage de ces jeunes femmes.

Mais il semble bien que les événements se précipitent car l'une d'elle est assassinée peu après son arrivée. Puis une autre. Cela a l'avantage de réduire considérablement le champ des investigations.

 

Prenez soin d'ouvrir une fenêtre avant de vous plonger dans ce roman, car tous les protagonistes fument à qui mieux-mieux, un mégot servant de briquet pour en allumer une autre cigarette. Et l'alcool est lui aussi au rendez-vous comme dans les bons vieux polars des années 50 dont ce roman fait partie. Mais ce n'est pas l'inspecteur Barberi qui avale cognac sur cognac et whisky. Ce sont les jeunes femmes. Lui se contente de verres d'eau ou de jus de fruits. Barberi est un peu imbu de son statut de jeune inspecteur et il regarde ses collègues évoluer avec suffisance. Il est vrai qu'il est naturellement doué pour étudier, analyser mais il manque toutefois d'un peu d'expérience.

Au départ on se croirait un peu dans un roman de Simenon, puis l'intrigue se tourne vers Agatha Christie et les Whodunit, cette réunion de cinq femmes soupçonnées de plusieurs crimes, pour enfin, alors qu'on s'attend à un dénouement avec convocation des présumées coupables, aboutir à un épilogue tranchant, abrupt. Comme si Geneviève Manceron avait été obligée de clore son histoire rapidement, pagination oblige. Mais il reste l'avantage de ne pas se perdre en dialogues verbeux, déductions oiseuses et retournements de situations qui n'auraient rien apporté de plus dans le bon enchaînement du récit et sa conclusion.

Ce roman s'inscrit dans son époque mais se lit ou se relit avec plaisir. Et ceux qui ont eu l'occasion de visiter ou d'effectuer un séjour à La Bourboule ne seront pas trop dépaysés, seul l'hôtel de Charlannes étant devenu une ruine au début des années soixante-dix. Un petit air rétro qui peut s'apprécier comme un film en noir et blanc.


Lire également : Geneviève Manceron, un portrait.


Geneviève MANCERON : La Biche. Editions Ditis, collection La Chouette. N° 36 (1956). Réédition J'ai Lu Policier N° 10 (1964).

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 09:15

En 1988 j'ai eu le privilège de pouvoir correspondre avec Gilles Manceron, le neveu de Geneviève Manceron, journaliste, romancière et collaboratrice de Frédéric Ditis pour les collections Détective-club et La Chouette.

Je livre ici la réponse qu'il m'avait envoyée le 9 mai 1988.

 

 

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Monsieur,

Je vais essayer de répondre à vos questions à l'aide des éléments que j'ai pu rassembler. Ma tante Geneviève Manceron, qui vit maintenant dans une maison de retraite à Groslay, dans le Val d'Oise, ne garde plus de souvenirs précis et mes réponses vous paraîtront certaines lacunaires sur son activité de journaliste et d'écrivain.

Geneviève Manceron est née en effet à Cherbourg, le 7 avril 1906. Mais elle n'est pas Normande de souche. Son père, Henry Manceron était officier de Marine et avait été nommé en février 1906 à la Majorité Générale du port de Cherbourg. Sa mère, grecque de Turquie, était venue en France pour épouser ce jeune officier de Marine. Ils s'étaient installés à leur arrivée à Cherbourg, au 24, rue Victor Hugo, dans une maison meublée de 7 pièces où elle est née - indique un carnet tenu par sa mère - Un samedi veille des Rameaux. Sa famille paternelle comprenant deux autres générations d'officiers de Marine était quant à elle fixée à Lorient.

Geneviève Manceron a bien peu vécu à Cherbourg : le 15 février 1907, son père a été nommé à Brest où elle a résidé jusqu'à septembre 1908. Ensuite, son père a été affecté au commandement d'un torpilleur de la flottille de la Manche qui relâchait à Dunkerque et Cherbourg... mais la famille s'est installée près de Dunkerque, où elle est restée jusqu'en 1910, puis, en raison d'une nouvelle nomination, s'est établie près de Toulon jusqu'à la fin de la guerre de 14. En 1920 la famille est allée à Berlin - Henry Manceron faisant partie de la Commission d'armistice - puis est venue vivre à Paris, Geneviève faisant ses études à Sainte-Croix de Neuilly, puis commençant une licence de lettres à la Sorbonne.

Elle entre au journal Optima en 1928, puis travaille chez Hachette de janvier 1930 à janvier 1931. Elle fait ensuite un séjour comme gouvernante en Tunisie (octobre 193 à août 1932) puis passe six semaines à Deauville. En 1933 elle reprend des études de littérature comparée à la Sorbonne puis fait un séjour en Angleterre à nouveau comme gouvernante. En octobre 1934, elle entre comme rédactrice au journal l'Ordre puis collabore à Marianne.

En mai 1939, Geneviève Manceron entre comme professeur au château de la Guette, près de La Bourboule, dans un internat accueillant des enfants juifs austro-allemands recueillis par la Baronne de Rothschild. Pendant toute la durée de la guerre elle s'occupe de ces enfants qu'elle s'efforce de répartir dans des familles (certains survivront d'autres seront déportés, elle se souvient de l'un d'entre eux, revenu de déportation qu'elle a vu mourir à l'hôpital à Paris en lui disant Geneviève pas de boniments). Elle participe également à la Résistance.

A la Libération, elle entre au journal Ce soir où elle en particulier avec Louis Aragon; elle est proche du Parti Communiste mais n'y adhère pas. Elle y assure différents reportages, en particulier des comptes-rendus judiciaires et couvre en particulier le procès de Charles Mauras. Elle travaille ensuite au journal Paris-Presse où elle dirige le service politique étrangère, puis, au début des années 50, elle quitte le journalisme pour travailler dans l'édition. Elle devient lectrice au Détective-club puis collabore avec Frédéric Ditis et écrit les romans policiers et d'espionnage que l'on sait. Comme journaliste, elle se passionnait notamment pour les faits divers et les affaires criminelles (sa bibliothèque contenait un grand nombre d'ouvrages de criminologie); il faut peut-être voir là le lien chez elle entre plus jeune que Geneviève Manceron et Michel Averlant - restée elle-même célibataire et sans enfants - elle a noué avec lui à la fin des années 50 une forte relation d'amitié, l'aidant à apprendre les métiers de l'édition et l'incitant à écrire lui-même.

Je puis vous confirmer votre information sur le livre signé Claude Chevalon. Claude Manceron est né à Paris le 5 février 1923.

... j'ajoute qu'elle était la filleule de Victor Segalen, ami de son père Henry Manceron: la relation de Segalen avec Henry Manceron est le sujet du livre Trahison fidèle que j'ai fait paraître aux éditions du Seuil en 1985, il comprend, outre les lettres des deux amis, une lettre de Segalen à Geneviève Manceron.

Croyez...

 

Certains spécialistes de la littérature populaire avancent comme pseudonyme possible de Geneviève Manceron celui de John Baynes. Gilles Manceron n'a ni infirmé ni confirmé cette assertion. La consultation auprès de la BNF n'a rien donné.

Geneviève Manceron a travaillé jusqu'à sa retraite comme directrice littéraire dans le sein des éditions J'ai Lu. Elle est décédée à Groslay, dans le Val d'Oise, le 17 juillet 1994.

Liste des romans sous le nom de Geneviève Manceron :

Collection La Chouette :

 

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La Biche.N° 36 (1956). Réédité chez J'ai Lu policier N° 10 (1964).

Pauvres petites crevettes. N° 54 (1957). Réédité chez J'ai Lu policier N° 44.

La Puce à l'oreille.N° 66 (1957).

Anguille sous roche. N°96 (1958).

Les Brebis tonduesN° 134 (1959). Réédité chez J'ai Lu policier N° 26

 

Liste des romans sous le nom de Bruno Bax :

Collection La Chouette:

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H et le dossier 136. N° 2 (1955)

H et l'opération corrector. N°6 (1955)

H et l'espionne ingénue. N° 10 (1955)

H et la bouée baladeuse. N° 16 (1956)

H et le sous-marin volé. N° 20 (1956)

H et la petite Irlandaise. N° 24 (1956)

H et l'opération Manchot. N° 32 (1956)

H contre le réseau Baleine. N°46 ( 1957)

H et le Hollandais volant. N° 59 (1957)

H et l'opération Fado. N° 77 ( 1957)

H et la dangereuse Africaine. N° 100 (1958)

H et l'opération mer libre. N° 114 (1959)

H et le dossier rouge. N° 123 (1959)

H et l'accusée de Varsovie. N° 148 (1959)

 

Collection Jean Bruce Espionnage. Presses de la Cité

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Un coup de H. N° 27 ( 1959)

Aurore mortelle. N° 42 (1959)

Office de mort. N° 54 (1959

La bête fauve. N° 65 (1959)

 

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 10:00

Quand Jigal se met en trois pour vous être agréable !


Ce mois de septembre paraissent aux éditions Jigal trois nouveautés que j'aurai probablement l'occasion de chroniquer :

African tabloïdde Janis Otsiemi, Loupo de Jacques-Olivier Bosco et Le chat Ponsard d'André Fortin. Mais auparavant penchons-nous sur trois rééditions fort bienvenues en format poche.

 

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Maurice Gouiran: Putains de pauvres ! 280 pages. 9,50€.

Retrouver trente après, un amour de jeunesse, n’est pas toujours désagréable, seulement cela dépend des conditions et de l’état physique des protagonistes. Ainsi, alors qu’il stationne au comptoir de son bar habituel, le Beau Bar, Clovis est tout étonné d’être abordé par une clocharde en laquelle il reconnaît Laura, la jolie Laura de son adolescence. Elle lui révèle que des SDF sont les victimes d’hommes circulant en 4X4, les aspergeant d’essence ou les brutalisant à mort. Et qu’une épidémie de grippe, aviaire, chikungunya ou autre, sévirait parmi les quartiers pauvres de la ville.

Bien évidemment les événements ne sont pas relayés par les médias et les autorités dites compétentes, ou si peu. Elle n’en sait guère plus Laura, mais elle peut toutefois orienter Clovis vers un maçon portugais reparti au pays après le décès d’un ami lui aussi Portugais et maçon dans un hôpital marseillais, et que trois pompiers auraient contracté la maladie en l’évacuant d’un squat. Les pompiers vont mieux, grâce à leur jeune âge et leur constitution solide. Mais les pauvres, les sans-abris, qui manquent du minimum vital n’ont pas cette chance. La suite de ma chronique ici

 

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Philipe Georget : Les violents de l'automne. 456 pages. 9,80€.

Les sanglots longs des violents de l'automne blessent mon cœur d'une longueur monotone et résonnent sur les arbres, les terrasses, les toits et la Tramontane s’en donne à cœur joie !  

Je sais, ce n’est que de l’à peu près (je demande pardon à Paul Verlaine), mais ce n’est pas Gilles Sebag, inspecteur au commissariat de Perpignan, qui me jettera le premier vers, lui qui est habitué à détourner les proverbes, maximes et autres aphorismes. Genre, lors d’un repas, la pépie vient en mangeant. Un humour potache qui lui permet de mettre de côté ses petits problèmes familiaux et professionnels. Toujours hanté par une éventuelle infidélité de sa femme Claire, il est sollicité par sa fille Séverine pour s’immiscer dans une enquête non officielle.

En effet Matthieu, le frère d’une de ses amies d’école, a été tué dans un accident alors qu’il roulait en scooter. Il a été percuté par une camionnette mais selon la sœur de Mathieu, tout n’est pas clair dans cet accident et les policiers jugent l’affaire close. D’ailleurs le conducteur de la camionnette, qui est un alcoolique avéré, jure qu’un véhicule blanc a brûlé un stop l’obligeant à dévier de sa trajectoire, engendrant l’accident malheureux et tragique. Sebag promet à sa fille d’étudier le dossier et voir s’il peut dénicher quelque chose qui infirmera les conclusions de ses collègues, durant ses temps libres. Seulement une autre affaire plus délicate requiert pour l’heure toute son attention. La suite ici

 

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Gilles Vincent : Parjures. 248 pages. 9,50€.

Un dicton affirme : jamais deux sans trois et je viens de le vérifier. Partant d’un même postulat de base, la libération prématurée d’un protagoniste ayant bénéficié d’une réduction de peine alors qu’il avait été condamné pour meurtre ou viol, trois romanciers démontrent qu’un sujet analogue peut-être traité différemment. Après Le fossé d’Hervé Jaouen et Petits meurtres chez ces gens-là de Dulle Griet, voici donc une troisième intrigue ayant un détenu libéré parmi les personnages principaux.

Sortie aux aurores de ses rêves récurrents par un appel téléphonique, la commissaire de police Aïcha Sadia en remercierait presque son correspondant, l’un des hommes de son équipe le lieutenant Camorra. Lorsqu’elle arrive sur place, elle pourrait imaginer qu’elle se trouve sur un tournage de film, sauf que la scène du crime est bien réelle. Un corps dont la tête a été tranchée, le corps reposant sur un billot, posés près du cadavre un petit verre d’alcool et un mégot. Nul doute qu’il s’agit là d’une reconstitution à l’ancienne d’une exécution capitale. D’ailleurs, les papiers d’identité de l’individu sont retrouvés dans son pardessus déposé non loin, l’homme dont la tête a été décollée est un ancien prisonnier libéré depuis peu de temps. Un mois auparavant un autre ancien condamné a subi le même triste sort. La suite ici

 

Et n'oubliez pas, l'important c'est la prose !

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 13:58

Ecouter, c'est bien, l'entendre c'est mieux !

 

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Depuis qu'il est tombé dans le coma neuf mois auparavant à cause d'une vilaine histoire d'ecstasy, Jules, seize ans, n'est plus pareil. Il est devenu sourd et sa vie au quotidien a profondément changé (voir Silence, même collection).

Ses parents et sa sœur Jeanne, sa cadette qui du haut de ses quatorze ans le chambre parfois, se sont adaptés à la situation. Ils apprennent la langue des signes, et il continue ses études dans un établissement adapté. Il a même préféré devenir interne afin de cohabiter en permanence avec ses condisciples même si ceux-ci lui reprochent de n'être qu'un devenu-sourd et qu'il possède encore l'usage de la parole.

Ses parents ont décidé de passer quelques semaines de vacances en Alsace. Ils seront hébergés dans un gîte chez des viticulteurs dont Rémi le fils est lui aussi sourd, mais de naissance.

Au bout d'un long voyage en voiture qui mène la petite famille de Toulouse jusqu'au petit village de Nerhussen, non loin de Colmar, les voilà enfin arrivés dans ce qui pourrait ressembler à un village gaulois. Karine, la mère, Rémi le nouveau copain attribué d'office à Jules et qui est de son âge, Camille, la fille, adolescente de dix-huit ans belle mais boudeuse, plus les grands-parents, des cousines qui vivent en face de la route, accueillent les Français de l'intérieur. Il faut s'y faire, c'est comme ça, ceux qui habitent de l'autre côté des Vosges ont été surnommés ainsi depuis des événements bellicistes. Manquent Denis, le père et Benoît l'oncle célibataire qui travaillent dans les vignes.

Mais les deux hommes tardent à rentrer et ce n'est pas normal, alors Rémi, fier de montrer l'exploitation à son nouvel ami lui propose d'aller les rejoindre. Pas normal non, car Denis et l'oncle sont en discussion avec des gendarmes. Plus de trois cents pieds de vigne ont été tronçonnés dans leur parcelle et celle adjacente qui est la propriété du maire du village. Celui-ci n'a pas désiré porter plainte, mais Denis est furieux et n'entend pas en rester là.

Le lendemain Rémi et Jules rendent visite à Charala, un vieil homme qui leur explique qu'à l'origine, avant le remembrement, les deux parcelles n'en faisaient qu'une et que c'est le père du maire actuel qui les avaient achetées aux enchères à la Libération. Auparavant elles appartenaient à la famille Stahl, mais celle-ci convaincue de collaboration avec les Allemands avaient été dépouillés de leurs biens et passés par les armes par des Résistants. Désireux de rejoindre le site des Trois Tours, des ruines, ils aperçoivent un camion de pompier. Une voiture est encastrée dans un arbre dans un ravin et l'homme qui conduisait est décédé apparemment de ses blessures. Ce genre d'intervention est assez courante pour les hommes du feu dirigés par le père de Rémi. Ce qui l'est moins, c'est qu'une tronçonneuse ayant servi récemment gît près du cadavre. Il semblerait bien que le vandale est été puni.

Rémi est occupé à aider son père dans les vignobles et Jules décide d'entamer une enquête car en se promenant dans le cimetière à la recherche des tombes Stahl il s'est rendu compte que Joséphine Stahl qui n'avait qu'à peine dix-huit ans à l'époque soit décédée le même jour que celui de naissance du conducteur : 03/08/1942. D'autres coïncidences le troublent.

Alors la plupart du temps en compagnie de Camille qui lui bat un peu moins froid, il se rend auprès de la secrétaire de la mairie, puis à la bibliothèque municipale de Colmar, au bureau du journal des Dernières Nouvelles d'Alsace, afin de s'imprégner de l'histoire de cette famille Stahl qui a été déshonorée et abattue pour des raisons qui n'étaient pas forcément celles dont elle était accusée. Pour mieux comprendre cette période qu'il découvre. D'ailleurs il confie ses doutes au capitane de gendarmerie Croville qui est intéressé sans le laisser franchement paraître.

Trois centres d'intérêt figurent dans ce roman annoncé pour des adolescents à partir de treize ans. D'abord cette plongée dans l'histoire d'un village alsacien lors de l'Occupation allemande, avec son lot comme partout ailleurs de Résistants, les vrais, et ceux de la dernière heure et les multiples dénonciations engendrées souvent par la jalousie et la cupidité.

Autre centre d'intérêt, c'est le regard porté sur le monde des sourds, des non-entendant de naissance et qui ne parlent pas, ceux qui le sont devenus à cause d'un accident de la vie et continuent à pouvoir s'exprimer par la parole, le conflit parfois qui oppose les oralistes à ceux dont les oreilles et la bouche sont définitivement clos, le langage des signes et le petit carnet tenu par devers soi en permanence afin de mieux se faire comprendre. L'attitude des parents de Jules aussi envers leur enfant puni et meurtri par la perte d'un de ses cinq sens. Et il est émouvant de lire que Jules pense parfois qu'il aurait préféré perdre la vue plutôt que l'ouïe.

Enfin, cette attirance que ressent Jules envers Camille, un amour d'enfant qui parfois peut se prolonger, lui qui n'a que seize ans et elle dix-huit et qui le dédaigne. Cette frustration l'émeut et le perturbe.

Un roman riche et attendrissant qui devrait intéresser les enfants bien sûr par la portée de l'histoire, mais aussi les parents qui peut-être, mais il ne faut pas l'espérer, peuvent être à même d'être confrontés à ce genre de situation. Et aux autres, qui découvrent un univers insoupçonné. Et j'ai de plus en plus la sensation en lisant des romans destinés aux adolescents de découvrir des histoires plus humanistes que ceux proposés aux adultes.


Benoît SEVERAC : Le garçon de l'intérieur. Editions Syros. Parution 5 septembre 2013. 208 pages. 14,50€.

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 07:55

Insertion gratuite !

 

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Les deux policiers de la municipale, qui patrouillent aux abords du jardin Balzac de Saproville-sur-mer, en ce dimanche matin d'automne, pensent être en présence d'un poivrot affalé contre le portillon d'entrée. Mais en retournant le corps ils s'aperçoivent bien vite de leur bévue. L'homme n'aura plus l'occasion d'ingurgiter une quelconque boisson pour digérer le pruneau qui lui a emporté la calebasse.

Car la victime n'est pas n'importe qui. Il n'aura même pas le désagrément de pouvoir lire son nom figurer à la rubrique adéquate des avis d'obsèques dans le journal quotidien régional dont il est propriétaire. Bon nombre de lecteurs ouvrent le canard à la page obsèques et sont satisfaits de ne pas voir leur nom inscrit. Au moins ceux-ci débutent bien la journée.

La famille de Fabrice Kerbrian du Roscoät, le jeune patron de France-Océan, aura au moins la consolation de ne pas payer les frais d'insertion dans le journal qu'il avait repris à la suite de son père et de son grand-père, le fondateur de cet organe de presse qui est en position de quasi monopole dans la région. Il n'y a pas de petites économies. Et il faut en faire, car le journal est dans une mauvaise passe.

Alors qu'il avait des velléités de devenir viticulteur, Fabulous Fab comme il avait été surnommé, avait suivi des cours de gestion aux USA puis il avait réorganisé le quotidien régional. Passage au format tabloïd, suppléments en tous genres, chaines radio et télévision, passage au numérique et autres bricoles dont une palanquée de directeurs de tout et surtout de rien, avaient obéré les finances du groupe qui règne sur une douzaine de départements autour du siège social sis à Saproville-sur-mer.

Le commandant Hoareau, natif de la Réunion, est en charge de l'enquête, mais vu la personnalité du défunt, la Police Judiciaire est rapidement représentée en les personnes du commandant Le Trividic et de son adjoint Lesieur. Une perquisition au domicile de Fabrice Kerbrian s'avère frustrante. L'ordinateur, le portable et des papiers ont disparu. Les deux policiers sont à l'affut dans le cimetière lors des obsèques de Kerbrian, ils sont intrigués par le manège d'un curieux personnage qui effectue la navette entre le maire et le député. Ce n'est autre que le responsable du personnel, pardon le directeur des ressources humaines. Entre le maire et le député, ce n'est guère l'entente cordiale. Ils se sont partagés les responsabilités, adhèrent à des partis différents, mais allez savoir si en coulisses ils sont vraiment adversaires.

Des pistes sont évoquées. Par exemple Schirmeck, le fait-diversier qui au bout de plus de vingt ans de bons et loyaux services a quitté le journal, pour des raisons obscures. Il y aurait bien aussi Philipe Marais, le rédacteur en chef qui portent des cornes offertes par Kerbrian. Et puis à quoi correspond l'appel téléphonique adressé à José Barteau par Kerbrian le soir du meurtre. Et en parlant de meurtre, José Barteau est lui aussi retrouvé rectifié dans son lit avec une hache fichée dans le crâne.

Victor Boudreau, un détective privé dont la mère était originaire de La Nouvelle-Orléans, se remet progressivement d'un AVC. Heureusement Jeanne, sa compagne, est là pour le soutenir. Et il est franchement embêté car il vient d'apprendre que sa nièce, Joliette, et son ami Turnbinton seraient impliqués dans un recel d'objets d'art religieux là-bas en Louisiane. Des objets qui auraient traversé l'Atlantique à bord de conteneurs expédiés par lui-même. Y'a un truc qu'il faut absolument qu'il démêle, aidé de Jeanne, évidemment, entre deux films américains en noir et blanc dont elle se délecte. Ses investigations l'amènent à s'immiscer dans ce microcosme local, aidé par l'un des pontes des Renseignements Généraux, Edgar Ouveure le bien nommé. Et ça grenouille de partout.

 

Michel Embareck nous entraîne dans la ville imaginaire de Saproville-sur-mer, qui est un composé de Nantes et de Rennes, dont certains noms de rues seront explicites aux lecteurs du plus gros quotidien régional, afin de mieux développer une double intrigue plaisante teintée d'un humour caustique et d'une ironie grinçante.

Luc Kerbrian, le père de Fabrice, est obligé de reprendre les rênes du quotidien et ce ne sera pas sans douleur. Il y aura peut-être des sacrifices, de la sueur, des larmes, mais chacun fera ce qu'il sait faire pour que le quotidien demeure le compagnon matinal du café sur le zinc, l'organe indispensable pour se tenir informé de la vie locale. D'abord parce que le papier, c'est concret, ce n'est pas du virtuel. On ne peut pas se servir d'un portable ou autre matériel informatique moderne comme le faisaient les anciens pour s'éventer ou... remplacer le papier toilette. Et les nostalgiques du papier abondent encore dans la campagne : Comment voulez-vous que le lecteur découpe un article, qu'il le colle dans un cahier ou sur une porte de placard dans sa cuisine ? s'interroge-t-il en redressant le buste. Prenons un exemple : la purée, c'est bête comme chou, la purée. Eh bien, on n'a jamais trouvé mieux que le presse-purée à manivelle pour la réussir.

C'est un coup de pied dans l'informatique à tout crin, ou je n'ai rien compris. Mais les nouvelles technologies ne sont pas les seules à alimenter la gouaille de Michel Embareck. Les psys convoqués dans les tribunaux aussi en prennent pour leur grade : Pour la plupart chef de clinique, ils préfèrent refiler un dingo absolu à la pénitentiaire plutôt que de se le coltiner dans leurs services. Certains, au terme de leur rapport, n'hésitent pas à déclarer des handicapés mentaux responsables de leurs actes au prétexte qu'ils comprennent la différence entre le bien et le mal.

Coups de griffes ai-je insinué ? un exemple : Les urgences, même à l'hôpital, elles n'en ont plus que le nom.

Certains pourraient dire qu'il s'agit de démagogie, moi je préfère qualifier ces réflexions de bon sens comme du réalisme. D'autres points sont soulevés, que je ne vous dévoilerai pas par manque de place et par respect pour l'auteur qui préfère que vous lisiez son livre, mais sachez que la police, l'immobilier, la justice et autres fariboles dont une incursion dans des épisodes relatifs à la presse durant la Seconde Guerre Mondiale et à la Libération, ne sont pas épargnés par la verve de Michel Embareck. Si je me suis plus attardé sur l'évolution et l'aspect financier de la presse, c'est bien parce que Michel Embareck, journaliste lui-même, en connait les arcanes, en a subi peut-être les soubresauts et qu'il écrit en connaissance de cause.

Dans ce roman s'imbriquent deux enquêtes. L'une sur les meurtres, car il y en aura plusieurs, faut bien contenter le lecteur, et l'autre sur les fameux objets d'art religieux. Et dans cette dernière Victor Boudreaux s'en donne à cœur joie. Il a retrouvé toute sa vitalité ou presque, grâce à sa volonté et à son physique qu'il entretient en digne lanceur de marteau qu'il est et coach de temps à autre en Louisiane auprès de jeunes filles adeptes de l'athlétisme, et il joue avec virtuosité de la chaine de tronçonneuse au chamboule-tout avec la tête de ses adversaires.

Et là-dessus, plane un petit air de jazz, en référence bien évidemment à La Nouvelle-Orléans.

 

A lire du même auteur : Rock en vrac.

 

Michel EMBAREK : Avis d'obsèques. Editions de l'Archipel. 28 août 2013. 304 pages. 18,95€.

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 16:32

Même périmé il est toujours valable !

 

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Jo vient d'effectuer un stage de six mois à l'hôpital. Six mois, ça compte, surtout lorsque le dit stage a été occasionné par la rencontre inopinée de quatre balles de revolver et d'un corps humain. Encore s'il n'y avait eu que ça !

Pendant six mois ou presque, Jo a dû affronter les questions insidieuses d'un certain nombre de flics soupçonneux et dépassés par les événements. Pourquoi lui avoir tiré dessus, lui qui arrivait du Venezuela et ne se connaissait pas d'ennemis ?

Jo va donc tenter de découvrir le pourquoi du comment et essayer de retrouver Mireille, la jeune femme qui l'accompagnait le soir où il a essuyé les pruneaux, comme l'on dit d'une façon imagée dans ce milieu interlope. Ses pas le conduisent de Montmartre à Pigalle, de bars en tripots.

Jo furète, interroge, questionne truands et prostituées, à la recherche du fil conducteur qui le mènera jusqu'à ceux qui ont vainement tenté de lui faire passer le goût du vin et du cognac. Des boissons qui le rendent quelque peu euphorique et déprimé à la fois, vindicatif, dans un Paris printanier. Pour Jo c'est le début de la perte de ses illusions et du peu d'argent qui lui restait en poche.

 

Ce parcours, cette longue descente aux enfers, cette déchéance accompagnée de sursauts, c'est un peu ce qu'André Héléna a vécu toute sa vie. Brillant écrivain, Héléna n'a jamais été reconnu par ses pairs et la critique. Comme le fait si bien remarquer Georges-Jean Arnaud dans sa postface : Héléna possédait une grande facilité d'écriture mais il était prodigue. C'est un don qu'on vous pardonne rarement, non seulement les critiques mais aussi les confrères. Un roman laborieux et sans originalité écrit en un an l'emportera toujours dans l'estime sur celui qui aura été pondu en quinze jours.

L'alcool a eu raison d'Héléna qui avec une ironie amère écrit : Le Corse haussa les épaules. Il n'avait que mépris pour les gens qui boivent. Réflexion amère d'un écrivain désabusé mais bourré (!) de talent. Trop peut-être !


André HELENA : Passeport pour l'au-delà. Collection Fanval Noir. Editions Fanval. Postface de Georges-Jean Arnaud. Septembre 1988. 192 pages.

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8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 14:23

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En 1988, les éditions Fanval ont eu l'heureuse initiative d'entrouvrir les portes du purgatoire dans lequel était confiné André Héléna depuis de longues années.

Grâce à Bayon, Phil Casor et Franck Evrard, les dix volumes composant la série Les Compagnons du destin furent réédités dans un ordre qui n'était pas celui d'origine mais reproduisaient les couvertures originales de Jeff de Wulf avec comme particularité des postfaces inédites.

André Héléna, un auteur peu ou mal connu, redécouvert à cette époque et dont d'autres titres parurent chez 10/18 notamment et qui eut l'honneur de se voir consacrer un dossier dans la revue Polar N° 23 en l'an 2000. Ce n'était que justice.

Des romans malgré un petit air désuet n'ont pas pris une ride. Paradoxal ? Non. Ceux qui n'ont pas connu ces endroits chauds que sont encore Pigalle, Barbès, La Goutte d'or n'ont pas connu Paris à la fin de la guerre, n'ont pas connu ces bouges avec les comptoirs en zinc et la sciure sur le sol, ne peuvent se rendre compte de la force d'évocation des écrits d'Héléna.

Si les mauvais garçons et les filles écument encore les trottoirs entre l'avenue de Clichy et Barbès, les lumières, les musiques, les devantures accrocheuses ne sont plus les mêmes et c'est le Paris d'aujourd'hui qui parait superficiel.

Mais les romans d'Héléna n'ont pas pris une ride car son écriture possède toujours cette force d'évocation, ce mélange acidulé de langue française et d'argot que l'on retrouve chez les grands anciens comme Francis Carco. De même les histoires sont de tout temps. Cette mouise dans laquelle se débattent les acteurs des drames de la ville, cette déchéance dans laquelle ils sont aspirés comme dans des sables mouvants, cette misère qui s'accroche à leurs basques et avec laquelle ils s'habituent à vivre, tout cela existe encore. Les demi-sels qui veulent se prendre pour des caïds ou qui sont jugés à tort comme tels, des victimes de la société, des autres, d'eux-mêmes ou du hasard qui fait toujours mal les choses.

Mais une fois de plus l'auteur, comme bien d'autres, ne jouira pas de ce regain d'intérêt porté à son œuvre car il est décédé en 1972. Restent ses compagnons de route, ses admirateurs, ses condisciples, qui par quelques lignes en fin de volume rendent hommage à un romancier disparu dans l'indifférence générale et n'eut jamais de chance auprès des éditeurs ou alors trop tard.

Léo Malet, Gérard Mordillat, Yvan Audouard et quelques autres présentent ces œuvres et leur auteur, chacun à sa façon mais tous avec sobriété et sincérité.

 

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La victime. Première édition : 1953, Vinay et Champs Fleuris. Les Compagnons du destin N°5. Présentation de Bayon, Phil Casoar et Frank Evrard.

 

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Le Demi-sel.Première édition : 1953, Vinay et Champs Fleuris. Les Compagnons du destin N°2. Postface de Léo Malet.

 

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Le Baiser à la veuve. Première édition : 1953, Vinay et Champs Fleuris. Les Compagnons du destin N°6. Postface de Gérard Mordillat.

 

Le Fourgue. Première édition : 1953, Vinay et Champs Fleuris. Les Compagnons du destin N°7. Postface de Gérard Mordillat.

 

Le Donneur. Première édition : 1959 SEPFE, collection La Grenade. Les Compagnons du destin N°10. Postface d'Alain Page.

 

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Le Goût du sang. Première édition : 1953, Vinay et Champs Fleuris. Les Compagnons du destin N°4. Postface d'Yves Boisset. En appendice reproduction d'un article paru dans l'Indépendant de Perpignan en 1958.

 

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Passeport pour l'au-delà. Première édition : 1953, Vinay et Champs Fleuris. Les Compagnons du destin N°8. Repris en 1962 dans la collection Le Moulin noir aux éditions de l'Etoile. Postface de Georges-Jean Arnaud.

 

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Les Anges de la mort. Première édition : 1953, Vinay et Champs Fleuris. Les Compagnons du destin N°1. Postface de Jean Rollin.

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La Croix des vaches. Première édition : 1953, Vinay et Champs Fleuris. Les Compagnons du destin N°3. Postface, entretien avec Frédéric Ditis.

 

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Hold-up. Première édition : 1953, Vinay et Champs Fleuris. Les Compagnons du destin N°9. Postface de Pierre Genève.

 


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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 13:18

Bon anniversaire à Andrea Camilleri né le 6 septembre 1925.

 

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Deux éboueurs, Pino et Saro, découvrent l’ingénieur Luparello mort dans sa voiture. Peu avant Saro avait trouvé un pendentif incrusté de diamants. Ils préviennent Rizzo, avocat et meilleur ami du défunt, qui leur conseille de prévenir la police. Un accident cardiaque selon les premières conclusions suite à une relation sexuelle.

Le genre de truc qui peut arriver à tout le monde, sauf que tout le monde ne meurt en se garant près d’une plage, au bout d’un chemin quasi inaccessible, le pantalon baissé sur les genoux. Luparello était le gourou du député. Et sans lui, le député Cusumano n’est plus rien.

Le rapport d’autopsie confirme les premières supputations mais Montalbano est perplexe : la voiture n’aurait pu théoriquement se trouver là où elle gisait. Il subodore une machination politique mais doit marcher sur des œufs. Son ami Gegé, copain d’école devenu marginal, lui révèle que des prostituées ont aperçu la veille Luparello en compagnie d’une blonde inconnue du quartier. Puis il apprend que quelqu’un recherche un pendentif de valeur perdu à proximité du lieu où a été découvert Luparello.

Il interroge Pino et Saro, se fait remettre le bijou et sous couvert du secret se confie à Jacomuzzi, un de ses collègues. Lequel prévient immédiatement Rizzo qui possède une excuse valable concernant le pendentif qui appartiendrait à la femme de Cardamone, fils du rival politique de Luparello. Zito , journaliste, lui fournit de précieuses informations sur le fils Cardamone, un bon à rien, et sur Ingrid, sa femme, suédoise, qui le cocufie avec tous les hommes à sa portée dont son beau-père.

Ratissant l’endroit où à été retrouvé le bijou, Montalbano découvre le sac à main d’Ingrid. La veuve de Luparello est persuadée que son mari ne se serait jamais compromis avec une prostituée et qu’il s’agit d’un crime politique. Elle possède une preuve irréfutable. Seul Giorgio, le neveu de Luparello, semble est véritablement attristé. Dans la maisonnette qui servait de garçonnière à l’ingénieur, Montalbano remarque des objets et cassettes à but sexuel, des perruques et des vêtements féminins.

 

forme-eau2.JPGMalgré un a priori sur le tapage médiatique concernant la sortie de ce livre et sur l’auteur, une jaquette de couverture qui fait penser à une énième histoire sur la Mafia, dès les premières pages le charme a opéré, le fameux charme latin peut-être. L’histoire pas si banale que ça, et l’écriture, la puissance du verbe, la puissance d’évocation dans la narration envoûtent le lecteur.

Le rythme est soutenu et surtout on échappe à ce qui devient le point commun, banal des crimes à l’italienne, le fantôme de la Mafia, même si celui-ci plane dans l’esprit des policiers. L’histoire se passe en Sicile, ne l’oublions pas. Montalbano est un policier humaniste, qui aime la bonne chère, les femmes mais ne profite pas des bonnes fortunes qui lui tombent du ciel dans le lit.

 

C’est un homme entre Maigret et Carvalho, sympathique, qui aime son métier sans pour cela jouer de la gâchette à tout va.


CAMILLERI Andrea : La forme de l’eau (trad. italien : Serge Quadruppani avec l’aide de Maruzza Loria. Préface de SergeQuadruppani. Première édition Fleuve Noir 1998, Noirs N°49). Réédition Pocket Février 2004. 256 pages. 5,70€.

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