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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 06:45

Ou d'un vendeur de cauchemars ?

Anthelme HAUCHECORNE : Journal d'un marchand de rêves.

La frontière entre rêve et réalité est perméable, entre sommeil et réveil une passoire, et le lecteur ne sait plus exactement où il se trouve, même s'il est toujours en compagnie du narrateur, Walter Krowley.

Fils délaissé d'une famille dont le quotidien est voué au cinéma, Walter vit à Hollywood. Ayant perdu sa mère tout jeune, il cohabite avec son père, sa belle-mère et ses deux filles, qui par un effet extraordinaire sont les demi-sœurs de Walter, et les premiers mots qu'il a balbutié étaient bien évidemment des références cinématographiques. Non, pas des titres de films, mais ce qui se trame autour de la réalisation d'un film.

Mais à dix-huit ans, Walter a été enfermé au Camarilla Mental Hospital d'Hollywood, un asile psychiatrique pour soigner les dépendants, à la drogue et autres substances. Son dossier médical n'est guère épais, normal puisqu'il ne mentionne qu'une anorexie bénigne. Sans compter les scarifications et autres automutilations. Que voulez-vous, à cet âge-là, il faut bien s'occuper.

Son problème majeur était peut-être du nom de Trevor Trump, dont le père est le premier fabricant américain d'engrais potassiques et phosphatés. Des produits qui n'ont aucun effet bénéfique sur le cerveau apparemment. Bref en compagnie de Trevor, Walter se mesure à la mort en voulant vivre sa vie, et un beau (?) jour, les deux amis, lancés à bord de leur Humer, percutent un véhicule, avec au compteur deux morts et demi. Un couple, dont une femme enceinte, qui se trouvait sur leur trajectoire, laquelle trajectoire indiquait sans contestation possible que Trevor était en tort.

Et c'est comme ça que tout a commencé, ou continué.

Walter veut devenir scénariste, quant à faire on ne change pas une équipe qui gagne son argent dans le cinéma, et ce sont ses rêves qui vont alimenter son imagination qui parfois se trouve défaillante sur le papier.

Walter est dans sa chambre, sur son lit, important de préciser, a-t-il dormi ou non, mais d'un seul coup il se rend compte qu'il n'est pas chez lui, ou alors tout est chamboulé. La pièce s'est transformée en boudoir bleu, une espèce d'olibrius est sous son sommier, c'est son Ça auquel il est attaché par une chaînette, et lorsqu'il ouvre la porte de son armoire qui n'est pas son meuble mais celui de Trevor, il se retrouve au dehors, ce qui est illogique puisqu'il habite à l'étage.

Pourtant il est bien au dehors, à Doowylloh, le Gouverneur fait passer ses messages, il les a entendu à la télévision, et la vie d'un Rêveur n'est pas simple.

Au cours de ses déambulations il fait la connaissance de Spleen, il se confronte à d'horribles personnages, il divague dans une région nommée Brumaire, il dérobe la carte perforée de Wild Bill, fonctionnaire cartographe en réinsertion, s'oppose à Davis, un drone, puis il rencontre Banshee qui ne jure que par les Oniromanciens, puis tous deux sont confrontés à Butch "Son of a Gun" Smoke et ses Outlaws, vont travailler dans des carrières de sable, et bien d'autres aventures qui défilent en un rythme rapide, trépidant, parfois saccadé, comme ces vieux films qui défilaient et sautaient parfois hors de leur crans d'entraînement.

Comme dans les bons romans d'aventures d'antan, le mystère rôde, l'amour n'est pas loin, et par un effet boule de neige, la vengeance sinue jusqu'à son point de paroxysme. Et l'on ne peut s'empêcher de songer à l'armoire magique du Monde de Narnia ou aux aventures d'Alice au Pays des Merveilles. Comme ça en passant.

 

Rêves ? Plutôt des cauchemars subis par Walter, des songes oniriques qui le laissent pantelant, ne sachant plus, le lecteur non plus, s'il est éveillé, s'il dort, s'il est sur la corde raide entre Eveil et Ever.

Un roman troublant, presque démoniaque dans sa construction et dans lequel on voyage comme dans une succession de tunnels débouchant sur des paysages de fiction, ou plutôt à bord d'un train fantôme interminable qui vous secoue, vous offre de multiples mésaventures, dont on sait qu'il s'agit de mises en scènes mais auxquelles on donne le crédit de la réalité tout en sachant qu'on effectue un voyage virtuel.

Un roman décalé, déjanté, et pourtant on se dit que ces aventures, décrites avec pertinence, pourraient très bien être réelles, en y mettant un peu de bonne volonté et beaucoup d'imagination. Ne vous est-il jamais arrivé de rêver des épisodes extraordinaires et de continuer à les vivre en étant à semi-éveillé, ne désirant pas ou ne pouvant pas sortir d'une sorte d'emprise.

Il s'agit presque d'un exercice de style auquel on adhère, certes, mais pas à renouveler trop souvent, l'addiction pouvant s'installer.

 

Dans le Temps du rêve, il n'y a ni passé, ni présent, ni avenir, m'a-t-elle appris. Les songes ne respectent aucune chronologie, toutes les potentialités s'y mêlent.

Anthelme HAUCHECORNE : Journal d'un marchand de rêves. Collection Pepper. Editions Atelier Mosesu. Parution le 11 octobre 2016. 560 pages. 19,00€. Version numérique : 6,99€.

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 06:53

Corps et liens oui mais pas Cornéliens, quoi que...

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2.

Ce second opus consacré à Pascal Marignac, plus connu sous les alias de Kââ, de Corsélien et un peu moins de Béhémoth, comporte trois romans qui n'avaient pas été réédités jusqu'à ce jour et qui pourtant méritaient de l'être.

En effet l'univers trouble et angoissant mâtiné d'horreur de Kââ, pseudonyme sous lequel Pascal Marignac qui n'a jamais publié sous son véritable patronyme, était le plus connu, tranchait, sans jeux de mots, avec celui de ses confrères angoisseurs.

Deux de ses pseudonymes ont été empruntés à des personnages mythiques de la Bible ou de la littérature populaire.

Ainsi Béhémoth est une créature mentionnée dans Le Livre de Job, et désigne métaphoriquement toute bête de grande taille et puissante.

Kââ est bien entendu le nom du serpent figurant dans Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling. Seulement alors que dans ce roman, le python est un ami de Mowgli, aidant Baloo et Bagheera lorsque le Petit d'homme est enlevé par les Bandar-Log, dans le film produit par les studios Walt Disney il incarne l'un des prédateurs de Mowgli. Une double face ange et démon dont Pascal Marignac s'est peut-être inspiré dans le choix de ce pseudonyme.

 

BEHEMOTH : Voyage au bout du jour.

 

Depuis la mort de sa femme, Philippe, expert-comptable dans une grosse société, est complètement désemparé. Au point que son patron lui enjoint d'aller se reposer quelques jours aux frais de la princesse.

Alors il vadrouille, mais ne prend aucun plaisir à son périple breton qui le mène jusqu'à Brest. Là, dans un café crasseux, minable, il fait la connaissance de Liane, la serveuse, une jeune fille désabusée, genre souillon attendant le Prince Charmant.

C'est l'escapade sur l'île d'Ouessant où ils recherchent leur second souffle et l'oubli. Et ce qui aurait pu être une lune de miel agréable se transforme en cauchemar. Des pieuvres géantes sèment l'horreur, l'angoisse; l'épouvante.

Mais d'où viennent ces monstres marins ?

Et ce yacht noir qui croise au large, n'est-il pas une émanation de l'enfer ?

Des questions angoissantes, certes, mais des réponses encore plus terrifiantes.

Sous le pseudonyme de Béhémoth, l'auteur n'en est pas à son coup de maître. En effet il s'est fait connaître au Fleuve Noir sous les pseudos de Kââ et de Corsélien, mais son passage dans une jeune maison d'édition concurrente l'a obligé de changer d'alias.

C'est un auteur déroutant, irritant, à l'écriture et aux narrations en dents de scie. On ressort de ce livre un peu frustré en ayant l'impression d'être passé à côté d'un chef-d'œuvre de la littérature d'épouvante.

Il joue avec les nerfs, selon le principe de la douche écossaise, mais cela est peut-être dû à sa condition d'enseignant puisqu'il est (était) professeur de philosophie.

Peut-être a-t-il rédigé rapidement cet opus, pressé par Patrick Siry qui montait sa maison d'édition après avoir quitté , ou s'être fait débarqué, le Fleuve Noir, rameutant autour de lui quelques pointures de cette emblématique éditeur populaire. Ainsi que Gourdon, le fabuleux dessinateur qui a tant œuvré pour le Fleuve Noir, lui apportant ses lettres de noblesse.

Première édition : Collection Maniac N°3. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

Première édition : Collection Maniac N°3. Editions Patrick Siry. Parution septembre 1988. 160 pages.

CORSELIN : Lésion irréparables.

Quatrième de couverture de l'édition originale.

Le moment le plus étonnant avait été celui où le pieu de fer, ayant traversé tout au long le corps nu de Gunther Schodan, était apparu, pointe brillante au fond de la bouche ouverte sur un effroyable cri muet.

Première édition Collection Gore N°106. Editions Vaugirard. Parution janvier 1990. 160 pages.

Première édition Collection Gore N°106. Editions Vaugirard. Parution janvier 1990. 160 pages.

KÂÂ : Dîners de têtes.

Parfois il faut trancher dans le vif, comme l'on dit.

Toutefois, il y a des limites à respecter, et s'amuser à jouer de la guillotine, en décolletant des têtes comme au bon vieux temps de la Révolution, voilà qui dépasse les bornes.

Le juge Renaud, qui fait connaissance de la petite ville de province où il exerce, est invité chez des bourgeois dont il apprécie moyennement la promiscuité, lorgne plus sur sa greffière que sur les dossiers qui s'accumulent, et s'amuse à provoquer les représentants de la maréchaussée locale.

Seulement rentrer chez soi le soir et découvrir sur une table basse, dans un antique carton à chapeaux, une paire de têtes fraîchement découpées, alors qu'il se promettait du bon temps avec sa greffière, cela refroidit les ardeurs. D'autant que ce trophée n'est pas le premier, et il est en droit de se demander jusqu'où cela va continuer.

Le maniaque de la guillotine lui ne se pose pas de questions. Mais attention, son engin bicentenaire, il ne l'utilise pas sur un coup de tête. Enfin c'est ce qu'il pense. Il a ses raisons que la raison ignore.

 

A mi chemin entre le Sérial Killer et le roman de terreur, Dîner de têtes ne verse pas dans le gore, genre dans lequel Kaa s'est illustré dans la défunte collection du même nom sous le pseudonyme de Corsélien. Cela tourne souvent à la farce macabre, et si l'on est accroché par l'intrigue, on ne rentre pas tout à fait dans cette histoire à laquelle il manque cette angoisse profonde que nous distillait sa grande sœur, la collection Angoisse sans S du Fleuve Noir. Il y manque l'aura d'épouvante mâtinée de fantastique qui sied si bien à ce genre de littérature. Kaa possède trop de métier pour nous laisser sur notre faim, et il nous doit un roman plus élaboré, plus imprégné de cette réelle angoisse qui prend aux tripes, sans que l'on perde la tête.

 

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2.

Ce n'est pas parce que j'ai émis quelques réserves concernant ces romans qu'il vous faut les occulter. S'ils m'ont légèrement déçus, c'est bien parce que Pascal Marignac avait fait mieux dans le genre, et on est plus sévère avec ceux que l'on aime qu'avec les autres. Mais ils restent néanmoins très intéressants, plus que ceux pondus par des auteurs poussifs. A mon avis.

À sa mort en 2002, l'écrivain Serge Brussolo le considérait comme le meilleur auteur de roman noir des vingt dernières années, du moins c'est ce qu'il écrivait dans Petit renard (Le Masque n°2471. 2002). Et il ne faut pas oublier non plus, que les auteurs étaient assujettis à un nombre imposé de pages, et évidemment certains pouvaient se sentir brimés et les lecteurs frustrés.

Ce recueil est complété par une préface et une présentation des trois romans par David Didelot, une nouvelle de Corsélien et une autre de Schweinhund.

Pour commander cet ouvrage et d'autres, car il existe une promotion à na pas rater sur Rivière blanche, cliquez sur le lien ci-dessous.

Autres romans de Kââ  présentés sur ce blog :

KÂÂ/CORSELIEN : Corps et liens. Volume 2. Collection Noire N°93. Editions Rivière Blanche. Parution décembre 2016. 380 pages. 25,00€.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 10:17

Un château de cartes ?

Illustration : Mathieu Coudray

Illustration : Mathieu Coudray

A bord de son vieux fourgon Volkswagen, Mamie Edwige, accompagnée des deux inséparables Morgane, sa petite-fille, et Valentin, le petit ami de celle-ci, arrive dans les Vosges.

Elle a été contactée par une admiratrice, madame Bujon qui vit à Mesnil, seule avec sa fille Camille, âgée de dix ans. C'est que Mamie Edwige est renommée comme chasseuse de fantômes mais elle réfute l'appellation de sorcière ou de magicienne. C'est une scientifique qui possède à son actif de nombreuses inventions dont les bulles de savon qui n'éclatent pas.

Des événements étranges se produisent dans cette fourgonnette brinquebalante. La chaleur qui y règne est anormale, et le pot d'échappement se prend pour un cor de chasse.

Enfin l'équipée se termine, sans avoir recours à un quelconque navigateur électronique mais avant d'arriver sur place, un homme se dresse devant le véhicule au risque de se faire écraser. Il s'agit d'André Glu, surnommé Dédé pour les intimes, c'est-à-dire tout le monde, un homme un peu bizarre qui possède l'habitude énervante de tourner le dos à ses interlocuteurs.

Trêve de tergiversations, Mamie Edwige arrive enfin devant chez madame Bujon. Nos voyageurs sont étonnés de s'apercevoir que Camille, la gamine, se trimbale en fauteuil roulant. La faute à son père absent. En effet monsieur Bujon travaille dans le pétrole, normal quand on n'a pas d'idées, et il est très rarement à la maison. Car s'il avait été présent, il aurait pu rattraper sa fille lorsque celle-ci était tombée de l'arbre dans lequel elle était montée.

Madame Bujon a requis les talents de Mamie Edwige car de nombreux habitants de la commune et des touristes sont portés disparus. Ils seraient enfermés, selon la rumeur, dans le château des Mauvents, un édifice médiéval situé en haut du mont. Sauf que celui-ci n'existe pas.

Suivent quelques épisodes intéressants et particulièrement significatifs concernant le don de télékinésie de Camille, développés par l'auteur auquel je me garderai bien de me substituer, pour nous trouver devant ce château qui est invisible. Grâce à une invention de Mamie Edwige, Valentin parvient à le rendre perceptible et tous trois entrent dans le bâtiment, véritable prison des personnes qui ont disparu.

Des somnambules, les disparus, errent dans une immense pièce, transformés en figurines de carton, Carnicroque, un ours en peluche gigantesque déboule, et devant les yeux éberlués de nos trois héros, non en réalité quatre puisque Dédé Glu, un homme à qui l'on ne peut pas reprocher de ne pas avoir de plomb dans la tête, s'est joint à eux, vont constituer le plat de résistance sans oublier un square aux crapauds hideux qui ne dédaignent pas s'attaquer aux mollets. Ceux de Valentin.

 

Le lecteur ne peut s'empêcher de penser à Lewis Carroll et à son conte mettant en scène Alice au pays des Merveilles, les figures ressemblant à du carton extra-plat pouvant être assimilées aux jeux de cartes dans l'histoire de l'écrivain britannique, mais pas que.

En effet Brice Tarvel nous emmène dans un monde merveilleux mais terrible et chaque page révèle des dangers auxquels sont confrontés mamie Edwige et consorts. Une fois de plus nous vibrons aux aventures et mésaventures subies par Morgane, et son copain Valentin dont elle est secrètement amoureuse. Parfois il l'exaspère, mais ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Il y en aura tellement d'autres qui se révéleront bénéfiques. Mais non, je n'extrapole pas.

Mais revenons à Brice Tarvel qui sait entretenir une atmosphère (oui, je sais, atmosphère, atmosphère...) d'angoisse et de magie en renouvelant le genre tout en restant dans le registre du bien parler et du non violent, sauf lorsque cela est nécessaire. Une bouffée de fraîcheur que les vieux (pardon, monsieur Tarvel, nous sommes du même âge) lecteurs aiment ressentir de temps à autre, frissonnant à des aventures épiques, magiques, et pourtant si simples.

Juste une dernière petite remarque avant de vous laisser acheter cet ouvrage indispensable que vous lirez en cachette de vos chères têtes blondes, brunes, rousses, un des personnages se nomme Germaine Petitmange. Et comme l'action se déroule dans les Vosges, cela m'a fait penser à Pierre Pelot, ineffable conteur lui aussi, dont le véritable patronyme est Pierre Grosdemange. Un clin d'œil ? Pourquoi pas.

Première édition : Editions les Lucioles. Parution mai 2012.

Première édition : Editions les Lucioles. Parution mai 2012.

Retrouvez les aventures de Morgane et compagnie en cliquant sur les liens ci-dessous :

Brice TARVEL : Le château des somnambules. Série Morgane. Collection Brouillards N°41. Editions Malpertuis. Parution le 22 novembre 2016. 130 pages. 10,00€.

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 10:58

Coule plus épais que l'eau...

Thierry PONCET : Le sang des sirènes.

Âgé de seize ans et demie, Haig quitte la capitale pour se lancer vers l'Aventure, sans avoir véritablement de projets.

Trois mois auparavant sa mère est décédée d'un cancer. Son père, il ne l'a pas connu, finissant sa vie dans une geôle de Thaïlande complètement drogué. Haig a été élevé parmi les piliers de bistrot d'un café-brasserie-PMU de Courbevoie où a travaillé sa mère pendant quinze ans. Mais depuis deux ans, il ne voyait guère plus sa mère, Maya petite abeille alternant allègrement baffes et caresses, trop occupé qu'il était à vadrouiller et organiser de petites combines.

Plus rien ne l'attache dans ce coin de banlieue parisienne, alors il se procure de vrais faux papiers, passeport et permis de conduire plus carte verte ainsi qu'une vieille 504 achetée à crédit jamais remboursé.

Passage en Espagne, puis arrivée à Ceuta. L'enclave espagnole dans le territoire marocain. Puis l'attente à la douane. Ce n'est pas la voiture qui régurgite de l'huile mais bien Haig qui fait dans son froc. Ce n'est qu'une image. Toutefois il se demande s'il va pouvoir franchir les barrières sans encombre ou si le douanier va lui signifier que les papiers sont falsifiés. Il est vrai qu'il parait plus vieux que son âge, mais quand même.

Heureusement, grâce à une diversion il peut entrer sur le territoire marocain, et à bord de son antique 504 il s'engage sur de petite routes jusqu'à un village du nom de Khénifra. Haig a plein de projets qui lui tourbillonnent dans la tête mais il n'avait certes pas prévu de rencontrer sur sa route un jeune braqueur.

Haig recueille Ferraj à bord de son véhicule, échappant ainsi aux policiers. Ce qu'il croit car ceux-ci connaissent mieux la région que lui et leur voiture un peu plus puissante. Quoi que... Ferraj possède un revolver et il s'en sert. Sinon pourquoi trimbaler une arme si c'est pour faire joli... Bref, Ferraj utilise son arme, le véhicule se renverse et il achève les blessés. Pas de détail.

Seulement dans la course-poursuite la 504 de Haig a été endommagée et Haig est obligé de s'arrêter dans une ferme habitée par une femme et ses deux enfants. Un garçon de son âge et une fillette.

Ferraj est complètement barjo par l'alcool qu'il ingurgite et la drogue dont il use abondamment. Tout part en vrille. Haug va faire l'apprentissage de la violence.

 

Troisième aventure de Haig, ce Sang des sirènes effectue un retour en arrière, présentant l'aventurier dans sa jeunesse et sa première véritable épopée.

Elle sera sanglante, éprouvante, et Haig fera l'apprentissage de la vie dans des conditions déplaisantes, périlleuses, violentes, se nourrissant intellectuellement avec Les Misérables de Victor Hugo.

Thierry Poncet nous entraîne dans son sillage dans le désert marocain, loin des clichés touristiques.

Les nuits fraîches, une ferme délabrée dans laquelle les animaux décharnés vaquent, une mère quelque peu sorcière, une adolescente qui attise la convoitise, un adolescent qui se transforme en garagiste d'occasion, tels sont tous les ingrédients pour souffler le chaud et le froid en captivant le lecteur qui suit avec intérêt et une légère appréhension les péripéties des deux fuyards. Surtout pour le lecteur qui n'a pas déjà découvert les pérégrinations de Haig, l'aventurier au grand cœur, mais qui dans cet épisode n'est pas encore aguerri.

La date au cours de laquelle cette histoire se déroule n'est pas précisée, mais l'on peut déduire qu'il s'agit de 1979, si l'on se réfère à l'épisode précédent, Les guerriers perdus. Et Ferraj, le cyclothymique, crache lorsque le nom du roi Hassan II est prononcé.

Je dois avouer que la couverture de ce roman ne m'inspire guère, trop sage et peu représentative, alors que celle du Secret des monts rouges était alléchante à souhait.

 

Thierry PONCET : Le sang des sirènes. Haig 3. Editions Taurnada. Parution le 21 novembre 2016. 188 pages. 9,99€. Version numérique 4,99€.

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 09:51

Les primaires, c'est élémentaire,

mais pas secondaire !

COLLECTIF : Mortelles primaires.

Les flonflons, les majorettes, les applaudissements, les prises de paroles empreintes d'amabilité, les sourires réjouis, les congratulations sincères et cordiales, les poignées de mains franches et énergiques, les accolades, les les jeux télévisés dont il ne sortira qu'une seul vainqueur, tout ça c'est terminé. Pour la Droite.

Mais pour la Gauche, les enjeux sont encore ouverts, malgré une défection récente de taille. Il a lancé l'éponge, mais les affamés de pouvoir se pressent au balcon.

Les auteurs se sont vu attribuer une personnalité politique de gauche susceptible de se présenter aux primaires, mais avec une contrainte. Celle du 49.3 qu'il faut dégainer le plus vite possible, tel Lucky Luke.

Mais ce 49.3 qui peut se révéler parfois une arme redoutable, pas forcément utilisé toujours avec bon escient, peut se présenter sous plusieurs formes. A l'auteur de décider comment il va s'en servir. Dans l'intérêt du lecteur évidement.

Et ils se défoulent les auteurs, avant de pouvoir le faire en glissant délicatement leur bulletin de vote lors de la véritable élection présidentielle. Pour l'instant ce ne sont que les préliminaires, et chacun sait que les préliminaires constituent une phase importante pour sublimer la jouissance émanant de l'éviction d'un candidat qui déplait.

Certains jouent à la baballe, car la coupe d'Europe de foot, c'est sacré. Et c'est un bon moyen pour détourner l'attention des amateurs de la balle ronde, la politique et ses dégâts étant occultés. Mais le stade est aussi un lieu propice pour organiser un gentil petit attentat. Du moins c'est ce que pense Maurice Gouiran.

Les retours en politique sont-ils possibles ? Guère d'hommes politiques n'en ont bénéficié, traînant derrière eux une casserole ou simplement une parole malheureuse à l'encontre d'un adversaire. Ainsi Lionel Jospin, tranquillement installé dans l'île de Ré. Il est agressé, mais les auteurs avaient peut-être les raisons de provoquer un attentat. C'est Pierre Dharéville qui gère.

Si Patrick Fort nous entraîne au Bal masqué, Jeanne Desaubry nous emmène beaucoup plus loin, aux Tropiques, perdant en cours de route sa valise.

Jacques Mondoloni préfère mettre en scène une mini pièce de théâtre, un dialogue entre l'auteur et le Politique qui reste masqué. Une situation qui permet à un nouveau candidat de se déclarer. Ne cherchez pas, les prétendants ne manquent pas.

Chantal Montellier nous propose une définition de la politique, définition que je vous livre sans ambages et dont vous ferez votre profit, je n'en doute point :

Sans la fantaisie et l'imaginaire pour la nourrir et l'ensemencer, la politique est une femme frigide et stérile !

 

Ce ne sont que quelques aperçus rapides et je vous laisse découvrir toutes les perles que referme ce recueil, nul doute que vous allez, sinon vous amuser, du moins prendre du plaisir à voir ainsi nos hommes et femmes politiques chahutés par nos auteurs.

Et Valls...ez petits manèges

 

Sommaire :

ALMASSY Eva : French touch (Arnaud Montebourg)

ARRABAL Diego : Strom clouds Nuées d'orage (Manuel Valls)

BIBERFELD Laurence : Va vers la lumière, Jean-Pierre (Jean-Pierre Chevènement)

BLOCIER Antoine : Moi, président (François Hollande)

DAENINCKX Didier : Jean-Luc et le fantôme de Louise (Jean-Luc Mélenchon)

DELAHAYE Dominique : 1800, 60, 32 (Gérard Filoche)

DESAUBRY Jeanne : Putain de valise (Cécile Duflot)

DHARREVILLE Pierre : Retour en farce (Lionel Jospin)

DOMENGES Pierre : Le sang des estives (Daniel Cohn-Bendit)

FORT Patrick : Au bal masqué (Emmanuel Macron)

GIRODEAU Gildas : Business is business (Benoît Hamon)

GOUIRAN Maurice : Un stylo pour Lolo (Laurent Fabius)

DEL PAPPAS Gilles : Treize reste Taubira (Christiane Taubira)

MASSELOT Philippe : Zapping ! (Stéphane Le Foll)

MONDOLONI Jacques : Politique, mon amour (Anonyme)

MONTELLIER Chantal : Jeannette (Pierre Laurent)

OBIONE Max : Chabichou Payet (Ségolène Royal)

PATERNOLLI Philippe : No, no, no (Martine Aubry)

SAINT-DO de Valérie : Par Saint Georges (Bernard Cazeneuve)

VIEU Marie-Pierre : Radicale Thérapie (Marisol Touraine)

VIVIANT Arnaud : Révolution 9 (Clémentine Autain)

STREIFF Gérard : Résidence (Myriam El Khomri)

COLLECTIF : Mortelles primaires. Editions Arcanes 17. Parution 5 décembre 2016. 286 pages. 20,00€.

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 07:14

Le nouvel album de Witchazel ?

Un cadeau idéal pour Noël !

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel contre le démoniaque Onyribilis.

L'effervescence règne sur Terre de Lagune. Succès, un tournoi d'échec, est organisé dans une arène et la foule se presse sur les gradins, mâchouillant à qui mieux-mieux les bâtons de réglisse vendus à l'entrée par Dodo la Saumure.

Pristi, l'ami d'Hamamélis, la gentille sorcière plus connue sous le nom de Witchazel depuis qu'elle a décidé de s'installer à son compte et qu'elle s'est vieillie en portant des postiches afin d'être plus crédible, Pristi donc s'est engagé dans le tournoi.

Il redoute d'être désigné contre La Chatte Masquée, une adversaire redoutable. Heureusement, il n'en est rien. Il gagne sa partie organisée par Onyribilis, lequel effectue des passes avec ses ailes comme un matador avec sa cape, et délivre une sorte de fumerolle sur les pions.

La Chatte Masquée quant à elle gagne ses deux parties, mais ses deux adversaires sombrent dans une sorte de coma. Elle est encapuchonnée, porte des lunettes noires de grande taille, des gants également, et elle possède des motifs pour être ainsi attifée. D'ailleurs elle s'en explique auprès du commissaire La Fontaine qui se pose, à juste titre, des questions.

Se pourrait-il que les réglisses de Dodo La Saumure soient empoisonnés ? Pour répondre à cette interrogation, Dodo la Saumure aidé par le père Duchêne, ainsi que le commissaire La Fontaine décident de rendre visite à Witchazel, fournisseuse des fameux bâtons, revendus avec un certain profit et même un profit certain.

Il faut faire la lumière sur cette affaire qui risque d'entacher le tournoi. Mais ce ne sera pas sans péril pour Pristi, Hamamélis alias Wtichazel et même Dodo La Saumure qui la trouve saumâtre.

 

Gags, jeux de mots, situations cocasses, mais également faits de société parsèment cette histoire jubilatoire.

Les rires sont nombreux, les auteurs se sont amusés, mais pourtant ils délivrent à qui veut bien le comprendre, un message. Au moins. Hamamélis, lorsqu'elle n'est pas déguisée en vieille sorcière, est en butte aux hommages masculins, notamment de la part du commissaire La Fontaine, mais pas que. Et cela lui pèse. Elle devient même furieuse devant ce qu'elle considère comme du harcèlement. Ce qui prouve que les romans ou albums de BD destinés à la jeunesse peuvent, et même doivent être lus par les adultes, afin que ceux-ci expliquent à leur progéniture les subtilités glissées par les auteurs.

Donc, comme vous l'aurez compris, cet ouvrage détend, délasse, repose, apporte de la bonne humeur. Mais il est à lire deux fois. J'explique :

La première fois, on lit le scénario, on s'intéresse aux dialogues, on veut connaître rapidement la fin de l'histoire.

La seconde fois, ou deuxième si l'on a envie de reprendre l'ensemble une troisième fois, on décortique les images, on les examine attentivement, on les apprécie.

L'univers animalier nous ramène au bon temps de Benjamin Rabier et de ses successeurs. D'ailleurs Elric revendique l'héritage de Walt Disney mais aussi et surtout de Raymond Macherot. L'aimable mulote qu'est Hamamélis possède un lointain cousinage avec Chlorophylle et Sybilline, ce qui devrait plaire à bon nombre d'amoureux de la BD dite de la ligne claire.

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel contre le démoniaque Onyribilis.

DARNAUDET - ELRIC : Witchazel contre le démoniaque Onyribilis. Editions Kramiek. Parution le 7 décembre 2016. 48 pages. 10,00€.

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 07:08

Ma grand-mère a un grenier

plein de toiles d'araignée ;

mais dans les coffres de bois

on y trouve des merveilles... (Claude CLEMENT)

Viviane JANOUIN-BENANTI : Le grenier magique. L'inimaginable crime de Châteauroux.

Mais dans le grenier évoqué dans ce roman, inspiré de faits réels, ce ne sont pas forcément la présence de jouets qui incite l'abbé Henri Tissier à inviter la jeune Clémence à s'y rendre.

Tout commence en 1853, lorsque le curé Georges, de la paroisse de Saint-Maur près de Châteauroux, tombe malade. Il a monté un mur, un beau mur tout le monde l'affirme, sous la pluie, et depuis il tousse à rendre l'âme et ne peut plus se lever. Sa bonne Marie est désolée, d'autant que le médecin n'arrive pas à juguler la maladie.

Le jeune abbé Henri Tissier est chargé par l'évêché de le suppléer dans ses tâches sacerdotales. Il est beau, charmant, affable, l'abbé Tissier et si les paroissiens se désolent de l'agonie du curé Georges, ils acceptent avec plaisir son remplaçant.

Le curé Georges demande à l'abbé d'aller voir Denise Mesure, la femme du garde-champêtre. Elle a la réputation de s'y connaître en plantes médicinales et elle pourrait peut-être lui préparer des potions susceptibles de l'aider à le soulager. Lors de sa visite à cette dame Mesure, dont l'habitation est sise non loin de la forêt, l'abbé Tissier remarque la jeune Clémence, neuf ans. La gamine est elle aussi impressionnée par cet abbé et lorsqu'elle se rend au catéchisme, elle n'a d'yeux et d'oreilles que pour lui.

Clémence est tellement subjugué par cet abbé aux allures de dandy, que lorsqu'à la fin du catéchisme, en cachette des autres enfants, il lui propose de visiter le grenier magique, elle ne refuse pas. C'est l'engrenage infernal qui débute et durera des années.

Clémence devient renfermée, parfois coléreuse, elle refuse même l'Eucharistie. Son père trop occupé à placer ses procès-verbaux ne se rend compte de rien. La mère, elle, se pose des questions, mais elle attribue ce changement d'humeur de sa fille à l'âge ingrat. Les parents confits en dévotion deviennent sourds et aveugles aux tourments de leur fille.

Le curé Georges vit toujours, alité, et l'abbé Tissier reste à demeure. Personne ne s'aperçoit de la transformation physique et psychique de la gamine, tout juste ose-t-on proférer qu'elle est dérangée. Elle doit subir seule son esclavage.

 

Triste histoire de cette fillette qui à l'âge de neuf ans connaîtra le loup comme il était de bon ton de le dire dans les campagnes. Elle va bientôt vivre repliée sur elle, dépendante de cet abbé exigeant, autoritaire envers elle et affable envers ses paroissiens.

Ce qui est le plus désolant dans cette affaire, c'est l'aveuglement des adultes, pour qui un homme de religion ne peut être que bon et aimant, dont les actes ne peuvent être contraires aux principes édictés par la charité chrétienne et dont la morale ne peut être prise en défaut.

Seulement, aujourd'hui encore nous apprenons tous les jours, ou presque, que de telles dérives existent toujours. Et que l'impunité prévaut sauf lorsque la voix populaire se fait assourdissante.

Une fois de plus Viviane Janouin-Bénanti emmène son lecteur dans une trouble affaire exhumée des archives provinciales. Au début on croit lire une histoire telle qu'aurait pu la narrer George Sand, champêtre, pastorale, voire bucolique, mais bien vite on entre dans le désarroi d'une gamine à cause de l'inconscience et le déni face aux comportements de religieux qui, après tout sont des hommes comme les autres avec leurs défauts.

Viviane JANOUIN-BENANTI : Le grenier magique. L'inimaginable crime de Châteauroux. Geste édition. Parution le 30 août 2016. 280 pages. 16,00€.

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 08:48

C'est le pied !

Jean-Christophe PORTES : L'affaire de l'Homme à l'Escarpin. Une enquête de Victor Dauterive.

En ce début de mois de juillet 1791, la chaleur est étouffante sur Paris, mais pour autant ce n'est pas cette canicule qui échauffe les esprits des Parisiens, mais l'incartade récente du roi Louis XVI.

Le monarque a tenté de rallier l'Autriche en calèche, mais a été reconnu puis arrêté à Varennes. Et cela gronde, d'autant que les diverses factions et associations, mouvements révolutionnaires se déchirent pour ou contre le roi, et surtout quel régime adopter.

Le jeune Victor Dauterive, pas même vingt ans, qui a préféré adopter ce nouveau patronyme afin d'abandonner toutes références familiales, est sous-lieutenant de la Gendarmerie nationale, nouvelle appellation de la maréchaussée. C'est le protégé de La Fayette, mais ce n'est pas pour autant qu'il ne garde pas sa liberté de penser et d'agir.

Des affiches fleurissent sur les murs. Des individus pleins de bonnes intentions les lisent aux badauds illettrés qui n'en perdent pas une miette. En substance ces libelles dénoncent l'impunité royale et ordonnent aux citoyens de ne plus lui obéir. Un vieil homme tente d'arracher celle apposée entre deux échoppes en place de Grève, mais la foule le conspue et le rejette. Victor, en compagnie de quelques gendarmes placés sous son autorité, le protège de ses agresseurs et l'enferme dans une pièce vide de l'Hôtel de ville. Il s'agit d'un aristocrate qui n'a plus toute sa tête. Mais le vieux fou s'échappe et il est écharpé par la foule.

Le commissaire Piedeboeuf de la section du Louvre, est avisé qu'un cadavre a été retrouvé dans la Seine. Il est presque nu. Un escarpin quasi neuf est découvert non loin. Le défunt au visage angélique, presque féminin, âgé d'une vingtaine d'années, porte une trace de coup sur la nuque. Le vol pourrait être le mobile de ce crime mais il importe d'abord de découvrir l'identité de l'homicidé.

Piedeboeuf met son honneur à découvrir le ou les coupables, et en partant de l'escarpin, essaie de découvrir le cordonnier qui l'a fabriqué afin de déterminer l'identité du noyé. Bientôt il découvre que l'homme fréquentait un milieu spécial, des sodomites, une pratique dont il aurait pu faire les frais. Le crime de sodomie entre adultes consentants a été dépénalisé dans le nouveau code pénal, mais ce n'est pas pour autant qu'il est accepté dans toutes les couches de la société.

Le lynchage du vieil aristocrate reste en travers de la gorge de La Fayette qui vire immédiatement, sans arme ni bagage, Victor. Le jeune homme est fort marri, ne comprenant pas et n'acceptant pas non plus cette sanction. Il apprendra un peu plus tard qu'il s'agit d'une manœuvre de la part de son mentor afin qu'il infiltre les rangs des Orléanistes et dénicher quelles sont leurs intentions, et surtout comment ils vont les mettre en œuvre. En effet le Duc d'Orléans, ou plutôt ses proches rêvent d'instaurer une régence, le futur Philippe-Egalité prenant la place de son royal cousin. Choderlos de Laclos étant le principal conspirateur.

Mais Victor n'en a pas fini de ses ennuis car la faction orléaniste le traite d'espion à la solde de La Fayette, et il se demande qui a pu le trahir. Heureusement il trouve soutien et         assistance grâce à un Titi, dont un pied est en vrac, et qui s'incruste dans sa vie, malgré ses objurgations. Mais Joseph, ainsi se prénomme le gamin de dix ans, en reconnaissance d'une bonne action se trouve toujours présent dans les moments délicats.

Car Garat, un ancien planteur de Saint-Domingue, dit Garat l'Américain, assisté de ses séides mettent les bâtons dans les roues de Victor, étant membres de la faction orléaniste. Piedeboeuf et Victor vont se rencontrer dans des conditions désagréables, surtout pour Piedeboeuf, leurs deux enquêtes devenant liées.

 

Un épisode historique qui se déroule du 11 juillet 1791 au 17 juillet 1791, et qui se clôt sur un drame dont parlent certains manuels scolaires. Les personnages réels et de fiction cohabitent et toute ressemblance avec des personnages ayant existé n'est pas fortuite. Ainsi Garat L'Américain est le clone d'un planteur ayant existé, mais sous un autre nom.

Nous retrouvons au détour des pages, La Fayette, Choderlos de Laclos, Danton, Olympe de Gouge, Louise de Kéralio, première femme à être rédactrice d'un journal, politique qui plus est, Fragonard qui prodigue les conseils auprès de Victor qui dessine à ses moments perdus, et autres figures de la Révolution.

Mais avec Garat, l'histoire bifurque vers d'autres possibilités, vers d'autres intrigues et personnages, car le passé du planteur est trouble et le rejoint. Il est entouré d'individus guère fréquentables dont Jean-Baptiste Retondo, surnommé le Professore, un agent provocateur.

Le rôle de Danton, figure historique des Cordeliers puis des Jacobins, en opposition avec Robespierre, est mal défini, et jusqu'à présent il n'a véritablement trouvé grâce qu'aux yeux d'Alexandre Dumas, dans son roman Le Docteur Mystérieux. Un personnage ambivalent, comme la plupart des hommes politiques qui sous couvert de servir la Nation, pensent également à eux, en premier.

Et le rôle du commissaire Charpier, dont on fait la connaissance dans le précédent ouvrage mettant en scène Victor Dauterive est tout aussi ambigu.

Mais le plus attachant de tous, c'est bien le petit Joseph, orphelin, boiteux, intrépide, courageux, fidèle, véritable Titi parisien association de Gavroche et de Poulbot.

Pour écrire son roman Jean-Christophe Portes s'est appuyé sur des références historiques ne souffrant d'aucune contestation, jusqu'à preuve du contraire.

On ne peut s'empêcher de comparer certaines situations de l'époque et celles d'aujourd'hui. Ainsi :

Un grand vent de liberté soufflait depuis 1790 sur les anciennes corporations, ces privilèges qui selon beaucoup de députés freinaient la liberté économique. Les fiacres et autres voitures de louage n'avaient point échappé aux réformes, et c'est ainsi que le monopole détenu jusqu'alors par une certaine compagnie du sieur Perreau avait été abolie.

Ce décret du 19 novembre 1790 prévoyait que n'importe qui pouvait tenter sa chance pourvu qu'il s'acquitte de la taxe de 5 sols par jour et respecte des obligations communes à tous. L'on peut mettre en comparaison aujourd'hui les taxis et les VTC (voiture de tourisme avec chauffeur) qui n'acquittent pas les mêmes taxes et dont le prix des licences est différent selon les catégories de ces moyens de transport. Mais ceci est une autre histoire.

Jean-Christophe PORTES : L'affaire de l'Homme à l'Escarpin. Une enquête de Victor Dauterive. Editions City. Parution le 9 novembre 2016. 432 pages. 19,00€.

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 09:45

Hommage à Alexandre Dumas, décédé le

5 décembre 1870.

Alexandre DUMAS : Madame et la Vendée.

Si Alexandre Dumas est réputé pour ses romans historiques - il l’est aussi pour avoir employé des nègres en écriture, notamment Auguste Maquet - son activité de prête-plume est plus confidentielle.

Grâce à Claude Ribbe, biographe de Thomas-Alexandre Davy de la Pailleterie dit le général Dumas, père de notre gloire littéraire nationale, le lecteur curieux peut se plonger dans un livre attribué au général Dermoncourt, qui fut l’aide de camp du général Dumas, et auquel Alexandre Dumas participa activement pour la rédaction.

A l’époque de la première parution de ce livre en 1833, Dumas était connu pour ses pièces de théâtre, dont Antony, La Tour de Nesle. Le propos de cet ouvrage consiste à relater la campagne entreprise par le général Dermoncourt au cours du printemps 1832 afin d’annihiler le rêve de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, veuve du Duc de Berry, fils de Charles X : placer sur le trône de France son fils Henri V, à la place de Louis-Philippe.

Pour concrétiser ce rêve elle quitte l’Italie et traverse la France de Marseille jusqu’en Vendée. Elle espère compter sur le soutien massif des Chouans, comme lors du soulèvement pendant la Révolution et jusqu’au Consulat.

Mais l’époque où les royalistes, appelés aussi les carlistes, se levaient en masse est révolue. Et au lieu de l’armée escomptée, ce n’est qu’une poignée d’hommes qui prennent les armes. Elle ne désespère pas et grâce à quelques amis dévoués elle parcourt la campagne, se cache dans des châteaux ou chez des paysans, échappant toujours de peu aux troupes de Dermoncourt.

Une guerre de tranchées est organisée, les haies et les bois se révélant propices aux embuscades. De Chateaubriand à Nantes en passant par Clisson et nombre de petits villages de la Loire Inférieure, actuellement la Loire Atlantique, Marie-Caroline, duchesse de Berry, va se comporter en aventurière, habillée aussi bien en noble qu’en paysanne. Elle se trouvera confrontée à des situations épiques, que Dumas relate avec sa verve habituelle.

Les passages techniques qui relatent les mouvements de troupe et autres, semblent plus écrits sous la dictée du général Dermoncourt, mais Dumas sait trouver le souffle nécessaire pour digérer ce qui pourrait n’être qu’un pensum militaire. Une œuvre de jeunesse qui contient de belles promesses et que le lecteur, amateur de Dumas ou non, savourera avec plaisir.

Alexandre DUMAS : Madame et la Vendée. Collection Ethiopica. Editions Alphée. Parution le 25 mai 2009. 270 pages.

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 06:38

Être né quelque part
Pour celui qui est né
c'est toujours un hasard...

Cicéron ANGLEDROIT : Nés sous X. Les enquêtes de Cicéron

Etre chargé de résoudre deux problèmes à la fois, pour Cicéron Angledroit, détective privé de rentrées financières, c'est beaucoup à la fois.

Pour autant, il ne peut se permettre de refuser une manne, même si cela va l'obliger à déléguer la garde de sa petite Elve à sa voisine Félicie, à remettre à plus tard quelques réchauffements climatiques sous la couette en compagnie d'une pharmacienne, voire même à se lever plus tôt que d'habitude.

Son ami René, le spécialiste du rangement de chariots à l'Interpacher, lui demande d'aller le voir à leur café habituel, il doit lui présenter un dénommé Margueron, lequel a une histoire bizarre à raconter.

Margueron, c'est un vieux motard, que jamais, qui a assisté à un hold-up. Curieux, le bonhomme a suivi les malfaiteurs, qui portaient leur butin dans des sacs publicitaires (plus facile à distinguer) jusqu'à un pavillon. Puis ensuite sur un parking où les malfrats ont changé de voiture, enlevant les cagoules qui protégeaient leur incognito. Je résume, j'abrège, je concatène...

Et c'est ainsi que, grâce à un article journalistique qui rendait hommage à deux policiers qui venaient de résoudre des affaires de hold-up, qu'il a reconnu ses deux voleurs.

Cicéron est intéressé par la narration de Margueron et il en fait part au commissaire de sa ville, lequel est fortement séduit par cette histoire. Il commençait à être agacé par les éloges rendus à la brigade d'une commune de l'Essonne et il se dit qu'il a un moyen pour rabattre leur caquet à ces collègues peu scrupuleux montrés du doigt par le ministère comme des éléments fiables et dignes de leur profession.

Le commissaire va même jusqu'à proposer de rétribuer, de la main à la main, en ponctionnant dans une caisse noire, notre détective qui n'en demandait pas tant mais un peu quand même. Cicéron doit démontrer la forfaiture des deux policiers tout en menant de front une autre recherche pour le compte d'un certain Mourad N'Guyen.

Malgré son patronyme, l'homme qu'il rencontre dans une cité rénovée et rebaptisée BHL pour des raisons indépendantes de sa volonté, l'homme ne correspond pas du tout physiquement à son nom. Il explique cette dichotomie par le fait qu'il est un enfant adopté par un couple de Vietnamiens musulmans. Or, un de ses amis lui a montré un article publié dans un journal, encore un, relatant un fait-divers peu banal. Un forcené habitant Maurepas a tiré sur sa famille, sa mère, sa femme et sa fille. Il a été arrêté mais la famille a subi quelques dommages. Ce n'est pas ce qui a attiré l'attention de Mourad, mais le fait que cet homme est son sosie. Il aimerait savoir s'il s'agit d'une coïncidence, ou d'autre chose qu'il a du mal à définir. Il paiera Cicéron en plein de carburant étant donné qu'il travaille à la station-service en face de l'Interpacher. Et au prix de l'essence, ou du diesel, c'est quand même cadeau.

 

Sous des dehors amusants, légers, voire futiles, ce roman est beaucoup plus profond qu'il y paraît et aborde un sujet sensible qui traite de problèmes de société, de comportement humain, de drame conjugal et d'un passé mal maîtrisé à cause d'un manque d'information.

Une double histoire dont celle des flics pourris est là pour mieux enfoncer le clou de l'autre affaire qui se trouve noyée, comme les informations primordiales sont délaissées au profit du sensationnel.

Un court chapitre légèrement érotique, plein de sensualité, les relations de Cicéron avec les femmes, les petites joies qu'il ressent au contact de sa fille, autant d'épisodes qui nous montrent que malgré tout la vie continue, et doit continuer malgré les vicissitudes.

L'auteur s'adresse en aparté au lecteur pour délivrer, non pas des messages, ce serait peut-être prétentieux, mais des notions de bon sens.

Je ne sais pas vous, mais moi quand je bouquine un polar j'aime pas trop les pages qui ne servent pas à grand-chose. C'est soit du remplissage soit un passage à vide de l'auteur.

Au fait, c'est dans ce roman que l'auteur décide de nommer le commissaire, qui devient donc Saint Antoine, un patronyme qui n'est pas sans rappeler qui vous savez.

Cicéron ANGLEDROIT : Nés sous X. Les enquêtes de Cicéron. Editions du Palémon. Parution le 15 novembre 2016. 240 Pages. 10,00€.

Première publication : éditions Publibook, 2005.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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