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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 05:01

Aventures dans les mers du Sud...

Robert-Louis STEVENSON : Ceux de Falesa

Surtout connu pour son roman L'île au trésor (1883), pour sa nouvelle L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (1886) et pour son récit Voyage avec un âne dans les Cévennes (1879), Robert-Louis Stevenson fut comme Jack London un grand voyageur, mais ce n'est pas le seul lien qui les unit.

Ils sont décédés tous deux prématurément, Stevenson à 44 ans, London à 40 ans, et tous deux écrivirent des articles journalistiques qui rencontrèrent le succès, dans lesquels les deux écrivains narraient leurs expériences personnelles et mettaient en scène des histoires ayant la mer pour décor.

Moins connu que les précédentes œuvres citées, Ceux de Falesa fait partie d'un recueil de trois nouvelles intitulé Les Veillées des îles, initialement paru en 1893. Or Ceux de Falesa est ici restitué dans son intégralité, dans sa forme originelle, car ce texte n'eut pas l'heur de plaire pour des raisons que l'on qualifierait aujourd'hui de politiquement incorrectes. En effet, et Michel Le Bris l'explique longuement dans sa présentation, Ceux de Falesa fut honteusement tronqué, modifié, mais l'époque ne se prêtait pas non plus à la modernité de ton et d'écriture de Stevenson.

Les propos tenus et les actions de Wiltshire, le narrateur, ne plaisant pas à l'Angleterre puritaine dirigée par l'inamovible Reine Victoria. Ou du moins c'est l'interprétation qu'invoquent les amis et conseillers littéraires de Stevenson.

Devant reprendre le comptoir délaissé par son prédécesseur parti précipitamment, Wiltshire à son arrivée à Falesa est accueilli par Case, Black Jack et le vieux capitaine Randall. Il doit troquer des marchandises contre le copra, denrée fort recherchée en Europe.

Le premier conseil que donne Case à Wiltshire est de trouver une femme et de lui en présenter dans la foulée. Beaucoup de prétendantes sont agglutinées autour d'eux, mais le choix de Wiltshire, encouragé par Case, se porte sur une jeune fille, dont la morphologie diffère quelque peu des autres postulantes. Alors qu'elles sont potelées, Uma est une maigrichonne au regard étrange, espiègle et voilé. Un accord est rapidement conclu et le mariage peut alors se dérouler selon un rite guère catholique.

Il s'agit d'un mariage qui compte pour du beurre et Black Jack sert d'aumônier, et à l'issue de la cérémonie un certificat leur est remis, rédigé en ces quelques lignes.

Il est certifié qu'Uma, fille de Faavao, de l'île de Falesa de l'archipel des..., est illégalement mariée à M. John Wiltshire, pour une nuit, et que M. John Wiltshire peut à sa guise l'envoyer au diable le lendemain matin. Signé...

Mais Wiltshire est tombé amoureux au premier coup d'œil d'Uma, un véritable coup de foudre, partagé semble-t-il. Et il pense être intégré à la communauté, sauf que les clients ne se pressent pas à son comptoir. Personne ne daigne franchir la porte, et troquer du copra contre les marchandises qui attendent dans l'arrière boutique.

Pourtant les autochtones s'installent devant son magasin, des gamins également, des adultes qui les regardent sans parler, ou entre eux en catimini. Il est tabou ! Ce qui l'inquiète et il sent qu'un coup fourré a été préparé à son insu.

 

Stevenson dénonce l'hypocrisie et le colonialisme, surtout celui exercé par les missionnaires. Et ce n'est pas uniquement ce mariage factice qui a pu choquer les puritains en cette fin de XIXe siècle.

Le certificat de mariage est remis à Uma qui le garde précieusement par devers elle. Pourtant :

On aurait honte pour bien moins. Mais telle était la coutume dans cette partie du monde et, ainsi que je me le dis, la faute n'était nullement la nôtre, à nous les hommes blancs, mais bien celle des missionnaires. S'ils avaient laissé les indigènes vivre leur vie, jamais cette mascarade n'aurait été nécessaire, j'aurais pu prendre toutes les femmes que je voulais et les abandonner à loisir, la conscience nette.

Stevenson, par la voix de Wiltshire, le narrateur, regrette toute cette hypocrisie dans les relations entre les canaques et les blancs, ceux qui viennent apporter leur loi, et surtout l'imposer.

Il faut d'abord que je vous dise que je n'approuve pas du tout les missions, repris-je. M'est avis que vous et vos pareils ne faites que du mal, en bourrant le crâne des indigènes avec des contes de bonnes femmes, tout en jouant les importants.

Wiltshire n'est pas un saint, loin s'en faut, pour autant il est moins pire que ses commensaux.

Et bien des racistes aujourd'hui devraient méditer cette phrase :

Nous arrivions en vue de la maison des trois hommes blancs, car un Nègre, là-bas, compte comme un Blanc - et un Jaune pareil, d'ailleurs ! Une idée singulière, mais commune dans les îles.

 

Mais Stevenson ne rédige pas un réquisitoire, il construit une histoire solide, le problème d'un négociant pour s'implanter sur une île déjà sous la coupe d'autres individus, sur les relations qui peuvent se construire ou non simplement à cause du négoce et des bénéfices qui peuvent en résulter. Il ne s'agit pas d'une histoire d'amour comme une autre puisque construite sur un malentendu, mais de démontrer que les lois édictées par un pays, mises en pratique dans un pays ne peuvent pas forcément être intégrées dans un autre qui possède déjà ses coutumes millénaires. Et par essence, c'est aussi un roman d'aventures !

 

Deux nouvelles complètent ce recueil : Le pauvre John Wiltshire à propos de la situation, qui est inédite, et dans laquelle on retrouve le narrateur de Ceux de Falesa se plaignant de la façon de procéder du Haut Commissaire Sir John Bates Thurston, qui est le Principal Officier Consulaire Britannique en Fonction aux Samoa, et notamment d'une ordonnance dite Ordonnance contre la Sédition de 1892. Il écrit à un journal analysant le mot de sédition.

Mari et femme est le texte paru dans le Sun le 10 novembre 1891, corrigé sur épreuves par Stevenson, et non celui paru ultérieurement dans le volume Dans les mers du Sud, qui avait été spolié.

 

Edition de 1994.

Edition de 1994.

Robert-Louis STEVENSON : Ceux de Falesa (The Beach of Falesa, 1892). Edition établie et présentée par Michel Le Bris. Collection La Petite Vermillon N°28. Editions de La Table Ronde. Parution 19 mai 2016. 240 pages. 7,10€.

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 04:56

A la pêche aux moules, moules, moules...

Daniel CARIO : Trois femmes en noir.

C'est ce que pourrait chanter Chim, s'il n'était autant perturbé par sa découverte sur l'estran, et s'il n'était allé ramasser des palourdes. Il a remonté vite fait la falaise et il rentre chez lui, assez vite mais pas trop pour ne pas se faire remarquer, en marmonnant, geignant, traînant la jambe s'étant foulé la cheville dans sa précipitation à escalader les rochers. Et comme il habite non loin de la gendarmerie, il préfère se réfugier dans un bosquet.

Ce que fuit Chim, abréviation de Joachim, en ce mois de mai 1990, c'est juste un cadavre de jeune femme dont les dessous ont été retroussés. Et ce n'est pas parce qu'elle fut révolutionnaire, qu'elle est sans culotte, mais parce qu'elle a été violée. Guitte et Fanch, deux vieilles pêcheuses de palourdes parties elles-aussi à la cueillette, s'en rendent compte immédiatement et tandis que l'une reste à garder la morte, dès fois qu'il lui prendrait l'envie de décamper, l'autre prévient immédiatement la gendarmerie représentée par l'adjudant Derval.

Près de la défunte, repose le matériel de pêche de Chim, ce qui n'incrimine pas forcément le grand adolescent simplet de vingt-cinq ans qui serait incapable de faire du mal à qui que ce soit, pas même à une mouche. Près du cadavre, une croix a été tracée dans le sable, et des galets ont été posés comme pour écrire un nom, ou ce qui y ressemble. Un L, un O puis un U, l'esquisse d'un I et elle tient encore dans sa main un autre caillou n'ayant pas eu le temps de terminer son inscription.

La victime se nomme Eugénie, une gamine un peu bizarre selon les dires, qui avait des courants d'air dans le clocher, ce qui ne l'empêchait pas de travailler au musée de la Compagnie des Indes, installé dans la Citadelle, au ménage et parfois comme guide. Elle était attirée par toutes les beautés que le musée recèle, notamment une sculpture en buste de la reine Li.

Chim et Eugénie étaient souvent ensemble, main dans la main, deux gamins perturbés dans un monde d'adultes. Et pour tous les habitants de Port-Louis, port de pêche calé dans la rade de Lorient, Chim ne peut être l'agresseur. Simplet mais pas agressif et surtout trop respectueux d'Eugénie, son amie Eugénie.

L'inscription dans le sable pourrait correspondre au prénom Louis, un nom propre commun dans la région, mais la croix amène à penser qu'il pourrait s'agir d'un bateau, plus précisément le Saint-Louis. Or à bord du Saint-Louis, parti comme les autres navires pêcher, le patron et ses deux marins se prénomment Louis. Loeiz, Lili et P'tit Louis. L'un des trois serait-il le violeur, ou les trois, allez savoir.

Les gendarmes, Derval en tête, font leur enquête auprès des trois femmes de marin. Mauricette, la mère de Loeiz, une veuve, Rozenn, la femme de Lili qui tient un bar et Lucie, la jeune sœur de P'tit Louis ne se laissent pas abattre. Seulement, Rozenn, qui d'habitude est en communication radio avec le Saint-Louis ne parvient pas à établir de liaison avec le chalutier. Le Saint-Louis ne répond pas. Et ne rentre pas au port tandis que les autres bâtiments de pêche regagnent le havre leurs filets de pleins de poisson. Personne n'a vu, ni de près ni de loin le Saint-Louis.

Toutes les suppositions, même les plus folles, sont avancées. Et si le Saint-Louis s'était réfugié dans un autre pays, échappant aux recherches ? Mauricette, Rozenn et Lucie ne veulent pas baisser les bras. Cependant dans la commune les langues commencent à se délier. Des rumeurs traînent, alimentées par un ivrogne, Donias, qui insinue, sans preuve, des allégations de son cru, désobligeantes, méchantes, ressassant une vieille affaire au cours de laquelle il a joué un rôle infect.

 

Plus qu'un roman policier, Trois femmes en noir est une étude de mœurs. Colportages de rumeurs, déductions hâtives, conclusions erronées, malveillance, méchanceté, jalousie, s'enfilent comme le vent d'hiver dans les ruelles et ne sont guère faciles à canaliser.

Le combat de trois femmes contre l'adversité, contre les insinuations malsaines, afin de préserver l'honneur de leur fils, mari ou frère, assertions qui pourraient également leur porter préjudice dans leur vie quotidienne et rejaillir sur leur notoriété, leur probité, leur renom et pourquoi pas sur d'autres représentants d'une profession déjà malmenée.

L'enquête se déroule dans une ambiance délétère, parfois confinant au sordide, mais l'épilogue est bien amené.

Le lecteur peut se sentir en empathie envers les trois femmes, mais également envers Chim le simplet qui se trouve frappé de plein fouet non seulement par l'accusation de meurtre parce qu'il pense que tout le monde le croit coupable, mais aussi par la mort de celle qui fut son amie en toute candeur. Par ricochet, la sympathie se transpose également sur Eugénie, victime innocente des pulsions d'un individu dont on ne connaîtra qu'à la fin l'identité mais qui est évoqué toutefois dans le roman. Et le lecteur ne pourra que s'indigner quand Donias jette ses insinuations à la cantonade, comme ça, l'air de rien, sachant que ses paroles sont comme autant de coups de poignard dans le dos.

Daniel Cario sait préserver le suspense, ne dévoilant le coupable que lorsque l'enquête touche à sa fin.

Un univers et des petites gens qui n'auraient pas déplu à Simenon et à son commissaire Maigret.

 

Daniel CARIO : Trois femmes en noir. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution 16 mars 2017. 432 pages. 20,0€.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 12:40

Bon anniversaire à Bill Pronzini, né le 13 avril 1943.

Bill PRONZINI : Longue est la nuit.

La passion de Nick Hendrickx, ce sont les grandes balades solitaires et nocturnes à bord d’une automobile. Et cela lui permet, non pas d’oublier sa douleur, mais de la canaliser pour un certain temps.

Il pense sans cesse à Annalisa, sa femme, qui renversée par un chauffard à Denver, oscille depuis entre la vie et la mort.

Muni d’une photo, un portrait robot qu’il a fait plastifier pour ne pas trop l’esquinter, il est recherche l’homme qui a brisé sa vie.

Il pense le reconnaître lorsqu’il croise Cam, directeur d’une entreprise prospère, marié et père de deux charmantes gamines, qui est taraudé par un souvenir d’enfance. Nick peaufine sa vengeance, il attend la date propice.

 

Créateur du célèbre Nameless dans les années soixante-dix, Bill Pronzini nous livre un roman haletant, angoissant démontant avec brio les problèmes psychologiques de Nick et de Cam.

Les cauchemars qui les hantent se dessinent peu à peu, prennent corps, prêts à éclater comme des bulles de chewing-gum.

L’épilogue, apocalyptique, est une fin ouverte et permettra à l’un des protagonistes de trouver enfin la paix.

 

Bill PRONZINI : Longue est la nuit. Traduction de Paul Couturiau. Collection Thriller. Editions du Rocher. Parution 31 mars 2002. 236 pages. 19,30€.

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 05:39

Un doudou, c'est sacré !

Couverture et illustrations intérieures de Godo.

Couverture et illustrations intérieures de Godo.

Muté auprès du Service Sécurisation et Bien-être du Président, notre ami Gustave Flicman, déjà héros malgré lui de trois précédentes aventures, est le témoin d'un incident auquel apparemment lui seul assiste, ses collègues chaussés de lunettes noires regardant ailleurs.

Gustave a bénéficié d'une promotion après avoir sauvé la Grosse Cité d'un péril décrit précédemment, et en ce moment, costume noir et lunettes idem, il doit assurer la sécurité d'un visiteur : le PDG du Pépettochistan accompagné de son gamin, turbulent comme il se doit. Affublé de vêtements hétéroclites, le gamin porte en bandoulière un serpent. Horreur, malheur... Vérification faite, il s'agit d'une peluche. Ouf, on a eu chaud, pense Gustave qui admire la voûte.

Une sorte de yéti, un animal à fourrure grise vêtu d'une culotte de peau et armé d'une masse (examinez la couverture) s'introduit dans la salle par une fenêtre du plafond. Une véritable tornade qui déboule, s'empare de la peluche sacrée du pacha-héritier, et pfouittt (ou bruit similaire) l'espèce d'animal se fait la malle.

Gustave Flicman est tout autant embêté que gêné, car lorsqu'il raconte la scène à laquelle il a assisté, il dit tout ou presque. Le commissaire Velu, son ancien supérieur, l'encourage fortement à continuer d'assurer sa mission au Service Sécurité et Bien-être, l'avenir du pays en dépend. En effet le Pépettochistan, et son PDG, Pacha Directeur Général anciennement Pacha Dictateur Général, est le principal fournisseur en énergie, et si le fiston ne récupère pas sa peluche, les conséquences seront terribles.

Alors Gustave poussé par sa conscience, un peu, et le Supérieur Inconnu qui dirige la BRO, Brigade de Répression de l'Onirisme, beaucoup, se met à la recherche du Yéti et de la peluche qu'il a glissée sous une bretelle de sa culotte de peau, à bord d'un tracteur urbain, 4X4 équipé d'un système de conduite assistée parlante.

C'est à ce moment, mais cela aurait pu être à un autre mais c'est maintenant, que se manifestent le Professeur B. et son assistante la jeune Loligoth en s'installant dans son véhicule de fonction. Et voilà Gustave entraîné à son esprit défendant, et à son corps aussi, à la lisière du Pays d'Onirie et de la normalité, à la recherche du Yéti, qui se présente spontanément à lui accompagné du Lutin aux pieds de fromages (humez cette odeur !) appelé aussi le Troll.

Les péripéties vont s'enchaîner en cascades, Gustave Flicman n'a pas le temps de souffler, le lecteur non plus, et les rencontres imprévues vont se succéder, se catapulter, se métamorphoser, comme dans un rêve, sauf que pour Gustave il s'agit bien d'une réalité, attraper la queue du Mickey dans ce cirque effréné. Quand je dis la queue du Mickey, il s'agit bien entendu du serpent à poil, le doudou du Pacha-junior.

La route est belle, sur le papier, car les impondérables que vont rencontrer Gustave Flicman et le duo, le Yéti et le Troll, qui s'entendent comme larrons en foire, les entraînent dans un voyage périlleux semé d'embûches, qui ne sont pas de Noël.

 

Le péril Groumf est la quatrième aventure de Gustave Flicman, le jeune policier qui parfois philosophe sans s'en rendre compte, ou alors si, mais il ne l'avoue pas de peur d'être pris pour celui qu'il n'est pas.

Evidemment, quand on voit ce à quoi la croyance des adultes a donné vie, on devine ce qui nous attend avec celle des enfants...

Un univers dédié aux enfants, dans lequel l'adulte a du mal à trouver sa place, sauf s'il a gardé, préservé, l'innocence qu'il n'aurait jamais dû perdre. Et ce n'est pas en se rendant aux objets trouvés qu'on peut la récupérer cette innocence, cette candeur, cette ingénuité qui manque tant aux adultes, mais en cultivant tout jeune et même avant cette forme d'esprit qui permet d'accepter tout et son contraire sans pour autant se montrer naïf.

L'on ne peut s'empêcher de songer à Lewis Carroll et à son Alice au Pays des Merveilles, une dégringolade horizontale dans un univers décalé, déjanté, désaxé, abracadabrantesque, féérique, merveilleusement incorrect (j'ai emprunté la citation car je l'aime bien, quoiqu'elle ne soit pas de moi) et onirique.

Si ce roman est destiné à des enfants, d'après l'éditeur de 6 à 9 ans, les adolescents de 10 à 110 ans pourront se délecter à cette lecture, et je doute personnellement que l'auteur, à vérifier auprès de ses papiers d'identité, soit encore un enfant et pourtant il s'amuse comme un petit gamin à décrire, à écrire, à rédiger, à délivrer ces récits farfelus, loufoques, mais qui font du bien en nous changeant d'une réalité morose.

 

Renaud MARHIC : Le péril Groumf. Les Lutins urbains N°4. Roman Jeunesse. Editions P'tit Louis. Parution le 22 mars 2017. 200 pages. 9,00€.

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 08:09

Bon anniversaire à Gérard Delteil né le 11 avril 1939.

Gérard DELTEIL : L’inondation.

Depuis plusieurs jours des trombes d’eau se déversent Paris et la région Ile de France. Un déluge inquiétant, car les inondations se précisent et la population commence à s’inquiéter.

Les services techniques, les services de prévention des crues, la préfecture de région, l’EDF, la RATP, sont débordés, malgré les plans de prévention mis en place. Dans cet affolement général, certains se frottent les mains, n’hésitant pas à mouiller la chemise.

Ainsi Charles Raquet, truand notoire, envisage de dévaliser une célèbre bijouterie de la place Vendôme. L’idée est simple : il suffit de plonger dans la place inondée, de s’introduire et de rafler bijoux et joyaux. Aucun risque du côté des alarmes qui privées d’électricité seront inopérantes.

La Secte du Temple de la Science Mentale, créée par l’idéologue Norbert Bradduh (cela ne vous rappelle rien ?) supervisée pour la capitale par Brignac, un petit homme falot, entend bien elle aussi tirer profit de cette catastrophe immanente. D’ailleurs Sarah Brandt, l’une des exaltées de la secte, enfonce le clou en citant un passage des écrits de Bradduh : “ Le jour où les quatre fleuves entreront en crue, l’Apocalypse sera proche… ”.

L’Oise, la Marne, et l’Yonne ne sont que des fleuves mais il existe toujours une part d’approximation dans les prédictions. Mais sait-elle Sarah qu’elle est manipulée par un homme résidant en Suisse ? Un homme qui envisage même, afin de parvenir à ses fins, de faire monter l’eau un peu plus si l’inondation ne suffit pas.

Sarah Brandt suit à la lettre les consignes ainsi que d’autres membres de la secte. Ainsi quatre barrages en amont de Paris sont dynamités. Comme il n’y a pas de petits profits, des plaisantins avides subtilisent dans un entrepôt de la banlieue parisienne des parpaings et des matériaux de construction destinés à construire ou renforcer les digues. Alain Collard, responsable à Europe Télécom, est chargé par son patron d’en négocier le rachat, cinq fois au moins le prix de leur valeur.

Et pas question de payer en liquide, l’argent doit être viré sur des comptes étrangers, dans des pays peu scrupuleux de connaître la provenance des fonds. Deux flics des R .G. enquêtent, l’un sur Sarah Brandt dénoncée comme dangereuse par Brignac, l’autre sur Collard, supposé être à l’origine du vol. Pendant ce temps la Protection civile tente d’aider les particuliers à survivre, à les aider à fuir leurs appartements menacés par les eaux, à réconforter et à soigner.

 

Gérard Delteil, dans ce roman qui a été publié en 2005 sous le titre 2011, et dont le titre de cette présente réédition est nettement plus explicite, nous entraîne dans une fiction proche qui pourrait très bien survenir, dans un avenir indéfini mais inéluctable si rien n’est concrètement réalisé, si personne ne prend conscience des dangers, si rien n’est fait pour endiguer les risques.

Nous sommes tous conscients que sans électricité, nous nous trouvons démunis dès la plus petite interférence des éléments naturels. Pour quoi que ce soit, nous sommes dépendants. Même si les usines, les hôpitaux, les immeubles, les administrations sont équipées de groupes électrogènes.

Et Gérard Delteil montre du doigt tous les dysfonctionnements qui existent dans l’emplacement de ces groupes qui deviennent inopérants parce que placés par exemple au quatrième sous-sol des immeubles, à la merci des infiltrations par capillarité. Sans électricité, plus d’ascenseurs, plus de téléphones portables, à cause des batteries non rechargées, plus de radio, plus de télévision, plus de chauffage, même à fuel puisque l’allumage est électrique, et j’en passe.

Le captage des eaux, le ramassage des ordures, pour ne citer qu’eux sont également perturbés, et la rue devient le domaine rêvé des rats. Et il ne faut pas oublier l’influence de l’idéologie négative des sectes. Un roman qui devrait être mis entre les mains de tous ceux qui à un échelon ou un autre détiennent les rênes de la société : hauts fonctionnaires, administrations, pouvoirs publics de plus en plus privés.

Première édition 2011. Editions de l'Archipel. Parution janvier 2005.

Première édition 2011. Editions de l'Archipel. Parution janvier 2005.

Gérard DELTEIL : L’inondation. Archipoche n° 85. Parution janvier 2009. 464 pages. 8,65€.

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 04:53

La nuit est chaude,

Elle est sauva-age,

La nuit est belle...

A.D.G. : La nuit myope.

Plus roman blême que roman noir, La nuit myope nous entraîne dans une aventure semi-nocturne, matutinale, dans une traversée de Paris qui n'est pas sans rappeler Antoine Blondin avec Monsieur Jadis ou l'école du soir (1970), Jacques Perret, auteur surtout connu pour Le caporal épinglé (1947) et Marcel Aymé avec par exemple son recueil de nouvelles Le vin de Paris (1947) qui contient le très célèbre Traversée de Paris justement.

Une traversée presque à l'aveugle, embrumée, fuligineuse, floue dans le petit matin par un myope qui a perdu un verre. Mais il en avait tellement bu auparavant, en début de nuit, avec Armelle.

Directeur commercial dans une société d'emballages, Domi, comme Domino en référence à la chanson de Dalida, Domi s'était sustenté au restaurant en compagnie de quelques collègues, dans le cadre de son comité d'entreprise, puis ils étaient allés en boîte (eh oui !). Une fin de soirée au cours de laquelle il s'est retrouvé dans les bras d'Armelle, une jolie jeune femme qui elle aussi participait à une soirée festive avec quelques amis (peut-être).

Quelques sloves plus tard, quelques ouisquies et coupettes de champagne absorbés, quelques digressions échangées, Domi rentre chez lui avec en poche son paquet de Gauloises dédicacé de l'adresse de la belle.

L'aventure, Domi en a toujours rêvé, et enfin il va pouvoir réaliser ce phantasme qui le poursuit. Il a proposé à Armelle de partir dans les Cévennes refaire le voyage de Robert-Louis Stevenson juché sur le dos de Modestine, ou d'une lointaine descendante.

Alors il rentre rapidement chez lui, à bord d'un taxi (hon, hon), essaie de ne pas réveiller sa femme couchée avec Morphée, se déguise en randonneur et direction, où ai-je mis mon emballage de cigarettes, là-bas chez Armelle.

Il est cinq heures, Paris s'éveille, Domi n'a pas sommeil, accroché à la laisse de son chien Laskar, tout heureux de prendre le frais.

Et Domi part à l'aventure, toutes voiles dehors, lunettes sur le nez, mais un verre en moins à cause d'un frottement intempestif avec une lingette adéquate, comme Sheila en son temps, d'abord direction le bureau afin de récupérer le double de ses double-foyers, puis après un échange verbal, quoique oral, savoureux avec le veilleur qui par définition dort, puis son patron, moins amène, direction Armelle qui doit l'attendre impatiemment. Toujours avec Laskar en éclaireur.

 

Une balade semée d'embûches pour Domi l'aventurier dans l'univers du début des années 80, jonchée de calembours, de jeux de mots, d'à-peu-près, de références musicales (vous souvenez-vous avoir dansé sur ouatère châle oeuf pâle !) et littéraires, jouissive en diable, une promenade à la recherche d'un amour et d'une vie autre que celle qu'il subit, à la façon de René Fallet dans Paris au mois d'août. Références également à un poète biélorusse du nom de Sergueï Djerbitskine, surnommé Machin, qui n'est autre que le personnage récurrent de quelques romans et.

 

Ce court roman, qualifié de sorte d'épopée dérisoire d'un rêveur velléitaire, est une récréation dans l'œuvre d'A.D.G., de son vrai nom Alain Fournier (d'où le titre d'un de ses romans : Le grand Môme) et qui a utilisé également le pseudonyme d'Alain Camille. En effet ayant débuté comme journaliste pigiste pour la presse socialiste, puis gaulliste, puis tourné vers l'anarchisme de droite devenant grand reporter à Minute, A.D.G. a défrayé la chronique et ses confrères romanciers ainsi que les critiques de gauche (ceux qui encensent malgré tout Céline), par des ouvrages comme Joujoux sur le Caillou, rapides à fabriquer des amalgames et à proférer des conclusions erronées suite à des déductions hâtives.

 

A.D.G. : La nuit myope. Collection La Petite Vermillon N°427. Editions de La Table Ronde.

Première édition : Balland. Collection L'Instant romanesque. 1981 (et non pas 1990 comme indiqué dans le copyright).

Réédition en 2003 chez Christian Durante, collection Poche-numérique.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 13:17

N'est pas celui des appas rances...

Muriel MOURGUE : Le jeu des apparences.

Installée en Normandie et ayant acquis une renommée comme romancière-graphiste, Angie Werther pensait couler des jours heureux, loin des problèmes politiques.

Seulement Luc Malherbe, le responsable de la Sécurité auprès de la présidente française Rose Leprince, surnommée la Princesse, lui téléphone, lui demandant de lui rendre un petit service. Clara, son amour de jeunesse est décédée accidentellement à Lisbonne. Accidentellement, rien n'est moins sûr, et c'est pour cela qu'il se permet de requérir l'aide d'Angie, la sortant de sa retraite volontaire. Elle doit vérifier sur place, s'il ne s'agirait pas d'un attentat, on ne sait jamais, ou d'un suicide et dans ce cas pourquoi.

Nous sommes en 2026, comme le temps passe, et l'Europe Unie doit élire un nouveau président, l'actuel ne désirant pas poursuivre ses fonctions. En lice, les présidentes de l'Allemagne et de la France. Et Rose Leprince essaie de tout faire pour convaincre de ses capacités à diriger L'Europe, toujours Unie.

Dans quelques semaines, un vol spatial habité s'élancera vers la planète rouge, le 25 décembre exactement, quittant la base de Kourou en Guyane. Une grande première qu'il ne faut pas rater, le prestige étant en jeu. Or un agent infiltré en Guyane vient d'être assassiné, et la mission projetée pourrait en pâtir. C'est Gervaise Gerson, la responsable sécurité pour la partie outremer qui en a informé Luc Malherbe, et elle prend cet assassinat au sérieux. D'autant que peu après c'est le corps d'une femme qui est découvert, démembré et étêté. Sûrement afin de retarder l'identification au maximum de la victime.

Angie Werther se rend à Lisbonne, découvrant la ville, et la librairie que tenait Clara associée avec Pythagore Luna, un homme qui lit continuellement son journal et ne semble guère intéressé par la vie des livres. Au contraire de Joanna, la vendeuse et amie de Clara qui s'implique dans la bonne marche de la boutique et organise des soirées lectures suivies par quelques fidèles.

Luc Malherbe a bien fait les choses. La chambre d'hôtel a été réservée et elle travaillera en binôme avec Alex, un spécialiste de l'informatique qui ausculte les entrailles des ordinateurs et voyage dans Internet avec jouissance. Tandis qu'Angie et son compère Alex effectuent des recherches sur les enregistrements vidéo le moment où Clara a chuté sur le bitume, sa face effacée, sa figure défigurée, ou s'intéressent à la vie et aux habitués de la librairie, que Gervaise Gerson cherche à comprendre les événements mortifères qui se produisent en Guyane, Luc Malherbe tient les rênes de la sécurité tout en déplorant le comportement bizarre qu'affiche la Princesse depuis quelques temps..

Peut-être cela provient-il de l'enjeu que représentent les élections à l'échelon européen et l'avenir de la présidente française à la tête de l'Europe Unie, ou le prochain voyage dans une navette habitée vers Mars.

 

Avec cette nouvelle aventure d'Angie Werther, Muriel Mourgue nous entraîne dans un roman de politique fiction mâtinée d'aventures se déroulant à Paris, Lisbonne et Cayenne, des lieux emblématiques pour nombre d'auteurs actuels - voir notamment L'exil des mécréants de Tito Topin -  avec des projections qui ne sont pas si farfelues que cela pourrait laisser supposer.

Muriel Mourgue monte habilement son intrigue, même si lecteur peut légitiment prévoir une partie de l'épilogue, dans une histoire qui comporte plusieurs entrées qui finiront par se rejoindre.

Et j'ai été agréablement surpris à cette lecture, même si l'anticipation politique proche ne m'accroche pas trop, car souvent en vieillissant l'on se rend compte que les événements prévus ne se produisent pas, heureusement dans la plupart des cas ! Je préfère l'ambiance des années 50, avec son personnage de Thelma Vermont. Peut-être parce que je ne veux pas vieillir !

 

Muriel MOURGUE : Le jeu des apparences. Collection Rouge. Editions Ex Aequo. Parution le 31 mars 2017. 164 pages. 14,00€. Version numérique : 3,99€.

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 05:33

Athées moi d'un doute...

Tito TOPIN : L'exil des mécréants.

Lorsque les Etats-Unis, l'Arabie Saoudite et Israël se coalisent pour décréter que les non-pratiquants d'une religion monothéiste seraient désignés à la vindicte des religieux, prônant que seule la Foi dominerait le monde, remplaçant les gouvernements laïques, voici ce que cela pourrait donner.

Et les mécréants, les athées, partent en masse, s'enfuient en de longues cohortes, s'exilent, reproduisant un exode de sinistre mémoire.

Aux abords de la gare, la foule immense se presse pour tenter de partir à bord du train à destination du Sud. Parmi ces voyageurs potentiels, Boris, vêtu en clergyman, parvient à monter dans le wagon muni de son billet et à trouver une place de libre.

Boris est recherché par les policiers suite, entre autres, à des articles qu'il a écrit et notamment des dénonciations de prêtres pédophiles, ou sur le caractère sanglant des conquêtes du prophète Mahomet, et naturellement cela n'a pas plu au nouveau gouvernement dirigé par des religieux, et plus particulièrement un évêque actuellement ministre et autres représentants de religions admises. Ce qui explique son déguisement et sa nouvelle identité, désormais il se prénomme William, ce qui ne veut pas dire que c'est une bonne poire, et il possède en outre un passeport pour son amie Soledad qu'il doit rejoindre à Avignon.

Boris est installé près d'une jeune femme enceinte, et lorsqu'un policier, ou un douanier, leur demande leurs papiers, Boris prétend que la parturiente est sa femme. La photo sur la pièce d'identité n'est guère ressemblante mais un léger incident détourne l'attention du policier, ou du douanier.

Elle se nomme Anissa, et au début la fille-mère est réticente, très réticente même, mais les événements et la force de persuasion de Boris opèrent une inversion dans sa décision de voyager seule et que la proximité d'un membre du clergé ne peut que lui être profitable et salvatrice. Boris lui propose de descendre à Avignon et de rejoindre en sa compagnie son amie Soledad, une amie d'enfance qui habitait juste à côté de chez ses parents.

Soledad héberge Boris et Anissa, et tandis qu'elle vaque, Boris répond à un appel téléphonique. Au bout du fil Gladys. Elle pensait que ce serait Soledad qui lui répondrait, mais lorsqu'elle reconnait la voix de Boris, elle ne peut que dire : Barre-toi, vite.

Gladys Le Querrec est inspectrice de police, adjointe du capitaine Merrilloux, et ils devaient se rende ensemble à Avignon. Mais l'évêque ministre n'aime pas les femmes, surtout dans les forces de l'ordre, alors Merrilloux est parti comme un grand. Gladys, qui connait Boris voulait prévenir Soledad que quelque chose se tramait, et elle avait raison.

C'est le début d'une longue cavale pour Boris, Anissa et Soledad, rejoints bientôt par Pablo un petit braqueur. A leurs trousses, outre Gladys, qui finalement ne leur veut pas de mal, Abdelmalek Chaambi, un tueur recruté par le ministre évêque, ou l'évêque sinistre.

 

Avec ce roman Tito Topin forge, sous forme de parabole, une satire féroce contre l'emprise de la religion, et de ceux qui s'en font les hérauts, dans la vie politique française en particulier, et mondiale en général.

La religion qui prend de plus en plus de place dans les débats politiques, qui impose ses règles et ses lois, au mépris de la liberté de penser. Une résurgence de l'Inquisition, qui pourrait sembler fictive, chimérique, mais qui pourtant devient de plus en plus prégnante. Sans citer de nom de religion, on peut penser à ce qu'il se passe dans quelques pays du Moyen-Orient, sous l'impulsion d'intégristes, mais il ne s'agit pas d'un leurre car en France, certains hommes (et femmes) politiques aimeraient réduire quelques acquis sociaux.

Ceci n'est qu'une anticipation proche, mais il n'est pas exclu que cela n'arrive pas un jour, si l'on n'y prend pas garde. Restons vigilants.

Tito TOPIN : L'exil des mécréants. Editions La Manufacture de livres. Parution le 9 février 2017. 192 pages. 15,90€.

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 09:07

Bon anniversaire à Alfred Eibel, né le 5 avril 1932.

Alfred EIBEL : Jean-Bernard Pouy ou Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Jean-Bernard Pouy sans oser le demander.

Auteur ironique, iconoclaste, sarcastique, oulipoupien, Jean-Bernard Pouy s'est imposé dans le paysage polardien en quelques titres devenus, sinon des classiques, du moins des textes recherchés par bon nombre de fans.

Révélé par la bande dans le roman Very Nice paru chez Albin Michel dans la défunte collection Sanguine, grâce à la pertinence de Patrick Mosconi, et qui contenait deux œuvres, l'une due à Patrick Raynal, La clef de seize, l'autre étant Spinoza encule Hegel, titre prémonitoire sur les relations privilégiées de J.-B. avec toute une cohorte d'écrivains se réclamant de mai 68. Pouy atteindra la notoriété avec son deuxième roman, édité à la Série Noire : Nous avons brûlé une sainte.

Pouy, découvreur ou promoteur de talents, Pennac, Syreigeol, Benacquista, Dantec, Thiébaut, Pavlof, Fonteneau... s'est également investi en aidant de petites maisons d'éditions telles que l'Atalante, Clé, La Loupiote ou encore Baleine, créant le personnage récurrent et multi-auteur du Poulpe.

On connaît la partie immergée de Pouy et grâce à Alfred Eibel, on peut maintenant en apprécier la profondeur. Modeste, Pouy prétend qu'il ne se prend pas comme un écrivain, mais plutôt comme un auteur. Ce qui n'enlève rien, au contraire à son talent.

Pouy travaille dans la spontanéité de l'écriture, tout en jouant, tout en se lançant des défis, que les lecteurs ne comprennent pas toujours, privilégiant le fond à la forme. Défis singuliers pour un personnage pince sans rire qui ne l'est pas moins.

Outre l'entretien qu'il accorde à Alfred Eibel, Pouy nous parle du roman noir, de la vie, de ses coups de cœur, de ses agacements, en petites phrases choc, coups de poing assenés avec humour.

Pouy aimerait animer une émission de deux à trois minutes à la télévision, une rubrique parlant de tout et de rien. Pourquoi pas un nouveau Mr Cyclopède ? Il en possède le talent et le rire grinçant.

Un florilège de critiques parues dans différents médias et concernant ses romans étayent ce côté non dithyrambique qu'il cultive, reconnaissant ses erreurs ou ses faiblesses.

A sa manière Alfred Eibel dissèque par petites touches les ouvrages de J.-B., les ingérant, les digérant et nous les restituant sous forme de réflexions. Enfin une bibliographie exhaustive de Pouy recense tous ses romans, nouvelles, écrits divers (jusqu'à la parution de cet ouvrage qui date de 1996). Sans oublier la nouvelle inédite, reflet d'un Pouy de sagesse, défenseur ardent de la littérature populaire. Le tout agrémenté de photos, dessins et citations. Un livre qui se lit avec plaisir, et pour employer la formule consacrée, comme si c'était un polar.

Alfred EIBEL : Jean-Bernard Pouy ou Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Jean-Bernard Pouy sans oser le demander. Collection Mything. Editions Méréal. Parution mars 1996. 176 pages.

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 09:33

Les lacunes de Venise ou Les lagunes de l'Histoire ?

François DARNAUDET : Le papyrus de Venise.

Il existe certaines professions qu'il vaut mieux éviter de se flatter d'exercer. Ainsi Despons est le médiateur entre les propriétaires d'œuvres d'art et ceux qui veulent les acquérir. Mais justement ces détenteurs ne sont pas forcément prêts à se débarrasser de tableaux, de sculptures ou autres objets qui font leur fierté mais sont parfois relégués aux greniers.

Despons sert donc d'intermédiaire, s'emparant de façon illicite des bricoles convoitées par des amateurs n'hésitant pas à le défrayer grassement, et en les remplaçant par des faux exécutés de main de maître par des artistes qui eux aussi n'ont pas obligatoirement pignon sur rue.

En ce mois de novembre 2025, Despons réside à Venise et il se définit comme antiquaire-libraire. Mais il possède beaucoup de temps libre et se rend régulièrement dans un bar où officie la belle et jeune Sofia et où il déguste indifféremment café ou fragolino blanc. Ce jour du 23 novembre 2025, un homme entouré de deux gardes du corps gigantesques s'installe face à lui. Il se présente, Karl Minkmar, galeriste à Hambourg.

Despons ne le connait pas personnellement mais il a déjà travaillé pour son interlocuteur. L'homme a un petit travail à lui confier, l'objet qu'il recherche se trouve précisément à Venise. La proposition financière de dédommagement n'étant pas à négliger Despons accepte alors de rencontrer Minkmar chez lui, à l'abri des oreilles indiscrètes.

Minkmar possède des objets uniques qui vont d'une tablette rongo-rongo, une pièce qu'avait dérobé, ou emprunté, c'est selon l'appréciation du lecteur, Despons à la collection du Vatican et remplacée par une œuvre similaire mais factice, à un vélociraptor. Le clou de la collection réside en une pièce inconnue des exégètes d'Isidore Ducasse, un inédit signé Lautréamont rédigé quelques jours avant le décès du poète maudit, une traduction, maladroite selon Minkmar, du grec de La Minoade de Solon.

Cet ouvrage et Solon sont répertoriés par Platon dans Le Timée mais il s'agit de savoir s'il s'agit d'une affabulation ou la traduction d'une copie imprimée en grec ancien réalisée par un érudit, Marco Mussuros, quelques siècles auparavant. Un expert de la mythologie grecque s'appuie sur la traduction qu'il aurait effectuée du deuxième dialogue de Platon consacré à l'Atlantide dans le Critias, et particulièrement un passage concernant la dernière guerre entre les Atlantes et les Athéniens. Despons doit donc retrouver ce manuscrit ancien, sachant qu'un éventuel danger peut le guetter, l'expert ayant disparu depuis une quinzaine de jours. S'agit-il d'un meurtre, d'un enlèvement ou d'un simple voyage ?

 

Débute alors une enquête non dénuée de dangers comme le supposait avec raison son commanditaire, dans Venise, et ses îles, Murano, Burano et Torcello, mettant aux prises descendants d'Atlantes et des membres d'une secte constituée d'hommes en noir, ou rencontrant un vieil érudit nommé Odilon Vergé.

Cette narration est entrecoupée d'emprunts à l'Histoire, la découverte d'un Dinosaure dans le Wyoming en 1878, la bataille de Little Big Horn le 25 juin 1876 entre Sitting Bull et Custer, et surtout les quelques semaines précédant la disparition d'Isidore Ducasse dans des conditions ici dévoilées, et du fameux manuscrit de la Minoade. Ducasse qui résidait dans un hôtel rue du faubourg Montmartre, dont l'un des locataire, Antoine Milleret, a rédigé dans ses confessions les événements qui se sont déroulés.

 

François Darnaudet nous plonge dans une histoire entre mythe et réalité, entre personnages réels et fictifs, une étape de transition entre quelques romans, parus précédemment ou qui suivirent cette édition, dont principalement Les Dieux de Cluny et Le Fantôme d'Orsay, d'une part, et de l'autre Trois guerres pour Emma.

Ces extensions dans le passé s'intègrent parfaitement dans cette narration qui emprunte au feuilleton littéraire publié sous forme de fascicules mensuels. Et l'on retrouve des thèmes chers à François Darnaudet, l'art en général et la peinture en particulier, la bataille de Little Big Horn mettant aux prises Custer et d'amers indiens, mais aussi la répression sanglante de la Commune de 1870 par les Versaillais, thèmes qu'il développe dans les romans précités.

Le lecteur qui aborde ce roman, sans connaître François Darnaudet et l'univers fantastique dont il aime s'entourer dans son œuvre, pourrait penser que l'auteur nage en plein délire. Mais il s'agit d'un délire organisé, méthodique, dans lequel le virtuel emprunte à des faits établis. Ou ne transposant dans l'avenir que ce qui pourrait advenir. Ce roman date pour sa première édition de 2006, pourtant on peut lire, concernant Odilon Vergé :

A la retraite depuis une dizaine d'années, conformément aux lois européennes sur les 62 années de cotisation, il continuait, malgré ses 95 ans déclarés, à donner tous les 16 juin, une unique conférence aux étudiants vénitiens.

Ainsi les références aux Atlantes et à l'Atlantide ne sont pas pures suppositions, et François Darnaudet s'appuie sur des écrits et des textes anciens, ce qui ne prouve pas l'existence de ce qui était une île mais ne la dément pas non plus.

L'œuvre de François Darnaudet mériterait d'être plus connue, plus présente sur les étals des libraires, afin d'échapper au sort de quelques romanciers ou poètes qui ne connurent la gloire qu'après leur décès.

Quant à Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont, il pourrait avoir emprunté son pseudonyme, c'est moi qui l'avance, au titre d'un ouvrage d'Eugène Sue, datant de 1837, Latréaumont.

 

Cet ouvrage est complété par une autobiographie évolutive ainsi que de trois nouvelles dont l'inspiration est puisée par l'auteur dans le décès de sa mère alors qu'il n'avait dix ans. Trois nouvelles regroupées sous le titre de Nouvelles amères mais qui pourraient également s'intituler Nouvelles à mère.

Réédition version numérique 23 novembre 2012. Couverture d'Elric Dufau. 2,99€.

Réédition version numérique 23 novembre 2012. Couverture d'Elric Dufau. 2,99€.

François DARNAUDET : Le papyrus de Venise. Editions Nestiveqnen. Parution le 16 novembre 2006. 224 pages. 17,30€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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