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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 09:14

Pour ceux qui n'arrivent pas à déchiffrer les petits caractères mais qui n'ont pas mauvais caractère !

 

griet


En ce 17 novembre 2011, cela fait cinq ans que Serge Swanze a perdu sa femme. Définitivement, malgré les souvenirs qui restent accrochés à sa mémoire. Renversée, écrasée par une voiture folle. Un accident selon les uns, mais lui pense qu’il s’agit d’un meurtre prémédité. Pourtant Blanche est toujours là, présente dans cet appartement qui lui appartenait et qu’il n’a pas voulu vendre par respect. Et puis, Serge, ancien inspecteur principal de police, ancien alcoolique, parle à Blanche, ou plutôt aux photos représentant Blanche. Blanche qui aimait la peinture alors que lui, trop obnubilé par son travail et par l’alcool, ne s’y intéressait pas.

Comme un rituel, il se rend chez Le Père Faro, un bistro antique tenu par Stu, commissaire divisionnaire en retraite et qui a repris le bouge, histoire de s’occuper. Parce qu’à part Serge, les clients renâclent à pousser la porte de l’estaminet caché au fond d’un jardin bruxellois. Et chaque 17 novembre, son ami Stu lui propose des cafés serrés, très serrés, avec au début une pointe d’armagnac, puis le breuvage gascon empiète sur le café. Le lendemain Serge se réveille avec une gueule de bois et ne comprend pas puisqu’il a abandonné l’alcool depuis cinq ans.

Le même jour, Arnaud Vandenbroeck (que je me contenterai d’appeler Arnaud dorénavant, tout comme pour Serge, ceci n’est pas une partie de Scrabble) quitte la prison de Lantin, non loin de Liège. Il a passé quinze ans derrière les barreaux, accusé d’inceste sur sa fille âgée alors d’un peu moins de douze ans. Il a proclamé tant qu’il a pu son innocence, mais rien n’y a fait. Sa femme s’est acharnée, et la gamine a suivi les préceptes maternels. Il en a bavé en prison, ses codétenus et le directeur du centre pénitentiaire n’aiment pas les violeurs en général, les pédophiles en particulier et les pères incestueux encore moins.

A sa sortie le directeur lui remet toutefois un colis qui lui est adressé. Il s’installe dans un bar et ouvre l’emballage qui contient une lettre de son avocat ainsi qu’une autre boite laquelle renferme une arme à feu. Factice l’arme, sinon l’objet aurait été détecté. Ainsi qu’une somme d’argent assez conséquente et les clés d’un appartement qui a été loué à son nom. Et une arme à feu, une vraie cette fois, l’attend dans un tiroir. Sympathique comme attention, mais Arnaud ne comprend pas trop ce regain d’intérêt soudain, et surtout qui est cet ami anonyme. Il a beau vitupérer par téléphone, son avocat ne peut rien lui dire de plus.

Alors il regagne Bruxelles par le train mais à sa descente il se trompe de sortie, son esprit encore occupé par cet envoi mystérieux. Il débouche dans la rue d’Aerschot (précision pour les amateurs) qui est l’une des rues chaudes de la capitale belge. Dans des bars vitrines, des jeunes femmes font tout pour attirer dans leur couche un client éventuel. C’est ainsi qu’il capte le regard d’une prostituée. Un sourire et le voilà envoûté. Il franchit la porte et la jeune femme l’emmène dans la pièce réservée aux ébats (faut pas croire que cela se passe à la vue de tous, faut pas exagérer quand même) mais ce n’est pas de câlins améliorés dont il a envie, besoin. De parler, de la revoir.

Elle se nomme Kristina, vient d’un pays de l’Est et possède déjà un homme dans la vie. Nikolaï, son fils de huit ans. Elle accepte un rendez-vous avec Arnaud, le samedi matin, dans un bar près de chez elle. Même si elle le prévient qu’elle ne sort jamais avec les clients. Une certaine empathie les rapproche.

Bossemans joue un double-jeu. Il est un élu actif s’occupant de la faune et la flore et ne s’intéresse pas aux querelles linguistiques, sauf si un chèque conséquent lui est glissé dans la main. La face cachée est son occupation de lobbyiste. Il établit des contacts entre des personnes influentes, entre édiles et entrepreneurs, ou entre des individus qui préfèrent garder secrètes les transactions.

Deux jours plus tard, alors que la veille Serge s’est recueilli sur la tombe de sa femme, une jeune femme pénètre dans le bar du Père Faro, chapeautée d’un Borsalino et portant un baggy (le genre de pantalon dont le fond descend jusqu’aux genoux et qui donne l’impression que la personne qui en est affublée a eu des problèmes intestinaux). Stupéfaction générale des deux hommes, Stu et Serge. Pourtant c’est bien Serge qu’elle désire rencontrer. Lilas Klaus est une jeune inspectrice, qui connait bien les antécédents de l’ancien policier et surtout sa renommée. Elle souhaite que celui-ci reprenne officieusement du service.

C’est sa première grosse enquête criminelle et elle a besoin de l’aide de l’ancien flic. Le juge Lannoye vient d’être assassiné et sa hiérarchie lui a demandé de concentrer son enquête sur les milieux extrémistes flamingants, et plus particulièrement sur le parti N-VA qui revendique l’indépendance de la Flandre. Or cette piste ne la convainc pas. Et elle a raison. Le lecteur non plus ne sera pas convaincu par cette assertion puisqu’il sait déjà que Lannoye fut le juge qui condamna Arnaud pour viol et inceste malgré les dénégations de celui-ci. Mais d’autres meurtres seront perpétrés dont je vous tais les noms des défunts, mais sachez que tous ont joué un rôle plus ou moins important dans l’inculpation d’Arnaud.

Cette enquête scoubidou (Vous ne connaissez pas ? Normal, je viens d’inventer cette expression. Je vous explique : quatre personnages représentent les quatre fils d’un scoubidou, trois très colorés, presque fluo, Arnaud, Serge, Lilas, autour desquels sont entortillés d’autres petits fils, Kristina, Nikolaï, la femme d’Arnaud et sa fille, son ancien associé, et un plus transparent qui se confond parmi les autres, Bossemans. Leurs aventures vont se croiser tels les fils du scoubidou, pour à la fin constituer une intrigue carrée) cette enquête scoubidou donc a été imaginée par un auteur Bruxellois qui est le pseudonyme d’un romancier connu et primé nous affirme l’éditeur.

Qui se cache derrière cet alias ? Personnellement je pense à Jean-Baptiste Baronian, qui a signé aussi des romans noirs sous le nom d’Alexandre Lous. D’ailleurs il utilisait ces deux noms lorsqu’il signait des articles pour Le Magazine Littéraire. Des chroniques policières sous celui de Lous, et des chroniques bibliophiles sous celui de Baronian. Or les références bibliophiliques sont légion dans ce roman. Mais comme je ne suis pas sûr de ce que j’avance, considérez que je n’ai rien écrit.

Donc, quoiqu’il en soit, l’auteur Dulle Griet (dont le nom provient d’une figure folklorique qui pourrait être traduite par Margot la Folle, un tableau de Peter Bruegel l’Ancien) en plus de cette énigme qui réserve bien des surprises, nous propose de visiter Bruxelles, loin des sentiers touristiques. Et il met l’accent sur les dissensions entre Wallons et Flamands, remontant l’histoire et narrant l’origine de cette brouille.

Bien évidemment les tensions entre ces deux cultures sont décryptées et cela ne manque pas de saveur. Notamment en ce qui concerne la langue, les Flamands refusant plus ou moins de parler wallon, mais exigeant qu’un francophone parle couramment leur langue lorsqu’il s’installe chez eux. Des petites digressions nécessaires pour mieux comprendre l’état d’esprit de ces deux communautés qui se chamaillent alors que la Belgique est un des pays fondateurs de l’Union Européenne. Un non-sens. Mais Dulle Griet est un auteur de bon sens qui fait dire à l’un de ses protagonistes : On n’a plus le droit de critiquer la politique d’Israël sans être antisémite. Révoltez-vous contre les dérives de certains imams, vous êtes raciste. Et si vous avez le malheur de dire d’une femme qu’elle est idiote, vous passez pour un misogyne.

 

Le nombre de pages est fonction du corps d'imprimerie choisi. Voir mon article sur les éditions Libra Diffusio.


Dulle GRIET : Petits meurtres chez ces gens-là. Les Mystères de Bruxelles. (première édition Presses de la Cité). Réédition Editions Libra Diffusio. 23,60€.

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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 17:00

Ah ça ira, ça ira, ça ira... 

 

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Après une érudite préface, probablement due probablement à Thierry Chevrier le directeur de cette collection à moins qu'elle soit due à Pascal Galodé l'éditeur, préface dans laquelle est présenté l'auteur et son œuvre, débute cette haletante histoire dont la ville de Granville (Manche) sert de décor pour un épisode de la Terreur mettant aux prises les Chouans et les Révolutionnaires.

En ce 14 novembre 1793, les Chouans du jeune général de La Rochejaquelein, commandés par Guy de Paramé, arrivent en vue du port manchot avec l'espoir que les Anglais vont débarquer en provenance de Jersey afin de leur prêter main forte. Dans la cité normande, perchée sur le Roc, la défense s'organise sous les ordres notamment du délégué de la Convention Le Carpentier et du commandant de la batterie La Briantais.

PortgranvillelitoMais ce n'est pas à ces événements que pensent Marie-Rose veuve du marquis de Carolles et sa servante Jeanne Litais ce soir-là. La presqu'octogénaire aristocrate par le mariage, mais issue d'une famille de prolétaires, se meurt. Aussitôt, contrairement aux rats qui quittent le navire, les prétendants à l'héritage se pressent au chevet de la moribonde.

Ils ne sont pas nombreux mais avides. Et même pas en ligne directe car la marquise n'eut jamais d'enfant. Autour du lit sont donc rassemblés ses petits-neveux Jacques Deslauriers, second à bord d'un terre-neuvier mais mis en disponibilité la mer étant fermée au commerce, de Pierre Rubé, prétendu cultivateur et d'une marchande de faïence du nom de Marie Laîné.

La vieille dame, réputée avare, est en possession d'une fortune conséquente, du moins tout le monde s'accorde à le dire. Alors qu'ils attendent que le dernier souffle s'échappe de la poitrine de leur grand-tante, une bûche s'échappe du foyer et roule sur le plancher. L'impensable se produit. Marie-Rose sans connaissance depuis plus de vingt-quatre heures se lève et repousse du pied le tison et retombe sur son lit, cette fois définitivement hors circuit. Pour les trois futurs héritiers, le doute est levé : la fortune se trouve sous le parquet. Le docteur La Hogue constate le décès ainsi que Jeanne Litais la servante aussi les trois légataires décident de revenir durant la nuit et s'éclipsent.

Peu après Jeanne Litais introduit dans la chambre mortuaire une jeune fille, dix-huit ans à peine, du nom de Denise. Elle détache un scapulaire du cou de la défunte et le lui remet. Du bruit dans les escaliers annonce le retour des deux héritiers mâles rejoints par Thomas Laîné, le fils de Marie et président du club des révolutionnaires de Granville. Elles se cachent dans un placard et grâce à une fente elles assistent au travail de fouille organisé à la hâte. Sacrée surprise ! sous les lattes de bois gît les restes d'un cadavre...

Présenté par le délégué de la Convention Le Carpentier et acclamé par la foule, le chef de bataillon d'artillerie La Briantais prend ses fonctions. Et c'est ainsi qu'il tombe nez à nez avec Denise au bord de la falaise du Roc. Il se montre galant mais la jeune fille n'a qu'une hâte, rejoindre ses compagnons Chouans. Il pense qu'elle tient une lettre dans la main, mais il s'agit du scapulaire dont elle n'a rien à faire. Elle le jette et dégringole telle une chèvre la falaise. La Briantais ramasse l'objet Deux soldats qui étaient non loin, Decius et Archimède ont assisté à la scène. Archimède tire mais manque la fugitive. Il ne manquera pas par la suite d'accuser La Briantais de d'être de connivence avec les Chouans puisque la jeune fille lui a remis quelque chose dont il ne veut pas se défaire..

Denise est une orpheline que Marie-Rose a chargé Jeanne Litais d'élever jusqu'à l'âge de cinq ans puis elle a été confiée au comte de Paramé père. Guy et Denise ont grandi ensemble, au château de Fond de Bois entre Rennes et Nantes. Et tandis que Guy de Paramé s'engageait dans les troupes des Chouans sous la houlette de La Rochejaquelein, Denise aussi parcourait la campagne. Elle se souvient de ses origines granvillaises et c'est ainsi qu'elle est amenée à entrer dans ce qui deviendra la Monaco du Nord afin d'espionner les troupes révolutionnaires et trouver la faille pour que les royalistes puissent entrer dans la ville.

 

En ces temps troubles où Républicains et Royalistes s'affrontent, Henri-de-la-rochejacquelein-1chacuns forts de leur bon droit, Fortuné de Boisgobey jette son projecteur sur quelques personnages dont les motivations sont divergentes dans un contexte historique et social. Il démontre, s'il en était besoin, que ce ne sont pas les plus grandes gueules qui se montrent les plus courageux. Tel Thomas Laîné qui s'agite, crie, vitupère, encourage les Républicains mais se cache derrière ses compagnons lorsqu'il s'agit de passer aux actes. Certains de ces protagonistes se montrent courageux, fiers de leurs idées, les défendant en même temps que leur honneur, aussi bien qu'ils soient affiliés à un camp ou à un autre. Et comme souvent s'érige une femme, une jeune fille qui est l'émanation d'une Jeanne d'Arc. Si les batailles épiques, les chevauchées haletantes, émaillent ce roman d'autres faits retiennent l'attention du lecteur. Les évasions de prison, les pérégrinations de ce scapulaire de tissu dont on ne connait pas encore le contenu, le destin d'une orpheline, les personnages douteux et avides sont les ingrédients dont usaient volontiers les feuilletonistes du XIXème siècle. Si des nobles mènent les Chouans, ceux-ci sont en général des paysans fidèles à l'Ancien régime. Ils sont mal armés, mais le courage supplée au manque d'entraînement. Surnommés les Brigands par les Révolutionnaires, ils ne sont pas des voleurs de grands chemins. Si dans le camp des Bleus il existe des fervents, des purs, les exaltés sont légion. Et l'appât du gain mène quelques-uns de ces hommes hardis en apparence mais qui se dégonflent comme des baudruches devant le danger. Mais tout est à relativiser.

De nombreux mystères restent en suspens, et prenant mare-bouillon.jpgexemple sur les feuilletonistes, je ne vous entretiendrai de la seconde partie intitulée Des noyades de Nantes à la Mare de Bouillon que dans quelques jours. Il faut ménager le suspense.

Les Normands et les touristes qui viennent l'été sur les plages de la côte ouest du département de la Manche ne seront pas dépaysés car les noms de lieux précisés dans ce roman existent réellement et la Haute Ville n'a guère changé avec ses rues étroites, ses vieilles maisons, son pont-levis, la rue aux Juifs. Des communes comme Quettreville sur Sienne, Carolles, Queyron, Pont aux Bault devenue Pontaubault existent toujours. Alors pourquoi ne pas après la lecture de ce roman effectuer une petite promenade de Granville à Saint-Malo et déguster quelques huîtres et des bulots.


Fortuné du BOISGOBEY : Les cachettes de Marie-Rose. L'Enragé (tome 1). Collection Grands Ecrivains Populaires. Editions Pascal Galodé. Parution le 23 janvier 2014. 256 pages. 23,90€.

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 16:54

Et ce n'est pas affiché sur la vitre de la loge...

 

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Les réunions de copropriétaires sont en général réglées comme du papier à musique, comme une pièce de théâtre à la mise en scène sans imagination, chacun connaissant déjà les questions et même les réponses. Mais parfois les dialogues, qui fâchent la plupart du temps, prennent un tournant imprévu à cause d'un événement indépendant de la volonté des participants. Quoique...

En ce mois de septembre 1962, les propriétaires du 44 de la rue des Gobelins, Paris XIIIème, tiennent leur réunion. Sont présents à cette assemblée ordinaire, la syndic, madame Andréas, accompagnée de son assistante Julia, architecte. Le local est prêté par Monsieur Charles, le fourreur de ses dames, à la quarantaine élégante. Il est le propriétaire au rez-de-chaussée d'une boutique de manteaux de fourrure depuis la fin de la guerre. Sont également présentes les deux petites vieilles du premier étage, toujours à se chamailler; de l'avocate du troisième qui aimerait jeter son dévolu sur Monsieur Charles et fait tout pour attirer son attention, alors qu'il n'a d'yeux que pour Julia qui l'ignore; il y a aussi la comédienne, spécialisée en animations de supérettes mais qui se croit à la Comédie Française; il ne faut pas oublier le jeune homme, un peu jeune pour être propriétaire selon les anciens, qui est installé depuis peu, et dont la tare est d'être Pied-Noir, et qui va s'attirer les foudres des autres participants en effectuant quelques propositions mal venues de la part d'un colonisateur dont les congénères se plaignent d'avoir été spoliés.

Le débat commence par un ordre du jour qui n'était pas prévu au programme. Le remplacement de la bignole qui s'est accidentellement tué un mois auparavant dans l'escalier menant au second sous-sol. Mais qu'allait-elle faire aussi en cette galère, enfin, en ce lieu qui ne requérait pas ses services ? Et quand le jeune homme avance qu'il va falloir effectuer des travaux dans la loge, installer une douche, et autres aménagements, c'est le tollé général. Personne n'a les moyens de payer le confort pour quelqu'un qui sera à leur disposition nuit et jour. La foire d'empoigne, mais la condition sine qua none pour qu'une concierge française, veuve de préférence et sans enfant, s'occupe du ménage et autres travaux guère fatigants et sous-rémunérés.

La bignole, madame Mitois était déjà en place bien avant la guerre et elle en a connu des locataires ainsi que le précédent propriétaire de l'immeuble, Monsieur Grunberg, qui était fourreur et auprès duquel Monsieur Charles a appris le travail. Il a hérité de tout, même des autres maisons et villas que le couple possédait à Barbizon et à Cannes. Comment est-il devenu l'héritier de cette fortune, chacun se pose la question mais personne n'ose ou ne sait y répondre. Quant à madame Mitois, dont l'allure était plus proche de celle des vagabonds que d'une honnête concierge propre sur elle, des rumeurs selon laquelle elle aurait été collabo durant la guerre et aurait dénoncé les Juifs qui peuplaient l'immeuble dont la famille Grunberg, circulent mais comme pour toutes les rumeurs, rien ne prouve cette assertion. D'ailleurs on ne sait même pas si elle a eu des enfants, pourquoi elle était si négligée, sale, repoussante, acariâtre, se prenant de bec même parfois avec monsieur Charles.

Nous laisserons de côté les autres résolutions à prendre inscrites à l'ordre du jour pour nous intéresser à deux faits marquants qui vont déclencher insidieusement tout un enchainement de situations embarrassantes ou sentimentales.

D'abord l'immeuble mitoyen qui a connu les dégâts d'un bombardement doit être démoli et deux huissiers sont préposés au relevé de toutes les fissures, bénignes ou imposantes, existantes sur les murs du 44 rue des Gobelins ainsi que la fiabilité du sous-sol des deux immeubles, ce qui amènera à vérifier le fameux escalier dans lequel madame Mitois est tombée et qui se termine par un mur qui ne doit pas être d'origine. Or entre le plus jeune des huissiers et Julia qui supervise les travaux en tant qu'architecte, des atomes qui ne se connaissaient pas vont bientôt devenir crochus.

Autre raison pour laquelle Julia est sur place, c'est l'aménagement de la loge sale et repoussante. Et les surprises ne vont pas manquer de poindre aux yeux ébahis de Julia qui sent qu'elle vient de lever un lièvre en même temps que des sacs cachés sous le plancher et contenant entre autre un cahier.

Les rumeurs seraient-elles fondées et madame Mitois aurait-elle dans ce cas succombé à un meurtre délibéré et non à un accident ? Et corolaire, pourquoi ?

 

Tout repose sur l'ambiguïté des propos, des pensées, des actes des protagonistes. Nimbé d'humour, noir au début, plus le récit avance et plus le lecteur est confronté à une situation qui aujourd'hui perdure. Au début des années soixante, les Pieds-Noirs devenaient les têtes de Turc de nombreux Français qui accueillaient ces nouveaux arrivants, chassés du pays qu'ils avaient colonisé et qui pour certains se retrouvaient le plus souvent démunis. Pas tous, mais ce fut le lot d'un grand nombre. Ensuite c'est le rapport entre la société et les Juifs qui est décrit et ce phénomène qu'on pensait devoir être éradiqué redevient d'actualité à cause d'intégristes, d'antisémites et l'ostracisme perdure souvent alimenté par l'Eglise.

Je ne voulais pas faire partie de cette race qui avait tué le Christ, comme nous l'avait expliqué la dame nous apprenant le catéchisme. Or ce déni, car l'Eglise oublie bien souvent de préciser que le Christ était Juif et qu'il ne s'est fait baptiser qu'à l'âge de trente ans et qu'il a donc renié sa religion, ce déni est à l'origine de toutes les vindictes, les expulsions, les tortures, liées à ce rejet. Et bien entendu, rejetés de tous la plupart des Juifs se sont repliés sur eux-mêmes, se rassemblant sous forme de castes, se sentant obligés de se recroqueviller dans un ghetto, attisant de ce fait la haine concentrée sur eux, devenant arrogants envers ceux qui les méprisaient.

L'histoire policière cède le pas à l'illustration, et non à l'explication d'un côté ou d'un autre, de ce qu'il s'est déroulé durant des siècles et qui malgré les lois, les interpellations, les souffrances endurées, perdurent encore dans une frange de la société, frange qui tend à prendre de plus en plus d'importance à cause d'exaltés, d'intégristes, de faux humoristes. Chantal Figueira Lévy ne tranche pas, ne prend le parti des uns ou des autres, elle met en scène une tranche de vie sans faire de prosélytisme. Et si certains se trouvent choqués à cette lecture, c'est soit qu'ils n'ont rien compris au roman soit qu'au fond d'eux-mêmes ils ressentent un ostracisme latent ou qu'ils se montrent démagogues.


Chantal FIGUEIRA LEVY : 44... Gobelins. La concierge est dans l'escalier. Editions les 2 Encres, collection Sang d'encre. préface Joseph Joffo. Parution le 19 décembre 2013. 144 pages. 14,50€.

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 15:09

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Et pour cette 9ème édition qui se déroulera les 8 & 9 février, ce sera dans la joie et la bonne humeur (comme d'habitude me souffle Paul Art) !

Préparez vos mouchoirs, si vous ne pouvez pas vous y rendre, car voici la liste des romanciers qui seront présents cette année :

 

-Ingrid Astier (Marraine de cette neuvième édition de Polar'Encontre)

-Paul Colize

-Sophie Dieuaide

-Sébastien Gendron

-Guillaume Guéraud

-Jérémie Guez

-Joseph Incardona

-Jérôme Leroy

-Claude Mesplède

-Gérard Moncomble

-Marie Neuser

-Elena Piacentini

-Carlos Salem

-Philippe Ward

Vous avouerez, que du beau monde !

 

Sans oublier les auteurs de bd :

 

- Benoit Dahan

- RM Guera

- Gunt

- Homs

- Malo Kerfriden

- Jérôme Lereculey

- Guillaume Martinez

- Thierry Murat

- Alberto Ponticelli

- Sylvain Ricard

- Fred Simon

- Nicoby

+ un invité surprise...

 

J'avoue je connais moins bien, mais je peux vous dévoiler que Nicoby a dessiné l'affiche de cet événement !

 

Voici enfin la liste des romans qui font partie, cette année, de la sélection du prix Calibre 47 :

 

Un long moment de silence de Paul Colize (La manufacture de livres)

Road tripes de Sébastien Gendron (Albin Michel)

Du vide plein les yeux de Jérémie Guez (La tengo éditions)

Misty de Joseph Incardona ( Baleine)

Un petit jouet mécanique de Marie Neuser (L’Écailler)

Le cimetière des chimères d’Elena Piacentini ( Au-delà du raisonnable)

 

Personnellement j'ai déjà une petite idée concernant mon vote, mais je ne veux pas influencer le jury, alors je m'abstiens...

 

Un concours Plumes Noires réservé aux lycéens a enregistré cette année un record : plus de quatre cents élèves de 2ème ont tenté leur chance.

Pour découvrir les 24 nouvelles sélectionnées vous pouvez vous rendre sur le site du Journal Sud-Ouest.

 

Pour d'autres précisions et le programme complet (la projection inédite du premier long métrage de Joseph Incardona ou un concert avec The Hyènes par exemple) rendez-vous sur Facebook, vous devriez trouver facilement.

 

Bon week-end à Bon-Encontre et éventuellement bonnes rencontres !

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Published by Oncle Paul - dans Infos
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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 08:57

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Par Max-André Dazergues, l'un des mentors de Frédéric Dard avec Marcel E. Grancher.

 

atoll.jpg

 

Le dessin de couverture permet au lecteur potentiel de déjà imaginer le contenu de ce petit livre d'aventures exotiques : une jeune fille apeurée et ligotée face à un homme armé d'un harpon qui la regarde d'un œil mauvais. D'un seul, puisque sur l'autre il porte un bandeau noir. En arrière plan, un Canaque et un palmier s'élançant à l'assaut d'un ciel uniformément bleu... Au premier plan un requin s'ébrouant dans des eaux verdâtres.

Petite erreur du dessinateur puisque l'auteur décrit ainsi le paysage : Il faisait un temps superbe, et le soleil inondait la campagne. Le panorama des îles apparaissait féérique. La mer était couleur d'encre à stylo.

Nonobstant cette entrée en matière, plongeons-nous maintenant dans le texte proprement dit.

Jean Ferrier, riche planteur de canne à sucre dans l'île principale de l'archipel des Marquises, organise une réception. Alors qu'il se repose, seul, dans un salon, sa fille Christine entre en compagnie d'un jeune homme, Maurice Louvois, issu d'une famille modeste mais honnête. Elle désire montrer à son soupirant un harpon de nacre que lui a offert un Canaque qu'elle a sauvé de la noyade quelque temps auparavant. C'est à ce moment qu'un serviteur remet au planteur un message réclamant le précieux objet et signé Les Requins de l'Archipel.

Il s'agit d'une dangereuse bande de malfaiteurs qui a également menacé la société de pêcheries côtières dans laquelle travaille le père de Maurice. Chargé de surveiller le lieu de pêche, Louvois père est enlevé. Jean Ferrier place un leurre à l'endroit indiqué sur le message mais Christine, désobéissant à son père, pense pouvoir surprendre les gredins. Elle est enlevée elle aussi par Gilbert-le-borgne et deux Canaques. Entravée, elle est conduite sur l'Atoll Maudit. Ferrier et Maurice se lancent à la recherche de la jeune fille, délivrent le père du jeune homme, et se rendent à l'Atoll Maudit sur lequel plane une sombre légende, celle du Poisson-Dieu. L'histoire se termine bien, évidemment, dans les embrassades, avec en prime un trésor, grâce aux bons offices du harpon qui, telle l'épée de Durandal fendant les rochers en deux, sert de sésame.

 

atoll1.jpgPetit roman d'aventures exotiques, l'Atoll Maudit ne déparerait pas aujourd'hui dans une bibliothèque... pour enfants, tant il est gentillet et juvénile. André Star, alias Max-André Dazergues, place l'action de son intrigue dans un paysage de carte postale qu'il se contente d'évoquer sans véritablement en décrire les beautés. Les personnages manquent d'épaisseur et l'histoire en elle-même est un peu tirée par les cheveux, certaines situations se dénouant grâce à des concours de circonstances dont la crédibilité peut être mise en doute. Tout du moins c'est ce que peut ressentir le lecteur exigeant d'aujourd'hui pour qui les coïncidences trop téléphonées sont malvenues. Nul doute qu'à l'époque de l'après-guerre, ce genre d'historiette pouvait faire rêver, mais les temps ont changé. La contrainte de respecter la pagination explique peut-être aussi cette retenue dans la description des paysages et des actions. D'ailleurs on sent qu'André Star est parfois brimé, utilisant volontiers les points de suspension en début et fin de phrase, comme s'il avait été obligé de réduire son texte. Toutefois il ne faut pas se fier au nombre de pages, car la police de caractère est menue et bonjour les yeux !


André STAR : L'Atoll Maudit. Editions S.A.E.T.L. Collection Le Risque Tout. Parution 4ème trimestre 1945. 20 pages.

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 14:27

On dirait qu'ça t'gêne de marcher dans la boue...

 

willi.jpg


Il n'y a guère de différence entre l'internat religieux où Paulin végète face à la vindicte de quelques condisciples, et la ferme familiale. Les récriminations et les punitions ne lui sont pas ménagées surtout de la part de sa mère, Denise, armée d'un nerf de bœuf dans une main et d'un chapelet dans l'autre. Quant à son père Maurice, il préfère regarder sa télésonyque achetée grâce aux subsides allouées par Bruxelles pour revendre son troupeau de vaches laitières ou s'enfermer dans les dépendances, occupé à démonter des objets qu'il ne sait pas remonter et qui ravi, tête sa bouteille de piquette cinq étoiles, celles qui sont consignées. Paulin tient un peu de lui d'ailleurs en ce sens.

Le seul plaisir que Paulin, treize ans ressent en revenant chez lui pour les vacances scolaires, c'est de savoir qu'il va retrouver Nana, Nadège Delambre pour l'état-civil. Nana, guère plus âgée que lui, est elle aussi placée en institution, mais elle rentre toutes les fins de semaine. Elle ne parle plus depuis quelques années, un ressort est cassé dans sa tête, elle passe de la joie la plus sincère à la colère la plus virulente comme on retourne une crêpe, mais entre les deux gamins c'est fusionnel. Ses parents, surtout sa mère Josiane, sont toujours entre deux alcools, de prune de préférence.

Le petit hameau de Treunouille, en Haute-Vienne à la limite de la Creuse, se meurt. Quelques fermes délaissées, qui peu à peu tombent en ruine. Par exemple chez les parents de Nana, la cour n'est qu'un vaste marécage d'eau croupie et de rigoles de purin s'échappant d'une fosse à lisier proche. Seule celle des Bernier (pas la cour, la ferme !) est florissante, mais c'est une exception. Celle des Blanzac aussi, qui n'est plus qu'une résidence secondaire et que Gabriel, le fils de famille d'à peine dix-huit ans, investit de temps à autre avec sa 125 pétaradante en attendant d'avoir mieux. Il a du foin à vendre, pas celui de la campagne mais celui des villes, et il en consomme pour mieux prouver que ce n'est pas du trafiqué.

Gérard, le frère de Nana, un peu plus âgé qu'elle, est un fervent adepte des armes à feu. Il en est fier, surtout de son Mossberg. Une passion née lorsque Bertrand son frère aîné est revenu d'un voyage en Afghanistan. Depuis Gérard tire à la moindre occasion et sans but précis, sur des arbres, des pots de fleurs, histoire d'embêter son voisin, un parent du garde-champêtre, et il a même appris à se servir de ses fusils à Nana, qui se défend comme si elle était née avec une cible au bout des yeux, et à Paulin.

Cela commence à dégénérer lorsque Gérard apprend qu'un couple d'Allemands sillonne la région prêts à racheter une ferme. Les envahisseurs sont de nouveau là ! Toute son enfance a été baignée dans des récits de la Seconde Guerre Mondiale, et il entretient depuis une haine tenace et irraisonnée envers l'ennemi. Il est en colère, maniant sa faux (il avait promis aux Blanzac d'entretenir la cour, mais il n'a jamais eu le temps de couper les herbes) en maniant sa faux comme le spectre de la mort. Un soir, Sophie Bernier, guère plus vieille que Gérard, s'invite à une soirée fort arrosée chez Gabriel. Nana, Gérard, Paulin sont là et le pastis coule directement de la bouteille dans leurs gosiers plus quelques autres boissons alcoolisées qui leur tourneboulent les esprits. Et ne voilà-t-il pas que les frères Rouze se mettent en tête de rechercher Bernard pour une vague affaire d'argent.

Le début de la fin ou la fin du début, car Paulin, Nana et Gabriel doivent partir du hameau en empruntant une vieille Golf rouge, véhicule de circonstance vu le nombre de trous qu'ils laissent derrière eux. Ils n'ont qu'une envie, aller voir la mer. Seulement leurs cerveaux sont si encalminés qu'ils roulent à l'envers de la bonne direction. De toute façon, c'est inné chez eux, ils font tout à l'envers.

 

La première partie décrit et met en scène les personnages, les décors. Véritable roman rural, il montre les dérives de quelques protagonistes évoluant dans un milieu défavorisé, et dont la politique agricole fixée par Bruxelles s'avère plus une hégémonie économique que constructive. Des images fugaces de lectures anciennes traversent l'esprit sans que pour autant on les ait convoquées. Bizarrement j'ai pensé à La Jument verte de Marcel Aymé, à Goupi Mains-rouges de Pierre Véry, à La Terre d'Émile Zola, pour l'ambiance, l'atmosphère, les descriptions des personnages, de leurs actes et du décor. Pourtant il n'existe aucune corrélation entre ces romans et cette Herbe noire de Pierre Willi, dont le titre pourrait un hommage à Boris Vian, auteur de l'Herbe Rouge.

Puis dans la seconde partie, insensiblement quelques scènes du film Les Valseuses de Bertrand Blier avec Miou-Miou, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere se sont imposées à mes rétines éblouies. Une longue pérégrination d'ados déboussolés, traqués, agissant parfois comme des automates, la rage chevillée au ventre et dans les neurones.

Il existe dans l'écriture de Pierre Willi, dans les dialogues, dans les descriptions des décors et des péripéties vécues par nos antihéros une force d'évocation très cinématographique. C'est peut-être ça le talent... Mais l'auteur va plus loin lorsqu'il dénonce Bruxelles et certaines pratiques nées de l'imagination de technocrates qui sans connaître leurs sujets se piquent de donner des avis, des conseils, de réglementer ce qui va bien pour mieux le démolir et pondre des lois aberrantes uniquement pour toucher des pots-de-vin (à chacun son alcool) de la part des grandes entreprises phytosanitaires et des semenciers fervents adeptes des OGM. Que voulez-vous, ils ont peut-être bac +5 ou bac +7 comme diplômes, mais leur QI ne dépasse pas 30.


Pierre WILLI : L'herbe noire. Editions Krakoen. parution le 01 janvier 2014. 268 pages. 14,80€.

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 08:32

Aventures, magie et exotisme...

 

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Pour Emilio de Salvador de Malaga, jeune nobliau désargenté, l'arrivée d'une caravelle dans le port de Malaga, est synonyme d'un gain possible. Il s'en ouvre à Lazaro, un petit voleur et aussitôt les deux adolescents préparent une expédition nocturne chez Don Moralès l'heureux et nouveau propriétaire d'une jarre somptueuse en provenance des Amériques.

Après avoir lancé au-dessus du mur de la propriété un chapelet de saucisses empoisonnées afin de détourner l'attention des chiens et d'annihiler leurs violence, les deux garnements se retrouvent dans le parc. Mais quel n'est pas leur étonnement de découvrir les représentants de la race canine morts et lacérés de profondes blessures.

Emilio et Lazaro vont de surprises en surprises. Ils découvrent à l'intérieur de l'habitation, des gardes en armures un trou béant à la place du cœur. Le cadavre de Moralès git dans son sang. L'hidalgo et le voleur rebroussent chemin mais des spectres se jettent sur eux. C'est le moment idéal choisi par la garde pour intervenir. Le commandant avait été prévenu la veille qu'un démon païen était enfermé dans la jarre. La soldatesque arrive accompagnée par deux prêtres exorcistes mais rien n'y fait. Les spectres continuent leur carnage, l'un d'eux portant au front une pierre de jade. Lazaro perd la vie dans le combat. Ce qui est gênant pour Emilio qui a été vu en sa compagnie. Le lendemain Emilio retourne dans le parc, muni du poignard en or de Lazaro et reprend le combat contre les spectres. Il parvient à arracher le morceau de jade et s'évanouit. Le commandant, constatant que les spectres ont été détruits est étonné par la prouesse d'Emilio mais le fait que le cadavre de Lazaro fut retrouvé près du corps de Don Moralès ne plaide pas en sa faveur. Toutefois étant d'ascendance noble Emilio bénéficie de la clémence. La couronne royale a besoin de volontaires pour coloniser le Nouveau Monde et bien entendu Emilio sera l'un de ces volontaires.

Il embarque à bord à bord du San Gonzalo vers son destin se voyant déjà à la tête d'une exploitation, on peut rêver, et se demandant quel est donc ce pays où les Cihuateteos et autres démons pullulent.

Arrivé presqu'en vue des côtes américaines, une violente tempête se lève et la caraque sombre dans les eaux. Emilio parvient à s'accrocher à un bout de planche et au petit jour il aperçoit la terre au loin. Pour arriver jusqu'à bon port il lui faut échapper aux dents acérées d'un requin affamé. Heureusement sa fidèle rapière l'accompagne partout. Enfin, après avoir franchi la barrière de corail, Emilio met le pied, celui que vous voulez, à terre et s'enfonce dans la mangrove. Au bout de longues heures de marche il retrouve des compatriotes affrontant des Indiens.

Les aventures périlleuses, fabuleuses, fascinantes, épiques ne vont pas manquer et Emilio sera confronté à toutes sortes de dangers. Un vaisseau fantôme ayant à son bord des Vikings, puis toutes sortes de monstres, de spectres, de fantômes, de natifs. Il se trouvera embrigadé dans des colonnes espagnoles commandées par Almagra, se trouvera confronté à la cupidité de Pizarro, fera la connaissance de l'Homme-Jaguar, s'apercevra bientôt qu'il possède des dons, combattra les Tzitzimime, voyagera et affrontera mille dangers, bataillera ou s'alliera aux dieux métamorphes, aux sorcières, aux prêtresses, en compagnie de la belle et jeune Tlazoteotl, remontera l'Amazone vers le Pérou à la recherche de l'Eldorado, subissant les assauts guerriers des Amazones...

Inspirée de la colonisation sauvage des terres Mayas et Aztèques des Amériques Centrale et du Sud par les Espagnols, emmenés par Hernán Cortés et Pizzaro, et par les pratiques vaudous et la sorcellerie des peuples qui n'entendaient pas se laisser asservir sans combattre chèrement leur peau, essayant de préserver leurs terres, leurs religions et leurs dieux, et leurs traditions, Boris Darnaudet nous entraîne dans un périple fantastique. Les combats sont féroces, les affrontements sans pitié, et l'on se demande parfois qui est le plus sauvage, des autochtones et des envahisseurs.

Ce roman complètement débridé dans lequel le jeune auteur laisse libre court à son imagination n'aurait pas dépareillé dans une aventure de Bob Morane. D'ailleurs Boris Darnaudet a peut-être appris à lire dans les romans écrits par Henri Vernes et consorts.

La première partie est comme une succession de contes, de nouvelles fabuleuses, ce qui n'est pas étonnant lorsque l'on sait que le premier chapitre a été publié dans un numéro du mensuel de BD Lanfeust, et le deuxième chapitre dans Projet Obis paru chez Rivière Blanche. La seconde partie est plus linéaire mais tout aussi mouvementée. Un auteur à suivre...


Boris DARNAUDET : La colère des dieux aztèques. Editeur CreateSpace Label Cuinoli. Parution le 4 janvier 2014. Version papier : 152 pages. 12,00€. Version Kindle : 3,40€. Une exclusivité Amazon.

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 10:50

You are Véry, Véry, Véritable...

 

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Le nom de Pierre Véry est indissociable de quelques romans célèbres qui ont pour titres: Les disparus de Saint-Agil, Goupi Mains Rouges ou encore L'assassinat du Père Noël, romans qui ont fourni la matière, la trame, à des films non moins célèbres et que les téléspectateurs peuvent revoir de temps à autre sur leur petit écran avec un plaisir à chaque fois renouvelé.

Mais ces titres ont curieusement occulté l'œuvre de Pierre Véry, œuvre qui comporte une trentaine de romans.


inconnue3.jpgL'inconnue du terrain vague n'avait jamais été rééditée depuis 1943, avant qu'il entre au catalogue des éditions du Terrain vague en 1988, et depuis il a connu diverses rééditions dont la dernière dans la collection Arcanes. Ce roman est l'exemple parfait du merveilleux selon Véry. Comme il aimait à le dire, il écrivait des romans de mystères. J'écris une sorte de roman fleuve policier que je verrais assez bien sous les couleurs des mille et une nuits policières. C'est assez dire que le merveilleux, loin d'être exclu, y occuperait une place d'honneur. Je voudrais que mes romans soient des contes de fées pour grandes personnes. Cette déclaration résume toute l'œuvre de Pierre Véry, dont cette Inconnue du terrain vague.

Neugate sur Touques, grosse bourgade du Calvados, située sur la Touques entre Caen et Lisieux, possède un terrain vague. Possède, pas vraiment car le propriétaire légitime Jacques Mauduit est en exploration du côté de l'Inde, de l'Indochine... enfin très loin. Neugate sur Touques est donc affligée d'un terrain vague et les propositions d'aménagement ne manquent pas. Nicolas Niel, un décorateur de cinéma, a donc réalisé une maquette et à volonté peut remplacer le terrain vague par une basilique, un sanatorium, un parc d'agrément, un vélodrome, des abattoirs, une tannerie modèle. Chaque faction tenant à son projet.

L'apparition d'une inconnue, d'une étrangère sur le terrain vagueinconnue2.jpg ne manque d'intriguer les villageois. Intriguer et semer la zizanie car les femmes jalousent sa beauté tandis que les hommes... Ah, les hommes ! Mais c'est Nicolas qui recueille les faveurs de la belle inconnue. Décède alors le professeur Favreau, farouche partisan du sanatorium. Les esprits s'enflamment et ce n'est pas l'assassinat du maire, adepte du jardin public, qui va circonscrire ce brasier.

inconnue1.jpgContemporain de Jacques Prévert et de Marcel Aymé, Pierre Véry s'amuse dans ce roman à construire des situations baroques Il joue avec les contrastes, accumule les dérisions. Prenons par exemple le cas de Tombelaine, le boucher : il est médailler de la Société Protectrice des Animaux car s'il est tueur, s'il tue des animaux de boucherie, il les tue proprement. Comme le dit si bien Francis Lacassin, Pierre Véry n'avait pas son pareil pour cultiver l'insolite et la métamorphose du banal en magique.


Pierre VERY : L'inconnue du terrain vague. Collection Arcanes. Editions Joëlle Losfeld. Parution octobre 2001. 180 pages. 5,10€.

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 17:29

Y-a-t-il un traducteur dans la salle ?

 

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Doit-on chroniquer en bien un livre qu'un auteur vous a dédicacé ?

La courtoisie aidant, je serais tenté de dire oui. Mais si on réfléchit bien, la flatterie est un produit hypocrite et la notule s'en ressent. Ne pas en parler serait le plus simple. Oui mais, les goûts des uns n'étant pas forcément ceux des autres, et qui aime ou déteste un roman n'a pas forcément raison. Un roman est bon pour les uns et complètement nul pour les autres. Alors soyons réaliste, franc et avant de dire si j'ai pris du plaisir avec ce roman ancré dans notre époque, étudions l'histoire.

Le Narrateur possède un curriculum vitae plus impressionnant que celui d'un patron du CAC 40, et pourtant ceux-ci accumulent les satisfécits qu'ils se décernent sur le dos des petites gens. Consultons son palmarès :

Condamnations pour vandalisme, baston, vol avec violence, outrage à agent, baston, stup, encore stup, agression, rébellion, vandalisme, baston.

Après avoir purgé une peine de quatre mois de prison, il retrouve ses potos (l'on sent l'influence de l'écriture rapide liée à l'envoi de messages électroniques, car normalement l'on écrit Poteau, en référence à ce bout de bois qui sert à s'appuyer dessus, lequel est un copain sur lequel on peut compter. Théoriquement !), lesquels potos lui proposent de fêter l'événement. La sortie en boîte, ce qui est un non-sens parce que en général on y entre, est déclinée. Le narrateur préfère une petite virée au Bois de Boulogne. Il veut se refaire en proposant de la drogue, du foin amélioré et autres produits toxiques aux prostituées et éventuellement à leurs clients.

Aussitôt la virée s'élance, deux voitures occupées par Souleymane, Makita, Youssouf, Vamp, Miki, Ahmé ou encore Farid, une escapade sur les chapeaux de roues. Mais le coin du Bois que Le Narrateur et ses comparses ont élu comme base est envahi par des Brésiliennes. Enfin, plutôt des Brésiliens, des travestis, des transsexuels. Et le Brésil n'est pas la seule nation représentée. Bien éméchés par les diverses boissons alcoolisées qu'ils ont ingurgitées, et qu'ils continuent de boire en abondance, ils agressent verbalement et physiquement les résident(e)s. Leurs neurones sont atteints par l'éthylisme et la drogue et ils ne se contrôlent plus. Ségrégation, ostracisme, pointe de racisme, ils portent ces sentiments malsains comme un étendard. Pourtant ils se méfient de la maréchaussée qui rôde et à la moindre alerte se cachent dans les buissons et les chemins environnants. Pourtant ils arrivent à alpaguer quelques clients en manque, des prostituées aussi. Il faut être réaliste et pragmatique. Même s'ils se montrent comme des êtres abjects, ils pensent aussi à leurs portefeuilles. Et ils vont faire la connaissance de Paola...

J'ai arrêté à ce moment ma lecture, incapable de continuer, aussi je vous livre le reliquat de la quatrième de couverture : Le business fait florès jusqu'au jour où Paola, un trans brésilien, véritable star du Bois, est assassiné. La police quadrille tout le secteur. Mauvais pour les affaires. D'autant que ce meurtre n'est que le premier d'une longue série des plus violentes.

 

Verdict :

Sur le fond, nous lisons une banale histoire de drogue, de violence, de prostituées et de meurtres déjà surabondamment exploitée par le passé. Seule la forme est nouvelle dans l'emploi d'un langage issu de Nord, du Sud, de l'Ouest ou de l'Est, sans oublier l'argomuche parigot, dans un amalgame complexe d'idiomes, d'un pot-pourri de néologismes, de verlan, d'argot manouche le tout assaisonné par le rebeu (le beurre en verlan ?). Là encore l'argot fut une forme d'écriture dans les années cinquante qui mit en avant des auteurs comme Simonin et Bastiani. Mais ces deux romanciers, s'ils écrivaient en langue verte, sans emprunter à d'autres formes qui aujourd'hui sont l'apanage, parait-il, des marginaux des cités, ont eu l'élégance et la courtoisie de placer en fin de volume un lexique ou un glossaire.

En mon âme et conscience, je peux vous avouer que si je n'ai pas aimé, ce qui ne veut pas dire que ce roman est mauvais, car tout est subjectif, des lecteurs âgés entre vingt et cinquante ans s'en délecteront peut-être, retrouvant un quotidien et un vocabulaire auquel je ne suis pas habitué.

Mais si je vous proposais un petit exemple :

Souleymane à l'avant finit de rouler un djockoss. Il ne tise pas Souleymane, c'est haram. Mais il se rattrape comme il faut sur le bédo. Il éclate son splif et fait tomber une boulette sur le siège. Le Rabza le grille en force et s'énerve : "Putain mais fais belek, cousin ! T'es un bouffon ou quoi mon gars ? Elle est à mon daron, la gova, pas à moi !"

 

Et oui, il faut s'adapter, lire et relire et enfin assimiler ce dont il s'agit. On comprend, avec un petit effort, ce que l'auteur veut écrire. Mais s'il ne s'agissait que d'un paragraphe, ce serait un moindre mal. Non, le lecteur déboussolé (moi) n'a pas réussi à garder son attention durant cent-quatre-vingts pages. Et s'il ne s'agissait que de l'écriture, cela pourrait encore passer, quoique, mais je n'adhère pas à ces énergumènes qui se conduisent en voyous arrogants et malsains.

Nous n'avons pas les mêmes valeurs !

Ce qui ne m'empêche pas de vous signaler que Johann Zarca possède un site que vous pouvez consulter gratuitement :

Le mec de l'underground.


Johann ZARCA : Le Boss de Boulogne. Editions Don Quichotte. Parution le 16 janvier 2014. 180 pages. 16,00€.

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 08:42

Quand c'est fini, ça recommence ?

 

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Cela fait sept ou huit ans que Maxime, le fils de Thiphaine et Sylvain est mort, écrasé sur la terrasse en chutant de la fenêtre de sa chambre. Depuis Thiphaine et son mari, qui ont adopté Milo, le fils de leurs plus proches voisins, ont déménagé, le gamin ayant hérité de la maison de ses parents. Ils ont se sont donc installés dans la maison jumelle de celle qui était la leur, ce qui ne manque pas de raviver parfois les souvenirs liés à ce drame.

Une nouvelle voisine aménage et Tiphaine, tout autant que Milo, est intéressée par le mouvement provoqué dans la rue par le déchargement des cartons et des meubles. Si Tiphaine fixe plus ses regards sur Nora, la mère, Milo est subjugué par Inès, la fille de treize ans. Nora et Alexis sont séparés, et n'ont la garde de ses gamins qu'une semaine sur deux, mais un autre enfant est présent. Un garçon nommé Nassim, qui a l'âge qu'avait Maxime lorsqu'il est décédé. D'ailleurs Tiphaine a cru comprendre Maxime lorsque le garçon s'est présenté alors qu'il regardait par la haie.

Le couple Tiphaine et Sylvain s'est délité progressivement depuis l'accident. Ils ont obtenu d'être les tuteurs de Milo, mais celui-ci pense que s'il aime quelqu'un, s'il s'attache à un être cela ne peut que nuire à cette personne. Pourtant il est attiré par Inès, un sentiment réciproque et la jeune fille tente de l'appâter en communicant par les réseaux sociaux et son portable.

Nora trouve un emploi à mi-temps comme assistante maternelle, mais la défection d'une collègue malade l'oblige à changer ses horaires de travail. Elle va s'occuper de la garderie en fin de classe et elle ne peut plus aller chercher ses enfants. Pour Inès ce n'est pas trop grave, mais elle s'inquiète pour Nassim. Elle sollicite son amie Mathilde mais elle-même doit satisfaire à quelques occupations aussi elle se retourne vers Tiphaine, laquelle accepte volontiers.

Un jour, alors que Sylvain et Nora discutent ensembles, Alexis, le mari de Nora dont c'était la semaine de garde, arrive en compagnie de Nassim et d'Inès. C'est un homme qui n'accepte pas d'être séparé de sa femme et comme de plus il est jaloux et ombrageux, il se pose des questions. D'ailleurs, ces deux maisons jumelles, il les reconnait. Avocat, il a traité une affaire huit ans auparavant et son client s'est pendu. Il en fait part à Nora, puis rentré à son cabinet, il se rend compte qu'il s'est trompé de numéro. Ce n'est pas la maison de Nora qui est devenue la maison du pendu, mais celle qui est accotée à la sienne. Mais ce qu'il ne comprend pas, en vérifiant les noms sur la boite aux lettres, c'est que le nom de Milo est associé à ceux de Tiphaine et Sylvain.

Tout les éléments du drame sont mis en place. Il ne reste plus qu'à Barbara Abel à allumer la mèche et déclencher cette tragédie.

 

Ce qui suit va peut-être vous interloquer : je vous conseille de ne pas lire le prologue. Un prologue permet de situer les personnages et l'action de l'œuvre et sert en général de préface ou d'introduction à ce qui s'est déroulé antérieurement. Or ici ce n'est pas le cas.

Le futur lecteur qui préfère s'imprégner de l'ambiance et de l'atmosphère d'un roman et qui au lieu de se fier à la quatrième de couverture, en lisant les premières pages, va être harponner par ce prologue. D'emblée il entre de plein fouet dans une scène d'angoisse et ce prologue terminé lorsqu'il entame le premier chapitre, toute la montée d'adrénaline qu'il a ressentie retombe comme un soufflé, le ressort se casse. Et en réalité ce prologue est à placer entre le chapitre 53 et le chapitre 54, soit quasiment à la fin de l'histoire. Ceci n'est qu'une mise en garde gratuite, vous faites comme vous voulez, mais je vous aurai prévenu.

Les allusions sont comme des rayons laser qui détectent la mauvaise conscience et la font sortir de son trou plus sûrement qu'une carotte devant le terrier d'un lapin.

Et ce sont bien les allusions puis l'interprétation qui en est faite qui servent de détonateur. Le lecteur ne peut s'empêcher de penser que les personnages agissent parfois en dépit du bon sens. Il voudrait leur dire, mais non, c'est pas comme ça qu'il faut faire, tu te conduis comme un(e) imbécile, tu cours à la catastrophe. Mais rien n'y fait. Ceux-ci ont décidé de prendre à leur compte cette maxime des Shadocks : Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !

Dans ce roman l'angoisse et le suspense montent en puissance, insidieusement, au fur et à mesure que Barbara Abel dispose ses personnages, les nouveaux et certains de ceux qui ont joué un rôle prépondérant dans Avant la haine, et développe l'intrigue. Tout l'art de jouer avec le lecteur dans un rythme lancinant, fascinant et incidemment de le laisser légèrement sur sa faim, car l'épilogue suppose une suite à cette histoire. Après la haine et Après la fin, pourquoi pas Après les débuts ?


Barbara ABEL : Après la fin. Editions Fleuve Noir. Parution le 14 novembre 2013. 334 pages. 18,50€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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