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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 10:47

Une année chasse l'autre, et c'est le temps des bonnes résolutions qui ne seront pas tenues la plupart du temps. Mais il n'est pas interdit de rêver !

2016 est mort, vive 2017 !

Première bonne résolution :

Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne et heureuse année ! Evidemment, c'est ce que l'on dit ou écrit tous les ans, à la même période, et malgré tout, on s'aperçoit que les événements, politiques en général, n'exaucent pas ce souhait simple. Je ne reviendrai pas dessus, chacun en pense ce qu'il veut. Mais la faim dans le monde, les guerres, les acquis sociaux rognés, font partie des effets délétères que nous connaissons tous et l'on a beau croire que ça changera un jour, on s'aperçoit que nos hommes politiques régressent plus qu'ils avancent. Ce n'est que mon opinion, et je vous permets, pour une fois, de ne pas être d'accord avec moi.

 

Deuxième bonne résolution :

Ne jamais attribuer un coup de cœur à un roman. Le chroniquer est déjà en soi un coup de cœur même si parfois j'émets quelque(s) réserve(s). C'est peut-être mon côté anarchisant qui émerge, mais j'ai horreur des injonctions style un roman à lire absolument, pire à lire de toute urgence, ou encore attention chef d'œuvre, et autres inepties destinées à des gamins émises par des profs acariâtres et dictatoriaux.

 

Troisième bonne résolution :

Privilégier les auteurs français, tout au moins francophones. Il existe déjà tellement de blogueurs qui chroniquent des livres venus d'ailleurs que je n'ai pas envie de les copier, et de choisir mon libre arbitre. Et sous quel prétexte qui relèverait d'un prétendu chauvinisme honni devrait-on ignorer ce qui se produit de bien chez nous ? Et par conséquent d'éviter les anglicismes, trop souvent utilisés chez certains de mes confrères, pratique qui pour moi, mais ce n'est que mon avis, révèle un manque de vocabulaire ou un snobisme qui n'a pas lieu d'être.

 

Quatrième bonne résolution :

Privilégier la lecture, et donc la rédaction de chroniques, de livres anciens (ce qui n'est pas forcément péjoratif), que j'entasse depuis des décennies dans ma bibliothèque et d'éviter la course aux nouveautés. Ce que l'on appelle peut-être le syndrome de Peter Pan. Favoriser la lecture de romans policiers de suspense, de mystère, historique et humoristiques, les romans d'aventures, de science-fiction et de fantastique et ne pas céder à la tentation du roman noir, trop politique, trop déprimant, trop ancré dans le quotidien morose et militant.

 

Cinquième et dernière bonne résolution :

Eviter de me montrer moralisateur, de prendre les autres avis de haut, de les traiter par le dédain de celui qui se croit supérieur, d'adopter un ton docte et professoral, d'être en un mot pédant. Une résolution dont beaucoup devraient s'inspirer ! Et voilà, première entorse à une bonne résolution...

 

Alors à toutes et à tous Bonne et heureuse année, et je serai content de vous accueillir tout au long de l'année...

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 05:53
Dernier article avant le prochain...

Les Lectures de l'Oncle Paul et son unique rédacteur, c'est-à-dire moi-même, vont prendre quelques jours de vacances. Sont-elles méritées, chacun en jugera en son âme et conscience, mais cette décision, je l'ai prise en me réunissant en aparté et en votant à main levée, l'autre étant occupée à... taper sur mon clavier.

Mais je ne peux pas vous quitter sans vous souhaiter un joyeux Noël, et surtout une bonne année 2017, qui je l'espère, mais ça on le désire tous les ans, sera moins turbulente que 2016.

Je vous donne donc rendez-vous en 2017, début janvier, avec des propositions de lectures qui vous feront peut-être saliver :

 

Incarnation de Patrick S. Vast. Editions Fleur Sauvage

La chute du cafard de Denis Zott. Geste éditions.

L'emprise des sens de Sacha Erbel. Editions La Liseuse.

L'extinction des cougars de Françoise Le Mer. Editions du Palméon.

Le rouge n'est pas qu'une couleur de Chris Nerwiss. Editions Lajouanie.

Le monde est notre patrie de Frédéric Paulin. Editions Goater.

Le printemps des corbeaux de Maurice Gouiran. Editions Jigal.

Mandoline VS Néandertal de Jean-Christophe Macquet. Atelier Mosesu.

 

Et bien d'autres encore, quelques vieilleries de fort bon aloi pour pimenter votre nostalgie de lecteur impénitent, sans oublier ma liste assez conséquente adressée au Père Noël, car la soif de lecture est inextinguible...

 

Je vous souhaite également pour 2017 une indigestion de lectures !

Et comme en général, tout se termine par des chansons :

J'ai bien mangé, j'ai bien bu
J'ai la peau du ventre bien tendue
Merci petit Jésus
J'ai bien mangé, j'ai bien bu
J'ai la peau du ventre bien tendue
Merci petit Jésus

 

 

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 11:00

Visitez les sous-sols parisiens, ça vous changera des stations de ski !

Alain BRON : Le monde d'en-bas.

Certains couchent sous les ponts, sous des cartons, encoignés dans des porches d'immeubles, sur les grilles des bouches d'aération du métro... Ettore Bisulli vit dans un refuge, interdit au public mais ignoré de tous, dans le sous-sol parisien transformé en emmental, à cause des nombreux souterrains qui le traversent.

Ettore Bisulli est un ancien des Brigades Rouges, ceux qui ont défrayé la chronique italienne dans les années 1970, mettant en péril le régime politique. Il faisait partie de la branche Douze, et participait à des agressions, des hold-up et autres manifestations illégales. Il a vécu avec ses compagnons dans les sous-sols milanais puis appris en prison le métier d'électronicien-informaticien.

Aujourd'hui il vit dans un local désaffecté du métro, il s'est aménagé un coin presque douillet, grâce aux bons offices d'un compatriote, originaire comme lui d'Emilie-Romagne. L'homme lui a fourni des clés et des vêtements d'ouvriers, et il peut ainsi se déplacer sans être importuné dans les diverses galeries qui parcourent le sous-sol parisien.

Mais des hommes sont à sa recherche. Notamment Gianfranco Caselli qui fut l'un de ses compagnons dans les Brigades. L'homme tire sur lui, mais à cause d'un faux mouvement, il tombe sur les voies. Impardonnable lorsque qu'une rame déboule. Il ne reste qu'un cadavre de son agresseur. Tant pis fallait pas venir le chercher pense Ettore.

Le commissaire Berthier du 36 Quai des Orfèvres est chargé de cette affaire, ne sachant pas s'il s'agit d'un meurtre, d'un suicide ou d'un accident. Malavaux, son adjoint, et Paule, la secrétaire, vont l'aider dans ses recherches, audition des témoins, renseignements à récolter auprès des employés du métro, visionnage des vidéos grâce aux caméras placées sur les quais.

Philippe Néret a de qui tenir. Son père est éditeur germanopratin et lui-même a créé sa propre maison d'éditions. Pour le moment il reçoit surtout des manuscrits, mais n'a pas encore de titre à afficher à son catalogue. Pourtant, le manuscrit qui lui est parvenu peu de temps auparavant retient son attention, et celui de sa secrétaire à tout faire. Un roman qui est également un récit, celui d'un ancien brigadiste italien. Mais ce manuscrit n'est que partiel et il attend la suite avec impatience. Et comme cela ne vient pas assez vite à son goût, il va se lancer à la recherche du rédacteur, entrainant dans son sillage la belle Octavia qui prend de plus en plus de place dans sa vie, et sur son canapé.

Berthier et ses adjoints ne mettent que peu de temps pour identifier celui qui se cache dans le métro, à cause d'empreintes digitales découvertes sur une porte donnant dans le tunnel, juste en face de l'endroit où Caselli à embrassé les rails. Mais encore faut-il le dénicher. Et revient à la surface une autre affaire dans laquelle un Italien était impliqué. Lui avait embrassé le bitume, chutant du toit du Conseil d'Etat ou d'un immeuble proche de cet édifice.

Alors qu'Ettore déambule dans les couloirs du métro afin de rejoindre la surface, une naine le reconnait et le met en garde. La police le recherche. Elle l'emmène dans une des caches où sont entassés des SDF, des migrants pour la plupart, auxquels elle apprend à s'exprimer et à quémander en à peu près bon français.

Mais un nouveau larron est à la recherche lui aussi d'Ettore. Federico, le quatrième mousquetaire à avoir participé à l'attaque d'un fourgon blindé. Federico est lui aussi recherché par Berthier qui l'a reconnu alors que le commissaire embarquait pour un voyage en Italie, tandis que Federico débarquait. Berthier dont la mémoire visuelle est quasiment sans faille, mais qui avait eu l'impression de connaître l'homme qu'il venait de croiser, une impression fugace qui s'est réveillés dans les locaux de la police italienne. Tandis que Berthier et consorts le cherchent dans les hôtels, Federico vit chez un ami et passe ses après-midis aux Archives Nationales, compulsant des documents sur les souterrains parisiens, égouts, galeries du chauffage urbain, métro et autres.

Le filet se resserre autour d'Ettore qui toutefois continue à écrire son manuscrit, en réalité d'un tapuscrit rédigé sur un ordinateur, relatant ce qu'il a vécu entre 1970 et 1978; et même après, lors de son arrestation, son jugement, ses années de prison. Il se pose en idéologue, sentiment dont beaucoup de brigadistes se prévalaient, tandis que d'autres n'étaient que de fieffés truands.

 

L'occasion pour Alain Bron de revenir sur les années de plomb, de décrypter les événements, de mieux cerner les hommes, sans les absoudre mais sans non plus leur jeter l'opprobre. D'ailleurs pour Octavia qui lit, relit, corrige le manuscrit, ce roman décrit des idéologues à la ramasse qui en arrivent à s'aliéner le peuple pour lequel ils disent se battre.

Outre ce témoignage qui a dû demander de longues recherches de la part de l'auteur, afin de remettre les faits dans leur contexte, sans tomber dans l'outrance de certains homme politiques, italiens ou français, de journalistes qui ne vérifient pas toujours leurs sources obéissant aux arcanes du pouvoir en place, cette histoire est également l'occasion pour Alain Bron d'égratigner le paysage éditorial germanopratin, mais pas que. Néret ne manque pas de cynisme puisque selon lui seul l'argent compte, pratiquant ainsi une forme d'éthique dont s'entourent la plupart des éditeurs. Une posture éminemment caustique.

Quant aux relations, professionnelles et charnelles, qui lient Néret et Octavia, elles évoluent lors de leur quête de l'auteur du manuscrit que Néret veut absolument publier, non pas tant pour la valeur du témoignage mais parce qu'il sent qu'il tient une pépite susceptible de lui rapporter beaucoup d'argent, surtout si cela débouchait sur une proposition cinématographique. Mais il faut qu'Octavia réécrive une partie du texte.

Une prise de position de la part d'Alain Bron, qui n'a pas dû plaire à quelques éditeurs, lesquels auraient pu et dû publier ce roman riche d'enseignements. Mais le thème abordé n'a-t-il pas tenté des éditeurs trop frileux ou vexés des coups de griffes assenés à leur encontre. Seule la vérité blesse. A moins que ce fut un choix délibéré de la part d'Alain Bron de ne pas passer par un éditeur traditionnel, afin de garder l'intégrité de son texte, de ne pas être obligé d'opérer des coupures, de garder son indépendance d'auteur.

 

Les personnages ne manquent pas de saveur et par exemple le commissaire Berthier, qui n'a eu des nouvelles de sa femme Anne, partie sans sommation, que brièvement, est tout étonné non seulement de la revoir mais d'entendre la requête qu'elle lui adresse.

Tout comme monsieur Jourdain s'exprimait en prose sans le savoir, Malavaux pratique l'humour pince-sans-rire sans s'en rendre véritablement compte. Lorsque le commissaire Berthier lui certifie qu'ils vont aller manger un poulet bio élevé au grand air, il rétorque :

On s'en fout pas mal que le poulet soit élevé au grand air; de toute façon on mange pas les poumons !

Le genre de roman dont on ne peut pas sauter des pages, sous peine d'en perdre la saveur et, de la part de certains critiques ou chroniqueurs, d'émettre des propos dissonants quant au contexte et au contenu.

Et vous qui aimez la justice, la liberté d'expression, les livres remarquablement écrits, abordant des thèmes peu souvent développés avec impartialité, n'ayez pas peur de lire Le monde d'en-bas qui est un triple reportage sur les sous-sols parisiens, les années de plomb et les méthodes éditoriales.

Et on ne peut pas s'empêcher de penser à Cesare Battisti, qui a toujours nié avoir du sang sur les mains, même s'il fit partie des Brigades rouges, mais condamné à fuir. Et les hommes politiques reniant la parole de la France, des journalistes leur emboîtant le pas, de dénoncer sans preuve, de vouloir l'extrader, juste pour faire plaisir à des amis italiens qui eux-mêmes ne sont pas sans reproche. Mais ceci ne nous regarde pas...

Alain BRON : Le monde d'en-bas. In octavo éditions. Parution 19 août 2015. 332 pages. 20,00€.

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 06:37

Plongez dans l'univers de l'Héroïc-Fantasy et oubliez le quotidien. Cela vous fera du bien !

Robert E. HOWARD : Solomon Kane.

Robert E. Howard, c'est avant tout Conan dit le Barbare, interprété au cinéma par Monsieur Muscle, alias M. Propre, c'est à dire Arnold Schwarzenegger, Terminator en personne.

Mais Conan, c'est l'arbre qui cache la forêt. C'est oublier un peu rapidement toute la production littéraire de ce grand écrivain d'Héroïc-Fantasy qui a influencé bon nombre d'auteurs depuis 1930.

Parmi les personnages créés par Howard, Solomon Kane est peut-être le plus maléfique mais également le plus pur.

L'Héroïc-Fantasy reflète le perpétuel combat entre le Bien et le Mal, dans une ambiance fantastique et surnaturelle.

Solomon Kane se sent investi d'une mission quasi mystique ou divine.

Il ne cherchait jamais à analyser ses motivations et n'hésitait à aucun moment, un fois que sa décision était prise. Il agissait toujours sur une impulsion; pourtant il était convaincu que toutes ses actions étaient gouvernées par des raisonnements froids et logiques... Son âme jamais en repos, le poussait toujours plus loin. Un besoin irrépressible de réparer les injustices, de protéger les faibles, de punir les crimes et de défendre le droit et la justice....Traduction François Truchaud.

Kane parcourt le monde, de l'Angleterre en Afrique, en passant par la Forêt Noire. Toujours habillé d'une grande cape, d'un immense chapeau noir, la rapière au côté, ce Puritain évolue en plein seizième siècle et souvent est guidé par le sauvetage d'une jeune femme, d'une jeune fille, en péril.

Au fil des nouvelles qui composent ce recueil, Kane prend de l'ampleur, mais en même temps, l'aura de fantastique et surtout de surnaturel qui planent dans ces histoires s'estompent. La fantasmagorie maléfique laisse place à l'aventure pure, puisée aux sources des grands mythes.

C'est ainsi que Robert Howard développe une version personnalisée de l'Atlantide et de son prolongement, et qu'il nous fait côtoyer la piraterie sans vraiment mettre la mer à contribution.

Cependant la sensation d'étouffement qui étreint le lecteur se propage à travers tous les récits dont l'action décisive a pour cadre la nuit.

On ne peut s'empêcher d'évoquer Jean Ray, mais Howard possède son propre style et ses fantasmes. Possédait devrais-je écrire, car il s'est suicidé en 1936 à l'âge de trente ans, en apprenant la mort prochaine de sa mère, laissant bon nombre d'inédits et une création littéraire époustouflante.

Serge Brussolo et Michel Honaker, avec son personnage du Commandeur, sont en France les dignes successeurs de Robert E. Howard.

 

Sommaire :

Des crânes dans les étoiles (Skulls in the Stars), pages 15 à 28.

La Main droite du destin (The Right Hand of Doom), pages 29 à 34.

Ombres rouges (Red Shadows), pages 35 à 69.

Bruit d'ossements (Rattle of Bones), pages 71 à 79.

Le Château du diable (The Castle of the Devil), pages 81 à 99. Texte inachevé complété par Ramsay Campbell.

La Lune des crânes (The Moon of Skulls), pages 101 à 162.

La Tache sombre (The One Black Stain), pages 163 à 176, Poésie. Version originale et version française.

Les Épées de la fraternité (Blades of the Brotherhood), pages 177 à 205.

 

Cette édition comporte également les nouvelles qui composent Le Retour de Solomon Kane ainsi que des premières versions et des versions dites de travail.

Voir la description complète de ce recueil ici :

 

Première édition NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO). Collection Fantastique/SF/Aventure n°26. Parution 1er trimestre 1981. 206 pages.

Première édition NOUVELLES ÉDITIONS OSWALD (NéO). Collection Fantastique/SF/Aventure n°26. Parution 1er trimestre 1981. 206 pages.

Réédition Collection Howard N°1. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1991. 222 pages.

Réédition Collection Howard N°1. Editions Fleuve Noir. Parution septembre 1991. 222 pages.

Autre personnage créé par Robert E. Howard : Almuric

Robert E. HOWARD : Solomon Kane. Collection Les Intégrales N°15. Editions Bragelonne. Parution décembre 2013. 432 pages. 25,00€.

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 06:34

La vie mode d'emploi ?

Eric SCILIEN : Comment réussir sa vie sans être une rock star.

Trois tranches de vie qui pourraient relever d'un quotidien banal mais qui, à cause d'une distorsion, se voient sublimées ou au contraire se révèlent mesquines, grotesques.

 

Tout le monde veut changer de vie.

Alex, le narrateur, a quitté la vie parisienne pour se ressourcer dans un coin perdu en Ardèche. En accord avec Nadège, sa compagne, il a décidé de retaper une vieille bâtisse et de la transformer en gîte rural. Seulement il rénove tout, tout seul, car les fonds ne lui permettent pas d'employer des ouvriers du bâtiment. Nadège assure leur pitance et les matériaux en travaillant, quelques semaines par-ci, par-là, dans des restaurants des environs.

Cela n'avance pas vite car Alex commence tout et ne finit rien, une façon de procéder qu'il assume. Mais il ne faut pas l'ennuyer, le déranger pour des broutilles. Comme Christophe dont l'appel téléphonique arrive comme un cheveu sur la soupe, une invitation pour le mariage d'une amie de Nadège. Pas grave si Alex ne vient pas, la présence de Nadège suffira. Alex ressent une pointe, grosse comme un pieu, de jalousie lui perforer l'esprit et rembarre l'importun.

Jusque là, rien que de très insignifiant, même si les relations entre Nadège et Alex sont parfois tendues. Non, tout bascule lorsqu'un individu, fagoté trimardeur, frappe à sa porte et lui demande de lui rendre un petit service. Rien de bien méchant, même si l'homme possède des arguments dissuasifs de rébellion et de refus. Une arme dans la main, une coquette somme d'argent dans l'autre, il exige qu'Alex l'accompagne dans son tracteur urbain, genre 4X4, afin de creuser un trou au fond des bois.

Et parfois il faut attendre sept ans pour voir s'esquisser un retournement de situation !

 

Les plus belles victoires se forgent au cœur de la défaite.

La narratrice revient sur un événement qui a compté dans la vie de son mari, lui qui s'entraînait tous les jours dans une discipline sportive ingrate en prévision des jeux olympiques.

Une page d'amour et une attention de tous les jours, un encouragement constant, pour juste arriver à un exploit qui peut sembler minime en soi, mais important, en regard d'une consécration aurifère. Une prouesse qui ne sera jamais célébrée par une remise de récompense mais qui change la vie d'un homme. Une leçon de courage.

 

Comment réussir sa vie sans être une rock star.

Titre éponyme de ce recueil, cette nouvelle met en scène un homme qui aurait aimé être mais n'y est jamais parvenu. Il aurait voulu par exemple devenir un grand guitariste, de rock de préférence, mais n'a réussi qu'à exécuté Jeux interdits, la base à une corde. Depuis il a rempli soixante-sept classeurs de coupures de presse sur ses idoles, celles des années 60/70, des groupes devenus mythiques auxquels il s'identifiait. Son problème ne réside pas dans cette insignifiance, mais dans l'ascension, le talent, la renommée acquise par son cousin Thomas.

Tout ce qu'il avait voulu entreprendre devenait mesquin, tandis que Thomas possédait une notoriété, une célébrité, une aura sans conteste. Sa femme est obèse, ses enfants traînent des boulets derrière eux, tandis que Thomas est marié à un mannequin qui a défilé sur toutes les scènes internationales. Et ce n'est qu'un tout petit exemple. Thomas qui a joué avec les plus grands, aux Etats-Unis ou accompagnant Johnny lors d'un concert parisien.

Alors forcément, quand Thomas est présent à une fête familiale, il accapare l'attention. Tous les yeux sont tournés vers lui. Mais Jean-Louis, petit employé municipal aux espaces verts, possède un talent caché qu'il saura exploiter le temps venu et incidemment.

 

En écrivant ces trois textes à la première personne, l'auteur oblige le lecteur à s'identifier à ces antihéros du quotidien, à se mettre dans leur peau, et à ressentir les mêmes affres, les mêmes désillusions, les mêmes angoisses, les mêmes déceptions.

Reprenant la célèbre phrase d'Andy Warhol, À l'avenir, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale, Eric Scilien nous offre trois portraits de personnages qui ne sont pas forcément inconsistants, mais espéraient mieux de la vie et des efforts qu'ils, et leur entourage, avaient consentis. Ce n'est pas vraiment une renommée mondiale dont ils ont besoin, mais bien d'une reconnaissance de leur talent, de leur obstination, du travail qu'ils ont effectué avec opiniâtreté. Une reconnaissance de leur présence.

Dans la première de ces nouvelles, on ressort complètement vidé, et l'on voudrait pouvoir la continuer et aider le narrateur. Dans la deuxième, on ne peut que s'incliner devant la persévérance d'une femme qui veut à tout prix que celui qu'elle aime s'en sorte, aidée par une tierce personne. Quant à la dernière, humoristique et jouant sur la nostalgie, on s'aperçoit qu'il suffit de peu pour se dépasser et devenir une célébrité sinon mondiale disons de son quartier ou de son village, mais surtout de retrouver confiance en soi.

La nouvelle n'est pas le genre littéraire prisé par les Français, et c'est dommage. Car Eric Scilien mérite mieux qu'une publication confidentielle. Ah, s'il avait écrit un roman de 500 pages, peut-être qu'un éditeur germanopratin se serait penché sur sa prose !

Eric SCILIEN : Comment réussir sa vie sans être une rock star. Bookless éditions. Parution 16 novembre 2016. 132 pages. Broché 8,44€. Numérique 4,99€.

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 07:14

Terre brûlée au vent
Des landes de pierre,
Autour des lacs,
C'est pour les vivants
Un peu d'enfer,
Le Connemara.

 

Hervé JAOUEN : Connemara Queen.

Après sept ans d'exil volontaire, de vadrouilles en Angleterre où il a roulé sa bosse comme manœuvre et ouvrier, Tom Walsh revient au pays, aussi pauvre qu'auparavant mais riche d'espoir.

L'Irlande, son immensité verdoyante, ses pubs enfumés et bruyants, ses Irlandais bourrus et amicaux, ses Irlandaises blondes aux yeux couleur de ciel et d'espace émeraude.

Justement Tom, après ses sept années de tribulations, va retrouver Claire qui durant tout ce temps l'a attendu. Lorsqu'il est parti elle était jeunette, aucun serment n'avait été échangé réellement, mais c'est la confiance qui guide ses pas.

Le passé va rejoindre Tom, s'accrocher à ses basques, et la confrontation avec les habitants de Castlehill, Francis Costello et sa sœur Nora, va perturber ce retour aux sources aux visions idylliques.

Une confrontation dont le catalyseur sera Connemara Queen, une chienne lévrier adoptée par Claire et que Tom va soigner avec opiniâtreté. La jalousie se profile, la haine se réveille, les passions s'exacerbent.

 

De ses voyages en Irlande, Hervé Jaouen ne s'est pas contenté de ramener un livre de bord, un Journal d'Irlande paru aux éditions Calligramme en 1984 puis quelques autres édités par Ouest-France principalement.

Il s'est imprégné de l'atmosphère et délivre dans ce roman des images fortes dignes des plus grands auteurs anglo-saxons.

La sauvagerie des lieux, la rudesse virile et amicale des autochtones, les courses de lévriers, le déchaînement des passions, tout est décrit avec justesse, sans mièvrerie.

Le lecteur ne peut s'empêcher de frémir, de trembler, de vibrer, de communier avec Tom Walsh et, pourquoi pas, de participer aux combats, de vouloir lui donner un coup de main, de soutenir le héros dans ses démêlés, dans ses affrontements.

Hervé Jaouen est le chantre de l'Irlande et le barde du roman noir, tant pas son ton, par son démarquage de la production habituelle, par le renouvellement de ses intrigues, de son atmosphère, sans céder à la facilité.

 

Ce roman bénéficie d'une traduction de Sarah Hill pour sa version anglaise, mais je ne doute pas qu'Hervé Jaouen a vérifié cette transposition avant publication. Il manque juste un petit appareil critique, une présentation, mais combien de lecteurs s'intéressent aux préfaces lorsqu'il y en a une ?

Première édition collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution mai 1990.

Première édition collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution mai 1990.

Réédition Folio 2483 en 1993, et Folio Policier N°51. 1999.

Réédition Folio 2483 en 1993, et Folio Policier N°51. 1999.

Hervé JAOUEN : Connemara Queen. Editions Coop Breizh. Version bilingue Français/Anglais. Parution novembre 2016. 368 pages. 13,90€.

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 13:58

Il ne s'agit pas du regard du patron !

Hugo BUAN : L’œil du singe.

Célèbre paléoanthropologue ayant découvert l’Homo Octavius, un de nos ancêtres néanderthaliens, Maximilien Lachamp en effectuant une randonnée solitaire à vélo en forêt de Rennes est tombé sur un os. Un caillou en réalité mais le résultat est le même.

Il se réveille trois jours plus tard dans une clinique rennaise, atteint d’une amnésie passagère. Certains mots le font frémir mais il n’arrive pas à comprendre pourquoi. Peu à peu la mémoire lui revient et il aurait bien aimé ne pas se souvenir ce qui lui était parvenu. D’autant qu’il n’apprécie guère le petit jeu de questions auquel se livre son neurologue. Il décide de raconter au commissaire Workan l’histoire invraisemblable qui lui est survenue.

Pourquoi Workan et pas un autre ? Tout simplement parce que l’un de ses amis, surnommé la Gélule, pharmacien de son état, joue dans la même équipe de rugby que le commissaire. Ce qu’il pense être une référence, mais il ne connaît pas le bonhomme. Il narre donc cette invraisemblable histoire à son interlocuteur. Alors qu’il pédalait sur son VTT afin de se ressourcer et évacuer les miasmes de ses recherches au CNRS, il a été abordé par deux hommes cagoulés qui l’ont obligé à creuser une tombe et enfouir un cadavre. Sur le chemin du retour, perdu dans ses pensées et traumatisé par cette rencontre, il butte et se retrouve à terre dans le coma. Sa femme inquiète de ne pas le revoir a fait appel à la gendarmerie et depuis il se demande s’il a rêvé, cauchemardé plutôt, ou non. Sur place, il est invité à pratiquer l’opération inverse, mais au fond du trou, rien. Le néant.

Seulement son histoire ne s’arrête pas là. La mésaventure se reproduit une seconde fois et là sous les yeux médusés du commissaire, et des siens évidemment, un emballage plastique git au fond du trou enrobant un cadavre. Mais pas n’importe quel cadavre, celui d’un cochon coupé par moitié.

Une autre affaire enquiquine l’existence de Workan et de ses subordonnés : le capitaine Lerouyer, les agents Roberto, Cindy Vitarelli et Leila Mahir. Et ce n’est pas parce qu’il couche parfois avec Leila qu’il oublie ses prérogatives de supérieur hiérarchique.

En cette fin de mois de juin, alors que la température est caniculaire, est-il normal de retrouver dans un placard frigorifique de la morgue un cadavre non recensé ? Et l’on ne peut même pas dire que ce cadavre dénudé est à poil puisqu’il a été entièrement rasé. Et comme il a été congelé, il est difficile d’appréhender avec exactitude sa date de décès. Seule la cause de la mort est déterminée. L’homme a été assassiné à l’aide d’un os de mammouth porté avec violence sur son crâne. Précision, il s’agissait d’un os prélevé sur un jeune mammouth, sinon, la tête aurait été entièrement pulvérisée.

 

Le commissaire Workan est quelqu’un d’acrimonieux, vindicatif, agressif, soupe-au-lait, et tout autre qualificatif que vous pouvez choisir dans la liste ci-jointe : acerbe, hargneux, rogue, belliqueux, atrabilaire et j’en oublie sûrement.

Il se conduit de façon désagréable tout autant envers ses supérieurs et la juge d’instruction, qu’avec ses subordonnés (sauf en de rares occasions dans lesquelles l’appel de la chair lui fait perdre ses défenses naturelles) et les témoins et supposés suspects.

Parfois il use même de la force physique pour appuyer ses propos et ses ressentiments. Son caractère est comme ça et de toute façon, ayant un lien profond avec le général de Gaulle, il se sent à l’abri de toutes représailles provenant des instances hiérarchiques. D’où lui vient ce caractère de cochon, le lecteur l’apprend dans cet épisode qui, tout comme le commissaire, est légèrement déjanté. Normal, qui se ressemble s’assemble, c’est bien connu.

Hugo Buan nous narre ce quatrième épisode des aventures, des enquêtes de Workan, avec verve, humour, nous dévoilant un peu plus les différentes facettes psychiques de son héros et son passé. Il nous emmène aussi dans l’univers feutré mais pas toujours aimable des scientifiques, univers qui ressemble à la guerre des anciens et des modernes sur fond de jalousie.

Un roman à conseiller lors de déprime passagère, ou simplement pour passer un bon moment de lecture.

Tuer ! Toujours tuer ! Ça lasse à la fin…

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Janvier 2011.

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Janvier 2011.

Hugo BUAN : L’œil du singe. Collection une enquête du commissaire Workan. N°4. Editions du Palémon. Parution 6 novembre 2015. 336 pages. 9,00€.

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 14:35

L'Octopode a neuf (?) bras pour écrire

neuf histoires...

COLLECTIF : Le Poulpe court toujours...

Qui l'eut cru, lorsque Jean-Bernard Pouy, Patrick Raynal et Serge Quadruppani ont créé ce curieux personnage anar et libéral, justicier moderne, que Gabriel Lecouvreur, ainsi surnommé à cause de ses bras démesurés, allait connaître une destinée et une longévité littéraire populaire ?

Aujourd'hui il a cinquante-six ans, d'après son état-civil, mais peut se targuer d'avoir vécu vingt et un ans d'aventures périlleuses. Et comme le festival Noir sur la ville fête également son anniversaire, vingt ans de bons et loyaux services envers le roman noir, il suffisait d'un concours, non pas de circonstances, pour mettre notre céphalopode à la sauce armoricaine et au jet d'encre sympathique en recueil.

Recueillons-nous donc sur les neuf textes proposés par des amateurs doués et des professionnels consciencieux, qui pour une fois dérogent à leur poulpophobie afin de mettre en scène les aventures surprenantes de cet animal, véritable zythologue, brasseur de bras contre les moulins à vent de la bêtise humaine et ses dérives, et dégustateur de houblon fermenté, houblon ou brun d'ailleurs, breuvage appelé aussi bière mais à ne pas confondre avec celles en bois.

Place maintenant aux servants de cette messe littéraire, à laquelle nous ne risquez pas de vous ennuyer, lesquelles apparaissent en procession par ordre alphabétique :

 

François Cariou : What else, Angels ?

Alors qu'il procède à ses activités habituelles au bar du Pied de porc à la Sainte-Scolasse, dégustation du café matinal et lecture du journal, Gabriel est interloqué par le manège d'un client. L'homme boit un pastis, et mord dans son verre. La bouche pleine de sang et de morceaux de verre, l'homme explique que sa femme Malika, préposée au nettoyage de bureaux pour une entreprise privée, vient de passer par la fenêtre de l'immeuble où elle officiait de nuit. Ni l'homme, ni Gabriel ne croient à un suicide. Une enquête qui ne rapportera rien au Poulpe, sinon la satisfaction d'avoir effectué une bonne action.

Pascale Dietrich : Bascoulard !

Gabriel se rend à Bourges, où vit encore sa grand-mère, pour enquêter sur l'assassinat d'un peintre marginal local, Marcel Bascoulard. Il a bien connu l'artiste-clochard qui vivait dans la cabine d'un camion échouée sur un terrain vague. Le peintre aimait se déguiser en femme et il était devenu une figure locale. Alors Gabriel assiste à l'inhumation, repérant quelques figures de notables et d'édiles de la cité berrichonne susceptibles de l'avoir trucidé.

A noter que Marcel Bascoulard a réellement existé et l'on peut lire la notice qui lui est consacrée sur Internet.

Pascale Fonteneau : Les Faux Jetons maltais.

Lors d'une inspection du travail, un demi-cadavre est retrouvé dans des fondations pas terminées sur un chantier. Celui qui s'est débarrassé de ce demi-cadavre, l'autre partie ayant été incinérée, n'a fait son boulot qu'à moitié. Or le défunt, qui portait ses papiers scotchés sur une jambe, n'aurait jamais dû se trouver à l'endroit où il a été découvert, puisqu'il est mort l'année précédente. Cindy, une serveuse de bar qui entend les clients discuter de cette affaire, décide d'en faire part (c'est de circonstance) à son amie Chéryl qui transmettra au Poulpe. Lequel part aussitôt pour Bruxelles, là où cette macabre découverte a eu lieu.

Bernard Granjean : L'abbé Bette du Gévaudan.

Un intrus dépose une coupure de journal devant le nez et les lunettes de Gabriel, tranquillement installé au Pied de porc à la Sainte-Scolasse. De la part d'Alexandre et Alice précise-t-il. Alice, la seule qui aurait pu l'obliger à quitter son statut de célibataire. Ceci ne nous regarde pas, cette information relevant du domaine privé. Mais au nom d'Alice et à la lecture de l'articulet, tendu par cet homme qui est un jésuite en rupture des liens de l'église, Gabriel se rend immédiatement à Marvejols. Il se passe de drôles (enfin pas si drôles que ça) de trucs dans la région. Des personnes ont disparu et le cadavre d'un gamin a été retrouvé égorgé dans l'Aubrac. Nul doute que pour le localier, la Bête est de retour.

Eric Lainé : Poulpe miction.

Ce n'est pas qu'il soit porté sur la religion, mais bien parce que Cheryl le lui suggère pour lui changer les idées, que Gabriel se rend en Belgique, à Maredsous exactement, chez les Bénédictins. Deux moines ont disparu d'un monastère. Et comme tous les monastères bénédictins qui fabriquent des boissons alcoolisées, genre Dom Pérignon ou Bénédictine, celui de Maredsous est spécialisé dans la bière. Un bon prétexte pour aller y mettre son nez.

Jean-Patrick Muller : L'arène des paumés.

Le XIe arrondissement parisien subit la convoitise des nouveaux Bobos qui investissent le quartier, multipliant les rénovations, ôtant l'âme de ce quartier populaire, avec la bénédiction de la municipalité, et la rapacité des promoteurs immobiliers. Gabriel assiste à une scène au cours de laquelle Gérard, le patron du Pied de porc à la Sainte-Scolasse manque s'étouffer. Deux clients attifés clowns, c'est à la mode parait-il, osent demander deux pink killer. Deux bières blanches au pamplemousse, en bon français. Et voilà Gabriel parti sur le pied de guerre, conforté dans sa mission lorsque de la cour d'un établissement nouvellement rénové, il surprend une conversation édifiante.

 

Voici donc les textes des quatre lauréats du concours de cette année ainsi que ceux des deux auteurs féminins qui ont acquis leurs lettres de noblesse et inscrit leurs noms au fronton des Arts et Lettres.

Maintenant il ne me reste plus qu'à vous présenter les deux piliers de Lamballe, des poulpophobes, et le gardien de but.

Jean-Hugues Oppel : Chais et rasades.

Toujours entre deux voyages, deux moyens de transports, Gabriel jette un œil et quelques réflexions sur la situation actuelle de la France. Revenant d'Australie et partant pour Bordeaux, il s'insurge intérieurement sur l'état d'urgence imposé mais qui ne résout rien, sa nouvelle enquête qui l'emmène dans les chais, la vigne produisant des raisins de moins qualité et donc un vin au goût douteux, tout en déplorant l'absence de Chéryl alors que c'est lui qui n'est jamais là. Il (Oppel) revient sur ces débuts en duettiste à la Série Noire.

Jean-Bernard Pouy : Deux êtres se rencontrent et un tombereau de merde s'installe dans leur cœur... Résumé en Je hais le Poulpe.

Franchement notre J.B.national en a marre du Poulpe qui lui a rongé la vie, sinon plus. Le Poulpe l'a absorbé, digéré, vampirisé, et l'auteur n'existe plus derrière sa créature, alors qu'il n'était pas le seul à l'avoir procréé. Tout un pan, le principal, de sa carrière littéraire s'efface derrière l'octopode humain. Un texte acerbe, teinté d'une amertume compréhensible et de désabusement.

Marc Villard : Ce n'est qu'un combat, continuons le début.

Tout comme Oppel, Marc Villard n'a jamais voulu franchir le pas, mais en guise de respect pour les organisateurs du festival Noir sur la ville, il leur devait bien un texte. Aussi, ce faisant il détourne légèrement la Bible poulpesque, et nous entraîne dans un de ses lieux favoris : Paris. Mais il place son histoire dans lors d'une des nombreuses convulsions qui ont malmené la capitale, les événements de Mai, mettant en scène quelques étudiants, dont Antoine Lecouvreur, qui n'est pas le dernier à se révolter, étant fiché à la Sorbonne. Soixante-huitard que jamais.

Au travers de ces neuf textes on découvre un Poulpe vieillissant, dont la santé (non pas la prison) chancelle, mais qui fidèle à son charisme court toujours par monts et par vaux tel le preux chevalier, à la défense de la veuve et de l'orphelin et de ses amis.

Frédéric Prilleux, se dresse logiquement en préfacier humoriste et persuasif tandis que Denis Flageul nous offre sa Ballade du Poulpe.

 

Un numéro collector du Poulpe que vous pouvez vous procurer sans inconvénient et avec la bénédiction de l'association La Fureur du Noir et la Médiathèque de l'IC au prix de 11,50€, frais de port (hallal) compris, via le bon de commande que vous trouverez ci-dessous si vous cliquez sur le lien proposé :

COLLECTIF : Le Poulpe court toujours... Une production Noir sur la ville. Collection Le Poulpe N°291. Editions Baleine. Parution novembre 2016. 160 pages. 11,50€.

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 08:52

C'est le plus grand des voleurs
Oui mais c'est un gentleman

 

Philippe VALCQ : Le diamant jaune.

Après avoir été injustement accusé du meurtre d'un Boer six ans auparavant, Rémi d'Andrésy est de retour en France.

Il a quitté le Transvaal, recueillant le dernier souffle de Jacob Joubert, lequel détenait un magnifique diamant jaune, une rareté dont s'est emparé Ernst van Straaten, un lointain cousin du Boer.

En ce 21 septembre 1906, Rémi d'Andrésy arrive à Etaples, après avoir bourlingué durant dix ans, d'abord comme militaire puis ensuite en Egypte aidant des archéologues sur le site de Thèbes. De bonnes et mauvaises surprises l'attendent lorsqu'il arrive à la ville nouvelle de Paris-Plage.

Il retrouve Hortense, la femme de Jacob Joubert, et Anne, sa fille, qui étaient en Europe lors du drame. Elles vivent dans une villa chez Herlof von Straaten, le père d'Ernst. Celui-ci est absent pour quelques mois, en voyage d'affaire en Prusse. Ce pourrait être la bonne nouvelle. Quant à la mauvaise, c'est d'apprendre que ses parents adoptifs sont décédés. Le père guillotiné, accusé d'avoir tué une jeune femme, quoiqu'il s'en défendit. La mère est morte de chagrin quelques mois plus tard.

Grâce à la voisine, qui n'a pas vécu ces événements mais les a appris lors de son installation, il peut entrer dans ce qui est devenu son chez lui. Il se présente comme un parent éloigné, ayant changé de nom lors de sa cavale. Désormais il répond au patronyme d'Armand Lamier. C'est ainsi qu'il est engagé comme précepteur d'Anne afin de prouver l'innocence de son père nourricier.

Mais il apprend également qu'il possède un frère jumeau qui a été élevé comme lui par une nourrice, mais dans un autre village de leur Normandie natale. Il se rend chez le notaire, obligé de fournir sa véritable identité, afin de régler quelques problèmes concernant son héritage. Ce qui va l'aider à vivre quelque temps, étant complètement démuni et sa place de précepteur compromise.

En effet un individu s'était engouffré chez lui, narrant à Armand/Rémi ses origines, où du moins ce qu'il en savait, lui apportant d'autres précisions sur des dénommés Liebman, fabricants de canons, mais il ne peut poursuivre étant abattu par un coup de feu tiré de la fenêtre. La bonne de sa voisine, la jeune et belle Clarisse qui ne lui veut que du bien, a aperçu deux hommes. L'un dégingandé et attifé de vêtements clownesques, l'autre vieux joueur de limonaire. Notre héros décide de porter le corps sur l'estran où il sera découvert le lendemain.

Le commissaire Brochard, qui traque depuis des mois un monte-en-l'air dont les exploits défraient la chronique, s'introduisant chez de riches bourgeois afin de s'emparer de leurs bijoux, le commissaire Brochard ayant appris que ce malfaiteur aurait été vu à Etaples et sa région, est sur place et il hérite de l'enquête, le policier local étant absent pour des raisons familiales ou autres.

Il arrête Armand/Rémi, à cause de sa ressemblance avec son cambrioleur mais en coulisse d'autres personnages veillent. Et s'enchaînent alors une succession de péripéties toutes plus épiques les une que les autres.

Armand/Rémi s'évade du train dans lequel il est emmené à Paris en compagnie de Brochard et ses deux adjoints, grâce à Anne qui veillait. Mais Longues jambes, le dégingandé, et le joueur d'orge de Barbarie étaient eux aussi dans le train.

 

Philippe Valcq, tout comme le faisaient les feuilletonistes du XIXe et début XXe siècles, enchaine les mystères, les meurtres, les retournements de situation, les drames, les situations cocasses, les personnages ambigus, malsains, ou au contraire qui essaient de dénouer les avatars subis avec brio, une pointe d'espionnage et les idylles amoureuses, l'homme fiancé deux fois, la première étant à but lucratif, les courses poursuites, le double-jeu, les traitrises.

Il emprunte à ce que l'on pourrait prendre pour des clichés, le rarissime diamant disparu, les frères jumeaux ignorant tout ou presque de leurs origines, car leur mère, rejetée par un père n'acceptant pas la grossesse de sa fille, est décédée sans divulguer le nom du géniteur, les imbrications de secrets et d'histoires de famille, les quiproquos résultant de cette situation, et pourtant, cela semble neuf et inédit.

Si les feuilletonistes, étant payés à la ligne, écrivaient parfois plus vite que leur stylo, Philippe Valcq soigne sa narration et ses dialogues tout en laissant une part d'ombre et de suspense dans son intrigue légèrement complexe et parfois elliptique.

Des personnages atypiques tels que le commissaire Brochard, un policier imbu de lui-même, pontifiant, obtus, dont les déductions hâtives sont toujours à côté de la réalité, accusant sans preuve, ne voulant pas reconnaître qu'il puisse se tromper. Ses adjoints, répliques antérieures des Dupont/Dupont. Longues jambes et son compère le Limoneux, la cantatrice Hélène de Bouliquet, ancienne maîtresse de Raoul d'Andrésy, le poète Albéric de Gervisy, et la liste n'est pas exhaustive.

D'autres, ayant réellement existés ceux-là, font leur apparition au détour des pages, Louis Blériot par exemple qui procède à des essais sur son aéroplane, ou encore le préfet Lépine.

Paris-Plage, créé en 1882, sur la pointe du Touquet, par un Français et un Anglais, connu dès ses débuts une vogue touristique marquée par la construction de nombreuses villas huppées, habitées en saison par des Britanniques, des Belges et Hollandais, et naturellement des gens du cru. Mais l'auteur entraîne le lecteur également à Paris et en Allemagne, dans un rythme effréné, pour une histoire qui comporte des énigmes qui s'entremêlent.

Naturellement les lecteurs que la littérature populaire n'effraie pas, heureusement il en existe de moins en moins, connaissent l'identité de Raoul d'Andrésy, mais je n'en dis pas plus, laissant le plaisir de la découverte aux autres. Et certains épisodes font également penser à Gaston Leroux, surtout avec son roman Rouletabille chez Krupp. Mais les références à Rocambole d'Alexis Ponson du Terrail sont également présentes.

 

Et l'on s'aperçoit que le réchauffement climatique n'est pas un vain mot.

Le 11 octobre 1906, Armand déposa son bouquet de jonquilles sur le marbre et, un genou en terre, se recueillit.

De nos jours les jonquilles fleurissent de février à mai. Quant on vous dit que le temps est détraqué !

Philippe VALCQ : Le diamant jaune. Collection Belle époque. Pôle Nord éditions. Parution octobre 2016. 436 pages. 12,00€.

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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 09:28

Ce n'est pas moi, hélas...

David VERDIER : L’homme qui expliquait l’impossible.

La genèse du roman policier s’inscrit chez des auteurs comme Sir Arthur Conan Doyle, Gaston Leroux, Agatha Christie, puis John Dickson Carr et quelques autres, je ne vous apprends rien.

Les temps changent, la mode en supplante une autre, et aujourd’hui le roman noir tient le haut du pavé. Mais ce n’est pas pour autant que le roman policier classique, de détection ou d’énigme est relégué dans un tiroir.

Tout comme le free jazz ou le jazz fusion n’ont enterré le jazz Nouvelle-Orléans.

Il en faut pour tous les goûts, et celui qui n’aime pas peut le dire mais non pas déclarer avec emphase que telle ou telle catégorie de musique ou de littérature est bonne à jeter en pâture, et que ceux qui les écoutent ou les lisent ne sont qu’abrutis et rétrogrades. Il faut savoir se montrer tolérant en tout.

Cette petite mise au point effectuée, revenons à nos moutons ou plutôt aux mystères de meurtres en chambres closes. Si le maître incontesté en fut John Dickson Carr, Paul Halter a su reprendre le flambeau contre vents et marées et continue à nous distiller des œuvres en tout point remarquables. Il était le seul pratiquement sur le marché français mais un petit nouveau a décidé de jouer dans la cour des grands.

En effet Daniel Verdier nous invite avec son premier roman à entrer dans le cercle fermé des auteurs de MCC (meurtres en chambres closes), et dont le cadre est la Brenne, le pays des Mille étangs, un territoire situé aux confins du Berry, de la Touraine et du Poitou.

Paul Kestevan est détective privé à Châteauroux et ses principales enquêtes résident en filatures et autres occupations éminemment fastidieuses mais il faut bien assurer la paie de sa secrétaire, régler le loyer et autres dépenses inhérentes à toutes personnes vivantes et décidées à le rester en s’alimentant.

Parfois la police fait appel à ses services, et c’est autrement plus intéressant et gratifiant (pas financièrement, malheureusement pour lui !) car cela veut dire que ces braves représentants de l’ordre pataugent et qu’ils reconnaissent ses aptitudes à démêler les affaires les plus embrouillées.

Mrs Stratton, en invitant dans son manoir isolé sis dans la Brenne, quelques représentants du 7ème art, ne pensait pas qu’elle allait être au cœur d’une aventure meurtrière. En effet, le célèbre réalisateur de cinéma britannique Andrew Carter est retrouvé mort dans sa chambre, abattu de deux balles dans le dos. Ce ne pourrait être qu’une affaire banale de vengeance, de jalousie, seulement la porte de la chambre ainsi que la fenêtre étaient fermées hermétiquement, alors que les volets étaient ouverts. La clé, exemplaire unique, reposait près du cadavre.

Un cri poussé par Carter puis les coups de feu ont alerté les résidents du manoir mais ce sont des policiers qui ont fracturé la porte. Ce meurtre a été perpétré par qui et pourquoi, sont les questions habituelles qui se posent aux enquêteurs. Comment ? Par une arme à feu qui sera retrouvée peu après dans les toilettes attenantes. Non la véritable question est de savoir comment l’assassin a pu s’évaporer de la chambre qui était allouée au défunt.

Parmi les invités, des hommes et des femmes, ayant tous un rapport avec le cinéma, acteurs, scénariste et script, connaissant Carter et possédant pour beaucoup des ressentiments envers ce personnage qui était attiré par les femmes et pas toujours affable dans l’exercice de son activité. Sans oublier parmi les assassins probables et possibles le majordome.

Paul Kestevan, délaissant les affaires en cours, au grand dam d’Alexandra sa secrétaire, interroge chacun des participants à ce Cluedo nature. Et la clé de la solution lui sera fournie par un banal geste quotidien. Mais avant de résoudre cette énigme, un autre cadavre viendra ponctuer son enquête.

Bon sang, mais c’est bien sûr, s’écriera le lecteur lors de l’explication finale. Oui, mais il fallait y penser.

 

Comme le déclaraient les Shadocks, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. De la belle ouvrage qui manque un peu d’épaisseur et qui pêche par quelques défauts de jeunesse, mais ce n’est qu’un premier roman et tout est perfectible.

Toutefois Daniel Verdier possède de véritables possibilités et comme le laisse entendre son héros Paul Kestevan, d’autres affaires résolues sont à mettre à son actif. Il ne lui reste plus donc qu’à les coucher sur le papier. Paul Kestevan qui possède une vie privée, il en a le droit, en la personne de Rachel, jeune femme qu’il ne connait pas physiquement et dont les seules relations sont téléphoniques.

Là aussi le lecteur est en droit de connaître la suite de cette intrigue amoureuse. Et Kestevan possède ses Watson, ses faire-valoir dirons-nous, via deux policiers, Tharel qu’il connait bien et Duchêne un nouveau venu à la brigade. Ce roman constitue donc une agréable récréation qu’il serait dommage de louper.

Depuis la parution de ce roman, David Verdier a récidivé et j'aurai peut-être le plaisir de vous présenter ses nouvelles productions.

 

David VERDIER : L’homme qui expliquait l’impossible. Préface de Paul Halter. Collection Black Berry. Editions La Bouinotte. Parution 25 avril 2010. 168 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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