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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 10:57

Pour les possesseurs de liseuse !

 

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Ce roman de Michel Honaker s'inscrit directement dans la lignée des ouvrages dans lesquels le fantastiques, la fantasmagorie, le surnaturel, la magie, la sorcellerie, la démonologie les références aux textes anciens, aux formules cabalistiques prennent une place plus que prépondérante. La lutte éternelle du Bien contre le Mal, la dualité entre la Vie et la Mort.

Aussi l'inclure dans une collection qui à l'origine était dédiée à la Science fiction et à l'Anticipation, comme son nom l'indique, est un peu une hérésie. Mais il n'existe plus de collection spécifique au fantastique, depuis la disparition de la collection Angoisse, et il aurait peut-être judicieux de créer une collection à part pour ce qui se promet d'être une série. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir, mais ce procédé risque de perturber le lecteur qui se fiant à un genre se trouve en face d'un autre.

Deux jeunes assistent impuissants au réveil, à la délivrance dans une synagogue désaffectée d'un être mi-homme. Un fabricant de poupées et d'automates voit se liguer contre lui ses propres créations. Des jouets animés de vie, des homoncules habités d'une rage meurtrière.

 

Ebenezer Graimes, dit Le Commandeur, dont on a fait la connaissance dans Bronx Cérémonial pour ceux qui ont eu le plaisir de le lire, entre deux cours de démonologie dans une université new-yorkaise, aura bien du mal à remettre de l'ordre dans le quartier de Loisada, un quartier juif de New-York.

 

Et ce n'est pas fini : d'autres aventures pleines de fureur, d'incantations magiques, de combats et de sorcellerie sont prévues dans les prochains mois. Ce deuxième volet consacré aux aventures du Commandeur est plus enlevé, plus envoutant que le précédent, moins accrocheur, moins racoleur aussi. Ce qui prouve que l'histoire se suffit à elle-même et qu'il n'est pas besoin d'employer des artifices éculés pour capter l'attention et captiver le lecteur.

 

verb-of-life2.jpgLa nouvelle vie du Commandeur :


A partir du 19 mars, vous pourrez télécharger "The Verb of Life" de Michel Honaker, premier volume des aventures du Commandeur édité chez L'ivre-Book.

Il sera au prix de 0,99 euros (et ce n'est pas une promo, il restera toujours à 0,99€), ce qui permettra à tous de découvrir ou redécouvrir ces formidables histoires.

Les prochains volumes, la série comporte neuf titres mais la réédition du premier, pour des raisons éditoriales n'est pas prévu actuellement, seront à 2,99 €.

 

 

 

 

Michel HONAKER : The Verb of Life. Série Le Commandeur N°2. Fleuve Noir Anticipation N° 1735. Parution mars 1990. 192 pages.

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 08:34

Et le lecteur aussi !

 

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Complètement oubliée aujourd’hui, Margaret Oliphant Wilson fut une femme de lettres célèbre Outre-manche à la fin du XIXème siècle. Ecossaise, née à Musselburgh le 4 avril 1828, elle publie à vingt et un ans son premier roman. Et si j’insiste sur son origine, c’est bien parce que le roman que je vous propose, quoi que l’action se déroule dans une petite ville de Haute-Bourgogne, est empreint d’une atmosphère digne des Highlands. Mais j’y reviendrai.

Publié en 1880 ce roman a été traduit en 1911 par Henri Brémond de l’Académie française, homme d’église et jésuite durant plus de vingt ans. La parution de ce roman fut accompagnée d’une introduction de Maurice Barrès, qui est ici reproduite, mais cet ouvrage ne connut qu’un succès d’estime. Aujourd’hui, grâce à Jean-Daniel Brèque, qui en a revu et complété la traduction, ce roman se voit offrir une nouvelle chance avec en prime un avant-propos fort intéressant de François Angelier, qui est journaliste, animateur, producteur d’émissions radios et romancier (Le templier paru au Masque entre autres).

Quelques lecteurs seront peut-être atteints de démangeaisons à la lecture de ce roman, tout au moins au début. Car sans être anticlérical viscéralement, on peut se sentir agressé par le côté religieux qui baigne dans ce roman empreint d’un fantastique délicat et vaporeux. Mais bien vite on se rend compte que justement la religion est mise en brèche par les protagonistes. Et un antagonisme entre tenants de la religion, pour ne pas les « baptiser » bigots, et ceux qui considèrent cette croyance comme de la superstition pure et simple, s’élève amenant des récriminations de la part des premiers envers les seconds. Autre antagonisme mis en avant, les rapports hommes, qui se jugent supérieurs, et les femmes, qui doivent ronger leur frein tout en n’étant pas avares de reproches. « Mais allez faire comprendre à des femmes ces distinctions élémentaires » déclare avec emphase le maire de la ville de Semur dont une décision est peut-être la cause des événements étranges qui se produisent dans sa cité.

En effet certains de ses concitoyens se conduisent mal lors du passage du curé. Ainsi Jacques Richard, écervelé et têtu, se tient sur le passage du curé qui va porter les saints sacrements à un mourant, et le bas de l’étole de celui-ci frôle la blouse de l’impertinent. Pis, Jacques ose sortir un écu de sa bourse et s’écrier : « Vive l’argent… il n’y a pas d’autre bon Dieu ». Déclaration qui horrifie les femmes présentes sur la place. Mais une action du maire n’est guère appréciée de ses ouailles féminines. Des malades sont soignés par des religieuses, seulement les patients, qui ne le sont guère, se plaignent de ne pouvoir sommeiller en paix, leur repos étant troublé les messes. Martin Dupin, le maire, décide donc de réduire le nombre d’offices religieux. Peu après les ténèbres s’installent sur la cité, alors que le mois de juillet rayonne sur la campagne. Parfois le brouillard, ou ce qu’il semble être du brouillard, s’effiloche, et les habitants peuvent apercevoir une sorte de panneau qui s’allume, s’éteint, tel un feu clignotant, avec en exergue « Sommation » puis « Nous autres morts », et autres inscriptions signifiant aux villageois de partir et de leur laisser la place. Des souffles de vent, ou des expirations d’individus invisibles enveloppent ceux qui déambulent dans les rues. Entre le jour et la nuit, peu de différence d’autant le sommeil est perturbé. Au petit matin, comme mu par un signal imperceptible, tout ce petit monde sort des habitations, se retrouve aux portes de la ville chassé inexorablement. Les lourdes fermetures de bois se referment sur eux, et hommes, femmes et enfants sont désemparés, déboussolés. Sur la ville stagne toujours cette nuée tandis qu’à l’extérieur le soleil brille.


oliphant2.jpgDigne des Highlands, disais-je plus haut. Oui, cette sorte de brouillard, ces fantômes qui investissent la ville, les fortifications qui font penser à un château fort médiéval, sont représentatifs de l’atmosphère écossaise. Mais ce qui est le plus étonnant est bien le recul pris par Mrs Oliphant dans ce roman. Elle, auteur féminin, ne se prive pas de placer des piques envers ses consœurs. Ainsi lorsque le curé laisse supposer que lui aussi porte ses soupçons sur les religieuses de l’hôpital, il déclare : « Monsieur le Maire, me dit-il, il ne faut jamais se faire d’affaire avec les femmes, car tout leur semble légitime pour arriver à leurs fins ». Quant à la religion, si elle est présente à tous instants, elle n’est pas gérée comme un élément dont il faut absolument en faire l’apologie. « Chacun est libre de croire à la religion ou de ne pas y croire, mais nous aimons tous notre vieille cathédrale… ». Comme les athées qui entrent dans les églises afin d’en apprécier l’architecture, les sculptures, les décors… Autre fait significatif, le regard que porte Mrs Oliphant sur les Français, ou tout au moins une partie d’entre eux, alors qu’elle a vécu en France, et plus précisément à La Roche-en-Brenil, dont elle s’est inspirée pour planter le décor de ce roman. « Dupin s’était obstiné avec l’entêtement machinal des bourgeois de France, toujours prêts à recommencer indéfiniment la même besogne vaine pour se persuader à eux-mêmes qu’ils font quelque chose ».


Mrs OLIPHANT : La ville enchantée. Collection Baskerville N°1, Rivière Blanche. 192 pages. 17,00€.

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 15:42

 

Et moi je dis Vive les ponts !

 

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Alors qu'il essaie de comprendre et d'analyser les deux gravures figurant sur un vieux volume des Trois contes de Gustave Flaubert, un ouvrage datant des années 1920, Jules Kostelos est importuné dans ses rêveries par l'appel du commissaire Jeton, lequel lui demande de retrouver son vélo qui lui a été volé. Il vérifiait en compagnie de l'inspecteur Charbovari le pont Flaubert, car les bâtiments prévus pour une nouvelle manifestation de l'Armada vont arriver sous peu.

botesinni.jpgCharbovari plait aux femmes et il a même monté une troupe théâtrale afin de pouvoir côtoyer des actrices en toute impunité. Il doit mettre en scène pour le 14 juillet de cette année 2017 un gigantesque spectacle qui allie pyrotechnie, musique et prestation aquatique, spectacle qui s'intitule Le Don Juan ou la chute du pont. Ce ne serait qu'anecdotique si cet opéra féérique n'avait pas été composé par Gustave Flaubert et un certain Giovanni Bottesini. Bottesini, dit le Paganini de la contrebasse, Kostelos connait car lorsqu'il vivait dans l'Est, il avait découvert son univers musical en chinant avec un ami chez des disquaires.

Une heureuse rêverie prend Kostelos dans ses bras et il revisite sa rencontre avec Salammbô, son amie. Si Salammbô est le titre d'une œuvre de Flaubert parue en 1862, Salammbô est également la conservatrice du TGMO, Très Grande Médiathèque de l'Ouest, un édifice construit entre 2015 et 2016. Heureuse cité rouennaise qui possède un tel monument dédié aux livres. Et Salammbô est très érudite, ce qui est aux yeux de Kostelos le petit plus mettant en valeur sa beauté naturelle de Martiniquaise native d'un bourg nommé le Lorrain, ce qui les rapproche un peu plus puisque Kostelos est de la région de Sarreguemines.

Alors notre détective amateur de littérature se promet bien de dénouer cette intrigue. Non pas le vol du vélo, incident qui passe au second plan, mais l'origine de cet opéra cosigné Flaubert et Bottesini dont nulle part il n'existe trace.

Il tente de remonter la piste (non cyclable) de cet opéra et grâce Pauline Viardot-Garcia 1à Salammbô il fait la connaissance, avec quelques décennies de retard, de Pauline Viardot, cantatrice et compositrice, de sa sœur dite La Malibran, effectue quelques excursions par la pensée en Corse sur les traces de Flaubert lui-même cheminant sur les pas de Napoléon, au Mexique embarquant aux côtés de Bottesini.

La foule commence à se presser sur les quais attendant de pouvoir investir les navires qui viennent de tous horizons. Kostelos se rend à la TGMO et compulse les fichiers d'ordinateur à la recherche d'un ouvrage pouvant lui fournir quelques éléments de réponses à ses recherches. Astulf, le magasinier qui fait également office de bibliothécaire, lui affirme que son ancêtre, R.G. Astulf a honteusement été plagié par Flaubert. Madame Bovary, L'Education sentimentale, La Tentation de Saint Antoine, Bouvard et Pécuchet, ne sont que des pillages des textes de Rémy-George Astulf, né en 1630 à Lintayrneth en Vlaçkessadoni et mort à Rouen le 12 décembre 1721.

Pendant ce temps Charles Hockolmess, le chat noir, rêvasse près du chapeau melon qui lui sert de couche et de couvre-chef, songeant aux différents ponts qui ont enjambé la Seine à Rouen, à leur construction, leurs difficultés à rester sur leur pieds, leur historique, leurs avatars.

 

FlaubertSalammboPierre Thiry nous offre une aimable causerie littéraire propice pour se baguenauder dans les chemins pavés de romans, d'essais et de compositions musicales, ponctuées de biographies, le tout sous l'égide tutélaire et littéraire de Gustave Flaubert. Ah si au collège, nos professeurs de français nous avaient entretenu de cette façon de l'œuvre de l'écrivain normand, nul doute que notre attention eut été plus vive et nos lectures moins dissipées !

Evidemment le lecteur ne manquera pas de remarquer quelques affabulations, quelques clin d'œil par ci par là, ne serait que ce Rémy-Georges qui nous renvoie George Rémi plus connu sous le nom d'Hergé. Et à l'heure d'internet et des liseuses, tablettes et autres supports informatiques, la création d'une Très Grande Bibliothèque est un vœu pieux qui ne pourra rester qu'une utopie sauf si le livre est considéré comme un aliment indispensable de la culture et de l'esprit, comme le pain l'est pour les nourritures terrestres. Mais l'on sait combien ces deux aliments sont décriés, le pain par des médicastres et des diététiciens anorexiques et le livre par des individus qui ne veulent pas que l'esprit soit ouvert à toute forme d'intelligence et de réflexion. L'on se souvient du tollé provoqué lorsque Louis Hachette eut cette idée merveilleuse du Roman dit de gare (voir à ce propos mon article sur l'Origine du roman de gare).

On y retrouve au détour d'un paragraphe, outre de nombreuses références littéraires ou historiques, parfois redondantes ou répétitives comme celle concernant la prise de la forteresse de Malakoff à Sébastopol le 8 septembre 1855 qui est citée dans un paragraphe et une note de renvoi dans la même page (118), on y retrouve donc un contrebassiste célèbre du nom de Charlie Mingus via le truchement de son livre autobiographique Moins qu'un chien dont je vous invite à compulser ma notice sur ce blog.

Un roman sérieux bourré d'humour !


Pierre THIRY : Le mystère du pont Gustave-Flaubert. Editions Books on Demand. Parution Octobre 2012. 312 pages. 22,00€.

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 08:32

Et Monsieur Couard ?

 

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De plus en plus, il est de bon ton pour les romanciers de faire précéder leur récit d’un prologue. Ce qui est de bon aloi, mais ces auteurs détournent le sens même du prologue en décrivant une scène postérieure au début du roman. Or le prologue est la partie d'un ouvrage dramatique où sont exposés des événements antérieurs à ceux qui se déroulent dans la pièce proprement dite, selon la définition de mon dictionnaire. Heureusement quelques réfractaires perpétuent la tradition et refusent de dévoiler tout ou partie de l’intrigue dans leur prologue. Ainsi Serge Quadruppani nous offre trois prologue pour le prix d’un. Mais quels prologues !

 

Prologue n°1 : Six jours plus tôt, vallée de Suse dans le Piémont.

La juge antimafia Simona Tavianello, accompagnée de son mari Marco commissaire principal à la retraite, enquête sur les affaires de la ‘ndranghetta et doit rencontrer Minoncelli, l’apiculteur militant dont ils ont fait la connaissance dans La disparition soudaine des ouvrières. Ils se retrouvent coincés entre des manifestants anti TAV (synonyme italien du train à grande vitesse) qui refusent le projet destiné à faire gagner une vingtaine de minutes pour les voyageurs mais dont la ligne doit traverser une montagne truffée d’uranium et d’amiante, et les policiers chargés de canaliser les protestataires. Elle récolte quelques horions dans l’échauffourée, et à la douleur physique s’ajouté la douleur morale. En effet son supérieur lui apprend qu’en faisant obstruction aux forces de l’ordre l’enquête lui est retirée et qu’elle est suspendue. Sous l’affront et comme elle d’humeur soupe au lait, Simona donne sa démission. Marco lui propose alors de passer quelques jours à Paris, le temps que la pression retombe.

 

Prologue n°2 : Six semaines plus tôt à Palerme, Sicile.

L’inspecteur Francesco Maronne possède un curieux don. Lorsqu’une affaire lui est confiée, pour la résoudre, il réfléchit. Il réfléchit tellement profondément qu’il s’endort dans son bureau. Et quand il se réveille, il ne s’exclame pas Eureka mais c’est tout comme. Ce jour là, alors que Battisti, un Milanais détaché afin d’apprendre sur le tas, doit lui être adjoint pour une affaire de drogue gérée par la Mafia, la magie opère comme d’habitude. Seulement cela va dégénérer, une bavure conclue provisoirement l’affaire mettant hors de service provisoirement Battisti et une policière. Maromme et son supérieur sont promus à la Direction nationale antimafia et Maromme se voit confier une mission à Paris.

 

Prologue n°3 : Six mois auparavant à Foussana, Tunisie.

Abdel et son frère aîné Moncef traficotent dans le bled tunisien, de l’essence et autres bricoles. Mais à cause d’un pneu usagé qui éclate, ils se trouvent immobilisés sur la route de montagne en lacet, non loin de la frontière algérienne. Alors qu’ils sont péniblement en train de changer de roue, ils sont surpris par le commandant Nabil et ses hommes. Le commandant Nabil connait Abdel, mais il a des principes. Pas d’armes lorsqu’on passe la frontière. Or Moncef a caché un vieux Beretta et des balles dans une sacoche sous le siège de son frère. Abdel déclare que l’arme lui appartient, alors qu’il n’était au courant de rien. Moncef assiste impuissant à l’exécution de son frère qui a la tête tranchée d’un coup d’épée. Moncef est embrigadé par Nabil, qui veut se conduire comme un père avec lui. Un père et plus si affinités. Moncef est docile, accepte tout sans montrer son dégoût, mais il s’est promis qu’un jour il se vengera.

 

Après ces trois hors d’œuvres, passons sans plus tarder au plat de résistance qui se trouve être un tajine d’agneau aux abricots. Lé décor : chez Yasmina, un restaurant marocain sis dans le Marais. Dans la salle, Simona et Marco s’apprête à déguster ce plat, le couscous en vertu du principe des sondages étant le plat préféré des Français, vraiment typique et synonyme de dépaysement. Soudain le regard de Simona est attiré par un jeune homme qui s’apprête à déjeuner seul. Son aspect physique lui rappelle quelqu’un mais elle est incapable de se souvenir de qui. La serveuse leur apporte les plats, puis elle se ravise, l’emmène au jeune homme seul (le lecteur apprendra qu’il s’agit de Maromme), pour enfin les déposer sur la table d’un troisième personnage de type maghrébin, bon chic bon genre, qui n’est autre que Moncef. Avec dextérité et emphase, la serveuse soulève les couvercles et posée sur le couscous surgit une main. Evidemment ce genre d’ingrédient n’est pas une composante de la tajine, et c’est un peu l’affolement général.

En attendant que la serveuse apporte les fameux plats, Maromme pense à la rencontre qu’il a faite peu de temps auparavant, la belle Maria Loriano, qui désirait le rencontrer au sujet de son enquête mais également pour lui parler de son père, décédé dans des circonstances mal définies. Ce n’est pas tant qu’elle regrette son géniteur puisqu’elle ne l’avait pas vu depuis des années, ayant fugué à son adolescence, mais à cause d’un carnet qu’elle a récupéré par la suite. Une sorte de testament sur lequel il a rédigé des lettres qu’il destinait à sa fille mais qu’il ne lui avait jamais envoyé. La dernière page ne comporte que deux mots : Madame Courage. Or c’est le surnom donné à une nouvelle drogue qui fait fureur du côté de Barbès. Quant au père, il était un entrepreneur très influent dans les états du Nord de l’Italie, et son décès pourrait être lié avec ses activités. Or Maromme qui n’a pas de nouvelles de Maria croit reconnaître la main de la jeune femme déposée sur le couscous. C’est d’un bon goût !

Moncef lui revoyait en pensée les mois qu’il a passé aux côtés de Nabil, son entrainement, ses rapports avec le commandant et à la mission qui lui a été confiée.


madame-courage-copie-1.jpgNaturellement ces trois personnages principaux, et quelques autres qui tiennent une place prépondérante, vont être amenés à se croiser, à plusieurs reprises, dans des conditions souvent hasardeuses et plus ou moins tragiques, dangereuses, et avouons le emberlificotées. Car si la drogue s’invite dans ce scénario, une drogue utilisée dans les années 90 par les commandos de l’armée algérienne durant ce qui sera surnommée la sale guerre, d’autres composantes s’infiltrent comme la finance internationale via la corruption et la violence qui régissent le comportement de notre société.

Pas question de passer une page, un paragraphe ou une ligne, sinon le lecteur risque d’être déboussolé, tant l’intrigue est complexe, foisonnante et riche en rebondissements. Serge Quadruppani qui est aussi le traducteur d’Andréa Camilleri n’hésite pas à faire référence à l’auteur sicilien, et continu son exploration des affaires véreuses italiennes dont la Mafia est l’instigatrice.


Serge QUADRUPPANI : Madame Courage. (Première édition Editions du Masque - 2012). Réédition Folio policier N° 723. parution le 13 mars 2014. 272 pages. 7,90€.

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 13:33

La SF soviétique existe, je l'ai rencontrée !

 

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Si l’hégémonie des Etats-Unis dans le domaine de la science-fiction n’est plus à démontrer, ce genre littéraire est néanmoins universel et l’ex URSS possédait des représentants qui, s’ils produisaient des romans ou des nouvelles de qualité, restaient plus ou moins confidentiels. Rideau de fer oblige.

Et à part les frères Strougatski et quelques autres dont Emtsev et Parnov, on ne peut dire que les écrivains russes inondèrent le marché. Dans les années 1980, une tentative fut expérimentée, incitée par Pierre Barbet au Fleuve Noir. Mais la collection Best-sellers de la SF, englobant tout aussi bien Américains, Russes , Australiens ou Polonais avorta. Et c’est tout à l’honneur de Patrice Lajoye de se lancer dans cette aventure qui ne manquera pas d’inciter les lecteurs à procéder à de nouvelles découvertes. On pourra regretter que la présentation des textes et de leurs auteurs soit succincte, mais au moins elle a le mérite d’exister.

Au sommaire quatorze nouvelles, signées Valeri Brioussov, Alexandre Belaiev, Vladimir Savtchenko, Valentina Jouravliova, Dmitri Bilenkine, Karen A. Simonian (2 nouvelles), Roman Podolny, Victor Koloupaev, Vladimir Drozd, Kir Boulitchov, Valentina Soloviova, Vladimir Pokrovski et Pavel Amnouel. En prime une introduction, une postface et un portfolio comprenant vingt sept illustrations de couvertures issues pour la plupart de la revue Tekhnika Molodeji (La Technique pour les Jeunes) datant des années 1960-1970.

La plupart de ces nouvelles ont été publiées en France dans la revue Lettres soviétiques ou dans des anthologies comme le Chemin d’Amalthée à Moscou, Editions en Langues étrangères ou encore dans la revue Antarès. Si toutes ne sont pas des chefs-d’œuvre, certaines de ces nouvelles sortent toutefois des chemins battus à l’image de La Terre, Scènes des temps futurs de Valeri Brioussov, pièce de théâtre construite comme une tragédie grecque, dont la première publication russe date de 1904.

Dans Au-dessus du néant d'Alexandre Beliaev on rencontre le professeur Wagner qui s’intéresse à la pesanteur terrestre, et surtout à ce qui se passerait si cette pesanteur était annihilée. Et la première application de ce retournement de situation (au propre comme au figuré) résiderait dans des fins militaires. Dans L’éveil du professeur Berne, Vladimir Savtchenko met en scène un savant qui désire vérifier l’hypothèse que les cycles terrestres de l’humanité ne seraient qu’une succession d’évolutions et de retour à la case départ. Pour cela il se rend en Mongolie et expérimente sur lui-même une forme de cryogénisation devant durer environ 18 000 mille ans.

Bien d’autres aventures sont décrites mais il serait fastidieux de vous les retracer toutes ici. Et où résiderait alors l’intérêt de la découverte ? Si certaines se révèlent quelque peu didactiques, il ne faut pas oublier que Jules Verne, l’un de nos grands précurseurs ne dédaignait pas se montrer pédagogue et visionnaire dans ses romans. Une découverte avant peut-être une suite qui serait la bienvenue car tant de textes et d’auteurs restent à détecter.


Dimension URSS. Anthologie présentée par Patrice LAJOYE. Collection Fusée N°05 ; Rivière Blanche. 300 pages. 20,00€.

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 10:32

Dans le cadre des 20 ans de la collection Chemins Nocturnes chez Viviane Hamy, un nouveau titre à 8,90€. Profitez-en !

 

20 ans


Prêt pour l'embarquement ?

 

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Née à Besançon mais possédant un passeport britannique, la journaliste aux yeux vairons Koré Sheffield ne voyage qu'en bateau. Elle a connu lors d'un reportage en ex-Yougoslavie Robert Vortexman, un trafiquant d'armes qui se fait rémunérer en héroïne. Elle embarque sur le même cargo que lui. Il doit livrer aux Etats-Unis des caisses d'armes et se prétend concessionnaire de voiture accompagné de précieux containers.

Elle est décidée à démasquer son ennemi malgré les conseils de son amie Susan Woolf, agent du MI5, chargée de protéger le contrebandier. A bord du navire, un couple de jeune mariés, Lloyd Wicklow et Chouchou sa femme, effectuent leur voyage de noce. Au cours d'un repas, un joute verbale oppose Vortexman à Koré, en présence des autres passagers et du capitaine. Tandis que Koré s'occupe d'un mousse qu'elle surnomme Corto, Chouchou alias Susan, vérifie les coffres des voitures-alibis du trafiquant.

Elle découvre le cadavre d'un de ses collègues et est surprise par deux matelots qui tentent de lui injecter de la drogue. Elle s'en débarrasse et se réfugie dans la cabine de Koré où elle passe la fin de la nuit.

Corso, qui a surpris une partie de la conversation lors du repas, est acquis à la cause des deux femmes. Koré demande au capitaine de vérifier le fret qu'il transporte. Ce ne sont que des machines agricoles. Elle pense que les armes, bradées par les Russes, sont restées en Angleterre. Cette traversée est la croisière du mensonge. Les hommes d'équipage s'avèrent être à la solde de Vortexman, tout comme Corso, agent de l'US Navy.


Ce roman valz-copie-1.jpgqui s'inscrit dans la plus pure tradition du roman populaire, avec sa journaliste émule de Tintin et de Rouletabille - les seules différences résidant dans sa bisexualité et son don de télépathie - avec également son méchant dont le visage peut se transformer à volonté, ses protagonistes dont l'identité et les motivations se dévoilent peu à peu, et dont les retournements de situation sont un perpétuel jeu de piste, ce roman joue également avec la proche actualité. La guerre ethnique en ex-Yougoslavie, la grande braderie militaire russe, tempèrent le côté farfelu de l'histoire. Un livre amusant dont la gravité est maquillée d'extravagance.

 

Eric VALZ : CARGO. Viviane Hamy, Chemins Nocturnes. Parution Mars 1996. 192 pages.

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 09:14

Ce n’est vraiment pas de veine !

 

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Tous les enfants adoptés ressentent à un moment ou un autre le besoin de connaitre l’identité de leur mère naturelle et par voie de conséquence de leur géniteur.

Sara Gallagher, trente-quatre ans, une fille de six ans, Ally, et un fiancé, Evan, n’échappe pas à la règle. Elle a toujours su qu’elle avait été adoptée, et avec ses parents adoptifs, de nombreux accrochages ont perturbé son enfance. Surtout avec son père, sa mère atteinte de la maladie de Crohn étant trop souvent alitée. Et alors qu’ils ne pouvaient théoriquement avoir d’enfants, deux petites filles, Mélanie et Lauren, sont nées après son arrivée au foyer. Seulement elle a eu l’impression d’être rejetée, et Mélanie trouvait toujours le moyen de se montrer injuste à son encontre.

Evan dirige un camp de pêche sur la côte de l’ile de Vancouver et il ne rentre qu’une fois par semaine environ à Nanaimo. Sara répare des meubles chez elle et sa vie la satisfait ainsi. Le mariage est programmé dans quelques mois et il faut penser à tous les préparatifs, cependant son obsession la guide. C’est en farfouillant sur Internet qu’elle retrouve sa mère naturelle, Julia Laroche, enseignante en histoire de l’art à l’université de Victoria.

Sa mère naturelle ne veut pas entendre parler de Sara, qui malgré tout la rencontre chez elle. Elle reçoit une fin de non recevoir, Julia Laroche bottant en touche, affirmant qu’elle a rencontré son père lors d’une fête. Sara décide de ne pas en rester là. Elle engage un détective privé, un ancien policier ce qui est pour elle une référence de sérieux. Mais ce qu’elle apprend est loin d’un conte de fée. Elle est la fille du Tueur des campings !

 

En réalité Julia Laroche se nomme Karen Christianson et elle est la seule victime du tueur à lui avoir échappé. Le tueur des campings, car tous ses méfaits ont été émis dans un camping de la Colombie britannique. Au total une quinzaine de jeunes femmes ont été agressées, violées puis tuées, mais une trentaine de personnes ont été trucidées, car elles étaient accompagnées d’un petit ami ou d’un membre de leur famille. Ce que l’on appelle les dommages collatéraux. A peine remise de cette annonce, elle découvre que des forums sur Internet se sont emparés de cette affaire. Pourtant ses parents adoptifs, qu’elle continue d’appeler Papa et Maman, ainsi que ses sœurs, avaient promis de ne rien dévoiler. Cela la déboussole complètement et des crises de migraine, migraines auxquelles elle est sujette assez fréquemment, la submergent.

C’est encore pis lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique de celui qui se revendique comme le Tueur des Campings et qu’il l’appelle Ma fille. Il se permet même de lui envoyer des bricoles. Au début un rabot, accessoire utile pour la rénovation des meubles qu’elle effectue pour le compte de particuliers amateurs d’antiquités. Elle n’y tient plus. Elle demande protection auprès des autorités et deux agents de la police montée viennent enquêter chez elle. Sandy, qu’elle n’apprécie pas beaucoup, et Billie, qui s’avère être un homme charmant, compréhensif. Une proximité qui ne plait guère à Evan, lequel lui demande de tout arrêter. Mais est-elle vraiment maitresse de son destin ? Elle se trouve prise dans un engrenage infernal qui pourrait être fatal à son mariage et pourquoi pas à sa vie, à celle de sa fille Ally qui se montre de plus en plus tyrannique, et même à Moose, son bulldog, auquel elle tient particulièrement.

 

stevens2-copie-1.jpgLe récit est décliné en vingt cinq séances de psychothérapie dont les trois dernières sont des séances de rattrapage. Entièrement écrit à la première personne du singulier, Sara s’adressant à Nathalie sa psychiatre, ce roman permet au lecteur de suivre pas à pas, en quelques semaines, les affres ressenties par Sara, sans avoir une vision extérieure de ce qu’elle peut ressentir. Le malaise, la peur, les inquiétudes, les moments d’abattement, les conflits avec Ally, Evan, ses parents adoptifs, ses sœurs et plus particulièrement Mélanie, ou encore la policière, sont décrits avec conviction. Le lecteur partage ses sentiments, ce refus d’abdiquer, cette envie de connaitre ce père, de le raisonner, de le manipuler, de comprendre ses motivations, de tenter qu’il ne recommence pas une nouvelle fois, de suivre, par les déclarations de Sara, l’enquête de Sandy et de Billie. Enquête qui débouche souvent dans des impasses avec des rendez-vous manqués. Le lecteur en même temps découvre le caractère souvent vindicatif de Sara, qui a bousculé Derek, le père d’Ally, dans les escaliers avant la naissance de leur fille. Derek qui s’est tué dans un accident. Ce qui n’a pas assagit Sara qui peut se montrer violente, agressive, tout comme sa fille, lorsque les personnes qui l’entourent ne se plient pas à sa volonté. Sauf devant son père adoptif qui sait la juguler. Mais Sara n’est pas foncièrement méchante, elle s’emporte rapidement, elle est soupe au lait comme on dit. Et c’est l’un des points forts de ce roman, cette analyse d’elle-même effectuée auprès sa psychiatre, de savoir se remettre en cause elle-même, même si elle n’en convient parfois que du bout des lèvres.

Si Séquestrée était un premier roman fort, celui-ci l’est plus encore, reprenant le même système de narration, avec toujours cette progression dans la frayeur, l’angoisse, la terreur même, ressenties par une femme qui se trouve aux abois. Un roman abouti qui marque les esprits, tant par le ton donné à la narration, par cette recherche qui devient un fardeau, que par les conflits familiaux engendrés.


Chevy STEVENS : Il coule aussi dans tes veines (Never Knowing – 2011 ; traduction de Sebastian Danchin). Première édition : Editions de l’Archipel - Janvier 2013. Réédition Pocket Thriller. Parution le 13mars 2014. 478 pages. 8,10€.

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 16:05

Et si Charles Baudelaire avait trahi Edgar Allan Poe en tronquant ses traductions ?

 

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C'est ce que l'on pourrait penser car Auguste Dupin a exhumé de ses cartons les textes originaux et les a rétabli dans leur intégralité, c'est à dire quelques scènes érotiques qui étaient passées à la trappe.

Ces contes sont immortels et pourtant, si on les a lu, parfois il y a bien longtemps, on ne s'en souvient pas forcément. Aussi se replonger dans La Chute de la Maison Usher, qui entame le recueil, puis se délecter de Morella, de Metzengerstein, de La dame des foules, de Bérénice, et finir avec Double assassinat dans la rue Morgue, la plus connue de ces nouvelles, ravive les souvenirs et le plaisir des lectures de l'adolescence.

Dans la plupart des textes, le narrateur, Edgar Allan Poe lui même sans nul doute, narre une histoire dans laquelle le fantastique fuligineux suinte à travers les lignes, où la terreur se niche dans le poétique.

Au départ, la situation est quasiment banale, comme dans La Dame des foules. Le narrateur installé dans un café londonien passe le temps à regarder la foule déambuler, toujours plus importante dans la rue au fur et à mesure que la nuit arrive. Il plaque une profession, un gagne-pain, un état d'esprit, une qualité ou un défaut aux silhouettes qui s'empressent ou au contraire qui vagabondent. Soudain il aperçoit une femme, une physionomie qui capte son attention et aussitôt il ressent le besoin viscéral de la suivre. Bérénice est la cousine du narrateur, mais autant elle est vive et enjouée, autant lui est renfermé n'ayant pour compagnie que ses livres. Mais avec l'âge, Bérénice est atteinte d'un mal incurable tandis que le prosateur s'enferme dans un état monomaniaque. Pourtant ils doivent se marier.

Metzengerstein met en scène un jeune noble très tôt orphelin qui révèle sa nature lors de l'incendie du château des Berlifitzing, d'une noblesse moins ancienne et moins riche. Longtemps un antagonisme a divisé les deux familles, ce qui n'empêche pas le jeune baron Frederick d'avoir pour maîtresse une bâtarde du vieux Berlifitzing. Ses valets recueillent un cheval qui semble échappé des écuries du château en flammes, mais dans la salle où il se tient, une tenture représentant un cheval a subi des transformations.

Je passe sur les autres histoires pour m'attarder plus longuement sur Double assassinat dans la rue Morgue car il s'agit d'un texte fondateur du roman policier qui fournira par la suite deux genres connaîtront leurs heures de gloire, un peu délaissés aujourd'hui mais dont l'aspect ludique mériterait d'être remis à l'honneur. Le narrateur fait la connaissance du Chevalier Dupin, jeune homme qui vit de ses rentes et les deux hommes possèdent une affinité de caractère qui les conduit à devenir colocataires. Ils discutent souvent et notre prosateur se rend compte que Dupin possède la faculté, non point de lire dans les pensées, mais de déduire d'après l'attitude et les gestes de son vis-à-vis ce à quoi il vient de réfléchir ou de cogiter. Un fait-divers macabre attire leur attention. Une mère qui selon les journalistes et le voisinage serait une pythonisse, et sa fille qui recevrait parfois des hommes, ont été affreusement assassinées. Certaines personnes ont entendu des cris et des paroles mais aucunes d'elles ne peut préciser en quelle langue les voix entendues se sont exprimées. Deux ou trois mots de français mais pour le reste c'est soit de l'espagnol, de l'allemand, de l'italien ou même du russe. La mère gisait dans la cour intérieure de l'immeuble, située quatre étages plus bas que l'appartement, tandis que la fille était enfournée dans le conduit de cheminée. Et la porte d'accès au logement était fermée de l'intérieur. Nous sommes donc en présence de deux genres littéraires qui feront florès avec pour maîtres Sir Arthur Conan Doyle et John Dickson Carr : la déduction logique et le meurtre en chambre close.

 

Les scènes dites érotiques, qui ne devraient pas faire dresser les cheveux sur la tête d'un homme politique dont le nom m'échappe (c'est fou comme les patronymes s'oublient rapidement lorsque ceux qui les portent veulent attirer l'attention sur eux et ne dégoisent que des âneries !) mais qui s'est offusqué à la lecture d'un ouvrage destiné à la jeunesse qui s'intitule Tous à Poil, les scènes érotiques donc sont loin de choquer les âmes bien pensantes, sauf peut-être dans Double Assassinat dans la rue Morgue. Mais le plus intéressant est de constater combien les ajouts ont été délicatement placés dans le corps du récit et celui qui sans avoir été prévenu se plongerait dans ces historiettes serait incapable de discerner où commencent ses scènes et même serait dans l'impossibilité de se rendre compte qu'il y a eu ajout tant tout s'enchaîne de façon plaisante et naturelle.

La couverture de l'ouvrage est signée ASLAN.


Edgar Allan POE & Auguste DUPIN : Histoires extraordinaires. Traduction de Charles Baudelaire revue et augmentée par Auguste Dupin. Collection ClassX, éditions de la Musardine. 182 pages. 7,90€.

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 10:32

Et il n'existe pas de lessive pour la nettoyer !

 

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C’est une bien sale affaire qui échoit à Sacha Duguin, promu commandant à la criminelle sous les ordres d’Arnaud Mars, lequel l’a préféré à la non moins compétente Emmanuelle Carle. Le cadavre carbonisé d’un homme a été retrouvé sous le plongeoir de la piscine olympique de Colombes dans la proche banlieue parisienne et les gendarmes se sont débarrassés promptement de l’enquête.

L’homme dont l’identité va être bientôt révélée, a été assassiné, un pneu passé au tour du cou et menotté. De l’essence, une allumette et en un rien de temps il est devenu un brasier vivant. Un meurtre qui sent, outre le caoutchouc brûlé, le souffre car Florian Vidal, tel est son nom, vivait dans l’ombre de Richard Gratien, avocat d’affaires spécialisé dans les contrats d’armement. Florian Vidal, issu d’un milieu très modeste, a débuté sa carrière comme chauffeur de Gratien, puis peu à peu est devenu son assistant, son bras droit, son ami. Sa femme Nadine, pénaliste elle-même, n’appréciait guère cette entente confinant presque parfois à des rapports père fils entre les deux hommes.

Richard Gratien, connu aussi sous le sobriquet de monsieur Françafrique, a partie liée avec Candichard, un ex-ministre dont l’espérance de se présenter aux présidentielles est annihilée par une vague histoire de rétro commission. Le portable amélioré de Vidal est retrouvé au fond de la piscine. Inutilisable, la puce s’étant volatilisée dans la nature. Mais il est bien connu que les puces n’apprécient pas le contact de l’eau javellisée. Ce qui n’arrange guère les services de police. Le meurtre de Vidal est similaire à celui de Toussaint Kidjo, un officier de police, survenu cinq ans auparavant.

Lola Jost qui a pris sa retraite depuis un an, lasse de sa fonction de commissaire, est prévenue par un de ses anciens collègues. Or Kidjo, sous un air angélique (je ne pouvais pas la manquer celle-là !) appartenait à son service et Lola n’a toujours pas digéré ce meurtre. En compagnie d’Ingrid Diesel, masseuse le jour et danseuse nue dans un cabaret la nuit, et de Sigmund, un chien dalmatien qui leur a été confié par son propriétaire parti se reposer au soleil, Lola s’immisce dans l’enquête dirigée par Sacha Deguin. Au grand dam de celui-ci.

Mais Lola est opiniâtre, persévérante. Son sens de l’enquête, elle n’a pas été commissaire pour rien, l’amène parfois à précéder Duguin dans ses recherches et ses intuitions. Bon gré mal gré ils deviennent obligés, avec l’accord tacite d’Arnaud Mars, à collaborer, à échanger leurs informations. Remontant le temps et les connaissances de Gratien et de Kidjo, ils découvrent qu’un célèbre journaliste du Congo-Kinshasa, Norbert Konaté, a été assassiné quelques mois avant la mort de Kidjo en ayant le temps de remettre à celui-ci un paquet. Konaté aurait été en possession de carnets secrets appartenant à Gratien. Et qui dit secret dit brûlot. Des carnets convoités par le juge d’instruction Sertys. Et quand la DCRI, qui est le mariage arrangé entre les RG et la DGSE, le FBI français, s’en mêle, on ne peut que s’attendre à des embrouilles supplémentaires.

sylvain2.jpgAprès un premier chapitre qui ressemble à une feuille de laurier dans un plat de poulet, feuille que l’on jette et dont on se rend compte plus tard que cet ingrédient avait son importance, Dominique Sylvain nous entraîne dans une histoire alambiquée à souhait, comme un puzzle dont toutes les pièces s’emboitent à la perfection à la fin, sauf une qui est manquante.

En effet l’épilogue est traité comme une fin ouverte laissant au lecteur le loisir d’imaginer une suite, un prolongement que l’auteure nous livrera peut-être dans un prochain roman. Les moments de décompression nous sont fournis par Ingrid Diesel, une Américaine dont le français est parfois approximatif. Ce qui nous réserve quelques dialogues savoureux. Dominique Sylvain n’est pas avare de bons mots, de petites phrases bien senties, de métaphores hautement jouissives. Ainsi : « La caste des hauts fonctionnaires a remplacé la noblesse de Louis XIV, en reprenant les mêmes mauvaises habitudes. On dépense sans compter, on ne se remet jamais en question et on gouverne de haut ». Ou encore : « Quand la vie dénichait une victime de choix, elle ne détestait pas s’acharner ». Une petite dernière pour la fin ? « Quelque chose me dit qu’une rétro commission n’a rien à voir avec le fait de faire ses courses dans les années cinquante, ajouta Ingrid ». Quant au titre, ne peut-on penser qu’il s’agit d’un pléonasme, une guerre étant par définition sale, sauf la guerre en dentelle, et encore.


Dominique SYLVAIN : Guerre sale. (Première édition Collection Chemins nocturnes. Editions Viviane Hamy). Réédition Points. Parution le 13 mars 2014. 336 pages. 7,60€.

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 13:06

Evitez de vous faire prendre en photo, même par un ami !

 

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Ancien trader devenu libraire spécialisé en bandes dessinées dans une petite ville du New-Jersais, Jeremy Corbin évite de donner son opinion sur des romans ou des auteurs. Mais quand il est sollicité il ne sait pas mentir même si ce qu’il avance n’est pas du goût du client. Comme ce jour-là avec Greg, un fidèle de la boutique.

Jacky Walls, sa femme, ancien agent de la CIA, est devenue adjoint au shérif de la ville. Et tous deux vivent tranquillement avec Ann, leur bébé, depuis leurs précédentes et trépidantes aventures (voir Le Projet Bleiberg).

Alors que Jacky s’installe à son bureau pour taper ses rapports, elle reçoit un appel téléphonique la prévenant que des hostilités vont commencer et qu’elle doit sortir au plus vite. Au même moment des individus tirent sur les hommes présents dans le bureau et elle parvient à s’échapper en s’élançant par une fenêtre où, à moitié sonnée, elle est récupérée par un inconnu.

Concomitamment, tandis que Jeremy s’active dans la cuisine préparant le repas du soir auquel est invité Greg, celui-ci arrive et pointe une arme à feu. Ce n’est pas parce que Jeremy l’a chambré plus tôt dans la journée, mais à cause d’un danger imminent. Effectivement là encore des hommes armés s’introduisent dans la maison mais leur mission est annihilée. Ils ne peuvent s’emparer ni du bébé ni de Jeremy et de Greg, tous trois cachés dans la cave. Un sauveur providentiel est présent en la personne d’Eytan Morgensten, dit Morg.

Eytan Morgenstern, agent du Mossad, a consacré sa vie à traquer les criminels nazis ainsi qu’une organisation occulte, le Consortium dont le chef est surnommé Cyfer. Ex-agent du Mossad devrais-je écrire, car il a donné peu de temps auparavant sa démission ainsi que ses deux compagnons, Eli Karman, son compagnon de route depuis près de soixante ans, et Avi Lafner, beaucoup plus jeune et médecin auprès du Mossad. Car Morg a confondu mission officielle et intérêts privés. Et cela ne plait guère à sa hiérarchie. Mais officieusement, il a toujours le soutien de son directeur Simon Attali. Ayant appris par une taupe du Consortium, que ses amis Jeremy et Jacky étaient en danger, car l’Organisation le recherche, il a accouru immédiatement et les a protégés. La petite Ann est placée en lieu sûr, confiée à la garde de Greg et Morg peut compter sur des renforts de choc, les deux jeunes mariés n’ayant pas perdu leurs réflexes. Car la bataille continue et bientôt fait rage.

Quelques semaines plus tôt, à Washington, au Pentagone, des officiers militaires US et des représentants d’une société qui développent un programme militaire dont les Marines sont le fer de lance, sont intéressés par des photos sur lesquels apparait Morg, le géant chauve. Deux photos prises à trente ans environ de distance dont la dernière par Jacky, et qui intriguent fortement les participants à cette réunion. Morg n’a pas vieilli ! Et sa prise pourrait s’avérer fort intéressante au sujet des recherches militaires entreprises.

En 2003, au cours d’affrontements en Irak, des militaires américains procèdent à une récupération de Marines tombés dans une embuscade. Enfin pas tous, certains restent sur le carreau, d’autres vont être utilisés à des fins… militaires, une opération top secret.

Remontons le passé jusqu’en 1942 et 1943 au camp du Stutthof en Pologne. Le jeune Eytan Morg sert de cobaye, mais les résultats engendrés ne satisfont pas Reinhard Heydrich, l’instigateur des recherches. Eytan ne réagit pas comme prévu, d’autant qu’il échappe à ses tortionnaires. Encore enfant, il a déjà une carrure d’adulte, et possède quelques dons ou capacités quasi surhumaines, à cause ou grâce des expériences pratiquées les médecins de Stutthof. Il est recueilli par des résistants polonais réfugiés dans la forêt, devenant un auxiliaire précieux contre les armées nazies, et surtout celles dirigées par le colonel Dietz, chargé de le récupérer et surtout de l’éliminer.

 

Ce roman foisonnant est construit un peu comme un puzzle, une période, un endroit, puis une autre ailleurs, comme si le lecteur piochait d’abord les coins de l’image à reconstituer, puis plaçait les différentes pièces afin de constituer le noyau dur pour enfin voir le travail avancer à pas de géant et devenir plus éloquent au fur et à mesure que l’ouvrage avance. Mais l’auteur n’a pas découpé son intrigue au hasard. Tout s’emboite parfaitement, et la vue d’ensemble est d’une beauté fascinante.

 

morgenstern1.jpgCertes des esprits chagrins pourront dénoncer une certaine invraisemblance, dans des faits d’armes, des situations poussées à l’extrême, dans des programmes de recherches médicales. Mais il faut bien savoir que nous, simples pékins, ne sommes pas au courant de toutes les manigances imaginées par les états-majors militaires. L’on sait que dans certains camps, comme celui du Stutthof, des expériences scientifiques ont été menées par des savants fous… Et que l’une de leurs réalisations fut la fabrication de savon à base de corps humains. Mais l’on peut s’interroger aussi sur certaines déclarations émanant du service des armées, américaines ou autres, concernant des attaques de groupes isolés sur une poignée de soldats, et si tous en sont morts. Les progrès scientifiques et technologiques développés par des entreprises privées travaillant pour le compte du ministère des armées, quels que soient les pays, sont ensuite intégrés dans le civil, en général, et permettent à de nombreuses personnes d’en bénéficier.

Les temps morts n’existent pas et certaines scènes dans lesquelles Morg peut déployer sa force, sa vivacité, son esprit d’entreprise, sa faculté de récupération, ses coups de colère également, ne manquent pas de couleurs et de relief. Car Jeremy et surtout Jacky, l’ancienne combattante de la CIA n’en font parfois qu’à leur tête, lui désobéissant en pensant bien faire. Et ça il n’apprécie pas, reconnaissant toutefois que cela partait d’un bon principe. Celui de l’amitié.

La trilogie d’Eytan Morgenstern, après Le projet Bleiberg et Le projet Shiro, tous édités chez Critic, se clôt avec ce dernier volet, et c’est dommage. On s’était habitué à ce personnage qui semblait indestructible mais possédait ses lacunes, ses carences, ses failles. Attention, je n’ai pas dit qu’il était mort, mais l’auteur lui accorde une retraite bien méritée, et peut-être est-ce bien ainsi. Autant abandonner un personnage avant que le lecteur se lasse. Mais, je le répète, c’est dommage. Sa figure continuera à nous hanter.


David S. KHARA : Le projet Morgenstern. (Première parution Collection Thriller. Editions Critic). Nouvelle édition Domaine policier, éditions 10/18. Parution le 06 mars 2014. 408 pages. 8,10€.

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