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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 16:11

Deux courts romans parus en 1994 chez un petit éditeur charentais à déguster un petit verre de Cognac.

 

sang-collines2.jpg


Le premier de ces romans s'intitule Du sang sous les collines et nous entraîne dans les sous-sols de l'Angoumois et plus particulièrementangouleme-copie-1.jpg dans la vallée des Eaux-Claires.

Un promeneur essaie de canaliser les ardeurs de sa jeune chienne en la sortant dans les bois de la vallée des Eaux-Claires mais celle-ci n'en fait qu'à sa tête. Elle est même contente de vadrouiller et de rapporter à son maître un reliquat de main en putréfaction. Aussitôt il prévient le commissariat d'Angoulême qui arrivent en force. 

Deux cadavres sont retrouvés dans une grotte, une carrière souterraine qui servit autrefois de champignonnière, à une cinquantaine de mètres de l'entrée. Irwan Vernier, inspecteur divisionnaire, est accompagné de Maud Delage, d'origine bretonne mais affectée en Charente depuis six mois. Le légiste est également sur place et les deux corps sont rapidement identifiés, leurs papiers étant dans le sac à main de la jeune fille. Ce sont deux jeunes qui ont pour nom : Jean-Louis Paoli et Anaïs Melville, vingt ans. Et il ne s'agit pas apparemment d'une mort naturelle car tous deux ont été égorgés.

sang-collines1.jpgIls avaient disparu de la circulation depuis plus de trois mois, soit en juin, une fugue d'amoureux probablement. Et comme ils étaient majeurs, des recherches approfondies n'avaient pas été envisagées. Si Jean-Louis était un petit délinquant, Anaïs était fille de notaire. Deux mondes qui pourtant se sont rapprochés. Le père d'Anaïs avait engagé un détective privé, mais celui-ci, interrogé, a échoué dans ses recherches. S'ensuit une enquête de terrain, menée par Maud Delage, Irwan Vernier et leur collègue Xavier Boisseau, et est plus concentrée sur l'entourage du jeune homme. Les parents sont effondrés, son jeune frère se réfugie dans le dessin, quant aux amis, ils ne savent rien, du moins c'est ce qu'ils déclarent. Pourtant les soupçons commencent à peser sur L'homme au rasoir, un revendeur de drogue qui comme son surnom l'indique, joue facilement du coupe-chou. La résolution de l'énigme ne sera dévoilée que quelques mois plus tard, lors du festival de la Bande Dessinée, grâce à quelques dessins.

 

Dans Un circuit explosif, nous retrouvons les mêmes protagonistesangouleme.jpg que dans l'épisode précédent, c'est à dire Irwan Vernier, l'inspecteur divisionnaire, Xavier Boisseau qui d'inspecteur principal n'est plus qu'inspecteur tout court et la charmante Maud Delage.

Maud assiste pour la première fois depuis sa mutation à Angoulême au fameux circuit des remparts, une course automobile créée en 1939, qui connut des heurs et des années de disette, mais est aujourd'hui homologuée depuis 1983, et qui fut parrainée en 1978, lors de sa renaissance par Fangio lui-même (voir à ce sujet le site du Circuit des Remparts). La voiture d'un des concurrents explose sans préavis et de l'épave fumante est retiré le corps du conducteur à moitié carbonisé. Toutefois les enquêteurs sont intrigués car les vêtements du chauffeur ne sont pas ignifugés comme la réglementation l'exige.

Le défunt, Alain Chesnais, est une personnalité de la région, qui n'était pas à sa première participation en Bugatti. Le premier interrogé est Michel Harcombe, le mécanicien, embauché depuis peu, en remplacement de Tim qui aurait été limogé sous le prétexte qu'il aurait tourné un peu trop autour de Sabine, la maîtresse en date de Chesnais.

Comme il faut s'y attendre Sabine Régnier, ancien mannequin, plus jeune que son amant, a les nerfs en boule et il ne faut pas lui marcher sur les pieds. Maud le constate, sa joue encore plus, lorsqu'elle accompagne ses collègues à l'hôtel où réside la jeune femme et où Chesnais avait également réservé une chambre. Le toubib prescrit quelques calmants à Sabine, calmants sensés lui calmer sa crise de nerfs.

Irwan Vernier et compères sont toutefois intrigués par cette explosion. Seul quelqu'un ayant pu approcher du véhicule juste avant le départ de la course aurait pu placer une charge explosive sous le réservoir. Si Chesnais travaillait à Paris dans la finance, il avait gardé la demeure familiale, une ancienne ferme de viticulteurs aménagée en manoir et gardée par quelques domestiques et cerbères. L'un des garde du corps est retrouvé dans la chambre d'hôtel de Chesnais par Maud et Xavier venus procéder à la recherche de documents. Il était sagement caché sous le lit, mais ne pouvait plus bouger, mort. Et lorsque Xavier s'introduit dans la chambre contigüe où dort Sabine, il est assommé.

Immédiatement viennent à l'esprit les bandes dessinées de Jean Graton mettant en scène le coureur automobile Michel Vaillant, tout au moins au début de l'histoire. Ensuite il s'agit d'une enquête classique rondement menée, tout comme pour la précédente histoire Du sang sous les collines, même si le temps entre le début et l'épilogue exige parfois plusieurs jours, voire quelques semaines.

 

angouleme1.JPGMais on en apprend plus sur la belle Maud, la trentaine fringante, et ses relations avec ses collègues : Irwan Vernier et Xavier Boisseau qui tous deux lui font la cour. Elle les aime bien, mais elle veut privilégier sa carrière, aussi lorsque d'une parole, d'un regard, elle avantage l'un par rapport à l'autre, un sentiment de jalousie empoigne celui qui se sent frustré.

Il s'agit aussi pour Marie-Bernadette Dupuy de rendre un hommage à sa région, la Charente, à Angoulême et ses environs en particulier ainsi qu'au fameux pineau et au cognac. Mais il ne s'agit pas pour l'auteure de décliner les décors comme peut le faire un guide touristique, avec froideur et pédagogie, mais de décrire avec ses yeux et son cœur sa région et sa ville de naissance. Et puis j'aime bien aussi cette petite phrase : Vous savez, la pudeur, c'est bon pour celles qui ont quelque chose de moche à cacher.


A lire également de Marie-Bernadette Dupuy : Le cachot de Hautefaille

 

Marie Bernadette DUPUY : Du sang sous les collines. Les enquêtes de Maud Delage. Comprend Angoulême, le sang des collines et Un circuit explosif (Première édition chez Le Soleil de Minuit 1994, réédité aux éditions JCL Canada). Nouvelle version aux Editions de l'Archipel. Parution le 11 juin 2014. 336 pages. 18,95€.

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 13:29

Dans l'univers de Lovecraft...

 

darnaudet1.jpg


Tom, le jeune détective de l’étrange de l’agence HPL se rend en compagnie de Dominique, un ami rencontré à la Convention de la B.D. d’Angoulême, à Venise. Un dérapage sur l’autoroute et la moto chasse. Tom parvient à stabiliser l’engin puis à s’arrêter sur une aire. Il est abordé par un étrange bonhomme vert qui lui remet une missive l’enjoignant de se rendre à un endroit donné de Venise. Les deux compères embarquent à l’heure dite sur un vaporetto les conduisant à l’île de Torcello en compagnie de trois autres personnes.

Ils apprendront peu après leur identité : Le professeur Flax, Fantomès et miss Brunner. Ils sont suivis de près par deux aventuriers, le Commandant Robert et William le géant roux. Suivant leur guide, un homme vert, les cinq “ touristes ” rencontrent sur leur chemin de nombreuses embûches. D’abord un ver immense, puis des mercenaires en armures, en réalité des vampires, se dressent sur leur route.

Heureusement le Commandant et William arrivent à leur rescousse. Tandis que la bataille fait rage, et que Dominique est blessé par une morsure de vampire, Tom reconnaît en Miss Brunner Maria, une employée de l’agence. Mais elle l’ignore. Puis c’est l’apparition de L’Homme Mort. Flax veut faire le malin mais L’Homme Mort lui brise la nuque. Les survivants lui font ses poches et lisent le billet qu’il avait reçu. Bissolatti y dévoile avoir découvert le sérum de longévité. Mais les surprises s’enchaînent. Le guide se transforme soudain en loup-garou et Fantomès lui transperce le cœur de sa canne-épée. Des rhinocéros bipèdes, des jonglômes, se lancent à leur poursuite.

 

darnaudet.jpgFrançois Darnaudet joue avec les héros notre enfance, les réunissant dans une aventure ébouriffante, proposant mille pièges conçus avec une machiavélique détermination. Héros humains mais aussi monstres de tous poils issus de la littérature populaire fantastique. Tom, de l’Agence HLP, sigle évident pour Howard Philipps Lovecraft, subira mille avatars en compagnie d’ersatz de Bob Morane et Bill Balantine, de Fantômas et de bien d’autres. Un jeu et un tour de force pour agglomérer tout ce petit monde dans une histoire cohérente et fantastique. Mais d’autres clins d’yeux parsèment cet ouvrage, dont un certain Gal’Ern. Un hommage en forme de pastiche dans lequel François Darnaudet se parodie lui-même.


François DARNAUDET : La lagune des mensonges. Collection Blanche N°2003. Editions Rivière  Blanche . 128 pages. 14€. Disponible en version numérique chez Actusf : 3,99€.

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 15:32

Le détective et la journaliste chez les Cajuns.

 

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En cette fin d'année 1961, Alan Swift, détective privé dont le portefeuille est plus approvisionné en cartes de visite en tout genre qu'en billets de banque, quitte son domicile du Quartier français de Belle-Town pour se rendre à son bureau situé à New-South, la nouvelle cité séparée par le Mississipi.

Son client, Paul Westfield, lui demande de retrouver son amie Betty White, fille d'une domestique de sa famille. Or les parents de Paul Westfield, qui demeurent à Riviera, la cité des nantis, à quelques kilomètres de Belle-Town, n'appréciaient guère cette amitié, d'autant que la mère et sa fille sont Noires.

New_orleans_montage.jpgFace au bureau de Swift, s'élève la tour du Belle-Town News, et Swift, s'il le voulait, pourrait presque à l'aide de jumelles assister à la scène qui oppose Carol Perry et le directeur du quotidien. La jeune femme, qui a appris le métier de journaliste et a travaillé au service politique au New-York Times n'est pas d'accord avec la proposition de son responsable. Elle ne veut pas rédiger des rubriques destinées à la ménagère, cuisine et broderie par exemple, ou sportives, mais s'impliquer dans les articles criminels. Un compromis est trouvé. Elle signera les rubriques féminines de son nom, et celles plus sérieuses sous un alias, comme ça tout le monde sera content, y compris son père. Et elle débute immédiatement un reportage car une prostituée vient d'être assassinée dans le Quartier français.

Sur place elle est rabrouée par un policier, le lieutenant Brent Carter, mais elle réussit néanmoins à interroger un témoin, un jeune garçon qu'elle n'a aucun mal à faire parler. Il a aperçu le tueur puis en a profité pour subtiliser le sac à main de la victime, se servant au passage. Un sac rose, jeté dans une poubelle, et c'est ainsi que Carol apprend l'identité de la victime. Julia Sands, vingt-trois ans, noire. Elle s'applique à écrire son texte mais qu'elle n'est pas sa rage lorsque le lendemain elle se rend compte que celui-ci a été réécrit, jetant l'opprobre sur la jeune victime, prostituée supposée. Elle apporte le sac et la pièce d'identité auprès du lieutenant Brent Carter qui lui conseille de ne pas en faire plus. Toutefois elle a relevé l'adresse de Julia Sands et elle se rend à son domicile. Les parents éplorés de la jeune fille lui apprennent que celle-ci se destinait au journalisme et qu'elle s'était vêtue ainsi pour effectuer un reportage sur la disparition de prostituées noires.

Pendant ce temps, Swift fait jouer ses relations, et notamment NouvelleOrleansTouristes.jpegla belle Gladys pour se renseigner sur Betty White et sa mère Rita. Rita, employée par une agence de placement, avait été retrouvée six ans auparavant noyée. Paul Westfield ne pouvait connaitre ces changements car il avait été envoyé à Londres par son père pour peaufiner ses études. Swift renoue également Brent Carter, avec lequel il s'était fâché quelques mois auparavant, un ancien comme lui de l'orphelinat Saint-James. Et d'autres condisciples avec lesquels il a toujours gardé contact. C'est incidemment qu'il rencontre au cours de son enquête Carol Perry, et tous deux vont unir leurs efforts pour découvrir l'assassin de Julia Sands mais également remonter la piste de Betty White.

 

Un duo mythique d'enquêteurs est né. D'un côté le détective privé solitaire, travaillant seul, sans secrétaire. De l'autre la journaliste intègre qui n'épouse pas les idées politiques de son journal et tient à garder son intégrité morale. Leurs enquêtes débutées séparément vont bientôt converger.

Entre Carol et Alan, c'est le jour et la nuit. Ils sont issus de milieux très différents, mais Carol même si elle a vécu et vit toujours avec ses parents à Riviera, la ville des nantis, ne se reconnait en leurs valeurs délétères, ségrégationnistes et racistes. D'ailleurs elle tente un rapprochement auprès d'un hebdomadaire d'obédience démocrate concurrent du Belle-Town News dont les idées politiques sont fortement ancrées chez les Républicains.

Alan Swift, célibataire, volage multipliant les conquêtes féminines, ne s'étend pas sur son passé. Orphelin il a été élevé dans un institut, le Saint-James, tenu par des religieux. Les élèves s'étaient répartis en deux clans, les Anges et les Démons, et il était intégré dans le premier groupe dont il a tissé avec certains membres des liens très fort, même si les aléas de la vie ont parfois distendus leurs relations. Un truand le tanne, lui réclamant une conséquente somme d'argent qu'il ne possède pas, et chaque retard est sanctionné.

bayou.jpgCarol déduit un peu hâtivement les faits et gestes d'Alan Swift qui possède ses raisons personnelles pour se conduire comme il le fait, notamment lorsqu'il demande une provision conséquente à Paul Westfield pour mener son enquête. Et ce n'est pas uniquement pour assurer la subsistance de son chat nommé Fritz (clin d'œil ?). Cela la perturbe et immédiatement elle le range dans la catégorie des profiteurs. Une réaction dommageable de la part d'une journaliste qui ne devrait pas interpréter sans fondement.

La ségrégation raciale en Louisiane à cette époque est très prégnante, de même que l'antagonisme entre Républicains et Démocrates. Mais de jours cela perdure. Les riches imbus de leur puissance, aidés par quelques édiles sans scrupules, se pensent investis d'une quelconque légitimité dans leurs débordements. Et la date de la fin décembre 1961, choisie par l'auteur pour planter son histoire et faire évoluer ses personnages dans un domaine historique, n'est pas anecdotique. Et l'épilogue est nettement plus ancré dans un problème sociétal des Etats-Unis d'Amérique que ce à quoi l'on pouvait s'attendre au départ de l'histoire.

Il ne faut oublier également que la Louisiane, notamment Belle-Town qui n'est autre que La Nouvelle-Orléans, est sujette aux tornades, d'ailleurs elle se relève péniblement de la dernière, mais une autre se prépare. Et dans les bayous, les alligators sont plus nombreux que ce que l'on imagine, des sauriens féroces et sanguinaires, qui s'attaquent aux êtres humains, Noirs de préférence.

 

A lire également d'Alexis Aubenque : Stone Island


Alexis AUBENQUE : Les disparues de Louisiane. Editions du Toucan. Parution le 4 juin 2014. 380 pages. 8,90€.

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 12:33

Bon anniversaire à Richard Morgiève né le 9 juillet 1950.

 

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Je vais finir par me demander si tous ceux qui veulent se faire un nom en littérature ne devraient pas commencer par l'écriture de romans policiers. Prenez les exemples de Jean Vautrin, Alain Demouzon, Jean François Vilar, Didier Daeninckx, Tonino Benacquista, Daniel Pennac, Richard Morgiève et aujourd'hui Pierre Lemaître dont les noms sont sortis du cercle des initiés.

Ce n'est pas le tout d'écrire pour le plaisir d'aligner des mots les uns à la suite des autres. Le lecteur a droit à son emballage cadeau, c'est à dire une histoire. Mais une histoire qui intéresse, qui captive, qui tienne en haleine. Une histoire qui raconte quelque chose, même si celle-ci n'est pas crédible, n'en déplaise à monsieur feu Paul Bourget de l'Académie Française.

Donc Richard Morgiève, quittant (à regret ?) sa défroque de Michel Bauman, pseudonyme sous lequel il écrivit ses premières œuvres, puis son statut d'auteur de romans noirs, se lance à corps perdu dans la littérature; de celle qui ne le fera peut-être pas manger tous les jours, mais ne laissera pas affamés tous ceux qui le dégustent, qui avalent ses ouvrages. Contrairement à ce que l'on croit, la littérature est restée, sauf rares exceptions, plus une nourriture spirituelle que terrestre.

 

Fausto, qui doit son prénom à un père italien fervent admirateur de Coppi et cycliste convaincu, devient orphelin de père et de mère à cause justement de la petite reine. Vagabonder dans la nature, souvent hostile, n'est pas une vie pour un enfant. Alors Fausto se retrouve enfermé dans un pensionnat. Un orphelinat qui tient plus du bagne que de la Comédie Française. Là non plus ce n'est pas une vie pour un enfant qui a tout à apprendre, mais comme c'est légal et même imposé, que voulez vous qu'il fit ?


Se rebeller avec dignité envers desFausto3.jpeg " camarades " de chambrée trop entreprenants et avoir le dernier mot à force d'astuces, d'ingéniosité et de débrouillardise. Heureusement une bonne fée veille tendrement sur la jeunesse de Fausto et se manifeste en lui présentant tout d'abord Raymond, orphelin comme lui. Raymond le gros, le dodu, qui ne s'embarrasse pas de fioritures et lui offre son amitié sans contrepartie, lui faisant comprendre toutefois que l'amitié est une denrée à partager à deux. Ensuite la bonne fée le place chez un tailleur juif. La complicité s'établit entre le maître et l'élève. Fausto a enfin trouvé sa voie. Et ce n'est pas son passage à l'armée qui va l'en détourner. Au contraire. Il fera la connaissance d'un lieutenant à habiller et accessoirement à déshabiller.

 

fausto1-copie-1Richard Morgiève a écrit un roman dans lequel Fausto vit comme dans un conte de fées, avec ses heurs et ses malheurs. Le personnage déteindra-t-il sur l'auteur ? Il faut le souhaiter. Michèle Gazier, critique notamment à Télérama, écrivait lors de la parution de ce roman chez Seghers: " Il y a des injustices. Richard Morgiève mériterait à mon avis d'être beaucoup plus connu." Le tremplin de l'adaptation cinématographique de ce roman va peut-être enfin faire connaître aux lecteurs un talent caché et la parution d'un nouveau roman de Morgiève, " Andrée ", susciter un engouement profond.

 


Cet article quelque peu remanié, date d'octobre 1993 destiné à une émission radio.

A lire également de Richard Morgiève :  Legarçon.


Richard MORGIÈVE : Fausto. Editions Seghers 1990 puis Robert Laffont 1993. Réédition Pocket 1993.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 08:35

Et la nuit des vivants... ?

 

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Halloween, ce n'est pas que pour les jeunes, pour preuve les deux adultes, l'un poussant l'autre, assis dans un fauteuil roulant, attifé d'un drap et brandissant une béquille ornée d'un croissant de papier blanc. Faut bien s'amuser lorsqu'on a le moral en berne.

Jacques, le malade, est gravement atteint, soumis à des séances de chimiothérapie, et selon les prévisions il n'a plus que quelques jours à vivre. Aussi, malgré les interdictions du toubib de l'hôpital Saint-Antoine dans les couloirs duquel ils déambulent ainsi, son ami Mehrlicht lui offre cigarettes et bouteilles de vin rouge qu'ils fument et dégustent ensemble. Le capitaine Mehrlicht est officier de police, attaché au commissariat du XIIème arrondissement parisien.

D'esprit taquin, Mehrlicht n'aime pas avoir des stagiaires dans son équipe, et évidemment son premier acte est de les bizuter, ce qui a pour effet de tester leurs capacités, leur caractère, et d'imposer sa volonté. Mais cela ne se passe pas toujours bien. Comme en ce 1er novembre où un stagiaire lui est présenté par Matiblout, son supérieur. Guillaume Lagnac est un jeune inspecteur imbu de lui-même persuadé que son charme est irrésistible. Et Mehrlicht ne trouve rien d'autre que de lui confier la mission d'infiltrer une bande de casseurs déguisés en adeptes d'Halloween actuellement en garde à vue. L'un des membres de ce petit groupe enfermé dans une geôle se prend pour un loup-garou, et effectivement cela se passe mal. Guillaume est mordu, mais ce que ne savait pas Mehrlicht c'est que Guillaume est le fils de Monsieur le Haut Fonctionnaire de Défense adjoint au Ministère de l'Intérieur. Une bavure que Mehrlicht ne regrette pas. D'autant qu'un meurtre vient de leur être signalé à l'hôpital Saint-Antoine et il a autre chose à penser que s'apitoyer sur le sort du stagiaire.

Entree_hopital_saint-Antoine.jpgMalauron, le défunt aurait été, selon les premières constatations, empoisonné par injection, il était là en observation et devait sortir sous peu. Mehrlicht et ses deux adjoints, Didier Dossantos et Sophie Latour, procèdent aux premières vérifications. Ils visionnent les enregistrements de vidéosurveillance, pardon vidéo-protection, et remarquent le manège d'une jeune femme qui ne fait pas partie de l'établissement. Une femme brune habillée en noir repérée par trois fois, d'abord mêlée aux visiteurs puis vêtue d'une blouse blanche lorsqu'elle s'introduit dans la chambre funèbre. Mais l'un des patients a vu la femme, l'Ange de la mort comme il l'appelle, et aussitôt Mehrlicht et ses adjoints retournent à l'hosto, pensant qu'elle va s'en prendre au témoin. Excellente décision, car effectivement elle est là, mais parvient à s'échapper, en ayant soin de planter sa seringue dans la main de Dossantos. Heureusement pour l'inspecteur, elle n'a pu que diffuser partiellement le poison, qui s'avère être de composition artisanale.

Le lendemain un couple et leurs deux enfants sont retrouvés empoisonnés dans leur appartement et Mehrlicht et sa brigade sont chargés de l'affaire, malgré que ce ne soit pas théoriquement de leur ressort. Mais les ordres viennent d'en haut alors il faut savoir et devoir obéir. Puis c'est la découverte d'un couple de retraités ayant subi le même sort peu auparavant qui sont découverts à Courbevoie. Les journaux s'emparent de l'affaire dont un site web, mystérieusement bien informé. Et bien évidemment la panique s'empare de la population qui se demande si elle est à l'abri de la tueuse. Des personnes la signalent ici ou là, quelques personnes sont arrêtées, mais en vain.

Et par défi cette jeune femme qui paraît une trentaine d'années, se poste devant une caméra de vidéo protection et effectue un geste comme si elle disait bonjour à quelqu'un.

En recherchant dans les archives Sophie Latour se rend compte que de nombreux points communs relient ces affaires. D'abord, des années auparavant des décès suspects ont été enregistrés, au début des années 2000 ainsi qu'au début des années 1960. Si c'est la même personne, la tueuse devrait être octogénaire alors les questions se bousculent dans la tête des policiers. Toutefois un autre point commun se dégage : toutes les personnes décédées, ou leurs parents, leurs ascendants, sont originaires d'une petit village de la Creuse : Mélas-la-Noire.

Un point noir sur la carte de France et pour Mehrlicht et ses adjoints, c'est vraiment la mélasse...

Ce roman oscille entre gravité et burlesque, entre actualité et faits historiques. On n'échappe pas à son passé, mais en même temps l'auteur nous entraîne dans les arcanes aberrants de l'Administration. Celle qui gère les demandeurs d'asile par exemple, et le lecteur a l'impression de se trouver dans une situation courtelinesque.

Sophie Latour vit avec Jebril, un réfugié Tchétchène, et elle se rend à Créteil, la Préfecture du Val de Marne, en compagnie de Dossantos afin de déposer les factures de loyer, d'électricité et autres preuves de vie commune afin d'obtenir le précieux sésame. Mais cela ne suffit pas à l'employée qui demande s'ils possèdent un compte-joint. Pas de compte-joint, mais ils ont une fille. Réponse de la guichetière : un enfant, ça ne prouve pas que vous viviez ensemble. Mais apparemment le compte-joint serait donc susceptible de le prouver. Aberrant!

Dossantos est un hercule qui ne passe pas inaperçu. Il a effectué ses études de droit à la faculté d'Assas et il connait son Code Civil sur le bout de la langue, capable de donner articles, numéros et alinéas lorsqu'il est en présence d'une infraction, quelle qu'elle soit. Il a fréquenté dans sa jeunesse un groupuscule d'extrême-droite et l'un de ses anciens condisciples se rappelle à son mauvais souvenir.

Mehrlicht est un personnage un peu spécial. Des yeux globuleux, Nicolas-Lebel_9670.jpegle teint jaune verdâtre, il ressemble à un batracien. La conséquence peut-être des multiples cigarettes de tabac brun qu'il fume à longueur de journée. Taquin, malicieux, volontiers chambreur, fidèle en amitié, il n'aime pas sortir de Paris, alors l'envoyer à la campagne dans un bled paumé cela l'horripile mais il doit malgré tout respecter les décisions de la hiérarchie. Et il est toujours en possession d'un volume de l'encyclopédie Larousse. En ce moment il apprend les définition du volume 9, K à N. Son fils lui a mis en guise de sonneries téléphoniques sur son portable des chansons de Jacques Brel, ce qui a le don de faire sursauter ceux qui se trouvent près de lui.

Et comme j'évoque les livres, un personnage à tête de fouine parcourt ce roman. Il s'agit d'un dénicheur d'ouvrages rares, pour collectionneurs fortunés, comme le ministre Farejoux.

 

Nicolas Lebel a construit habilement son histoire, interférant la présence du chasseur de livres rares, dans celle de la tueuse empoisonneuse et l'on se demande ce que vient faire celui-ci jusqu'au dénouement. Il a une réaction finale qui prouve que les véritables amateurs de livres peuvent sacrifier sans état d'âme à leur passion. L'épilogue est émotionnel et Mehrlicht ressent le double effet qui secoue, sentiments entre espoir et tristesse.


Nicolas LEBEL : Le jour des morts. Editions Marabout.com. Collection Fiction-Marabooks. Parution le 21 mai 2014. 384 pages. 19,90€.

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 13:42

Belote, rebelote et...

 

dixdederche.jpg


La découverte dans un affluent de la Seine, près de Rouen, d’un cadavre immergé depuis plusieurs jours ne trouble guère la sérénité du commissaire Chassevent et de son équipe. Même s’il ironise sur les propensions de l’inspecteur Bertrand-Hilaire Lejeune (BHL pour les dames) de voir des meurtres partout.

Il part en vacances et BHL aurait classé cette affaire sans suite si un appel téléphonique ne l’avait obligé à se concentrer sur cette noyade inopportune. Une femme le convoque, dans une église, et il a l’heureuse surprise de découvrir que son informatrice est plutôt jeune et jolie, genre bimbo. Maryvonne, c’est ainsi qu’elle se présente, lui avoue avoir participé le soir de la noyade, avec le défunt, Jean-Denis Charoux, à une partie fine entre quelques participants de bonne volonté. Il aurait reçu peu avant, un message anonyme l’enjoignant de mettre un terme à ses pratiques dites pornographiques.

Elle conseille à B.H.L. de se promener sur le web et de rechercher un site intitulé Mémène et Frédo. Jean-Denis Charoux, fils de métayers, était un parvenu grâce à un mariage avec une rosière pimpante et surtout riche. Devenu maire de son village du pays de Bray, et affairiste dans l’âme, créant une entreprise de bien-être et de remise en forme pour beautés décaties, il avait réussi socialement. Ce qui ne l’empêchait aucunement de jouer avec partenaires consentant(e)s et de démontrer une libido non défaillante.

Après s’être fait remonter copieusement les bretelles par téléphone par son supérieur hiérarchique, et accepter d’enquêter en compagnie d’un collègue irascible et acariâtre, B.H.L. décide de saluer la veuve en son domaine. Accueilli par une accorte servante il se pâme devant Apolline, la veuve éplorée qui ne l’est guère. Elle connaissait les frasques de son noyé de mari ainsi que les relations qu’icelui avait avec Florence Monthois, dans la description de laquelle il reconnaît sans peine son indicatrice Maryvonne.

Catholique pratiquante, Apolline a deux enfants, une fille, Pélagie qui en compagnie de Raphy, son petit ami, hante les églises afin de sauver du péché les âmes perdues. Ils doivent rendre visite à l’abbé Sauve (son prochain), curé du village. Cyprien, le fils, artiste peintre, libertaire, limite anar, vit dans un squat dans une zone désaffectée, loin des prétentions paternelles. Quoique celui-ci eut le mépris de transformer la dite zone en pépinière d’entreprise, alors que Cyprien projetait de convertir l’endroit en résidence pour artistes. Un conflit qui aurait pu conduire à une supposition légitime. Celle du fiston à l’origine de la disparition de son géniteur. Conjecture qui ne sied guère à notre policier.

 

dixdederche_001.gifLes lecteurs ne manqueront pas d’assimiler Pascal Jahouel à un succédané de San-Antonio lorsque Frédéric Dard signait les premiers romans du célèbre commissaire de ces dames. Dans une inflorescence de mots désuets ou de néologismes l’auteur place de petites expressions argotiques, le texte ressemblant à un gazon japonais dans lequel se seraient perdus quelques pissenlits. Cette histoire banale dont l’issue est par trop prévisible vaut surtout par le style, son imagination langagière, son vocabulaire incitant à sourire, à défaut de s’esclaffer en se tapant sur les cuisses. Quant à BHL, c’est le genre de policier qui ne se prend pas au sérieux, contrairement à son chef et certains de ses collègues vindicatifs, haineux et atrabilaires, fumant et, surtout, sachant apprécier les breuvages à base de houblon (ou brun), usant de son charme naturel, sans être physiquement un Don Juan, afin de démontrer aux jeunes et jolies femmes qu’un flic peut aussi procéder au simulacre de la reproduction sans arrière pensée. Enfin les connaisseurs apprécieront les titres de chapitres qui tous ont un rapport ( ! ) avec le Kama Soutra.


A commander sur le site Librairie SKA, à un prix d'ami 2,00€


Pascal JAHOUEL : Dix de derche (Première édition Collection Forcément Noir. Editions Krakoen). Réédition version numérique Editions SKA. 4,00€.

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 09:06

Avant de dresser le portrait d'Agnès Laurent, auteur de quelques romans dans la collection Angoisse du Fleuve Noir, permettez-moi d'émettre quelques considérations intempestives.

 

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Certaines personnes, dont les raisons m'échappent sauf peut-être dans un but lucratif, ont tendance à parer Frédéric Dard de toutes sortes de pseudonymes. C'est ainsi qu'ils lui octroient les noms, au Fleuve Noir, de ceux de Jean Murelli, de Frédéric Valmain/James Carter, Marcel G. Prêtre, de Virginia Lord, Patrick Sven, Jean Redon pour tout ou partie de leurs romans, ou encore chez d'autres éditeurs pour certains titres Georges Langelaan, Michael Maltravers.

Ce "quelqu'un", moi je le soupçonne de trouver des pseudos de Dard un peu partout pour vendre sa marchandise à des prix prohibitifs !

C'est ainsi que s'exclame l'un des intervenants dans une liste laurent3de discussion (Forum BDFI voir également Littérature Populaire). Et personnellement j'ai pu le constater lors de quelques incursions chez les bouquinistes du Square Georges Brassens, situé sur l'emplacement des anciens abattoirs de Vaugirard dans le XVème arrondissement parisien, où des ouvrages côtés 1€ étaient vendus dix ou vingt fois plus avec la mention Pseudo de Frédéric Dard. Pour appuyer leurs affirmations, ces individus signalent qu'entre les romans d'Agnès Laurent et ceux d'Hélène Simart, les différences sont trop importantes pour que la production puisse être imputée à la même personne. Comme s'il n'existait pas de divergence fondamentale entre les romans signés Frédéric Dard et ceux de San Antonio. Et si l'on calcule l'ensemble de cette production attribuée de manière éhontée à Frédéric Dard, il aurait fallu que l'auteur berjallien écrive 36 heures sur 24, à moins de bénéficier de la plume de quelques nègres.

 

Revenons donc à Agnès Laurent qui fait l'objet de cet article.

L'alias Agnès Laurent est non seulement indiqué dans le Dilipo mais il avait déjà été signalé dans Le Vrai visage du Masque de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret (Futuropolis - 1984) et une recherche sur le site de la BNF le confirme. Il est bien attribué à Hélène Simart, célèbre auteur de romans à l'eau de rose, comme il est convenu d'appeler la production romanesque destinée aux jeunes femmes depuis la nuit des temps, c'est à dire depuis les petits fascicules Ferenczi jusqu'à nos jours chez Harlequin. Or, dans cette production abondante se cachaient et se cachent encore d'autres romancières, et romanciers, qui ont fait leurs preuves par ailleurs, mais je m'éloigne du sujet.

Je confirme également qu'Agnès Laurent est bien l'un des pseudonymes d'Hélène Simart puisant mon affirmation dans un document dont je vous livre ci-dessous et in-extenso la teneur.

 

AGNES LAURENT, héritière de Bizet, est fermée à la grande musique, mais aime inventer les intrigues.

Je suis née à Paris, le 15 octobre 1918, sous le signe de la Balance. Mes parents divorcèrent quand j'avais trois ans. Tout prend sa source dans l'enfance...

Je n'aurais certainement pas eu le même caractère ni la même destinée si j'étais restée dans un foyer uni. Elevée avec tendresse par mes grands-parents, mais séparée de mon frère et de mes parents, je fus une petite fille triste. Ma mère, chanteuse (petite fille de Georges Bizet), ne venait me voir qu'épisodiquement. Quant à mon père, il dirigeait une imprimerie et était écrivain. Remarié, il mourut jeune, à la suite du décès tragique de sa nouvelle femme. Comme les derniers romantiques, il est mort d'amour. J'ai hérité de son âme.

La nostalgie du foyer perdu

A sept ans, je publiais fièrement un poème intitulé L'Anguille dans le journal de Jaboune : Benjamin. Puis bien d'autres, au fil d'une adolescence timide et mélancolique. Mais les poèmes ne sont qu'un exutoire et n'intéressent que ceux qui les écrivent. J'en possède plein une malle qui ne seront jamais publiés !

J'ai continué mes études jusqu'au bac, au lycée Racine, où je disputais les premières places de dissertations à Françoise Parturier qui est devenue "une grande".

Quelques années de pension achevèrent de me donner la nostalgie de foyer perdu. A dix-huit ans, un mariage-éclair, sur un coup de tête, sans amour vrai et vite dissous. C'est alors que j'ai été "catapultée" dans la vie. Divers métiers : vendeuse, secrétaire, figurante, barmaid, ouvrière.

Une anecdote : ayant travaillé pendant quatre mois dans une usine de chocolat, à Bobigny, j'ai été ouvreuse et, à l'entracte, vendait ces mêmes chocolats qu'aujourd'hui je déguste, confortablement installée dans une loge de théâtre. Trois étapes...

Pendant toute cette période, je n'ai jamais cessé d'écrire. C'est un besoin qui n'a rien à voir avec l'argent. Tout d'abord des contes courts dans l'Aurore, puis des nouvelles et des romans complets dans divers hebdomadaires féminins, enfin des romans.

J'aime camper un climat, alterner les genres. Romans roses et romans noirs. Avant d'écrire une histoire, j'y pense pendant de longs mois. Mais je l'écris très vite. Quinze jours ou trois semaines.

Il y a quelques années, j'ai connu la plus grande aventure qui puisse arriver à une femme, son plus grand bonheur aussi. Un grand amour : mon mari. Deux fils... Enfin un foyer heureux, bien à moi. J'essaie de concilier ma vie familiale et mon travail. Ce n'est pas toujours facile, mais heureusement pour moi, j'ai bon caractère et ne suis pas maniaque. Je m'arrange, je triche, car mon appartement est petit. Ma machine change souvent de place. Parfois, je fuis le jerk qui jaillit de l'électrophone de mon plus jeune fils pour me réfugier dans la cuisine ou la salle de bain !

Les plus beaux voyages sont immobiles

simart2.jpgEn 1965 je reçois le Prix du Roman Populaire. Le nom me plaît. Je n'ai jamais pensé lancer un message à l'humanité ! Distraire certains me suffit. En 1967, le Prix Max-du-Veuzit, qui récompense le roman le plus reproduit.

J'ai peur de ne pas avoir assez d'une existence pour réaliser tous mes projets; écrire tous les sujets qui me passent par la tête. Mais je n'ai pas peur de la mort. Ma santé a été toujours fragile. Je ne m'en soucie pas. Une seule angoisse : qu'il arrive malheur à ceux que j'aime. C'est ça, la fin du monde.

J'aime inventer des intrigues, imaginer des héros ou les prendre sur le vif, à l'occasion d'un fait divers ou en "regardant l'humanité sous le nez".

Les voyages ? Si je m'écoutais, je resterais chez moi ! Les plussimart3.JPG beaux voyages sont immobiles, les plus grandes aventures sont intérieures... Mais mon mari me force à voyager. Il n'a pas tort, car on ne décrit bien que ce qu'on a vu.

Malgré ma peur-panique de l'avion, j'y suis montée, car un de mes personnages était pilote. Conscience professionnelle ! La peur subsiste.

Mes goûts ? Simples. Je n'aime ni la violence ni l'injustice. Je ne juge jamais personne, car les défauts sont des maladies de l'âme et il n'y a pas de coupables, seulement des victimes. Il faut aider et plaindre et non blâmer. Mon frère, qui est président de Tribunal, ajoute en souriant, quand nous discutons sur ce sujet : punir. "Pour moi, la bonté passe avant l'intelligence"., jamais du chasseur. Pourtant, mon mari est un haut fonctionnaire de la police ! A mon avis, l'indulgence est la plus grande qualité. Il n'y a qu'une chose que je n'admets ni ne pardonne : la guerre. Non seulement elle est cruelle, mais si inutile ! L'orgueil aussi est un défaut stupide.

L'amitié ? Un sentiment d'homme que je n'ai pas rencontré.

Après la littérature, c'est la peinture que je préfère. Mais je suis "fermée" à la grande musique. Je ne lis pas autant que je le voudrais. Question de temps, ce temps qui ne nous donne jamais celui de réaliser tous nos rêves.

On me croit gaie, parce que je suis vive, souriante. Mais, "à l'intérieur" je suis mélancolique.

La joie, comme la foi, question de grâce

Quand j'avais vingt ans, je pensais : "on ne peut pas être à la fois gai et intelligent". Bien sûr, depuis, j'ai révisé ce jugement, mais il m'en reste des traces. Comme disait Chateaubriand : ... ma mère m'infligea la vie... Le courage, c'est quand même d'essayer de vaincre la tristesse. La joie, c'est comme la foi. Question de grâce. Ne l'a pas qui veut, malgré ce qu'en disait Pascal.

De même qu'il n'y a pas d'athées à part entière, je ne crois pas qu'il existe un chrétien sans doute, il m'arrive de murmurer : "Mon Dieu, faites que vous existiez..." A mon avis, l'existence de Dieu est le plus grand problème. Nul ne l'a résolu. Mais si le Christ n'est qu'une histoire, du moins elle était belle.

Revenons à l'inspiration. Certes, ce n'est pas un mythe et l'on écrit ses meilleures pages sous son impulsion. Pourtant, elle ne vient pas toujours, cette inspiration ! Et il faut bien "s'y mettre", car on n'écrirait pas assez. Ecrire n'est sans doute pas un travail comme les autres, mais c'est un travail quand même. Les paresseux ne font rien.

Un jour, une brave femme qui venait de lire un des mes romans m'a dit : "Vous avez de la chance, c'est quand même moins fatigant que de bêcher son jardin ! Et puis, ça vous vient tout seul".

Elle avait à la fois tort et raison.

Pour résumer, une maxime que j'aime et dont je fais ma règle de vie : "Le bonheur est fait de tous les malheurs qu'on n'a pas".

 

Source : Fleuve Noir Informations. Numéro 68 d'octobre 1970. (merci à Alain de la Bilipo qui m'a transmis la photocopie de couverture ainsi que celle de l'article.

 

Evidemment, ceux qui affirment toujours qu'Agnès Laurent n'est qu'un avatar de Frédéric Dard objecteront que celui-ci a très bien pu écrire ces lignes pour noyer le poisson. Une assertion à laquelle je rétorquerai que s'il a obtenu le Prix du Roman Populaire 1965 pour La fille aux yeux dorés (Bibliothèque de la Famille, Editions Tallandier) ainsi que le Prix Max-du-Veuzit 1967 pour Le prix du Silence (collection Floralies, éditions Tallandier), il faudrait le créditer également du pseudonyme d'Hélène Simart puisque ces deux romans sont signés de ce nom. Il faut être sérieux et ne pas affirmer sur uniquement des présomptions ou de vagues ressemblances dans les textes des romans édités. Les argumentations avancées ne tiennent pas la route.

 

Bibliographie d'Agnès Laurent :

 

Collection Angoisse au Fleuve Noir :laurent2.jpg

182 - Au cœur de ma nuit

188 - L'Ultime rendez-vous

194 - Le Justicier

206 - L'Ennemi dans l'ombre

228 - Le Sang des étoiles

237 - Requiem pour un fantôme

 

Aux éditions du Masque

1520 - L'assassin qui aimait les rousses.

 

Aux éditions Del Duca, dans l'hebdomadaire Nous Deux :laurent1.jpg 46 nouvelles policières de fin 1974 (numéro 1429) à juin 1982 (numéro 1823) dont :

1550 (23 mars 1977) : Il se prenait pour Sherlock Holmes

1614 (14 juin 1978) : L'innocent assassin

1712 (30 avril 1980) : Enquête pour un défunt.

Si l'on prend pour argent comptant la thèse qu'Agnès Laurent et Frédéric Dard ne sont qu'une seule et même personne, il faudrait donc ajouter à la production de l'écrivain berjallien des nouvelles parues dans le magazine Nous deux, ce qui serait pour le moins surprenant. Et je pense que cet hebdomadaire se serait enorgueilli de l'avoir comme nouvelliste.

 

Sous le pseudonyme d'Hélène Simart :

 simart1.jpg

Editions Ferenczi : Six romans dans la collection Petit Livre de 1957 à 1958.

Editions Del Duca : Huit romans dans la collection Delphine de 1958 à 1969 et vingt nouvelles pour le magazine Nous Deux de 1975 à 1984.

Editions Tallandier : Environ cinquante romans dans les collection Pervenche; Sept Couleurs; Bibliothèque de la famille; Arc-en-ciel; Floralies; Quatre couleurs.

 

Sous le pseudonyme d'Emily Smith :

4 romans dans la collection Colombine chez Harlequin de 1981 à 1983 plus 3 nouvelles dans Nous Deux en 1977 et 1978.

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 12:21

Hommage à Pascal Garnier né le 4 juillet 1949.

 

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Marc n’est pas un homme contrariant, au contraire, il laisse parler les autres et ne les interrompt pas, ne les contredit pas et lorsque la conversation pourrait s’envenimer, pas par sa faute, il s’arrange pour changer d’aiguillage. C’est un sexagénaire impassible aussi bien dans la vie courante qu’à la maison. Bref, quelqu’un de calme, de pondéré, presque d’insignifiant.

Jusqu’au jour où il sort de son hibernation. Ça commence par une phrase lancée au cours d’un dîner, juste une phrase, puis Marc se replie dans sa coquille. Ensuite il achète un chat, pas de toute fraîcheur mais qui lui a tapé dans l’œil à cause de sa nonchalance. Il rend visite à sa fille qui végète dans un hôpital psychiatrique, avant la date du rendez-vous annuel, le jour anniversaire d’Anne, issue d’un premier mariage.

S’il a divorcé des années auparavant, ce n’était pas de son fait mais celui d’Edith sa femme volage. Depuis, il s’est remarié avec Chloé et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il retourne rendre visite à Anne le bon jour cette fois, et cela se passe comme les autres fois, ou presque. Il a apporté des friandises, sa fille fume une cigarette, ils se promènent dans le parc, malgré le temps maussade.

Alors que Chloé envisageait un voyage d’une semaine en amoureux, et qu’il était d’accord, comme d’habitude, Marc est pris d’une envie subite. Emmener Anne à la mer, au Touquet. Muni de la bénédiction du responsable de la clinique, les voilà tous les trois passant quelques jours sur une plage déserte, la saison n’étant pas favorable à la transhumance touristique. Tous les trois ? Oui car Boudu, le chat, fait partie de l’expédition.

Mais cette escapade ne lui suffit pas et Marc propose à Anne de l’emmener plus loin, dans le Sud, peut-être en Espagne. Un chemin balisé d’embuches, de cadavres, mais Marc, en aveugle, ne se rend compte de rien. A moins qu’une fois de plus il se retranche derrière une impossible placidité, ayant oublié d’ôter ses œillères.

Comment un homme rangé peut-il changer du jour au lendemain, découvrir dans sa tête un grain de folie qui germait peut-être depuis des années et dont l’éclosion a été favorisée par un petit rien ? Pourquoi quitter la quiétude d’un foyer et partir sur les routes, à l’aventure, sans que rien ne soit préparé avec la minutie coutumière ? Quelle est la cause de cette fracture mentale ?

Pascal Garnier nous entraîne une nouvelle fois dans la dérive de personnages qui vont au fil du récit muter, se transformer, mettre au grand jour leur besoin de s’affranchir, prendre des initiatives même si elles se révèlent malheureuses. Des personnages que l’on croise avec indifférence dans la rue, sans se rendre compte qu’ils ont en eux une vie intérieure totalement dissemblable de leur apparence et dont ils ignorent l’existence. Des personnages falots que de petits riens accumulés au fil du temps convertissent en aventuriers à la recherche d’une autre vie. Une envie, un besoin qui peuvent rapidement être jugulés, car ce n’est pas dans leurs habitudes de se conduire en rebelles de leur destin. Une nouvelle fois une histoire sensible, humaniste, dérangeante, qui peut nous arriver à vous, à moi, à tout un chacun installé confortablement dans son train-train quotidien.

Pascal Garnier nous a quitté le 5 mars 2010. C'était un grand monsieur !


Pascal GARNIER : Le Grand Loin. Editions Zulma. Parution 7 janvier 2010. 158 pages. 16,80€.

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 12:17

Bon anniversaire à Viviane Moore, née le 3 juillet 1960.

 

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Si elle n'a pas été le précurseur du roman policier historique, Ellis Peters a, en créant le personnage du moine Cadfael, insufflé une nouvelle dynamique à un genre exigeant puisque, au delà de l'énigme proposée, doit se greffer la description véridique d'une époque.

Ce qui suppose une recherche et une connaissance approfondie des mœurs, des lieux géographiques, des personnages qui composent le support de la narration.

Viviane Moore, une Française comme son nom ne l'indique pas, situe l'action de ses romans au XIIème siècle. Avec le personnage de Galeran de Lesneven, un chevalier errant breton qui enquête dans la France médiévale, elle nous plonge dans l'atmosphère de cette période, plus complexe et moins retardée qu'on pourrait le croire. Les énigmes servent de support à décrire une société brutale, violente, mais possédant le goût de la fête, régie par la religion toute puissante.

Dans Rouge Sombre l'évêque de Lisieux mande au chevalier errant de convoyer un prélat jusqu'en l'abbaye de Jumièges et de veiller à sa sécurité jusqu'à ce que la mission confiée au moine soit menée à bon terme. En effet d'étranges événements perturbent la tranquillité du lieu saint : le sceau de l'abbé et une relique du Saint Patron de l'abbaye ont disparu tandis qu'un scripteur anonyme se plaint du manque d'autorité du père abbé.

Lorsque GaleraVivianne-Moore.JPGn et Odon, sorte de missi-dominici religieux, arrivent sur place, les habitants du hameau dépècent une baleine harponnée par Ruriok le Danois et qui remontait le cours du fleuve. Seulement des pêcheurs sont morts à cause d'une maladresse du Danois. Un moine est retrouvé noyé dans les marécages et cet incident est mis sur le compte du Garou lou, ou Loup Vert.

De plus une algarade oppose le Danois à l'un des palefreniers de l'abbaye, Roderick. Tous deux sont épris d'Edel, une jeune villageoise qui joue avec les cœurs des hommes. L'invasion danoise date de quelques générations, pourtant le ressentiment existe toujours.

C'est dans cette ambiance de meurtre, de sacrilège, de sorcellerie, d'amour et de phénomènes naturels tels que la remontée du fleuve par les souffleurs (grandes baleines) et la marée d'équinoxe qui ravage tout sur son passage que Viviane Moore plante le décor dans lequel évoluent Galeran et son compagnon Odon. Un roman fort bien document‚ agrémenté de petits plus : une bibliographie, un lexique médiéval et quelques recettes de cuisine.

 

A lire également de Viviane Moore : Jaune sable et La couleur de l'Archange.

 

Viviane MOORE : Rouge Sombre. Collection Labyrinthe N° 17. Editions du Masque. Parution octobre 1997. 286 pages. 6,10€.

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 09:34

Le roman policier américain à la sauce française !

 

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Parodie du roman policier américain, on retrouve dans C'est eau mais c'est triste le personnage de Sam Murchison, lequel évoluait déjà dans C'est bon mais c'est chaud (même éditeur, en 1990). On sent comme une influence de San Antonio et le style narratif est plaisant même si cela ne confine pas au chef d'œuvre. Cela se lit comme une récréation, histoire de se changer les idées et de prendre du bon temps.

Sam Murchison, détective privé à New-York, sorte de Mike Hammer antifasciste (non, c'est une mauvaise image), plutôt de Philip Marlowe sentimental, découvre son ami Joe dans un bien triste état. Mort, pendu comme une vulgaire carcasse de viande chez le boucher, pieds et mains coupés. Dans la consigne de Grand Central Station qui servait de coffre-fort à Joe, Sam trouve, outre les affaires habituelles, un billet d'avion aller-retour New-York/Paris, un carnet d'adresse, et une bouteille de vin datant de 1942 à l'étiquette un peu spéciale, rédigé moitié en français moiti‚ en allemand.


Caunes2.jpgA Paris Sam retrouve son copain Antoine de Caunes lui-même, présentateur vedette et bouffon d'une émission télévisée culinaire, sorte de Jean-Pierre Coffe.

Coups tordus, échanges de pruneaux indigestes, jolies filles pas farouches, réparties caustiques, tout les poncifs sont accumulés et pourtant ça se lit avec jubilation. D'autant qu'Antoine de Caunes n'est pas toujours très tendre avec les personnages réels évoqués dans ce roman narré par Sam, lui-même étant une sorte de faire-valoir.

 

A noter que ce roman est également disponible en version Kindle à 6,99€. Vraiment pas de quoi négliger la version papier qui elle est à 6,75€ en tenant compte de la remise des 5% !


Antoine de CAUNES : C'est beau mais c'est triste. (Première édition Editions Fleuve Noir. Octobre 1998). Réédition J'ai Lu Policier. Parution 28 mai 2014. 286 pages. 7,10€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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