Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 15:36

Le vieil homme et l'enfant...

 

benastre-copie-1.jpg

 

Franchement, cette fois c'est la goutte qui fait déborder le vase. Paul qui préfère qu'on l'appelle Polo parce que Paul c'est ringard à son avis (mais ce n'est pas le mien, Polo ça fait t-shirt ou chiffon), Paul donc est en colère après Patrick son beau-père.

Ce n'est pas la première fois que Polo fugue mais cette fois-ci il est bien déterminé à réussir, à aller jusqu'au bout. De quoi, il n'en sait rien, mais au bout quand même. Il est à pied mais à quinze ans les moyens de locomotion sont limités pour quitter ce petit village normand. Et en voyant un joggeur arriver, il s'engouffre dans la première maison qui se présente à lui et dont la porte semble l'inviter à entrer comme celle des sept nains avec Blanche-Neige ou celle des trois ours avec Boucle d'or.

L'occupant des lieux n'habite pas dans la bourgade depuis longtemps, quelques mois tout au plus. Un sexagénaire plutôt tranquille, un brin misanthrope. Et il rouspète comme un putois lorsqu'il découvre Polo dans son antre. Il veut se débarrasser de cet intrus qui s'immisce dans sa vie privée, mais Polo a une parade imparable : il s'est attaché un poignet au radiateur à l'aide d'une paire de menottes dégottées dans l'entrée.

Pierre-Yves, ah oui au fait, l'irascible se prénomme Pierres-Yves ce qui fait rigoler Polo, Pierre-Yves est coincé car c'est le gamin qui possède la clé. Alors commence une soirée qui s'éternise, vu que la télé est antédiluvienne, et comme boisson Pierre-Yves propose chocolat ou thé, alors que Polo, prolétaire, préfère un café. Et c'est ainsi que le taiseux Pierre-Yves va être obligé à sortir de son mutisme, pis (ou pire pour ceux qui préfèrent) à raconter sa vie, en échange il a droit aux petites révélations de Polo.

Chacun d'eux échangent leurs petits ou grands secrets, se promettant de les enfermer dans une bulle et de ne pas les divulguer au dehors. Ils se déboutonnent mettant leurs sentiments à nu. Une forme d'exorcisme s'enclenche au cours laquelle ils retrouvent non pas la sérénité mais une sorte de bien-être, de rabibochage avec eux-mêmes et le monde qui les entoure. Malgré les cinquante ans qui les séparent, ils se sentent peu à peu en confiance vis - à vis de l'autre et se racontent leurs problèmes familiaux, physiques et psychiques. Car ce sont tous deux des éclopés de la vie à des degrés divers. Pierre-Yves parfois rabroue Polo, celui-ci se montrant quelquefois grossier dans ses propos, mais le gamin ne s'offusque pas des remontrances qui lui sont faites, il découvre que sous son air balourd, ronchon, son interlocuteur lui narre pour la première fois ce qu'il a toujours caché, qu'il se vide, qu'il se confesse et que cela lui fait un bien immense. Mieux que s'il était entré dans un confessionnal.

Et lorsque c'est fini, ça continue avec un épilogue à double détente.

Ce roman, dont la quatrième de couverture précise qu'il s'adresse à des lecteurs de onze à cent onze ans, est plus qu'un roman pour adolescent. Il s'agit bien pour l'auteure, qui nous avait déjà régalé avec Mélodie en sous-sol, un livre peut-être moins ambitieux mais qui traitait aussi de problèmes entre enfants préadolescents et adultes, de montrer combien la vie est parfois difficile et que l'on se sent mieux en confiance entre personnes que tout apparemment n'aurait pas dû rapprocher. Chacun a ses problèmes, il suffit de trouver la bonne oreille pour que la vie devienne un peu moins dure.


Sophie BENASTRE : La bulle des secrets. Oskar Editeur. 88 pages. Parution le 27 juin 2014. 9,95€.

Repost 0
4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 12:10

Le vert : à moitié vide ou à moitié plein ?

 

tuard.jpg


Le narrateur s’est fixé un but, une mission, un sacerdoce : traquer les faiseurs de guides qui dégradent le monde par leurs publicités, le dévoilement des secrets, l’envoi de nouveaux prédateurs...

Car divulguer la beauté des sites peu fréquentés et les proposer à tous engendre un afflux de touristes qui dégradent ces lieux et leur font perdre leurs charmes. Et c’est anti écologique selon le Tuard, dont le nom est le raccourci de Tueur de routard. Tout est pensé pour le plaisir des touristes et des guides sont payés pour découvrir les petits coins sympathiques, la nature sauvage afin de les offrir en pâture à des individus qui vont tout détériorer. Il est contre ces voyages organisés qui favorisent le déploiement de gaz carbonique, de vapeurs d’essence et le réchauffement climatique.

Et lorsqu’il tue un de ces guides à la recherche d’un nouveau terrain de chasse à proposer à ces prétendus amoureux de la nature, la vraie, il le fait dans les règles de l’art. Il maquille ses forfaits en accidents, et bien entendu les endroits réputés paisibles deviennent des lieux à éviter car dangereux.

Son nouveau terrain de chasse programmé se situe en Franche Comté et en Lorraine. Pour l’aider dans cette mission, Monty, jeune géant ancien sapeur des forces de l’ONU en Bosnie, dont le point de fixation est les éoliennes. Il fait Kourou, c’est-à-dire qu’il truffe d’explosifs les pieds des éoliennes afin que les engins dressés comme des fusées se prennent pour une fusée Ariane sur une base de Kourou délocalisée.

Tout ceci aurait pu durer longtemps si le grain de sable ne s’était pas glissé dans l’engrenage.

Dans cette nouvelle, Jacques Mondoloni s’amuse à mettre en avant les fausses valeurs de l’écologie, de cette mode qui veut que l’individu fasse un retour à la nature parce que c’est bien, parce que c’est tendance, parce que c’est sain, sans se rendre compte que souvent il va à l’encontre de la véritable écologie. En réalité, cela devient le nouveau poumon de l’économie, en douceur, insidieusement. D’ailleurs ne trouvons pas dans des endroits que l’on supposait vierge, là où la main de l’homme n’avait pas mis les pieds !, des emballages de sandwich, des bouteilles, des tubes de crème solaire, des déchets divers. Ce que l’on appelle peut-être le tourisme raisonné.

 

Le carton jaune est adressé à l’éditeur qui propose ce petit livre au prix de 12,95€. Un peu coûteux à mon avis, d’autant que d’autres petits éditeurs, ceci n’est pas péjoratif, offrent des livres pour le même prix ou presque avec un nombre de pages multiplié par trois ou quatre. Il me semble qu’un éditeur qui veut se faire une place au soleil et conquérir des lecteurs se doit d’être moins onéreux. Je ne suis pas un économiste, d’ailleurs ceux-ci établissent souvent des diagnostics souvent à l’encontre du bon sens, mais il vaut mieux vendre plus d’exemplaires à petit prix que moins et plus cher. Mais ceci n’est que mon avis.


Jacques MONDOLONI : Le guide du tuard (Halte au réchauffement climatique) Collection Osaka, éditions Oslo. Parution 4 septembre 2012. 56 pages. 12,95.

Repost 0
3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 07:04

 

J'ai même pas rien fait...

 

Bartelt-et-Honore---Sur-mes-gardes.JPG


C'est ce que pense le narrateur, même s'il sait fort bien qu'il s'est toujours arrangé pour que ses petites malversations ne lui soient pas imputées. Et dans ce tortillard qui s'arrête à toutes les gares, il n'est pas à l'aise.

Lexou Chignoque l'a traité de Judas, ce qui pourrait être un compliment si cela n'avait pas été prononcé avec haine. Judas, après tout, il avait réussi à se faire de l'argent, ce n'était qu'une bonne affaire et livrer Jésus aux Romains n'était pas si répréhensible que cela. Du moins c'est ce que se dit le narrateur coincé contre un voyageur qui s'est endormi sur son épaule, alors que celui qui est en face ne dit rien, se contentant de regarder. Un mouvement déplace sa veste et il voit l'arme qu'il porte sur lui.

Sur les quais des gares dans lesquelles le tortillard s'arrête pour déposer ou laisser monter les voyageurs, les gens se pressent. Au début ils n'étaient que trois dans le wagon, mais peu à peu celui-ci s'est empli. Des gens sournois à n'en pas douter. Enfin les deux dernières places ont été occupées par deux individus chapeautés. Ils ont l'air encore plus sournois. Et notre voyageur se méfie. Il est persuadé que Lexou Chignoque en le traitant de Judas lui a signifié sa mort prochaine.

Pourtant notre voyageur a toujours réussi à donner le change. La première fois, c'est son patron qui s'est fait choper. La comptabilité était si bien arrangée qu'il ne s'est aperçu de rien jusqu'au jour où il s'est retrouvé en petite culotte. Et puis il y a eu aussi celui qui s'est suicidé en se jetant d'un pont.

Le train avale la campagne mais notre voyageur reste sur ses gardes. Et toutes les supputations lui traversent l'esprit ainsi que ce fameux jour où les policiers ont arrêté ce malandrin de Lexou Chignoque avec son aide.

 

Bartelt-et-Honore---Sur-mes-gardes---Illustration.jpgAvec cet humour noir et caustique qui le caractérise, Franz Bartelt nous transporte dans son univers si particulier empreint de dérision. Il décrit les doutes, les affres, les inquiétudes d'un personnage qui ne se rend pas compte, ou ne veut pas s'en rendre compte, que ses agissements ont nui à des personnes qui ne lui avaient rien fait. Juste se trouver sur chemin, et il a donné un petit coup de pouce au destin pour les éliminer, pas forcément physiquement, et profiter de leur désarroi. S'enrichir à bon compte, c'est parfois si facile devant des êtres naïfs. Sauf que parfois, la naïveté affichée n'est qu'un leurre. Et il se demande ce qu'il a bien pu faire pour mériter d'être convoqué au commissariat et se retrouver dans le train. L'inconscience d'un homme qui s'offusque des calomnies qui sont prononcées à son encontre. Il ressent une forme d'injustice étant profondément égoïste.

Ce pourrait être la parabole des agissements de certains hommes politiques mais restons dans le domaine de la fiction.

Les illustrations d'Honoré rendent bien cette composition d'un personnage rigide dans sa suffisance. Fond noir très prononcé, les personnages sont également en noir et seul le blanc parvient à les définir, alors que souvent c'est le contraire qui prévaut. L'image ci-dessus est la plus éclairée de toutes, brute sans fioritures, comme l'âme ou la conscience du personnage.


Franz BARTELT & HONORE : Sur mes gardes. Petits Polars du Monde 2014 N° 9. Parution 24 Juillet 2014. 64 pages. 2,50€.

Repost 0
2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 09:40

Moi, vous me connaissez !

 

sanantonio.JPG


Et vous mes fidèles lecteurs et aminches, mes gueux et mes gueuses (lambic) vous n'en croirez pas vos mirettes en matant ma prose, à ne pas confondre avec mon prose. Moi, le commissaire (vices compris) que toutes les gisquettes s'arrachent à cause de mes prouesses longuement commentées dans mes bouquins, ne voilà-t-il pas que je suis marida. La bagouze au doigt avec une poupée russe, un mariage franco-russe en guise d'entremets, avec l'opulente Natacha, genre poupée gonflable, mais très gonflée, avec des poignées d'amour un peu partout et même ailleurs qu'il vous faudrait au moins une semaine pour en faire le tour si c'était des spirales qui râlent. Surtout qu'elle est accompagnée d'un grand Chaperon Rouge, Anastasia, belle comme les pin-up qu'on trouve dans Lui et Plaibois mobile, mais en mieux vu qu'elle n'est pas en papier glacé.

Fnsp766.JPGC'est la délabrée mairie de Chaulx-lez-Maron (Yvelines) qui a ouvert ses portes pour que les zheureux zépoux se dégoisent un oui franc et massif comme aurait dit le Grand Charles, s'enfilent, la bague au doigt d'abord, pour le reste on attendra, puis convolent en justes noces comme écrirait un académicien qui n'est plus très vert. L'officier des tas civils n'est autre que mon brave Pinuche, qui trouve moyen d'étaler sur sa braguette une carte de France avec l'encrier, tandis que ma moitié, qui fait bien le double voire le triple de votre serviteur, s'extasie devant le manche (Déjà ?) du porte-plume en bois d'arbre, la partie renflée dans sa pogne mahousse comme celle d'un boxeur qu'aurait enfilé (lui aussi ?) trois paires de gants. Comme témoin, en plus, le Mastard se pose là et dégoise un discours sans papelard dont il a le secret. Je vous sens venir, mon blair comme dirait Tony est particulièrement réceptif, vous ne me croyez pas. Et vous avez raison, en partie car je suis là en service commandé par le Vieux mais faut que j'vous narre par le début du bout du commencement de quoi t-il s'agit.

Le professeur Poreux de la Coiffe est décédé d'un infarcactusmoujik4.jpg du biocarde, comme dirait Béru, lors d'un déplacement d'air chez les Ruskoffs. Il était parti rencontrer un confrère, le professeur Boris Bofstrogonoff dont les travaux de recherche étaient équivalents tout en étant similaires. Or il transportait avec lui les documents issus de son bulbe et évidemment bien sûr ils ont disparu. Il avait mis à jour la bactérie végétalo-foisonnante qui comme vous le savez permettrait de réduire le Sahara en un vaste champ (des sirènes) de blé, et ce n'était pas pour les picaillons qu'il s'était décarcassé comme Ducros en se masturbant les méninges. Brèfle, le Vieux a décidé qu'il fallait que je passe, sans trépasser, les frontières entre nos deux pays et que le meilleur moyen idoine passait par le mariage avec la fille de Bofstrogonoff, l'imposante Natacha.

D'où la cérémonie dont je vous ai causé ci-dessus, si vous ne vous rappelez-pas remontez au premier chapitre, qui est un petit arrangement sans que Natacha le susse, et que mes ennuis débutent. Direction l'auberge du Grand Cerf, dans le joli village normand de Comte-Harbourg, où que je doive passer la nuit avec ma femme. Seulement rien que de penser à la noye de noces, j'ai le mât de misère qui racorni dans mon slip Petit-Bateau, et mes joyeuses comme aurait le Duc copain avec Henri III qui sont plus ratatinées que des pruneaux d'à jeun. Alors je bigophone au Patron pendant que ma promise cuitée se débarbouille les ratiches et le reste. Et tandis que je remonte l'escadrin qui conduit, de cheminée, jusqu'à la chambre nuptiale qu'un mec m'apostrophe tel Bernard Pivot, et m'intime comme si j'étais à tue et à toi avec cézigue de le suivre dans sa tire américaine.

moujik2.jpgSamuel, c'est son blaze, me donne gratuitement ses directives et m'informe qu'à Moscou quelqu'un m'entreprendra en me citant un aphorisme de Nietzche, puis il décarre en me laissant pas le choix. Il faut que je retrouve ma gravosse dans le pieu conjugal et que je lui démontre que les Français, s'ils ne pensent qu'à ça le font aussi. Ouf, je suis soulagé car la (Bruni) belle s'est endormie sur le canapé. Je marche en loucedé, fait basculer un bonheur du jour en pleine nuit et que découvré-je sous le lit ? Je vous le demande Emile et une nuits ! Anastasia qui se propose de suppléer sa copine. Il ne faut pas me le demander à deux fois et un rein, et sous ma pogne experte, Anastasia s'extasie, s'anesthésie, me propose le 14 juillet et ses lampions, un véritable feu d'artifesses. Mais ceci n'est pas fini, car je ressors, sauve une poule qu'a du pot posée sur un rail d'un dur qui traverse la campagne à toute vibure, l'écrase sous moi, là elle n'a pas de pot la poule lorsque ma bagnole explose et que je m'étale dessus Ensuite, au petit matin, mâtin comme le temps passe, envol pour Moscou, Moscou, les plaines d´Ukraine, et les Champs-Élysées on a tout mélangé, même qu'on a droit à un détournement en plein vol et qu'on se retrouve en sortant des vapes dans un endroit bizarre que nos ravisseurs ravis nous présentent comme l'Alaska. Deux ronds de flan qu'on est Béru, Natacha, Anastasia, Bofstrogonoff qui nous tient compagnie et moi. Je vous dis pas la suite vous n'avez qu'à acheter mon bouquin et le lire. Après tout, je l'ai écrit, maintenant c'est à vous de faire le blot.

PCC : Oncle Paul

 

San-Antonio est réputé pour ses calembours, ses jeux de mots, moujik3.jpgses à-peu-près, son argot, ses néologismes, ses métaphores savoureuses, ses interpellations et sa connivence avec le lecteur, son humour caustique et ses humeurs ronchonnes, mais ce que l'on sait moins, c'est que parfois il s'amusai à écrire en empruntant au vocabulaire, au jargon de professionnels spécialisés, légistes et grammairiens par exemple et dont il truffait ses phrases. Pour l'exemple cet extrait :

Il n'a rien d'un crapoussin. Sa glabelle n'est pas villeuse, mais son vomer, couvert par un stéatome, lui donne l'aspect d'un miquelet. Bref, c'est le genre de type capable de lire couramment le boustrophédon et qui ne confondrait pas un apophtegme avec une antanaclase.

Je vous enjoins à vous munir d'un Petit Robert, j'aime bien les Petit Robert, ça tient bien dans les mains, et de rechercher ces mots qui peuvent vous sembler abstrus pour ne pas dire abscons. Pour l'exemple, crapoussin signifie une personne de petite taille, bedonnante et contrefaite. Une glabelle est un os frontal tandis que villeuse signifie une tumeur. A vous de jouer maintenant.

Dans l'annexe proposée en fin de volume, Raymond Milesi moujik.jpgindique les différentes parutions de la saga des San-Antonio, les premiers dans la collection Spécial Police, puis dans une collection qui fut dédiée au célèbre commissaire de ces dames. Mais cette collection dite S-A proposait les romans dans un ordre anarchique et heureusement en 2003 la nouvelle collection S-A restitue l'œuvre dans l'ordre chronologique de parution. Mais surtout Raymond Milési dissèque et classifie dans un guide thématique cette série, et ce roman est tout autant un roman policier qu'un roman d'espionnage car il s'agit bien de retrouver un document lié à la découverte d'une invention qui peut changer le monde. Les deux protagonistes principaux sont tout naturellement San-Antonio et Bérurier, Pinaud n'apparaissant qu'au début de l'intrigue dans un rôle de composition et Félicie, la mère du commissaire n'étant mise qu'en "vitrine".

Ce roman a été publié pour la première fois aux éditions Fleuve Noir, dans la collection Spécial Police N°766, en 1969. Puis il a connu de nombreuses réimpressions et rééditions. Mais il reste indémodable et on le lit avec autant de plaisir que lors de sa parution.

 

 

San-ANTONIO : En avant la moujik ! Editions Pocket, Collection San-Antonio N° 72. Parution le 26 juin 2014. 256 pages. 6,20€.

Repost 0
1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 09:45

Bon anniversaire à Jean-Paul Delfino né le 1er août 1964.

 

delfino.jpg


 

Tu touches pas à Marseille est un énorme un éclat de rire, une formidable galéjade dont l’action se situe dans le port phocéen cher à Jean-Claude Izzo et quelques autres romanciers dont la sensibilité est différente mais le propos le même : l’amour de leur ville.

Marseille se réveille avec un coup de massue sur la tête. Le Marseillais et son ami n’en reviennent pas, ils n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles. Le vieux port est à vendre, hérésie, et pour l’instant il est bouché. Et pas par une sardine. Que non ! par un rafiot russe, Le Baklava et la rumeur fait état d’une alliance entre les caïds de l’Est, la Mafia soviétique et le Nouveau Mouvement du nouveau front national, et ce à quelques mois des élections municipales.

Le Marseillais et Bernie ont beau ruer dans les brancards et les CRS, les badauds n’osent lever le bouclier contre les forces de l’ordre. Lesquelles forces de l’ordre obéissent aux ordres, un point c’est. Et “ à force d’obéir aux ordres, il reste plus que des décérébrés du bulbe ”, dixit Le Marseillais. Le nouveau préfet de police, le premier adjoint au maire et son attaché parlementaire restent seuls maîtres à bord. Pis, le Bar de l’Aviation, le café du Marseillais lui est confisqué au profit de préfet.

Vieux Switch, le journaliste, qui passe des vacances studieuses au Maroc, découvrant de nouvelles techniques amoureuses, est rappelé vite fait à la rescousse, et si tout rentre dans l’ordre, ce ne sera pas sans mal (de mer).


delfino1.jpgPlus que l’histoire, une politique fiction pour ne pas dire politique friction tout le monde l’aura compris, c’est le style narratif de l’auteur qui accroche. Entre San Antonio et Charles Exbrayat, l’auteur entre autres des Imogène, Jean-Paul Delfino enfile les métaphores les plus saugrenues pour la plus grande joie du lecteur qui a enfin l’occasion de rigoler à satiété.

Sans oublier les scènes truculentes de rixes où les horions pleuvent comme lors du déluge, ou autres scènes hautes en couleur dont je tairai ici le propos. Un pur régal, un coin de ciel bleu dans un monde particulièrement noir, une récréation.

 

 

Jean-Paul DELFINO : Tu touches pas à Marseille. Collection Suite noire N° 14, éditions Métailié. Parution janvier 1999. 180 pages. 6,40€.

Repost 0
31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 06:40

Journalistes en mal de sensations...

 

tabloid-circus.jpg


A Tortola, petite ile tranquille de l'archipel des Iles Vierges, s'abat tout d'un coup comme une nuée de sauterelles dans un champ de maïs une palanquée de journalistes venus d'un peu partout et même d'ailleurs.

Stanley Jones est l'un de ceux-là, émargeant au Royal, journal spécialisé dans les affaires à sensation et qui est acheté en général pour la pin-up qui orne sa page trois. Stanley Jones était un bon reporter, correspondant au Times, mais depuis la mort accidentelle de sa sœur dans le métro londonien, le 7 juillet 2005, à la suite d'un attentat, sa vie a basculé. Il est devenu alcoolique et travaille pour les tabloïds dont le Royal, résidant à Los Angeles, la ville des personnalités en vue par excellence.

Une jeune touriste américaine, Mary Waters, a disparu et Stanley doit reprendre en main l'affaire dont ses concurrents se sont déjà délectés en publiant des photos osées de la jeune fille, photos prises par son petit ami qui les a négociées. Il n'y a pas de petits profits. Dès son arrivée sur l'île, où il loge au même hôtel, le Nirvana, que la jeune fille, il a décidé d'arrêter de picoler, ce qui n'est pas facile mais c'est un pari avec lui-même qu'il veut gagner. Il retrouve son ami Stubbs, photographe, mais un intrus s'immisce dans son boulot. Morris qui se présente comme envoyé par le journal en tant que superviseur.

tabloid-circus1.jpgStanley fait la connaissance à la piscine puis au bar de l'hôtel de Colleen Thompson, jeune fille américaine tout juste majeure, étudiante, en rupture d'école et alcoolique jusqu'au fond des verres qu'elle sèche plus vite que peut le faire le soleil ardent. Elle ne veut pas retourner au pays, et affirme que sa vocation est de devenir écrivain, ou journaliste. Elle s'accroche à Stanley, mais il résiste, non pas à son corps mais à ses débordements de dipsomane invétérée.

Lawrence O'Connor, le chef de la police de Tortola, est pressé par son gouvernement de retrouver le corps de Mary Waters, si possible saine et sauve. Mais le gouvernement américain, et les parents de Mary veulent des résultats immédiats, alors il se démène comme il peut. Mais pas facile de patauger dans une affaire que le FBI veut gérer à sa façon. D'ailleurs Stubbs affirme à son ami Stanley que des micros ont été placés un peu partout jusque dans le téléphone portable d'O'Connor. L'affaire semble se décanter lorsque, lors d'un banal contrôle de police, le sac à main de Mary est retrouvé dans le coffre du véhicule d'un chauffeur de taxi jamaïquain. Le coupable idéal pour tous, sauf pour O'Connor, car il s'agit d'un ressortissant Noir. Et les relents de racisme, O'Connor y est habitué, lui qui est un Noir aux yeux bleus, issu d'ascendants esclaves et Irlandais.

 

Mary Waters joue dans ce roman l'Arlésienne pratiquement jusqu'àtabloid-Circus2.jpg l'épilogue, car ce qu'il s'est réellement passé n'est pas apparemment le propos de Kent Harrington. On saura à la fin comment elle a disparu et par qui, mais toute l'histoire tourne autour des personnages, de leur passé, et des manigances américaines. Il y a d'abord l'aspect politique, les Etats-Unis désirant mettre dans leur escarcelle cette île trop proche de la Colombie et du Venezuela. Et pour l'intégrer dans leur giron, le gouvernement américain n'hésite pas à manipuler les autorités de Tortola et principalement O'Connor. Les mensonges s'avèrent parfois plus redoutables et efficaces qu'une arme à feu, moins bruyants et moins décelables.

Mais aussi bien O'Connor que Stanley trimbalent une fêlure qui ne veut pas se résorber. Stanley est fils de mineur, donc de basse extraction sur l'échelle sociale. Il a réussi ses études, malgré tout, il est devenu journaliste réputé mais la mort de sa sœur dans un attentat l'a jeté au fond du précipice. Depuis il vit avec ce souvenir qui le ronge. Et sa dépendance à l'alcool a terni ses relations avec son amie Portia qui travaille à Londres. Au contact de Colleen, mais également à cause des événements, des pressions, il risque de replonger dans son intempérance mais il parvient toutefois à limiter les dégâts.

Lawrence O'Connor aurait pu mal tourner, mais sa fierté est d'avoir su au bon moment se diriger vers la loi et la faire respecter. Il ressent toujours les affres de sa double ascendance, Noire et Irlandaise, et pas uniquement à cause de sa couleur de peau. Il n'accepte pas que les Américains ou autres considèrent les autochtones comme d'anciens esclaves pouvant être dirigés selon leur convenances. Il n'accepte pas non plus leur ingérence. Marié, il a une gamine de quinze ans et il s'inquiète pour elle. Surtout lorsqu'un jour, elle a quitté l'école sans prévenir. Il pense à un enlèvement alors qu'il s'agit tout simplement d'une amourette. Il est ami avec un riche pêcheur de requins, requin lui-même, véritable plaque tournante de la drogue entre la Colombie et la Floride. Et la relation qui lie les deux hommes sera peu à peu expliquée, car Kent Harrington ménage ses effets, ne dévoilant qu'au compte-gouttes les imbrications.

Un peu lent au départ, car le lecteur s'intéresse en priorité à l'enquête concernant la disparition de Mary et ce côté de l'enquête est un peu mise sous le coude, ce roman est plus une étude psychologique des personnages et des embrouillaminis états-uniens sur la mainmise sur les îles Vierges, afin d'assoir la suprématie américaine dans cette partie du monde comme dans tant d'autres.

Espionnage, mensonges, manipulations en tous genres sont au rendez-vous, et l'épilogue démontre que la politique mercantile de même que l'ambition sont les moteurs qui inspirent les gouvernements et les êtres humains, en général. 


Kent HARRINGTON : Tabloïd circus (Satellite Circus - ?. Traduction de Nordine Haddad). Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 25 avril 2014. 416 pages. 21,90€.

Repost 0
30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 13:00

Toute ma vie j'ai rêvé d'être...

 

zeppelin.jpg


Les romans jeunesse, c'est comme les friandises, ils sont destinés à nos chères têtes blondes, brunes, châtains, noires, mais les têtes grises, blanches ou chauves, s'en délectent souvent, parfois en catimini, retrouvant avec plaisir leurs lectures enfantines empreintes de nostalgie. Mais, et ceci n'est pas un cours de philosophie et donc ne me prendra guère de temps, vous avez peut-être remarqué que les auteurs de romans dits juvéniles, tout comme les confiseurs, sont des adultes. Les critiques ou chroniqueurs pour magazines spécialisés, les bibliothécaires et les libraires qui guident les chalands, sont aussi des adultes. Alors pourquoi ne pas s'adonner sans restriction à ce plaisir, qui n'est pas coupable, et plonger avec volupté dans des romans destinés à nos gamins, malgré le mépris de quelques grincheux qui trouveront ce divertissement puéril. D'autant que, et ce sera mon dernier argument, il faut bien surveiller leurs lectures à nos bambins, n'est-ce pas ?


ZeppelinLZ127a.jpgAprès ce préambule un peu long, je vous l'accorde, intéressons-nous à ce Zeppelin en danger et plus particulièrement à Nick Cardinali, un jeune adolescent de quatorze ans qui a été embauché comme garçon de cabine sur un Zeppelin. Son oncle Tonino, qui est également son tuteur, est l'un des membres de la brigade d'Eliot Ness, le policier chargé de faire respecter la loi sur la prohibition et Nick zeppelin1.jpgaimerait pouvoir lui aussi rejoindre les rangs du célèbre agent fédéral. Pour le moment il voyage à bord du LZ127, l'un des fleurons de la Luftschiff Zeppelin, qui fait escale à Tokyo, après avoir survolé l'Europe et l'Asie, et dont la prochaine destination est les Etats-Unis. Un voyage qui doit s'effectuer en vingt et un jours, sas compter les heures, escales comprises. Nous somme loin des Cinq semaines en ballon imaginé par Jules Verne.


Dans le hangar japonais où est remisé le Graf Zeppelin, le jeune Nick entend des voix, un homme et une femme s'exprimant en japonais, la femme énervée semblant remonter les bretelles de son vis-à-vis. Les deux inconnus partis, Nick se rend sur les lieux à la recherche d'un indice mais tout ce qu'il obtient ce sont les fragrances d'un parfum qu'il a déjà respiré. Le lendemain, 23 août 1929, les voyageurs se pressent à l'embarquement. L'un des passagers, un retardataire, fait mauvaise impression à Nick. C'est un Japonais, aux vêtements froissés, une vilaine balafre incrustée sur la joue gauche.

zeppelin2.jpgNick doit s'occuper de quatre cabines doubles occupées respectivement par un couple d'explorateurs, un journaliste français et un représentant russe, un industriel américain et le médecin personnel du roi d'Espagne et enfin par une journaliste américaine qui a exigé, non sans mal, de partager seule sa chambre. Tout ce petit monde se retrouve dans l'unique bar-salon et l'Américain, qui ne connait pas le manuel du savoir-vivre, lit à haute voix le journal. C'est ainsi qu'il annonce à la cantonade qu'un sabre ayant appartenu à l'Empereur Oda Nobunaga a été dérobé dans un musée de Tokyo dans la nuit du 20 août. Nick est interloqué car ce mot il l'a déjà entendu, prononcé par les deux inconnus dans le hangar du Zeppelin.

Nick sent le mystère le titiller, ce n'est pas pour rien qu'il veut rejoindre la brigade d'Eliot Ness, et il va commencer à fourrer son nez où il ne devrait pas.

 

S'inspirant d'un épisode réel, le tour du monde réalisé en zeppelin3.jpg1929 par le Graf Zeppelin, les auteurs ont laissé leur imagination se débrider, offrant à Nick, que l'on retrouvera peut-être dans de nouvelles aventures, la résolution de deux affaires pour le prix d'une. Un court roman qui ravive nos souvenirs d'enfance par le charme, l'esprit aventureux, le plongeon dans un passé proche et avec des personnages ayant réellement existé comme le docteur Eckener, l'as des pilotes de dirigeables, le journaliste Léo Gerville-Réache, et la participation exceptionnelle, gracieuse et humoristique de Groucho Marx.

Un pur moment de détente qui nous permet de s'envoyer en l'air sans attraper de courants d'air, et qui dépressurise ou décompresse, comme vous voulez.


Boris & François DARNAUDET : Zeppelin en danger. Editions Rouge Safran. Collection Poivre. Parution le 19 juin 2014. 96 pages. 6,90€.

Repost 0
28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 07:33

Un détective en soutane...

 

chesterton.png


Parmi les nombreux détectives officieux qui gravitent dans les romans policiers, les religieux y possèdent une place à part, de par leur profession, leur statut, offrant une touche particulière dans la résolution des énigmes.

Parmi tous ceux qui ont été mis en scène, Frère Boileau de Jacques Ouvard (qui lui-même était religieux), Sœur Angèle d'Henri Catalan, Frère Cadfael d'Ellis Peters, Le rabbin de Kemelman, Mère Frévisse de Margaret Frazer, le Père Downing de Ralph MacInerny, et quelques autres qui ont fait le bonheur de générations de lecteurs. Mais il ne faut pas oublier le premier de ces détectives religieux, créé par Gilbert Keith Chesterton, le Père Brown dont douze aventures sont réunies dans ce recueil.

Dans la première de ces historiettes, L'absence de monsieur Glass, le père Brown est décrit ainsi : Le docteur regarda l'arrivant en réprimant le genre de stupeur qu'il aurait éprouvée devant l'intrusion d'un monstre marin, gigantesque mais selon toute apparence inoffensif. L'arrivant  considérait le docteur avec, inscrit sur sa face ronde, l'air aimable, épanoui, caractéristique de la grosse ménagère essoufflée qui vient de se hisser péniblement dans l'omnibus, un mélange de satisfaction morale et de désarroi physique. Il ne se déplace jamais sans son chapeau noir à bords roulés et de son parapluie informe qui l'embarrasse plus qu'il ne lui sert. Bref il pourrait ressembler à un prélat rabelaisien mâtiné de Mister Bean avec un soupçon de Sherlock Holmes.

En effet dans L'absence de monsieur Glass, alors qu'il est en poste à Scarborough, une cité du nord du Yorkshire, le Père Brown consulte l'éminent docteur Orion Hood distingué criminologue et spécialiste de certaines maladies mentales pour une affaire personnelle, qui ne le concerne pas mais une de ses paroissiennes. Maggie fréquente un certain Todhunter et désire se marier avec lui mais la mère refuse de donner son consentement. C'est à ce moment que la jeune fille se présente échevelée et affirme que son ami vient d'être assassiné. Elle a entendu des bruits derrière la porte du logement de James Todhunter et celui-ci s'entretenait avec un inconnu. Par une fenêtre arrière elle aurait aperçu James Todhunter recroquevillé par terre et inerte. Ils se rendent immédiatement sur place et en effet découvrent dans l'appartement quelque peu en fourbi le jeune homme attaché. Un poignard est légèrement taché de sang. Or si le docteur Hood formule ses conclusions, fausses évidemment, hâtivement, et avec des idées préconçues, le père Brown prend le temps d'examiner les lieux, d'analyser les éléments et de relater avec sagesse ce qu'il s'est réellement passé, résolvant le mystère comme eut pu le faire Sherlock Holmes mais avec simplicité dans sa démonstration.

Le père Brown n'est pas attaché à une paroisse et on le retrouve dans L'Erreur de la machine en train de discuter dans un bar avec son ami Flambeau, détective. Vingt ans auparavant il a été aumônier dans une prison de Chicago et la conversation porte sur la méthode dite psychométrique, l'ancêtre du sérum de vérité. Le principe consiste à entourer le poignet d'une personne d'un sujet et de mesurer les variations du pouls lorsque certains mots sont prononcés. L'idée est bonne en elle-même sauf qu'il faut se méfier des interprétations. Ce n'est tellement la machine qui indique des conclusions erronées, mais l'homme qui peut extrapoler et s'accommoder d'explications inexactes par rapport aux résultats enregistrés. Et le Père Brown grâce à son sens de la déduction, de l'analyse des événements qui se sont déroulés, ne se fiant ni aux articles des journalistes ni aux faux semblants, démontra au directeur de la prison que les apparences sont parfois trompeuses.

Les apparences trompeuses, tout le monde peut s'y laisser prendre dans leurs rets, il suffit d'un peu de machiavélisme de la part de celui qui est à l'origine d'une mystification. C'est ainsi que prenant quelques jours de congés afin de se remettre d'une indisposition provoquée par une surcharge de travail, le Père Brown navigue en compagnie de son ami Flambeau et du propriétaire d'un yacht, un jeune nobliau de Cornouailles, Sir Cecil Fanshaw. Ils remontent un fleuve côtier et Brown est intrigué par l'état du château, ou d'une tour, ou des ruines qui se dressent sur une île. En apparence cette histoire de La Perdition des Pendragon pourrait s'immiscer dans une affaire de sorcellerie, mais il faut plutôt remonter aux méfaits des naufrageurs.

La tête de César nous apprend que le père Brown qui fut, curé de Cobhole dans l'Essex, est dorénavant installé dans le diocèse de Londres. Et attablé près d'une fenêtre dans un pub, le père Brown, avec un visage digne d'un gnome assez innocent, demande abruptement à son ami Flambeau, détective semi-officiel, de suivre un homme affublé d'un faux nez qui vient de passer. Ainsi débute l'histoire d'un homme qui collectionnait les pièces anciennes et dont le fils vient d'hériter. Le prêtre s'intéresse à cette histoire pour aider une jeune fille qui est attablée dans cette taverne et qui semble avoir besoin de ses services. Comme les scouts le père Brown est toujours prêt à aider ses concitoyens, pas par voyeurisme mais par charité et humanisme.


Chesterton1.jpgIl ne retire aucune gloire de ses enquêtes, car le mystère l'attire comme un aimant attire la limaille. Mais il possède une prédisposition pour : L'esprit du prêtre était un éternel terrier de lapin où des pensées désordonnées se télescopaient trop vite pour qu'il ait le temps de les saisir. Aussi fugitive que la queue d'un lapin blanc, il eut l'idée qu'il était sûr de leur chagrin, mais moins persuadé de leur innocence. Cette phrase est extraite de L'homme dans le passage, de même que celle qui suit et constitue une réflexion toujours d'actualité : La presse moderne étant ce qu'elle est, les nouvelles les plus importantes et les plus fidèlement rapportées sont les informations policières. Et si au XXe siècle, on accorde plus de place aux meurtres qu'à la politique, c'est pour l'excellente raison que le meurtre est un sujet plus sérieux.

Cela fait du bien de plonger ou replonger dans des romans policiers ou recueils de nouvelles du début du XXe siècle et l'on se rend compte que ce genre littéraire n'a pas vieilli et que déjà toutes les bases des problèmes de détection étaient évoquées, et traitées avec finesse et dans un style élégant, ce qui n'est plus guère le cas de nos jours sauf chez certains romanciers, hommes et femmes, dont le talent devrait être mis plus en avant.

 

 

Gilbert K. CHESTERTON : La sagesse du Père Brown. (The Wisdom of Father Brown, 1914). Bibliomnibus Polar. Editions Omnibus. Parution 10 avril 2014. 210 pages. 9,00€.

Repost 0
27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 08:59

Bon anniversaire à Jack Higgins né le 27 juillet 1929.

 

higgins.jpg


 

Si les Américains et les Britanniques ont choisi la plage de Slapton, dans le Devon, pour simuler un futur débarquement sur les plages normandes, ce n’est pas par hasard.

En effet cette plage qui sert de base d’entraînement rappelle étrangement celle de Sainte-Marie du Mont, dont le nom de code utilisé par les Alliés est Utah Beach.

En ce printemps de 1944, c’est l’effervescence, aussi bien du côté des Alliés que des forces de l’Axe. Les Allemands notamment patrouillent dans la mer de la Manche et les accrochages maritimes sont nombreux. C’est ainsi que lors d’un combat naval plusieurs bâtiments britanniques sont coulés. Les pertes humaines et matérielles sont nombreuses. Le colonel Kelso, un Américain, est porté disparu. Or il détient des renseignements précieux, confidentiels, concernant les dates et lieux du débarquement sur les côtes françaises.

S’il est fait prisonnier par les Allemands, nul doute qu’il parlera, dévoilant la stratégie mise en place. Aussi il faut soit le récupérer, soit l’éliminer purement et simplement. Blessé Kelso parvient à Jersey grâce à un canot de sauvetage et il est recueilli par des insulaires.

Harry Martineau, un agent des services secrets britanniques, ex-professeur de philosophie et d’origine allemande par sa mère, est chargé de cette mission. Il est accompagné de Sarah Drayton, une jeune infirmière de dix-neuf ans qui possède des attaches familiales sur l’île. Jouant le rôle d’un Nazi, Harry Martineau envisage d’assassiner Rommel qui fait une tournée d’inspection, tournée impromptue, sur l’île.

 

higgins1.jpgRoman d’action, roman de suspense, roman d’espionnage, La nuit des loups est tout cela à la fois. Jack Higgins, auteur d’Exocet ou encore de Confessionnal entraîne le lecteur de Londres à Jersey tambour battant, et les Manchots ne seront pas dépaysés puisqu’ils peuvent suivre les différents protagonistes à Granville, Gavray, Fermanville, l’Anse de Brick, ou près de Saint-Lô. Un excellent roman par un auteur qui a du métier et sait raconter des histoires.

De son vrai nom Harry Patterson, mais plus connu sous le pseudo de Jack Higgins, le romancier britannique a également signé sous ceux de Martin Fallon, James Graham ou encore Hugh Marlowe. Certains titres ont été publiés sous ces divers pseudonymes au Masque et dans la collection Agent secret chez Robert Laffont, notamment L'Année du tigre.


Jack HIGGINS : La nuit des loups. Albin Michel. Parution 11 janvier 1989. 326 pages. Réédition Le Livre de Poche. 1er juin 1991. 256 pages.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
commenter cet article
25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 08:37

Bon anniversaire à Virginie Brac née un 25 juillet.

 

brac1.jpg


Virginie Brac, qui s’était fait connaître avec Sourire Kabyle chez Engrenage, puis avait publié deux autres romans avant de se consacrer à l’écriture de scénarii, était revenue en force avec Cœur caillou. Elle confirme qu’elle possède une plume n’ayant rien à envier elle non plus à celles d’Outre-Atlantique ou d’Outre-Manche.

Tropique du pervers conte l’histoire de Véra Cabral, une psy qui décide du jour au lendemain de quitter la quiétude de son cabinet pour se consacrer aux naufragés de la vie quotidienne, qu’ils soient preneurs d’otages ou suicidaires. Elle devient membre active du C.I.P., Centre d’Intervention Psychiatrique, sorte de SAMU pour déprimés. Sa première intervention a lieu dans une station sur l’autoroute, où un forcené prend en otage des innocents afin de… les policiers ne savent pas trop puisqu’il n’a rien revendiqué.

Véra s’en sort sans dommage et sa première affaire est une brac3.jpgréussite. Ce qui n’est pas le cas de la deuxième où elle doit dissuader une jeune femme, épouse d’un député, de se jeter du toit de sa propriété. Les affaires se suivent et se ressemblent, tout du moins sur un certain car le capitaine Sedan est omniprésent, se dressant à chaque fois devant elle. Et elle en vient à se demander si certaines de ces interventions ne sont pas des manipulations, s’il n’y a pas autre chose qui se cache derrière, si un homme ne veut forcer la main du destin. Et comme elle même connaît un problème, disons métabolique ou corporel, que sa famille, charmante mais nombreuse la requiert à chaque instant, elle mène une vie sentimentale déserte, à son corps défendant si je puis dire. Parfois c’est elle qui aurait besoin d’un psy pour pouvoir se repositionner dans sa tête.

 

brac2.jpgVirginie Brac nous livre ici un livre puissant, dans lequel l’héroïne, tel le serpent se mord la queue, perdue entre son travail et son “ handicap ”. Les tragédies que Véra est amenée à côtoyer sont quasiment un remède à ses problèmes, d’autant que sa famille, charmante mais encombrante, n’y met guère du sien. Elle est des deux côtés de la barrière et le lecteur est subjugué tout autant par sa personnalité à double facette que par les péripéties auxquelles elle doit faire face. J’avais critiqué l’abandon des petits formats par le Fleuve Noir, mais au moins reconnaissons que pour l’instant la politique éditoriale est de qualité, du moins en ce qui concerne la production française.

 

 

Virginie BRAC : Tropique du pervers. Collection Moyen Format, Fleuve Noir. Parution 9 mars 2000. Réédition Pocket 3 octobre 2002 et 28 mai 2004. 280 pages.


Repost 0
Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
commenter cet article

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables