Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 09:28

Alors que, vingt ans après, le génocide des Tutsis par les Hutus est commémoré aujourd'hui, retour sur ce carnage avec un petit livre édité en décembre 1995.

 

monsieur-afrique.jpg


Enclavé entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, le petit pays souverain d'Afrique Centrale du Sonrhaï subit la férule du président Ibrahima N'daye, Grand Médecin de la Patrie. Des luttes intestines opposent les Touroumés, de religion musulmane, minoritaires démographiquement mais soudés, aux autres ethnies. Les Touroumés détiennent la plupart des postes clés et ne se privent pas de brimer les Busumés qui ont conservé leurs traditions animistes, sous l'œil bienveillant, ou à tout le moins indifférent des officiers français chargés de maintenir l'ordre.

N'daye qui jouit d'une certaine popularité internationale ne fait pas dans la dentelle lorsqu'il s'agit de régler les affaires du pays et dilapide allègrement les fonds qui lui sont octroyés dans le cadre de la coopération.

Gérard Droz, chercheur au CNRS, débarque à Diankalé, la capitale, dans le but d'écrire une thèse sur les animistes. Il se rend chez ceux qui sont appelés avec mépris les Païens du Sud, les Busumés, et est reçu avec affabilité par le potentat local, Fakoli Fayiri, dont le fils, Kenda, médecin ophtalmologiste, est marié avec la belle Daha, ex top-modèle. Il s'éprend de Daha mais son amour reste platonique, par courtoisie envers ses hôtes. Fakoli Fayiri est convoqué par N'daye et tout ce petit monde part pour la capitale.

La fièvre monte, le carnage les guette et seuls Daha et Droz en réchappe. Ils s'enfuient vers le Tamalé, pays limitrophe, et sont rejoint en cours de route par Artigala, un aventurier qui connaît bien l'Afrique Centrale. L'homme s'est emparé de la mallette de Christophe Baugé, cousin du Président de la République Française, le Monsieur Afrique, dont les agissements sont plus ou moins louches. La route est longue jusqu'à la frontière et les incidents vont émailler leurs pérégrinations.

 

En lisant ce roman on ne peut s'empêcher de penser aux incidents qui se sont déroulés au Rwanda dernièrement et qui ont opposé deux communautés, deux ethnies rivales. Vladimir s'inspire d'un événement réel mais il y apporte sa touche personnelle. Quoique, à la réflexion, les personnages qui gravitent autour de ce fait divers dramatique existent peut-sûrement. Les crocodiles et les chacals pullulent, et pas seulement dans le Tiers-Monde.

Cette chronique a été écrite en décembre 1995. L'opinion publique à cette époque ne possédait pas tous les éléments réels concernant ce carnage, mais aujourd'hui encore de nombreux points restent dans l'ombre.

A noter que Vladimir dédie ce roman à Tonton l'Africain et Charlie le Busard.


VLADIMIR : Monsieur Afrique et le roi de brousse. Collection Aventures sans frontière N°7. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1995. 220 pages.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
commenter cet article
6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 07:32

Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !

 

survivants-copie-1.jpg


Depuis la Guerre d’Extermination, qui s’est déroulée bien des siècles auparavant, les Survivants vivent dans des Abris, numérotés, toujours à la merci de Kérébron, une entité monstrueuse, un ordinateur super puissant qui lance ses tentacules à travers la terre afin d’anéantir le restant de la population.

Le jeune bioélectronicien More est persuadé avait découvert la parade susceptible d’anéantir ce monstre malgré les doutes du Commandeur des Guerriers. Mais il s’avère que certains Guerriers, dont leur chef, trahissent les Survivants.

More devient le point de mire du Docteur Benson qui enjoint au Commandeur de se défaire de ce trublion. Les Ordhommes, l’unité d’élite de Kérébron, s’infiltrent dans l’Abri et les victimes sont nombreuses. More, sans qu’il s’en doute, bénéficie de protection occulte et il est envoyé dans un autre abri dont le Commandeur des Guerriers, Germanus, œuvre lui aussi pour détruire Kérébron.

More va connaître de multiples avatars avant de pouvoir enfin s’infiltrer dans la cité qui abrite Kérébron. Il va notamment se rendre à Paris sous terre, une reconstitution souterraine de la capitale, rencontrer d’énigmatiques personnages, dont , un errant, traverser une forêt maléfique, traverser un marécage peuplé d’entités monstrueuses, combattre des oiseaux, affronter des ennemis vindicatifs et puissamment armés. Il sera aidé dans son entreprise par une jeune femme, Andréa, à laquelle il ne sera pas indifférent.

 

Placé sous le signe des quatre A, Anticipation, Action, Aventures et Amour (eh oui, un peu de romantisme ne nuit pas !) ce roman s’inscrit non seulement comme un hommage à la collection Anticipation mais également à quelques maîtres dont Pierre Barbet (d’ailleurs l’un des personnage s’appelle Dominique Mayne – David Maine étant l’un des pseudos utilisés par Pierre Barbet).

Mais ce roman ne se contente pas de témoigner respect et culte, c’est aussi une parabole sur l’avenir, sur la prépondérance de plus en plus omniprésente de la machine sur l’homme. L’homme a créé son propre malheur, à lui de réparer ses erreurs. D’un côté se trouveront les Don Quichotte, de l’autre les modernistes, les progressistes, les réformistes à tout va, quel que soit le prix à payer. Une vision qui évidemment ne sera pas partagée par tout le monde, à moins que le message n’existe pas, du moins dans l’esprit des auteurs.

 

Et n'hésitez pas à consulter le site des éditions  Rivière Blanche.


Jean-Marc et Randy LOFFICIER : Les survivants de l’humanité. Collection Blanche N° 2002. Editions Rivière Blanche. 248 pages. 17,00€. Existe en version E-Book à 6,00€.

Repost 0
5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 16:05

Et j'ai fort à faire !

 

gardien.jpg

 

Et Il n'était pas revenu dans la petite ville portuaire depuis trois lustres, mais son aversion, sa rancœur, sa haine même, envers son père ne s'est pas éteinte. Et si Jack Lestrade est présent en ce jour venteux, c'est tout simplement pour jeter une poignée de terre sur le cercueil qui vient d'être descendu dans la fosse. Un symbole. Et le curé peut prononcer les paroles habituelles, des éloges mensongers, Jack sait ce qu'il a enduré jusqu'à l'âge de quinze ans, jusqu'au jour où il est parti. Des années à se faire tabasser pour rien et même pas une mère pour le défendre. Car sa mère a déserté le foyer familial alors qu'il n'avait que cinq ans et son jeune frère Julien quelques mois. Il s'est engagé dans la Marine et il a bourlingué de par le monde. Alors ce n'est pas pour dire des prières sur le cadavre de son père mort accidentellement, mais bien pour régler les dettes. Et là-bas, dans un coin du cimetière la tombe de son frère, suicidé en prison, alors qu'il avait été condamné cinq ans auparavant pour le viol et le meurtre d'une adolescente. C'est ce qu'il a appris lors de ses voyages par de vieux journaux qui trainaient.

Dans le cimetière peu de personnes assistent à l'inhumation. Jack retrouve avec plaisir son ancienne maîtresse d'école, celle qui lui a tout appris et lui a offert son affection. Quoi qu'elle n'ait rien dit lorsque Jack et son frère arrivaient à l'école couverts de bleus. En ce temps là, il était de bon ton de ne rien dire, de ne rien remarquer. Elle a vieilli elle aussi et l'invite à venir la voir chez elle. Et peut-être qu'elle a envie de parler, ce dont Jack se moque, mais il ira, au moins par déférence. A la sortie un individu qui pointe dans la catégorie Clochard l'aborde. Il s'agit de Léon, le copain de Julien. Ils se rendent au Bar de la Marine, un lieu cradingue où les poivrots se donnent rendez-vous. Léon ne fait vraiment pas son âge. A vingt-cinq ans il en paraît plus du double. L'alcool, les petits boulots pour survivre. Les temps sont durs, surtout dans une bourgade qui s'enlise dans une monotonie déprimante. Léon, pour justifier les verres de bière que Jack lui paie parle de la ville, du maire qui est devenu député cinq ans auparavant, de son prochain remariage après un veuvage de deux ans. De son manoir sis en haut de la colline.

Un gandin qui détone dans ce bouge interpelle Jack, lui intimant l'ordre de repartir d'où il vient. Il n'a rien à faire dans le patelin le sermonne-t-il. Heureusement le patron du café s'interpose et de sa grosse voix ordonne à l'importun de déguerpir. Ce trublion n'est autre qu'Antoine Bresson, le fils du maire. Un individu prétentieux, et querelleur, surtout lorsqu'il a un verre de trop en travers de l'œsophage.

Honnête, Jack se rend chez le propriétaire de la maison dans laquelle vivait son père. Et il apprend avec surprise que son père, qui n'avait jamais eu un sou devant lui, ni derrière non plus, a acheté la bicoque. Et chez le notaire, nouvelle surprise. Son père a non seulement acheté la maison mais de plus il a payé en liquide. Jack le marin nage en pleine confusion.

Il se promet de mettre tout ça au clair, alors il prend une chambre d'hôtel. Il ne peut pas dormir dans la bicoque paternelle. Pas tant parce qu'elle est délabrée, n'ayant jamais été entretenue, mais parce qu'elle lui remémore trop de mauvais souvenirs.

Il se rend chez le maire, pour rien. Sauf à retrouver le fils de celui-ci qui se montre encore une fois désagréable. En repartant il est tabassé par deux policiers municipaux, une nouveauté pour la bourgade qui auparavant ne possédait qu'une gendarmerie. Afin de panser ses blessures, il consulte le médecin qui sait des choses, mais qui ne dit rien, se retranchant derrière le secret professionnel. Le soir alors qu'il se promène sur la port, Jack est agressé par trois inconnus. Ceux-ci ne savent pas qu'il est un spécialiste des sport de combat et ils repartent mal en point. Tous ces petits faits mettent la puce à l'oreille de Jack. Il gêne, sans aucun doute. Mais qui et surtout pourquoi. Alors Jack décide de prolonger son séjour et de tirer les choses au clair. Et Jack est un homme du genre : si tu ne veux pas de moi, je reste. L'esprit de contrariété.

 

Si le lecteur découvre au fil des pages, des chapitres, quelques secrets, quelques épisodes antérieurs, Jack lui n'est au courant de rien. Ses investigations ne sont donc pas des révélations pour celui qui le suit au travers de ses démarches. Mais Gilbert Gallerne est un vieux routier qui sait ménager ses effets, et lorsque l'on croit avoir tout compris, tout est remis en question et de nouvelles révélations proposent de nouvelles pistes.

Dans une ambiance et une atmosphère à la Georges Simenon, celles qui prévalaient dans ses romans noirs, Gilbert Gallerne développe une intrigue plus retorse qu'écrivait le célèbre romancier belge, créateur de Maigret. On y retrouve la pluie, le port, la décrépitude, les petites gens noyés dans l'alcool et la déche, les notables peu scrupuleux, les fils de famille dévoyés, les secrets enfouis derrière les rideaux ou dans une valise, mais avec un regard plus moderne, plus inquisiteur, le tout décrit en peu de pages, mais avec une force de persuasion et le goût du mystère que sait si bien mettre en avant Gilbert Gallerne qui signe ici son grand retour. Et l'épilogue est...renversant !  


Retrouvez Gilbert Gallerne avec : L'Ombre de Claudia.


Gilbert GALLERNE : Je suis le gardien de mon frère. Objectif Noir. Parution le janvier 2014. 190 pages. 18,19€ pour la version brochée. 4,99€ pour la version Kindle chez Amazon.

Repost 0
4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 07:56

Sérum physiologique ou des Caraïbes ?

 

serum.jpg


Janvier 2012. Une jeune femme éperdue, angoissée, traquée tente d'échapper à ses poursuivants en se réfugiant dans le Brooklyn Museum. Les touristes sont nombreux et elle espère pouvoir se perdre dans la foule. Peine perdue. Des intrus se faufilent à sa suite et elle parvient à se cacher derrière une statue de Rodin. Elle adresse une supplique aux caméras de surveillance et trouvant un fil électrique derrière le socle elle tire dessus. L'alarme se déclenche provoquant la panique, d'autant que les individus n'hésitent pas à se servir de leurs armes. Elle réussit à fuir par une ouverture et fonce vers le parc. Les tueurs l'atteignent à la tête mais les policiers immédiatement prévenus par l'alarme convergent vers l'endroit où elle. Les meurtriers se fondent dans la nature.

Alors qu'elle termine son service, le détective Lola Gallagher est invitée impérativement par son supérieur à se rendre sur place. Une fois de plus elle ne sera pas à l'heure pour coucher son fils Adam qui est confié à une garde à domicile. En examinant la jeune femme elle décèle un souffle de vie et la victime est immédiatement transportée à l'hôpital. Par manque de pièces d'identité il est impossible de donner un nom à la patiente. Seule une alliance propose deux prénoms : Mike et Emily. C'est maigre comme indice, d'autant que le relevé d'empreintes ne donne rien. Aucune trace de dermatoglyphe apparait sur les feuilles encrées. Un mystère qui sera suivi par bien d'autres. De plus Emily, ce prénom lui étant donné par défaut, sortie de son coma ne se souvient de rien. Elle est amnésique. Et les événements récents ainsi que de son passé lui échappent.

Lola Gallagher vit seule avec son fils de dix ans, le père étant parti un beau jour sans donner d'explications, ce qu'Adam accepte mal. Mais Lola possède quand même quelques amis sur lesquels elle pense pouvoir compter. Son frère Chris, le docteur Draken ainsi que le policier informaticien Detroit. Et toutes ces personnes vont jouer un rôle plus ou moins important dans cette histoire.

Revenons à Emily qui se remet de sa blessure à la tête. Elle est transférée dans un appartement réservé à la protection des témoins et des papiers lui sont fournis au nom d'Emily Scott, quoique ce prénom ne ravive en elle aucun souvenir. Avec Detroit son collègue informaticien Lola cherche à comprendre ce que la jeune femme a pu vouloir dire en regardant les caméras de surveillance. Les bandes vidéo sont transmises à un service d'experts mais les mouvements de foule rendent cette lecture difficile. Seuls quelques mots parviennent à être décryptés. Et parmi les anonymes qui entrent et sortent du musée, un homme affublé d'un chapeau qui lui cache le visage. Le même que celui qui est repéré à la descente d'autobus emprunté auparavant par Emily. Mais Detroit est aussi un petit curieux qui ne se gêne pas pour fouiner dans les affaires de Lola lorsqu'elle est absente. Ce n'est pas par jalousie, même s'il leur arrive de coucher ensemble pour des raisons purement hygiéniques, mais il aime bien s'immiscer. C'est ainsi qu'il découvre qu'une lettre adressée à un certain Chris lui fait part qu'il est atteint d'un cancer à un stade très avancé. Or s'il s'agit du frère de Lola, il ne comprend pas pourquoi ils ne portent pas le même nom, Lola ayant repris son nom de jeune fille. Et d'autres petits secrets l'interpellent également.

 

serum1.jpgLe docteur Draken est un psychiatre que connait bien Lola. Il est parfois embauché par la police dans des affaires qui requièrent ses compétences. Il n'est pas chaud pour examiner Emily, se demandant s'il va être payé car il ne s'agit par d'une thérapie sollicitée officiellement. Le cas l'intéresse pourtant et il propose à Lola de tenter une expérience qu'il a déjà pratiquée auparavant. Et pour cela il est assisté du docteur Ben Mitchell un neurophysiologiste aveugle. Pour cela il injecte un sérum de sa composition afin de déclencher une hypnose qui devrait permettre de vaincre l'amnésie. Ce qu'Emily révèle sous l'influence de la drogue n'est pas un afflux de réminiscences mais plutôt des visions sous formes de cauchemars.

Dans l'ombre un mystérieux individu portant chapeau dirige ses hommes et lorsque ceux-ci, pour une raison ou une autre ne lui conviennent plus, il les abat froidement. Il est à la recherche active d'Emily et la chasse est ouverte. Sans oublier un couple fondateur du site Exodus2016 qui fournissent aux principaux journaux internationaux des informations qui devraient rester secrètes.

 

Et ce ne sont que les prémices de cette histoire qui se décline enserum2.jpg six épisodes, comme les feuilletons d'antan ou les séries télévisées de nos jours. Je plains les lecteurs qui ayant acheté les six volumes de cette saison 1, la parution s'échelonnant du 5 avril 2012 au 5 décembre 2012 soit un épisode environ tous les deux mois, devaient attendre pour connaître les suites des aventures de Lola, d'Emily, du docteur Draken et consorts. Heureux sont ceux qui ont su se montrer patients. Ils vont pouvoir découvrir en un seul volume ces épisodes qui s'enchaînent inéluctablement les uns aux autres, et le lecteur happé par cette intrigue fourmillante ne voit pas le temps passer.

Tous les ingrédients destinés à captiver le lecteur sont réunis : angoisse, suspense, enquête, expériences médicales ou paramédicales, incursion dans le fantastique, ingérence politique, personnages inquiétants, au comportement trouble, drames humains, familiaux, guerre des polices, le FBI désirant s'accaparer de cette affaire tandis que Lola s'y accroche comme à un os, péripéties foisonnantes et bouillonnantes, scènes d'anthologie et cinématographiques.

Un roman digne d'un Alexandre Dumas !


Henri LŒVENBRUCK & Fabrice MAZZA : Sérum. Saison 1, l'intégrale (épisodes 1 à 6). Editions J'Ai Lu. Parution le 22 Janvier 2014. 800 pages. 14,99€.

Repost 0
3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 07:51

Œil pour œil ?

 

alphaville9.5.jpg


Visiblement Roland Sadaune s’est amusé en écrivant ce roman un peu hors normes, mais il s’est imposé également un challenge : transposer son Val d’Oise et ses protagonistes aux Etats-Unis. Ce qui donne un mélange savoureux d’expressions américaines, de personnages issus du western, avec un décor de banlieue coincé entre urbanisme et ruralité. Le tout truffé de petits clins d’œil à la littérature et au cinéma d’outre atlantique.

Le capitaine Milos Seven du bureau Investigations d’Alphaville n’en croit pas ses yeux. La vague de meurtres qui entachent une partie du Vexin territory le ramène à une vieille affaire qui continue à le cauchemarder. Comme si le Zombie Nigth était de retour des flammes de l’enfer. Et d’ailleurs Seven en porte toujours des cicatrices qui l’obligent à s’affubler en permanence de lunettes lui cachant les yeux. Cameron Jaffes, un écrivain local de polars régionalistes est retrouvé dans une décharge, nu, propre sur lui, le regard vide. Normal, l’homme a été énucléé. Mais une deuxième (c’est bien une deuxième, car la liste n’est pas close !) victime, Angela Greer, est retrouvée dans les mêmes conditions, sous le pont d’Argenteuil.

Entre enquête et ressassements de souvenirs qui lui engendrent des moments de déprime, Seven joue au cow-boy solitaire, hargneux, ténébreux, façon Clint Eastwood dopé à l’ecstasy. D’ailleurs il n’apprécie guère sa hiérarchie, dont Shark surnommé le Requin, ses collègues comme Duncan, alias The Titanic car toutes les affaires qui lui passent entre les mains coulent, et quelques autres. Seul Travis, son coéquipier trouve grâce à ses yeux, et encore. Il lui faudra souffrir et posséder beaucoup d’abnégation pour mener à bien cette enquête qui le traumatise. Et la réception d’un DVD expédié par Nameless montrant Angela, la deuxième victime, vivante, attachée et torturée dans un lieu clos, ne lui remonte pas le moral. Le tueur lui ne perd pas de temps en tergiversations et un troisième écrivain, Ray Flint, est lui aussi soustrait à la vue et à la vindicte de Nameless.

Au-delà de l’histoire, on retiendra surtout deux points sur lesquels Roland Sadaune construit sa trame. D’abord, l’emploi de mots américains qui parsèment l’ouvrage l’est fait sciemment. Car je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais la publicité écrite ou télévisuelle est pratiquement dédiée à ce vocabulaire, même lorsqu’il s’agit de promouvoir des produits français. Sans parler des boutiques qui nous entraînent, via leurs enseignes, au plus profond des états américains, restauration ou autres. Je ne parle pas des protagonistes qui portent tous un nom anglo-saxon, souvent en référence à des auteurs ayant fait le bonheur de lecture de milliers d’amateurs de romans policiers et noirs, ou à des acteurs, puisque je l’ai déjà évoqué en préambule.

Ensuite, petit coups de griffes à ces éditeurs provinciaux, qui partant d’un bon principe éditent les poulains du cru, mais qui choisissent soigneusement les titres des romans publiés avec des sources plus ou moins locales en forme de jeux de mots, histoire d’appâter le chaland touriste ou autochtone. Genre A chats perchés au Perchay, On a volé la comtoise de Pontoise. Régionalisme oblige. Cela me ramène quelques décennies en arrière, avec des titres signé Jean Bruce, Tactique arctique, Gâchis à Karachi, Du lest à l’Est, Cinq gars pour Singapour, Cache-cache au Cachemire, Agonie en Patagonie…

A lire avec un œil amusé, malgré la noirceur de l’histoire et ce problème d’énucléation.


A lire de Roland Sadaune : Deauville entre les planches; Le Loup d'Abbeville; Game Auvers; La vie en ronces; Dernière séance et l'indispensable Facteurs d'ombres.


Roland SADAUNE : Alphaville 9-5. Route 66. Val d’Oise éditions. Parution avril 2010. Réimpression mars 2014. 306 pages. 13,80€.

Repost 0
2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 09:46

Bon anniversaire à Gilbert Gallerne né le 2 avril 1954 !

 

claudia.jpg


Nathalie, impliquée malgré elle dans un scandale dans une clinique de Rouen, revient dans la petite ville de son enfance, à Vernon. Elle s’installe en tant que généraliste, reprenant le cabinet du docteur Baron, décédé lors d’une chute dans son escalier. Dans le même immeuble vit le docteur Mercadier, un psychiatre, collectionneur de poupées.

Gisèle est l’une des premières personnes que retrouve Nathalie. Une plongée de douze ans en arrière, lorsqu’elles étaient adolescentes. Gisèle, la souris grise qui n’a pas changé. Toujours aussi humble, effacée. Elle travaille chez les uns et les autres, effectuant des heures de ménage, et vit toujours avec sa mère, une femme despotique.

Béatrice habite elle aussi à Vernon et a réussi sa vie professionnelle. Elle a gommé sa trentaine de kilos superflus et aujourd’hui ses rondeurs frisent les mensurations idéales. Et comme les trois mousquetaires (qui n’étaient pas quatre comme tout le monde le sait puisque d’Artagnan n’était que garde du roi, aspirant mousquetaire) ce petit groupe d’adolescentes était complété avec Amélie qui a disparu sans laisser de traces depuis sept ou huit ans.

Elles s’étaient imaginé un univers bien à elle avec en point de crête une imaginaire Claudia, reflet d’elles-mêmes ou de ce qu’elles auraient souhaité être. Le retour au bercail de Nathalie semble gêner quelqu’un : une voix mystérieuse la menace la nuit, des appels téléphoniques de supposés patients la conduisent à l’autre bout de la ville pour rien, les pneus de son véhicule sont crevés. Une persécution qui atteint son apogée lorsqu’elle manque être écrasée par une voiture.

Les évènements prennent de l’ampleur et ce qui aurait pu n’être à l’origine que des blagues idiotes transforment rapidement la vie de Nathalie en cauchemar. Claudia se manifeste partout, en tout lieu, en toute période du jour et de la nuit. Claudia, qui selon le docteur Mercadier pourrait être la manifestation d’une entité créée par un inconscient collectif, devenue réelle et exerçant une forme de vengeance à l’encontre de celles qui l’avait inventée. Un ectoplasme malfaisant. Une conjecture qui ne satisfait pas Nathalie, malgré les morts qui jalonnent son retour.

 

Gilbert Gallerne joue insidieusement avec le lecteur en lui proposant des pistes qui s’effritent peu à peu, le guidant sur des chemins de traverse, usant d’une approche fantastique avec la rigueur d’un magicien confirmé. Il place un jeu de miroirs déformants qui s’alignent tout au long des chapitres (68 plus un prologue et un épilogue) afin de mieux jeter la perturbation dans un esprit rationnel tout en offrant un final d’une logique implacable.

Et même si vous découvrez la solution avant la fin, ou croyez la découvrir, vous doutez de vous et continuez avec des palpitations tant l’atmosphère d’angoisse, de terreur presque, est entretenue et monte crescendo. Ce roman avait bénéficié d'une parution inédite chez France-Loisirs.

 

A lire de GIlbert Gallerne : Le patient 127 et Je suis un écrivain (réédité en version Kindle).

 

 

Gilbert GALLERNE : L’ombre de Claudia. (Première édition France Loisirs. 2003). Réédition éditions City le 2 février 2011. 304 pages. 21,40€.

Repost 0
1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 13:43

Un roman charpenté qui ne prend pas l'eau...

 

hermione.jpg


Célèbre dans les années soixante et soixante-dix pour ses Demoiselles, la cité de Rochefort-en-mer connut la célébrité peu flatteuse au XVIIIe et milieu XIXe siècle pour son bagne, puis en 1926 la fermeture de l'arsenal scelle le déclin de la cité portuaire située sur une boucle de la Charente. Depuis l'agglomération de vingt-cinq mille habitants environ s'est engoncée dans la torpeur commune aux petites villes de province. Seules deux entreprises rythment depuis une petite vingtaine d'années le cœur de la cité, Aviatics, une boite de construction aéronautique et dans les radoubs la construction de l'Hermione, réplique de la frégate royale qui transporta Lafayette aux Amériques en 1780 lors de la lutté pour l'indépendance de ce qui deviendra les Etats-Unis.


hermione2.jpgMais en ce début de l'année 2013, une affaire macabre réveille les Rochefortais. Un menuisier qui travaille sur l'Hermione vient d'être découvert assassiné devant chez lui, d'un coup de couteau porté au cœur. Une empreinte de pas est relevée avec la particularité d'une pointure peu commune, du 49, et d'une usure sur le côté. La compagne de Guillaume Marchand, le défunt, est infirmière et travaillait de nuit. Donc à priori à écarter dans la liste des coupables présumés. Elle est cataloguée par ses voisins et connaissances comme une personne à l'abord peu amène et jalouse. Quant à son compagnon c'était plutôt un bon vivant grande gueule.

Le commissaire Pierre Camdebourde, dont la mutation à La Rochelle était assortie d'une promotion, est chargée de l'affaire et Bertrand Venise, qui officie à Rochefort, lui est adjoint. Autant Camdebourde est bourru, colérique, soupe au lait, autant Venise est plus calme, pondéré, peut-être plus naïf. Ils recherchent du côté des ouvriers travaillant à la construction de l'Hermione, et l'un d'eux, un jeune, est timide, pleurnichard, solitaire. Seule la pensée d'évoquer la frégate ou son métier de menuisier l'enflamme. Il n'a que pour ami le serveur du restaurant où les deux policiers prennent l'habitude de se désaltérer ou sustenter. Celui-ci est aussi un ancien du chantier mais son contrat n'a pas été reconduit.

Mais un meurtre en appelle un autre, et c'est au tour du contremaître d'être assassiné dans les mêmes conditions. Un coup de couteau en plein cœur, et porté de face comme si le meurtrier désirait que la victime voit la mort arriver. Apparemment cela ne suffit pas car les notables de la ville, le maire actuel, le prétendant (les élections municipales sont proches), reçoivent des lettres de chantage du genre : L'heure est grave. Moulin, faites gaffe. Pour l'instant, c'est encore vous le maire. Et c'est vous qui serez responsable d'une tragédie. C'est écrit en police de caractère Papyrus, et bien évidemment c'est signé anonyme. Même le site de la mairie est piraté !

Les journalistes locaux puis régionaux ne tardent pas à s'engouffrer dans la brèche, il faut bien alimenter les colonnes des quotidiens, tandis que Maxence Fleming, le président de l'association Hermione-Lafayette quitte Paris pour rejoindre Rochefort.

 

Ce roman, dont l'intrigue est simple et convenue, est surtouthermione3.jpg intéressant par la description d'une ville provinciale engluée dans son double passé. Les faits historiques sont relatés avec pertinence mais sans esprit pédagogique superflu, sans être didactiquement arrogant comme peuvent s'exprimer des historiens lorsqu'ils se penchent sur leur ville et leur environnement. De plus le tournage du film Les Demoiselles de Rochefort par Jacques Demy reste ancré dans les mémoires, même de celles des touristes qui s'attendent à voir les sœurs Françoise Dorléac et Catherine Deneuve interprétant les jumelles de fiction, les entendre chanter et évoluer dans les rues.

Les personnages du commissaire Camdebourde et de son adjoint Venise sont également à mettre en avant. On se croirait en face de la réplique du commissaire Bourrel, interprété par Raymond Souplex de 1958 à 1973, et de son fidèle adjoint Jean Daurand dans le rôle plus effacé de l'inspecteur Dupuy. Le comportement bourru et irascible de Bourrel et celui plus placide de Dupuy sont retranscrits dans les deux enquêteurs qui évoluent dans ce roman, et le principe de l'intrigue est le même, c'est-à dire de mettre le commissaire en face d'un milieu professionnel et social qu'il ne connait pas ou peu.

Mais sa vie familiale est aussi assez désordonnée. Séparé de sa hermione4.JPGfemme, il vit avec Patricia. Seulement si elle réside à Rochefort, appelée aussi la cité de Colbert, lui préfère vivre à La Rochelle sur son lieu de travail habituel. Ils ne se retrouvent donc que quelques soirées par semaine, ce que Patricia n'apprécie guère, et d'ailleurs sa meilleure amie Lola ne se prive pas de la chahuter sur ce choix. Mais Lola est une bipolaire qui peut changer d'avis et d'humeur en un rien de temps, et ses avis tranchés basculent souvent au cours d'une discussion. Quant à Kévin, le fils de Camdebourde, qu'il accueille lors des vacances, c'est un adolescent cool, d'ailleurs c'est son mot de prédilection. Il poursuit ses études, tente de les rattraper mais a toujours une étape de retard. Et son comportement ne plait pas toujours à son père commissaire qui se sent débordé.

Un roman qui se laisse lire avec plaisir tout autant pour la description des lieux et des personnages, que pour une intrigue simple, mais pas simpliste, et qui joue avec des retournements de situation. Certes prévisibles mais bienvenus.


Marie-Claude ARISTEGUI & Arnaud DEVELDE : Sinon... L'Hermione coulera. Editions du Caïman. Parution le 14 mars 2014. 254 pages. 12,00€.

Repost 0
1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 07:57

Bon anniversaire à Florence Bouhier née un 1er avril 1961.

 

tortues.jpg


Rien de mieux, pensent certains, qu’un bon pavé, c’est-à-dire un gros, très gros livre, pour occuper ses loisirs pendant la période estivale. Il est vrai que sur la plage, les pavés servent d’oreiller le plus souvent. Mais pour le lecteur, à moins qu’il cherche à parfaire sa musculature, tenir un épais roman à bout de bras n’est pas l’idéal, même pour se protéger des rayons ardents du soleil.

Lorsqu’il y en a ! Moi, personnellement, je préfère les petits ouvrages sympathiques, faciles à emporter, ne prenant pas trop de place dans les bagages, comme ceux que je vous propose régulièrement. Et la qualité n’est pas fonction du poids ! Malheureusement les auteurs ont tendance actuellement à ne produire que des pavés, longs à lire, au détriment de leurs confrères puisque le temps passé à lire un ouvrage conséquent nuit à la lecture d'autres romans.

Florence Bouhier, nouvelle venue au Masque (c'était en 1998) et déjà cataloguée comme Reine du Crime, décrit avec une certaine perversité angoissante la dégradation d’un univers familial vécu et raconté par un adolescent.

Naïf, impressionnable, Brice est le jouet de son frère Adam dont l’exercice favori est de traîner le soir dans les rues afin d’apeurer les femmes seules. Brice est fasciné et dégoûté à la fois par ce frère hâbleur, menteur, cruel et propriétaire de deux tortues qu’il laisse vagabonder sur la table au grand dam de la grand-mère Joséphine.

Acariâtre, Joséphine s’est incrustée dans le cocon familial, pour le plus grand plaisir du père de Brice. Constance, la mère, est obligée de subir. D’ailleurs Constance vit en automate, comme ceux que construit le père. Elle a abandonné le chant, elle qui aurait pu prétendre devenir une diva, à la demande paternelle, pour s’occuper des enfants et de la maison. Elle s’est sacrifiée, sans recevoir de remerciements en retour. Jusqu’au jour où Julia, la tante Julia, célibataire, le vilain petit canard de la famille, propose à sa belle-sœur de participer avec elle à une chorale. Constance revit, elle est heureuse. Tellement revigorée qu’elle quitte la maisonnée. Brice ne comprend pas pourquoi sa mère fugue.

Baignant dans une atmosphère d’angoisse, parfois à la limite du fantastique, ce roman de Florence Bouhier aurait pu être écrit par Ruth Rendell. A ne pas confondre non plus avec Odile Bouhier dont quelques romans sont édités aux Presses de la Cité.


Florence BOUHIER : La Nuit des tortues. Le Masque N° 2370. Parution mars 1998.

Repost 0
Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
commenter cet article
31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 08:55

Comme disait ma grand-mère : Il ne faut pas confondre Témoins de Jéhovah et témoins de Gévéor. Au moins ces derniers ne refusent pas une transfusion par voie stomacale le sang du Seigneur contenu en bouteilles d’un litre.

 

arab-jazz.jpg


A quoi servent les prix littéraires ? A reconnaître la valeur littéraire d’un roman et celle de son auteur. Sans l’obtention du Grand Prix de Littérature Policière 2012, je ne suis pas sûr que je me sois penché sur cet ouvrage. Et c’eut été dommage.

Dès les premières pages de ce roman je me suis senti, comme Alice, aspiré par une force qui propulse de l’autre côté du conscient et projette l’esprit dans un vide abyssal tapissé de livres.

Ploc, ploc, ploc… Ahmed Taroudant qui rêvasse sur le balcon de son petit appartement du 19ème arrondissement parisien effectue subitement un retour à la réalité. Il pleut. Ploc ! Première goutte sur le visage. Ploc ! Deuxième goutte qui s’écrase sur la manche de sa gallabiyah blanche. Ploc ! Troisième goutte sur le bout de son nez. Force lui est de constater qu’il ne s’agit pas d’eau mais de sang. Levant les yeux Ahmed découvre un pied puis un corps. Celui de Laura, sa voisine du dessus. Il n’a pas besoin d’utiliser la clé que la jeune femme lui avait confiée pour soigner ses plantes lors de ses absences, elle est hôtesse de l’air, car la porte est entrouverte.

Ahmed est un grand lecteur de romans policiers. Il achète ses bouquins au kilo chez Monsieur Paul, un bouquiniste arménien du quartier. Un fois lus, il empile les romans contre les murs de son studio. Il a calculé, le poids est évalué à deux tonnes cinq. Tout ça pour dire qu’Ahmed sait ce qu’il ne faut pas faire : se déplacer jusqu’au corps sans laisser d’empreintes. A peine redescendu chez lui, les policiers, représentés par Rachel Kupferstein, une rousse flamboyante, et Jean Hamelot, un brun ténébreux, se pointent chez Laura, accompagnés de membres de la Scientifique. Un appel anonyme en provenance d’une cabine téléphonique située dans le 18ème arrondissement, les a prévenus de ce meurtre et du cadavre en exposition. Une sorte de mise en scène macabre les interloque : un rôti de porc cru trône sur la table et les fleurs des trois orchidées décapitées sont disposées en triangle sur la cuvette des W.C.

Ahmed se sent redevable envers Laura qu’il soupçonnait de l’aimer sans oser se déclarer. Alors il décide de retrouver son meurtrier, concomitamment à l’enquête des deux policiers. Grâce à la bignole de l’immeuble, les deux policiers peuvent baliser leurs recherches. Laura, outre Ahmed, avait trois amies : Bintou, Aïcha et Rebecca. Or Rebecca a disparu d’un seul coup, comme ça sans prévenir. Le patron d’un kebab que Jean fréquente régulièrement lui apprend qu’une nouvelle substance circule dans le quartier, des pilules qui ressemblent à de l’ecstasy mais en beaucoup plus fort. Bintou et Aïcha sont elles aussi des fidèles du kebab et une rencontre improvisée permet aux deux policiers d’apprendre de la part des deux jeunes filles que les parents de Laura sont Témoins de Jéhovah et qu’ils habitent à Niort. D’ailleurs Laura avait claqué la porte de chez elle à sa majorité. Elles parlent aussi de garçons trop religieux, que Jean connait plus ou moins. Moktar et Ruben, un salafiste et un hassid, et leurs frères Alpha et Mourad. Tous quatre s’étaient constitués en groupe de rap, les 75-Zorro-19. Si Moktar, Mourad et Alpha fréquentent régulièrement une salle de prière salafiste, Ruben quant à lui appartient à une nouvelle mouvance hassidique, groupe formé par des Juifs de Tiznit au Maroc, dissident d’un mouvement d’origine biélorusse et qui se sont donné leur propre chef religieux messianique à Brooklyn.


arab-jazz2.jpgCe roman dégage une ambiance personnelle proche de celles de Simenon, une journée étrange comme en apesanteur… et de Fred Vargas, sans que l’on puisse parler de véritable influence. Les personnages ne se fondent pas dans un moule, mais sont tous comme des modèles uniques. Ahmed par exemple, lecteur vorace, est en arrête-maladie depuis cinq ans et perçoit l’Allocation Adulte Handicapé depuis plus de trois ans. Il est atteint de dépression chronique depuis que veilleur de nuit dans un magasin de meubles il a été le témoin d’un meurtre. Il a même séjourné dans un hôpital psychiatrique où il a retrouvé l’un des habitants du quartier. Le commissaire Mercator, afin de mieux se concentrer sur les rapports oraux de ses adjoints, dessine sur du papier qu’il achète sur ses propres deniers des ronds, un cercle par feuille, toujours centré et de la même taille, à main levée. Seuls les policiers du 18ème ne dérogent pas vraiment à l’idée que l’on se fait des brebis galeuses. Quant aux autres protagonistes, ils sont aussi à découvrir.

Une communauté qui en englobe plusieurs, où Arabes Islamistes et Juifs vivent en bonne intelligence, jusqu’à un certain point. Car il est bien connu que si l’on ne veut pas se fâcher avec sa famille et ses amis il vaut mieux éviter de parler politique et religion. Et l’on s’aperçoit que les convictions religieuses affichées ne sont parfois que des façades qui permettent d’obtenir un statut et de jouer un rôle prépondérant dans la société.


Karim MISKE : Arab Jazz. (Première édition Editions Viviane Hamy ; collection Chemins nocturnes - mars 2012). Rééditions Editions Points. Parution le 13 mars 2014. 336 pages. 7,60€.

Repost 0
30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 08:00

Il vous a à l'œil !

 

regard.jpg


On peut être un habile négociateur, et néanmoins effectuer une boulette, voire même une bavure. C’est ce qui est arrivé sept ans auparavant à Alex Zorbach, policier chargé de parler aux suicidaires afin de les empêcher de passer à l’acte. Une jeune femme tenant un bébé dans ses bras voulait franchir le parapet. Alex semblait avoir persuadé la jeune femme de ne pas sauter lorsqu’un mouvement mal interprété lui a fait commettre l’irréparable. Il a tué la suicidaire d’une balle dans la tête. Depuis il se remémore souvent ce triste épilogue qui lui procure des cauchemars. Il a consulté des psychiatres et s’est mis en disponibilité afin de devenir journaliste dans le principal journal berlinois, tenant la rubrique consacrée aux investigations judiciaires.

Ce jour-là, Alex emmène son fils Julian dans un hôpital berlinois pour enfants. Julian se débarrasse de ses anciens jouets pour en faire don. Pourtant lui aussi aurait peut-être besoin d’être hospitalisé, car il tousse comme s’il couvait une bronchite, mais Nicci préfère consulter des chamans dont le potentiel médical n’est pas prouvé. Nicci est la femme d’Alex, ou était, car ils sont en instance de divorce. Alex est préoccupé car il ne retrouve pas son portefeuille. Peut-être l’a-t-il oublié dans sa voiture, car il a l’habitude de le placer sur le siège avant avec quelques bricoles afin de ne pas être encombré pour conduire. Il décide donc d’aller vérifier laissant Julian continuer sa distribution.

C’est en cherchant le fameux portefeuille qu’il entend dans le scanner, l’appareil qui lui permet de capter la radio de la police, un appel qui aussitôt lui fait tout oublier. Un cadavre vient d’être découvert, imputé au Voleur de regards dont c’est la quatrième partie.

Trois cadavres de femmes ont ainsi été retrouvés, leur enfant disparu puis après un laps de temps déterminé, les policiers n’ayant pu découvrir à temps le lieu où le Voleur de regards l’avait emmené, puis la découverte du gamin mort et énucléé de l’œil gauche. La machine est une nouvelle fois relancée et Alex s’empresse de se rendre sur les lieux de la découverte macabre. Il s’habille en conséquence, comme lorsqu’il officiait sur les scènes de crimes et s’approche du lieu où git le cadavre de la femme. Sur place se trouvent déjà Stoya, son ancien collègue, et Scholle, un policier plus âgé et vindicatif. Les deux hommes n’apprécient pas l’intrusion d’Alex et le lui font savoir. D’autant que jamais ils n’ont lancé un appel sur la fréquence que possède Alex sur sa radio, puisqu’ils ont changé de code. Premier mauvais point pour Alex, qui peu après apprend par Franck, un journaliste stagiaire avec lequel il s’est lié d’amitié, que son portefeuille a été retrouvé non loin du cadavre. Aussitôt il devient le suspect numéro 1. Alex décide alors de prendre du recul pour mieux réfléchir.

Il se réfugie sur son bateau aménagé en petit appartement, en traversant la forêt proche de Berlin, empruntant à pied un étroit chemin que lui seul connait, croit-il. Il est stupéfait d’y trouver une jeune femme avec un chien. Alina est aveugle et physiothérapeute. Mais le plus surprenant c’est que si elle est sur le bateau, c’est parce qu’il l’aurait appelée et donné rendez-vous dans sa cache. De plus, elle a eu un patient dont les ondes étaient maléfiques. Elle est persuadée, après discussion avec Alex qui lui avoue ses démêlés, qu’elle a été en contact avec le Voleur de regards. Mais les mauvaises nouvelles continuent à s’empiler sur le crâne d’Alex. La jeune femme qui vient d’être assassinée se nomme Lucia. Elle n’est autre que Charlie, qu’Alex connaissait bien, mais dont les relations étaient restées platoniques. Pourtant les endroits fréquentés par Charlie et Alex auraient plutôt eu des effets contraires, puisqu’ils se sont rencontrés par hasard dans un club d’échangistes.

Alina a des visions, qui les mènent des endroits susceptibles de retrouver l’enfant ou le Voleur de regards. Mais le temps presse car il est décompté. Ils sont aidés dans leurs recherches par Franck qui reste le seul interlocuteur entre eux, Ruth la directrice du journal et les policiers.

 

voleurs.jpgSebastian Fitzek développe cette histoire crispante en effectuant un compte à rebours. Si les chapitres se déclinent de l’épilogue jusqu’au chapitre Un, pendant que le temps s’écoule inexorablement, c’est dans un but bien précis : entraîner le lecteur dans une intrigue savamment construite, qui recèle bien des surprises, des rebondissements, des péripéties nombreuses et poignantes en le tenant constamment en haleine. Et le final est éblouissant de machiavélisme, pourtant comme dans ces précédents romans, Sebastian Fitzek pose ça et là les éléments, les indices, lesquels mis bout à bout sont indispensables pour arriver à la conclusion logique. Rien n’est laissé au hasard. Seuls Alex et Alina se laissent prendre aux pièges disséminés par l’auteur, mais c’est normal car ils ne sont que les pantins d’un manipulateur.

Le lecteur cartésien pourra rétorquer que certaines scènes ne tiennent pas la route, notamment celles dans lesquelles Alina joue un rôle prépondérant malgré sa cécité. Dans ses remerciements, intitulés A propos de ce livre, Sebastian Fitzek met les pendules à l’heure. Il s’est inspiré d’un personnage réel qui lui aussi a perdu la vue à l’âge de trois ans, comme son héroïne, mais de plus il a été en contact permanent avec des non-voyants et a soumis son manuscrit à un groupe composé de non-voyants et de malvoyants, ce qui lui a permis d’éviter des erreurs grossières, de ne pas tenir compte d’à priori désobligeants, de cerner au plus près leur univers. Intercalés dans le récit, la plupart du temps narré à la première personne, Alex s’exprimant, Tobias, le gamin enlevé décrit les affres qu’il subit au cours de ces quarante-quatre heures et quelque de réclusion.

Mais ce sont bien les relations père-fils qui sont au cœur de ce roman, relations que je ne détaillerai pas sous peine de déflorer (dans son sens littéraire) le sujet. Or ce sujet sensible, Sebastian Fitzek le traite avec force et pudeur, instillant peut-être un doute chez le lecteur. Son comportement envers ses enfants sont-ils sans reproches, doit-il privilégier ceci à cela, faut-il faire passer ce qui lui semble primordial avant de s’inquiéter de ce qui lui parait accessoire ? Bon nombre d’entre nous se sentiront concernés, mais heureusement la fiction reste la fiction et la réalité n’est pas toujours aussi lamentable ou tragique. Mais les bonnes questions sont posées et c’est à tout un chacun d’y répondre en son âme et conscience.


Sebastian FITZEK : Le voleur de regards. (Der Augensammler – 2010. Traduction de Jean-Marie Argelès. Première parution Editions de L’Archipel - Avril 2013). Réédition Le Livre de Poche Policier/Thriller. Parution le 12 mars 2014. 480 pages. 7,60€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables