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21 juin 2014 6 21 /06 /juin /2014 12:28

Cent micro-fictions !

Cent micro-frictions !

Cent micro-frissons !

 

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Alors que certains romanciers s'échinent à pondre des pavés, parfois indigestes, de cinq, six, sept cents pages, voire plus, s'engluant dans une histoire dont on se demande s'ils vont arriver à retomber sur leurs pieds, sans perdre en route un de leurs personnages, Jan Thirion adopte la démarche inverse. Tout est écrit en peu de mot et il devient l'un des chantres du minimalisme

Il nous propose de déguster un trou normand salvateur entre deux plats bourratifs.

Jan Thirion s'est imposé une contrainte. Ecrire un texte en mille signes. Et il a multiplié ces petites tranches de vie, ces instants pris sur le vif en cent vignettes colorées ou en noir et blanc. Un kaléidoscope d'images qui défilent sous nos yeux comme peut le ressentir un mourant qui revient à la vie et a revu son existence en quelques secondes avant de franchir la barrière. Mais celle-ci était trop haute et il s'est contenté de rester du bon côté. Ce qui ne l'a pas empêché de se remémorer des scènes qu'il pensait enfouies dans les limbes de sa mémoire. A nos actes manqués...

 

Afin de donner plus de poids, de véracité, de crédibilité, de complicité entre l'auteur et le lecteur, ces textes sont écrits à la première personne. La narration d'un vécu transposé, d'une rencontre dans un lieu public, d'une scène de la vie courante, d'une immixtion dans l'intimité des personnages ordinaires ou presque. Peut-être vous-même les avez-vous rencontrés lors de vos déplacements, dans un restaurant, sur le parking d'un centre commercial. Les avez-vous côtoyés, perdus dans leurs pensées revanchardes ou moroses, se précipitant pour on ne sait quelle raison.

Ainsi dans Un mauvais médecin, qu'est-ce qui pousse cette femme à hanter les centres commerciaux de sa ville ? Dans Un mariage réussi Un octogénaire danse le rock lors d'un mariage, quitte à dégringoler et réveiller son arthrose ou son arthrite, il ne sait plus trop. Mais qu'est-ce qui le pousse à vouloir épater les jeunes ? Une libraire, qui se dépêche de ranger dans les présentoirs la presse pour jeunes, car sa fille qui va accoucher la réclame, est braquée par un individu cagoulé. Mais elle pense reconnaitre le malandrin. Tel est le thème de Braquage à petite échelle. Mais qu'est-ce qui a donné l'idée à cette jeune fille d'enfiler un chandail en laine trop long et de s'approcher du feu où bout du lait dans une casserole. C'est vraiment Un accident domestique.

thirion2-copie-1Ce ne sont que quelques exemples, mais la palette scripturale de Jan Thirion est nettement plus complexe, élaborée, diversifiée, qu'elle pourrait laisser croire. Puiser dans le quotidien semble banal et en relever les traits saillants ne sont pas donnés à tout le monde. Et ces textes sont comme des billets d'humeur et d'humour noir qui pimentent des scènes supposées insignifiantes et qui prennent toute leur saveur sous la plume d'un décortiqueur malicieux.

Le lecteur assidu ne manquera pas de reconnaître certaines histoires, qui ont été retravaillées, légèrement remaniées et enrichies comme par exemple dans De la revanche dans l'air dont une version plus longue figure dans Dix rounds.

Jan Thirion utilise ses armes favorites : la dérision dans le dérisoire, l'humour dans le pathétique, le petit grain de folie au service d'une histoire banale.


A commander sur le site de  SKA librairie.


Jan THIRION : Tout moi. Editions du Horsain. parution 20 juin 2014. 112 pages. 10,00€.

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 07:55

Un épisode méconnu de la Première guerre mondiale !

 

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Tout comme la France fit appel lors de la Première Guerre mondiale, dite la Grande Guerre, à un contingent militaire en provenance de ses colonies, Sénégal, Maghreb, Madagascar… la Grande Bretagne puisa des réserves dans les territoires des Dominions, l’Australie en tête. Un total de 331 814 Australiens ont été envoyés en Europe, mais parce que les milices existantes n'avaient pas le droit de servir outre-mer, un groupement expéditionnaire de volontaires, l'Australian Imperial Force (AIF) fut créé à partir du 15 août 1914.

 

Sur le pont du bateau qui le ramène en Australie en ce début d’année 1919, Quinn Walker, un engagé volontaire qui a participé aux batailles de Gallipoli en Turquie, et en France, à Bullecourt notamment, Quinn songe. Il a été sérieusement blessé à la mâchoire (d’où le surnom de Gueules cassées), ses poumons sont mal en point à cause des gaz inhalés et il souffre de surdité. Il ressasse ses souvenirs d’avant son départ pour le front ainsi que ses faits d’armes, se souvenant des compagnons tombant près de lui. Il jette à la mer la médaille militaire qui lui a été remise pour sa bravoure, mais qu’en a-t-il à faire de cette breloque ?

S’il s’est retrouvé enrôlé dans les bataillons militaires, c’est à cause d’une vilaine histoire familiale qui s’était déroulé dix ans auparavant, le 5 juillet 1909. Sa petite sœur Sarah, alors que l’orage grondait sur Flint, en Nouvelle Galles du Sud (au Sud-est de l’Australie) a été assassinée à coups de couteau. Son père, Nathaniel Walker, et son oncle, Robert Dalton, qui s’inquiétaient de la disparition des deux enfants était partis à leur recherche. Les deux hommes ont retrouvés Sarah et Quinn l’un près de l’autre, Sarah morte et Quinn tenant une arme rougie par le sang de la fillette. Quinn a tenté d’expliquer qu’il n’y était pour rien, puis il s’est enfui dans la nature. Plus personne n’a eu de nouvelles de lui pendant des années. En 1916, Mary, la mère, a reçu des autorités militaires un télégramme annonçant que Quinn avait disparu au combat et qu’il était présumé mort.

Ce meurtre est comme un chancre dans sa mémoire. Il revient au pays, essayant de passer inaperçu engoncé dans ses habits de militaire. Alors qu’il s’approche du bourg, un vieil homme, considéré un peu comme l’idiot du village, le reconnaît mais Quinn lui fait promettre de ne rien dire. Et il en profite pour lui barboter son fusil qui lui sert à chasser les lapins. Il lui demande également des nouvelles du village, de sa famille.

Quinn se cache dans les bois, se nourrissant de bric et de broc, dormant dans des feuillis, étant à l’affût du moindre bruit. Revoir sa mère, une idée qui le tenaille depuis dix ans. Il se rend à la ferme familiale, lorsque son père s’en éloigne, afin de retrouver pour quelques moments sa mère. Celle-ci est couchée, atteinte de phtisie, mais les rumeurs alimentées par les superstitions affirment que la peste noire sévit dans le pays.

Au début elle ne veut pas reconnaître sa fils, persuadée qu’il est décédé en terre française. Mais celui-ci parvient à prouver qu’il est bien en vie, qu’il n’est pas un fantôme, et lui jure qu’il est pour rien dans le meurtre de sa sœur. Ce qui rassérène sa mère, secret qu’elle garde pour elle, car Nathaniel, le père est toujours colère contre son fils. Quinn lui rendre visite régulièrement, l’aider à prendre ses cachets, à boire son verre d’eau, ce qui soulage quelque peu la souffrante.

Les bruits qu’il entend dans les bois l’inquiètent jusqu’au jour où une gamine se plante devant lui. C’est une petite sauvageonne très mûre pour son âge, agressive et en même temps qui recherche une protection. Elle est orpheline, vit d’expédients, elle assurera d’ailleurs leur subsistance, sachant qui il est mais connaissant bien d’autres secrets. Il en est tout étonné mais Sadie possède plus d’un tour dans son sac. Elle l’encourage, lui fait quelques révélations, tout en restant sur ses gardes. Il leur faut se méfier, car un traqueur est à sa recherche et ils se réfugient dans une masure.


affliges2.jpgCe roman, articulé comme un roman policier de suspense, est également un récit émouvant basé sur le souvenir, la mémoire, mais également sur le désir de comprendre ce qu’il s’est réellement déroulé et le besoin de vengeance envers les véritables meurtriers dont Quinn connait l’un d’eux. Entre souvenances de sa sœur Sarah, de leur complicité, leur grand frère restant en dehors de leurs jeux, de leur connivence qui était mal vue et mal interprétée par les autres membres de la famille, surtout Nathaniel le père et Robert l’oncle, mais également par les villageois. Sarah n’avait que trois ou quatre ans de moins que Quinn, et pourtant elle s’érigeait comme une petite bonne femme dominatrice.


Les épisodes de la guerre en Europe remontent très souvent à la surface, Quinn ne peut s’en débarrasser. Mais d’autres événements ont ponctué son quotidien d’engagé volontaire. Ainsi un de ses compagnons d’arme l’a conduit à Londres chez une femme recevant dans son salon des amateurs de spiritisme, trois jeunes filles invoquant les esprits. Il n’aura pas l’occasion de voir Conan Doyle, qui est pourtant un habitué, mais une des gamines lui remet en catimini un message.

 

Roman de la douleur, de la rédemption, cette histoire hantera vos esprits comme hante dans l’esprit de Quinn la mort de sa sœur.

 

Chris WOMERSLEY : Les affligés. (Bereft – 2010. Traduction de l’australien par Valérie Malfoy). Première édition : Collection Les Grandes Traductions. Editions Albin Michel mai 2012. Réédition J'ai lu. Parution le 7 mai 2014. 318 pages. 7,60€.

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 12:15

Dès la première page, le ton est donné : « Mais comme on est dans un polar sérieux, je ne vais pas m’abaisser à écrire toutes ses répliques en petit rosbif. Faites juste un léger effort d’imagination ».

 

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C’est un peu comme du…. Continuons.

Virginia Valmain, célèbre détective de la région Nord, basée à Dunkerque, a une pile de dossiers et d’affaires à traiter, mais elle se laisse séduire non pas par la cliente dont le fondement a du mal à être absorbé par un fauteuil en cuir et qui lui fait face, mais de la demande de recherche qu’elle lui propose. Que le mari de madame Slatter ait disparu, vu la dégaine de sa conjointe serait un acte pardonnable, sauf que le dit époux est camionneur, qu’il transportait de la farine destinée à l’alimentation du bétail, qu’il n’a pas donné de ses nouvelles depuis six mois, et surtout que la dernière fois où il a été aperçu c’est à Saint Folquin.

 Or il semblerait que ce patelin, et ses environs, serait le nouveau triangle des Bermudes du Nord, dans lequel se seraient volatilisées quatre autres personnes, deux Français dont une femme, un Belge et un Allemand. Du pain béni pour la réputation de Virginia selon Mère-Grand, alias la tante de notre détective et dont Lao-Tseu partage le point de vue.

Attardons nous quelque peu sur ces deux nouveaux personnages qui entrent dans le décor. Mère-Grand, c’est 1,60 m à peine, pour près de 100 kg dont 15 au moins de nibards, deux sacs à farine en guise de poitrine, la petite cinquantaine bien marquée sur le visage, et dont la consommation d’alcool avoisine la demi bouteille de Bourbon. Si vous ne me croyez pas, lisez le livre, c’est Virginia qui décrit sa tante en ces termes. Et encore, je n’ai pas tout dit, ou écrit. Quant à Lao-Tseu, de son vrai nom Sidi Coulibaly, géant noir d’origine malienne, il doit son surnom à sa propension à citer le philosophe chinois, capable de mémoriser tout ce qu’il lit et limite autiste. Des personnages à la Dubout, et la galerie en comporte bien d’autres sur lesquels je fais l’impasse, sinon vous échapperiez au charme de la lecture. Je poursuis.

Voilà donc Virginia en pleine enquête à Saint Folquin, accompagnée d’un troisième larron, Curly, ainsi appelé à cause de la ressemble de son appareil supposé reproductif qui n’est guère plus conséquent que ce gâteau apéritif. Le village est envahi par des touristes voyeurs venus s’imprégner de l’atmosphère trouble de la bourgade et ils retrouvent avec un plaisir mitigé Adam Bathany, un policier qui a déjà goûté aux faveurs de Virginia. Les relations entre notre quatuor d’enquêteurs et certains villageois soulèvent des vagues. Les membres des familles des disparus, que rien ne raccorde entre eux, ne sont pas forcément perturbés par les disparitions, sauf lorsque leur vie privée et familiale subit des désagréments.

 

C’est un peu comme du…, écrivais-je en début de présentation de cette chronique. Je suppose que vous avez deviné que je parlais de San-Antonio, mais première époque. Calembours, interpellations au lecteur, notes en bas de pages, descriptions caricaturales des personnages, un humour omniprésent, tels sont les ingrédients qui composent ce roman agréable à lire, que dis-je à déguster. J’ai relevé pour le plaisir quelques sentences édictées par Lao-Tseu : « Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères » ou encore « Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas ». Des pensées que bien des hommes politiques, et d’autres, devraient mettre en application.

J’allais oublier de préciser que Maxime Gillio, spécialiste de l’œuvre de Frédéric Dard, est membre de l’association Les Amis de San Antonio, et qu’il est (ou était, je ne sais plus) le rédacteur en chef de la revue Le Monde de San Antonio. Il n’a pas écrit une parodie, ou un pastiche, mais plutôt une forme d’hommage. Dernière précision : la détective narratrice se nomme Valmain, comme Frédéric Valmain, auteur de romans policiers qui signait également James Carter, et dont certains affirment qu’il ne s’agirait que d’un des multiples pseudo de Frédéric Dard. Mais ceci est une autre histoire.


Virginia VALMAIN & Maxime GILLIO : Les disparus de l’A16 (Qui a peur de Virginia V.) Polars en Nord N°55, Editions Ravet-Anceau. Parution novembre 2009. 224 pages. 9,00€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 15:32

Deux nouvelles par l'auteur de Même pas morte !

 

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La nouvelle, l'autre facette du romancier, celle qui démontre que l'on peut toucher à tous les genres avec talent.

Le premier de ces textes, intitulé Les derniers romantiques, est un concentré d'humour macabre et dont le sujet pourrait paraître scabreux mais qui n'est que le reflet d'une époque à laquelle sont confrontés deux types contradictoires de personnages voués à la vindicte d'individus obtus.

Christelle est une étudiante en lettres qui sous le coup d'une menace d'expulsion a répondu à une petite annonce. Et elle s'est retrouvée dans le monde du porno, à passer quelques castings et tourner dans trois films. De la figuration intelligente, peu de texte à réciter et quelques apparitions en tenue légère. Elle consigne dans son agenda ses faits et gestes, ses découvertes et ses impressions. Du matériau qu'elle emmagasine puisqu'elle se destine au journalisme. Alors elle note, tandis qu'elle est à la terrasse d'un café, la proximité d'un jeune homme qui semble la regarder bizarrement. Il s'agit de Serge, Serguei pour les intimes de la pellicule, une pointure dans la profession. Ils sont attirés l'un par l'autre, mais on ne mélange pas la vie privée et la vie professionnelle. Alors s'ils couchent ensemble pour les besoins d'un tournage, ils se réservent pour plus tard. Mais Serge tourne également dans des films gays, même si ce n'est pas toujours joyeux, et certaines de ses prestations ont eu un grand succès sur le net. A la fin d'un tournage en costume, lui en curé elle en bonne sœur, des rôles de compositions, ils décident de se promener ainsi attifés. Pas vraiment la bonne idée.

 

La seconde de ces nouvelles, Nuits de noce, est un petit bijou d'humour à la Maupassant.

Madeleine ne compte plus les nuits de noce auxquelles elle a assisté. Mais jamais à la sienne. Ce soir là elle a été invitée au mariage de Camille, sa copine qu'elle connait depuis l'adolescence et peut-être même avant. Elle ne sont plus aussi intimes qu'avant, liées non plus, mais c'est sympa de la part de Camille d'avoir pensé à elle. Camille qui se marie avec Albéric, le rejeton d'un escroc qui a fui les ennuis judiciaires et fiscaux. Albéric qui doit tout à son oncle Pierre, lequel ne lâche les subsides qu'avec un élastique, son emploi, son mariage, son gâteau de noce, une pièce montée en forme de Ferrari. Pas Lolo, l'actrice porno, ni Laurence, la journaliste, mais l'écurie de courses automobiles, les bolides pour rupins. En réalité Albéric n'a rien, et il lui faudra faire ses preuves avant de pouvoir accéder au pactole de l'oncle Pierre qui a su faire fructifier les bénéfices de ses labos de cosmétiques.

Comme de bien entendu, il ya les invités, dont on ne sait d'où ils sortent, et il vaut peut-être mieux ne pas le savoir, la famille, les collègues d'Albéric, le gratin pas gratiné. Et Madeleine supporte, le groupe de greluches qui doivent animer musicalement la soirée, la bécasse qui déclare fêter ses noces de cire, en réalité elle n'est pas mariée et ne vit avec son mec que depuis un an ou deux, mais faut bien se faire remarquer, le voisin qui lui tripatouille le genou comme si c'était un haut lieu érogène...

Le manège d'Albéric l'interloque quelque peu. Il n'arrive pas à rester sur sa chaise. Il s'en va, il revient loupant deux ou trois plats, mais cela n'a pas l'air d'indisposer Camille, exécute deux ou trois tours de piste afin de bien montrer que c'est lui le marié. Et il ne compte plus les petits digestifs qu'il s'enfile. Camille, elle, reste stoïque. Madeleine voudrait bien parler avec Camille sur la terrasse, ou partir mais ce n'est pas l'heure, à moins qu'en montant à l'étage... Madeleine n'a jamais su dire non, elle a cumulé les petits amis, sans arriver à en harponner un. Alors pourquoi résister aux envies de son voisin qui la suit à l'étage ?

Il ne faut jamais se fier dans la vie aux apparences, ni aux appâts rances non plus, la vie vous réserve de drôles de surprises, et croire que l'on est maître de son destin est un leurre. Peut-on tout au plus influer sur celui des autres, et par ricochet en bénéficier. Le jeu du chat et de la souris, le chat est à la noce, ou le sera, quand à la souris, elle sourit, mais sait-elle pourquoi ?

Anouck Langanay confirme avec ses deux nouvelles tout le talent décelé dans son roman Même pas morte ! jouant avec brio sur les situations, les personnages, les sentiments, oscillant entre humour noir et dérision, ironie et sarcasme, révélant l'esprit pervers de protagonistes à qui l'on donnerait le Bon Dieu sans confession, sous forme d'hosties ou de dragées.

 

A commander sur le site de SKA librairie

 

Anouk LANGANEY : Chocs en retour. Nouvelles. Collection Noire sœur. Editions SKA. 0,99€.

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 15:15

Elles passeront peut-être en première partie des Bluebells Girls du Lido dans le rôle des Vamps !

 

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Madame Paule Emploi n'est pas une maquerelle, et pourtant chez elle, c'est le bordel. Il faut prendre un ticket et faire le pied de grue pour ressortir sans avoir obtenu quoi que ce soit.

Elisabeth, séparée de son mari, élève seule son gamin de quatorze ans, et traîne le Diable par la queue, on dirait que cela lui fait plaisir à celui-là. Elle vivote de petits boulots, technicienne de surface dans un établissement scolaire, femme de ménage dans une boulangerie. La différence entre les appellations réside dans les lieux où sont effectués les travaux. Et la plupart du temps elle bosse au noir. Tout le monde y trouve son content ou presque.

Ce jour là elle piétine derrière une grosse femme affublée d'un turban et de boucles d'oreilles en véritable imitation de toc. Elle n'a pas sa langue dans sa poche, la grosse, elle vitupère contre la pauvre guichetière qui elle au moins n'est pas si pauvre puisqu'elle a une place d'assurée (sociale), car les formalités auxquelles elle est astreinte doivent se faire par téléphone, mais comment faire quand on est pauvre et que justement on ne peut pas se payer de téléphone ! Ce n'est pas son problème à la guichetière, mais bien celui de madame Paule Emploi qui hypocrite élimine insidieusement des statistiques les demandeurs d'emploi qui ne satisfont pas à ses exigences. Je suis hors sujet donc je reviens à Elisabeth qui ressort du bâtiment la tête en vrac.

Sur un banc elle aperçoit la grosse qui attend à une station de bus et lui propose de la déposer quelque part, car les pauvres sont en plus tributaires des transports en commun. Paloma, puisque c'est ainsi que se prénomme la gente personne aux formes rebondies, a trouvé refuge dans le hall de la gare. Et comme ce sont les plus pauvres qui s'intéressent à plus pauvres qu'eux, Elisabeth quelques jours plus tard s'inquiète de Paloma et lui offre un lieu de séjour qui n'est pas à elle. Elle s'occupait du ménage d'un vieux monsieur, aujourd'hui atteint d'Alzheimer et résident dans une maison supposée spécialisée, qui possède une vieille caravane stationnée dans un jardin à la sortie de la ville. Ce n'est pas le luxe, et ce n'est pas Armand, le vieux monsieur, qui s'offusquera de cette location gratuite.

Les deux amies, le malheur ça rapproche, se confient, avec plus ou moins de franchise mais ce n'est pas le passé le plus important, c'est bien l'avenir. Et l'avenir tient en cette question : comment survivre ?

Lorsqu'Elisabeth rend visite à Paloma dans sa caravane, celle-ci (Paloma, pas la caravane) a tout lavé, récuré, nettoyé, traquant la poussière et les petites bêtes qui se nichent dans des endroits improbables. Comme les armes d'ailleurs. En effet sous l'évier dans un recoin aménagé, Paloma a découvert des fusils et de vieux articles de journaux relatifs à des braquages. Monsieur Armand avait une double vie. Et comme Elisabeth possède toujours la clé de la maison de monsieur Armand, les deux amies se rendent chez lui, et commencent à fouiller un peu partout et ailleurs. Elles découvrent une cache qui contient des sacs de billets. Aussitôt retour à la case Départ, sans passer par la case Prison, mais quelle n'est point leur déconvenue quand elles s'aperçoivent que les billets de banque, comme les boites de haricots, possèdent une date de péremption. Alors germe dans la tête de Paloma l'idée de se servir dans une banque afin de régler les factures. En attendant elles vont se faire la main avec la caisse de la boulangerie où travaille quelques heures Elisabeth.

A l'autre bout de la ville, dans le quartier des rupins, Blanche ne supporte plus son mari, avocat dans un cabinet réputé, ses incartades, sa présence. Elle est juriste financière et n'est donc pas dépendante de la paie maritale. Elle déprime et décide de se séparer de son mari, enfin séparer c'est un euphémisme. Elle veut tout simplement s'en débarrasser, le tuer. Alors elle réfléchit en se demandant quelle serait la solution la plus efficace et la moins préjudiciable à son intégrité vis à vis de la justice.

 

Jeanne-Desaubry2.jpgLa révoltée et la résignéepourrait être le sous-titre de cette histoire qui démontre que les failles de la société peuvent conduire à la délinquance. Faire croire que tout est mis en œuvre pour aider les chômeurs et les demandeurs d'emploi dans leurs recherches n'est qu'un leurre. Laisser une mère élever seule son gamin préadolescent et ayant donc des besoins ne serait-ce que pour suivre dignement des études, alors que les fautes en incombent à un mari qui n'assume pas son rôle de père, équivaut à lancer une bouée dégonflée à un noyé ne sachant pas nager. Sans oublier les préjugés qui peuvent traverser les idées d'un adolescent en construction et l'esprit obtus d'un homme qui se conduit en phallocrate. Et si j'emploie ce mot de phallocrate, au lieu de sexiste, macho et autres, c'est à dessein car Françoise d'Eaubonne en serait à l'origine. Et il y a du Françoise d'Eaubonne en Jeanne Desaubry. Peut-être n'avez-vous pas lu de romans ou des essais signés par cette grande figure militante féministe, mais vous en avez peut-être appréciés certains publiés sous pseudonymes dont celui de Nadine de Longueval.

Jeanne Desaubry, avec tendresse, humour, mais également cet esprit de révolte qui voudrait faire évoluer la société et mettre à bas certaines injustices, nous entraîne dans le sillage de ces deux femmes qui blessées par la société veulent sortir de ce marigot. Paloma est une femme déterminée et va déteindre sur Elisabeth. Elisabeth, Princesse comme l'appelle affectueusement son amie, va peu à peu s'affirmer, mais non pas sans dégâts. Et je verrai bien Michèle Bernier et Sandrine Kiberlain interpréter les rôles de ces deux femmes au cinéma ou à la télévision.


Jeanne DESAUBRY : Poubelle's girls. Editions Lajouanie.

Parution le 6 juin 2014. 240 Pages. 14,95€.

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 13:54

Vous avez aimé le film ? vous lirez le livre !

Vous ne connaissez pas le film ? Découvrez le roman !

 

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Qui de l'œuf ou de la poule... Eternelle question. Le tournage de ce film débuta le 19 août 1968 pour se finir vers la mi-octobre de la même année et il est sorti sur les écrans en janvier 1969. Le roman lui est paru en 1969 aux éditions Raoul Solar sous le même titre avec comme nom d'auteur le même que celui qui écrivit le scénario : Jean-Emmanuel Conil. Qui connaissait à l'époque ce scénariste romancier ? Dire personne serait peut-être faire injure à ce romancier qui possédait déjà à son actif une centaine de romans. Mais il est vrai qu'il était plus connu sous son nom d'emprunt d'Alain Page, un des auteurs phares des éditions Fleuve Noir, dans les collection L'Aventurier (14 titres), Espionnage La-Piscine.jpgavec son personnage récurrent de Calonne (40 titres), et Spécial Police (39 titres), et ce jusqu'en 1972. Sans oublier 4 romans d'espionnage aux éditions de l'Arabesque à la fin des années 50 sous l'alias d'Alain Ray. Donc Jean-Emmanuel Conil, signant sous son véritable patronyme, souhaitait peut-être changer d'image de marque, de tourner la page, de se distancier du Fleuve Noir afin d'entamer une nouvelle carrière, mais ce ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau. Le nom d'Alain Page lui colle trop à la peau. D'autres romans suivront chez divers éditeurs, dont le célèbre Tchao Pantin, que Claude Berry adaptera au cinéma en 1983. Et ces deux romans, La Piscine et Tchao Pantin, ont totalement occulté l'œuvre d'Alain Page, à son grand regret. Comme il me l'a expliqué dans un entretien que vous pouvez retrouver ici.

Tous les ingrédients sont là pour se croire plongé dans un vaudeville mais c'est un drame qui se joue. Deux couples évoluent dans cette histoire, deux hommes et deux femmes. Mais il existe toutefois une différence.

Riche, jeune et beau, Jean-Claude rêvasse au bord de la piscine de piscine.jpgsa propriété située sur les hauteurs de Saint-Tropez. Sa fortune, il l'a obtenue en héritage et il la gère en dilettante. Depuis trois ans il vit avec Marianne, sa compagne, sa concubine, sa maîtresse. A Saint-Tropez, tout le monde appelle Marianne madame Leroy, mais à Paris chacun possède son appartement. Prélassement donc auprès de la piscine, avec verre d'alcool et glaçons à portée de main et cigarette sur cigarette, afin de tuer le temps. Marianne arrive, sensuelle, les deux amants se jaugent puis entament ce qui pourrait être une sieste crapuleuse sous le soleil, accompagnée du chant des oiseaux et du crissement des cigales.

Marianne lui annonce que Harry va bientôt arriver, accompagné de sa fille. Jean-Claude se souvient bien de Pénélope, une adolescente en bouton, d'acné. Une gamine falote. Soudain des coups de klaxon déchirent l'air et les séparent alors que les travaux d'approche allaient se concrétiser. C'est Harry qui arrive, débordant d'énergie comme à son habitude accompagnée d'une sublime jeune fille.

La-Piscine-31604_3.jpgHarry c'est un vieux copain, un peu fauché, beaucoup désinvolte, séducteur impénitent qui change de maîtresses, toujours des jeunes filles, plus vite qu'il change de draps. Harry, c'est aussi l'ex de Marianne, son amant avant de faire la connaissance de Jean-Claude. Leur séparation n'a pas entamé leur amitié, d'ailleurs c'est Marianne qui a invité Harry.

Si Jean-Claude n'apprécie guère cette intrusion dans une intimité distendue, il est subjugué par cette jeune fille qui a perdu ses boutons et ne demande qu'à éclore. Car il s'agit bien de Pénélope, qui ne voit son père que deux ou trois fois dans l'année, qui se dresse devant lui. Le drame couve sous la chaleur du soleil, l'atmosphère est étouffante, les verres les bienvenus. Et la fleur de Pénélope va se faner au contact de Jean-Claude.

Harry est un fêtard, et c'est en rentrant légèrement éméché une nuit d'un club chic du port, qu'il va apprendre que sa fille, qu'il délaisse il faut en convenir, n'est plus une jeune fille. Comme une provocation de Jean-Claude. Et de faux mouvements en vrai plongeon dans la piscine, en interprétations de gestes erronés, Harry va boire le bouillon, son dernier verre.

Un policier en provenance de Draguignan est chargé de recueillir les témoignages, sil y en a, afin de déterminer s'il s'agit d'un suicide, d'un accident, d'un meurtre.

Dans ce roman psychologique qui joue plus sur les impressions, les dialogues, les non-dits, la lassitude peut-être de Jean-Claude, la jalousie, l'envie, les pensées secrètes des uns et des autres, la découverte de sentiments qui s'étaient délités, les scènes d'action sont rares. Tout repose sur la confrontation, l'affrontement de ces personnages qui jouent avec le feu. La seule note humoristique réside en ce personnage de policier qui possède un faux air d'un Columbo français. Il est vêtu d'un costume gris, élimé, tourne autour du pot, se sent comme un chien mouillé dans un jeu de quille. La ressemblance avec son homologue américain va jusqu'à copier ses tics.

Lévêque hésite, commence à s'éloigner. Il s'arrête soudain, paraît réfléchir, fait demi-tour.

- J'oubliais... M. Lannier n'avait rien dans ses poches.

Ceux qui ont vu le film et s'en souviennent, trouverons certaines divergences avec le roman, ou inversement. Dans sa préface Alain Page s'en explique ainsi :

Les adaptations cinématographiques de romans ou de scénarios subissent parfois des traitement linéaires, voire simplificateurs de la part de certains adaptateurs. Le lecteur sera peut-être surpris des quelques différences entre le livre et son adaptation.

Ceci n'est pas nouveau, et c'est bien pourquoi la lecture de ce roman peut se révéler un complément indispensable aux cinéphiles, et une découverte pour les autres.

 

La Piscine, film de Jacques Deray, réunissait Romy Schneider, Alain Delon, Maurice Ronet, Jane Birkin et Paul Crauchet. Scénario d'Jean-Emmanuel Conil. Adaptation et dialogues de Jacques Deray et Jean-Claude Carrière.


Alain PAGE : La Piscine. Cahier de 8 pages de photos extraites du film. Collection Un roman, un film culte. Editions Archipoche. Parution le 11 juin 2014. 256 pages. 12,00€.

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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 16:46

Un inédit de Charles Dickens, cela mérite d'être signalé !

 

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Ce curieux roman gigogne n'en était pas un à l'origine mais un hebdomadaire, Master Humphrey's Clock, publié d'avril 1840 à avril 1841 et dont Charles Dickens était le rédacteur unique.

Personnage principal, Maître Humphrey est un vieux monsieur difforme qui a eu du mal à se faire accepter dans ce quartier de Londres. Il est solitaire et non misanthrope. Il n'est pas grincheux non plus, mais il n'a pas satisfait à la curiosité émanant de ses voisins, et bien entendu au début on fit circuler toutes sortes de rumeurs, à mon détriment. J'étais un espion, un infidèle, un magicien, un ravisseur d'enfants, un réfugié, un prêtre, un monstre. Puis ses détracteurs se sont habitués à lui et depuis, tout le monde se côtoie en bonne intelligence. Maître Humphrey vit entouré de vieux meubles, auxquels il n'est pas profondément attaché mais qu'il aime car ce sont des objets inanimés. Mais surtout il professe à l'encontre de son horloge une affection particulière. Outre égrener le temps elle possède une fonction originale. Dans sa gaine, elle renferme les écrits de Maître Humphrey et de ses trois compagnons, des souvenirs ou des fictions, peu importe.

humphrey.jpgDans la première livraison de la revue L'Horloge de Maître Humphrey, le vieux monsieur se présente, décrit son lieu de vie, puis comment, lors de ses pérégrinations nocturnes il fit la connaissance une nuit de Noël d'un gentleman sourd. S'adjoindront par la suite Jack Redburn et M. Miles. Car dans la salle de réunion sont disposées six chaises et comme il n'y en avait que deux d'occupées, il fallait bien trouver deux autres personnes pour compléter, presque, la tablée. Maître Humphrey procède le soir à un rituel, retirer de la gaine de l'horloge un manuscrit et lire une histoire écrite par lui-même ou ses commensaux. Souvent d'inspiration fantastique et historique.

Puis arrive un personnage que les lecteurs de la revue connaissent bien, puisqu'il s'agit du jovial, timide, affable, aimable monsieur Pickwick accompagné de Sam Weller et de son père. Et tandis que les Weller père et fils tiendront table dans la cuisine avec la gouvernante de Maître Humphrey et de son barbier, monsieur Pickwick se verra offrir une chaise. Et lui aussi aura des histoires à raconter.

Les nouvelles ou contes s'insèrent, s'imbriquent sans que pour autant le lecteur soit perdu et perde de vue Maître Humphrey et ses acolytes. Charles Dickens alterne la narration empruntant tour à tour un humour léger ou un ton grave. Et cela devient franchement hilarant lorsque Sam Weller et son père s'expriment en forgeant de nombreux barbarismes, confondant célibataire avec célèbre, compartiment avec comportement, florilège avec privilège, rognant, rabotant, déformant les mots, devenant à eux seuls des acteurs de premier plan.


Ces textes qui défilent semaine après semaine sont aujourd'herhumphreyscmast02dickrich_0008.jpgui réunit en un volume, mais il y manque deux récits majeurs car publiés par ailleurs. Il s'agit du Magasin des curiosités, plus connu sous le titre du Magasin d'antiquités, qui lors de sa parution en feuilleton dans la revue fut tronçonné en quatre ou cinq parties, et surtout de Barnabé Rudge lequel eut droit à être publié en un seul tenant, livraison après livraison, sans qu'il soit scindé par des appréciations, des dissertations ou autres aventures de Maître Humphrey et consorts. Deux romans qui ont été largement édités et réédités par la suite, et qui sont réunis dans le volume 163 de La Pléiade chez Gallimard, ce qui explique leur absence ici.

Dans son essai critique, publié dans cet ouvrage, Gilbert Keith Chersterton le créateur du Père Brown, et auteur d'une biographie de Dickens, écrit :

L'ouvrage est écrit par un Dickens paresseux, un Dickens semi-automatique, un Dickens qui rêvasse, flottant à la dérive ; mais qui n'en reste pas moins le Dickens qui perdure.


A mon avis ce jugement est un peu sévère. Il est vrai qu'il s'agit plus d'un assemblage d'histoires qui se raccrochent à un fil conducteur flexible mais c'est un peu en réduction tout le talent de Dickens qui explose, en explorant diverses pistes, divers thèmes qui plus tard deviendront les atouts majeurs de sa production littéraire. Ne serait-ce que, par exemple, la rencontre entre le gentleman sourd et Maître Humphrey un soir de Noël, préfiguration des fameux contes qui enchanteront durant de longues années - de 1843 à 1867 - des générations d'enfants et d'adultes. Mais par la suite Chesterton corrige quelque peu son jugement puisqu'il estime indispensable de faire figurer cette œuvre dans le canon Dickensien. Voici donc un oubli réparé.

De plus Charles Dickens, qui n'avait pas encore trente ans, supportait seul la rédaction de la revue, après avoir collaboré au Bentley's Miscellany dont il fut un temps le premier rédacteur en chef, fournissant par la même occasion Oliver Twist.

Ce volume, à prendre comme une récréation dans l'œuvre de Dickens, est destiné tous les curieux, les amateurs, les passionnés, les inconditionnels de Charles Dickens, mais aussi ceux qui ne connaissent pas encore ce romancier populaire, s'il y en a, et qui découvriront les multiples facettes de son talent de conteur indémodable et éternel.

Les illustrations, originales, sont signées George Cattermole et Hablot Browne.


Charles DICKENS : L'horloge de Maître Humphrey. Traduction de Béatrice Vierne. Editions de l'Herne. Parution le 21 mai 2014. 336 pages. 17,00€.

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 08:32

Bon anniversaire à Maurice G. Dantec, né le 13 juin 1959.

 

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Il est dur de s'apercevoir à douze ans que sa mère n'est qu'une meurtrière.

Alice, une enfant intelligente, éveillée, n'est pas vraiment heureuse auprès de sa génitrice et de son beau-père. Du point de vue éducation, elle ne peut se plaindre mais ce qui lui manque c'est l'affection que ne sait lui prodiguer sa mère, trop occupée par ses affaires.

La coupe déborde le jour où par hasard elle découvre une cassette sur laquelle elle voit sa préceptrice jouer à son corps défendant dans un snuffmovies.

Elle s'échappe de la maison maternelle et narre son aventure à l'inspecteur Anita Van Dyke. Mais elle est traquée par les tueurs de sa mère et ne doit son salut qu'à sa présence d'esprit. Elle se réfugie dans une voiture appartenant à Hugo.

Curieux homme que ce Hugo, qui vient de participer en ex-Yougoslavie à une opération militaire organisée par les Colonnes Liberty Bell, fournissant des armes aux belligérants. Hugo n'a rien de spécial à faire, sauf de tromper son ennui alors il accède au désir d'Alice; l'emmener jusque dans le sud du Portugal, rejoindre un père dont elle n'a pas eu de nouvelles depuis des années.

Une cavale qui conduit l'homme et l'enfant d'Amsterdam jusqu'à Porto, et qui se révèle riche en rebondissements, dangers de toutes sortes, courses poursuites. Frissons garantis.


sirene-rouge.jpgMaurice G. Dantec réussit un double pari avec ce premier roman: se faire publier à la S‚rie Noire avec un pavé de 478 pages, évènement rarissime côté américains reconnus, et du jamais vu côté français. Ensuite de tenir le lecteur en haleine tout au long de cette road story qui sent bon le roman feuilleton. Dantec évite le piège des longueurs et mène son histoire tambour battant, même si parfois l'on a l'impression de scènes à rallonges ou répétitives. La gamine délurée possède indéniablement un avenir dans le roman policier, et ce n'est ni Delacorta ou Dick Lochte qui me démentiront. Elle y apporte une certaine fraîcheur, un état d'esprit qui mettent souvent les adultes en défaut ou les culpabilisent. Le prénom de l'héroïne, Alice, est-il fortuit, ou est-ce un hommage indirect à Lewis Carrol ? Je serais tenté de croire en la seconde hypothèse.


Maurice G. DANTEC : La Sirène Rouge. Série Noire N°2326. 1993. Réédition Folio Policier. Parution 29 août 2002. 592 pages. 8,90€.

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 15:59

Mais ils sont pardonnés...

 

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Les nouvelles sont comme les pétales d'une marguerite : on les lit et on les décline en Je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, mais bizarrement l'impasse est faite sur le pétale pas du tout.

Les romanciers sont souvent sollicités lors de salons du livre, de festival, ou par des éditeurs, afin d'offrir une nouvelle qui sera publiée dans un recueil, une anthologie, un hommage. Max Obione ne faillit pas à la règle et c'est ainsi que bon nombre de ses textes sont éparpillés au gré du vent et des saisons : deux recueils finalisant le festival Mauves en Noir, des anthologies destinées à rendre hommage à des groupes de rock comme La Souris déglinguée, Les Béruriers noirs ou encore Little Bob, ou dans des maisons d'édition dont le seul tort est de ne pas avoir pignon sur rue et être diffusées de façon confidentielles.

Donc réunir ces nouvelles éparpillées ici et là est donc œuvre pie, d'autant que pour faire bonne mesure Max Obione nous en propose des inédites, ce qui ne peut qu'ajouter à l'intérêt de l'ouvrage.

Max Obione explore tous les défauts de notre société, ses petits et ses gros travers, ou jette un œil attendri sur un passé récent fleurant bon la nostalgie. Ainsi dans Suspicius, un groupe rock auditionne des candidats afin de remplacer au pied et à la voix levés leur chanteur défaillant. Le dernier semble être le bon, et ce qui les étonne, c'est que pour eux c'est un parfait inconnu alors qu'il possède de nombreuses références. Las des haines met en scène un scientifique qui élève une bactérie et la chouchoute comme si c'était une compagne fréquentable. Orphans traite d'un orphelinat situé en Angleterre. Des gamines malades, handicapées, et la vie n'est vraiment pas rose pour celles qui sont déjà meurtries par la vie.

De toutes ces nouvelles, j'ai retenu plus particulièrement celle qui ouvre ce volume et donne son titre au recueil : Les gros mensonges. Non pas tant parce que le lecteur voyage entre fiction et réalité aux côtés d'un auteur de polars, plongé en plein trip et qui travaille à la chaîne, ou qu'un acteur y fait de la figuration intelligente, Vincent Lindon pour ne pas le nommer, mais parce que le protagoniste se pose la question essentielle qui tarabuste bon nombre d'amateurs de vieux papiers : dans quel néant est envoyé une phrase lorsqu'on l'envoie dans les limbes de la création d'un doigt rageur appuyé sur la touche Suppr ? Facile avec un ordinateur de construire, déplacer, supprimer des mots, des phrases, mais tout ceci n'est que virtuel. Dans le temps, eh oui ma bonne dame, dans le bon vieux temps, les romanciers suaient sur leurs rames de papiers, taillaient leurs plumes ou leurs crayons, remplissaient les réservoirs de leurs stylos plumes, disposaient devant eux une batterie de stylos baveurs, et biffaient, rayaient, déplaçaient à l'aide de flèches des phrases ou des paragraphes, ajoutaient des mots en les intercalant, et toutes autres actions qui donnent aujourd'hui de la valeur sentimentale et financière à des manuscrits ou des tapuscrits. Maintenant l'auteur est un prestidigitateur.

Avec une écriture rageuse, tendre, bourrue, provocatrice, imagée, poétique, Max Obione nous prend par la main et le cœur pour effectuer un voyage initiatique dans son univers parfois torturé, parfois colérique, tendrement érotique, souvent humain, jamais ennuyeux.

En tout dix neuf nouvelles dont six inédites.

 

A lire également de Max Obione : Daisybelle et Soeur Fouettard.


A commander sur le site de SKA librairie.


Max OBIONE : Les gros mensonges. Editions du Horsain. Parution le 14 mai 2014. 238 pages. 15,00€.

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 12:50

Ils sont foot, ces auteurs !

 

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Qui ne se souvient de "A mort l'arbitre" d'Alfred Draper, paru en Série Noire (N°1560) et adapté au cinéma en 1983 par Jean-Pierre Mocky sous le titre arbitre2.jpgéponyme avec Michel Serrault, Eddy Mitchell et Carole Laure dans les principaux rôles. Encore Kop de Dominique Manotti chez Rivages en 1999. Moins connu peut-être "Un tueur dans la foule" de George Lafountaine qui fut également adapté par Larry Peerce en 1977 avec Charlton Heston et John Cassavetes. Ou

En cette période où le ballon rond est promu hostie du supporter, où les stades sont les nouvelles chapelles édifiées en l'honneur du football, où les matchs seront les messes largement retransmises par la télévision entièrement vouée à ce culte, il fallait bien que quelques iconoclastes sacrifient à la mode tout en s'en gaussant. En lever de rideau Jean-Michel Riou avec "Le mille-pattes" édité dans la collection Sueurs froides chez Denoël.

César National, l'avant-centre de l'équipe de France reconverti dans le journalisme pour cause de blessure grave à la jambe, doit commenter le match inaugural en compagnie de son ami Thierry Zachs, le grand prêtre riou.jpgdes ondes de Channel A. C'est en rendant visite à ses ex-coéquipiers qu'il apprend que la France doit perdre ce match qui l'oppose à une sélection mondiale. Un chantage exercé à l'encontre de certains de ses amis, ce qui le révolte et le pousse à enquêter. En compagnie de Bill Rey, un jeune journaliste aux dents longues et à la caméra fouineuse, il se lance dans une course contre la montre car si les supporters apprennent cette défection, obligée, des joueurs français, cela risque d'entraîner une émeute susceptible de tourner en carnage. Ce n'est pas le ballon rond qui est au centre de ce roman telle l'hostie présentée en offrande mais les agissements nébuleux des officiants, hommes politiques, responsables de clubs de supporters créés à l'occasion de cette manifestation et course à l'audimat, qui sont la cible de Jean-Michel Riou. A propos, le mille-pattes évoqué par le titre n'est autre que les onze joueurs piétinant avant d'entrer sur le terrain. Vingt deux joueurs si l'on additionne les deux équipes.


pouy.jpg"Vingt deux abrutis, sélectionnés qui plus est, suffisamment si peu sûrs d'eux-mêmes qu'ils s'entourent de remplaçants pour pallier leurs béances, et d'arbitres pour éviter les fautes". C'est pas moi qui le dis, c'est J.-B. Pouy. Surenchère : "Ils n'étaient pas loin de penser que ce sport de dégénérés du bulbe était le pire marigot dans lequel le corps social pouvait être plongé." Afin de mieux enfoncer le crampon, Pouy fait appel à certaines connaissances, philosophes émérites dont l'opinion ne peut être mise en doute et ayant pour nom Keelt, Malebranche, Wittgenstein et consorts. D'accord, c'est pour la bonne cause. Spinoza, alias Julius Puech, se repose sur ses lauriers à Bombay. Mais lorsqu'il apprend qu'Hegel est de retour, il ne tergiverse pas et reprend du service. Là-bas à Paris et en province, la baston règne, surtout autour des stades. Commandos primaires fanatiques. On ne fera pas de dessins. Bottes mauves en lézard contre chaussures de foot. Balle au centre. Pouy se fait plaisir ou plutôt fait plaisir à ses fans qui attendaient la confrontation bis entre spinozistes et hégéliens. Plus qu'une histoire, mi-polar déglingué mi-SF allumée, avec le foot comme tête de Turc, ce roman joue finement le tacle, échappe au carton jaune et propose les prolongations. Mais nous attendons de Pouy qu'il nous propose un vrai roman. Il nous a tellement habitué au spectacle que ce "match" amical ne suffit pas et nous restons sur notre faim.


Le Mille-pattes de Jean-Michel RIOU, Collection Sueurs Froides, Denoël.

A sec ! de Jean-Bernard POUY, Collection Canaille/Revolver, Baleine.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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