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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 16:46

Il a tout d'un grand !

Sébastien GEHAN : La traque.

Le Havre. 23 février 1942.

Simon Rafsjus, un gamin juif, déambule dans les rues, rentrant chez lui, la faim lui tenaillant le ventre. Il contemple les vitrines et la transformation de la cité portuaire.

Les Allemands construisent les édifices destinés à prévenir un débarquement des Américains, ce fameux mur de l'Atlantique qui remonte jusque dans la Manche et qui en réalité n'empêchera rien. Tant mieux.

Simon reluque les affiches vantant les mérites d'un apéritif au quinquina, dont son père raffole, et collées en dessous celles dénonçant les Résistants manipulés par les Soviets et les Juifs.

Les Juifs, stigmatisés, sur qui toute la vindicte se cristallise. Il faut bien trouver des coupables, un exutoire racial et ségrégationniste.

 

Février 2007.

Moussa, quatorze ans, en France depuis huit ans en provenance du Sénégal avec ses parents et ses deux jeunes sœurs, rentre de l'école. La maîtresse l'aime bien, elle lui fait même un petit signe amical de la main. Il baguenaude mais depuis juillet 2003 la loi Sarkozy est passée par là et depuis lui et sa famille sont en situation irrégulière.

 

Tous deux, Simon et Moussa, à soixante cinq ans d'écart vivent le même drame. Rentrant chez eux ils aperçoivent un fourgon cellulaire emmenant leur famille proscrite.

 

Sébastien Géhan met en parallèle deux situations, deux opprobres liés à l'origine de familles intégrées mais rejetées par un système politique alimenté par des relents de racisme, d'exclusion. Des sentiments de rejet entretenus par la jalousie, la peur de l'autre, de l'étranger, dont les modes de vie ou de religion sont considérés comme dérangeants.

Mais ce qui est dérangeant, c'est bien cet ostracisme qui perdure, malgré les déclarations démagogiques.

Sébastien GEHAN : La traque. Nouvelle. Collection Noire sœur. Editions SKA. Parution 3 janvier 2017. 14 pages. 1,99€.

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 15:11

Les gens m'appellent l'idole des...

Brice TARVEL : L'idole viking.

Il est parfois des coïncidences étonnantes qui conduisent nos héros à se propulser dans de nouvelles aventures.

Alors que Bill Ballantine lit un ouvrage, emprunté dans l'imposante bibliothèque de son ami Bob Morane, et relatant l'invasion de l'Amérique du Nord par les Vikings, l'aventurier reçoit un appel téléphonique de son autre ami, le professeur Clairembart, éminent archéologue se trouvant actuellement en Amérique du Sud pour ses travaux de recherches.

L'hypothèse de la migration islandaise émise en 1837 fut confortée en 1960 par l’explorateur norvégien Dr. Helge Ingstad et sa femme archéologue Anne Stine Ingstad. Petit point historique qui n'a rien à voir avec l'aventure à laquelle va être confronté Bob Morane mais qui apporte un support de véracité sur ce qui va suivre, la saga islandaise n'étant pas avare de légendes.

Donc, le professeur Clairembart demande à Bob Morane de lui rendre un petit service. Il est retenu en Colombie et il s'est engagé à superviser la thèse d'une doctorante qui doit exposer une partie de ses travaux le soir même à Paris. Le sujet de la thèse retenue par la charmante (Bob n'en doute point) Hélène Dorléans, concerne la présence des Vikings en territoire nord-américain et en particulier leur utilisation de certaines substances pour se transformer en surhommes.

Bob Morane accepte volontiers de rencontrer la charmante (il peut vérifier de visu que sa supposition n'était pas erronée) Hélène à l'université Panthéon-Sorbonne. Elle parle notamment des berserkers, les guerriers surpuissants qui doivent leur état de géant grâce à un onguent magique. Elle est accompagnée d'un individu qui est aussi laid qu'elle est belle, et aussi massif qu'elle est fragile. Il s'agit d'un milliardaire Américain philanthrope, du moins c'est ce qu'elle croit, du nom de Harry Morgan. Il n'est guère sympathique, mais comme il s'est proposé de financer la mission archéologique qu'elle prépare, il ne faut pas faire la fine bouche.

Alors qu'Hélène et Bob prennent un pot à la terrasse d'un café, parler donne soif et une réunion devant un verre aide à mieux se connaître, trois motards arborant la panoplie du parfait loubard s'invitent avec fracas. Malgré l'intervention musclée de Bob Morane, qui au passage d'un casque sur sa tête se retrouve quelque peu dans les pommes, ceux-ci s'emparent du sac à main de l'archéologue. Heureusement le réticule ne contenait guère d'objets importants.

Et si les motards étaient des hommes de main d'Harry Morgan, se demande Morane. La belle Hélène, qui sur le coup se montre un peu poire, ne croit pas à cette hypothèse. Mais Aristide Clairembart, qui les joint téléphoniquement, se méfie également de Morgan. On devrait toujours se méfier de quelqu'un qui se nomme Morgan, qu'il soit banquier ou pirate. Bref, à la fin de la conversation, Bob Morane, sur les conseils de son vieil ami, s'institue garde du corps d'Hélène, et doit l'accompagner en Normandie, chez un vieil érudit nommé Onésime Effratas, passionné par tout ce qui a un rapport quelconque avec les Vikings et habitant non loin de Fécamp.

Le vieil archéologue leur remet un livre et un plan, une carte topographique incomplète qui confirme que les Vikings se sont aventurés en terre américaine, ne se contentant pas de rester sur le rivage. Anselme de Blois, un moine ayant vécu quelques centaines d'années auparavant, serait l'auteur de ce relevé, mais méfiant il aurait disséminé un peu partout les compléments d'objet direct ou indirect, des éléments manquants aux quatre coins voire plus de l'Europe, dont quelques pages du grimoire en Belgique.

Et voilà notre ami, depuis le temps que nous le fréquentons Bob Morane peut se targuer de jouir de notre affection, notre ami écrivais-je, en route pour la Belgique, puis dans les Pyrénées pour enfin terminer son parcours jusque dans le parc de Mammoth Cave, traversé par la Green River, et aux kilomètres de galeries souterraines. Un parcours semé d'embûches de toutes sortes dont Bob Morane, la belle Hélène et Bill Ballentine auront bien du mal à se dépêtrer, tout cela à cause d'une statuette productrice d'onguent gris. Et toujours sur leur chemin Harry Morgan accompagné de ses sbires dont un géant particulièrement coriace, un géant vert de rage envers nos amis, se dresse sur leur chemin.

 

 

Souterrains de Mammoth Cave

Souterrains de Mammoth Cave

Partant d'un postulat qui est avéré, la présence des Vikings en terre amérindienne, agrémenté de vieux manuscrits et d'une bonne dose d'aventures périlleuses dont nos héros auront du mal à se dépêtrer, ce nouvel épisode de Bob Morane nous plonge dans la délicieuse atmosphère de terreur et d'effroi qui alimentait nos lectures juvéniles. Une façon comme un autre de rester jeune sans prendre de produits frelatés ou proposés par des charlatans.

Je ne reviendrai pas sur la capacité qu'a Brice Tarvel à se couler dans l'identité littéraire des romanciers dont il prolonge l'œuvre, que ce soit Jean Ray ou Henri Vernes, je l'ai déjà souligné par ailleurs, mais permettez-moi de répéter mon admiration envers cette faculté de s'immiscer dans la peau du conteur et d'en transcender l'imaginaire tout en l'évoluant vers la modernité.

 

Un conseil : méfiez-vous des nains de jardin, on ne sait jamais d'où ils viennent et ce qu'ils vont dégurgiter !

 

Curiosité : Si l'ouvrage neuf est proposé à 15,30€, des occasions sont proposées à 23,00€ ! De belles affaires à faire en perspective...

 

Brice TARVEL : L'idole viking. Collection Bob Morane Grand Format N°244. D'après les personnages créés par Henri Vernes, sur une idée de Christophe Corthouts. Editions Ananké. Parution le 27 octobre 2016. 160 pages. 15,30€.

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 10:08

Bon anniversaire à Jérôme Zolma, né le 24 janvier 1962.

ZOLMA : Adios Viracocha.

Votre mission, si vous l’acceptez, est de retrouver le meurtrier de mon frère !

C’est un peu ce genre de phrase qu’Hubert Renault tient à Lily Verdine, détective privée qui pensait que son client l’avait convoquée dans son bar favori pour une histoire d’adultère.

Célèbre dessinateur de bandes dessinées, Run alias Yves Renault, a été assassiné dix jours auparavant dans sa propriété près de Carcassonne. Il avait créé avec Jean-Michel Char, scénariste, un personnage, Pierron, hussard napoléonien, qui était un héros à l’égal des Tintin et Lucky Luke.

Puis pour une raison indéterminée Char avait rompu l’association et Run travaillait seul depuis des années, se retranchant durant des mois dans sa maison isolée des Corbières.

Cinq ans auparavant, il avait été victime d’un accident vasculaire cérébral et était resté à moitié paraplégique. Depuis il a sorti deux nouvelles aventures de Pierron. Mais ce que le public ignore, c’est que Thomas Carayol, l’homme affecté à l’entretien, doué pour le dessin, avait suppléé le dessinateur, handicapé. Or justement Thomas Carayol a disparu et évidemment il devient l’assassin présumé. Bref Hubert Renault demande à Lily de retrouver Thomas avant les policiers.

En compagnie de son Péruvien d’amant, Juan-Manko surnommé Viracocha, qui vient passer quelques jours en France, elle part vers les Corbières enquêter sur place. Se faisant passer pour une journaliste, elle rencontre le lieutenant de gendarmerie en charge de l’affaire ainsi que Shéhérazade, l’amie de Thomas, visite la propriété de Run sans y être invitée, interroge des proches de l’homme en fuite dont un de ses anciens patrons.

Thomas n’est guère prisé, sauf par son amie évidemment, car il ressort que le fuyard est un homme susceptible, qui se sert volontiers de ses poings pour affirmer ses droits. La présence de Lily n’est pas appréciée de tous et elle est agressée par deux encagoulés, et Viracocha est prié de regagner ses Andes natales suite à un conflit avec les forces de l’ordre, qui comme on le sait provoquent volontiers le désordre.

Elle essaie de remonter une filière qui l’emmène de la frontière espagnole jusqu’en Hongrie puis retour à Paris où elle sollicite le concours de Philippe, son cafetier préféré et ami, possesseur d’une Kalachnikov, une arme qui peut s’avérer utile.

Si Thomas est en fuite, d’autres personnes manquent à l’appel, dont Martin le fils de Run, et ce n’est pas forcément la faute aux intempéries qui ont sévi durant les jours qui ont précédé et suivi le meurtre du dessinateur de B.D. Des intempéries qui perturbent le bon déroulement de l’enquête, les gendarmes étant occupés à retrouver les disparitions provoquées par des éléments déchainés et éventuellement identifier les corps.

 

Adios Viracocha, dont l’explication du titre réside dans l’épilogue, démarre sur les chapeaux de roues, puis se calme, adoptant un régime de croisière, mais une croisière qui ne manque pas d’imprévus et de retournements de situation. Lily se montre égale à elle-même, toujours aussi combative, acerbe, insolente mais en même temps romantique, idéaliste. Lily, on ne peut pas mieux la définir qu’en citant ces vers de Georges Brassens :

Un' jolie fleur dans une peau d'vache,

Un' jolie vach' déguisée en fleur

Qui fait la belle et qui vous attache

Puis, qui vous mèn' par le bout du cœur.

 

Dès la première page, le lecteur est plongé dans une atmosphère dont il ne peut se dépêtrer, ce qui fait qu’il ne peut lâcher le livre jusqu’au mot fin, qui d’ailleurs n’est pas imprimé.

La figure de Juan-Manko est prégnante avec ses imperfections linguistiques, l’emploi volontiers d’argot, ce qui prouve qu’il a compris ce qu’est l’intégration, puisqu’il ne s’exprime pas de façon académique mais populaire. Et bizarrement cela lui nuira. Pourtant j’en connais qui n’hésitent pas à proférer « Casses-toi, pauv’… » (Vous pouvez compléter les points de suspension à votre gré et selon votre inspiration) et qui sont toujours là !

 

ZOLMA : Adios Viracocha. Polar Jigal. Editions Jigal. Parution 5 mai 2010. 208 pages. 16,23€.

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 13:52

Le corbeau est le seul volatile qui se sert de ses plumes pour écrire...

MAURICE GOUIRAN : Le printemps des corbeaux.

Âgé de vingt ans, Louka, étudiant en informatique, a trouvé sa voie comme escroc. Il falsifie des bordereaux de dépôt de chèques bancaires, l'argent déposé étant transféré sur son compte. De plus ou moins grosses sommes, mais cela ne peut durer indéfiniment car il sait qu'un jour il sera découvert. Mais pour l'heure cela s'avère plus rentable que les petits boulots auxquels il s'adonne pour gagner son pain.

En ce mois de mai 1981, les élections présidentielles accaparent l'attention de tous sauf de celle de deux enquêteurs qui soupçonnent aussi bien le directeur de l'agence que les employés.

Louka vit à Marseille, chez sa grand-mère Mamété, et les hommes qui l'ont précédé ont tous connus des destins différents mais tragiques. Tous morts dans des conditions dramatiques. Son père, lors d'un braquage, son grand-père sous les bombardements américains au printemps 1944, son arrière grand-père pendant la guerre de 14/18. Tous dans la fleur de l'âge. Des destins contrariés auquel il espère bien ne pas être soumis.

Mai 1981. C'est le temps des révélations sur des personnes qui pensaient que leur passé peu glorieux avait été enfoui sous la poussière de l'histoire. C'était sans compter sur les fouineurs des journaux satiriques, et ainsi Louka découvre le passé houleux de Papon. L'homme devenu ministre du budget sous le gouvernement Barre traîne quelques casseroles derrière lui. Nommé Préfet de police par De Gaulle qui pourtant aurait dû se méfier, Papon s'était fait remarquer lors de la répression sanglante durant la manifestation du 17 octobre 1961 puis dans celle devenue célèbre et dite de Charonne en février 1962. Mais auparavant il avait été impliqué dans la déportation des juifs alors qu'il était secrétaire général de la préfecture à Bordeaux. Cette révélation publiée par le Canard Enchaîné entre les deux tours de la présidentielle de mai 1981 a peut-être influé sur le résultat. Peut-être.

Ce sont ces révélations qui donnent à réfléchir à Louka qui a décidé d'abandonner ses petites occupations de falsifications et de se tourner vers une autre entreprise qui pourrait se révéler plus rentable et moins risquée. Quoique. D'abord, suivant son Ouncle, qui ne fait pas partie de la famille mais fut un compagnon et un fidèle ami de son père, Louka participe à une partie de poker. L'apprentissage est relativement aisé, mais l'engrenage est vite pris, et les revers de fortune peuvent l'attendre aux détour des cartes. D'autant que l'Ouncle est en voyage à Paris et que son retour se fait attendre.

Ce n'est avec le poker que Louka espère se faire un matelas confortable de billets, mais avec une autre astuce qu'il met au point avec un employé qui travaille aux archives départementales. L'histoire de Papon lui a fournit une idée qu'il développe en cherchant ceux qui durant la guerre ont rédigé des lettres de délation et qu'il va faire chanter.

 

Délaissant pour un temps son personnage fétiche de journaliste enquêteur, Clovis Narigou, Maurice Gouiran nous décrit le parcours d'un petit escroc devenant maître-chanteur.

Louka n'est pas un personnage envers lequel le lecteur peut ressentir une certaine empathie. C'est un macho qui vit aux dépens de Mamété, chez qui il loge, et de ses petits trafics tout en fréquentant la Fac de Luminy. Il dort dans un petit studio aménagé au deuxième étage de la maison de Mamété, et pourvoit à ses besoins naturels charnels avec la voisine du dessous. Celle-ci trompe allègrement son mari peu soucieux de lui apporter le réconfort sexuel dont elle a besoin.

Mais Louka a aussi une petite amie, Lucie, dont les parents sont des bourgeois décadents. Ils ont profité de la fortune amassée par le grand-père de Lucie mais n'ont pas su fructifier l'héritage. La relation de leur fille avec Louka, issu du petit peuple ne plait guère mais heureusement Louka possède un allié en la personne du tonton de celle qu'il considère comme sa fiancée. L'homme est député, longtemps adjoint au maire, et pense à sa prochaine réélection aux législatives qui vont se dérouler après les présidentielles, mais il est du mauvais côté de la barrière électorale. Comme le précise Louka, qui narre son épopée, C'était un politique, donc un faux-cul.

Ce roman est le prétexte pour Maurice Gouiran de revenir sur deux périodes. Celle de 1981 avec le passage de témoin entre la Droite et la Gauche, rappelant certaines affaires qui avaient secoué non seulement le monde politique mais également l'opinion publique. L'affaire Papon ainsi que sur celle des diamants de Bokassa dans laquelle le président Giscard fut impliqué. C'est aussi l'occasion de revenir sur les dénonciations, les délations qui n'étaient pas anonymes, concernant les Juifs, et en règle générale les personnes qui déplaisaient à une population qui avait trouvé le moyen de se débarrasser de ceux leur faisaient de l'ombre, dont ils étaient jaloux ou simplement par discrimination religieuse.

 

MAURICE GOUIRAN : Le printemps des corbeaux. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution le 10 septembre 2016. 248 pages. 18,50€.

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 06:31

Lorsqu'un auteur se laisse déborder

par son personnage...

Patrick S. VAST : Incarnatio.

C'est ce qui arrive à James Simmons, dont le personnage récurrent de tueur en série Alex Shade lui a apporté un joli matelas de dollars, mais qui lui encombre depuis quelques temps l'esprit.

Alex Shade, le tueur à la hache, qui depuis dix ans sévit pour le plus grand bonheur de ses milliers de lecteurs de par le monde. James Simmons s'est immiscé dans une tendance littéraire qui lui a apporté le confort financier, et il s'est même installé à Paris, les lecteurs français étant les plus entichés de sa production.

Mais depuis quelques semaines il croit voir le personnage d'Alex Shade un peu partout. Il se sent traqué, et depuis une quinzaine de jours il s'est installé sur la Côte d'Azur, non loin de Nice, avec sa femme. La cité est réputée pour être la plus sécurisée de France, et pourtant, il disparaît. Sa femme est inquiète et aussitôt prévient les policiers. Ceux-ci se réfèrent aux bandes vidéos enregistrées, enfin celles qui fonctionnaient ce soir-là, car pour une raison ou une autre, il existe des lacunes dans le système de surveillance.

Seulement un ou des émules d'Alex Shade, le tueur à la hache, se manifestent et décollent quelques têtes, histoire de faire parler d'eux et de se faire plaisir. Un homme est ainsi pris pour cible par les policiers qui l'abattent alors qu'il s'enfuit. Légitime défense selon le commissaire, illégitime démence serait plus adéquat. Et comme d'autres meurtres sont perpétrés à Nice, c'est un autre commissaire qui est en charge de ces nouvelles affaires qui défraient la chronique. Les prétendants à la hache s'invitent dans le bal macabre des décolleurs de têtes.

 

Sur le thème très porteur du tueur en série, ceux que les lecteurs branchés appellent Serial Killers pensant que ce vocable est un mot français, Patrick S. Vast entraîne son lecteur dans une aventure diabolique, habilement et méticuleusement construite, accumulant les impasses afin de mieux repartir sur des voies royales. L'épilogue est particulièrement bien amené, mais en réalité Incarnatio est un roman-prétexte à double lecture.

Patrick S. Vast ironise, par personnages interposés, sur les auteurs qui pondent des ouvrages de 600 pages sur des tueurs en série en les mettant en scène par volumes successifs, ne manquant pas de décrire sur 50 pages et plus leurs pratiques, et cela plusieurs fois dans le même volume.

Il pointe également l'engouement du lectorat, surtout féminin, qui s'avère malsain, le lecteur arrivant à s'identifier à ce héros, ou plutôt antihéros. Mais il est vrai que ceci ne date pas d'aujourd'hui, car Fantômas, le génie du mal connut un véritable triomphe dès sa sortie. Le méchant fait toujours rêver, et par exemple le magazine Détective et d'autres revues font leur marché dans les faits-divers les plus sanglants et les plus glauques.

Mais revenons à Incarnatio, et ce qui se cache sous la couverture. L'un des tueurs, présumé pour l'instant et peut-être est-ce lui le coupable, est un ancien vétéran d'Afghanistan qui a connu lors d'une opération militaire un traumatisme qui lui a fait perdre la tête. C'est une image, mais pour ses compagnons d'arme, ce fut une réalité. Et souvent, surtout aux Etats-Unis, sont souvent catalogués comme terroristes des individus tels que lui. Mais bon, ceci n'est pas notre propos.

Intéressons-nous au système perfectionné de vidéosurveillance, qui parait-il doit permettre aux forces de l'ordre d'appréhender les individus peu scrupuleux mais qui en fin de compte ne sont pas si performants que cela car les inévitables erreurs de disfonctionnement n'ont pas été pris en compte. Sans oublier que parfois il s'agit de leurres.

Et les conflits entre policiers sont également évoqués, l'un des commissaire se montrant complètement barjot, tandis que son homologue est un homme réfléchi. Or la hiérarchie ne fait pas toujours confiance à ceux qui sont pondérés, la culture du résultat à tout prix agissant sur le mental du citoyen lambda, j'allais écrire moyen mais cela eut été peut-être péjoratif.

Patrick S. Vast pratique l'autodérision, l'ironie au second degré et pour le prouver, rien de mieux que deux exemples parmi d'autres :

Un tueur en série, c'est souvent banal, ça ne présente rien de romanesque, pas de quoi produire la moindre littérature avec ce genre de type.

Ecoute, pour être franche, je n'ai rien retenu de ce livre. Un roman qui fait l'apologie d'un tueur en série, ça me flanque la gerbe, c'est de la littérature abominable ! Voilà comment je réagis à cela !

Si sur la quatrième de couverture sont référencés des auteurs de talents tels que Richard Matheson et Stephen King, et sans vouloir les déprécier, je pense que dans ce roman Patrick S. Vast possède une filiation avec Robert Bloch.

Patrick S. VAST : Incarnatio. Editions Fleur Sauvage. Parution le 14 novembre 2016. 208 pages. Broché 16,50€. Version numérique 6,99€.

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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 06:45

Les vrais héros ne meurent jamais !

Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2.

Créé en 1929 par Albert Bonneau, Catamount aura enchanté des dizaines de milliers, voire des millions de lecteurs durant des décennies, avec Les aventures de Catamount soit trente-huit aventures inédites ou rééditées chez Taillandier entre 1947 et 1950, puis les Nouvelles aventures de Catamount qui comprennent trente-deux titres entre 1952 et 1959, soit soixante-dix romans consacrés à ce personnage.

La Jeunesse de Catamount avait eu l'honneur d'être publiée en bande dessinée dans le magazine Hurrah en 1953 par le dessinateur Roger Melliès mais c'est bien à partir de 2015 que Catamount retrouve une nouvelle jeunesse avec le dessinateur et scénariste Benjamin Blasco-Martinez (couleurs de Benjamin Blasco-Martinez et Emilie Beaud), d'abord aux éditions Physalis puis actuellement aux éditions Petit à petit.

 

Hiver 1890 dans le Niobrara. Recueilli vingt ans auparavant par les époux Osborne, Catamount, dont le nom emprunté à la langue cheyenne signifie chat sauvage, le jeune orphelin a grandi et mûri. C'est un tireur émérite, et sa renommée dépasse les frontières du comté. Les gamins s'identifient à lui durant leurs jeux. Un étranger arrive dans le village et demande à Osborne de lui vendre son ranch et les terres attenantes. Rendez-vous est pris à la ferme mais Osborne refuse la transaction. Il pense à l'héritage de ses enfants. Berton, l'individu peu scrupuleux, tient absolument à acquérir le domaine car il est le promoteur de la ligne ferroviaire qui doit relier la côte est à la côte ouest.

Pendant ce temps, dans la forêt, Catamount sort Pad le vieux trappeur des griffes d'un grizzli et alors qu'ils rejoignent la ferme, traînant avec leurs chevaux l'ursidé, ils aperçoivent un panache de fumée noire. Catamount s'approche d'un peu plus près et découvre un spectacle édifiant. Sous les ordres du colonel Clark, des asiatiques qui travaillent à la construction de la ligne de chemin de fer enterrent des Cheyennes. Il permet à jeune indien de leur fausser compagnie, mais les soldats qui surveillent les ouvriers sont prêts à se servir de leurs armes. Catamount remet un insigne au colonel Clark, préposé à la sécurité du chantier. Cet insigne lui avait été remis vingt ans auparavant par le même colonel Clark alors capitaine, alors que le soldat lui avait sauvé la vie ainsi que celle de la famille Osborne d'une attaque des Cheyennes. On ne tue pas un homme qu'on a sauvé jadis, et Catamount peut repartir libre. Et en compagnie de Pad, il peut regagner le ranch. Seulement Berton n'a pas dit son dernier mot.

Le graphisme réaliste est renforcé par l'emploi du pinceau ou du feutre, et restitue avec force le tragique des situations et le trouble ressenti par les personnages. Prédomine un dépouillement et malgré tout une précision du trait dans les visages des divers protagonistes, exprimant avec force les émotions qui les animent. Les couleurs, le plus souvent sombres, sont déclinées entre bleu-gris et bistre plus ou moins foncé et le flou, qui semble entourer les personnages, restitue l'atmosphère hivernale, neigeuse.

Une évocation très cinématographique d'un épisode de western et surtout la démonstration que pour arriver à ses fins un homme d'affaires véreux est prêt à tout, jusqu'aux meurtres.

Le train des maudits est une adaptation de La vengeance de Catamount mais normalement il devrait y avoir une suite.

 

Autour de l'univers d'Albert Bonneau et de Catamount :

 

Pour le plaisir, deux planches extraites de l'ouvrage :

Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2.
Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2.

Benjamin BLASCO-MARTINEZ : Le train des maudits. Catamount 2. Adaptation libre du roman d'Albert Bonneau La vengeance de Catamount. Editions Petit à petit. Parution le 20 janvier 2017. 68 pages. 14,90€.

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 06:42

Dans le port d'Ouistreham, y a des migrants qui meurent...

Jean-Noël LEVAVASSEUR : Une Manche perdue.

Divorcé, Martin Mesnil préfère travailler de temps à autre, signant de petits contrats, afin de mieux s'occuper de ses enfants lorsque son ex est en mission professionnelle.

La proposition de travailler de nuit sur le port de Ouistreham à aider et surveiller l'embarquement des camions sur le ferry ralliant les côtes anglaises l'agrée. Il fera équipe avec David qui lui enseigne les principes de base du métier après une réunion avec son nouveau patron.

Son employeur, Novak Borovic, fut un footballeur de bon niveau mais caractériel, chez lui en Salvénie puis en France dans des clubs comme celui du Havre. Heureusement son père Dragan était là pour lui épargner les foudres du corps arbitral lors de distributions gratuites de biscottes (cartons jaunes en langage footballistique). Il faut dire que son père faisait régner l'ordre, ou le désordre, cela dépend de quel côté on se place, en Salvénie lors des affrontements meurtriers qui opposaient les différentes ethnies et religions du pays. Il s'était même fait une spécialité de pendre les terroristes aux branches d'arbres.

Martin Mesnil arrive sur son poste de travail dans une ambiance qui ne prête guère à l'enthousiasme. D'autant que la semaine précédente, un migrant a été retrouvé mort dans d'horribles conditions, accroché à un grillage délimitant le port et empêchant, théoriquement, les migrants de s'infiltrer.

Tandis que David et Martin vérifient grosso modo le passage des camions, des vigiles d'origine salvène, comme leur patron les surveillent, tout en contrôlant les alentours. Et un soir, Martin remarque le manège d'un migrant, mais se garde bien d'intervenir. Mais il n'est pas seul sur place, d'autres personnages, dont les vigiles épient les environs. Martin laisse l'homme s'échapper et recueille une pochette contenant diverses affaires dont de l'argent. Pour les vigiles, il n'a rien vu, rien entendu.

C'est dans cette atmosphère délétère que Martin est amené à travailler, mais à se défendre également contre des individus qui semblent vouloir lui faire la peau. Pourquoi ? Parce qu'il est en possession de cette pochette ? Parce qu'il a fermé les yeux sur les agissements d'un migrant qui ne demande qu'à vivre ?

Martin lui aussi ne demande qu'à vivre, chichement peut-être mais en tout en restant honnête. Son compte bancaire est dans le rouge, rouge sang pour certains, et il se refuse de demander à ses parents la moindre obole qui pourrait le tirer d'affaires.

 

Nouveau venu sur la scène des émules de Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe, Martin Mesnil n'est pas un surhomme. Il habite à Grandcamp-Maisy, un port de pêche près de Caen, et pense surtout à sa famille, ses deux enfants qui constituent son trésor. Ce n'est pas une tête brûlée, loin de là, mais il n'aime pas l'injustice. Il se trouve embarqué, c'est le cas de le dire, dans une histoire trouble qui le dépasse, mais il ne baisse pas pour autant les bras. D'autant qu'il va trouver une alliée en Gisèle, une infirmière libérale bénévole d'une trentaine d'années, belle ce qui ne gâte rien, et qui n'a pas froid aux yeux, prête à s'enflammer pour les bonnes causes, du moins celles qui lui paraissent dignes d'intérêt comme la cause des migrants.

Croit-on qu'en faisant disparaître un camp, on fait disparaître les migrants qui l'habitent ?

Tout le monde aura reconnu en ce pays d'Europe de l'est la Salvénie, représenté par le personnage pas si imaginaire de Dragan Borovic. Et c'est d'après un thème majeur et réel, le parcage des migrants, leur refoulement, que Jean-Noël Levavasseur construit son roman qui traite, gravement, un sujet grave. Mais pour autant il intègre à son récit des personnages pas piqués des vers comme l'on dit communément, comme la paire de truands qui pourraient faire penser à Laurel et Hardy mais n'en possèdent pas la bonhommie.

Ouistreham, tout le monde en a entendu parler, ne serait-ce que par le reportéage effectué par Florence Aubenas sur les conditions de travail des employées chargées du nettoiement des ferries à chaque escale. Mais loin de Sangatte et de Cherbourg, Jean-Noël Levavasseur nous sert de guide dans ce petit port d'embarquement situé près de Caen. Une région qu'il connait bien à cause de ses attaches familiales et professionnelles. Et, entre nous, j'aimerai savoir, mais cela ne nous regarde sûrement pas, s'il existe une ressemblance entre le père de Martin Mesnil et le sien. Le géniteur de Martin dont les manuscrits sont systématiquement refusés par les éditeurs, ce qui le met en colère mais ne le décourage pas pour autant.

Ce personnage de Martin Mesnil est éminemment sympathique, humain même, et ce roman est le premier d'une série, théoriquement. Malheureusement cet opus manque de visibilité sur les étals des libraires et il serait bon que l'auteur ou l'éditeur soient présents lors de manifestations littéraires régionales. Mais ce n'est pas le cas. A Fleury-sur-Orne par exemple, dans le cadre du festival Bloody Fleury qui se tient du 3 au 5 février et dont la une programmation prévue est fort alléchante. Voir le lien :

Lire également de Jean-Noël Levavasseur :

Jean-Noël LEVAVASSEUR : Une Manche perdue. Préface de Jean-Bernard Pouy. OREP éditions. Parution le 12 mai 2016. 216 pages. 9,90€.

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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 06:33

Quoiqu'officiellement disparu, le cougar femelle n'est pas en voie d'extinction... Ouf, on a eu chaud....

Françoise LE MER : L'extinction des cougars.

Retrouver une amie d'enfance un matin sur le marché, trente ans après l'avoir côtoyée sur les bancs de l'école, c'est ce qui arrive à Nathalie Nicette, professeur de Lettres Classiques à Quimper.

A quarante-sept ans, Nathalie vit seule, recevant de temps à autre son fils et sa fille. Son statut de veuve lui convient parfaitement, et elle s'enfonce dans un train-train quotidien douillet que les retrouvailles avec Crista va bousculer, alors qu'elle ne demandait rien, juste être tranquille dans son coin.

Crista lui enseigne à se connecter sur Fakesbox et bientôt elle possède de nombreux amis, dont un Thitrobaud et quelques autres, jusqu'au jour où l'un de ses correspondants anonymement caché sous le pseudo de Xkjim358 l'appelle Ma Nanouche. C'est la première fois que ce Xkjim 358 s'immisce dans une conversation. De plus il l'a appelée Ma Nanouche, un diminutif qu'elle avait occulté depuis des décennies, qui lui avait été octroyé durant quatre ans de sa vie, quatre années qu'elle a balayées comme le pire moment de son existence.

Qui peut bien la relancer ainsi ? Elle en parle à son amie Crista, sa meilleure amie d'adolescente, lui montre les textos qu'elle reçoit, et pour Crista, il s'agit ni plus ni moins que de menaces. Bientôt, avec Marie, elle aussi une ancienne condisciple perdue de vue depuis belle lurette, les trois femmes vont se délurer. Surtout Nathalie, qui entraînée par les deux copines, accepte d'abord de rencontrer Thitrobaud, puis de se rendre dans une discothèque pour danser et éventuellement effectuer quelques nouvelles connaissances mâles.

Les trois quasi quinquagénaires se rendent donc à la discothèque accompagné par Le copine. Un copain qui ne s'y rend que pour danser, et non pour draguer, sa femme préférant rester à la maison. En arrivant sur le parking, Nathalie se gare un peu à l'écart afin de ne pas être embêtée, et Crista et Marie retrouvent une autre habituée du lieu. Comme il est interdit de fumer dans l'enceinte, Nathalie prête ses clés de voiture à cette nouvelle relation afin que celle-ci se serve dans le paquet de cigarettes laissé dans le véhicule. Quand on vous dit que fumer tue, pour une fois c'est vrai. Cette fumeuse qui avait besoin de sacrifier à son besoin est retrouvée morte, assassinée, le lendemain, dans un fossé.

Le Gwen et Le Fur, les personnages fétiches de Françoise Le Mer vont enquêter sur ce meurtre, car l'une de leurs collègues du commissariat de Brest a reconnu dans le journal le portrait de la défunte.

 

Il fut un temps, pas si lointain, où les mères, fières de leurs fils, avaient coutume de dire, rentrez vos poules, je lâche mon coq. Et les garçons de se pavaner au bal populaire, cherchant la gaudriole auprès de quelques donzelles qui, accompagnées de chaperons, désiraient danser, voire plus si affinités. De nos jours, la liberté de mœurs a relégué ces entraves aux oubliettes, mais les femmes qui recherchent des compagnons pour une nuit ou plus sont toujours regardées de travers par les bonnes âmes bien pensantes, tandis que les hommes mûrs tenant à leurs bras de gentilles jeunes filles ou femmes ne font pas l'objet de telles opprobres.

Françoise Le Mer met le doigt où ça démange et gratte afin de montrer qu'il existe encore des à-priori, des réticences, des préjugés tenaces alors que les femmes, des quadragénaires et quinquagénaires libérées, qui veulent empiéter, avec raison, sur un domaine prétendument masculin, devraient bénéficier des mêmes avantages sexuels que les hommes afin de rompre leur solitude. Et en filigrane, cette adolescente qui joue les respectueuses (ou prostitution étudiante) dans le but de se payer des études et de subvenir aux besoins familiaux.

Le côté vécu du roman réside dans les discussions, sur le lieu de travail, entre collègues, les échanges verbaux, les réparties vives, humoristiques, acrimonieuses parfois, ou les relations avec les élèves, reflètent la réalité quotidienne professionnelle, puisque Nathalie professe dans le même collège que l'auteure. De même les promenades dans Quimper permettent de mieux découvrir la cité bretonne et surtout la Vieille ville, et sa fabrique de bols avec le travail des peinteuses qui dessinent les personnages ou fleurs ornementaux dans le récipient qui seront cachés puis découverts peu à peu par l'absorption du café matinal.

 

Mais derrière ces deux aspects de la vie, s'en profile un autre, plus grave, plus délétère, celui des amis recueillis sur Fakebox, un réseau social qu'il n'est point besoin ici de donner la véritable signification. Un engrenage infernal, avec des correspondants anonymes qui peuvent se cacher sous n'importe quel pseudo ou sexe, des soi-disant amis dont le but est parfois de jouer au corbeau.

Un roman fort intéressant par une auteure que je redécouvre et qui n'œuvre pas dans la mièvrerie sans être pour autant dévergondée. Tout est dans la mesure des propos, et dans leurs descriptions. Les traits des côtés humains, sociaux, ne sont pas forcés mais décrits avec justesse.

 

Françoise LE MER : L'extinction des cougars. Série Le Gwen et Le Fur N°17. Editions du Palémon. Parution le 21 octobre 2016. 272 pages. 10,00€.

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 07:03

Cette revue, ou fanzine, sympathique dont le numéro 1 est paru en 2007, s'est donné pour vocation, je cite :

de s’intéresser à cette branche tantôt ignorée, tantôt méprisée, qu’est la science-fiction populaire. On trouvera au fil des numéros des dossiers sur les auteurs, les héros, les genres ou les diverses séries, mais aussi sur les diverses éditions, en particulier la collection emblématique du genre, FLEUVE NOIR ANTICIPATION, les traductions à l’étranger ou les adaptations en bandes dessinées.

LE MÉTÉORE se consacrera aussi à ce pilier du roman populaire qu’est Bob Morane (plus de deux cents aventures parues) et abordera d’autres séries comme Doc Savage, la bande dessinée avec pour commencer Guy L’Eclair (version Dan Barry) ou des auteurs jeunesse comme Philippe Ebly.

 

Revue Le Météore N°21.

Louable initiative pour plusieurs raisons, dont la primordiale est de rester simple, de ne pas vouloir absolument rédiger des articles universitaires parfois abscons, de proposer aux amoureux de la littérature populaire ce qui les intéresse sans les dévaloriser.

Dans ce numéro, le sommaire décliné ci-dessous est alléchant :

Page 5 : Les maîtres de la SF en France : Jean-Pierre Andrevon. Article signé Reboussin. Le parcours éditorial de cet écrivain multidisciplinaire, qui œuvre aussi bien dans la science-fiction, l'angoisse et le fantastique, le roman noir ou policier mais qui est également auteur-compositeur et interprète, scénariste, poète et dessinateur.

Page 13 : Skull Island : une aventure de Doc Savage. Un article signé Michel Vannereux. Résumé du roman écrit par Will Murray mais non traduit en France. Dommage.

Page 15 : Des nouvelles de Daniel Piret par André Borie. Une courte présentation de Daniel Piret plus une lettre de l'auteur à ses lecteurs.

Page 17 : Daniel Piret : Vae Victis par Michel Vannereux. Un roman décortiqué après une rapide présentation de la collection Anticipation, via les auteurs préférés de Michel Vannereux.

Page 22 : Ardo l’Enthousiaste par Jean-Pierre Laigle. Présentation de La Maison du genre humain, seul roman de Mario Viscardini traduit en français en 1944, le premier d'une trilogie dont les autres n'ont pas eu l'heur de bénéficier de cette reconnaissance. Mario Viscardini se montre utopiste et le thème central préfigure la Cité radieuse de Le Corbusier.

Page 32 : Bob Morane : les dernières parutions par Michel Vannereux. Sont disséqués, Opération Chronos de Brice Tarvel et Retour à Gray de Serge Allemand chez Ananké, dans des collections différentes. Un éditeur difficile à suivre, les rééditions et les inédits des Bob Morane étant mélangés allègrement, dans diverses collections dont Grand format pour Brice Tarvel et Hors commerce pour Serge Allemand. Une bizarrerie éditoriale qui ne sert pas forcément les auteurs.

Page 40 : Table ronde sur Jacques Bergier. Retranscription par Marie-Christine Bussière et André Borie de la table ronde qui s'est tenue à Sèvres en novembre 2015 avec pour intervenants : Natacha Vas-Deyres, modératrice, Gérard Klein et Joseph Altairac. Une évocation notamment de la collaboration entre Jacques Bergier et Louis Pauwels, les auteurs du Printemps des magiciens, l'influence de Jacques Bergier dans les différentes collections dans les années 60/70 chez divers éditeurs, sauf au Fleuve Noir, la mythique revue Planète et autres sujets abordés.

 

En lisant les différents articles écrits par Michel Vannereux, un passionné, je n'ai pas toujours été d'accord avec ses prises de position et ses analyses, mais c'est ce qui justement permet de générer et d'entretenir des discussions qui ne sont pas stériles et d'alimenter les échanges.

Ainsi lorsqu'il affirme avoir lu quelques livres de Maurice Limat mais que ceux-ci ne l'ont jamais emballé, c'est méconnaître à mon avis le pouvoir de Maurice Limat sur l'imaginaire. Michel Vannereux préférait lire les Jimmy Guieu et les K.H. Scheer et Clark Darlton, les heureux créateurs de Perry Rhodan dont les aventures se poursuivent actuellement sous diverses plumes. A ce sujet la traduction des premiers Perry Rhodan date de 1966. S'il cite quelques auteurs de la période fin 1960, Pierre Barbet, J. L. et D. Le May, il est dommage, lorsqu'il écrit et ceux dont je n'ai rien lu (ou alors je n'en garde aucun souvenir), d'oublier quelques romanciers qui ont marqué les années 50/60, Stéfan Wul, Kurt Steiner, et Gilles d'Argyre, pseudo sous lequel se cachait Gérard Klein, par exemple.

Dans son article sur le roman de Brice Tarvel, Michel Vannereux avoue avoir été dérangé par deux éléments : les relations entre Bob et Lady Jamie, reprochant que le caractère de cette dernière ne soit pas très développé. Pour moi, ce ne fut en aucun cas dérangeant, il s'agit d'un roman d'action et non d'une étude de caractère, destiné à des adolescents et plus si affinités. Plus gênante, pour Michel Vannereux, est la présence d'une amie d'enfance de Bob, Chloé. C'est un point positif, à mon avis, à mettre en l'honneur de Tarvel qui justement offre de nouvelles possibilités. L'évocation d'une amie d'enfance de Bob Morane, donne de l'ampleur au personnage, lève un coin du voile sur l'enfance du héros, offrant de nouvelles possibilités, et surtout démontrant que Brice Tarvel a non seulement intégré dans son imaginaire l'Aventurier mais qu'il se démarque du romancier originel se refusant à le copier. Tarvel n'est pas un clone d'Henri Vernes mais se dresse en suppléant, la révélation d 'une partie de la jeunesse du héros dont il poursuit les aventures s'érigeant en petit plus, le petit plus qui lui permet de se démarquer et d'insuffler une nouvelle vitalité à Bob Morane.

De même, Michel Vannereux ne digère pas qu'un produit, en l'occurrence le Juvénis, puisse avoir des effets contraires sur les être humains et les pierres. Un roman d'aventures à dominante fantastique même si le thème repose sur une étude scientifique ne doit pas être lu avec un esprit cartésien. Et puis une des explications scientifiques pourrait être trouvée dans le dosage, comme les engrais dont se servent les horticulteurs, agriculteurs, et autres, dont on sait qu'ils sont à manier avec précaution. Un bon dosage permet à la plante de croître, un surdosage grille celle-ci et se montre donc néfaste à sa croissance. On pourrait arguer également qu'il s'agit d'une asymétrie, comme peuvent l'être le bien et le mal, le noir et le blanc, le riche et le pauvre...

Mis à part ces deux ou trois réserves, mais chacun lit selon sa sensibilité et dans le cas des Bob Morane, il faut garder à l'esprit que ce sont d'abord des romans destinés à des adolescents.et que la part de rêve doit toujours exister et être respectée.

 

Pour commander ce numéro ou s'abonner au fanzine, une seule adresse :

Voir également :

Revue Le Météore N°21. Novembre 2016. 60 pages. 8,00€.

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Published by Oncle Paul - dans Revues
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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 07:13

JE est un autre...

Hugo BUAN : J’étais tueur à Beckenra city.

Délaissant son héros récurrent le commissaire Workan qui s’est illustré durant plusieurs enquêtes, Hugo Buan décide de tourner (provisoirement ?) la page et de nous présenter un nouvel héros : Leonard, chasseur de primes et selon les circonstances tueur à gages.

Lorsque Leonard nait, il a déjà seize ans. Vous avez bien lu, ce n’est pas une coquille. Leonard a seize ans lorsqu’il nait. En réalité, c’est arbitrairement que cet âge lui est attribué.

Il a été retrouvé gisant dans une rue de Beckenra city, en coma léger, amnésique, près du salon de coiffure « chez Leonard ». D’où ce nom qui lui a alors été donné. Parlant couramment la langue du pays, devenant fils adoptif du Roi. Car dans ce pays, qui pourrait être situé en Amérique Latine et dont la capitale est éloignée de plus de quatre cents kilomètres de Beckenra, ainsi sont appelés les pupilles de la Démocratie Royale, ou Monarchie Démocratique.

Beckenra est une grosse mégapole enchâssée dans une vallée bordée de montagnes, puis de marécages et qui donne sur la mer. La cité est traversée par le fleuve Immonde, des eaux sales, tumultueuses descendant en torrent des hauteurs et qui se jette dans la mer comme un vaste égout. La cité, bien que bordée par la mer ne possède pas de port, la configuration géographique ne s’y prêtant pas. C’est une ville verticale, les gratte-ciel s’érigeant comme des piquants sur un hérisson. Sur une petite bordure de la ville vivent les privilégiés, dans de somptueuses villas, mais vers la montagne les marais prédominent.

Des LSL, logements sociaux localisés y ont été construits, souvent sur pilotis, et les habitants sont des Noirs, des Jaunes, des Arabes et autres rejets de la population de Beckenra. Car Beckenra est une ville propre, du moins elle se targue de l’être, une ville blanche, réservée aux Blancs, dont de nombreux émigrés, Allemands et autres qui côtoient les Latinos. La monnaie est le Markados.

Leonard est mis dans un orphelinat dispensant l’instruction dont il a besoin, quoi qu’il sache lire, écrire et compter. A dix-huit ans il s’enrôle dans les Forces Royales Spéciales et effectue des barouds là où on lui demande d’aller, gagnant les galons de capitaine. Au bout de quinze ans, il prend sa retraite, mais celle-ci est trop maigre pour qu’il puisse vivre décemment. Alors il devient mercenaire, offrant ses services un peu partout dans le monde, principalement au Moyen-Orient. Trois ans de ce régime lui suffisent et lorsqu’il rentre au bercail, il devient chasseur de primes. Son principal commanditaire est le juge Laupper, l’un des juges qui règnent sur la cité divisée en comtés. Il doit retrouver des évadés, des malfrats, des assassins, mais cela ne le contente pas car le juge Laupper, afin d’expédier plus rapidement sa justice, ou évincer quelques personnes dérangeantes, le rétribue pour les effacer de la population.

Le juge Laupper propose un nouveau contrat à Leonard : rectifier Luth Miller, la bourgmestre de Beckenra, mariée à un chirurgien spécialisé en réparation esthétique. Un gros morceau, pas physiquement, mais socialement et politiquement. Habitué à obéir, Leonard accepte, mais les événements viennent contrarier sa préparation. Dans un bar proche des LSL il provoque une algarade avec des loubards menés par Gilet de cuir, surnom qu’il donne au chef de bande à cause de ses attributs vestimentaires, et qui malmènent une jeune fille. Il gagne son combat puis s’aperçoit peu après qu’une voiture le suit dans ses déplacements. Mais Gilet de cuir et ses sbires lui mettent la main dessus et l’enferment dans une cave près des marécages où gît déjà une jeune femme. Il ne doit la vie sauve qu’à l’intervention de son ami Castro, amitié datant de ses années dans les Forces Spéciales. Mais il pense surtout à honorer son contrat, il a donné sa parole, ce qui ne va pas sans provoquer de nombreux heurts et cadavres.

 

Hugo Buan nous propose un nouveau personnage, antipathique certes mais moins que les autres protagonistes auxquels il est confronté au risque de sa vie. Le ton n’est plus badin comme dans les romans consacrés à Workan. Si le pays n’est pas défini géographiquement et nommément, on peut penser à un pays similaire l’Argentine.

L’action est concentrée à Beckenra, et aussi bien la voyoucratie que le monde des puissants se ressemblent, la différence se situant dans le rejet de la population d’un côté et la possession du pouvoir et de l’argent de l’autre.

L’épilogue est presqu’une fin ouverte, des zones d’ombre subsistent et je ne serai pas étonné de retrouver un jour ou l’autre Leonard dans de nouvelles aventures et peut-être même des révélations concernant les seize premières années de sa vie.

Hugo Buan change de ton avec cette intrigue mais il démontre une rigueur surtout dans l’élaboration de certaines scènes d’action.

Première édition Pascal Galodé. Parution avril 2012.

Première édition Pascal Galodé. Parution avril 2012.

Hugo BUAN : J’étais tueur à Beckenra city. Editions du Palémon. Parution 13 janvier 2017. 336 pages. 10,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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