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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 14:24

On passe le temps comme on peut !

Lawrence BLOCK : Le voleur qui comptait les cuillères

Pour Bernie Rhodenbarr, le métier de bouquiniste n'est plus ce qu'il était. Pour preuve cette cliente qui entre dans son échoppe, regarde un livre sur une étagère, téléphone et déclare qu'elle est intéressée mais ne le prend pas, car elle vient de l'acheter en ligne. Pourtant c'est un ouvrage rare !

Ou encore ce jeune étudiant qui lui achète des livres et les revend avec profit via un site de ventes en ligne, réalisant de beaux bénéfices.

Comme sa profession de bouquiniste le fait tout juste vivre, Bernie réalise de temps à autre de petits extras pour des clients qui savent se montrer reconnaissants, le payant largement pour les risques qu'il prend. Monte-en l'air à ses heures, il accepte une mission pour le compte d'un certain monsieur Smith, patronyme aussi courant que Martin en France.

Bernie est chargé de récupérer dans les archives du Galtonbrook Hall, un musée qui ne connait pas l'affluence mais possède des trésors grâce à l'ancien riche propriétaire qui accumulait les œuvres d'art, Bernie est chargé donc de récupérer un manuscrit de Fitzgerald, surtout connu pour Gatsby le magnifique. Un roman que son client ne tient pas en grande estime. Ce qui l'intéresse, c'est une première mouture de L'étrange affaire de Benjamin Button dont il collectionne les différentes éditions.

Bernie, après avoir repéré les lieux, s'introduit dans la pièce réservée aux archives et s'empare du fameux manuscrit, avec la complicité de son amie Carolyn. Carolyn, avec qui il prend un pot tous les soirs ou presque, avec qui il dine régulièrement, mais avec qui il ne couche pas, d'abord parce qu'il tient à sa liberté, ensuite parce que Carolyn est lesbienne.

Un premier vol pour ce client qui le rémunère grassement et lui propose une autre appropriation car en réalité il collectionne tout ce qui a rapport aux boutons et aux badges. Et cette nouvelle saisie doit s'effectuer chez un riche homme qui détient des cuillères au manche un peu spécial.

 

 

Parallèlement, son ami Ray Kirschmann, inspecteur au NYPD, qui lui a souvent mis, ou tenté de mettre, des bâtons dans les roues lors de quelques cambriolages antérieurs, lui demande un petit service. Il sait que Bernie, la main sur le cœur, a décidé d'arrêter ses activités de cambrioleur, mais cette fois il réquisitionne son ami pour la bonne cause.

Madame Ostermaier, qui vivait dans une grande demeure, est décédée en rentant plus tôt que prévu alors qu'elle assistait à la représentation d'un opéra de Wagner. Elle a été découverte gisant sur le tapis dans son salon, et si elle a cessé de respirer, c'est la seule chose de sûre que les policiers ont à se mettre sous la dent. Pour l'instant. Mais la cause réelle de ce décès est encore à trouver. Kirschmann souhaite que Bernie vienne avec lui étudier les lieux et donner son avis.

Que ne ferait-on pas pour un ami policier ? Bernie accompagne donc Kirschmann et selon toutes les probabilités, un cambrioleur est passé par là. Est-ce cette intrusion qui aurait obligé le cœur de madame Ostermaier à s'arrêter de battre ? Peut-être, mais il existe probablement une autre raison. Car la manière dont les objets sont à terre, le manteau de la victime déposé sur l'accoudoir d'un fauteuil et autres petits indices laissent Bernie dubitatif et il pense à une mise en scène.

Bernie est un grand lecteur. Ce qui tombe bien puisqu'il n'a qu'à se servir sur les rayons de sa bouquinerie. Alors il lit de nombreux romans d'auteurs actuels ou ayant connu une belle carrière au siècle dernier comme Rex Stout, et c'est justement en parcourant un romans policiers que des idées lui viennent concernant l'enquête qu'il doit mener. Et d'ailleurs il convoquera tous les acteurs, ou presque de cette histoire, et les mettra en scène façon L'Homme aux Orchidées.

 

 

Les digressions sont le levain des soufflés littéraires que l'on déguste avec une cuillère.

Et les digressions ne manquent pas dans ce roman, dont le ton et les dialogues font penser à Pelham Grenville Wodehouse. Un humour froid, parfois caustique, ou tout simplement le nonsense britannique qui joue sur la dérision et l'absurde, quel que soit le sujet abordé. Les réparties entre Carolyn, Ray Kirschmann, ou d'autres intervenants, sont ciselées, et certaines scènes valent le détour.

Si Bernie est célibataire, il se laisse parfois subjuguer par des clientes, ce qui lui offre d'heureuses surprises et le plaisir de faire la connaissance d'autres personnes qui l'aideront dans certaines de ses démarches.

Parmi les nombreuses parenthèses qu'effectue l'auteur, celle concernant la préconisation de la lecture d'un roman de Marcel Proust par exemple, beaucoup plus efficace et moins onéreuse et préjudiciable pour la santé que la prise de comprimés de somnifère, ou encore, lors de conversations avec Carolyn, de ses points de vue sur les gays et les lesbiennes, professant des idées de tolérance que de nombreuses personnes devraient mettre à profit.

De même il explique, peut-être un peu longuement, tout ce qui a trait aux badges à épingles, aux boutons, avec des références historiques intéressantes, surtout pour les Américains qui sont les premiers concernés dans ce qui est une sorte d'inventaire.

Et il ne faut pas oublier ses remarques sur le numérique et l'achat en ligne d'ouvrages, anciens ou non, qui mettent l'avenir des bouquinistes en péril. Enfin il ne faut le prendre pour un imbécile, il sait se venger en douceur, et tant pis pour celui qui a voulu le gruger.

 

 

Censuré !

Mona de Pracontal, la traductrice, n'ayant pas apprécié mes réserves quant à la traduction, me l'a fait savoir, comment dire, avec tact et diplomatie. Aussi, afin de ne pas mettre de l'huile sur le feu, j'ai décidé d'accéder à sa demande et ai donc supprimé le passage litigieux.

Ne lisant pas l'anglais, et donc ne pouvant ressentir comme il se doit l'humour qui peut se dégager de la langue de Mark Twain, je n'ai apparemment pas su discerner l'humour subtil de ce passage. Ce que me reproche la traductrice avec... virulence (?). Dont acte. Je vais me mettre à apprendre l'anglais, après tout pourquoi pas malgré ses soixante-dix ans, et donc je pourrais lire en version originale. Et me passer des traducteurs qui se retranchent derrière leur savoir avec suffisance.

Mais vous pouvez toujours lire un aperçu des problèmes de traduction dans La balade entre les tombes via le lien ci-dessous.

Lawrence BLOCK : Le voleur qui comptait les cuillères (The Burglar who counted the spoons - 2013. Traduction de Mona de Pracontal). Une aventure de Bernie Rhodenbarr. Collection Série Noire. Editions Gallimard. Parution le 13 octobre 2016. 352 pages. 21,00€.

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 13:10

Bon anniversaire à Thomas Bauduret, alias Samuel Dharma, alias Patrick Eris, né le 22 octobre 1963.

Samuel DHARMA : Nécromancies.

Par la folie d'un souverain, à cause de sa soif de domination et de pouvoir, Khemen, une cité pourtant pacifique, succombe sous les coups des Hommes Jaunes, et ce malgré la vaillance de ses guerriers, hommes et femmes.

Parmi eux Jehna et sa compagne Kehro. Mais Kehro fait partie des nombreuses victimes de la guerre et Jehna accablé par le chagrin, miné, erre à l'aventure.

Comment il parvient à Fadyen, il ne saurait le dire.

Lorsqu'un soudard l'agresse dans une auberge où il espérait le gîte et le couvert, il tente de se dérober mais le combat devient inévitable. Ses réflexes guerriers sont intacts et Jehna sort vainqueur de la rixe.

Fait prisonnier, il sera chargé par le roi Hunn d'éduquer son armée de soudards. Jehna retrouvera confort auprès de la belle Erikap une servante mise à son service mais cela ne l'empêche pas de penser à celle qu'il aime et aimera toujours : Kehro.

S'il est chargé de mission par le roi Hunn c'est bien parce que la cité de Fadyen est menacée. Mais quel est ce danger qui risque d'anéantir une cité quelque peu moribonde?

 

 

Samuel Dharma avec Nécromancies nous propose un roman plus achevé, plus dense et mieux construit que son précédent roman paru dans la même collection et qui avait pour titre Le Traqueur.Les effets sanguinolents sont quelque peu gommés, ce qui n'est pas un mal au contraire.

Il semble avoir trouvé un juste équilibre, ne forçant pas sur les clichés sur les sentiments ou les scènes d'horreur et de violence. Un auteur à suivre donc et si Dharma continue dans cette voie, je pense qu'il a devant lui- un bel avenir d'écrivain populaire; populaire étant à prendre comme un compliment évidemment.

Chroniqué sur Radio Manche. Août 88.

 

Thomas Bauduret s'est révélé en 1987 avec Mickey Meurtre publié dans la collection Espionnage N°1889. Il était alors le plus jeune romancier du Fleuve Noir. Depuis Thomas Bauduret a enchainé les traductions et l'écriture de romans dans différents genres populaires, dont je vous propose de découvrir ci-dessous quelques productions récentes :

 

 

 

 

Samuel DHARMA : Nécromancies. Collection Anticipation N°1637. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1988. 192 pages.

Réédité en format numérique : 4,49€.

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 06:05
Auteurs, traducteurs, lecteurs, ceci vous intéresse...
Les Assises 2016 de la traduction littéraire à Arles du 11 au 13 novembre.

Organisées par ATLAS, l’association pour la promotion de la traduction littéraire, les Assises 2016 se dérouleront à Arles du 11 au 13 novembre .

Intitulées L’EMPIRE CONTRE-ÉCRIT, ces Assises proposeront des conférences, des tables rondes, des ateliers de traduction et des lectures, animés par une quarantaine d’intervenants, dont certains très attendus :

Souleymane Bachir Diagne, Jacques Roubaud, Florence Delay, Hédi Kaddour, Myriam Suchet…

En clôture, Jacques Bonnaffé viendra porter témoignage de ces trois jours de manifestation consacrés à la traduction littéraire.

 

 

 

Si l’on considère que chaque langue exprime une façon unique de concevoir le monde, à la fin d’un conflit, il en apparaît toujours deux : la langue du vainqueur et celle du vaincu. Ce phénomène, que l’on constate pour toute sorte de conflit — mondiaux, sociaux, familiaux — est d’autant plus flagrant quand on considère le fait colonial, où de toute évidence, l’entre-langues qui naît de ces différentes conceptions du monde trouve un terreau fertile.

Comment cela se traduit-il dans la littérature ? Et surtout, comment le traduit-on ? C’est à ces questions que vont tenter de répondre nos 33èmes Assises.

Il y sera question de la façon dont la langue anglaise, dominante, se fragmente et se singularise selon qu’elle s’écrit au Nigeria, en Afrique du Sud, au Népal ou en Irlande. De la façon dont les français du monde se traduisent, qu’ils soient d’Algérie, du Congo ou d’Haïti. On y traduira de l’espagnol teinté de quechua, du russe mêlé de tchouktche, ou du hongrois où transparaît l’allemand …

Le titre, emprunté à Salman Rushdie, nous invite à réfléchir à l’état du monde et au rôle que joue la littérature, nourrie de traduction, dans la vie et la mort des langues.

AU PROGRAMME DES ASSISES CETTE ANNEE  :

des ateliers de traduction, savants, ludiques et ouverts à tous: anglais de Papouasie et du Népal, italien de Sardaigne ou de Sicile, russe de Sibérie, spanglish ou espagnol de Guinée équatoriale, afrikaans, provençal ou arabe seront au programme.

- des tables rondes et débats réunissant des traducteurs de renom, français et étrangers : Florence Delay, Jean-Pierre Richard, Dominique Vitalyos, Yasmina Melaouah, Regina Keil-Sawage, Frank Wynne et des auteurs tels que Jacques Roubaud, Hédi Kaddour, Sylvain Prudhomme…

- des conférences et carte blanche de Souleymane Bachir Diagne, Myriam

Suchet et Claire Joubert.

- de nombreuses lectures, dont une lecture musicale du Poème du Rhône de Frédéric Mistral par Claude Guerre et une lecture-spectacle venue du Québec, proposée par Dany Boudreault.

Programme complet consultable en ligne :

 

 

Les Assises 2016 de la traduction littéraire à Arles du 11 au 13 novembre.
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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 08:41

Ne vous endormez pas à l'ombre d'un menhir, vous risquez de ne pas vous réveiller...

Jean-Marc LIGNY : La roche au démon.

Tel ce brave homme qui gît au pied de cette masse pierreuse dressée comme un doigt vengeur dans le site mégalithique du Tréhorenteuc en forêt de Brocéliande à une quarantaine de kilomètres de Rennes.

Sauf que les deux jeunes amoureux qui le découvrent se rendent compte immédiatement qu'il ne se réveillera plus jamais. L'homme est nu, écorché, ensanglanté. Il est attaché au menhir, les mains liées dans le dos, lardé d'une vingtaine de coups de couteau. Il est énucléé, émasculé, et tatoué au couteau d'un triskell avec reposant sur le symbole une plume noire.

Le capitaine Erwann Le Tallec et sa coéquipière la lieutenant Marie Prigent, du SRPJ de Rennes, sont dépêchés sur place, ainsi que les hommes de la scientifique menés par Dubreuil. Entre Le Tallec et Dubreuil le courant est alternatif, dans un sens acrimonieux, dans l'autre acerbe. C'est que Dubreuil brigue la place de Le Fur, le responsable de Le Tallec. Mais après tout ce sont leurs affaires, intéressons-nous plutôt à cette affaire qui sera suivie d'autres cadavres, tous trouvés dans des endroits similaires, et dont la procédure pour les occire est sensiblement la même ainsi que la mise en scène.

Ce genre d'actualité attire les journalistes comme un étron frais les mouches. Particulièrement Xavier Bonnard, reporter à Ouest-France, qui est toujours sur les bons coups, et s'incruste dans l'enquête comme une Ixodida sous la peau fragile d'un promeneur en forêt. Xavier exerce le chantage auprès des enquêteurs, lesquels se trouvent obligés de lui fournir du grain à moudre sous peine d'être la risée du rédacteur auprès des lecteurs affamés d'articles piquants.

La première chose à faire est bien évidemment de découvrir l'identité de ce cadavre. Ce qui ne pose aucun problème grâce aux empreintes digitales et dentaires. Il s'agit de Philippe Germont, quadragénaire marié, et directeur d'un réseau local d'agences immobilières. Sa femme est prévenue et convoquée afin de reconnaître le corps. Des fois que ce serait pas le bon. Il ne faut pas donner de fausses joies inutilement. Quant au meurtrier, rien ou presque. Juste qu'il chausse du 42, ce qui est la taille standard ou presque d'une grande majorité de citoyens adultes.

D'après madame Germont, dont les déclarations restent dans le ton, rien n'entachait leurs relations conjugales. Pas de sorties inopinées de la part de son mari. Il s'était rendu à Tréhorenteuc afin de faire visiter à d'éventuels acheteurs un bien immobilier. Et il devait rentrer plus tard que d'habitude car un repas clôturait cette négociation. Sauf que, en interrogeant les futurs propriétaires, ce repas n'avait pas eu lieu, pour la bonne raison que ce n'était pas prévu dans l'emploi du temps. Germont aurait-il découché ? Aurait-il eu une liaison cachée ? On ne sait jamais, d'autant que, en fouillant dans l'ordinateur du défunt, des fichiers révèlent qu'il professait à l'encontre de jeunes filles brunes aux petits seins une forme de culte.

Peu à peu, quelques autres cadavres disséminés plus tard, toujours dans des lieux symboliques celtes, il se dégage aux yeux d'Erwann Le Tallec et de sa coéquipière comme un lien qui relierait toutes ces victimes. Et ce lien prendrait son origine dans le passé.

 

 

Plus spécialisé dans l'écriture de romans de science-fiction, Jean-Marc Ligny nous offre un roman policier de facture classique, une enquête à rebrousse-poil, qui pourrait offrir une trame fantastique avec les évocations de Merlin, Morgane et même Morrigane. Mais elle est menée par des personnages dont les liens donnent toute la saveur à l'intrigue.

Les dissensions entre Le Tallec et Dubreuil par exemple, les piques entre Le Tallec et Marie Prigent, qui lesbienne, n'a qu'une hâte, retrouver son amie navigatrice. Et les démarches de Marie pour jeter Le Tallec, célibataire convaincu, dans les bras d'une stagiaire un peu boulotte, timide et rougissante, mais qui ne manque pas de charme. Enfin l'omniprésence de Xavier Bonnard toujours là ù personne ne l'attend et joue entre les jambes des policiers comme un jeune chiot.

Une intrigue facile mais prenante par la présence des fantômes de la légende celte et de l'antagonisme entre le Bien et le Mal, représenté par Morgane et Morrigane et le symbole du triskell scarifié à l'envers .

 

 

Jean-Marc LIGNY : La roche au démon. Meurtres rituels en Bretagne. Collection Zones Noires. Editions Wartberg. Parution le 3 octobre 2016. 216 pages. 12,90€.

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 12:28
Dominique ROCHER : Un portrait.

Née à Alençon (orne) le 6 juillet 1929, Dominique Rocher a suivi des études d'infirmière et a collaboré comme journaliste à un quotidien du Sud-ouest, ainsi qu'à la revue Rencontres Artistiques et Littéraires dont elle fut directeur artistique. Deux statuts professionnels dont elle se servira plus tard lors de la rédaction de ses romans.

Elle a vécu à Paris, à Angoulême en Charente puis est revenu à Paris au début des années 1960 et s'est installée définitivement en proche banlieue parisienne. Mariée à André Rocher, journaliste, lui-même auteur au Fleuve Noir de quelques romans dans la collection Angoisse sous le nom de Michel Saint-Romain.

 

Si la littérature l'a fait toujours habitée depuis sa naissance, c'est le sentiment d'angoisse qui a géré sa vie et en est resté une quotité intégrante. Ce qui explique une partie de son œuvre marquée par la production de romans justement publiés dans la collection Angoisse du Fleuve Noir. Sa carrière littéraire débute avec la parution d'un roman historique, Le Désert rouge, dans la collection Alternance des Editions du Scorpion en 1959. Roman ayant pour thème la campagne d'Egypte de Bonaparte.

Suivront quels ouvrages sur commande, ésotériques pour la plupart, concernant l'interprétation des rêves (Le langage universel des rêves aux Editions de L'Olivier d'Argent sous le pseudonyme de Noémie Quid en 1984), les rites magiques, deux romans de suspense aux éditions Rive Droite, La voix du seppuku et Doublé Fatal, ainsi qu'un ouvrage de médecines naturelles chez le même éditeur, et de nombreuses nouvelles publiées dans des recueils collectifs au éditions du Choucas, aux éditions Cheminements, à l'occasion du Salon du roman Noir de Cognac ou par l'association L'Ours Blanc dans la revue Les Chemins de traverse.

Mais c'est bien dans la Collection Angoisse du Fleuve Noir que Dominique Rocher s'est pleinement exposée et exprimée, en créant le personnage du docteur Saint-Christol pour deux romans dans la collection Angoisse. Mais il n'est pas le seul médecin présent dans les romans publiés dans cette collection.

Et par la suite, ce sera le personnage de la Rouquine, l'infirmière Olga Vincent qui opérera notamment en Afrique dans quelques romans publiés chez Lulu.com ou Manuscrit.com.

Et pourquoi de la littérature populaire ? Dominique Rocher me répondait lors d'une correspondance épistolaire : La littérature populaire est à l'image de la vie, pleine de suspense. Enigme de la naissance, de notre destinée. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Qu'est-ce qui nous attend au tournant... et à la fin de notre vie ? Peut-être une façon de se rassurer. Dans le roman de suspense, l'énigme est en général résolue. A l'image de celui ou de celle qui choisit la carrière médicale dans l'espoir inconscient de vaincre la mort.

Concernant l'angoisse Dominique Rocher déclarait à Olga Georges-Picot dans le Bulletin Fleuve Noir Information N°67 de septembre 1970 :

Pourquoi écrivez-vous?

Pour oublier mon angoisse.

Quel événement de votre vie vous a poussé à écrire ?

Ma naissance. L'angoisse fait partie intégrante de l'aventure humaine. Comme tout le monde je suis née avec elle.

Qu'est-ce que l'angoisse pour vous ?

Une bête sauvage dont il faut faire un animal familier.

Dominique Rocher, qui êtes-vous réellement ?

Une toute autre personne que celle que j'ai essayé de vous faire entrevoir. L'angoisse en fait, c'est de se sentier toujours à côté de la question. A côté des gens, à côté de l'amitié, à côté de l'amour.

Vous m'aviez dit qu'il restait l'humour ?

C'est une erreur. L'humour, en réalité, n'est qu'une forme subtile de l'angoisse. Elle est partout, en somme. Si vous le rencontrez et si vous avez de la chance de la reconnaître, faites-lui un sourire. C'est encor le meilleur moyen de vous en tirer.

L'humour est toujours présent dans les romans de Dominique Rocher, principalement dans ses romans de suspense. Car outre les arts martiaux, c'est bien vers l'humour anglais et l'humour noir que vont ses préférences.

Et qu'en est-il de l'inspiration ?

A cette question Dominique Rocher répondait dans Fleuve Noir Information N°117 de septembre/octobre 1975 :

L'inspiration naît au cours de lectures, au hasard de faits quotidiens qui, soudain, déclenchent une émotion. Grâce à cet élément émotif, les objets ou les êtres prennent une autre dimension. Ils bénéficient d'un éclairage nouveau qui les transposent dans une autre réalité, tout aussi vraie, à laquelle s'ajoutent l'insolite et le poétique. Chaque auteur transparait dans ses romans et aucun humain n'étant semblable, chaque œuvre est forcément différente.

J'avais eu le plaisir de faire la connaissance de Dominique Rocher lors d'un salon organisé dans l'enceinte de la Bilipo. Nous avions correspondu et sachant que Philippe Ward recherchait des auteurs ayant œuvré au Fleuve Noir, je lui avais fourni ses coordonnées. Et le 1er décembre 2004, Dominique Rocher m'annonçait qu'elle devait être éditée chez Rivière Blanche en avril 2005. Ce qui fut fait et un second suivi quelques années plus tard.

 

Dominique Rocher s'est éteinte le 13 septembre 2016, faisant don de son corps à la science.

Collection Angoisse :

167 : Délire (1969)

174 : Boomerang (1969)

179 : Les Voyances du Docteur Basile (1970)

186 : Le Pacte du sang (1970)

198 : Le Docteur soigne la veuve (1971)

209 : L'Homme aux lunettes noires (1971)

221 : Le Monstre sans visage (1972)

231 : Humeur rouge (1973)

257 : La Clinique de la mort (1974)

 

Collection Anticipation :

685 : La Nuit des Morphos (1975)

 

Voir les ouvrages de Dominique Rocher chez Rivière Blanche ici :

Autre site utile à consulter :

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 13:43

Pas toujours facile à négocier...

 

Emmanuel VARLE : Dernier virage avant l'enfer.

Les témoignages d'anciens détenus sur la vie quotidienne en prison abondent, et pourtant, un de plus n'est pas superflu. Sauf que...

A soixante-dix-sept ans, Roland Mertonnier, né le 15 février 1939 dans le cinquième arrondissement parisien a passé trente-six années de sa vie enfermé dans une cellule. En plusieurs fois, je précise. Au moment où il nous délivre son message, des tranches de vie, des anecdotes, des ressentis, des analyses, des souvenirs plus ou moins heureux, des coups de gueule, dans un patchwork narratif, cela fera douze ans qu'il n'a pas connu l'évolution extérieure.

Que faire quand on est isolé dans sa cellule ou qu'on veut échapper à la promiscuité forcée avec des individus pas toujours très reluisants, aux sarcasmes et vexations des matons ?

Ressasser ses souvenirs, son parcours, étayer les jalons de sa vie ou se réfugier dans la lecture.

Car Roland lit, c'est un peu tout ce qui l'intéresse coincé entre ses quatre murs et des barreaux pour seul horizon.

C'est ce qui fait que je suis encore en vie, la lecture. Sans livres, la vie m'apparaîtrait définitivement terne, comme une fleur fanée. Le livre est le meilleur moyen d'évasion quand vous êtes entre quatre murs.

Pourtant il aurait pu connaitre un autre destin. Celui d'un enfant gâté, fils de bourgeois. Il a préféré marcher à l'ombre, étant d'un naturel rebelle. Il trimballe derrière lui un passé de délinquant, ayant commencé ses frasques tout jeune, alors que rien ne le prédisposait à devenir un braqueur.

Alors les gardes à vue, il connait. Pourtant cela a évolué, il parait.

Avant de se retrouver en cabane, il y a des étapes. La garde à vue en est une. J'ai toujours détesté les gardes à vue. Maintenant, ça a un peu évolué. Un avocat pointe son nez dès le début et les flics cognent moins. Leur façon de te baiser la gueule, c'est la procédure. Ils te font des sourires et t'enfoncent.

Et quand tu es innocent de ce qu'ils t'accusent ? C'est pareil, et si tu s faible, tu avoues. Mais ça, c'est pas dans l'histoire de Roland.

Ce qu'il n'apprécie pas non plus, ce sont les façons de procéder des surveillants. Et les exemples ne manquent pas.

Il est comme ça, Roland, il saute du coq à l'âne, une anecdote en appelle une autre, tout s'enchaine, et les digressions ne manquent pas de sel. Il est vrai que les occasions de s'amuser sont réduites à leur plus simple expression. Ainsi les oiseaux. Un détenu voulait installer une volière, demande qui lui a été refusée, bien évidemment. Un de ses compagnons d'infortune a possédé un canari. Mais la méchanceté n'est jamais bien loin. Les détenus perdent en général leur humanisme en compagnie des matons.

Roland s'est trouvé un ami, une pie. Elle venait lui rendre visite de temps à autre. Mais une pie n'est pas un volatile comme un autre. D'abord, il est de notoriété publique qu'une pie bavarde. Ce n'est pas pour autant qu'elle est cafteuse. Et la vie possède un autre travers. Elle est réputée pour être voleuse. Alors une pie qui s'invite en prison, cela semble presque logique, non ?

Roland peut choquer parfois dans ses déclarations, dans ses pensées. Il est raciste, il l'avoue. Il ne regrette rien, même s'il a cabossé sa vie de façon délibérée. C'est son choix et il l'assume.

Mais ce n'est pas pour autant que les détenus doivent cohabiter dans la saleté, être les têtes de Turc de matons tatillons et sadiques. S'ils sont en prison, je parle des gardiens et des surveillants, il l'ont choisi, personne ne les a forcé à embrasser ce métier. Alors pourquoi déverser leur haine envers des êtres qui purgent une peine, souvent méritée ? Les détenus se chargent de faire régner leur propre loi à l'intérieur des établissements. Et ils l'appliquent à leur manière, souvent expéditive. Les affinités existent, mais les rejets également. Surtout envers les pointeurs, ceux qui s'attaquent aux femmes et aux enfants. Et ceux-là sont les bêtes noires des détenus.

Roland reçoit depuis quelque temps un visiteur de prison. Un jeune homme nommé Timothée. Un rouquin qui fait partie d'une association. Il ne vient pas souvent, il s'incruste toutefois. Il lui offre de petits cadeaux, par exemple des livres écrits par d'anciens détenus narrant leur condition de vie en tôle. Roland ne comprend pas ce geste.

Mais revenons à ma première phrase.

Les témoignages d'anciens détenus sur la vie quotidienne en prison abondent, et pourtant, un de plus n'est pas superflu. Sauf que...

Sauf que l'auteur est un ancien commissaire de police en retraite, possédant le grade de Commandant fonctionnel. Et c'est là que réside toute l'ironie de ce récit romancé. Il se place de l'autre côté de la barrière et décrit les conditions de vie, ou de survie, d'un détenu, lui qui a eu l'occasion d'en envoyer plusieurs au cours de sa carrière derrière les barreaux. Et c'est sans complaisance qu'il narre la descente aux enfers d'un jeune loubard qui a pris de l'envergure et décrit avec une précision clinique les conditions de détention d'un prisonnier. Sans complaisance non plus qu'il peint les conditions de détention, conditions parfois ignobles. Et l'on s'étonne après que quelques révoltés prennent des surveillants en otage, mettent le feu et dégradent tout. De toute façon tout est dégradé, alors, un peu plus un peu moins...

Emmanuel VARLE : Dernier virage avant l'enfer. Collection Crimes et Châtiments N°71. Editions Les Presses Littéraires. Parution le 22 septembre 2016. 446 pages. 14,00€.

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 14:42

Une histoire qui n'est pas tirée par les cheveux...

Nils BARRELLON : La lettre et le peigne.

Reich est en déconfiture. La ville est en ruines, l'aviation alliée ne lésinant pas sur ses frappes. L'armée russe déferle dans les rues, parmi les décombres.eBerlin. Avril 1945. Le III

Anna Schmidt, une jeune femme épuisée, s'est endormie dans l'encoignure d'un porche. Elle est recueillie par une habitante du quartier qui l'emmène dans un cave où se sont réfugiés les locataires d'un immeuble. Un grand nombre de femmes, de vieillards et d'enfants sont agglutinés dans cet espace confiné. Dehors les Russes avinés, les Ivan comme ils sont surnommés, patrouillent. Certains d'entre eux s'infiltrent dans la baraque et choisissent des jeunes filles et jeunes femmes, dont Anna, pour procéder à une relation charnelle sans payer.

8 septembre 2012. La capitaine Anke Hoffer, de la BKA (police fédérale), habitant Wiesbaden, soit à six-cents kilomètres de Berlin, a été appelée à Berlin au Musée historique allemand. Un crime vient de s'y commettre. Le gardien de nuit a été retrouvé dans un local interdit au public. D'après les caméras de surveillance deux hommes cagoulés se sont introduits nuitamment dans l'établissement. Cet homme se trouvait au mauvais endroit. Car pour accéder à l'objet de leur convoitise, les deux meurtriers devaient passer par ce vestiaire. Ils ont dérobé un peigne en ivoire, banal en apparence, sauf qu'une croix gammée et les initiales A.H. étaient gravées dessus. A.H., comme Adolph Hitler.

A Berne, Bernd Wagner, le président de l'Aurore Blanche, un groupe extrémiste néo-nazi, peut se frotter les mains. Son futur gendre vient de réaliser l'opération peigne, celle qui décoiffe, avec brio, en laissant toutefois un cadavre sur le terrain. Mais une autre opération doit être réalisée afin de contenter son mystérieux correspondant.

Quelques semaines plus tard, à Francfort, Jacob Schmidt, un musicien de jazz, sort de l'établissement dans lequel il joue en compagnie de quelques amis. Il est accompagné d'Ann, mais comme il est légèrement pompette, pour ne pas dire plus, elle préfère rentrer chez elle et ne pas passer la nuit avec lui. Il est agressé près de chez lui. Il s'en sort mais sa guitare est vraiment mal en point. Il décide de porter plainte ne serait-ce que vis-à-vis de l'assurance. Son interlocuteur au commissariat n'est guère intéressé et convaincu par cette histoire d'agression, mais prend toutefois la déclaration. La capitaine Anke Hoffer qui travaille à un bureau proche, entend quelques mots et est fortement intriguée et intéressée par les propos de Jacob. Elle s'occupe d'un autre dossier, l'affaire précédente ayant été classée, mais ce qui vient d'arriver à Jacob pourrait bien posséder une corrélation avec le vol et le meurtre au musée.

 

 

Mais entre 1945 et 2012, de nombreux événements ont marqué la vie d'Anna Schmidt et les déboires de Jacob. D'abord la naissance de Joseph, le fils d'Anna, et ses pérégrinations afin de trouver un appartement où vivre décemment. C'est par l'entremise d'un cousin, le seul représentant d'une famille anéantie, qu'elle peut se loger. Elle lui remet une lettre à donner plus tard à Joseph au cas où celui-ci se sentirait un jour en danger. Les années passent. Joseph se marie avec une Française et ils ont un enfant, Jacob. Le ménage se délite peu à peu, la Française rentre chez elle à Toulouse, seule, car selon les lois allemandes, Jacob, né en Allemagne, est confié à son père.

Et il semblerait bien que ce soit cette fameuse lettre qui soit à l'origine des malheurs de Jacob lequel voit son appartement dévasté et les incidents, les agressions s'accumuler.

De Berlin, Franfort, Paris, Rennes, Berne, le lecteur est invité aux voyages dans l'espace et le temps. Déstructuré, ce récit alterne allègrement les aller-retour sans pour autant que le lecteur soit perdu dans l'histoire.

Habilement construite, cette intrigue est maîtrisée de bout en bout, même si parfois cela ne semble pas évident, surtout pour le lecteur qui traque les petites divergences dans les datations. Mais tout est résolu lors de l'épilogue, et ce qui paraissait une erreur de la part de l'auteur trouve sa justification dans les explications finales.

 

Ce roman est moins vif, moins rapide, moins nerveux que le précédent opus de Nils Barrellon, mais l'auteur répond à une exigence temporelle. La position des tireurs couchés se déroulait en quelques jours, le protagoniste principal étant un homme traqué. Dans La lettre et le peigne, l'intrigue se déroule sur près de soixante dix ans, et évidemment il est des épisodes qui ne peuvent être placés sous silence, mis sous l'éteignoir.

On peut lire les romans indifféremment de leur ordre de parution sans pour autant être dépaysé. On retrouve de façon évanescente quelques personnages qui sont apparus ou tiennent les rôles principaux dans les précédents romans de Nils Barrellon, ce qui permet à l'auteur de construire une forme de saga un peu dans l'esprit des Rougon-Macquart de Zola ou de la série des Jalna de Mazo de La Roche.

 

 

 

 

 

Nils BARRELLON : La lettre et le peigne. Collection Jigal Polar. Editions Jigal. Parution le 10 septembre 2016. 296 pages. 19,00€.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 14:10

Hommage bis à Brice Pelman décédé le 17 octobre 2004.

Gilles-Maurice Dumoulin et Brice Pelman en octobre 1999 pour les cinquante ans du Fleuve Noir à la BILIPO.

Gilles-Maurice Dumoulin et Brice Pelman en octobre 1999 pour les cinquante ans du Fleuve Noir à la BILIPO.

Votre premier roman « Le cadavre et moi » parait dans la collection L’Aventure criminelle dirigée par Pierre Nord. Ensuite paraissent quatre livres au Masque, sous le pseudonyme de Pierre Darcis. Pourriez-vous nous parler de cette époque, qui s’étale de 1960 à 1967.

Oui.

Au cours des années que j’ai passées dans ce club de lecteurs, j’avais quand même eu le temps d’écrire un roman. Ce roman s’appelait effectivement

Je l’avais tapé en plusieurs exemplaires, afin de le soumettre aux quatre ou cinq maisons qui à l’époque éditaient des romans policiers. Et Pierre Nord a été le seul à m’écrire une lettre encourageante, une longue lettre de deux pages que je garde encore comme une relique. J’ignorais qu’il était le colonel Brouillard, je ne savais à peu près rien de lui. Mon roman lui plaisait mais il contenait trop de maladresses pour être publié sous sa forme initiale. Pierre Nord m’a incité à le modifier.

J’ai introduit des inter-chapitres, retapé l’histoire, surtout le dénouement. Il a été tiré d’emblée à trente mille exemplaires et la critique l’a bien reçu. De plus j’étais le seul français de la collection * et ça c’était une particularité qui jouait en ma faveur. Mais avant d’en arriver là j’avais dû m’atteler à une besogne beaucoup plus ingrate. Il s’agit des traductions. Des traductions de l’anglo-saxon avec la collaboration de ma femme.

Pierre Nord avait un sens pratique certain. Il appréciait mon style qui était approprié au genre policier et il savait que ma femme était professeur agrégée d’anglais. Alors il m’a demandé de traduire un roman à l’essai. Ma femme m’a dicté au magnétophone un premier jet en m’indiquant les différentes nuances à donner à telle ou telle phrase, tel ou tel mot, et je rédigeais ensuite la version définitive. Ce travail finalement est devenu satisfaction, et c’est ainsi que nous sommes devenus presque à notre corps défendant traducteurs de la collection L’Aventure criminelle chez Fayard.

Par la suite Pierre Nord m’a chargé de raccourcir, ou de développer des romans, d’accentuer leur côté argotique, de faire en sorte qu’une simple histoire policière puisse être éditée dans la collection espionnage qui se vendait beaucoup mieux. La traduction proprement dite se doublait d’un travail d’adaptation que j’assimile personnellement à un travail de forçat. Chaque livre m’était payé au forfait, à l’époque 70 000 francs, le franc lourd n’avait pas encore fait son apparition. A l’heure de travail, nous gagnions moins qu’une femme de ménage. De plus comme un fait exprès nous récoltions toujours les livres les plus longs.

Cela dit, comme dans la chanson, je ne regrettais rien. Mais Pierre Nord me faisait miroiter l’espoir d’une seconde publication dans sa collection. Cet espoir était la carotte. Traduire, et encore traduire. Et je traduisais comme à l’avenant. Après une vingtaine de romans toutefois j’ai refusé de marcher et j’ai envoyé mon manuscrit au Masque qui l’a accepté. C’était

J’ai passé avec Pierre Nord d’excellentes soirées, vidé de nombreuses bouteilles de whisky. Il est mort et j’en profite pour lui rendre hommage. Et Pierre Nord vivait à Monaco, j’habite à Nice. Cela facilitait les contacts.

Alors ce travail de traducteur, je l’ai poursuivi ensuite pour Mystère Magazine et Hitchcock Magazine. J’ai calculé que j’avais dû traduire plus de trois-cents nouvelles. Ce qui n’est pas rien. Enfin bref ce travail m’a compté pour la pratique de la nouvelle et des romans policiers et m’a beaucoup appris.

 

 

* Brice Pelman, alias Pierre Darcis ne se souvenait peut-être plus que les premiers numéros de la collection L'aventure criminelle étaient signés Pierre Nord, que le numéro 9, Le taureau par les cornes, était dû à Frédéric Hoë qui a récidivé avec le N°57, La peau du lion, et que Hugues G. Clary était probablement français puisque les deux romans signés de ce pseudo ne possédaient pas de titre originaux en anglais ou américain.

 

Le cadavre et moi Collection l'Aventure criminelle N°72. 1960.

Le cadavre et moi Collection l'Aventure criminelle N°72. 1960.

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 12:51

Hommage à Brice Pelman décédé le 17 octobre 2004.

Brice PELMAN : La troisième victime.

Dans cet ouvrage, Brice Pelman reprend un thème, ou plutôt un accessoire, largement utilisé dans les romans policiers : Le message anonyme.

L'action se passe à Opio, village des Alpes-Maritimes, département cher à l'auteur et qui a servi de décor pour bon nombre de ses romans.

Suzanne, la protagoniste, est délaissée par son chirurgien de mari. La cohabitation avec sa belle-mère n'est pas signe d'entente cordiale et les époux sont réduits à faire chambre à part, ce qui est frustrant, vous l'avouerez.

Le destin malin va se manifester sous forme de lettres anonymes, des lettres d'amour au style ampoulé.

Bidule, un être simplet qui sert de facteur intérimaire entre la belle Suzanne et son galant, est secrètement amoureux de la jeune femme, sosie de Romy Schneider.

Mais Alexandra, amie de Suzanne, femme du potard local et tireuse de cartes à ses heures, voit dans ses tarots un avenir funeste. Les cadavres viennent confirmer sa prémonition, mais Suzanne n'en a cure, toute réjouie de croire que son épistolier transi se cache sous les traits de l'associé de son mari.

Elle s'adonne sans retenue aux joies de l'amour hygiénique, pour ne pas dire clinique, enfouissant métaphoriquement les cadavres sous le lit conjugal. Suzanne vit un amour obsessionnel dont elle ne peut se dépêtrer.

Brice Pelman était un vieux routier du roman policier, et ce retour au Fleuve Noir fut sympathique. Il avait émaillé la défunte collection Spécial Police de quelques bons titres, je ne pousserai pas la flagornerie pour écrire que tout était excellent, mais des romans comme Le jardin des morts, In vino veritas, Un innocent, ça trompe énormément et quelques autres restent dans les esprits des amateurs.

 

La troisième victime est de cette veine et se lit avec un plaisir non dissimulé.

 

Brice PELMAN : La troisième victime. Collection Crime Fleuve Noir N°30. Editions Fleuve Noir. Parution juillet 1992.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 06:10

Les deux premières aventures de Slimane enfin rééditées...

Jean-Paul NOZIERE : Les enquêtes de Slimane.

Publiées à la fin des années 1990, chez Points, les aventures et enquêtes de Slimane retrouvent un nouveau souffle. L'occasion également pour les lecteurs qui ont apprécié les romans le mettant peu ou prou en scène chez Rivages de découvrir la genèse de cet homme en marge de la société.

 

 

 

Un regrettable accident.

Entré dans la police pour comprendre le meurtre de son père ancien harki, et peut-être découvrir les assassins, Paul Slimane Rahali, surnommé l’Arabe, a démissionné.

Depuis il vit la plupart du temps dans un camping-car, regarde des cassettes vidéo, ou se promène en VTT. Il lui arrive parfois d’exercer la profession non avouée de détective, couvert par une ancienne collègue, Florence, avec laquelle il a des relations épisodiques.

Une jeune femme requiert ses services car elle n’a pas eu de nouvelles de sa fille depuis un an. Pour la mère il s’agit d’un meurtre. Elle veut connaître la vérité. La dernière fois que la jeune fille a été signalée, elle était dans une bourgade royaume des chasseurs. Selon un témoin elle se serait embarquée à bord d’un camion conduit par un chauffeur Turc.

Pour Slimane commence une enquête difficile, à laquelle il ne croit pas trop au départ. Mais peu à peu il se rend compte qu’il se trouve au cœur d’un problème qui ne peut se résoudre qu’avec la découverte éventuelle du ou des coupables, si meurtre il y a.

En réalité, outre le délit de faciès dont il est accablé, il veut comprendre pourquoi son père est mort et il pense qu’à travers cette enquête il parviendra à résoudre la mort d’un père qui n’a jamais réussi à s’intégrer dans une communauté. Lui même vit en marginal, et si son passé le taraude, sa relation ambiguë avec sa sœur n’est pas le moindre de ses affres.

Jean Paul Nozière explore avec tact le registre d’un racisme ambiant dans une ruralité issue d’un dix-neuvième siècle regardant vers le troisième millénaire. Un gros industriel qui pèse sur un village, régissant sa loi, offrant du travail ou mettant à la porte de son usine qui bon lui semble, obsédé par la chasse. Les villageois, eux dépendent du maître et découvrent un bouc émissaire en la personne du fils, un homosexuel, avéré ou non.

Un roman qui en dehors de la personnalité de Slimane, héros tourmenté, demande au lecteur de réfléchir sur les dessous d’une province, de la province en général, qui est au diapason de la ville pour certaines élucubrations écologiques, racistes, mais totalement en décalage dans d’autres domaines.

 

 

 

Première édition Collection Points Seuil N°639. Editions du Seuil. Parution 19 mai 1999. 252 pages.

Première édition Collection Points Seuil N°639. Editions du Seuil. Parution 19 mai 1999. 252 pages.

Bogart et moi.

Le problème pour un itinérant, c’est de savoir que son véhicule va bientôt lâcher prise, rendre l’âme, toucher les pouces.

Pour Slimane, qui va par monts et par vaux, au gré de son inspiration, l’idée même que son antique C25 Citroën donne des signes évidents de défaillance ne l’aide pas à remonter un moral en dents de scie. Aussi comme il a un vieux copain en Province, copain qu’il a négligé depuis des années, (mais n’est-ce point une occasion en or de le revoir ?), propriétaire d’un auto-casse, il décide de lui rendre une petite visite impromptue.

Donnant-donnant, Luc Cardina veut bien lui trouver une pièce de rechange mais à une condition, démontrer que la mort d’Enrique, qui lui prêtait un coup de main dans les jours de bourre, n’est pas due au hasard. Enrique était dans la région depuis quelques mois et il est décédé dans un accident de voiture jugé normal par la gendarmerie et le docteur chargé des premières constatations. Enrique se serait endormi au volant, affaire classée.

Par pour Luc Cardina qui s’obstine à penser que quelque chose cloche. Alors Slimane prend son bâton de pèlerin et parcourt le pays, c’est ça ou alors il raque pour que son véhicule soit remis à neuf.

Première personne à interroger, Maria Torrès, soupçonnée par le voisinage de pratiques magiques nocturnes. Il est reçu par un gamin méfiant, sauvage, qui se demande si le visiteur est envoyé par la DDASS. Pour Slimane qui supporte mal la présence des cigales, les débuts ne sont guère encourageants. D’autant que Florence, sa copine inspecteur de police, et Yasmina, sa sœur dont il est secrètement amoureux sans vouloir se l’avouer, décident de le rejoindre sur place.

Heureusement qu’il a pour compagnon Bogart, un chien qui lui au moins ne pose pas de questions et est un mélomane averti, surtout lorsque l’Arabe joue du saxo.

Une enquête qui apporte son lot de désagréments, sous forme de petites tombes. Une enquête qui fout le bourdon à Slimane qui trouve comme dérivatifs de longues escapades en vélo dans la montagne environnante, ou la vision de vieux films qu’il passe et repasse à longueur de nuits. Et comme il supporte mal la présence des deux femmes venues lui apporter un soutien qui lui pèse, il enverrait bien tout balader. Seulement il a entamé un travail, il lui faut le continuer, ne serait-ce que par amour-propre. Jean-Paul Nozière avec Slimane, l’ancien flic reconverti comme détective routard, nous propose un personnage (dont la première aventure est parue sous le titre “ un regrettable accident ” dans la même collection) nouveau dans le monde du polar. Slimane dans son rôle de marginal est sympathique, attachant, agaçant parfois, comme tous ceux qui dérangent la conscience, et vous montrent que le monde n’est pas aussi rose que vous voudriez bien le croire.

Jean-Paul Nozière, j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, de par son style, de la force de ses intrigues, du ton résolument noir qui enrobent ses histoires, est proche du roman noir américain, un peu dans la mouvance de Jim Thompson.

 

 Première édition Collection Points N°670. Editions du Seuil. Parution août 1999. 254 pages.

Première édition Collection Points N°670. Editions du Seuil. Parution août 1999. 254 pages.

Jean-Paul NOZIERE : Les enquêtes de Slimane. Collection Rivages Noir N°1028. Editions Rivages. Parution octobre 2016. 508 pages. 8,90€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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