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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 15:44

La Tulipe noire, c'est pas mal non plus...

James ELLROY : Le Dahlia noir.

En 1987, exactement le 17 octobre, alors que le festival du roman policier avait quitté Reims qui l'avait vu naître, pour s'installer à Grenoble le temps d'un week-end, Michel Lebrun faisait cette déclaration dans Libération :

James Ellroy, l'enfant du malheur, pratique en écrivant son propre exorcisme, ce qui est l'apanage des très grands romanciers. Oui, un astre blême vient de se lever dans la nuit de Polarland, qui risque bougrement d'influencer les marées noires. Des écrivains comme ça, dans le roman noir, on en découvre un tous les dix ans, pas plus.

En trois ans, James Ellroy s'était imposé en France, non pas comme écrivain de romans policiers mais comme écrivain tout court avec des titres comme Lune sanglante, La colline aux suicidés, ou encore A cause de la nuit, avant que paraisse Le Dahlia noir. Un être déchiré, écorché, obsédé par le passé, passé historique et passé personnel, qui hurle à la lune pour se débarrasser de toutes les scories de son enfance.

En revisitant Los Angeles, la Ville des Anges, qui porte bien mal son nom, James Ellroy exorcise ses démons. Le Dahlia noir relate le meurtre d'une jeune fille de vingt-deux ans, Betty Short, dont le corps nu et mutilé est découvert le 15 janvier 1947 dans un terrain vague. Un meurtre, une énigme jamais résolus. A rapprocher de l'assassinat de la mère d'Ellroy, alors qu'il n'avait que dix ans et passait un week-end chez son père. Ses parents étaient divorcés et s'établit la seconde fracture dans la vie d'Ellroy. Il deviendra voyou, alcoolique et réussira à s'en sortir grâce à l'écriture.

Aujourd'hui, Ellroy tient une éclatante revanche sur la vie, mais s'est-il vraiment remis de ses avatars ? Les éditions Rivages, qui doivent beaucoup à James Ellroy, qui entre parenthèses est beaucoup plus connu en France que chez lui aux USA, viennent de rééditer Le Dahlia Noir dans une collection Collector. Après avoir été publié en Grand Format, ce roman avait bénéficié d'une réédition format Poche dans la Collection Rivages/Noir sous le numéro 100, cent pour sang.

James ELLROY : Le Dahlia noir.

James ELLROY : Le Dahlia noir. Traduction de Freddy Michalsky. Première édition Mai 1988. Réédition Rivages Noir Collector. Parution le 19novembre 2014. 560 pages. 10,00€.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:01

A la soupe... !

Louisa KERN : Gaspacho.

La voiture tombée dans le contrebas, près d'une rive de la Garonne, et au volant Rodriguez apparemment mort. Elle s'en assure en lui balançant un coup de pied dans le flanc. Pour la narratrice, ce n'est pas le plus important. Elle a une épaule démise et tente de remettre à sa place le bras droit en se cognant contre un arbre. Là haut elle entend une voiture arriver. Pas de temps à perdre.

Après avoir subtilisé la bague de Rodriguez, et l'avoir ingérée, elle s'empare d'un sac de sport dans le coffre de la bagnole amochée, et elle court malgré ses blessures. Là-haut, ça se précipite. Ses poursuivants se précipitent dans le précipice afin de constater les dégâts, tandis que par un chemin détourné elle parvient en haut. Elle s'installe à la place du conducteur, farfouille dans la boite à gants, déniche un revolver et attend la remontée en file indienne de ses poursuivants. Ensuite, c'est comme au chamboule-tout, ils restent tous le carreau.

Elle quitte Toulouse pour rejoindre le Sud, loin, en bas vers les Pyrénées. Pas de pièces d'identité, c'est pas grave quand on a de l'argent, puisé dans le sac de sport. Et puis elle s'est installée dans une ruine, une vieille épicerie qu'elle a racheté et elle vend de tout, de l'alcool surtout aux ouvriers de l'usine non loin, acceptant de faire crédit mais pas trop aux mères de famille et proposant les charmes de Julieta, pas trop cher quand même, aux hommes qui frappent la nuit à la porte située sur le côté. Et puis Julieta n'a pas trop son mot à dire, elle l'a récupérée alors qu'elle n'avait pas encore quinze ans.

Bref tout irait bien, malgré son épaule toujours en vrac, et fume les petits joints depuis la fenêtre de sa chambre sise au dessus du commerce. Car elle se ravitaille elle-même en marijuana qu'elle produit dans son jardin, du bio. Et elle a toujours de la sangria ou du gaspacho frais en pichet pour les touristes perdus dans le coin et qui recherchent de l'authentique. Jusqu'au jour deux hommes déguisés en touristes avec lunettes et chapeaux débarquent.

 

Ceux qui se sont longtemps immergés dans les romans des années cinquante ou soixante retrouveront une histoire à la Peter Randa, auteur prolifique du Fleuve Noir qui a également été édité à la Série Noire sous le nom d'André Duquesne. Une histoire dans laquelle les malfrats occupent le rôle principal, tournant la plupart du temps sur une affaire de cambriolage qui finit plus ou moins bien. Mais Louisa Kern apporte une autre dimension, avec un petit air bucolique, car au lieu des éternels truands de sexe masculin c'est une femme qui s'exprime.

Les phrases sont ciselées, courtes, vives, comme des rafales de mitraillettes qui s'enchaînent les unes aux autres. Et elles font mouche, un tir précis presque à bout portant. Louisa Kern, un pseudonyme, je serais tenté de le penser, car le texte et l'histoire sont travaillées, avec juste les ellipses qu'il faut pour privilégier l'action sans perturber pour autant le lecteur. Et cette nouvelle pourrait très bien être la trame (certains disent Pitch !) d'un roman.

Vous pouvez commander cet ouvrage numérique et bien d'autres auprès de la Librairie Ska.

Louisa KERN : Gaspacho. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 1,49€.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 15:08

Une adresse à retenir ?

Hervé SARD : La catin habite au 21.

A l'origine, traiter une représentante du sexe féminin de catin était éminemment sympathique et adressé affectueusement à l'adresse d'une fille de la campagne. Encore de nos jours dans certaines de nos régions et au Canada, cela signifie également une poupée. Et je vous laisse imaginer la tête des parents, d'origine urbaine mais pas forcément polis, qui entendent quelques commères attribuer ce substantif à leurs gamines, pensant immédiatement à la terminologie triviale qui entoure ce mot. C'est comme cela que naissent les conflits. Un détournement de la langue française, et une guerre peut se déclencher.

Ce point lexical précisé, entrons maintenant dans le vif du sujet et suivons notre ami Gabriel Lecouvreur dans sa nouvelle aventure.

 

Une nouvelle fois Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, a du vague à l'âme. Sa copine Cheryl, coiffeuse de son état, est partie se ressourcer en Bretagne, avec au programme flagellation aux algues dans une centre de thalassothérapie haut de gamme. Cela n'empêche pas notre céphalopode de lire le journal, et d'être intrigué par un fait divers relaté dans le Parisien, son canard favori lorsqu'il stationne au café-restaurant du Pied de Porc à la Sainte-Scolasse. Ce n'est pas tant l'implantation d'un aéroport moderne à Sainte-Mère-des-Joncs qui le chagrine, quoiqu'il suit avec attention ce projet, mais parce qu'une femme a disparu du village où doit être aménagé ce terrain d'envol pas franchement indispensable. Et deux points d'interrogation se superposent dans ses rétines. D'abord la police n'a pas lancé d'enquête officielle. Ensuite parce que c'est un professeur à classer dans la catégorie des voyants extra-lucides qui a débusqué l'affaire en la signalant aux médias.

Francis l'amnésique, qui n'oublie pas de vider ses bocks de bière, connait bien le professeur Morillons, qu'il range dans la catégorie des fous intelligents. Et son truc à Morillons, outre d'avoir à l'origine créé un cabinet avec un confrère du nom de Rud, donnant ainsi l'appellation Rud & Morillons (jeu de mot avec Rue des Morillons, où se trouve le dépôt parisien des objets trouvés), son truc n'est pas pour déplaire au Poulpe. Le devin lit l'avenir dans la mousse de bière. Ce qui ne le fait pas mousser plus que ça. Dans la conversation, l'idée d'un tueur en série est lancée et une tournée de dix bières est en jeu. Pas pire qu'autre chose comme pari, faut faire marcher les petits commerces.

Effectivement le professeur Morillons se pose en farfelu. Il avoue être spécialiste en perte sans profit, d'ailleurs il est cul-de-jatte et aveugle, mais il n'a pas perdu tous ses esprits, d'ailleurs il connait le Poulpe sans que quiconque lui ai présenté son interlocuteur. Annie Jérômette Blanchon, la fille de joie disparue, alias Roxane pour les intimes payants, dépendrait de l'agence Ahhhhh! des sœurs Broutë, assistantes paternelles. Cette Roxane ne fait pas partie de leur cheptel, qui d'ailleurs officie via Internet, mais elle continue d'exercer tout en étant disparue. Gabriel est près d'y perdre son latin, son grec et son sanskrit. Une dernière petite visite s'impose avant de débarquer à Sainte-Mère-des-Joncs, celle à son ami Pedro qui lui fournit un attirail de journaliste sous le doux nom de Tristan Yzeux.

Débarqué à Sainte-Mère-des-Joncs, après un long et fastidieux voyage, notre ami céphalopode va débuter son enquête en s'installant dans une auberge dont la patronne zozote, puis il va faire la tournée des boutiques, commerces, officines des lieux, se rendant de l'un chez l'autre comme un homme qui veut traverser un torrent en sautant allègrement d'une pierre affleurant l'eau bouillante, à une autre pierre glissante, le tout en équilibriste assez confiant en ses possibilités malgré les pièges cachés. Et des pièges, il ne manque pas d'en trouver lors de sa traversée. Un mari jaloux qui le suspecte de le cocufier et lui démontre en voulant le tabasser qu'il ne doit pas s'amuser à se prendre pour un coucou. Ce que Le Poulpe n'avait nullement l'intention de faire, même s'il ne refuse pas les bonnes fortunes. Un autre personnage s'incruste dans le décor, digne émule de Jerry Lewis.

Si tous les habitants de la commune semblent d'accord pour l'implantation de l'aéroport, c'est qu'il y a de l'argent à gagner à la clé avec tous les touristes qui vont affluer, du cabaretier au notaire en passant par l'édile et quelques autres, seul un écologiste convaincu qui vit dans les bois, Sergent Pepper de son surnom, n'apprécie pas vraiment. Il serait bien le seul. Et ceux qui manifestent, ce sont des gens d'ailleurs, une petite balade dominicale soi-disant. D'abord il y a même au 21 de la Grand-rue une maison close qui abriterait l'acte d'amour tarifé. Sauf que les deux femmes qui vivent là, une jeunette à peine pubère et une dame à laquelle on ne voudrait guère confier son anatomie, ne connaissent pas cette Roxane. Il y a bien une photo, mais c'est tout. Et lorsque le Poulpe se renseigne auprès de tout ce brave monde, personne ne connait vraiment Roxane. Certains l'auraient juste aperçue, mais c'est tout.

S'appeler Roxane, ne pas être recherchée pas la police, malgré le battage médiatique, voilà de quoi faire réfléchir Gabriel Lecouvreur qui se demande où il a pu fourrer ses guêtres, lorsque la solution finale lui apparait dans toute sa limpidité.

 

Le Poulpe peut être assaisonné à toutes les sauces, cela dépend du talent et de l'inspiration du cuisinier qui le prépare et lui concocte de nouvelles aventures. Hervé Sard nous l'a préparé aux petits oignons et au Muscadet ou au Gros Plant, et non pas à l'huile car malgré ce que certains affirment (Hervé Sard dîne à l'huile) il est contre ce qui poisse mais au contraire pour tout ce qui est gouleyant, littérairement parlant.

Certains pensaient Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe en perte de vitesse, mais ce n'est pas vrai, même si parfois à cause de ses bras trop long il semble ramer. Au contraire il s'est trouvé depuis quelques aventures de nouveaux supporters de talent, et j'avoue, Hervé Sard fait partie de ces défenseurs de céphalopodes qui lui offrent des aventures dignes de sa notoriété. Les grincheux, il y en a toujours, objecteront que ce petit roman est facile, d'accord, mais l'épilogue est sublime, et je soupçonne Hervé Sard de pratiquer la pêche au leurre.  

Hervé SARD : La catin habite au 21. Le Poulpe N° 287. Editions Baleine. Parution le 9 octobre 2014. 184 pages. 9,50€.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 08:41

Toute ma vie j'ai rêvé de voir le bas d'en haut,

toute ma vie j'ai rêvé d'être une hôtesse de l'air...

Francis PORNON : Rêves brisés.

Latécoère, l’Aéropostale, Sud Aviation, Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet, autant de noms de sociétés et d’aviateurs qui restent attachés à Toulouse, ville berceau de l’aéronautique. Depuis l’Airbus a pris la relève même si la construction de ce fleuron de l’aviation est disséminée entre plusieurs pays de l’Union Européenne et délocalisée partiellement. Alors, que des suicides d’employés entachent le renom de l’entreprise ne plait guère en haut lieu.

Une femme qui ne veut pas décliner son nom et qui la mandate, propose une conséquente somme d’argent à Aymeric Mercader, surnommé le Cathare, ancien journaliste reconverti comme détective privé et à son ami et adjoint Jojo, afin d’enquêter. Mais ces suicides, s’ils différent dans leur conception, possèdent toutefois un point commun. Du moins c’est ce que pense Aymeric, car si tous ces défunts travaillaient pour Airbus ou ses sous-traitants, tout tourne autour du feu et de l’eau. Aymeric s’attache à remonter la piste en partant d’une noyée, Evelyne Pigasse. Jojo et lui s’invitent donc dans l’appartement de la jeune femme, séparée de son mari et mère d’un enfant. A priori, elle ne possédait pas le bon profil pour devenir candidate au suicide. Les deux hommes ne trouvent rien de spécial au cours de leur inspection, sauf un livre de chevet dans lequel un passage a été coché :

Car avec un labeur surhumain

Je tire de la neige froide un feu clair

Et de l’eau douce de la mer…

Ces vers, un peu abscons écrits par un trouvère du Moyen Âge n’ont apparemment rien à voir avec l’aviation, mais peut-être avec le suicide de la jeune femme. A Aymeric d’en dénicher la signification. Une agression, perpétrée à l’aide d’une bouteille de bière emplie de white spirit, leur est signalée. Mélanie, la victime, est une jeune fille et heureusement des témoins présents sur les lieux ont pu éviter le drame. Les deux amis la rencontrent à l’hôpital puis la prennent en charge. Ils se rendent compte rapidement qu’elle est accro à la cocaïne et Jojo se charge de la ravitailler. Seulement, est-ce parce qu’il se montre un peu trop entreprenant en voulant changer les bandages qui enserrent les jambes de la blessée, ou pour une autre raison propre à Mélanie, mais la jeune fille parait lui en vouloir sérieusement.

Une bénévole du syndicat, surnommé Chasse-neige, est elle aussi rayée des effectifs, sans qu’elle l’ait souhaité. Aymeric rencontre Caïn un ancien policier, en retraite mais qui a gardé des accointances avec des collègues, Bertrand un syndicaliste du NRG, Nouveau rassemblement général, qui se bat contre les suppressions d’emploi dans le groupe et est toujours accompagné d’Otto, un garde corps taillé dans la masse, une bibliothécaire qui lui prête des ouvrages sur Mermoz, et quelques membres des familles des défunts. D’autres protagonistes grenouillent dans cette intrigue dont un amoureux de l’aviation et de Mermoz qui a transformé son grenier en musée de l’air et un Enquêteur sur lequel dont personne ne peut donner le moindre renseignement.

 

L’enquête avance tout doucement avec des extensions imprévues, des visites dans le vieux Toulouse et ses égouts. Et au delà de l’enquête proprement dite le lecteur se trouve fasciné par le personnage Aymeric. Notre détective sexagénaire se montre fin gourmet, il se prépare sa popote à l’aide de graisse de canard, et ne boit en théorie jamais avant le coucher du soleil, un principe édicté par Hemingway et un peu à cause d’un accident cardiaque survenu quelques années auparavant.

Il retrouve Maria, une chanteuse de bel canto pour laquelle il ressent quelque affinité, pratique le Viet vo dao, un art martial importé d’Indochine, et se plonge volontiers dans les réminiscences du passé, le sien et celui des autres.

Quant à Jojo, sorte de Bérurier toulousain, il n’apprécie pas du tout que ses interlocuteurs s’expriment en disant « On », rétorquant que On est un imbécile. Ce qui m’a ramené quelques décennies en arrière lorsque l’une de mes institutrices affirmait : On, pronom imbécile qui qualifie celui qui l’emploie.

Mais le roman comporte bien d’autres attraits, historiques et sociaux. Par exemple le combat du syndicaliste contre le plan du groupe SADE qui prévoit la suppression de milliers d’emplois pour le seul bénéfice d’actionnaires, la sous-traitance (La sous-traitance, c’est une catégorie de sous-employés !). Sans oublier l’incursion dans les débuts de l’aviation, et surtout les positions extrême-droitistes de la plupart des patrons et des aviateurs, l’élite de l’élite, sans oublier les figures de Maurice Papon qui fut président de Sud-Aviation, Jules Védrines qui a établi en 1912 un record du monde en avion (145,161 km/h), et s’est posé sur les toits des Galeries Lafayette, devenant le premier délinquant de l’histoire de l’aviation et qui brigua le poste de député à Limoux, de Mermoz vice-président d’un parti d’extrême-droite, et quelques autres figures à découvrir au fil des pages.

Un roman qui est comme un coup de projecteur sur Toulouse et son industrie aéronautique balayant hier et aujourd’hui.

 

Francis PORNON : Rêves brisés. Editions Pascal Galodé. Parution le 21 octobre 2010. 350 pages. 19,90€.

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 13:16

Bon anniversaire à Béatrice Nicodème,

née le 26 novembre 1951.

Béatrice NICODEME : La mort du Loup Blanc.

Hier, c’était lorsque les Blancs et les Bleus, les Républicains et les Chouans, se livraient à une guerre fratricide en Bretagne. Eléonore de Kerruis a trouvé refuge en pays de Rhuis, près de la presqu’île de Quiberon.

Elle a mis au monde son enfant, et vit avec Jos, l’ami fidèle de son mari défunt, sa femme et sa fille, les deux frères jumeaux de Jos, et Romaric. Elle espère échapper à la folie meurtrière qui secoue la province, mais elle ne peut se soustraire, ou s’échapper à son destin de semi aventurière. Pouponner, cela ne dure qu’un temps, mais elle possède dans le sang le goût du risque.

La rencontre avec le chevalier de Tinténiac, surnommé le Loup Blanc, et d’autres figures emblématiques de la Chouannerie, plus l’appréhension de briser un couple, celui qui l’héberge, va la conduire dans les landes, à la poursuite d’une folle entreprise, celle peut-être de détourner le cours de l’histoire vers d’autres traverses parsemées d’embûches.

 

Sur un fond historique que n’aurait pas renié Alexandre Dumas, Béatrice Nicodème nous convie à suivre le parcours mouvementé d’Eléonore de Kerruis dont nous avions fait la connaissance dans Les Loups de la Terreur, paru dans la même collection.

Un peu dans le même esprit que la fameuse Marquise des Anges, dont les aventures firent vibrer bien des familles dans les années cinquante et soixante, Eléonore de Kerruis afin de ne pas subir les évènements se précipitent au devant, tentant de préserver son enfant, son intégrité, sa vie aussi, confrontée aux troubles révolutionnaires et familiaux. Une héroïne attachante dans un contexte qui n’était pas favorable à l’épanouissement féminin.

 

Béatrice NICODEME : La mort du Loup Blanc. Coll. Labyrinthes N° 53. Editions du Masque. Parution mai 1999. 320 pages. 6,60€.

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 08:05

Méfiez-vous de l'eau qui dort...

Jean-Marie PALACH : Retour aux Sources.

Marié à la très belle et talentueuse (ce qui n'est pas incompatible) Elisabeth Tinbot, journaliste à la télévision et héritière d'une grosse fortune, Dominique Nativel était promis un bel avenir politique. Etait, car malheureusement pour lui, il vient de décéder accidentellement dans le métro.

Dominique Nativel aurait même pu être nommé ministre mais la parité passant par là il s'était contenté de s'atteler à la tâche, ardue, de gérer les questions de protection sociale, de santé, de retraite, de famille, tout autant de questions qui en général fâchent. De plus il avait écrit durant la campagne présidentielle la plupart des discours du candidat devenu président, et il avait conquis bon nombre d'électeurs potentiels, tout au moins de téléspectateurs, par la clarté de ses propos, de ses réparties, de son élégance. Bref un quinquagénaire promis à un bel avenir, alors qu'il avait connu une enfance malheureuse.

Il avait fait partie de ces enfants surnommés les Enfants de la Creuse, des gamins séparés de leurs parents pour des raisons fallacieuses, qui avaient quittés la Réunion pour être placés dans des familles de la métropole. Seulement ce qui les attendait était loin des promesses émises. La plupart ont végété, exploités par des paysans rapaces. Le jeune Dominique avait fugué à plusieurs reprises avant d'être recueilli par un couple d'instituteurs qui enseignaient à Limoges. Le goût des études lui était venu progressivement et des années plus tard était devenu maire et député dans son île natale. Seule ombre au tableau, Dominique Nativel était un coureur invétéré de jupons et son mariage avec la journaliste ne l'avait pas assagi.

Tout cela, la commissaire divisionnaire Clémence Malvoisin attachée à la Brigade Criminelle de Paris, l'apprend grâce aux fiches soigneusement établies par les hommes de la DCRI. Des coupures de journaux y figurent également dont une qui l'intrigue. Il est question d'une association nommée Racines l'envers, à laquelle avait adhéré le député avant de s'en détacher. Elle avait été constituée par Boyer, qui lui aussi avait été déporté, mais avait connu plus de chance et est resté dans la Creuse comme garagiste.

Après avoir visionné les vidéos ayant enregistré l'événement, il semblerait bien que Dominique Nativel aurait été poussé sur les quais, mais la silhouette de cette personne, probablement une femme, est cachée par d'autres voyageurs. Clémence et ses hommes, principalement le commandant Langlade, un vieux de la vieille, s'emparent du dossier et l'épluchent. Le préfet de police, Le Pavec, lui laisse entendre qu'elle devra se rendre sur l'ile recueillir des témoignages concernant les activités du député. Cette enquête tombe vraiment mal car Clémence Malvoisin devait partir en vacances en compagnie de son mari, sur la Côte d'Azur, où elle possède un appartement reçu en héritage de son grand-père.

 

De nombreuses pistes s'offrent aux enquêteurs aussi Clémence, parfois supplée par Langlade, interroge la femme de Nativel, la journaliste abusée, se renseigne auprès de certains parlementaires du député, téléphone à La Possession au commissaire Fok Yé, lequel est tout surpris d'apprendre que Clémence est la petite-fille de Gonzague Pongérard qui fut le maire de la commune avant de s'installer en métropole suite au décès de sa femme et remplacé dans ses fonctions par Nativel. D'ailleurs Clémence possède encore de la famille à La Possession, une grand-tante et son mari qui ont bien des problèmes avec le nouveau maire.

A La Possession, une jeune femme est retrouvée morte, assassinée, sur la plage. Il s'agit de l'ancien adjoint de Nativel à la mairie, une ancien forestier, qui magouille quelque peu afin de s'emparer des terrains de ses concitoyens et de les revendre à prix d'or. Or, cette jeune femme possède un tatouage sur l'épaule. Ce ne pourrait qu'être une banalité, sauf qu'il représente des initiales, les mêmes que celles découvertes sur Dominique Nativel.

Pendant ce temps à Paris, l'enquête se poursuit, dirigée à l'encontre d'un clan de Serbes qui dirigent un réseau de prostituées. Dominique Nativel possédait une chambre dans un foyer réservé à ces jeunes filles en perdition et il semblerait qu'il batifolait avec l'une d'elle.

 

Entre Paris et la Réunion, en passant par la Creuse, le lecteur franchit allègrement les océans, et suit avec intérêt ces enquêtes, car l'histoire en réalité se complait à se compliquer entre plusieurs points d'attraction.

L'auteur y traite aussi bien de la vision politique, du parcours d'un homme qui au départ a eu une enfance difficile, que des problèmes liés à l'immigration de jeunes filles issues de l'Europe de l'Est, du banditisme qui s'y attache, et à quelques autres incidents de parcours.

Le problème lié à ce qui a été appelé les Enfants de la Creuse, longtemps resté tabou, est de plus en plus soit évoqué soit développé dans les romans ayant pour sujet les années soixante.

Loin de la métropole, La Réunion semble une île paradisiaque mais elle connait aussi l'appétit de profiteurs immobiliers, et les autochtones sont parfois démunis devant leurs magouilles. Jean-Marie Palach évite le piège de la description idyllique façon carte postale.

Enfin l'auteur joue sur les petits inconvénients du quotidien, Clémence par exemple obligé de reporter ses vacances, au grand dam de son mari. L'amitié n'est pas un vain mot pour certains des protagonistes tandis que l'un des personnages s'entiche, pour l'heure, de proposer du thé de différentes essences en attendant de trouver une nouvelle passion, un nouveau centre d'intérêt.

Un roman fort intéressant, et Jean-Marie Palach sait entretenir l'intérêt du lecteur, quel que soit le chemin pris par l'enquête, sans véritable temps mort et il a écrit un véritable roman de procédure policière, genre un peu délaissé au profit des romans noirs ou des thriller.

 

Jean-Marie PALACH : Retour aux Sources. Editions Pavillon Noir, Corsaire éditions. Parution le 1er mars 2014. 256 pages. 14,00€.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 15:09

Bon anniversaire à Michèle Lesbre née le 25 novembre 1939.

Michèle LESBRE : La belle inutile.

Lily B., journaliste pigiste, nourrit les chats de Bob, un ami qui se trouve dans le coma à l'hôpital. Cette tâche lui prend du temps, aussi elle décide de lâcher les félidés dans les Halles désertées par les pinardiers.

Un vieil homme s'occupe des greffiers qui hantent les bâtiments à l'abandon. Mais ces murs ne servent pas que de refuge aux matous en détresse. Des personnages inquiétants déambulent dans ces lieux promis à la démolition.

Lily B., entre une visite à Bob à l'hôpital et une balade dans les Halles de Bercy afin d'écrire un article, ressasse ses souvenirs, ses amours avec Billy Usa.

Un peu confus, un peu brouillon, ce premier roman ne manque pas toutefois de charme.

 

Michèle Lesbre possède un style c'est indéniable et de grandes qualités. Mais l'histoire souffre un peu de manque de cohérence. Comme si ce qu'elle nous propose était extrait d'un roman plus conséquent. Les personnages déboulent dans ce récit, mais il est parfois difficile de les situer, de les saisir. D'autres ne sont qu'évoqués.

En réalité ce roman catalogué noir est un prétexte pour découvrir l'un des lieux pittoresques de la Capitale. Les Halles de Bercy, plaque tournante du vin, moins connues que leurs grandes sœurs, les Halles qui étaient le Ventre de Paris et ont aujourd'hui disparu au profit d'un trou.

 

Chronique écrite en mai 1991 pour une émission radiophonique.

 

Michèle LESBRE : La belle inutile. Collection Fenêtre sur nuit. Editions du Rocher. Parution avril 1991. 120 pages.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 09:10

Roman autobiographique ou autobiographie romancée?

Sam MILLAR : On the brinks.

Si l’histoire vraie que nous narre Sam Millar était un roman, bon nombre de lecteurs s’écrieraient au scandale, arguant que tout ce qui est écrit est peu crédible. Mais c’est justement ce manque de crédibilité qui fait que cette histoire l’est car elle est véridique. Incroyable mais vrai.

Dès son plus jeune âge Sam Millar est bousculé par la vie, un père souvent absent travaillant dans la marine marchande, une mère qui se tue au travail, récurant sans cesse puis se mettant à boire et tentant de se suicider à de nombreuses reprises. Son enfance pauvre l’amène à troquer des pommes contre des choux et autres légumes chez l’épicier. Il doit toujours courir, son père étant attentif à la durée de ses déplacements, n’hésitant pas à élever la voix même pour rien. Les années passent et on retrouve Sam Millar dans la prison de Long Kesh.

La prison de Long Kesh ressemble plus à des oubliettes qu’à une prison cinq étoiles. Pas de téléviseurs, de radio, de la bouffe que même les corbeaux dédaignent, les détenus vivent quasiment nus habillés seulement d’un torchon qui leur sert de pagne, alors qu’il n’y a pas de chauffage l’hiver et qu’ils n’ont pas d’endroit pour uriner ou déféquer. Ils n’ont vraiment pas de pots. Les tortures physiques et psychiques ne leur sont pas épargnées. Et s’ils sont nus, c’est parce qu’ils ont refusé d’endosser l’uniforme pénitentiaire anglais réservé aux prisonniers de l’IRA. Il fait partie, comme tous ceux qui sont internés dans les geôles contigües, des Blanket men. Les irréductibles qui prônent la rébellion. Et lorsqu’ils entendent le crissement de bottes neuves, cela signifie que l’un des leurs a décidé de franchir la barrière. Parfois l’un des matons, tous des Beefs (des Anglais) dont le plus virulent et le plus sadique a été surnommé la Verrue humaine, les attache avec une corde par le pénis et les traine par terre, le corps frottant sur les graviers ou le bitume.

Pourtant, ils arrivent à garder le moral grâce aux blagues de potaches qu’ils se balancent d’une grille à l’autre, des références à des personnages de bandes dessinées, comme Hulk, Superman et consorts.

Huit ans qu’il va trainer dans le Bloc H, déménageant parfois d’aile en aile, recevant la visite d’un toubib, le Docteur Pap surnommé ainsi à cause du nœud papillon qu’il arbore. Il enchaine aussi les lettres au Pape, sans effet, et pour lui la religion catholique ne correspond plus à rien, laissant faire ces ignominies. Les Orangemen, d’obédience protestante, et les représentants de la religion catholique sont à mettre dans le même panier. Tout comme les représentants du Sinn Fein composé de traîtres. Ils suivent également la lutte de Bobby Sands et sa grève de la faim, sans que cela émeuve le moins du Miss Tatcher. Enfin c’est la libération.

Sam émigre aux Etats-Unis et devient employé dans un casino clandestin new-yorkais. Il apprend à être croupier puis directeur des caisses, un métier comme un autre, jusqu’au jour où le patron doit mettre la clé sous la porte suite à une descente de police et que le tripot est bouclé. Alors Sam devient bouquiniste, spécialisé en bandes dessinées, les fameux comics qui ont alimenté l’imaginaire des gamins. Mais la rencontre avec un ami, ancien policier et responsable de la sécurité du dépôt de la Brinks à Rochester lui fournit l’idée de dévaliser l’entreprise, en douceur, avec quelques compagnons.

Sam Millar narre son enfance et ses années d’enfermement à Long Kesh appelée aussi Prison de Maze, dans un style sobre mais poignant non dénué d’humour. Si les prisonniers n’ont pas droit au sucre, ce n’est pas grave. Il s’en félicite même car au moins ils n’auront pas de problème de dentition, ce qui aurait ajouté un mal à ceux qu’ils subissaient déjà. Le nom de Liam O’Flaherty, auteur notamment du Mouchard et de Insurrection, a plané tout au long de cette lecture, le lecteur se rangeant aux côtés des Indépendantistes, des réfractaires, la religion une fois de plus devenu le flambeau des exactions.

La partie américaine, casinos clandestins et surtout braquage du dépôt de la Brinks et les aventures et mésaventures qui en découlent font penser au personnage de Dortmunder de Donald Westlake, tout en sachant qu’il ne s’agit pas de fiction mais de la réalité. Je ne vais pas m’étendre plus longtemps sur cette partie américaine, ne désirant pas trop déflorer l’histoire afin d’en préserver l’attrait aux lecteurs, et la quatrième de couverture étant déjà un peu trop explicite à mon avis, mais l’on se croirait dans un roman ou un film de gangsters un peu naïfs.

Avec pudeur, Sam Millar efface de son récit tous les moments qu’il juge inutiles, et qu’il élude savamment. Ainsi entre une partie de son enfance et son arrivée à Long Kesh, c’est le trou noir. Il est prisonnier, mais le lecteur doit le constater, et ne pas se poser de questions sur le pourquoi et le comment. De même entre sa libération et son emploi dans le casino clandestin, rideau. Tout juste si au détour d’une phrase on apprend qu’il est marié et qu’il a trois enfants à l’époque où il devient libraire. D’ailleurs cette partie ne renvoie plus à Dortmunder mais à Bernie Rhodenbarr, le héros de Lawrence Block, qui cumule les fonctions de libraire le jour et cambrioleur la nuit. Mais peut-être Sam Miller a-t-il l’intention de rédiger une suite, levant quelques voiles supplémentaires sur des épisodes cachés.

On the brinks reste une autobiographie, parfois dure, poignante, émouvante, parfois franchement irrésistible, et est une formidable leçon de courage. Sam Millar s’inscrit dans la longue lignée des auteurs écrivains, certains ayant eu comme lui la chance de pouvoir échapper à leur condition, d’autres moins tel Caryl Chessmann, auteur en prison de quatre témoignages traduits en France aux Presses de la Cité à la fin des années 50 : Cellule 2455 couloir de la mort, À travers les barreaux, Face à la justice, Fils de la haine, mais ceci est une autre histoire.

 

Sam MILLAR : On the brinks (On the brinks, the extended edition - 2009; traduction de Patrick Raynal). Première édition Le Seuil, collection Seuil Policiers. Réédition Editions Points. Parution le 14 novembre 2014. 408 pages. 7,60€.

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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 10:27

Hommage à Jean Meckert alias Jean Amila, né le 24 novembre 1910.

Jean AMILA : A qui ai-je l'honneur ?

Pour avoir tué ou gravement blessé deux malfrats à mains nues, Georges Guillot dit le Gorille de Ville-d'Avray, a passé cinq ans en prison. Depuis sept ans, il travaille chez Francis, un garagiste de Bercy, et s'est même marié avec Yvette, la fille de son patron. Une vie calme et paisible dont la sérénité est troublée par l'intrusion d'un quidam prénommé Francis, qui lui demande des explications concernant un hold-up exécuté des années auparavant par un de ses anciens compagnons de cellule, Daubrac.

Menacé, Geo se sert de ses poings et laisse Francis pour mort. Rentré chez lui, il répond à un coup de téléphone émanant d'une femme s'inquiétant de Francis et qui lui laisse son numéro, puis il avoue à sa femme et à son beau-père ses antécédents et les événements qui viennent de se dérouler.

Prié de partir il revient quelques heures après pour retrouver son patron amoché, des bons soins organisés par un homme portant rosette de Légion d'Honneur. Quant à sa femme elle a été enlevée par le fameux Francis. Yvette séquestrée dans un manoir normand au bord de la mer profite de l'absence de Francis pour visiter les lieux et découvre à la cave le cadavre mutilé d'une femme macérant dans un jus gélatineux.

Francis est retrouvé décédé des suites des coups portés par Geo et Yvette est surveillée par de nouveaux anges gardiens. Ils réceptionnent au manoir l'homme à la rosette qui est venu de la capitale par hélicoptère. Pendant ce temps Geo demande à Carabi, l'un de ses ex-compagnons, de l'aider. Celui-ci le branche sur Lentraille un officier de police. Grâce au numéro de téléphone noté par Geo, ils localisent une certaine Gisèle qui est de connivence avec les ravisseurs, des barbouzes à la recherche du magot de Daubrac.

Le commissaire Verdier demande à Lentraille de laisser tomber, ce qui est contraire à la déontologie du flic. Lentraille démissionne oralement. Geo, Carabi, Lentraille et Gisèle partent pour Lisieux avec la ferme intention de joindre la femme de Daubrac. Lentraille est obligé d'avaler une nouvelle pilule amère: un certain Milo connaît l'adresse de Daubrac seulement Milo est fiché pour avoir tué un flic. Le périple se prolonge jusque vers Bayeux, Geo et Carabi dans une voiture, Lentraille et Gisèle dans l'autre. Gisèle reconnait dans la nuit ce qu'elle appelle le tank, un véhicule spécialement équipé pour provoquer des accidents de la circulation.

Jean AMILA : A qui ai-je l'honneur ?

Dans ce roman où l'on retrouve en arrière plan le commissaire Verdier, qui une fois de plus plie devant l'intimidation de ses supérieurs, nous assistons à un épisode occulte de la vie des Services Secrets et à une façon originale de pallier une pénurie de fonds. Une trame policière pour impliquer ce qui devient une obsession dans le paysage littéraire de Jean Amila : les Services Secrets et le colonel Foderch.

Le rocambolesque effréné de Terminus Iéna n'est plus de mise et c'est le quotidien qui prend le pas. Une aventure plus terre à terre dans laquelle le simple quidam en marge de la loi pourrait un jour tomber sans devenir un super héros. Etre frustre, Geo est sauvé justement par une certaine naïveté puisqu'il se fie plus à sa force de frappe qu'à ses neurones. Mais qu'en serait-il dans la vie quotidienne ?

 

Citation: Stomato quoi ? - Disons dentiste, si vous l'avez mieux en bouche.

 

Curiosité. Alors qu'une partie de l'action se passe dans la Manche, il est curieux de trouver un personnage qui se prénomme Milo, diminutif d'Emile, mais n'a rien d'une Vénus.

Jean AMILA : A qui ai-je l'honneur ?

Jean AMILA : A qui ai-je l'honneur ? Série Noire N°1683. Editions Gallimard. Parution 27 juillet 1974. Réédition Carré Noir N°459 le 4 janvier 1983.-

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 09:03

Allo, non mais allo quoi ...

Pieter ASPE : Le message du pendu

Alors qu’ils pensaient bénéficier d’une journée de repos au calme, dans la détente d’une complicité amoureuse et dinatoire, le commissaire Pieter Van In et sa compagne la juge Hannelore Martens sont dérangés par des coups répétitifs sur la sonnette de la porte d’entrée. Le petit-déjeuner composé d’une belle côte à l’os cuite sur le barbecue et d’un bordeaux bien frais est remisé à une date ultérieure. Ce visiteur impromptu n’est autre que Versavel, l’adjoint et ami de Van In.

Un triple meurtre vient d’être découvert dans une maison située sur les berges du canal de Damme, le quartier chic de Bruges. Louise Hoornaert et ses deux enfants ont été selon toutes vraisemblances assassinés. Un drame familial à première vue qui s’est déroulé quelques heures auparavant. C’est le jardinier qui a découvert les corps le lundi matin et le drame a eut lieu le dimanche dans la soirée. Louise a été abattue à l’aide d’un pistolet retrouvé près de son corps. Les enfants gisent dans leur chambre. La petite fille est en position assise dans un coin de la pièce, le petit garçon, le crâne fracassé à l’aide d’un marteau, allongé devant la fenêtre.

Le père de Louise est sur place, effondré, toutefois il ne tarit pas d’éloge sur son gendre Wilfried Traen, ce qui est suspect aux yeux de Van In qui a connu Traen à l’école primaire, un gentil garçon selon ses dires. Mais depuis il n’en avait plus eu de nouvelles jusqu’au jour du drame. Traen est considéré comme le présumé meurtrier mais son corps est retrouvé par les hommes de la Scientifique, dirigés par Vermeulen dans le grenier, pendu. La chaise sur laquelle il serait monté est renversée. Un suicide après le triple meurtre ? Pourtant, le couple s’entendait bien selon le père de Louise. Traen dirigeait une petite entreprise de recyclage informatique qui prenait au fil des ans de l’essor, avec l’aide financière de son beau-père.

Le légiste Zlotkrychbrto, d’origine polonaise, examine les corps avec sa minutie habituelle, plus habitué à palper, en tout bien tout honneur, les défunts, qu’à s’exprimer en bon flamand. Mais les éléments dont il dispose et encore pas tous car il faut du temps pour faire parler, façon d’écrire, les corps n’aident guère Van In.

Les journaux s’emparent bien évidemment de l’affaire et l’un d’eux titre même : Un altermondialiste extermine toute sa famille, photo prise lors d’une manifestation à l’appui. Altermondialiste Traen ? Première nouvelle. Il serait même l’auteur de deux ouvrages concernant l’économie. Fausse bonne nouvelle. Un journaliste avoue à Van In qu’il est l’auteur des deux ouvrages mais travaillant dans un journal qui ne manque pas de faire l’éloge du capitalisme, son nom en couverture aurait fait bondir les actionnaires.

Une prostituée, une respectueuse comme aurait dit Jean-Paul Sartre, aux charmes indéniables, et répondant au doux nom de Kitty Jouy, s’adresse directement à Hannelore en son cabinet pour se plaindre du manque de respect financier d’un homme politique et de Traen qui avaient eu recours à ses services et lui devaient de l’argent. Elle n’avait vu Traen que quelques semaines auparavant mais l’homme politique, dont le nom figure sur l’agenda de Traen est lui un client régulier.

 

Suite à un appel téléphonique anonyme, celle-ci est retrouvée morte dans son appartement, et cela obscurci l’horizon de Van In mais pas celui de son voisin habitant l’immeuble en face et qui possède un télescope pour admirer les oiseaux. C’est lui le drôle d’oiseau.

Cela ne résout en rien l’enquête et Van In ne manque pas, afin d’humecter ses neurones et permettre à leurs rouages de fonctionner librement, d’ingurgiter moult bières, des Duvel, précision pour les amateurs et les connaisseurs.

En épluchant la comptabilité de Traen, Van In et consorts se rendent compte que les comptes financiers du mort ne sont pas aussi florissants qu’il est parait. Pourtant, des boites de caviar ont été retrouvées dans son réfrigérateur et une réception était prévue pour le vendredi suivant.

Une piste se profile avec la découverte qu’un employé a été mis à la porte peu de temps auparavant et qu’il pourrait ressentir de la haine envers son ex patron. Mais ce qu’ignore Van In, c’est que la CIA, elle aussi, est sur le coup. De toute façon, la CIA est partout.

 

Si l’on peut comparer Van In à Maigret, la vie de couple du commissaire flamand est nettement plus riche en péripéties que celle du héros de Simenon. Van In croque, ou plutôt boit la vie avec gourmandise, tandis qu’Hannelore possède une aura, une présence indissociable auprès de la vie professionnelle et familiale de Van In. Ils vivent en couple, s’amusent beaucoup ensemble, ne négligent pas les moments d’intimité, traitent les affaires et les enquêtes ensemble mais les petits accros mettent parfois la pression, comme la bière, sur le couple. Van In professe envers les journalistes une certaine méfiance : Si Van In se méfiait des journalistes, c’était moins à cause des hommes eux-mêmes, car il s’entendait bien avec la plupart d’entre eux, qu’à cause de l’arrogance de l’institution. Mais il devrait se méfier surtout de ses réactions, surtout de ses réparties, lorsqu’il a abusé de la bière. Il est vrai que cette enquête se déroule alors que les conditions climatiques incitent plus à se désaltérer qu’à autre chose.

Versavel lui aussi possède sa vie privée. Il est homo, et se demande si la petite coucherie d’un soir avec un bel inconnu ne va pas influer sur sa santé. Quand au médecin légiste, Zlotkrychbrto, ce n’est pas tant sa pratique de sa profession qui est intéressante, mais sa façon de parler qui apporte la touche d’humour indispensable dans les moments tragiques.

 

Je ne sais pas si c’est le meilleur roman de la série Van In, mais c’est assurément, parmi tous ceux que j’ai lu, celui qui m’a le plus enivré… je veux dire intéressé, qui m’a le plus intéressé et est le plus abouti.

 

Pieter ASPE : Le message du pendu (Onder Valse Vlag – 2002. Traduit par Emmanuèle Sandron). Première parution Collection Van In 11. Editions Albin Michel. Réédition Le Livre de Poche, collection Policier/Thriller. Parution le 13 novembre 2014. 312 pages. 6,90€.

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