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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 12:23

Bon anniversaire à Jean-Paul Demure, né le 23 octobre 1941.

Jean-Paul DEMURE : AIX ABRUPTO.

Caissière dans un supermarché de la région parisienne, Sandrine Pereire décroche un contrat de cantatrice pour le festival d'Aix en Provence où elle doit interpréter le personnage de Papagena dans la Flûte enchantée de Mozart. A Aix, c'est la grande effervescence pré-électorale des municipales. Jibé, instituteur et militant du groupe la Brosse à chiendent, colle des affiches contestataires un peu partout dans la cité en compagnie de Vincent. Les deux hommes sont pris à partie par de gros bras. Dans le coma, Vincent est emmené à l'hôpital.

Le conseiller Pigasse, brigue la place de premier adjoint, sachant que la tête de liste ne tiendra pas la route et que son chemin de premier édile de la cité est tracé. Il assure ses arrières avec l'aide de Mr Prosper, tenancier d'une boite de nuit en cheville avec des truands marseillais et un inspecteur de police, Durbé, qui sait fermer les yeux quand ses intérêts sont en jeu. Patrice, animateur dans une radio-locale, se fait un malin plaisir de dénoncer sur les ondes les magouilles, les travers commis par les édiles et les personnages influents de la cité. Il reçoit Jibé, lequel raconte la rixe les ayant opposés Vincent et lui aux nervis d'un candidat, décrivant même l'un de ses agresseurs, vite repéré comme le videur de la boîte de nuit de Mr Prosper. Maginus, un simplet, à l'incitation de sa mère, traine dans la ville et essaye de se faire un peu d'argent, déguisé en Papageno, jouant de la flûte. Il est photographié en compagnie de Sandrine à la terrasse d'un café.

Pigasse surprend Béatrice, sa maîtresse, dans les bras d'un gamin, ce qui l'atteint dans son orgueil de mâle. Il la révoque mais elle possède des photos compromettantes.

Maginus, attiré par des gémissements, découvre dans la cave du cabaret Le Salomé un moribond. Il prévient l'inspecteur Durbé, ignorant que celui-ci est de connivence avec le patron de l'établissement. Les illusions de Sandrine fondent comme neige au soleil. Elle n'a plus le rôle principal de Papagena et le directeur lui offre en compensation la doublure de la Preguntas, une cantatrice vieillissante hôte de Pigasse. Elle se confie à Patrice lequel lui raconte que le propriétaire de la radio est un avocat, ami du Baron, truand marseillais. Pigasse décide de ne pas céder au chantage de Béatrice et de son petit ami, Ahmed, et demande en vain à l'inspecteur Durbé de lui donner un coup de main puis se résigne à solliciter l'aide de Mr Prosper.

Le patron de la boîte de nuit confie le travail à l'un de ses hommes, Alex. Alex reconnait sur un journal Maginus et Sandrine. Le corps du truand a été évacué de la cave mais il faut se débarrasser du musicien des rues. Alex et deux gros bras s'occupent d'abord d'Ahmed. Béatrice, à l'avenir assuré en Amérique du Sud, assiste au tabassage de son amant et donne les négatifs que Mr Prosper garde par devers lui. La mère et la sœur d'Ahmed signalent la disparition de l'adolescent mais Durbé n'en a cure.

 

Les nombreux personnages qui s'entrecroisent, l'action sans cesse renouvelée, les scènes grandioses telles celle de l'Opéra, font de ce roman un succédané de feuilleton. Jean Paul Demure se déchaine et laisse éclater son talent tout en dénonçant le laxisme de certains policiers et le racisme dont ils font preuve.

On notera la présence de deux noms connu des amateurs de littérature policière : Pigasse, qui fut le créateur de la maison d'édition La Librairie des Champs Elysées, et de la collection Le Masque, ainsi qu'un certain Jibé, qui fait référence à Jean-Bernard Pouy, romancier qui a également mis le pied à l'étrier de nombreux écrivains, leur permettant d'être publiés.

Ce roman a fait l'objet d'une réédition dans la collection Folio 12 mai 1995

 

Jean-Paul DEMURE : AIX ABRUPTO. Série Noire N° 2082. Editions Gallimard. Janvier 1987. 288 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 13:56

Ils n'ont pas eu d'indigestion...

S. G. BROWNE : Le jour où les zombies ont dévoré le Père Noël

Pas facile de parler avec un interlocuteur qui tout comme vous a les lèvres cousues. Pourtant Andy Warner tente de s'exprimer avec son copain Patrick, au travers de grilles qui entourent leurs cages. Car Andy, plus communément appelé CR 1854, et la vingtaine d'autres résidents du Centre de Recherche de Portland, est un encagé et son corps sert à la recherche scientifique. Victime d'un accident de voiture dix-huit mois auparavant il s'est réveillé Zombie. Ce qui prouve qu'il y a une vie après la mort. Mais n'entrons pas dans des débats philosophico-théologiques futiles, et intéressons nous au sort d'Andy.

Andy n'a pas donné son corps à la science, on le lui a pris. Et il est nourri à l'aide d'un tube placé dans son ventre d'une préparation spéciale remplaçant la viande humaine dont les Zombies sont friands.

Ils sont surveillés, via le truchement d'écrans de contrôles, par Carter, dont la moustache évoque un acteur de films porno des années 70, et par Shannon, une jeune femme dont la particularité est d'avoir la tête entièrement rasée. Il leur est interdit de ressentir la moindre compassion envers leurs "patients", et ne jamais les désigner par il ou elle mais par "ça".

Un membre de la SPZ, Société Protectrice des Zombies, une organisation composée d'activistes respirants qui lutte pour un traitement éthique des morts-vivants, s'infiltre dans les locaux et délivre Andy et ses compagnons, du moins ceux qui aspirent à retrouver la liberté. Tout ce petit monde s'éparpille dans les bois environnants mais les gardiens sont sur leurs traces, d'autant que les recherches sont facilitées par des chiens éduqués à flairer la trace des fuyards. Andy se cache dans le tronc d'un arbre creux, Patrick bouche l'entrée avec des branchages, et c'est ainsi qu'il sera le seul à ne pas être récupérer. Ensuite il se rend dans les faubourgs de Portland et avise une maison décorée en l'honneur de Noël qui va être fêté dans quelques jours. Il récupère la défroque d'un mannequin et s'installe à sa place dans un fauteuil sur la véranda.

Annie est une gamine de neuf ans qui veut toujours croire au Père Noël. Pourtant elle sait qu'elle sera déçue comme les années précédentes, depuis que son père est décédé, n'ayant pas reçus les cadeaux demandés. Mais surtout elle voudrait que sa mère boive moins, fume moins, et surtout qu'elle sorte moins le soir, la laissant seule à la maison. Elle décide de se promener et tombe en admiration devant la maison aussi bien ornée, avec même un Père Noël se reposant dehors. Elle aborde Andy et n'est point étonnée que celui-ci réponde à ses questions. Alors elle l'invite chez elle, lui propose du chocolat chaud, puis il la couche lui promettant de la revoir et de penser à ses cadeaux. Andy ne sait pas trop comment il va résoudre ce problème mais il espère bien trouver la solution.

Andy qui désire aider Patrick à s'échapper du laboratoire rencontre inopinément trois zombies en liberté, qui n'ont jamais connu la case labo, pour cause, ils ne sont réanimés que depuis quelques semaines. Pour bien faire il lui faudrait au moins deux ou trois autres renforts ce qui ne tarde pas à se produire.

 

Une farce grotesque et macabre, dans laquelle l'émotivité liée à une enfant qui désire continuer le plus longtemps possible à croire au Père Noël se le dispute à un humour noir des plus féroces. Ainsi Andy fournit à ses nouveaux compagnons des recettes de cuisine, des préparations de respirants, et si le cœur ou l'estomac vous en dit... Mais les passages dans lesquels intervient Annie, qui se nomme comme sa fille et a pratiquement le même âge, sont particulièrement touchants, émouvants, attendrissants. Evidemment il y a une morale à ce conte, qui n'est pas écrite et que le lecteur peut à loisir interpréter, mais c'est également une critique de certaines dérives médicales.

En effet, au-delà (!) de cette histoire se profile une diatribe envers les chercheurs et les scientifiques qui cherchent à tout prix prolonger la vie d'un patient plongé dans un coma profond, tentant de trouver la clé de la vie éternelle. Ils ont encore plusieurs expériences à effectuer, mais, depuis une décennie, jamais ils n'ont été aussi près de découvrir les secret de l'ADN zombie. Avec un peu de chance, ils pourront utiliser la physiologie unique d'Andy pour trouver un remède à la mort. Les savants fous ne sont pas tous enfermés, et il faudrait peut-être rechercher l'ADN spécifique de ces individus qui œuvrent au nom du soi-disant respect de la vie, et empêchent les malades de mourir en paix, afin qu'ils ne se reproduisent pas.

 

Si vous n'aviez pas encore d'idée de cadeau de Noël, ne cherchez plus, ce roman conviendra très bien. Et pourquoi ne pas précipiter les événements, il sera également très bien pour apprécié Halloween tant l'atmosphère et l'ambiance qui se dégagent de ce roman en font un présent de circonstance.

 

S. G. BROWNE : Le jour où les zombies ont dévoré le Père Noël (I saw Zombies eating Santa Claus. A Breathers Christmas Carol - 2012. Traduit par Laura Derajinski). Editions Mirobole. Collection Horizons Pourpres. Parution le 18 septembre 2014. 224 pages. 19,00€.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 14:57

Millionnaire, oui, mais humaniste, ce qui change tout ! La Totale quoi !

Robert BARR : Lord Stranleigh, millionnaire.

L'argent attire l'argent, c'est bien connu, encore faut-il posséder des dispositions naturelles afin de fructifier son héritage. Et Lord Stranleigh détient ce don, amassant tout en aidant son prochain. Car il n'entre pas dans la catégorie des financiers véreux, au contraire, c'est en aidant son prochain qu'il augmente son patrimoine.

Par exemple, dans L'ascension des magasins Bendale, la première des six nouvelles qui composent ce recueil, Lors Stranleigh est abordé par une jeune femme indignée des propos tenus à son encontre par deux individus pour le moins impolis. Or cette passante prénommée Sally n'est pas une inconnue. En effet elle est la fille du garde-forestier de Stranleigh Park, un des nombreux domaines de la famille Stranleigh, et lorsqu'il était gamin, Sally s'occupait parfois de lui. Cela remonte à plus de quinze ans, Sally s'est mariée avec Bendale et ils se sont installés à Londres. Bendale a ouvert une boutique de coutellerie, qui était fort achalandée jusqu'au jour où un dénommé Brassard s'est imposé dans le quartier. Ancien vendeur épicier, il a profité de la faillite de son patron pour racheter la boutique puis il s'est agrandi, a racheté d'autres commerces contigus et s'est développé en écrasant tout sur son passage. Bendale n'a pas voulu lui vendre sa coutellerie alors Brassard s'est déclaré son ennemi en achetant en gros et en cassant les prix. Depuis les époux Bendale vivotent et sont prêts à brader leur affaire. Seulement la somme d'argent initiale proposée par Brassard n'est devenue qu'une aumône et Sally est inquiète pour son mari. Emu, Lord Stranleigh va trouver la parade avec l'aide de gamins des rues.

Souvent il existe une incompatibilité entre la fonction de chercheur, de scientifique et d'inventeur, et celle de financier. Dans L'affaire Sarsfield-Mitcham, Lord Stranleigh va se porter au secours d'un savant américain qui vient de mettre au point un système ingénieux de freinage. Cet appareil est destiné à détecter deux locomotives roulant sur la même voie l'une à la rencontre de l'autre. Ce frein permet de bloquer les deux motrices et donc d'éviter un accident. Lord Strangleigh s'embarque pour les Etats-Unis à la demande de son ami Peter Mackeller, qui lui doit sa richesse, et va contrer les visées d'un riche industriel, possesseur de compagnies ferroviaires, qui aimerait se procurer ce brevet pour rien.

Une petit délégation d'ouvriers agricoles se présente un beau jour chez Lord Stranleigh afin de lui faire part de doléances justifiées. C'est ainsi qu'il apprend éberlué qu'il possède une immense propriété dans le Muddleshire. Les cinq hommes se plaignent de la dégradation des cottages dans lesquels ils vivent et qui leurs sont loués par les métayers de Lord Stranleigh. Ces demeures ont plus de trois cents ans d'âge, n'ont jamais été entretenues, les toits fuient, le plancher est en terre battue, bref ces ouvriers agricoles vivent dans des conditions déplorables. Stranleigh est même tout étonné que ces habitations ne possèdent pas de salle de bain. Au lieu de les faire réparer il va procéder à la construction de nouvelles demeures, possédant tout le confort. Le conseil de comté, par la voie du secrétaire, demande à ce que ces nouvelles maisons soient démolies, car l'architecte n'aurait pas déposé les plans pour approbation. Le fondé de pouvoir de Lord Stranleigh et l'architecte se rejettent la faute l'un sur l'autre, ce qui enlise plutôt qu'elle ne débrouille cette affaire. Lord Stranleigh pique un coup de sang, relatif car il reste toujours affable et flegmatique. Il ne s'en laisse pas conter et va découvrir la faille qui va mettre ses adversaires sur le carreau. Le tout dans Le respect de la loi.

 

Trois autres nouvelles, L'enlèvement inaperçu, Sa Seigneurie s'amuse et Toute une ville en gage, complètent ce recueil. Elle ont été écrites en 1908 et publiées de février à mai 1908 dans le Saturday Evening Post, soit il y a plus de cent ans. Pourtant elles restent terriblement d'actualité et l'on pourra comparer leur contenu avec ce qu'il se passe actuellement.

Ce que l'on désigne comme délits d'initié en Bourse, le rejet des erreurs administratives sur les simples péquins, les vices de forme et de procédure, l'appétit toujours grandissant des grands groupes commerciaux, je ne citerais pas de noms vous les connaissez puisque deux ou trois hypermarchés en général sont installés à la périphérie de nos villes, désireux d'étendre leurs domaines, imposant leurs prix aux industriels et plongeant les petits artisans et les petits commerces dits de proximité dans des situations précaires.

Il n'y a rien de nouveau sous les têtes des profiteurs, seules les agissements se sont améliorés avec l'apparition de nouvelles techniques de communications et informatiques. La différence réside en l'élégance de l'écriture de Robert Barr, en cet humour so British et dans l'affabilité, le calme, la pondération, le respect que déploie Lord Stranleigh lors de ces différentes aventures. Il ne s'alarme pas, il ne s'excite pas, il prend le temps de l'analyse, jamais bien longtemps grâce à ses facultés intellectuelles, et surtout son humanisme qui le pousse à aider les plus faibles et les plus pauvres face aux requins de la finance et du commerce. Mais il ne rechigne pas non plus à utiliser ses poings pour se défendre des attaques d'aigrefins. Alors qu'il pourrait se contenter d'aller à son club, jouer au bridge, se coucher tard, ou tôt le matin, de prendre son petit-déjeuner à midi, et de laisser ses placements générer de copieux bénéfices.

 

A lire, également dans la même collection Baskerville, de Robert Barr : Lord Stranleigh, et n'hésitez pas à compulser le catalogue des éditions Rivière Blanche.

Robert BARR : Lord Stranleigh, millionnaire.

Existe également en format Kindle pour 5,14€.

 

Robert BARR : Lord Stranleigh, millionnaire. Collection Baskerville N° 20. Editions Rivière Blanche. Parution juillet 2014. 268 pages. 20,00€.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 07:21

Moi, je préfère les caves à vin ! Et vous?

Ruth RENDELL : La cave à charbon

Quoi de mieux que la retraite pour s'adonner enfin à ses plaisirs favoris, comme la lecture et la musique. Eventuellement à la déambulation pédestre, exercice favorable par ailleurs pour résorber une légère prépondérance à une surcharge pondérale.

Tel est le programme concocté par l'ex-inspecteur Wexford qui a pris sa retraite depuis six mois. Deux faits insignifiants, en apparence, vont toutefois bouleverser le bon ordonnancement de ses loisirs.

Le premier résulte de la proposition de Sheila, la fille de Wexford et de Dora son épouse, de venir loger dans le pavillon de cocher qu'elle possède dans sa demeure londonienne de Hampstead. Wexford, qui, lorsqu'il était à Kingsmarkham n'aimait pas marcher, a découvert qu'en flânant dans les rues de Londres il pouvait s'intéresser à beaucoup de chose, les façades des maisons, visiter les musées, par exemple. C'est ainsi qu'il rencontre lors d'une de ses déambulation Tom Ede, aujourd'hui commissaire et qu'il a connu trente ans auparavant lorsque le policier débutait dans la profession.

Le second fait réside en l'achat d'une amphore en Italie afin de remplacer le vieux demi-tonneau qui sert de bac à fleurs sur le dallage de leur luxueuse demeure de Saint John's Wood, Orcadia Cottage. Rokeby accède à la demande de sa femme, et la curiosité aidant, en déplaçant le bac devenu inutile, il découvre une plaque d'égout. La soulevant, il aperçoit au fond du trou des cadavres. Quatre au total, deux hommes et deux femmes. Il appelle tout naturellement les policiers et le légiste déclare que trois corps résident là depuis douze ans environ, la dernière femme depuis trois ans à peu près. Rokeby n'est propriétaire que depuis quelques années et il avait envisagé des travaux sous le patio, la construction d'une pièce souterraine, une idée vite abandonnée.

Wexford, qui attendait secrètement un appel téléphonique de Tom Ede est soulagé lorsque celui-ci le contacte lui proposant de l'aider. Wexford ne peut reprendre du service, aussi il sera considéré comme un conseiller spécial. Les deux hommes visitent Orcadia Cottage, et Wexford remarque qu'une porte située à côté de la cuisine et menant à la cave à charbon a été murée. Ils s'en rendent compte en passant par le trou sous la plaque d'égout.

Drôle de couple que formaient Harriet et Franklin Merton. Franklin avait divorcé de sa femme Anthea pour se marier avec sa maitresse Harriet. Ce mariage dura vingt trois ans, mais cinq seulement en cohabitation. Puis Franklin divorça à nouveau pour retourner vivre avec Anthea. Harriet avait la propension à coucher beaucoup, surtout avec des petits jeunes. Merton était parti sans rien dire, puis lorsqu'il voulu localiser Harriet à la demande d'Anthea, celle-ci avait disparu, en emportant ses vêtements et ses bijoux les plus coûteux. Mais les policiers ne connaissent pas encore cette histoire, Ruth Rendell ne la dévoilant au début qu'à ses lecteurs.

Revenons à nos cadavres pour signaler que les policiers découvrent dans la poche d'un des hommes des bijoux, un bout de papier sur lequel est inscrit Francine, puis en français La Punaise suivi d'un numéro à quatre chiffres. Les dentures de trois des cadavres, les plus anciens, sont sérieusement abimées.

En compagnie de Tom Ede, Wexford rencontre Anthea Gardner, qui vit dans les Boltons. Elle s'était remariée avec Robert Gardner, et lorsque celui-ci est mort, retrouvant par hasard Franklin, elle s'était remise avec lui. Mais elle n'a jamais eu l'occasion de rencontrer Harriet. D'après une voisine, Harriet serait partie avec un jeune d'une vingtaine d'années du nom de Kenneth Hill, ou quelque chose comme ça. Lors de l'enquête de voisinage, une voisine, répondant au nom de Mildred Jones, qui est en voyage en Afrique du Sud et à qui ils ont téléphoné se rappelle très bien, mais approximativement, de ce Keith Hill, qui habitait à Liphook, et roulait à bord d'une Edsel jaune tirant sur le vert. Rentrée de voyage, elle indique à Wexford que La Punaise, Pin en anglais et les quatre chiffres correspondaient à un mot de passe, peut-être d'une carte bancaire. Il ne reste plus aux policiers à remonter la trace de cette voiture de collection. Selon l'un des garagistes spécialisés dans ce modèle, le véhicule pourrait appartenir à un certain Gray ou Greig, que le jeune homme lui aurait dit que c'était celle de son oncle mais l'homme en doute.

Wexford, quelque peu délaissé par Tom Ede, effectue des allers retours entre Londres et Kingsmarkham. Son autre fille Sylvia, divorcée et vivant avec sa fille Mary est agressée par un inconnu. Il lui plonge un couteau dans la poitrine évitant le cœur de quelques millimètres et est parti avec le véhicule de la jeune femme, ne s'emparant ni du sac à main ou autres objets.

 

L'enquête s'étire en longueur, les témoins, ou ceux qui pourraient éventuellement apporter des précisions, étant récalcitrants. Ils ne délivrent leurs informations qu'au compte-gouttes, se souvenant après coup de petites informations qui peuvent se révéler capitales dans les recherches. D'autres se présentent spontanément aux policiers, Wexford assistant aux déclarations, mais ils s'avèrent que ce sont des mégalomanes. De témoignage en témoignage, auprès d'ouvriers, d'entreprises, d'architectes ayant été susceptibles d'avoir eu la possibilité de se rendre à Orcadia Cottage à un moment ou un autre, Wexford parvient à reconstituer le dédale des années. Il faut se montrer patient, tourner comme dans un labyrinthe afin d'apercevoir la porte de sortie, espérer sans trop l'attendre un coup de pouce du destin. Les fausses pistes et les hypothèses, souvent vaines, ponctuent cette enquête qui s'étire en longueur. Et Wexford a en outre les problèmes familiaux de sa fille Sylvia à régler. Lorsque les trois cadavres sont identifiés et que Wexford a défini le processus qui les a amenés à être placés dans cette cave, il ne reste plus qu'à comprendre comment la femme plus jeune est arrivée en leur compagnie.

Le parcours de cette jeune femme que reconstituera Wexford est particulièrement touchant et émouvant, en phase avec l'actualité. Et il est surprenant dans cette histoire que pratiquement tous les couples ont rompu, avant le mariage, ou ont divorcé, que les époux sont décédés, des familles décomposées mais pas forcément recomposées.

Tom Ede s'exprime par des poncifs, lesquels agacent prodigieusement Wexford. Mais il se rend compte lui aussi est amené à en émettre parfois, à son plus grand déplaisir. Son statut de conseiller qui lui a été attribué par Ede, lui fait penser à ces détectives amateurs, qu'il aimerait bien devenir, Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Lord Peter Wimsey, Albert Campion, Roderick Allen... Et dans les démarches qu'il entreprend, entre deux séjours à Kigsmarkham et ses rencontres avec son ami Mike Burden, le commissaire de la petite ville, Wexford est accompagné dans ses démarches d'une policière, le plus souvent Lucy Blanch, une agréable jeune femme qui ne se montre pas arrogante.

 

Ruth RENDELL : La cave à charbon (The Vault - 2011. Traduction d'Isabelle Maillet). Première édition : éditions des Deux Terres. 2 octobre 2013. Réédition Le Livre de Poche. Parution le 8 octobre 2014. 384 pages. 7,10€.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 08:42

Quint.. essence !

Michel QUINT : J'existe à peine.

Le meilleur moyen de cacher sa personnalité, c'est de s'exhiber en public. Alexandre est artiste intermittent, adepte de Frégoli et de Gabin, et afin de rentabiliser son spectacle, il cumule les rôles, changeant d'habit en un tour de main et de velcro, adoptant des voix de femme ou d'enfant, ou pour les personnages qui n'apparaissent pas sur scène déployant son don de ventriloque éloquent. Il dirige une petite troupe, ne pouvant travailler seul mais il écrit les scénarii et les dialogues et supervise la mise en scène.

Il s'est spécialisé dans la reconstitution de faits-divers réels, plus ou moins scabreux, mais son rêve serait de mettre en scène le crash de l'avion qui transportait le boxeur Marcel Cerdan et la violoniste Ginette Neveu, au dessus des Açores le 28 octobre 1949. Jusqu'au jour où un tragique accident se produit en Alsace.

Alors Alexandre décide de partir seul, honorer un contrat à Wattrelos, son pays natal, la reconstitution de la visite de la Reine d'Angleterre en 1957 à La Lainière et dans la foulée une crèche vivante. Va falloir qu'il se débrouille mais il ne manque pas de ressources, et puis il trouvera bien sur place quelques figurants, le père Julius Braeme par exemple, son mentor et menteur. Celui qui couvrait ses absences auprès de ses parents adoptifs, déclarant qu'il l'aidait au Secours Catholique alors que le jeune Alex composait ses gammes au Conservatoire. C'était il y a plus de vingt ans, depuis Alex en a foulé des planches, enfilé des costumes et le Père Julius fumé des cigarettes.

Retour au pays, d'abord rencontrer Marie-Christine, l'ancienne employée de La Lainière, comme Chantal, reconvertie réceptionniste dans une usine transformée en musée des Arts et Traditions, Alex n'est pas chaud, mais s'il veut connaître le nom de sa mère, la vraie, il faut d'abord en passer par les exigences du Père Julius. Et puis il est de petites compensations qui valent bien des sacrifices. Marion, la belle Marion, la fille de Marie-Christine, qui joue à l'écolière dans une classe années cinquante. Elle est fiancée à un militaire, un gradé, on ne peut être moins quand on nait de la petite noblesse, parti en Afrique, et le mariage est prévu pour plus tard. Marion qui va l'aider dans sa recherche de défroques et d'un véhicule haut de gamme, genre Rolls-Royce Phantom IV pour l'arrivée de la Reine dans l'arène de la reconstitution, et lui présenter Léonore, qui tient une boutique. Léonore, elle lui en veut supposant qu'elle fut la maîtresse de son père, riche négociant en vêtements, possédant une multitude de magasins, ayant su faire fructifier son argent. Sauf que ce n'est pas Léonore qui était la maîtresse du père de Marion, mais sa mère. Des histoires de famille qui s'entrelacent, se délacent comme les robes de mariées que Marion va essayer en compagnie d'Alexandre, comme les masques qui tombent, des mues, changements de peau qui dévoilent les véritables personnalités.

Alexandre va mal, se pose des questions et le physique se rappelle à son bon, ou mauvais souvenir. Les vertèbres qui se coincent, des disques foutus, rayés, et de multiples contusions qui signent une enfance qui part à tire d'ailes, des réminiscences de parents adoptifs volontiers maltraitants.

Mais il ne faut pas croire que Michel Quint se contente de faire son théâtre d'ombres pour que les masques tombent, il organise une nouvelle reconstitution, celle du braquage en 1968 dans le Mongy, le fameux tramway lillois qui reliait sur quelques kilomètres Roubaix et Tourcoing, le père de Léonore qui transportait de l'argent confié par son patron et qui lui a été dérobé pendant le transport, une affaire jamais résolue, un père handicapé d'un genou et qui boitait, le privant d'une course à la suite de son voleur.

 

Michel Quint possède une écriture narrative bien particulière, envoutante, hypnotisante, que le lecteur reconnait dès les premières pages et il suit les différents protagonistes dans leur rôle de transformiste, Alexandre mais également les autres personnages qui se déshabillent moralement et physiquement. Il se dépiautent, ôtent leurs oripeaux, voiles translucides qui cachent autant qu'ils dévoilent, les mensonges, les non-dits, les certitudes erronées, les transformant en anges ou démons, planant dans le vide de la mémoire jusqu'à ce que la lumière jaillisse en force.

 

Michel QUINT : J'existe à peine. Editions Héloïse d'Ormesson. Parution le 11 septembre 2014. 288 pages. 19,00€.

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 06:38

Dépiautage d'une enquête...

Pierre BAYARD : L’affaire du chien des Baskerville.

Souvent les auteurs déclarent que les personnages qu’ils ont créés leur échappent et que la plupart du temps ce qu’ils avaient imaginé évoluait au fil de la rédaction, prenant un chemin qu’ils ne leur avaient pas envisagé. Peut-on dire que le personnage devient indépendant, se détache de son créateur, et n’en fait qu’à sa tête ? Ce qui engendre des petites anomalies dans la rédaction d’un ouvrage pourtant soigneusement pensé. Et le narrateur, qui prend ses aises, émancipé de la tutelle de l’auteur, se prend les pieds dans une intrigue dont pourtant il est le héros, même par procuration, laissant à son géniteur littéraire de réparer les bourdes. Mais celui-ci ne s’en aperçoit pas tout le temps.

Prenons le cas du docteur Watson et de son célèbre compagnon. Il existe des erreurs dans le descriptif de leurs aventures, qui pourraient parfois prêter à conséquence. Enfin quand j’écris « prenons », c’est plutôt Pierre Bayard qui s’y colle. En effet il décortique la trame du célèbre roman de Conan Doyle, Le Chien des Baskerville, et a relevé tout au long de sa lecture des invraisemblances, et surtout une méprise grossière concernant l’identité du meurtrier. Et il relève quelques situations, scènes, quelques anomalies en un mot qui ont sûrement échappé à bon nombre de lecteurs. Pourquoi, sinon, Le Chien des Baskerville serait-il le roman le plus connu de Conan Doyle ?

D’abord Conan Doyle, fatigué de son héros, le précipite dans les chutes de Reichenbach. Sous l’amicale mais exigeante pression populaire conjointe à des problèmes financiers, il est obligé de le « ressusciter ». Ce qui provoque peut-être une aversion accrue envers ce héros encombrant. Et par la plume de Watson, le brave mais aveugle docteur Watson, il va le mettre en face de problèmes qui sont résolus de manière insatisfaisante. Mais toutefois ses « fausses » solutions sont narrées avec tant d’habileté, tant de machiavélisme, tant de diablerie, que personne ne se rend compte des trucages. Pourtant des indices auraient dû alerter le lecteur. Et c’est là que l’esprit de déduction de Pierre Bayard supplée celui du détective, et démontre les incohérences qui gisent dans la narration, visibles et pourtant cachées. Et d’expliquer une première clé à laquelle peu de personnes se sont intéressées. « Or les récits des aventures de Sherlock Holmes, et plus particulièrement Le Chien des Baskerville, présentent sur ce point une particularité étonnante, à savoir que les faits ne nous sont pas communiqués par l’auteur lui-même ou par un narrateur omniscient, auquel un certain crédit pourrait être accordé, mais par un compagnon du détective, le docteur Watson ».

Ce qui voudrait signifier que le docteur Watson se montre partial et subjectif lorsqu’il relate les enquêtes de Sherlock Holmes. Il serait alors comme les apôtres portant la bonne parole, sans essayer de réfléchir. Holmes lui reproche sa naïveté à plusieurs reprises et comme le souligne Pierre Bayard, Watson est présenté comme un parfait idiot, une piètre opinion qu’Holmes répète tout au long des aventures qu’ils sont amenés à vivre de concert.

Quant au véritable coupable, Pierre Bayard l’a traqué parmi les éléments qui sont disposés par Watson tout au long de la narration, et qui n’ont pas alerté Sherlock Holmes. Mais ne comptez pas sur moi pour révéler son identité, tout le mérite en revient à l’auteur de cet ouvrage et il serait indécent de le suppléer.

Pierre BAYARD : L’affaire du chien des Baskerville.

Pierre BAYARD : L’affaire du chien des Baskerville. Collection Paradoxe. Les Editions de Minuit. Parution 2008. 176 pages. 14,70€. Existe en format ePub ou PDF pour 7,99€.

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 15:09

Préparez vos mouchoirs...

Louis C. THOMAS. Une fille pleurait...

Antoine Rethel est inspecteur principal de police à Paris. Père tranquille au travail, dans la vie, il a élevé pratiquement seul sa fille Christelle, bientôt dix-huit ans. Parfois entre le père et la fille, existent des accrochages, des discussions, des disputes, des portes qui claquent. Quoi de plus normal ! L'adolescente éprise de liberté supporte mal, non pas son père, mais le métier qu'il exerce et la répression qu'il symbolise.

N'empêche qu'Antoine, à cause de son bon cœur, est dans la panade et Christelle peut-être en danger.

Alors qu'il allait prendre son service de nuit, Antoine remarque une jeune fille en pleurs. Elle traverse la rue au milieu du flot de voitures et il a le réflexe de la tirer en arrière, de la ramener promptement sur le trottoir au moment où elle allait se faire écraser. Il lui paie un cognac dans un café et accepte de la raccompagner chez elle dans son studio. Mais l'attention que lui prêtait la jeune fille n'était pas dénuée d'intérêt.

Un moment d'inattention de la part d'Antoine et la jeune fille se suicide avec le revolver de service de notre brave inspecteur. Bon père de famille, courageux mais pas téméraire, Antoine s'affole. Au lieu d'appeler ses collègues, il s'enfuit. Le lendemain il retourne au studio. Sa conscience le travaille. Et là, au lieu de sa belle inconnue, il découvre le cadavre d'une autre jeune fille, étranglée et noyée dans sa baignoire. Le voilà chargé d'une enquête à son corps défendant.

Comme si les ennuis extérieurs ne lui suffisaient pas, une voix anonyme et féminine le relance sur son répondeur téléphonique. Christelle sa fille n'apprécie guère. Elle se met en colère et découche. Antoine est bien malheureux. Sa fille est jalouse et lui ne sait comment résoudre ses ennuis. Et cela ne fait que commencer.

 

Louis C. Thomas nous entraîne dans une histoire simple et complexe à la fois. A la fois roman d'énigme, de suspense, et roman noir, Une fille pleurait... dépasse le cadre de l'enquête, accentuant principalement le domaine de la psychologie sur les rapports père/fille alors que la mère a déserté le foyer conjugal depuis plus de dix ans.

Des rapports mâtinés de gaîté, de joie, de quiétude, d'inquiétude, de jalousie, de honte, de colère, de raccommodages. Chaque intrusion dans cette mini cellule familiale détruit l'harmonie de ce faux couple, pourtant, chacun sait qu'un jour ou l'autre l'un des deux fera ou refera sa vie.

Mais Louis C. Thomas développe également un jeu d'énigme. Subtilement il place ses pions, teste la sagacité de son lecteur qui tombe rapidement dans le piège. Ce roman fait partie des nombreuses réussites d'un auteur discret qui ne déçoit jamais.

Louis C. Thomas est décédé à Hyères, sa ville de naissance, le 10 mai 2003. Il était devenu romancier suite à un problème de cécité en 1947. Parallèlement à son métier d'écrivain, il a été également l'auteur de nombreux scénarii pour la radio, Les Maîtres du Mystère, et la télévision pour quelques épisodes de la série Les cinq dernières minutes.

Claude Le Nocher lui a également rendu hommage dans un article recensant quatre de ses romans et publié sur Action Suspense.

 

Louis C. THOMAS. Une fille pleurait... Collection Sueurs Froides, Editions Denoël. Parution 12 avril 1991. 190 pages.

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 14:50

Il a cru s'y fier...

Dominique CHAPPEY : J'avais la croix.

A quoi peuvent bien servir les séminaires ? Une question sans réponse pour Gabriel Lecouvreur qui ronge son frein attablé à sa place habituelle au café-restaurant du Pied de Porc à la Sainte-Scollasse. Car le Poulpe, ainsi a-t-il été surnommé à cause de la dimension inhabituellement longue de ses bras, se fait du souci pour sa Cheryl de coiffeuse. Et ce n'est pas son ami Gérard, le tenancier qui va lui remonter le moral déclarant que participer à un séminaire c'est écouter des trucs idiots, t'entendre dire comment faire pour mieux gruger le client, te taper sur le ventre en chœur et finir la soirée bourré dans un bar à poules. Mais les vaticinations de Gérard ont un autre but, celui de détourner Gabriel de ses pensées moroses et de lui indiquer un palliatif à son humeur maussade et grincheuse. En effet un article d'un canard parisien l'a interpellé et il veut absolument soumettre sa lecture à Gabriel. Le titre en lui-même est assez aguicheur : La guerre des croix aura-t-elle lieu ?

Les projecteurs sont braqués sur la petite commune de Saint-Pierre d'Entremont, en Isère, à cause d'un événement qui a connu quelques années auparavant son heure de gloire, avait été oublié puis à nouveau mis en lumière. Mais cette fois, la mise en scène est macabre. D'habitude, des individus se contentaient de scier, tronçonner, découper, quelque soit le matériau employé et l'outil utilisé, le mât des croix dressées sur le Grand Som et monts environnants. Aucun vandale n'avait été appréhendé. Or en ce mois d'hiver où la neige folâtre transforme les crêts en monts chenus, un jeune marginal, qui probablement voulait imiter ses aînés, a été retrouvé mort, attaché à la croix s'érigeant fièrement au dessus de la vallée. Des tracts, depuis quelques temps certains snobinards appellent cela des flyers, ont été découverts non loin du cadavre portant l'inscription Stat Crux, ainsi qu'une meuleuse.

Une énigme intéressante à étudier et Gabriel se rend sur place en empruntant grâce à Pedro, le vrai spécialiste du faux, la couverture, indispensable en hiver, d'un journaliste écrivain. Puis il entame un chemin de croix dans la neige à la recherche de la vérité. Au début il est fort bien accueilli dans le village de Saint-Pierre d'Entremont, notamment par madame Boule qui tient un hôtel-restaurant de fort bon aloi placé juste en face du Bachat, un bar qui propose des bières artisanales locales dont la Chardon. Il fait la connaissance de joyeux drilles dont Prêcheur, l'indispensable intempérant propre à chaque petite commune, de Petit qui s'exprime comme un ministre lisant le discours écrit par un nègre, de Neuneu qui s'enthousiasme pour le football, surtout l'O.L., de l'adjudant Prévot pire qu'une teigne, c'est pas peu dire, depuis que sa femme est partie et quelques autres hurluberlus, en apparence, dont ceux qui sont aux commandes d'une radio dite associative programmant des chansons rétro, cela fait toujours plaisir, et parfois des documentaires ou des entretiens avec des personnalités du cru.

Mais surtout il y a Poupée, la jeune et jolie Poupée, qui habite au-dessus de la pharmacie. Elle ne lui casse pas les pieds lorsqu'elle l'interpelle du haut de fenêtre, au contraire, elle les lui soigne, car Gabriel, en véritable montagnard d'opérette, pour grimper jusqu'à son Golgotha où s'est déroulé la macabre mise en scène, a bien suivi les indications, s'est arrêté aux stations, a parcouru en rangers les kilomètres de montée, ici on parle en minutes ou en heures extensibles. Et bien évidemment il a les arpions en capilotade qu'il faut soigner, bichonner, encapuchonner, et le voilà muni d'une paire de croquenots de course, couleur fluo, qui se repèrent dans la neige comme des gyrophares.

Gabriel va apprendre à ses dépens qu'il ne faut pas sauter un repas lorsqu'il s'agit de crapahuter en montagne. Il est victime d'hypoglycémie et il a des mirages de moines défilant, ceux du monastère de la Chartreuse sis non loin. Et puis il dérange, on ne vient pas fouiller ainsi à déterrer des histoires anciennes, comme avait voulu le faire Nath, l'apprenti élagueur de croix.

Dominique CHAPPEY : J'avais la croix.

dialogues qui retiennent l'attention du lecteur conquis par les descriptions et l'écriture fluide et déliée. Une fois de plus notre ami Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, est embringué dans une histoire qui vire au drame tout en se cantonnant dans un sujet farfelu. Pas de prosélytisme dans ce roman, mais un exercice de style ébouriffant, une poésie en plein air, une idée de promenade, un hymne à la nature et aux produits locaux, une réussite qui évite le thème de l'Extrême-droite et du fascisme, trop souvent exploité et de fait banalisé.

Le nom de Dominique Chappey n'est pas inconnu de tous ceux qui suivent régulièrement les parutions de nouvelles dans les recueils édités lors de concours organisés par des festivals du Polar. Par exemple sa nouvelle Terminal Atlantique figure dans le recueil Blonde(S), nouvelle sélectionnée pour le festival La Fureur du Noir de Lamballe de 2012, et qui augurait du talent de l'auteur.

 

Dominique CHAPPEY : J'avais la croix. Collection le Poulpe N° 286. Editions Baleine. Parution le 28 août 2014. 192 pages. 9,50€.

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 16:39

Tout commence par un long périple maritime quelques six cents ans avant J.C. et vivez-le comme si vous faisiez partie de l'équipage...

Dominique FAGET : Celui qui ne meurt jamais.

600 avant J.C. Une petite flottille de huit trirèmes phéniciennes avec à bord Enmouteff, le frère du pharaon Ouhemibré-Nékao, s'élance d'Arsinoë (Suez) et part à l'aventure en longeant les côtes africaines, descendant peu à peu vers le Cap de Bonaventure puis remontant l'autre versant du continent. Pour Nékao, le pharaon, il s'agit de redonner à l'Egypte son lustre d'antan. Le capitaine à bord, c'est Hannan Baal, Enmouteff, qui veut dire Celui qui ne meurt jamais, n'est qu'un passager chargé d'une mission. Ce qui ne veut pas dire que les deux hommes n'entretiennent pas de relations amicales. Les semaines, les mois s'écoulent au fil de l'eau, bravant vents contraires, orages violents, nouveaux paysages, escales prolongées afin de réapprovisionner les cales en nourritures et eau douce parmi une population hospitalière, le temps également de planter le blé et autres graines puis attendre les récoltes.

Seulement lorsque Enmouteff s'intéresse d'un peu trop près au jeune cuisinier, placé sous la garde son aide, Tatouia l'eunuque, Hannan Baal pique un coup de sang. Bientôt la trirème principale prend l'eau de tous bords, métaphoriquement, et Enmouteff est débarqué livré à un sort qui aurait dû être funeste.

 

En 1976, Alain Leprince, reporter photographe revient s'installer dans la maison familiale près d'Arcachon, entouré d'objets divers et principalement des œuvres africaines transmises en héritage par son père qui longtemps a vécu en Afrique Occidentale Française comme médecin. Cette maison, il ne sait trop s'il va la garder ou la vendre. Trop de souvenirs se rattachent à cet endroit et surtout à cette collection d'objets tels que lances Takouba, poignard Haoussa et autres armes blanches, mais également un masque taillé dans le bois. Et puis cela lui remémore quelques épisodes vécus lorsqu'il était gamin à Bingerville en Côte d'Ivoire. Par exemple lors d'une expédition dans le pays, dans une tribu en compagnie d'autres Européens, il avait assisté à une sorte de représentation de danse et un sorcier portant un masque s'était penché vers lui. Il avait ressenti une peur immense. Un peu plus tard, un indigène a vendu un masque de cérémonie, ce même masque qui trône sur le mur. Et puis, il n'avait pas tout compris, mais un jeune lieutenant et sa mère Suzette se rencontraient souvent, surtout lorsque son père était en déplacement. Un après-midi, alors qu'il n'arrive pas à s'endormir, il s'est infiltré dans la chambre de sa mère et avait vu un conglomérat de corps.

 

Son jeune frère Patrick, avec lequel il ne s'entend guère pénètre dans la villa et s'intéresse à ces objets issus de l'Art Premier. Il aimerait bien se les approprier mais Leprince en colère le renvoie manu militari dans le jardin. Patrick a suivi la même voie professionnelle que leur père, tout comme Malou sa fille installée elle-aussi en Afrique. Leprince est sujet à des absences, et des points de côté dans la poitrine.

Deux policiers lui rendent visite. Une de ses voisines vient d'être sauvagement agressée, et d'autres cadavres vont bientôt s'éparpiller dans la région. Le lieutenant Maurin est accompagné du lieutenant Awa Blanc, une métisse d'origine africaine. Les soupçons pèsent sur Leprince mais les deux policiers se donnent le temps d'enquêter. Seulement entre Awa et Leprince, un courant tellurique s'établit entre eux et l'enquête en pâtit. Les symptômes de mal de tête et d'absences momentanées, des pertes de connaissance de plus en plus fréquentes perturbent Leprince.

Les relations entre Awa et Leprince sont de plus en plus proches et l'enquête de la jeune policière les emmènent en Côte d'Ivoire, à Grand Bassam et au mont Korhogo.

Le mont Korhogo

Le mont Korhogo

Ce roman, fort bien construit, est composé de deux histoires qui s'entrelacent et se déroulent à deux mille cinq cents ans d'écart. La première, le périple de Enmouteff, est à classer dans la catégorie roman d'aventures exotiques et historiques. La seconde relève plus de l'enquête policière basique dont le coupable est rapidement connu du lecteur pour peu qu'il suive attentivement l'action.

Mais les deux héros protagonistes de cette intrique ne sont ni Awa Blanc, ni Alain Leprince, mais bien le masque d'ébène à l'intérieur duquel sont gravés des hiéroglyphes ainsi qu'un poignard particulier composé de trois éléments, ancêtre du couteau suisse. Et tout au long du récit se décline ce mantra relatif à cette arme de jet: Une lame pour trancher. Un poignard pour découper. Un pic pour achever...

Le lecteur ne voit pas le temps passer malgré cette amplitude dans les deux histoires proposées, car tout concourt à captiver son attention. Seul un petit hiatus, que je n'ai pu m'empêcher de relever, concerne l'âge, non pas du capitaine mais d'Alain Leprince. En effet, et à plusieurs reprises, il est présenté comme un quadragénaire. Mais, et point n'est besoin de calculette pour effectuer cette opération, entre 1930, année de l'acquisition du masque et 1976, année durant laquelle sont perpétrés les premiers meurtres qui incitent les policiers à s'intéresser à son cas, quarante-six ans se sont passés. Si l'on ajoute qu'en 1930, le jeune Alain peut avoir entre trois et quatre ans, il serait plus logique de dire que ce reporter-photographe frise la cinquantaine et l'a peut-être même dépassée. Mais ça, c'est mon côté pinailleur.

 

Le coup de cœur des lecteurs du Prix VSD du Polar 2014 a été décerné à ce roman et c'est amplement mérité !

Dominique FAGET : Celui qui ne meurt jamais. Editions Les Nouveaux Auteurs. Parution le 3 juillet 2014. 330 pages. 18,95€.

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 06:45

Hommage à Ed McBain né le 15 octobre 1926.

Ed McBAIN : Manhattan blues

Ed McBain, bien connu des amateurs de littérature policière pour sa saga des flics du 87ème et de la mythique Isola, nous propose de découvrir un nouveau personnage et une nouvelle équipe, conçus dans le même esprit que ses précédents héros.

Spécialiste du roman de procédure policière, Ed McBain poussait la conscience professionnelle en fréquentant les commissariats de New-York et en accompagnant les policiers sur le terrain dans leurs différents déplacements. Cette pratique lui a permis de rendre vivante l'atmosphère bien particulière qui règne en ces lieux. D'ailleurs dans certains de ses romans, il se permet de mener plusieurs enquêtes de front. En outre, il possède un art consommé du dialogue, vif et incisif.

A quelques jours de Noël, un homme est abattu dans son restaurant, et l'inspecteur Reardon est chargé de mener l'enquête. Enquête qui ira de rebondissements en rebondissements, et à laquelle sera mêlé un richissime collectionneur de tableaux et deux courtiers en bourse, avec en prime quelques faits divers inhérents à toute grande ville qui se respecte. On suit donc l'inspecteur Reardon dans sa vie professionnelle et privée, et ce flic qui est loin d'être un super héros, un macho, se révèle comme un homme simple avec ses joies, ses peines, ses déceptions, ses coups de gueule.

Ed McBAIN : Manhattan blues

Ed McBAIN : Manhattan blues (Another Part of the City - 1985. Traduction de Jacques Martinache). Presses de la Cité. Première parution Septembre 1987. Réédition J'ai Lu N° 2594. Janvier 1989. 254 pages.

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