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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 10:02

Un des nombreux pseudonymes de

Max-André Dazergues, le mentor de Frédéric Dard.

André MADANDRE : Robinson des neiges.

Dans un estaminet de Sainte-Isoline, petit village de deux cents âmes situé dans le Grand-Nord, aux frontières du Canada français, trois hommes assis autour d'une table discutent de la légende du Caribou-fantôme ou Renne aux cornes d'or.

Abrosiak, un Indien Athabasca, affirme avoir aperçu ce fameux caribou du côté du Lac Gris. L'animal se tenait immobile dans un bouquet. Ses deux interlocuteurs sont soit sceptique comme Pascal Balle-Sûre, un vieux trappeur qui n'a pas usurpé son surnom, soit subjugué comme Christian Ledriquet alias Kiki-Castor, un adolescent de seize ans qui s'est fait un renom comme chasseur de castors.

Dans leur fougue, les trois compères élèvent la voix, et cette histoire de renne aux cornes d'or intéresse l'un des consommateurs accoudé au bar. Il s'agit de Jerville-le-Borgne, un trappeur à la réputation douteuse qui tire son sobriquet d'un œil de verre. Il ne compte que peu d'amis, et bon nombre des villageois se méfient de lui. Certains redoutent même ce fieffé aventurier.

Kiki-Castor est tenté de se rendre sur les abords du Lac Gris et si Pascal Balle-Sûre se défile, Abrosiak accepte de l'accompagner. Et les voilà partis tous les deux le lendemain en traîneau. Alors qu'ils arrivent près d'un cairn, une baraque construite en pleine forêt à l'intention des trappeurs et chasseurs, ils distinguent des chiens errant, un traîneau renversé et un homme attaché. Il ne s'agit ni plus ni moins que Jerville-le-Borgne qui affirme avoir été agressé par des Inuits.

Ils se réfugient dans le cairn, et pensent y passer la nuit mais Abrosiak, qui avait pris la garde, distingue la silhouette du caribou aux cornes d'or. Branle-bas de combat, Abrosiak s'éloigne tandis que des Inuits, jusqu'alors tapis dans la neige, se dressent et s'emparent de Kiki-Castor.

Il s'agit d'un piège fomenté par Jerville-le-Borgne et la petite troupe s'enfonce dans les bois jusqu'au Lac Gris à bord des traîneaux.

S'ensuit une histoire au cours de laquelle Kiki-Castor va sauver la vie à l'un des Inuits, Koldak, des boues dansantes, c'est-à-dire des sables mouvants qui stagnent près d'une construction en bois, en plein milieu du lac. Une construction qui serait due aux castors mais qui en réalité a été édifiée par des mains humaines. Kiki-Castor est prisonnier de ce fourbe de Jerville-le-Borgne mais un bienfait n'est jamais perdu et il pourra, alors que sa vie est en danger, compter sur des renforts inattendus.

 

Ce court roman, qui s'adresse aux lecteurs de tous les âges, nous offre un nouveau voyage grâce au guide qu'était Max-André Dazergues, après un roman signé du pseudonyme d'André Star en Polynésie (voir lien ci-dessous). Exotisme en tous genres, actions et découvertes, manipulations, magouilles, jalousies et traitrises, tous les ingrédients du roman d'aventures se retrouvent sous forme condensée dans ce texte.

Les descriptions de paysages et la psychologie des personnages sont tout juste évoquées, seule l'histoire mystérieuse de ce caribou aux cornes d'or étant le seul ressort de cette intrigue dont le lecteur pressent dès le début que cela se terminera bien. La morale est sauve, les personnages se montrent magnanimes, mais le principal réside dans un bon moment de lecture, une évasion à bon compte comme nous le proposaient Max-André Dazergues et ses confrères dans ces petits fascicules dont le seul but était d'intéresser leurs lecteurs et à les inviter à découvrir d'autres aventures palpitantes tout au long des semaines. De petits romans qui se lisaient d'une traite, dans le métro ou les trains de banlieue qui emmenaient les ouvriers sur leur de travail, et retour.

 

André MADANDRE : Robinson des neiges. Collection le Risque tout. Editions S.A.E.T.L.. Parution décembre 1945. 20 pages.

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 04:49

Avant ou après le bain... de minuit ?

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit.

Alors qu'il vitupère contre un article le mettant en cause et paru dans une revue, André Brunel, policier privé de son état, reçoit la visite de son ami le narrateur. Âgé d'une petite trentaine d'années, André Brunel s'est fait connaître en résolvant quelques affaires délicates, et il est reconnu comme l'un des meilleurs de sa catégorie. Peu à peu il se calme, et comme il se considère comme le flegme personnifié, il déclare à son ami que le jour où je t'autoriserai à publier mes aventures, tu commenceras par cette petite mise au point. Dont acte.

Les deux hommes ont à peine terminé de déjeuner qu'un visiteur demande à être introduit, ou demande audience si vous voulez. Il se nomme Lucien Blaisot et habite à Côteville, près de Dieppe. Il leur expliquera pourquoi il requiert les services du détective pendant le trajet qu'ils vont effectuer en voiture.

Leur mission, si André Brunel l'accepte, est de retrouver le père de Lucien Blaisot qui a disparu depuis le jeudi. Et c'est pourquoi, inquiet, Blaisot a décidé de se tourner vers le détective au lieu de la police locale.

La famille Blaisot est composée du père, de la mère, de Lucien le fils qui vit chez toujours chez eux, et de leur pupille Hélène qui est également la fiancée de Lucien. C'est lui qui l'affirme. Quoique Normands eux-mêmes, ils n'ont jamais pu s'habituer à la mentalité des gens du cru, et c'est Bertrand, leur domestique, qui est chargé du ravitaillement. Mais le père Blaisot possède une passion particulière. Il s'est installé dans un pavillon de garde un établi et la nuit il s'y rend afin de bricoler à son aise. Or Lucien s'est aperçu, un soir qu'il avait entendu des bruits suspects, que le cheval et la carriole n'étaient pas dans la remise. Le père entretiendrait-il une relation extérieure, c'est ce que s'était demandé Lucien, mais sa disparition l'inquiète.

Outre les personnes présentes dans cette demeure, l'Oncle Charles est lui aussi au courant de cette disparition pour le moins mystérieuse. L'oncle Charles vit non loin des Blaisot, et comme eux habite une demeure isolée. Lorsque les trois hommes arrivent à destination, c'est pour apprendre que l'Oncle Charles vient d'être assassiné. La mère vient de recevoir un appel téléphonique d'Honorine, la servante de Charles. Charles a été découvert sur son perron, le ventre ouvert. Immédiatement la gendarmerie a été prévenue et le lieutenant Perruchet procède aux premières constatations. Charles s'est pris une décharge de plomb dans les boyaux, ce qui lui fut fatal. Les soupçons se portent sur un braconnier, mais lequel car plusieurs personnes revendiquent les chapardages sur les terres des Blaisot.

Mais pour André Brunel, d'autres éléments mystérieux se greffent sur ce meurtre. Et il a raison, car ce sont bien deux affaires, qui s'imbriquent mais dont la portée est totalement différente, que Brunel aura à résoudre. Et comme la mer n'est pas loin, imaginez qu'un trafic de marchandises peut aussi se trouver à l'origine de ce qui pourrait être un règlement de comptes et qu'un braconnier n'est pas forcément seul en course comme coupable.

 

Comme le déclare Brunel à Perruchet : Croyez-moi lieutenant, le petit jeu des déductions constitue une distraction excellente mais qui risque de devenir dangereuse pour qui s'y livre sans réserve. Il ne faut pas prendre pour des certitudes de simples présomptions.

Oh combien cette phrase est prémonitoire, car si Brunel observe, examine, analyse, déduit, ce ne sera pas sans danger pour sa personne, ainsi que de celle son confident et historiographe. Il va donner de sa personne, se mouiller sans vraiment l'avoir désiré, et les rebondissements vont surgir sous ses pieds comme un lapin qui déboule d'un fourré.

Une intrigue classique mais assez rouée qui annonce l'état d'esprit dans lequel Pierre Boileau concevait ses intrigues, intrigues qui prendront de l'ampleur et de la consistance lors de son association avec Thomas Narcejac, association qui fournira de très nombreux succès littéraires dont s'emparera notamment Hitchcock pour assoir sa réputation de cinéaste.

Alors évidemment, cette histoire a quelque peu vieilli de par le contexte, mais l'intrigue en elle-même est toujours aussi roublarde pour ne pas décevoir le lecteur tout en l'emmenant dans des chemins de traverse. Les explications finales ne traînent pas en longueur comme dans certains romans de détection de l'époque et le tout est vif, enlevé.

A noter qu'André Brunel habite Cité Malesherbes, une voie qui unit la rue des Martyrs et la rue Victor-Massé. Lorsque l'on sait que les rue des Martyrs fut surnommée la rue des hommes mariés, et qu'elle était reliée à la rue Massé, faut-il y voir une simple coïncidence ou une corrélation ?

 

Première parution Les Editions de France. 1934.

Première parution Les Editions de France. 1934.

Pierre BOILEAU : La promenade de minuit. Collection Police privée - bibliothèque. Editions Dancoine. Parution 2e trimestre 1945. 192 pages.

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 04:51

Capri, c'est fini,
Et dire que c'était la ville
De mon premier amour...

Catherine RABIER : Les sirènes de Capri.

Pour un vieux sédentaire comme moi, la lecture est un moyen unique pour voyager en pantoufles et engranger des images magnifiques de régions admirables comme ces descriptions que nous propose Catherine Rabier dans ce court roman, régions que je ne visiterai jamais, de peur être déçu en étant sur place, n'en retrouvant ni le charme, ni l'élégance et la beauté.

Catherine, c'est également le nom de la narratrice quadragénaire qui est envoûtée, subjuguée, enivrée par les paysages qu'elle découvre à son arrivée sur l'île de Capri. Un séjour de dix jours qu'elle met à profit, dès son arrivée pour se rendre à pied à la Casa come me, la villa de Malaparte perchée sur un promontoire donnant sur la mer.

Au début de son séjour elle a fait la connaissance d'Adelchi, jeune éphèbe d'une vingtaine d'années qui ne la laisse pas indifférente, et réciproquement. Adelchi se présente comme un étudiant d'une université vénitienne, et actuellement il est en séminaire avec quelques condisciples sous la houlette du professeur Ermete, archéologue. Et il lui propose de l'emmener à la Casa come me, qui est fermée au public. L'entrée sera ouverte, pour elle, car les étudiants et le professeur y résident, étudiant l'architecture.

Elle refuse de se rendre à la villa par bateau, proposition honnête ou non d'Adelchi, préférant grimper à pied, malgré un genou douloureux. Elle est accueilli par son cicérone et peut visiter certaines des pièces de la demeure et admirer quelques sculptures. Elle est même invitée à déjeuner en compagnie du maître, Ermete, un homme intrigant, et ses étudiants à une tablée de douze. Elle est la seule femme et s'aperçoit que les assiettes et couverts représentent tous un signe du zodiaque.

Elle va alors vivre durant quelques jours une aventure entre rêve et réalité, dans ce décor enchanteur, situé non loin des Faraglioni, trois immenses rochers dans la mer, les bains de Tragara, le Rocher des Sirènes qui serait selon une légende les sirènes ayant essayé de détourner Ulysse mais n'ayant pas réussi se seraient transformées en rochers.

Une aventure périlleuse au cours de laquelle Catherine manque se noyer.

 

La Casa come me

La Casa come me

En lisant ce court roman, on ne peut s'empêcher de penser à Prosper Mérimée, à Alexandre Dumas, à Gérard de Nerval dont une phrase extraite de El Desdichado est placée en exergue, non pas pour l'histoire, mais par le romantisme qui s'en dégage, par la force d'évocation des personnages, par la forme narrative, par les descriptions du décor et par les références à la mythologie grecque ou indo-européenne avec Mithra Sol Invictus.

Sont évoqués Curzio Malaparte, écrivain, cinéaste, journaliste, correspondant de guerre et diplomate italien, et sa fameuse villa, Axel Munthe, médecin suédois qui vécu à Capri dans la villa San Michele, participant aux secours lors d'une épidémie de choléra à Naples en 1883, et à Raymond Guérin qui passa trois semaines dans la Casa come me et a rédigé Du côté de chez Malaparte en 1950.

Un texte rafraîchissant, sensible, charmant, fleuretant avec le fantastique, tout en émotions et en couleurs, un voyage onirique et romantique frisant la tragédie, placé entre hier et aujourd'hui.

Les Faraglioni

Les Faraglioni

Catherine RABIER : Les sirènes de Capri. Parution 17 avril 2017. 64 pages. En vente uniquement sur Amazone. Version papier (conseillée) 6,33€. Existe en version numérique.

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 05:17

A l'origine du roman noir ?

Didier LAMAISON et SOPHOCLE : Oedipe Roi roman suivi de Oedipe roi tragédie.

Oedipe fuit les oracles qui ont prédit qu'il tuerait son père et partagerait la couche de sa mère. Aux portes de la ville de Thèbes, il se mesure intellectuellement au Sphinx et déjoue les pièges, les devinettes que celui-ci lui pose.

Oedipe en reconnaissance est acclamé et nommé roi de Thèbes. Cependant la menace des oracles pèse toujours sur sa tête et, peut-être pour conjurer le sort, il se lance dans une enquête, tentant de comprendre pourquoi et comment est mort le roi Laïos, ex-souverain de Thèbes, dont il a épousé la veuve, la reine Jocaste.

 

Tout le monde connait le mythe d'Oedipe, et la psychanalyse freudienne qui a été développée à partir d'une histoire relatée par Sophocle. Mais qui aurait pu penser que ce mythe, étudié au collège, entrerait un jour à la Série Noire dans une nouvelle traduction, ou adaptation.

Il est vrai que cette histoire comporte de nombreux thèmes propices au roman noir par excellence. Et, dépoussiérée, elle devient d'une actualité romanesque forte. Il aurait suffit de changer les noms des personnages, les lieux, l'époque, et tout cela semblerait nouveau.

Comme quoi, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme comme l'affirmait Lavoisier, une maxime qui n'est que la paraphrase du philosophe grec présocratique Anaxagore : Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau.

Première édition Série Noire N°2355. Parution 6 septembre 1994. 160 pages.

Première édition Série Noire N°2355. Parution 6 septembre 1994. 160 pages.

Didier LAMAISON et SOPHOCLE : Oedipe Roi roman suivi de Oedipe roi tragédie. Roman d'après la tragédie et traduction inédite du grec ancien, annotations et présentation par Didier Lamaison. Nouvelle édition Folio Policier n°401. Parution le 18 mai 2017. 288 pages.

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 05:16

Hommage à Roger Moore, décédé le 23 mai 2017.

Roger MOORE: Amicalement vôtre. Mémoires.

“ Le 14 octobre 1927, peu après minuit, Lily Moore, née Pope, mit au monde un petit garçon de 58,4 centimètres à la maternité de Jeffrey Road, dans le quartier de Stockwell, au sud de Londres. Georges Alfred Moore, mon père, agent de police au commissariat de Bow Street, avait vingt trois ans. Ça, c’est qu’on m’a raconté. J’étais bien évidemment trop jeune pour me souvenir d’un jour aussi capital que celui de ma naissance. Je fus baptisé Roger Georges Moore et restai fils unique. Dès leur première tentative, mes parents avaient atteint la perfection. A quoi bon recommencer ? ”

Ces premières lignes de la biographie de Roger Moore donnent le ton. L’humour est omniprésent dans le voyage organisé de ses vies. Vies familiale et cinématographique, petits accrocs et grandes joies qu’il aborde avec tact. Le personnage des séries télévisées ou de cinéma ressemble à l’homme. Elégant, raffiné, charmeur, quelque peu aristocrate, il privilégie la distinction aussi bien en paroles qu’en actes mais surtout il se conduit en gentleman. Il se campe avec autodérision, et narre avec une jubilation certaine les blagues d’adolescent pré pubère dont ses partenaires subissent les conséquences. Lorsqu’il a été trop loin, il reconnaît son erreur et se promet de ne plus recommencer. Il ne dit jamais de mal de tous ceux qu’il a pu côtoyer au cours de sa carrière. D’ailleurs il affirme “ J’ai toujours pensé que si l’on a rien de gentil à dire sur quelqu’un, il vaut mieux se taire ” (page 279). L’élégance même vous dis-je.

Le père de Roger, qui était un acteur amateur doué, aimait mettre en scène des pièces de théâtre et réaliser les décors. C’était également un bon musicien et un magicien tout à fait honorable. Et comme il aimait aller au cinéma en compagnie de sa famille, tout était réuni pour que le jeune Roger trouve sa vocation. Pourtant les débuts sont assez difficiles. Il travaille dans un studio d’animation, monte sur les planches, au théâtre des armées notamment en Allemagne durant son service militaire, puis fait de la figuration, de la doublure. Comme il faut assurer sa subsistance, il pose comme modèle pour des catalogues de tricots. Il joue de petits rôles et obtient un engagement pour interpréter Ivanhoé. C’est le début de sa carrière de Serial Actor. Suivront Le Saint assurant une certaine notoriété internationale puis Amicalement vôtre, série avec Tony Curtis, la consécration. Manquait à sa carrière de vrais premiers rôles dans des films de grand spectacle. La série des James Bond y pourvoira. Roger Moore sait aussi se montrer humaniste et les derniers chapitres, parfois poignants, de sa biographie le démontrent. Sous la carapace se révèle un homme engagé, sous la houlette de Audrey Hepburn, et milite depuis plus de quinze ans dans le cadre de l’Unicef. L’épilogue illustre le caractère facétieux de Roger Moore qui conclut par une pirouette : “ …On m’a souvent demandé quelle serait mon épitaphe. La réponse est simple. Comme je n’ai pas l’intention de mourir, je n’en aurai aucune !

Plus qu’une biographie, c’est une belle leçon d’optimisme et de philosophie.

Réédition des Editions de L’Archipel. Parution octobre 2008. Cahier photos 16 pages.

Réédition des Editions de L’Archipel. Parution octobre 2008. Cahier photos 16 pages.

Roger MOORE: Amicalement vôtre. Mémoires. Editions Archipoche. Parution octobre 2012. 450 pages. 8,65€. Avec la collaboration de Gareth Owen. Traduction de Vincent Le Leurch, Bamiyan Shiff et Christian Jauberty. Réédition des Editions de L’Archipel. Parution octobre 2008. Cahier photos 16 pages.

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 05:39

Un commissaire qui s'accroche à ses enquêtes !

Valérie LYS : L'enfant pétrifié. Série Commissaire Velcro N°5.

Pour parodier une journaliste critique de cinéma sur France 3 qui affirmait sans vergogne Ce film m'a appris quelque chose que je ne connaissais pas, je pourrais déclarer qu'à la lecture de ce roman j'ai appris quelque chose. Et si j'ai appris, c'est bien parce que je ne connaissais pas, mais bon, passons rapidement au vif du sujet qui est un lithopédion.

Un lithopédion est un fœtus calcifié, ou fossilisé, et cet objet d'origine malgache va être le clou de l'exposition organisée au Centre d'Art contemporain de Quimper en ce mois de novembre 2015. Benoit Syl, fils du fondateur des Antiquités Syl et qui a repris la succession n'est pas peu fier de montrer et prêter le petit corps fossilisé dans son sac. Madame Nielsen, la commissaire de l'exposition en est toute retournée d'extase.

Si Benoit Syl est le propriétaire de cet objet, il le doit à son ami Jimmy Quévélé, brocanteur et revendeur-fournisseur d'objets d'art à l'antiquaire. Et ses trésors, il va les chercher directement sur place, étant grand voyageur, et sachant dénicher à petit prix des œuvres qu'il négocie avec une marge bénéficiaire assez importante. L'un de ses fournisseurs est Jean-Philippe, dit J.P., archéologue et ami des deux hommes, depuis leurs études communes.

Lorsqu'une affaire bretonne requiert les bons offices de la Criminelle sise encore au 36 Quai des Orfèvres (et non quai d'Orsay comme étourdiment placé dans le roman), le commissaire Velcro est immédiatement désigné pour se rendre sur place. Il vient d'arriver à Quimper, sur les ordres de son supérieur afin d'enquêter sur les agissements d'un certain Hennéque, militaire mais surtout négociateur louche auprès de gouvernements non moins louches. Il fournit, ou plutôt fournissait, des bricoles notamment à Jimmy, lequel vient d'être découvert assassiné dans son dépôt-vente. Théoriquement, Velcro doit enquêter sur Hennéque mais l'effet boule de neige l'amène à s'intéresser au meurtre du brocanteur.

Tout en se promenant dans la vieille ville, s'intéressant aux curiosités locales comme la faïencerie, Velcro parvient au dépôt-vente. L'enquête sur la mort de Jimmy est théoriquement dirigée par le commissaire divisionnaire Le Goff, un vieux briscard, et à son adjoint le tout jeune commissaire Le Goff, du commissariat de Quimper, et naturellement l'intrusion du policier parisien venant marcher sur leurs brisées ne plait guère aux flics du cru. Après avoir effectué ses repérages, Velcro est conduit au commissariat où est déjà présent Benoit Syl, qui a découvert le corps de Jimmy.

Myriam, la légiste, après examen du corps, peut donner la cause du décès du brocanteur. Une injection de tanghin mêlé à des sucs de feuilles de grande cardamone, une piqûre placée au dessus de l'omoplate gauche l'atteste. Un poison que l'on ne trouve qu'à Madagascar. Et sur les lieux du crime, car maintenant il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien d'un crime de sang, une empreinte de pied nu a été relevée.

Ensuite Velcro se rend à l'inauguration de l'exposition au Centre d'Art Moderne. Et il est le témoin de quelques scènes qui ne manquent pas de piquant, à des altercations entre des personnages qui possèdent des liens, forts ou distendus. Pratiquement tous les protagonistes qui évolueront dans ce roman sont présents mais Velcro se rendra compte par la suite au cours de son enquête que les amitiés de façade recèlent de profondes lézardes.

 

Dans cette intrigue que n'aurait pas désavouée Agatha Christie, l'histoire et les relations entre les personnages sont mis au service d'un plaidoyer pour le respect des civilisations qui nous sont étrangères, et qui parfois existent depuis plus longtemps que celle dans laquelle nous vivons.

Les bienfaits de la colonisation contre la culture ancestrale, un thème porteur qui divisera toujours surtout lorsque les hommes politiques s'en mêlent et s'emmêlent, et pourtant en France, combien des fêtes de villages, de revues, d'associations font la part belle aux traditions.

Mais roman policier ou non, les valeurs morales telles que l'amour, l'amitié, et leurs corollaires sont de mises, avec pour arme la vengeance.

 

Valérie LYS : L'enfant pétrifié. Série Commissaire Velcro N°5. Editions du Palémon. Parution le 28 mars 2017. 224 pages. 10,00€.

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 05:30

Hommage à Sir Arthur Conan Doyle né le 22 mai 1859.

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe.

Il n'y a pas que Sherlock Holmes dans la vie de Sir Arthur Conan Doyle, l'écrivain Ecossais a écrit également de très nombreux romans et nouvelles d'inspiration historique, maritime, médicale et autre.

Dans ce recueil trois nouvelles qui démontrent son talent de conteur et sa capacité à se renouveler, quitte à parfois égratigner comme on le verra dans Le Drapeau vert.

 

La première de ces nouvelles, La nouvelle catacombe, nous entraîne en Italie, à Rome. Immisçons-nous subrepticement dans un salon. Deux hommes, deux amis, l'un Anglais, l'autre Allemand, sensiblement du même âge et qui partagent la même passion pour l'archéologie, discutent à propos d'objets que Burger a amené dans un plat en vannerie. Kennedy en déduit immédiatement que Burger vient de découvrir une nouvelle catacombe, et il aimerait en connaître l'endroit. Seulement il est avare pour fournir des renseignements, ce que lui reproche Burger. Alors un compromis est trouvé. Burger lui dévoilera le lieu si Kennedy l'informe de ses relations avec une certaine miss Mary Saunderson.

 

Transportons-nous maintenant avec Slapping-Sal dans les Caraïbes, à bord de La Léda, une frégate anglaise de trente-deux canons, commandée par le capitaine A.F. Johnson. Dans une tempête ils ont perdu de vue Le Didon, vaisseau qui les accompagnait. C'est le moment pour le capitaine de prendre connaissance du pli cacheté qui lui a été remis. Sa mission, s'il l'accepte mais il ne peut pas faire autrement, est de rencontrer la frégate française La Gloire, qui perturbe les activités commerciales du Royaume-Uni, et de mettre fin à ses agissements ainsi qu'à ceux de la Slapping-Sal, un navire pirate qui a non seulement pillé des navires britanniques mais a torturé les équipages. Si l'affrontement entre La Léda et La Gloire est particulièrement mortel pour bon nombre de marins, dans les deux fractions, une alliance inopinée peut faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre, selon l'honneur des participants.

 

Enfin Le drapeau vert nous entraîne d'abord en Irlande puis en Nubie dans les années 1870. Dennis Conolly, malgré la mort de son frère jumeau lors d'un affrontement entre soldats Anglais et fusiliers Irlandais, s'engage sous la bannière britannique. Trop fauché pour s'embarquer vers les Amériques, et la verte Erin devenant trop dangereuse pour lui, il s'enrôle et est avec quelques compatriotes versé dans le bataillon des Royal Mallows. Ce bataillon est destiné à servir à l'étranger, et c'est ainsi que Dennis et ses compagnons se retrouvent en Nubie combattre une alliance conclue entre trois chefs arabes. Le ressentiment des soldats Irlandais envers leurs hiérarchie britannique est vif, une mutinerie est même sur le point de se déclencher, mais un épisode de la bataille va permettre de souder les rangs.

Dans ce dernier texte Sir Arthur Conan Doyle n'est guère respectueux envers la Reine Victoria, dont le nom n'est jamais cité, seulement sous son surnom de la Veuve. Mais le regard qu'il porte envers les combattants résonne quelque peu avec l'actualité :

Assis au milieu des rochers ou couchés à l'ombre, ils regardaient curieusement la colonne [britannique] qui se déployait lentement sous leurs yeux tandis que les femmes,  avec des outres emplies d'eau et des sacs de dhoora, allaient de groupe en groupe, leur récitant aux uns et aux autres les versets de guerre du Coran qui, au moment de la bataille, sont, pour le vrai croyant, plus enivrants que le vin.

Si les aventures de Sherlock Holmes sont très souvent rééditées, il serait bon de ne pas oublier les autres textes, contes, nouvelles et romans, de Conan Doyle, qui offrent toute une palette de plaisirs de lectures.

 

Contient :

La nouvelle catacombe (The New Catacomb - 1898)

Le Slapping-Sal (The Slapping Sal - 1893)

Le drapeau vert (The Green Flag - 1893)

Traductions de Henry Evie. Illustrations de couverture et intérieures de Martin Van Maële

 

Arthur Conan DOYLE : La nouvelle catacombe. Collection Rouge N°27. Société d'Edition et de Publication. Parution vers 1910. 100 pages.

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 15:27

Point final ? Non, points de suspension...

Sylvie HUGUET : Point final.

Ayant déjà assez glosé lors de précédentes chroniques sur les bienfaits procurés par la lecture de nouvelles, je ne reviendrai donc pas dessus, mais me contenterai de vous présenter un nouveau recueil dû à la plume de Sylvie Huguet qui joue aussi bien sur la dérision que l'ironie.

Oh non, vous n'allez pas vous esclaffer, seulement sourire et surtout réfléchir, car de nombreux textes nous renvoient à ce qui nous rassemble, la lecture, et ce qui tourne autour du livre et de l'écrit en général.

L'écrit qui devient le vecteur prônant le droit à la différence, et conduit à des situations absurdes, abracadabrantesques, amenant à imposer sa différence, focalisant des idées, des pensées, confinant à des déclarations qui sont plus ambigües et délétères que ce qu'elles devaient dénoncer à l'origine. Le droit à la différence qui peut tout aussi bien être morale que physique.

Et si l'écrit ne suffit pas, les paroles, des avocats parfois, viennent contrebalancer le pouvoir des mots en s'insinuant dans des approximations et des failles juridiques.

 

Parcourons quelque peu les textes de Sylvie Huguet et arrêtons-nous sur quelques exemples afin de démontrer ce qui a été écrit ci-dessus.

Dans L'Imprévu, deux hommes, deux écrivains, à la vision de leur art totalement différente, s'opposent cordialement. L'un est prolifique et ses succès ne se comptent plus tandis que l'autre est plus effacé, ne rédigeant parfois qu'une ligne par jour et naturellement ses rares ouvrages sont plus confidentiels. Pourtant ils sont d'accord pour dénigrer une partie de leurs confrères ou consœurs, notamment Betty Mariland, connue pour ses voiles froufroutants de mousseline rose, stigmatisant sa production littéraire sentimentale jugée d'une sottise abyssale.

Epreuves met en scène une romancière qui vient de terminer un manuscrit, mais pour que celui-ci soit accepté elle doit corriger les épreuves, quatre fois de suite. A Graphipolis, les Ecrivains détiennent le pouvoir, et le premier devoir de l'Etat est de préserver et d'illustrer la Langue. Seulement se relire, corriger, traquer les fautes d'orthographe, de syntaxe, de vocabulaire, une fois ça va, mais quatre cela devient un pensum, une punition, un calvaire.

Lettre à Voltaire est une épître écrite au philosophe par un agnostique à la fin du XXIe siècle. Les religions monothéistes ont pris l'ascendant sur le droit de ne pas se conformer à une religion ou une autre, la séparation de l'Etat et de l'Eglise ayant été abolie. Et pour vivre, le rédacteur de cette lettre avoue avoir trompé l'Etat en créant une nouvelle religion basée sur le culte d'Apis. Et on ne manquera pas de mettre des noms sur des ministres revendiquer publiquement une foi qu'ils auraient dû garder en leur particulier, s'ils avaient fait leur devoir.

Dans Morte, nous entrons dans ce droit à la différence légalisé. Et ayant opté pour le droit au suicide, est-il possible de revenir sur sa décision ?

De même dans Criminel, le narrateur avoue avoir refusé son pourvoi, d'avoir transformé son procès en tribune, d'avoir scandalisé tout le monde, et d'avoir aggravé son cas au point de le rendre indéfendable. Mais qu'est-ce qui motivait cette posture ?

Dans La Cérémonie, là encore il s'agit de la mort, dans une mise en scène particulière.

Dans ce droit à la différence, le physique importe beaucoup, et Le crime de Ronsard peut nous renvoyer à une situation familiale et politique actuelle, mais qui démontre que lorsque l'on veut dénoncer certains abus, la façon de procéder est plus nuisible que le but recherché. Dans ce texte nous assistons à une séance de mannequinat, mais l'auteure se repose sur une étude de l'HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) et qui mettait en exergue un poème de Ronsard, jetant justement un regard discriminatoire sur un texte et une façon de l'interpréter fallacieuse. Déjà refuser de reconnaître le statut de personnes âgées en les gratifiant de Senior alors qu'en toute logique on devrait parler de Vétérans, comme dans les compétitions sportives, est une forme de discrimination jugée politiquement correcte.

Le handicap physique est aussi abordé dans Le Peuple sourd. Des parents sourds bénéficient de certains avantages, par exemple ne pas subir les éclats de voix des voisins, les bruits de radios dont le volume est poussé au maximum, les pétarades des motos et des voitures. Mais pour autant, tout le monde doit-il devenir sourd pour bénéficier d'un avantage silencieux ?

 

Dix-neuf textes dans lesquels Sylvie Huguet transpose toute son regard vif, acéré, caustique, voire corrosif mais toutefois tout en retenue, afin de dénoncer quelques aberrations dont inconsciemment nous sommes victimes. Bien sûr, comme pour le chercheur qui dans son laboratoire examine au microscope une culture microbienne peut prendre une importance visible, Sylvie grossit les traits, les dysfonctionnements, mais n'est-ce pas le meilleur moyen pour que le lecteur en prenne conscience ?

 

Sommaire :

L'avenir de l'homme

L'imprévu

Epreuves

Lettre à Voltaire

La cérémonie

Morte

Criminel

Le crime de Ronsard

Le peuple sourd

Attention, fleurs méchantes

Au nom du droit

Jurisprudence

Reconversion

Longévité

Les Templiers d'Adam

Des anthropoïdes

Serment

L'héritier

Point final

Sylvie HUGUET : Point final. Recueil de Nouvelles. Collection KholekTh N°33. Editions de La Clef d'Argent. Parution le 5 avril 2017. 138 pages. 9,00€.

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 05:39

Billie, je suis morgane de toi...

Joolz DENBY : Billie Morgan

En préambule de cet ouvrage, cette petite phrase donne le ton :

Ce récit constitue mes mémoires; la vérité, telle qu'elle existe dans mon souvenir.

Et la reviviscence des épisodes malheureux de la jeunesse de Billie Morgan, la narratrice, s'inscrit plus comme un récit, quasiment autobiographique, que comme un roman. D'ailleurs ce mot, Roman, n'est jamais écrit, aussi bien en couverture du livre qu'à l'intérieur.

Et plusieurs pistes peuvent laisser supposer qu'il s'agit d'une histoire réelle, vécue, prégnante dans une mémoire toujours vive. Ainsi le premier chapitre débute par : A vrai dire, je ne sais pas pourquoi je fais ça. Pourquoi j'écris ces mots, pourquoi j'immortalise cette histoire à la con en noir et blanc, en caractères Times New Roman taille 14. Peut-être ai-je besoin de me confesser, comme on le fait dans les mauvais films.

Plus loin, l'auteure ou la narratrice, l'une étant la copie de l'autre, complète son propos par ces mots : Ah, ah, et ça me fait encore mal maintenant, alors que j'écris ce... cette... je ne sais pas ce que c'est. Cette histoire ? Cette confession ? Ce journal ? Ça fait mal et des larmes s'écrasent sur le clavier alors que je martèle les touches d'un seul doigt, le cœur gros.

Oui, le lecteur a l'impression indicible de pénétrer dans un univers non fictionnesque, dans une confession qui peut mener à une rédemption, une expiation, un vomissement d'une enfance et d'une adolescence marquée par une ambiance matriarcale lourde et dénuée d'amour, dans une ville de la province anglaise, Bradford dans le Yorkshire.

Billie n'a quasiment pas connu son père parti avec une autre femme alors qu'elle n'avait que cinq ans et décédé quand elle en avait neuf. Elle a été élevée par sa mère, Jen sa sœur plus âgée qu'elle de huit ans et Liz l'amie de sa mère, qui habitait dans un autre appartement mais était quasiment tout le temps fourrée chez elles.

Son père était une référence, normal pour une petite fille qui cherche des repères, mais sa mère s'ingéniait à briser toute tentative de rapprochement. Billie écrivait des lettres qui aussitôt étaient déchirées par sa génitrice. C'est dans cette atmosphère délétère que Billie a grandi, timide et rebelle à la fois, cherchant à se démarquer et à trouver sa voie. Avec ses copines d'école, c'est presque à qui se maquillerait le plus outrageusement, à porterait des vêtements qui, pour l'époque, choquaient les bonnes âmes, tandis que de nos jours être affublés de pantalons savamment balafrés est pratiquement une mise obligatoire, pour les jeunes s'entend.

C'était l'époque, fin des années 1960, de la libération sexuelle. Mais pas pour tout le monde. En fait, la pilule n'a pas libéré les femmes, mais plutôt les mecs. Ça voulait dire qu'ils n'avaient plus à se soucier de mettre une nana en cloque. C'était sa responsabilité à elle. Et ils ne vous demandaient jamais si vous la preniez, non, pour eux c'était un fait acquis, parce qu'en ce temps là, on ne posait pas ce genre de question, c'était gênant.

C'était l'époque aussi où Billie a commencé, non pas à faire l'amour, il n'en était pas question, mais à ressentir le besoin d'émancipation. Elle est inconsciente et commence à fréquenter les pubs mal famés, pour faire comme ses copines. En mieux si possible et elle se laisse entraîner à devenir porteuse de drogue. Elle-même en use mais si elle accepte de devenir transporteuse de trips, c'est dans la secrète intention d'être acceptée par les Grandes Personnes. Elle aurait fait n'importe quoi.

Elle fait la connaissance de Terry, peut-être le plus malsain de ses fréquentations, et il la viole. Mais elle préfère cacher sa honte et sa peine et si elle se détourne d'une partie de son entourage, elle tombe amoureuse de Mike, un motard qui essaie d'intégrer une bande comparable aux Hell's Angels, les Devil's Own. Ils vont même finir par se marier, dans l'indifférence générale de la famille.

Billie suit des cours aux Beaux-arts, sa passion c'est le dessin, et elle se débrouille bien. Mais un soir que Billie est en manque elle demande à Micky de faire quelque chose. Il y a bien une solution, se rendre chez Terry, qui habite dans une bâtisse située dans un lotissement promis à la démolition. Micky n'est pas en forme, pourtant il accepte de l'accompagner. C'est le drame.

Terry vivait avec Jasmine, une paumée nantie d'un gamin dont il était le mère, Natty. Et Billie va s'occuper de Jas et de Natty. Les années passent et Natty monte en graine, Tata Billie étant son phare, son refuge, son repère. Billie est devenue boutiquière, avec Leckie, qui est également sa meilleure amie. Jusqu'au jour où Natty tombe sur un article journalistique, avec photos en première page, qui s'interroge sur le devenir de personnes disparues. Et Terry y figure en première page. Natty est persuadé qu'il va retrouver son père dont personne n'a plus entendu parler depuis des années.

 

Un livre prenant, dérangeant, pudique, dans lequel Billie se dévoile, intimement, dans fard.

J'ai été quelqu'un de violent. Je n'ai jamais prétendu le contraire. Etant donné que c'est moi qui écrit cette confession, j'imagine que je pourrais me donner le beau rôle. Si je le souhaitais, je pourrais me présenter comme une mère Teresa bis. Je pourrais justifier tout ce que j'ai fait, tracer le portrait idyllique d'une pauvre demoiselle qui a fricoté avec des gens qu'elle aurait pu éviter et... Mais ce n'est pas là mon but. Ce que je veux, c'est dire la vérité.

Et cette vérité, elle s'étale sur le papier, en forme de rémission, peut-être pour l'édification des lecteurs, mais surtout avec l'espérance d'apaiser, de soulager.

Le lecteur ne peut s'empêcher de vibrer à cette histoire, et pour les plus anciens, il retrouvera une époque, celle qui paraît aujourd'hui comme une incursion dans la liberté, dans l'insouciance, dans une forme de délivrance, mais qui n'est qu'un épisode où les hippies prônaient l'amour, mais qui étaient aussi entourés de haine. La drogue, l'alcool, le refus des convenances, étaient comme un soufflet jeté à la figure des personnes campées dans des certitudes morales, religieuses, ancrées dans une époque qui désirait se débarrasser d'un carcan.

Une évocation sans complaisance de la société anglaise des années 1970, période que l'auteure a bien connue puisque Joolz Denby, de son vrai nom Julianne Mumford, est née en 1955. Poétesse, romancière, artiste peintre et photographe, tatoueuse professionnelle, personnalité de la scène punk anglaise depuis les années 1980, elle vit à Bradford, autant d'éléments qui se rattachent à son personnage de Billie Morgan.

Joolz Denby en 2006

Joolz Denby en 2006

Joolz DENBY : Billie Morgan (Billie Morgan - 2004. Traduction de Thomas Bauduret). Editions du Rocher. Parution le 26 avril 2017. 392 pages. 21,90€.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 05:33

Huître ou ne pas huître, telle est la question !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon

Obligé d'assister à un séminaire pour justifier une promotion, Georges Dupin apprécie durant sa pause les évolutions des manchots dans l'enceinte de l'Océanopolis de Brest. Il traîne des pieds, rechignant à rentrer dans le centre des séminaires lorsque son téléphone vient le perturber, comme d'habitude.

En réalité, il est plutôt content car la nouvelle que lui transmet Labat, l'un de ses inspecteurs, va lui permettre d'échapper à cette corvée. Un homme a été retrouvé allongé près du parking d'un restaurant de Port Bélon, couvert de sang. C'est une vieille dame qui a aperçu le cadavre et elle a immédiatement prévenu la gendarmerie de Riec-sur-Bélon.

Le problème se pose lorsque les autorités arrivent sur place : il n'y a plus de cadavre ! Envolé l'inconnu ! Dupin se rend donc à Port Bélon où il rencontre la vieille dame, qui n'est pas indigne, qui a, la première et apparemment la seule, aperçu le corps volatilisé.

Qu'elle n'est pas la stupéfaction de Dupin, et son immense plaisir, de rencontrer une de ses idoles de cinéma, la belle et talentueuse Sophie Bandol. D'accord, elle n'est plus aussi fringante que dans sa jeunesse, mais avec ses quatre-vingts printemps, c'est toujours une femme agréable avec laquelle il fait bon discuter. Malheureusement elle commence à perdre la mémoire, et elle ne se souvient plus très bien des détails.

Une double déception pour Dupin qui attendait plus de cette rencontre. D'autant que Sophie Bandol n'est pas Sophie Bandol, mais sa sœur jumelle, Armandine, créatrice de mode. Et à part un ou deux amis proches, tout le monde dans la région est persuadé qu'il s'agit de Sophie. Et Zizou n'est pas là pour confirmer ou infirmer. Zizou c'est le chien de Sophie, enfin je veux dire Armandine.

Un autre cadavre est découvert dans les Monts d'Arrée, et l'identification est rapidement effectuée. Il s'agit d'un Ecossais qui possède dans son village une huitrière et sur le bras un tatouage représentant le Tribann, symbole d'une association druidique. C'est un mideste pêcheur qui effectue les saisons à Riec et Port Bélon. Ce pourrait-il qu'une corrélation exista entre les deux cadavres, et surtout qu'un rapport pourrait être établi avec les producteurs et affineurs bretons de Riec-sur-Bélon de ces délicieux mollusques.

A moins que, d'autres possibilités s'offrent au commissaire et à ses deux adjoints, Le Ber et Labat. Le Ber s'est entiché depuis quelques temps de culture bretonne mais surtout celtique et il est incollable sur les légendes, les diverses traditions, les associations druidiques existantes dont d'ailleurs font parties quelques membres de la profession ostréicole locale. Nolwenn, la précieuse assistante de Dupin, est elle aussi une adepte de la celtitude qui passionne bon nombre de finistériens. Quant à Labat, il est plus terre à terre, s'inquiétant des ravages que peuvent provoquer des voleurs de sable sur les côtes du sud Bretagne. Pas les vacanciers avec leurs petites pelles et leurs petits seaux. Non des industriels qui pillent l'estran la nuit avec des camions, et qui revendent leur manne aux constructeurs peu délicats. Et Labat risque de s'enliser dans cette affaire qu'il mène en solitaire.

Tiraillé entre trois potentialités, Dupin mène son enquête entre Riec et Port Bélon, les Monts d'Arrée, et Concarneau, son fief, enquête qui s'étant jusqu'à Cancale et en Ecosse, voire jusqu'à Quimper, mais pour des raisons non professionnelles. Car sa Claire, sa fine de Claire, a décidé de quitter la région parisienne et elle vient de trouver une place en cardiologie à l'hôpital de Quimper.

Outre Nolwenn et ses deux assistants, Dupin va devoir composer avec les autorités locales et les légistes. Et comme dans toutes relations professionnelles il existe des atomes crochus ou pas, ce qui n'entrave pas l'enquête, ou peu. Et surtout il doit subir les acrimonies du Préfet, qui s'emporte vite et a tendance à récupérer les lauriers récoltés par Dupin pour s'en coiffer.

De très nombreux animaux jouent les personnages secondaires : des manchots, un requin pèlerin, une oie grise, un chien nommé Zizou, des fruits de mer en abondance et surtout des huîtres, que Dupin déteste cordialement et qu'il ne mange jamais à cause d'une forme d'appréhension non contrôlée.

C'est surtout l'occasion pour Jean-Luc Bannalec, qui n'est pas Celte mais Allemand, de son vrai nom Jörg Bong, de s'étendre longuement sur les aspects touristiques, de décrire la région, de développer les racines de certains us et coutumes bretons et plus précisément celtes en concordance avec les puristes qui ne reconnaissent que six régions celtiques, c'est à dire, l'Ecosse, l'Irlande, le Pays de Galle, l'île de Man, la Cornouaille et la Bretagne. Il s'intéresse également à l'histoire et à la culture de l'huître et aux maladies qui ravagent actuellement les naissains, au grand dam des ostréiculteurs et par voie de conséquence des dégustateurs. Un roman pédagogique qui sera peut-être superflu pour des Bretons, quoique, mais présente de façon attractive cette province du bout de la terre aux touristes et à ces compatriotes teutons qui s'arrachent ses romans.

Ce suspense est à rapprocher des ouvrages façon Agatha Christie, et d'ailleurs Armandine Bandol ne manque pas de déclarer à Dupin : Vous êtes un véritable détective. Peut-être pas aussi bon qu'Hercule Poirot, mais vous vous débrouillez. Vous aller éclaircir ce mystère !

Jean-Luc BANNALEC : L'inconnu de Port Bélon (Bretonisches Stolz - 2014. Traduction par Amélie de Maupeou). Une enquête du commissaire Dupin. Collection Terres de France. Editions des Presses de la Cité. Parution 13 avril 2017.464 pages. 21,00€.

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