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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 13:31

Une histoire mi-ange mi-démon...

Michel PAGEL : Les Antipodes. La Comédie inhumaine N°5.

La comédie inhumaine de Michel Pagel est un vaste cycle de 8 volumes proposé par les Moutons électriques en version papier, reliés, toilés, sous jaquette, mais dont l'ensemble est indissociable au prix de 220€ et dont le tirage est limité à 299 exemplaires. Mais comme tout le monde ne peut acquérir cette version de luxe, les Moutons électriques proposent également ces textes en version numérique en attendant une version papier (?) moins onéreuse pour le lecteur qui ne possède pas l'âme d'un collectionneur mais celle d'un affamé de lecture.

Les deux romans qui composent ce volume 5 ont été publiés pour la première fois aux éditions Fleuve Noir dans la collection Anticipation et s'intègrent dans une vaste saga qui se lit indépendamment mais possède des points de convergence comme souligné en fin d'article.

 

L'antre du serpent :

L'histoire est un éternel recommencement, dit-on. Et c'est d'après cet aphorisme que Michel Pagel a imaginé cette histoire d'inspiration biblique. Jennifer qui a survécu à un naufrage près de l'Ile d'Yeu, naufrage raconté dans la nouvelle L'Ile des Révélations dans le recueil Désirs Cruels paru dans la même collection (Anticipation N°1725), Jennifer a décidé de renoncer à sa vie de nomade et de retourner à la vie civile.

Elle a vingt et un ans et vit avec Arthur de trois ans son cadet. Si elle ne croit plus en sa vocation de religieuse, elle possède néanmoins la foi.

Un matin alors qu'elle se recueille dans une église, assistant à une messe basse, un jeune homme l'interpelle. Il s'agit de l'ange Gabriel qui lui confie qu'elle a été choisie pour enfanter le Fils de Dieu. Le monde a besoin d'un nouveau Sauveur.

Enfermé depuis près de deux mille ans aux Enfers, Satan a réussi à s'échapper de sa prison et pis, à prodiguer lui aussi sa semence. Une libération et un acte qui risquent de remettre en cause l'équilibre du monde, des forces du Bien et du Mal.

Investie de cette mission, Jennifer, ex Sœur Marie-Ange, malgré les contraceptifs, tombe enceinte. Pendant ce temps à l’hôpital, Anne Doleau vient de subir une IVG, c'est à dire en langage décrypté, une interruption volontaire de grossesse. A l'étonnement du médecin et à la grande fureur de la jeune femme, l'intervention s'est révélée inefficace. Anne est toujours enceinte des œuvres de Lucifer qui a pris les traits d'un industriel, Julien Nomade.

De retour chez elle Anne tente de se suicider mais elle est sauvée par Jo Vannier un ancien catcheur garde du corps de l'industriel. Nomade décide alors de la conduire en Vendée et de la faire surveiller afin qu'elle ne renouvelle pas son acte suicidaire. C'est qu'il y tient à son petit Diable. Mais un nouveau problème se présente à lui lorsqu'il apprend que Dieu lui a joué un mauvais tour en le contrant de la même manière.

Une parturiente primipare attend un sauveur qui sera prénommé Emmanuel.

Dans un style sobre et onirique, Michel Pagel a écrit un roman savoureux, mais en aucun cas choquant, irrespectueux ou risquant de blesser les lecteurs chrétiens. Il a simplement extrapolé sur un fait qui pourrait après tout, rien n'empêche de le croire, arriver un jour. A moins que cela ne soit déjà arrivé.

Michel PAGEL : L'antre du serpent. Les Antipodes, N°1. Collection Anticipation N°1794. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1990. 192 pages.

Michel PAGEL : L'antre du serpent. Les Antipodes, N°1. Collection Anticipation N°1794. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1990. 192 pages.

 

Le refuge de l'Agneau.

Anne Doleau qui n'acceptait pas l'idée de donner naissance au fils de Lucifer, à un petit Diable dont rien ne pouvait laisser supposer qu'il fut bon un jour, Anne Doleau s'est défenestrée dans la propriété de Vendée où pourtant elle était surveillée. Mais on a beau s'appeler Lucifer, on ne peut pas tout prévoir semble-t-il.

Heureusement pour lui, et pour l'histoire, Lucifer avait sous la main une femme de rechange, Diane, la propriétaire de cette grande maison bourgeoise à l'abandon.

Marilith, la succube un peu à l'origine de la disparition prématurée d'Anne Doleau, est prévenue. A la première faute de sa part, elle retourne en Enfer. Dassin, un tueur professionnel recruté par Julien Nomade, alias Lucifer, est chargé de supprimer Jennifer, qui je vous le rappelle attend un petit Emmanuel, réincarnation de Jésus Christ Bis. Mais Dassin qui connaît la jeune femme et l'estime, refuse le contrat et au contraire aide Jennifer et son ami Arthur à échapper aux griffes du Diable. Il va même jusqu’à obtenir l'aide d'un exorciste occultiste.

Au début celui-ci est réticent mais bien vite se prend au jeu. Lucifer voudrait bien contrer Dassin voyant que celui-ci va à l'encontre de ses projets, mais le tueur est athée, agnostique, ce qui fait que rien n'a prise sur lui. Ni les séances d'hypnose, ni les manipulations diaboliques de toute sorte.

Le final, de toute beauté, est apocalyptique ou presque. Sachez simplement qu'il a pour cadre le couvent où Jennifer devait rester cloîtrée jusqu'à la fin de ses jours et que le destin, malin et peut-être prévoyant, lui avait permis de quitter.

 

La plupart des personnages de ce roman en deux volumes ne sont pas des inconnus pour les lecteurs fidèles de la collection Fleuve Noir Anticipation et de Michel Pagel. En effet on a pu faire leur connaissance dans la nouvelle L'Ile des Révélations dans le recueil Désirs Cruels (Anticipation n°1725) et dans le roman Le Diable à quatre (Anticipation N°1657). Après la Science-fiction, l'anticipation, le fantastique et l'héroïcfantasy, voici un nouveau genre : La Fantasy Biblique. D'ailleurs tous ceux qui connaissent bien la Bible seront d'accord avec moi : certains passages de l'Ancien et du Nouveau Testament relèvent du fantastique le plus débridé.

Michel PAGEL : Le refuge de l'Agneau, Les Antipodes N°2. Collection Anticipation N°1801. Editions Fleuve Noir. Parution février 1991. 194 pages.

Michel PAGEL : Le refuge de l'Agneau, Les Antipodes N°2. Collection Anticipation N°1801. Editions Fleuve Noir. Parution février 1991. 194 pages.

Pour tous renseignements sur cette édition, un éditeur, un lien :

Quelques ouvrages de Michel Pagel chroniqués sur ce blog :

Michel PAGEL : Les Antipodes. La Comédie inhumaine N°5. Collection Bibliothèque Voltaïque. Les Moutons électriques éditeur. Parution Octobre 2016. Version numérique. 7,99€.

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 10:25

L'humour n'est pas l'épée mais le bouclier...

J.J. MURPHY : Le cercle des plumes assassines

C'est ce que déclare Dorothy Parker au capitaine Church qui lui reproche ses singeries et ses clowneries journalistiques, ou tout simplement dans ses réparties incisives avec ses interlocuteurs.

Mais pourquoi Dorothy Parker s'exprime-t-elle ainsi face à un policier ? Pour trois fois rien, juste un cadavre sous une table.

En effet, alors que la célèbre journaliste et poétesse s'apprête à s'installer à la table où elle déjeune tous les midis en compagnie de confrères et amis (?), elle découvre des pieds qui dépassent de sous la nappe. Les pieds appartiennent à un inconnu qui ne s'est pas enivré, qui ne dort pas non plus, mais qui est mort.

Pour une fois qu'elle pensait être en avance Dorothy Parker est dans de beaux draps, ou plutôt de belles nappes. Mais où sont les autres convives habituels ? se demande-t-elle à juste raison. Dans le hall de l'hôtel Algonquin, où elle réside, c'est l'effervescence. Alors qu'elle aperçoit Robert Benchley, qui travaille également en tant que journaliste comme elle au Vanity Fair, le seul des compagnons qu'elle apprécie vraiment, un jeune homme l'aborde. Il se prétend écrivain, venant du Mississippi, et lui demande humblement de bien vouloir jeter un œil, et même les deux, sur une poignée de feuilles qu'il lui tend. Il se nomme William Faulkner et est tout tremblant, d'abord de pouvoir enfin rencontrer la célèbre journaliste, ensuite parce qu'il a une envie pressante.

Dorothy Parker narre son aventure à Benchley, sa découverte de l'inconnu assassiné à l'aide d'une stylo-plume planté en plein cœur. Les autres participants au gueuleton quotidien, Dorothy en général se contente d'un œuf dur, arrivent peu à peu, et elle les présente à son nouveau protégé. Sherwood, qui travaille lui-aussi à Vanity Fair, Woollcot, critique d'art au New York Times, Benchley en profite pour signaler qu'il préfère qu'on l'appelle Woolcoït, petite digression de ma part mais qui démontre l'esprit facétieux qui anime Miss Parker et Mister Benchley, puis les autres, que l'on retrouvera d'ailleurs tout au long du roman. Enfin surgit l'inspecteur O'Rannigan, rapidement surnommé Ouragan, et autres petits surnoms tout autant agréables, qui veut connaître l'identité de tous ceux qui siègent dans le hall. Faulkner est présenté comme William Teckel, alias qui ne le quittera pas ou presque.

Seulement William Faulker, déambulant dans le hall en attendant la chroniqueuse, a attiré l'attention d'un serveur, et l'inspecteur O'Rannigan soupçonne immédiatement le futur Prix Nobel de Littérature d'être un possible coupable. Benchley reconnait en le défunt Leland Mayflower, journaliste et chroniqueur de théâtre au Knickerbocker News. Un journal à scandales fort peu prisé des journalistes mais apprécié du peuple qui trouve dans ses colonnes pâture à alimenter les rumeurs. Battersby, le directeur et propriétaire du Knickerbocker, prend la relève de son collaborateur, et est toujours fourré entre les jambes (c'est une image) des membres de la petite troupe.

Commence alors une sorte de chassé-croisé entre Dorothy Parker, qui a pris sous son aile le jeune Faulkner alias Teckel pour tous, et Benchley, d'une part, et O'Rannigan et le capitaine Church d'autre part, et, voyageant comme une bille de flipper entre les uns et les autres, Battersby toujours à l'affût d'une information croustillante.

 

Cavales en taxi, jeu de cache-cache, descente non contrôlée d'alcool dans un speakeasy, et tentatives d'assassinat ponctuent ce roman course-poursuite contre le temps. D'ailleurs on le sait, pour les journalistes c'est toujours la corde raide avec le bouclage des journaux.

Le lecteur suit toutes ces péripéties avec l'impression d'être dans un film au rythme échevelé, noir et blanc bien entendu, mais pas muet, car les bons mots fusent même dans les cas les plus graves, voire dramatiques.

La reconstitution d'une époque, celle de la prohibition ce qui n'empêche pas les protagonistes de déguster des liquides illicites, soit dans les bars pas forcément clandestins soit grâce aux flasques qu'ils trimballent en permanence dans leurs poches. Et l'on rencontre au détour d'un ascenseur des personnages connus, Jack Dempsey par exemple. Quant au final, il restera... imprimé sur les rétines des lecteurs !

 

Les bons mots, qui souvent ne sont que des répliques acrimonieuses enveloppées d'humour, se télescopent, grâce à la verve de Dorothy Parker et de son complice Benchley, et que souvent l'inspecteur O'Rannigan ne comprend pas. Mais il est vrai qu'il est quelque peu limité culturellement. Et derrière tout ça, règne encore le spectre de la guerre de 14-18, que quelques personnages ont connu pour y avoir participer sur le front européen.

Les rendez-vous quotidiens à la Table Ronde de l'hôtel Algonquin, le Cercle des Vicieux comme aime à surnommer ces réunions Dorothy Parker dans l'ouvrage, se sont réellement déroulés, mais pas dans les conditions décrites par l'auteur, comme d'ailleurs cela est précisé en postface. La plupart des protagonistes ont eux aussi réellement existés et l'amitié et les antagonismes prévalaient comme dans toute bonne assemblée qui se fait concurrence. Cet ensemble d'actions parfois surréalistes, farfelues, dangereuses, possède un petit air suranné que l'on ne trouve plus guère dans les romans de littérature policière de nos jours, et c'est dommage, et souvent j'ai eu l'impression d'être plongé dans un roman de P.G. Wodehouse, avec un petit côté Incorruptibles.

- Et ne cessez pas de lire. Moi, en tant qu'écrivain, j'adore ça.
- Moi aussi. Qu'aimez-vous lire en particulier ?
- Une signature au bas d'un chèque. Dommage que ça n'arrive pas plus souvent.

Première édition : Editions Baker Street. Parution le 02 avril 2015.

Première édition : Editions Baker Street. Parution le 02 avril 2015.

J.J. MURPHY : Le cercle des plumes assassines (Murder your darlings - 2011. Traduction de Hélène Collon). Réédition Folio Policier N°813. Parution 20 octobre 2016. 432 pages. 8,20€.

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 09:54

Aujourd'hui, fête de tous les saints, une pensée particulière pour les bibliothécaires avec Saint Laurent.

L. R. WRIGHT : Le suspect

A Sechelt, comme dans tous les autres villages qui parsèment la Côte du Soleil dans l’île de Vancouver, la police montée canadienne n’a qu’une activité assez restreinte.

Un meurtre sur la personne d’un vieux monsieur solitaire, voilà de quoi rompre la monotonie du commissariat et détourner l’esprit du brigadier Karl Alberg de ses soucis affectifs et domestiques.

Qui a pu tuer Carlyle Burke et pour quels motifs ? Le seul qui pourrait donner les réponses à ces questions et à quelques autres, est George Wilcox, son beau-frère, l’assassin.

A quatre-vingts ans, George, veuf depuis quelques mois, pacifiste convaincu, vient de perdre la tête sous les sarcasmes de Carlyle. Alors, il a tué l’homme envers qui il ressentait depuis des années une profonde aversion, pour ne pas dire une haine féroce.

George ne se dénonce pas aussitôt à la police, car ni le remords, ni la satisfaction d’avoir perpétré son acte ne le taraudent. Et puis qui s’occuperait de son jardin s’il allait en prison ?

Le brigadier, peu à peu, cristallise ses soupçons sur le vieillard qui ne démord pas de ses allégations : il a découvert le corps et appelé la police, un point c’est tout.

Le passé de la victime recoupe celui du suspect, de quoi apporter de l’eau au moulin des convictions de Karl. Mais il faut des preuves pour accuser. Entre les deux hommes jouant au chat et à la souris, s’érige en arbitre Cassandra, bibliothécaire de son état.

Elle a fait la connaissance de Karl grâce à une petite annonce. Quant à George, elle le connaît bien comme assidu de la bibliothèque qu’elle dirige. Or, ce dernier lui confie son envie de quitter Sechelt et lui avoue impunément avoir occis Carlyle. La bibliothécaire se retrouve déchirée, coincée entre les deux hommes.

Karl découvre dans la cabane de jardin de Burke un coffret contenant de vieilles lettres et finit par comprendre que, si George a assassiné son beau-frère, c’est parce que celui-ci l’avait poussé à bout. Mais s’il possède le scénario, il lui manque les motivations.

 

Si, dès le premier chapitre, le lecteur connaît le nom de l’assassin, son attention et l’intérêt de l’histoire ne s’en trouvent pas pour autant dévalorisés.

Car, outre les motifs qui ont amené George à commettre ce meurtre et à ne pas se dénoncer, le long cheminement du policier à la recherche du coupable sont décrits d’une façon subtile.

Sans utilisation de violence inutile, la Canadienne L.R. Wright, qui se place entre Ruth Rendell et Mary Higgins Clark, joue plus sur l’angoisse, l’appréhension, l’oppression qui imprègnent cette enquête. Ce qui n’exclut pas les notes d’humour parsemant ce roman qui renouvelle le système du ménage à trois.

La trinité ici n’a rien d’un marivaudage, pourtant, entre l’assassin et le policier, la femme joue un rôle d’arbitre et de régulateur de tension. Un arbitre, malheureusement pas toujours très objectif, mais entre l’amour et l’affection, il existe un grand fossé à combler.

Karl l’apprend à ses dépens, car l’avenir qu’envisageait la bibliothécaire avec lui, timidement certes, se fissure. Et l’on se réfère plus à l’amitié et à l’affection qu’à l’amour, ce dernier sentiment étant peut-être plus difficile à discerner malgré le coup de foudre trompeur et l’attirance physique.

Réédition Le Point N° 612. 1993

Réédition Le Point N° 612. 1993

L. R. WRIGHT : Le suspect (The suspect - 1985. Traduction de Robert Pépin. Le Seuil Policiers. Editions du Seuil. Parution 30 mai 1991. 252 pages. 15,30€.

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 13:54

Hommage à Henry Reymond Fitzwalter Keating, né le 31 octobre 1926.

H.R.F. KEATING : Un cadavre dans la salle de billard

Un romancier qui s'intéresse un peu trop aux faits et gestes d'un policier et chante les louanges du dit représentant de l'ordre et de la loi parce qu'il a mené à bien une enquête sur un viol et un meurtre, cela peut avoir ses bons côtés mais générer également des inconvénients.

Inconvénients qui frappent le pauvre inspecteur Ghote de Bombay, sollicité par un personnage influent et important de Ootacamund, une station d'hiver sise à plus de mille kilomètres au sud de Bombay dans les Nilgiris Hills.

Dans cette charmante ville, plus familière appelée Ooty, l'atmosphère, l'ambiance et les habitudes sont restées presque religieusement imprégnées de la domination et de la culture britannique.

Un endroit frais, trop frais pour Ghote habitué à la chaleur lourde de Bomba, un endroit vert comme une campagne anglaise, où l'on peut jouer au golf et au billard.

C'est d'ailleurs sur une table de billard que le cadavre d'un employé du club, vénérable institution de la fière Albion, a été découvert. Pour l'officier de police local, ce meurtre ne peut avoir été perpétré que par un dacoït, un voleur. D'ailleurs la blessure mortelle n'a-t-elle point été portée à l'aide d'une fine lame comme celle des dacoïts ?

Et toute l'argenterie, les coupes gagnées depuis des dizaines d'années lors de compétitions n'ont-elles point disparu ?

Pour Surinder Mehta, ex-ambassadeur, titulaire de la Military Cross et qui a expressément demandé à ce que Ghote s'empare de cette affaire, ce ne peut être que l'œuvre d'un des membres de ce club. Soit cinq personnes, six ou sept au grand maximum, en comptant le secrétaire adjoint et le secrétaire, le commandant Bell.

Qui de la Maharani voluptueuse et de son infidèle mari le Maharadja de Pra Tapgadh, de la typique représentante britannique Mistress Lucy Trailing, une veuve accompagnée en permanence d'un sac à ouvrage d'où dépassent de fines aiguilles à tricoter, de Monsieur Gogbole, un universitaire lecteur impénitent muni d'un coupe-papier, et de Monsieur Ali Akbar Habidullah, un musulman cadre en retraite des chemins de fer, qui a pu en vouloir ou céder au chantage du marqueur de points au billard ?

Ghote est un peu dépassé par les événements, d'autant plus que son mentor aimerait le voir agir et réagir à la façon des grands détectives, Hercule Poirot et Sherlock Holmes en tête.

Si Ghote parvient à démasquer le coupable, c'est plus grâce à un éclair de génie, à une intense réflexion, et à l'usage du yoga, que de la détection pure et simple.

Quoique l'accumulation de coïncidences et un parallèle avec les préceptes enseignés par Hercule Poirot ne soient pas négligeables dans l'accomplissement de cette enquête.

Ce roman à l'humour léger, vaporeux et subtil, est le deuxième roman traduit en France, le premier étant Pas d'enquêtes sans casser d'œufs paru en 1983 dans la collection Littérature Policière dirigée par Maurice-Bernard Endrèbe.

Nous retrouverons ce personnage sympathique et émouvant, naïf même dans sa gaucherie, son désir de bien faire et de ne pas brusquer ses interlocuteurs dans de nouvelles aventures dans la même collection chez Fayard, dont L'inspecteur Ghote en Californie.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°9554. 1992.

Réédition Le Livre de Poche Policier N°9554. 1992.

H.R.F. KEATING : Un cadavre dans la salle de billard (The body in the billard room - 1987. Traduction de Denise Meunier). Parution novembre 1990.

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 07:43

Les scènes de Q dans un roman policier, c'est comme le piment d'Espelette dans une préparation culinaire. Ce n'est pas indispensable, mais ça relève le goût !

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Trois romans composent ce recueil qui annonce la donne, puisqu'il s'agit de rééditions d'ouvrages publiés au début des années 1980 dans la sulfureuse collection La Brigandine. Brigandine qui avait été précédée par Bébé Noir, lequel Bébé n'eut l'heur de vivre que le temps de vingt-huit publications, la censure passant par là. La Brigandine connut plus de chance puisque cent-vingt-quatre titres sont inscrits à son catalogue qui circule sous le manteau.

Pourtant de nombreuses petites perles sont ainsi éditées, dues à des auteurs cachés sous pseudonymes (parfois un seul auteur pur trois ou quatre alias). Et c'est Gallimard qui sous-traitait ces deux collections puisque qu'elle naquirent chez Henry Veyrier, éditeur qui appartenait au groupe SODIS. Ne cherchez pas l'erreur, il n'y en a pas.

Avec des titres réjouissants, en forme de clin d'œil, des titres potaches selon Olivier Bailly, le préfacier de la précédente livraison chez La Musardine, Trois romans érotiques de La Brigandine, une idée dont s'est peut-être inspiré Jean-Bernard Pouy pour les romans dédiés au Poulpe.

Trois romans composent donc ce recueil avec un petit bonus. Les véritables auteurs ont rédigé une sorte de préface à leur roman, préface qu'ils signent de leur véritable patronyme, que je ne vous dévoilerai pas ici, l'un des petits plaisirs de cette réédition résidant justement dans ces levées de secrets. Secrets qui ne l'étaient pas ou plus pour les amateurs de littérature populaire érotique. Disons que l'un d'eux a écrit un Série Noire.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Francis Lotka : Des hommes sans cible. 1980.

Journaliste pigiste, Nicolas Vincent passe plus de temps à draguer les jolies filles et à écluser quelques bonnes bouteilles qu'à chercher des sujets d'articles. Ce jour-là, quand il se pointe au bureau du magazine, cela fait trois semaines qu'il n'a pas mis les pieds dans son bureau et, évidemment, son rédacteur en chef n'est guère satisfait, c'est le moins qu'on puisse dire, de ses prestations manquées. Et pas le moindre chèque à se mettre sur un compte en banque en berne.

Son collègue et ami, Roland Minois, lui suggère un projet d'article. C'est par hasard que lui est venue l'idée de cet article en rencontrant une ancienne du lycée Chaptal. Que sont devenus les anciens de sa classe quinze ans après ? Minois en a déjà repéré un. Il s'est fait buter dans son bateau alors qu'il batifolait en compagnie d'une jeune fille, à l'insu de sa femme.

Et c'est comme ça que tout débute, ou presque. Nicolas Vincent va aller de surprises en surprises, compter les morts et les disparus. Car dans l'ombre, quelqu'un secoue l'encensoir.

Heureusement, Nicolas Vincent, et les autres protagonistes, dont on fait la connaissance avant et après l'apparition du journaliste, profite de quelques pages et plages de détente charnelle, description à l'appui.

Joyeux, enlevé, ce conte, pas vraiment moralisateur, quoique, nous propose de gentilles parties fines, mais anticipe le système de recherche d'anciens élèves, genre Les copains d'avant, qui lui ne fut créé qu'en 2001. Alors en avance sur son temps Francis Lotka ? On pourrait le penser, et même imaginer que les créateurs de ce réseau social pourraient en avoir eu l'idée en lisant ce roman.

 

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Hurl Barbe : Pompe le mousse. 1982.

Pensionnaires dans un institut privé catholique de province, Juliette et Alice sont deux sœurs, de dix-neuf et dix-huit ans, qui aiment se faire du plaisir. Elles ont été à bonne école grâce à la mère supérieure et dispensent leur savoir et leur expérience à leurs condisciples. Elles sont jeunes, belles, issues du même géniteur mais pas du même moule utérin, naïves et dévergondées.

Malheureusement leur père s'est suicidé, ce qui ne les chagrine guère, à la suite d'une banqueroute, et elles sont chassées de l'internat, puisqu'elles ne pourront plus payer leur séjour et l'enseignement prodigué, officiellement et officieusement.

Les voilà sur la route et les rencontres sont nombreuses, et charnelles. Le covoiturage n'est pas gratuit. Arrivées à Paris le 10 mai 1968, elle se trouvent prises en sandwich entre les étudiants en colère et le policiers déguisés. Elles ne savent pas que ce sont des hommes chargés de réprimer les manifestations, et comme elles ne connaissent pas, elles préfèrent accorder leurs faveurs aux étudiants, qui sont nettement plus membrés que les forces de l'ordre malgré les bâtons dont ceux-ci disposent.

Puis c'est un nouveau départ vers le sud de la France et en cours de route elles sont prises en stop par un Italien libidineux qui les emmènent dans son château. Le castel n'est pas celui de la Belle au Bois-Dormant mais plutôt celui du seigneur au membre vivant. De jeunes personnes y vivent, cloitrées afin d'assouvir les pulsions de leur maître lubrique et scatologique, qui a conçu de drôles de machines. Puis nous suivons les deux adolescentes en compagnie de l'Italien à bord d'un sous-marin pour des péripéties mouillées.

Dans ce roman, nous entrons directement dans le vif du sujet. Pas de préliminaires superflus. et nous passons allègrement d'une univers sadien à celui de Jules Verne, avec des sévices compris, et bien d'autres références. D'ailleurs, les prénoms invitent à des relectures puisque les premières jeunes et jolies filles qui se présentent au lecteur ont pour prénom Alice, la narratrice, Juliette et Sophie.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine.

Eric Guez : Le massacre du printemps.

Un flic poli et courtois, ça lui semblait louche... pense la concierge face au jeune inspecteur Philippe Auger, lequel enquête sur le meurtre de Roger Baudet, garçon-boucher. Le défunt avait été libéré depuis un mois, ayant purgé une peine de prison pour des bricoles illégales à répétition.

Peu après, c'est au tour d'un collègue d'Auger d'être la victime du tueur, signalé comme un blond barbu à chapeau et lunettes noires. Normalement il n'hérite pas de l'affaire, mais il tient à mettre son grain de sel, car les deux policiers se connaissaient, ayant fréquenté le même commissariat. On a les fréquentations qu'on peut.

Dans la vie civile, Auger a des problèmes de ménage avec sa compagne. Celle-ci se refuse à lui pour des raisons qui lui sont propres. Ou alors elle se comporte en statue de marbre.

D'autres meurtres sont perpétrés, et Auger reçoit des missives qui dressent la liste des victimes. Et si lui aussi figurait prochainement sur ce recensement ?

En fil rouge, le lecteur peut suivre les malheurs de Liz, qui ayant quitté une cérémonie de mariage à la fin du repas, pensant à sa fille en garde, est braquée par deux loubards. Ceux-ci ne se contentent pas de s'emparer de son portefeuille mais attentent également à sa vertu dans une cabane de chantier. Elle est obligée de subir les travaux pratiqués à l'arrière par l'un de ses ravisseurs. L'autre n'est pas en reste profitant qu'elle ouvre la bouche pour reprendre sa respiration.

Ce roman est nettement plus sage, que les deux précédents et les scènes de sexe se révèlent presque sobres, banales, telles qu'elles pourraient être écrites de nos jours, car la littérature noire ou blanche s'est émancipée de bien des carcans imposés par la censure éditoriale. Au contraire, les éditeurs en redemandent, obéissant au goût des lecteurs.

Donc ce roman est très sage et les scènes de libertinage forcé, non souhaité, permettent de se projeter dans les affres d'une femme violée. Contrairement à certains auteurs dans ce type de romans, Eric Guez ne joue pas sur le consentement féminin, la libido ne se réveillant pas sous les coups de boutoir comme cela est souvent décrit dans d'autres romans. Il reste pudique et réaliste.

Trois autres romans érotiques de La Brigandine. Collection Lectures amoureuses N°197. Editions de La Musardine. Parution le 20 octobre 2016. 464 pages. 10,95€.

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 13:07

Bon anniversaire à Jean-Jacques Reboux né le 29 octobre 1958.

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor.

Monsieur Victor est bien malheureux. Depuis qu’il a perdu sa femme Yvette, il y a quatre ans de cela, il végète seul dans sa grande maison paimpolaise.

Et comme les falaises c’est jamais qu’une invention pour justifier les rimes, Monsieur Victor n’a qu’une solution pour rejoindre son Yvette : se pendre.

C’est sans compter sur l’intrusion de madame Armande, sa voisine, qui a le don de se pointer toujours au mauvais moment. Ce n’est que partie remise, et quelques verres de gnôle arrangeront ça.

Ne voilà-t-il pas que Chloé, sa petite-fille Chloé, qu’il n’a pas vue depuis des années, l’appelle à la rescousse. Ni une, ni deux, il se rend à Paname, et s’installe chez la jeune fille qui partage son appartement avec Yanos, un artiste polonais et Lakdar, réfugié politique algérien.

Au cours de ses pérégrinations monsieur Victor aura maille à partir avec les policiers et retrouvera un amour de jeunesse perdu à cause d’une incompréhension auditive.

 

Jean-Jacques Reboux nous a habitué depuis quelques années à s’évader du roman policier ou noir en l’enrobant d’une trame populaire ou feuilletonesque.

Avec Le voyage de Monsieur Victor il récidive, s’insérant dans le créneau de l’humour satirique enchâssé dans un contexte d’humanisme et de sensibilité.

Peut-être catalogué roman à l’eau de rose pour certain, Monsieur Victor possède son crêpe noir qui fait mieux ressortir le charme qui s’en dégage.

 

Quelques exemplaires de ce roman sont encore disponibles chez Baleine :

Autres ouvrages de Jean-Jacques Reboux dont la lecture est fortement conseillée :

Jean-Jacques REBOUX : Le voyage de Monsieur Victor. Collection Velours N°14, éditions Baleine. Parution 224 pages. 8,00€

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:04

Bon anniversaire à Simon Brett né le 28 octobre 1945.

Simon BRETT : Les coulisses de la mort

Simon Brett, auteur de Le théâtre du crime, paru dans la même collection sous le numéro 1787 cette même année 1985 mais qui a été publié en Grande-Bretagne en 1983, soit un an après Les coulisses de la mort (ironie de l'édition française qui publie des romans dans le désordre !), Simon Brett met en scène un acteur de théâtre vieillissant dont la carrière n'est en réalité qu'une succession de ratages.

Pourtant Charles Pris, tel est son nom, y croit encore, espérant décrocher un jour un premier rôle qui le rendra riche et célèbre. Ce rêve va peut-être se concrétiser à l'occasion de la représentation en province d'une pièce de théâtre écrite par un jeune auteur.

D'autant que le producteur est confiant et qu'au loin se profile la perspective de se produire à Londres, dans le West-end, le quartier des spectacles.

Pour cela faut-il encore récolter des critiques élogieuses.

Mais Charles Paris, ce héros qui a connu bien des vicissitudes tout au long de sa carrière se méfie. Il a la nette impression qu'une magouille se profile. Impression qui se verra confortée en de nombreux points, le moindre n'étant pas un coup de revolver incongru et intempestif.

 

Satire des milieux théâtraux Les coulisses de la mort est autant un reportage qu'un roman policier. A conseiller aux acteurs débutants qui aspirent à une gloire rapide.

Charles Paris est le héros de dix-huit romans, dont le dernier publié en Grande-Bretagne en 2012, mais dont seules trois aventures auront été traduites en France.

Simon Brett, qui a connu le succès dans les années 80/90 semble aujourd'hui ignoré, méprisé, des éditeurs français, et c'est dommage, mais c'est le lot de bon nombre de romanciers honnêtes, de bons artisans reconnus comme tels, qui sont délaissés au profit d'auteurs plus en vogue mais pas forcément intéressants. A mon avis.

Simon BRETT : Les coulisses de la mort

Simon BRETT : Les coulisses de la mort (Murder unpromted - 1982. Traduction Jacques Satori); Collection Le masque N°1813. Librairie des Champs Elysées. Parution 1985. 156 pages.

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 13:34

Ou contrariées ?

Olivia CATTAN : Identités contraires.

Quadragénaire, mariée, trois enfants, Sarah Keller est journaliste dans un journal dirigé par son ami Georges. Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, sans les petits incidents inhérents à la vie familiale.

Par exemple sa grande, Laura, dix-sept ans, qui rechigne comme ce jour-là à garder les jumeaux de neuf ans, car Sarah a rendez-vous avec Georges, son patron. Ou David, son mari, avec lequel les relations ne sont plus aussi amoureuses qu'au début de leur mariage. Tout ça par la faute d'un ami (un ami ? Est-ce vraiment le rôle d'un ami ?) qui a signalé avoir vu Sarah embrasser un ancien petit ami qu'elle avait perdu de vue après l'avoir quitté d'un commun accord.

Donc ce jour-là, Sarah doit effectuer un entretien avec Adrian Shek, un architecte de renommée internationale, malgré son âge et sa maladie. Enfin, pas vraiment une maladie, mais un syndrome. Il est autiste Asperger.

Tout en se rendant sur les lieux où ils doivent déjeuner, Sarah compulse son ordinateur afin de mieux connaître l'homme et son parcours chaotique. Adrian Shek est né en Tchécoslovaquie, a perdu sa sœur jumelle dans un accident de voiture, a suivi brillamment des études et son syndrome autistique a été décelé tard. Plus quelques autres petites informations.

Munie de ce maigre bagage, Sarah parvient en retard au rendez-vous mais ce n'est pas grave. Il est absorbé à écrire sur son cahier rouge, une occupation qui requiert toute son attention. Ils conversent, Adrian s'étend volontiers sur son syndrome, la soirée s'éternise, Sarah est presque subjuguée, même si elle est déboussolée par certaines impulsions ou refus de la part de son interlocuteur. A un certain moment Shek reçoit un appel téléphonique auquel Sarah ne comprend rien, l'échange oral étant en langue étrangère, et l'homme s'en va, contrarié apparemment. Il oublie sur la banquette son carnet rouge.

Sarah, curieuse comme une journaliste, hésite puis elle ouvre le carnet. Le lit. Elle est stupéfiée. Les trente premières pages lui sont consacrées. Des articles de presse qu'elle a écrit, des photos d'elle récupérées sur Internet. Et plus loin une série de lettres et de chiffres, des dates.

Le lendemain elle en parle à son mari, mais celui-ci, comme à son habitude, détourne la conversation, ne la prend pas au sérieux. C'est vrai qu'il a un métier autrement plus enrichissant : il est le directeur d'une société de comptabilité et commissaire aux comptes. Il est débordé et elle doit conduire les jumeaux à l'école.

Alors que Samuel, l'un des deux garçons, s'apprête à traverser la rue, une voiture s'élance, elle retient le gamin et le rétroviseur du véhicule la percute. Rien de grave, heureusement, mais Sarah est légèrement traumatisée. D'autant que plus tard elle comprend la signification des lettres, des chiffres et des dates inscrites dans le carnet.

Elle est invitée à manger chez Shek et une scène violente se produit, alors que sa servante sert le café. Elle appelle Georges afin de lui rendre compte de sa mission, mais il écourte la conversation, un nouveau pigiste se présentant à lui. Un beau gosse d'après Georges qui préfère les hommes. Peu après Georges est découvert assassiné. L'inspecteur Eric Mose est chargé de l'enquête. Une enquête que va prendre également à son compte Sarah car elle se rend compte qu'elle est au cœur de la cible, mais ne sait pas qui se trouve en face d'elle.

 

Un roman qui démarre tout doucement, banalement presque, mais qui s'emballe rapidement. Car l'auteur joue sur la mystification, les faux-semblants, la manipulation, les chausse-trappes envers les divers protagonistes et bien entendu envers le lecteur. Un exercice difficile dont se sort admirablement Olivia Cattan.

De même elle ne s'étend pas trop, elle ne s'appesantit pas sur le syndrome dont est affligé Adrian Shek. Elle décrit cette maladie, si tant et autant on peu appeler ceci une maladie, un dérèglement nerveux peut-être, un trouble du développement. Et cet autisme dont fait preuve Shek l'a servi dans sa vie professionnelle.

De France en Albanie jusqu'en Israël avec des incursions en Argentine, le lecteur part à la suite de Sarah, remonte le fil du temps, découvre des faces cachées d'une histoire dont Sarah n'est pas le seul personnage principal. Si elle partage la tête d'affiche avec des personnages parfois inattendus, elle reste un pion isolé malgré son entourage. L'auteur sait manier les fils de ce qui pourrait être une marionnette, mais une marionnette qui comme Pinocchio prend peu à peu sa liberté de mouvement et découvre une vie insoupçonnée.

Identités contraires est un grand roman humain qui ne laissera pas indifférent, et le syndrome d'Asperger n'est qu'une des composantes du drame qui se joue tout le long des pages de ce roman.

Olivia CATTAN : Identités contraires. HC éditions. Parution le 13 octobre 2016. 272 pages. 19,00€.

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 09:49

Quand personnages réels et de fiction jouent aux gendarmes et aux voleurs...

Frédéric LENORMAND : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs.

Vous connaissez tous Arsène Lupin, aussi je ne vais pas m'étendre sur ce héros littéraire. Mais saviez-vous qu'il possédait un frère, prénommé Alfred ?

Il fut même surnommé l'Ennemi public N°2. A son actif, quelques bricoles qui, comme pour son illustre frère, ne portaient guère à conséquence, du moins au quidam lambda. A quelques fieffés coquins possédant pignon sur rue peut-être. Pour la plus grande joie du lecteur.

Mais c'est bien la Marquise Casati, Luisa de son prénom, qui tient le rôle principal dans leur rencontre, leurs au pluriel devrais-je écrire, et qui est dessinée en scénettes indépendantes et pourtant qui sont reliées l'une à l'autre par un fil rouge, une chaînette d'or serait plus juste comme comparaison, pour constituer un tout enchâssé dans un écrin de souvenirs.

dévoile sa véritable nature : du plâtre. Et c'est de cette manière que le photographe et la marquise se lient et qu'il va recueillir les confidences de l'Italienne à la jeunesse tumultueuse.Stampa di Soncino, est toujours aussi extravagante vestimentairement. Ce qui attire immédiatement l'œil du photographe. Mais le spectacle auquel il assiste le laisse pantois. La marquise sort de son sac une pomme, symbole du péché quoique fruit du pommier, lance le projectile vers une statue de bronze qui se casse et Détaillons en premier l'écrin avec la complicité du narrateur photographe qui fait la connaissance de la marquise en 1951 à Londres. Agée de soixante-dix printemps mais ne les paraissant pas, Luisa Casati

L'arrivée de la jeune femme au Ritz en 1908 ne passe véritablement pas inaperçue. Par son allure excentrique et vestimentaire, d'abord. En effet elle est attifée d'affutiaux et d'habits qui ressemblent plus à des haillons en lambeaux qu'à une robe nobiliaire, et aux nombreux bagages qui bientôt encombrent le vaste hall. Elle a le visage blafard, comme enduit de plâtre, les yeux soulignés de khôl et une tignasse rousse ébouriffée. Elle est accompagnée d'une suite composée de Noirs, d'une femme de chambre, d'un secrétaire, l'homme pas le meuble, et d'un chauffeur allemand.

Des cages renferment un guépard et d'autres animaux de compagnie tous aussi doux que le félin tels que perroquet, singe, et un vivarium dans lequel se prélasse un boa. Le directeur de l'établissement est époustouflé mais il doit faire fasse à cette intrusion avec dignité et effarement, cette apparition ayant réservé la suite royale et les appartements pour son personnel.

Mais pour autant la marquise n'est pas une tête-en-l'air, une évaporée, une foldingue. Les apparences sont trompeuses. Elle est observatrice et déductive. Et elle se rend compte qu'il se passe des choses, des événements guère catholiques tout autour de la place Vendôme. Elle n'est pas la seule évidement de s'apercevoir des vols ou des meurtres qui sont perpétrés soit les fameux bijoutiers Van Cleef & Arpels ou qu'un homme a été assassiné sur le toit du Ritz. Le policier Galuchard, du Quai des Orfèvres, est toujours aux premières loges pour enquêter. Et il n'est pas loin de penser que l'arrivée de la trop voyante marquise pourrait signifier une relation de cause à effet. Mais soit un bristol ou autre moyen pour signer le forfait est toujours découvert avec les initiales A.L.

La marquise Casati est également audacieuse, courageuse, voire téméraire, comme lorsqu'elle explore les caves de l'établissement à la recherche d'un hypothétique trésor. Son excentricité est sans borne. Ainsi elle fait teindre en or son petit personnel Noir lors de réception, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention et la curiosité.

Seulement dans ces différentes péripéties qui s'enchainent comme des diamants sur une rivière porté autour d'un cou aristocratique, Alfred Lupin n'est pas toujours le coupable. Il faut se méfier des imitations.

Frédéric LENORMAND : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs.

Frédéric Lenormand, délaissant pour le temps d'un roman ses personnages fétiches, le Juge Ti et Voltaire, nous invite à découvrir une nouvelle héroïne qui fit parler d'elle en son temps, mais est toujours présente dans certains esprits.

Elle a marqué de son empreinte le début du XXe siècle mais ses falbalas ont fait et font encore rêver. De grands couturiers, dont dernier en date John Galiano, se sont emparés de sa façon de se vêtir, imposant un style et une mode. Mais insidieusement la rue s'accapare de l'engouement provoqué par une façon de porter les vêtements, et il est sûr que de nos jours Luisa marquise Casati pourrait revendiquer les jeans effrangés, effilochés, scarifiés, aux genoux ou aux cuisses, et délavés artificiellement comme si le temps ne pouvait se charger de tels outrages.

En mettant en scène cette marquise et en la faisant revivre avec à ses côtés des personnages qui ont réellement existés, comme Gabriele d'Annunzio qui fut son amant, et en en inventant, Frédéric Lenormand nous offre un roman composé de scénettes qui se suivent et ne se ressemblent pas mais possèdent un lien pour former un tout agréable.

Comme une récréation pour le lecteur qui veut changer d'ambiance littéraire et se plonger dans une fausse futilité.

Frédéric Lenormand emprunte son ironie parfois grinçante dans l'humour des caricaturistes du début du XXe siècle, lorsque les amuseurs publics savaient distiller leur causticité avec élégance. Une caractéristique qui de nos jours est bien oubliée, la vulgarité prenant le pas sur la raillerie bon enfant et pourtant efficace.

- J'ai remarqué que ce sont souvent les pauvres qui volent les riches, rarement l'inverse !
- Je vois que vous ne lisez pas la presse de gauche, mon cher, dit le comte.

Ce volume est complété de repères biographiques ainsi qu'une sélection intitulée : La marquise Casati vue par ses contemporains.

Frédéric LENORMAND : Madame la Marquise et les gentlemen cambrioleurs. Policier. Editions City. Parution le 5 octobre 2016. 272 pages. 17,90€.

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 09:05

Je n'ai jamais connu un homme de cette intelligence qui fut aussi incapable de s'intégrer à une civilisation faite pour la machine.

Citation extraite de l'Avant-propos de l'auteur.

Robert E. HOWARD : Almuric.

Avant de nous intéresser à Esau Cairn, le héros-narrateur de cette aventure, une petite précision me parait indispensable d'être signalée.

Le 27 octobre paraitra Bifrost N°84, un numéro spécial consacré à Robert E. Howard. Il contiendra des nouvelles de Christian Léourier, Romain Lucazeau et Howard himself en plus d'un exhaustif dossier mené de main de maître par le spécialiste mondial de l'auteur, Patrice Louinet. Ce dossier s'emploie à dissiper les idées reçues sur le père de Conan, et ce n'est pas du luxe. Un numéro indispensable pour les amateurs de Fantasy, mais pas que !

Voir le sommaire ici :

Maintenant revenons à Esau Cairn.

Esau Cairn était bâti pour combattre les forces naturelles et c'est pour cela qu'un jour il se retrouve sur Almuric, une planète étrange, sauvage, à sa dimension, et sur laquelle il peut exprimer ses possibilités musculaires.

Comment Esau Cairn parvient sur Almuric ? Quels sont ses antécédents ? Howard reste dans le flou le plus absolu. Ce n'est pas son propos.

Ce qui importe, ce sont les aventures d'Esau Cairn sur Almuric et l'on peut dire qu'il est servi.

Dès son arrivée il est agressé par un être mi-homme mi-singe dont il ne se défait autant pas sa force que par son intelligence. Puis il est confronté à une bande de hyènes sauvages. Et ainsi de suite.

Il affronte les pires dangers tout comme l'homme préhistorique était en butte aux animaux de son époque et aux éléments déchainés. Ce qui lui permet de surveiller la croissance de ses petits muscles sans recourir aux artifices de la gonflette.

Ecologiste avant la mode, précurseur de Sylvester Stallone et de Arnold Schwarzenegger, Esau Cairn s'intègre en solitaire dans ce monde hostile, devenant une force de la nature.

Après quelques mois vécus en ermite, Cairn quitte la montagne et entreprend une visite non guidée de la plaine. Là aussi les dangers pullulent mais il saura se sortir indemne de tous les pièges, de tous les combats, de toutes les guerres, grâce à une force de caractère peu commune.

 

 

 

Tous ceux qui ne connaissent pas Howard et vont le découvrir en lisant ce roman, seront frappés par la similitude, par le souffle épique entre ce roman et certains textes dont le Cycle de Mars d'Edgar Rice Burroughs avec le personnage de John Carter, dont il semble qu'Almuric soit une sorte d'hommage ou la série des Dragons de Pern d'Ann McCaffrey entamée en 1968.

Mais Howard est véritablement le précurseur de la Fantasy intégrant le merveilleux et l'interplanétaire, genre que d'autres romanciers affinèrent, Michael Moorcock par exemple.

Robert E. Howard s'est suicidé le 11 juin 1936, à l'âge de trente ans.

 

 

Ce recueil propose des nouvelles et des compléments, qui ne figuraient pas dans les éditions précédentes) dus à Patrice Louinet, le traducteur.

En voici le sommaire.

Patrice LOUINET, Introduction, pages 7 à 8, Introduction

(Almuric), pages 9 à 144, Roman.Almuric2 -

3 - Le Jardin de la Peur (The Garden of Fear), pages 145 à 162.

4 - La Voix d'El-Lil (The Voice of El-Lil), pages 163 à 192.

5 - La Hyène (The Hyena), pages 193 à 208.

6 - Une sonnerie de trompettes (A Thunder of Trumpets), pages 209 à 232.

7 - Le Cobra du rêve (The Cobra in the Dream), pages 233 à 240.

8 - Le Fantôme sur le seuil (The Ghost in the Doorway), pages 241 à 245.

9 - Delenda Est (Delenda Est), pages 247 à 256.

10 - Le Fléau de Dermod (Dermod's Bane), pages 257 à 263.

11 - La Vallée Perdue (The Valley of the Lost), pages 265 à 290.

12 - Le Roi du Peuple Oublié (King of the Forgotten People), pages 291 à 295.

13 - James Allison - Fragments, pages 319 à 353.

14 - Le Cavalier-Tonnerre (The Thunder-Rider), pages 355 à 381, trad. Patrice LOUINET

 

15 - Nekht Semerkeht (Nekht Semerkeht), pages 383 à 401.

16 - Le Tentateur (The Tempter), pages 402 à 405, Poésie.

17 - Patrice LOUINET, « To live is to die », pages 407 à 422, Postface.

18 - Patrice LOUINET, Note sur les textes, pages 423 à 424, Bibliographie.

 

 

 

Collection Robert E. Howard N°8. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1991. 224 pages.

Collection Robert E. Howard N°8. Editions Fleuve Noir. Parution décembre 1991. 224 pages.

Première parution : Nouvelles Éditions Oswald (Néo). Collection Fantastique/SF/Aventure n° 174. Parution Juin 1986. 160 pages.

Première parution : Nouvelles Éditions Oswald (Néo). Collection Fantastique/SF/Aventure n° 174. Parution Juin 1986. 160 pages.

Robert E. HOWARD : Almuric. Collection Les Intégrales N°52 éditions Bragelonne. Parution 16 septembre 2015. 432 pages. 25,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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