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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 06:43

A déguster sans modération...

Serge SAFRAN: L’amour gourmand. Libertinage gastronomique au XVIIIème siècle.

Les plaisirs de la table et les plaisirs sexuels sont les deux mamelles des plaisirs de la chair.

Serge Safran, en gourmand et fin gourmet, a convié à sa table littéraire des invités prestigieux tels que Boyer d’Argens, Caylus, Rétif de la Bretonne, Crébillon fils, Marivaux, Fougeret de Montbron, Nerciat, Casanova ou encore Sade, pour n’en citer que quelques-uns.

Au menu, le chocolat, le café, les huîtres, le Champagne, les liqueurs, les vins plus quelques amuse-gueules comme le tabac et autres friandises. Bref de quoi réveiller les sens gustatifs et charnels de lecteurs affamés qui ne considèrent pas la lecture comme un en-cas, mais veulent, exigent du roboratif et du jouissif, sans être incommodés par des digestions lentes et difficiles dont le résultat peut amener à des troubles de somnolence.

L’amour gourmand revisite avec délice ces auteurs jugés licencieux, et l’on se rend compte qu’au moins leur prose était délectable, comme un plat préparé amoureusement, tout en finesse, couleurs, légèreté, bien loin des orgies livresques dont certaines collections du XXème siècle inondèrent les étals des libraires, tels des fricots peu ragoûtants. C’est un témoignage également sur une époque révolue, le siècle des Lumières, grâce aux nombreux exemples, citations, extraits d’ouvrages, tranches de vie subtiles, recueillies par Serge Safran comme autant de gâteries et de douceurs.

L’humour ne manque pas, ingrédient indispensable, comme les épices dans un plat sucré salé. Le libertinage était une forme de joie de vivre, et l’on se prend à rêver à cette époque révolue qui ne connaissait pas l’emballage sous vide. Les métaphores, nombreuses, démontrent une joliesse des images et que le cru n’est pas de mise, au contraire il indispose. Le verbe est riche mais pas gras. Nos libertins du XVIIIème siècle savaient manier les mots, mitonner les phrases, jongler avec les allusions, sans pour autant provoquer des maux de ventre, de tête ou tout autre partie du corps.

Un livre savoureux à offrir, à s’offrir, à déguster, à savourer, sans arrière pensée et sans modération.

Serge SAFRAN: L’amour gourmand. Libertinage gastronomique au XVIIIème siècle. Collection L’Attrape-corps. Editions La Musardine. Réimpression. Parution le 9 février 2017. 272 pages. 16,00€.

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 13:28

Le fils du forçat força. C'est fort ça !

Alexandre DUMAS : Le fils du forçat.

Les méchants sentiments ressemblent aux mauvaises herbes des champs; un brin de racine suffit pour les perpétuer.

Mais monsieur Coumbes, ancien maître-portefaix, comme la plupart des gens, ne se rend pas compte qu'il cultive de mauvais sentiments, à défaut de son jardin.

Pourtant il pensait avoir effectué une bonne action lorsqu'il avait sauvé des griffes de son mari la belle Millette, une Arlésienne, et son fils Marius. C'était au début des années 1830 et il travaillait sur le port de Marseille comme portefaix. Travailleur, économe, célibataire, propriétaire de deux arpents de terre à Montredon, monsieur Coumbes vivait dans un petit immeuble qui abritait également Millette, son fils, et son mari Pierre Manas. Celui-ci, homme violent et alcoolique dépensait dans les troquets le peu d'argent qu'il gagnait, en compagnie de ses copains de comptoir. Il battait sa femme partant du principe que si lui ne savait pas pourquoi, elle, elle le savait. Et un jour, pris de boisson, par amusement éthylique et pour épater un de ses camarades, il entreprit de pendre sa femme.

Monsieur Coumbes, entendant les cris de Millette, lui sauve in extremis la vie au péril de la sienne car Manas n'entend pas que un individu quelqu'il soit lui obère son plaisir du moment.

Les voisins alertés s'en mêlent et Manas, toujours forcené, est emmené en prison. Millette est recueillie par monsieur Coumbes qui l'embauche pour les soins du ménage et la préparation des repas. Le jeune Marius est déclaré comme son filleul. Les semaines, les mois, les années passent.

Monsieur Coumbes fructifie son pécule, le jeune Marius grandit et Millette est toujours attachée comme servante. Pas plus car monsieur Coumbes professe à l'encontre de la gent féminine une certaine méfiance. D'ailleurs il ne verse aucun gages à Millette. Il est déjà assez bon comme ça, pense-t-il, puisqu'il procure le logement et la nourriture, à elle et à son fils.

Au bout de quelques années, la cagnotte amassée est assez conséquente pour que monsieur Coumbes puisse prendre sa retraite et s'installer définitivement dans son petit cabanon à Montredon. Pas le style cabane de jardin, mais une vraie maison, simple mais accueillante avec un bout de terrain ingrat autour et surtout la vue sur la mer. Et pas que la vue. Il peut aller pêcher tous les poissons de roche qui entrent dans la composition de la bouillabaisse, sa spécialité.

Le seul regret de monsieur Coumbes réside que malgré tous les soins qu'il apporte à cultiver ses plantations, celle-ci végètent, dépérissent, en légumes ingrats incapables de lui fournir la moindre subsistance ou en fleurs susceptibles de lui réjouir la vue. Pourtant il s'en donne de la peine monsieur Coumbes, ajoutant de la terre et entretenant ses parterres. Mais rien d'y fait.

Jusqu'au jour où un voisin s'installe sur le lopin contigu et fait construire un chalet. Et son jardin est comme un petit Eden. De quoi alimenter la jalousie de monsieur Coumbes. Si ce n'était que cela. Ce grand jeune homme invite des amis, farceurs comme lui, et déguisés en vampires ou quelque chose d'approchant, ils amènent de nuit une jeune femme afin de lui faire subir d'horribles supplices. Du moins c'est ce que monsieur Coumbes pense dans sa grande naïveté alimentée par la jalousie et l'orgueil.

Ce n'est qu'un malentendu, monsieur Coumbes l'apprendra un peu plus tard, mais le mal est fait. Il a assisté à une grande farce et la jeune femme n'est autre que la sœur du voisin. Une sœur charmante dont s'éprendra Marius lorsqu'il la rencontrera sur le port. Mais monsieur Coumbes ressasse un vif ressentiment. Les événements vont se précipiter lorsqu'un personnage perdu de vue depuis vingt ans reviendra sur scène, dans les calanques de la Madrague, non loin de Montredon.

 

Le fils du forçat est un roman intimiste, dans lequel gravitent peu de personnages et où Dumas déploie tout son savoir-faire narratif. Mais il oscille également entre romantisme et naturalisme avec un fond de roman criminel. Car tentative de meurtre et meurtre sont au rendez-vous..

Ce qui était à l'époque la grande banlieue de Marseille est aujourd'hui intégrée dans le VIIIe arrondissement de la cité phocéenne. La nature avait gardé ses droits, et la Pointe rouge, Montredon, la Madrague, possédaient ce charme sauvage qui n'est plus de nos jours leur apanage. Si la nature est y décrite avec précision, les efforts horticoles de monsieur Coumbes le sont également lorsqu'il se mue en jardinier. Mais un jardinier déçu. D'autant plus que son voisin réussit là où il n'essuie que des échecs.

Tout est axé sur monsieur Coumbes, son égoïsme, son orgueil, la relation ambigüe qu'il entretient avec Marius, son filleul qui l'appelle Papa, et dont il ne dévoile pas l'origine. Ne lui parlant pas de son véritable père qui a été envoyé en prison pour des faits de violence puis deviendra forçat durant deux décennies pour récidive.

Loin des romans historiques et de cape et d'épée qui ont forgé sa réputation Alexandre Dumas s'immisce dans un autre genre littéraire, enrichissant sa palette de la description d'un monde ouvrier et petit bourgeois.

Publié pour la première fois en 1859, ce roman est également titré Monsieur Coumbes, ou Histoire d’un cabanon et d’un chalet, ce qui est tout de même bon à savoir lorsque l'on veut posséder l'œuvre complète de cet auteur immortel.

Alexandre DUMAS : Le fils du forçat. Une tragédie marseillaise. Collection L'Aube Poche. Editions de l'Aube. Parution le 15 septembre 2016. 296 pages. 11,80€.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 06:53

Des uchronies royales !

Pierre BAMEUL : Un portrait.

Né le 10 novembre 1940 à Barneville-sur-mer dans la Manche, Pierre Bameul, dont c'est le véritable patronyme, est issu d'une vieille famille du Cotentin du côté maternel, et d'une famille paternelle également normande mais avec des apports britanniques et anglo-normands proches (Guernesey) ainsi que flamands plus anciens.

Sa prime enfance reste imprégnée des souvenirs du Débarquement américain, auquel il a assisté aux "premières loges". Un événement qui a suscité sa passion pour l'histoire et la culture américaine, notamment la science-fiction. Après la Libération, il est parti vivre à Argenteuil, dans le Val-d'Oise, où son père, rentré de guerre, a repris son emploi à la SNCF.

En 1950, c'est le retour de la petite famille, Pierre Bameul est enfant unique, à Cherbourg où il a passé son adolescence. Il débute comme apprenti puis ouvrier ajusteur à l'Arsenal maritime de Cherbourg avant de partir combattre en Algérie comme sous-officier dans l'Armée de Terre. Rentré au pays après la "chute" de l'Algérie française, il travaille dans l'électronique à la CIT de Cherbourg puis dans la société Dormeuil dans la même ville. Il se marie en 1964, à Cherbourg, avec une femme à moitié... américaine.

En 1970 départ pour Bordeaux avec sa femme et son fils. Une entreprise de confection aquitaine lui offrant un meilleur emploi mais c'est le dépôt de bilan et Pierre Bameul se retrouve chômeur. Il profite de cette période pour écrire de la SF et prend des cours de recyclage en comptabilité. Après divers petits boulots, éphémères, il entre à FR3 Aquitaine en 1979 d'abord comme économe, puis une fois intégré; comme secrétaire de rédaction et y termine sa carrière. Son fils Franck, né en 1965 à Cherbourg, est médecin-parasitologiste à Bordeaux, et sa fille Flora est née à Bordeaux en 1984.

Depuis la naissance de sa fille, Pierre Bameul a dû laisser l'écriture par manque de temps, pris par des horaires difficiles à FR3 qui l'amènent à travailler tard le soir ainsi que durant les week-ends, une longue étude de l'anglais et un militantisme royaliste accaparant. Pourtant il a des projets. Un roman sur la Guerre d'Algérie; Une histoire des mouvements royalistes français à la fin du XXe siècle. Il est également passionné par l'histoire, en particulier l'histoire de l'Antiquité ainsi que l'histoire française des deux derniers siècles. Ce qui constitue une des raisons de ses opinions royalistes. Autre conséquence, dans le domaine de la SF, son thème préféré est l'Uchronie. Par ce biais, écrit-il, on peut toujours lire ou écrire l'Histoire telle qu'elle aurait pu évoluer si... Puisqu'avec des si l'on récrirait l'Histoire...

 

Grand lecteur éclectique, Pierre Bameul est capable de lire plusieurs livres à la fois et alterne science-fiction, polar, roman médical, aventures exotiques, "œuvre intello", roman historique, roman d'espionnage... Rien qu'en SF, son domaine de prédilection, il pense avoir lu environ deux mille cinq cents ouvrages, essentiellement d'auteurs américains. Mais il est quelque peu saturé de tout cela et en particularité des fictions romanesques. Il lit surtout des livres d'histoires et des mémoires et biographies de personnages historiques, tant généraux que simples soldats.

 

A ma question, Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin d'écrire et surtout de la littérature populaire, il m'a répondu :

Cela appelle plusieurs réponses.

A) J'ai commencé à lire vers quatre ans. J'ai su déchiffrer d'abord Achtung Minnen ! sur les pancartes allemandes (c'était très utile), puis je lisais facilement les textes des affiches - première littérature populaire - dès que j'eus acquis les principes alphabétiques et syllabiques que m'apprirent, sur le tas, les adultes de mon entourage. Le virus de la lecture m'avait atteint et avait accaparé mon imaginaire. Après la guerre, quand je venais en vacances à Cherbourg, mon grand-père maternel m'emmenait souvent chez deux vieilles institutrices qui possédaient une énorme bibliothèque garnie de livres édités au XIXe et début du XXe siècle. Ce fut pour moi une source extraordinaire de découvertes historiques. En outre, j'avais toujours en mémoire le formidable déploiement de forces de l'armée américaine et ses moyens qui paraissaient si extraordinaires aux yeux des Normands réduits à la misère par l'Occupation. Pour l'enfant-témoin que j'avais été, les Américains me faisaient l'effet d'Extraterrestres. Ils avaient déjà engendré mon goût pour la science-fiction.

B) Les réalités de la vie dans une famille aux modestes ressources m'entraînèrent à travailler jeune; aussi trouvais-je dans la lecture cette évasion intellectuelle qui me permettait de tenir le coup dans l'engrenage de l'esclavage salarié. Subterfuge aujourd'hui remplacé par la télévision, dans les couches populaires soumises aux mêmes conditions. De lire à écrire, il n'y avait qu'un pas à franchir. Néanmoins je considérais la lecture romanesque d'évasion comme une quasi-schizophrénie, et ce n'est qu'après avoir rencontré à Bordeaux Francis Carsac, dont j'avais lu les ouvrages de SF, que cela m'incité à écrire à mon tour des romans de SF.

C) J'ai opté pour la littérature populaire, parce que les réalités du monde du travail, de la guerre, de la famille, des études, de la vie et de la mort, font que je n'adhère pas aux rêveries des 'intellos" qui croient pouvoir refaire le monde par le biais d'ouvrages proposant aux lecteurs des superbes pensées-modèles inapplicables à ce qui fait le tempérament et l'essence même des humains. J'ai donc préféré les romans populaires sans prétention, qui permettent de rêver, certes, mais en faisant nettement le distinguo entre l'imaginaire et le réel. D'agréables évasion, souvent satiriques, du quotidien.

Certains ont trouvé antinomiques mon goût de la SF et mes idées royalistes. Il n'y a pourtant là aucune contradiction : mon royalisme résulte de l'étude raisonnée de la pérennité des sociétés humaines, tandis que mon goût pour la SF provient de la curiosité qui pousse l'humanité à chercher toujours plus loin.

 

Dans le numéro N°322 de Fiction d'octobre 1981, Francis Valéry et Jean-Daniel Brèque écrivaient :

Lorsqu'on rencontre Pierre Bameul et qu'on discute un peu avec lui, on est tantôt irrité, tantôt charmé, par les propos qu'il tient et par son attitude joviale et tranquille... Nous avons dit que Pierre Bameul était irritant. Nous le maintenons. On ne l'a jamais entendu dire du mal de quelqu'un. A la longue, c'est fatiguant... On ne compte plus ses changements d'adresse, de métier, ses manuscrits tour à tour refusés, acceptés sous réserve, re-refusés, etc. Car Pierre Bameul a un grave, mais alors vraiment très grave défaut : il ne sait pas faire court. Il trouve une bonne idée, et vlan, trois mois après, il vous fait lire un manuscrit de 1 000 pages. Et quand vous lui dites, tu sais, les éditeurs ne publient pas de si gros trucs, faudrait couper un peu, il revient deux mois après en disant : J'ai trouvé, j'ai récrit en coupant un peu et puis en arrangeant un peu, ça fera trois tomes de 400 pages chacun !

 

De nos jours, cette propension à fournir des manuscrits si touffus ne serait pas rédhibitoire. Au contraire. Mais la roue a tourné.

 

Article rédigé grâce à une correspondance personnelle avec l'auteur en septembre 1998.

 

Bibliographie :

Romans

Je paye donc je suis. Galaxie N° 151 & 152. Janvier et février 1977. Editions OPTA.

Écrit dans le passé, Fiction N° 292 & 293. Juillet/Août et Septembre 1978.OPTA.

Par le Royaume d'Osiris, Nouvelles éditions OPTA, 1981

L'Ère du Vent, Éditions ARMADA, 2011

 

Série Pour nourrir le Soleil

La Saga d'Arne Marsson, Fleuve noir, 1986

Le Choix des Destins, Fleuve noir, 1986.

Réédition en numérique de ces deux romans regroupés sous le titre Pour nourrir le Soleil, Editions L'Ivre-Book, 2017.

 

Nouvelles

Les Vieux au Poteau !, 1975 Prix de la meilleure nouvelle de SF française au Congrès de la SF française d'Angoulême en 1975. Revue Galaxie N°137. Editions OPTA. Octobre 1975.

Copyright Editions Azerty. Revue Galaxie N° 144. OPTA. Mai 1976

Le cavalier antique, FR3 Bordeaux. 1977 nouvelle radiophonique.

l'Echelle Mobile, Anthologie Des Métiers d'avenir. Editions Ponte Mirone. 1979

L'Ultime Bastion, Espaces Libres n° 4, Association amiénoise de science-fiction, juillet 1979.

Les Redresseurs de torts, Opzone N°7. Avril 1980

Mobilis in Mobili, Anthologie Mouvance IV. 1980. Réédition 2013

Héroïne fantaisie, Anthologie Les jeux de l'humour et du bizarre. Avril 1983.

La Rosée du Veld, Anthologie Les Passagers du vent. Octobre 1986

Pour une larme du Soleil, Anthologie Compagnie des Glaces. Fusée N°24. Rivière Blanche. Décembre 2012

Conte du Guerrier chétif, Galaxie Nouvelle série 22/64 mars 2013

Les Bienheureux des Pieux, Anthologie Dimension Sidération. Fusée 43. Rivière Blanche 2016

Montre-nous ton pouvoir, 2016. Édition numérique.

 

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 06:44

Disparu, tu as disparu
Au coin de ta rue.
Je t´ai jamais revu...

 

Anne-Solen KERBRAT : Evaporé.

S'il me fallait comparer ce roman à une œuvre picturale, nul doute que j'associerai le nom de l'auteur à celui de Seurat mais également à celui de Turner.

Les personnages, les actions, les impressions ressenties sont placés comme de petits points sur la page blanche, puis tout est entouré d'un flou artistique propice à laisser libre court aux interprétations, réelles ou erronées, du lecteur.

Tout commence lorsqu'Astrid, revenue à Rennes après un long séjour au Canada aperçoit Pierre, son beau-frère, sortant d'une agence immobilière. Un fait peu banal qui l'incite à se garer à la première place libre et à se rendre dans la boutique dont elle connait la gérante. La conversation s'engage entre les deux femmes et Astrid apprend, à son grand étonnement qu'elle sait dissimuler, que l'homme voulait vendre sa maison. Une magnifique demeure en dehors de Rennes et comprenant pas moins de sept chambres sans compter le parc arboré. Evidemment c'est un peu cher pour elle, mais au moins elle possède le renseignement. Elle va toutefois se rendre sur place en compagnie de son amie agent immobilier, ce qui lui permet de visualiser les lieux.

Pierre, courtier en assurances, est agacé lorsqu'Astrid lui annonce qu'elle sait qu'il veut vendre sa maison. Elle suppute que Romane, sa sœur, ignore cette cachoterie et donc exige que son beau-frère lui remette la moitié de l'argent provenant de la vente du bien, ainsi que du double des clés. Peu après la demeure est retirée de la vente à l'agence mais figure dans un site de vente entre particuliers. Plutôt bizarre comme démarche. Astrid se rend à nouveau sur place et une homme est présent, examinant lui aussi cette maison bourgeoise.

Un peu plus tard.

Romane est inquiète. Son mari Pierre, en déplacement à Bruxelles pour finaliser la signature d'un contrat d'assurances auprès d'une grosse boîte, n'a pas donné signe de vie depuis plusieurs jours. Il devait prendre le train pour la Belgique le lundi matin, et depuis plus rien. Silence total. Alors elle fait part de ses appréhensions auprès du commandant Perrot et de son ami et adjoint Lefèvre, qui sont provisoirement à Rennes en remplacement de deux collègues en congés de maladie.

Ils acceptent de s'occuper de cette disparition inquiétante aux yeux de la jeune femme, plus pour lui faire plaisir que par conviction. Les premières informations recueillies auprès de l'associé de Pierre, qui détient la majorité des parts, et des collègues, comptable et secrétaire, du disparu ne les avancent guère. Pierre aurait téléphoné pour dire qu'il était malade, mais nulle trace de son arrivée à Bruxelles n'est enregistrée. Alors parti avec une jeunette, comme cela arrive parfois, pourquoi pas pensent les policiers qui vont toutefois demander à visionner les enregistrements des vidéos de la gare.

Un autre personnage s'inquiète de ne pas avoir de nouvelles de Pierre depuis plusieurs jours. Il s'agit de son ami Alexis, propriétaire d'un magasin d'objets de décorations.

Peu à peu tout se met en place, et Perrot et Lefèvre se rendent compte que la supposition d'un départ en compagnie d'une jeunette peut être effacée et qu'il faut éventuellement se tourner vers l'hypothèse d'un enlèvement. Or les renseignements qu'ils récoltent à droite et à gauche manquent souvent de précision ou se contredisent. A moins que, Pierre étant sous pression car les chiffres qu'il récoltait n'étaient pas à la hauteur des attentes de son associé et se trouvant sous le coup d'un licenciement ait préféré se fondre dans le paysage.

L'épilogue clôt le récit comme il a commencé, avec des personnages qui réapparaissent après avoir disparu de la circulation, et je ne parle pas forcément de Pierre, comme en pointillé et en léger flou. Ce final donne l'impression d'avoir été bâclé, mais je ne peux en dire plus sans déflorer le sujet.

Les personnages, des seconds drôles mais dont la présence s'avère primordiale, sont dessinés par petites touches, comme en pointillés, avant que les principaux protagoniste entrent en scène. D'abord Romane, puis Lefèvre et Perrot, Alexis l'ami de Pierre, Max l'associé et ses deux collaboratrices. Le tout dans un flou artistique entretenant le suspense. Sans oublier cette figure qui apparait de temps à autre.

Le tout est bien amené, malgré quelques petites faiblesses que l'on pardonnera, car l'énigme persiste, même si, à condition de ne pas lire en diagonale, des pistes et des indications sont placées ça et là comme un jeu de piste.

Anne-Solen KERBRAT : Evaporé. Série Perrot et Lefèvre N°9. Editions du Palémon. Parution le 7 octobre 2016. 320 pages. 10,00€.

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 06:00

Le roman policier, ou roman criminel, était à peine né que déjà il était pastiché et parodié.

Paul FEVAL : La fabrique de crimes.

S’il faut en croire l’auteur dans sa préface, chaque chapitre de ce court roman contiendra soixante-treize assassinats ! Evidemment, ceci n’est qu’une accroche propre à méduser, surprendre et estomaquer le futur lecteur. Car il ne faut pas oublier que les romans en ce XIXème siècle paraissaient en priorité en feuilletons, et Paul Féval savait que pour appâter le lecteur, le début se doit d’être assez mystérieux et surprenant. Aussi, l’écriture de la préface n’est pas confiée à un spécialiste, un confrère ou un critique littéraire, mais il se charge lui-même de la rédiger, annonçant la couleur :

Nous aurions pu, imitant de très loin l’immortel père de Don Quichotte, railler les goûts de notre temps, mais ayant beaucoup étudié cette intéressante déviation du caractère national, nous préférons les flatter.

C’est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons dès le début de cette œuvre extraordinaire, qu’on n’ira pas plus loin désormais dans la voie du crime à bon marché.

 

Nous savons tous que les records sont faits pour être battus, et le bon Paul Féval s’il vivait aujourd’hui verrait ses cheveux se dresser sur sa tête s’il lisait certaines productions. Pourtant, toujours dans sa préface, ne seront pas comptés les vols, viols, substitutions d’enfants, faux en écriture privée ou authentique, détournements de mineures, effractions, escalades, abus de confiance, bris de serrures, fraudes, escroqueries, captations, vente à faux poids, ni même les attentats à la pudeur, ces différents crimes et délits se trouvant semés à pleines mais dans cette œuvre sans précédent, saisissante, repoussante, renversante, étourdissante, incisive, convulsive, véritable, incroyable, effroyable, monumentale, sépulcrale, audacieuse, furieuse et monstrueuse, en un mot Contre nature, après laquelle, rien n’étant plus possible, pas même la Putréfaction avancée, il faudra, Tirer l’échelle !

 

Mais avant d’aller plus loin dans cette mini étude, je vous propose de découvrir l’intrigue dans ces grandes lignes.

Dans la rue de Sévigné, trois hommes guettent dans la nuit la bâtisse qui leur fait face. Ce sont les trois Pieuvres mâles de l’impasse Guéménée. Ils ont pour crie de ralliement Messa, Sali, Lina, et pour mission de tuer les clients du docteur Fandango. L’un d’eux tient sous le bras un cercueil d’enfant. Un guetteur surveille les alentours, placé sur la Maison du Repris de Justice. Ils ont pour ennemis Castor, Pollux et Mustapha. Ce dernier met le feu à une voiture qui sert à transporter les vidanges des fosses dites d’aisance et derrière laquelle sont cachés les trois malandrins. Sous l’effet de la déflagration, les trois hommes sont propulsés dans les airs, mais le nombre des victimes de l’explosion se monte à soixante-treize. Le docteur Fandango s’est donné pour but de venger la mort d’une aristocrate infidèle, homicidée par son mari le comte de Rudelane-Carthagène. Les épisodes se suivent dans un rythme infernal, tous plus farfelus, baroques, insolites et épiques les uns que les autres. Tout autant dans la forme que dans le fond, dans l’ambiance, le décor, les faits et gestes des divers protagonistes.

Ce malfaiteur imita le cri de la pieuvre femelle, appelant ses petits dans les profondeurs de l’Océan. Avouez que ceci nous change agréablement de l’ululement de la chouette ou du hurlement du loup, habituellement utilisés par les guetteurs et par trop communs. Et puis dans les rues nocturnes parisiennes, au moins cela se confond avec les bruits divers qui peuvent se produire selon les circonstances.

Paul Féval ironise sur les feuilletonistes qui produisent à la chaîne, lui-même en tête. Derrière eux venait le nouveau mari de la jeune Grecque Olinda. Nous ne sommes pas parfaitement sûrs du nom que nous lui avons donné, ce doit être Faustin de Boistord ou quelque chose d’analogue. Il est vrai que parfois les auteurs se mélangeaient les crayons dans l’attribution des patronymes de leurs personnages, rectifiant après coup sous les injonctions des lecteurs fidèles, intransigeants et attentifs.

Le sensationnel est décrit comme s’il s’agissait de scènes ordinaires, mais qui relèvent du Grand Guignol : Bien entendu, les malheureuses ouvrières, composant l’atelier des Piqueuses de bottines réunies, avaient été foulées aux pieds et écrasées dès le premier moment ; elles étaient maintenant enfouies sous les cadavres à une très grande profondeur, car le résidu de la bataille s’élevait jusqu’au plafond et les nouveaux venus, pour s’entr’égorger, étaient obligés de se tenir à plat ventre… Le sang suintait comme la cuvée dans le pressoir.

Tout cela est décrit avec un humour féroce, débridé et en lisant ce livre, le lecteur ne pourra s’empêcher de penser aux facétieux Pierre Dac et Francis Blanche dans leur saga consacrée à Furax ou à Cami pour les aventures de Loufock-Holmès, ainsi qu’à Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain. A la différence près que Paul Féval fut un précurseur, et ces auteurs se sont peut-être inspirés, ou influencés, par cette Fabrique de crimes. Nous sommes bien loin de l’esprit du Bossu et autres œuvres genre Les Mystères de Londres, Alizia Pauli, Châteaupauvre, ou encore Les Habits Noirs, Les Couteaux d’or ou La Vampire. Quoi que…

Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012.

Collection Labyrinthes. 160 pages. Volume offert pour l'achat de trois ouvrages dans la collection Labyrinthes. Parution juin 2012.

Editions SKA. version numérique. 3,99€.

Editions SKA. version numérique. 3,99€.

Paul FEVAL : La fabrique de crimes. Collection Aube Poche Littérature. Editions de l'Aube. Parution 2 février 2017. 160 pages. 10,50€.

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 06:55

Allez hop, tout le monde à la campagne !

Frédéric REVEREND : La drolatique histoire de Gilbert Petit-Rivaud.

C'est ce que pourraient chanter les nombreux voyageurs qui s'entassent dans les wagons en cette année 1906.

Parmi ces migrants d'un jour, le jeune Gilbert Petit-Rivaud qui a abandonné son emploi d'archiviste pour devenir peintre. Et il n'a en tête qu'une idée, rencontrer Claude Monet à Giverny. Pour passer le temps agréablement il croque ses voisins de compartiment sur un carnet à dessin.

Le train stoppe à toutes les gares et l'annonce de celle d'Andrésy une femme habillée de mauve s'écrit Raoul et s'évanouit. Enfin l'équipée se termine et nombreux ceux qui descendent à Giverny désirant rencontrer le Maître, mais celui-ci ne reçoit pas. Il est à sa peinture.

Alors que Gilbert se promène dans le village, il est abordé par un individu, qui se nomme Chasseauboeuf, qui semble fort bien le connaître alors que c'est la première fois que Gilbert le voit. Un farfelu sans aucun doute, mais au moins il a des mots qui ne peuvent qu'entretenir l'égo de notre jeune ami puisqu'il affirme qu'il a du talent.

Pour être artiste, Gilbert n'en est pas moins prévoyant et il a retenu une chambre chez les dames Suzé, la mère et la fille, veuves toutes deux et fort aimables. Le lieu charmant, où il pourra travailler en toute quiétude s'appelle le Trou Normand. De sa plus belle plume, il calligraphie à merveille, il écrit un mot au Maître, lui demandant de bien vouloir avoir l'amabilité de le recevoir, et il joint à sa missive quelques-uns de ses dessins, quémandant son avis.

Gilbert, en attendant de rencontrer Claude Monet, fait la connaissance de ses voisins, de peintres qui gîtent chez madame Baudy qui tient un café-restaurant fort fréquenté, de Trapp l'archéologue suisse qui prétend que l'origine du monde se trouve à La Roche-Guyon et le sauve d'une situation périlleuse, de Krlkw l'ingénieur qui s'efforce de faire fonctionner avec l'aide de quelques étudiants une draisienne à vapeur, les demoiselles Soulages surnommées Maman Biche et Maman Crème par Muk leur jeune protégé qui voue une véritable passion pour la fée verte, l'absinthe, ou encore Butler, le gendre de Monet. Mais le parfum de la dame en mauve le poursuit, puisque Lady Blossom, tel est son nom, l'invite chez elle afin qu'il fixe son portrait sur une toile, même plus que son portrait puisqu'elle se présente nue sur un divan.

Mais un incident va accaparer son attention. Un cadavre sans tête au milieu des nymphéas dans un ru pourrait être l'objet d'une peinture impressionniste, mais il s'agit d'une macabre découverte qui va mettre en émoi la paroisse dirigée par l'énergique abbé Toussaint. Un commissaire de police s'empare de l'enquête, en compagnie d'un docteur venu effectuer les premières constatations, et Gilbert Petit-Rivaud qui attend toujours une réponse de Monet, va se mêler de la partie.

Et comme on lui a offert obligeamment un vélo, il se met à parcourir la région, jusqu'à Montfermeil et même un peu plus loin, relevant sur son chemin des pièces de vêtement jetées comme un Petit Poucet aurait pu le faire pour marquer son chemin. Il va même se trouver au milieu de clones de Napoléon, s'encanailler légèrement au Chabanais (maison de plaisirs parisienne fort en vogue à l'époque et fréquentée par de nombreuses personnalités, mais fermée en 1946, ce qui fait que je ne l'ai jamais connue).

 

En lisant ce roman, je n'ai pu m'empêcher de penser que Frédéric Révérend possédait une filiation spirituelle avec P.G. Wodehouse et Jacques Tati. Tout en gardant sa propre personnalité, facétieuse, farfelue et pourtant rigoureuse.

S'il évoque des artistes ayant réellement existé, ce sont les héros de fiction dont il se nourrit. Par petites touches comme lorsque Gilbert avait attendu la seconde séance avec pour seul viatique le parfum de la dame en mauve, une certaine dame Raquin, ou alors de façon prégnante, comme Raoul Andrésy alias Arsène Lupin, ou les descendants des Thénardier. Mais il serait désobligeant d'oublier les personnages politiques de l'époque, dont un espèce de tigre avec des grosses moustaches retombantes.

On suit avec Gilbert Petit-Rivaud dans ses déambulations dans la commune de Giverny et ses environs, puis dans ses promenades à vélocipède jusqu'à Paris avec un regard amusé. Car il se démène ce peintre qui veut absolument rencontrer Monet, et il engrange de nombreuses esquisses. Il pratique le style Impressionniste mais pour autant ne se laisse pas impressionner, et de ce roman on garde forcément une bonne impression.

Frédéric REVEREND : La drolatique histoire de Gilbert Petit-Rivaud. Editions Lajouanie. Parution le 7 octobre 2016. 240 pages. 18,00€.

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 06:48

Une histoire sans peur et sans reproche !

Eric FOUASSIER : Bayard et le crime d’Amboise.

Pierre de Terrail, chevalier Bayard, est l’un des héros de l’Histoire de France qui a fait rêver les jeunes têtes blondes et les autres. Souvenez-vous, le célèbre chevalier Sans peur et sans reproche surnommé ainsi pour ses exploits en Italie notamment au pont du Garigliano.

Des faits d’arme qui avaient le don de réveiller des élèves somnolents après un déjeuner pas forcément copieux mais souvent indigeste pris en commun à la cantine scolaire. Mais avant cela, en 1494, le roi Charles VIII est encerclé à Fornoue par une coalition d’Italiens et d’Espagnols, et il ne doit la vie sauve qu’à une poignée de chevaliers emmenés par Bayard lequel n’a que dix-huit ans. Et si Bayard est à Amboise c’est sur l’impulsion du Chambellan Philippes de Commynes, grand diplomate, parfois en disgrâce mais qui sait rebondir sur ses pieds.

Ce jour du début d’avril 1498, se déroule en la cour du château d’Amboise, un grand tournoi de jeu de paume. Le comte de Lusignan, l’un des favoris, vient de se faire battre par un jeune chevalier inconnu, Pierre de Terrail dit Chevalier Bayard, devant les yeux ébaubis de damoiselle Héloïse Sanglar, la fille de l’apothicaire. Une belle jeunesse affligée d’un pied bot. Bayard hérite d’un trophée qui l’embarrasse, fort peu habitué aux honneurs. Il fait don de la cocarde qui lui échoit à cette fort mignonne personne qui n’a d’yeux que pour lui. Le lendemain, il va se confronter à Giacommo Nutti, vainqueur du duc de Nemours, donné pourtant comme favori. Giacommo Nutti est envoyé spécial du duc de Sforza, lequel aimerait s’allier au roi de France pour combattre ses ennemis. Mais ceci est une autre histoire que l’on peut découvrir au travers du roman de Mario Puzo : Le sang des Borgia.

La confrontation opposant Lusignan à Bayard a eu pour spectateurs Charles VIII ainsi que son épouse Anne de Bretagne et son conseiller Commynes qui conversent en le cabinet de travail du monarque. Anne de Bretagne et Commynes quittent le roi, empruntant pour se faire, un goulet menant aux escaliers descendants. Or ce couloir est plongé dans une pénombre qui va s’avérer funeste. A un moment Commynes trébuche et afin de garder l’équilibre s’accroche à la croix pectorale de la reine, croix qui choit à terre. Il se baisse afin de récupérer en tâtonnant le bijou et enfin ils peuvent joindre l’escalier. A ce moment ils entendent un grand cri. Stupeur les gagne et ils retournent sur leurs pas après un moment d’indécision.

Le roi gît là où ils se tenaient peu avant à la recherche de la croix. Nul doute que le front d’icelui a percuté violemment une poutre provoquant sa chute et son évanouissement. Anne appelle les gardes et de retour sur le lieu de l’accident elle apprend qu’elle est devenue veuve.

Un conseil est prévu afin de désigner le nouveau roi, car Charles VIII n’avait pas de descendant et Anne ne peut prétendre à régner. Le seul successeur de la proche parentèle ne peut être que le duc d’Orléans, mais pour cela, il faut qu’il obtienne l’aval du conseil, ce qui n’est pas encore acquis. A la sortie du conseil, Commynes est abordé par Bayard lequel lui révèle en catimini que le roi a été assassiné. Le conseiller ne peut que se rendre à l’avis du chevalier, lequel démontre que la petitesse du roi, petitesse physique s’entend, était incompatible avec la hauteur du couloir et de la poutre. Une réflexion qui sera confortée peu après lorsque le médecin requis constate que dans la plaie qui a peu saigné une écharde est fichée. Or nul morceau de bois est présent dans les parages.

En aucun cas cet accident ou meurtre ne peut être divulgué et annonce est faite que le roi est malade. Plus tard le décès sera déclaré consécutif à maladie foudroyante. La finale du tournoi de tenetz, autre nom du jeu de paume et ancêtre du tennis actuel, doit se dérouler dans des conditions normales. Nutti et Bayard s’affrontent dans la lice et première balle est lancée par l’envoyé milanais. Bayard reçoit en plein front l’esteuf mais sa solide constitution lui permet de se remettre rapidement sur pieds. En observant cet esteuf il constate que celui-ci n’est pas réglementaire mais contient des pierres et de la ferraille, ce qui formellement prohibé. Bayard gagne ce tournoi, ce qui augure de bons auspices sous les yeux énamourés de la belle Héloïse. Toutefois le décès du roi est problème qui trottine dans son cerveau meurtri. Il scrute avec attention le couloir fatal, cherchant à découvrir un passage secret, en vain. Sur les conseils de Commynes il se rend dans la bibliothèque du manoir du Clos Lucé, la résidence d’été de la reine nommé aussi manoir du Cloux, situé à quelques cinq cents verges (ou trois cents toises si l’appellation verge ne vous agrée pas) de la demeure royale.

Bayard se fiant à la sapience du conseiller se rend donc nuitamment en la bibliothèque royale afin de compulser les archives consacrées à la construction et aux aménagements du castel et plus particulièrement à l’étage où s’est déroulé le drame. Il ne trouve rien de spécial mais, alors qu’il a terminé son inspection, un inconnu lui cherche noise. Bayard est un valeureux bretteur et il parvient à échapper à son agresseur tout en remarquant que celui-ci est affligé d’une marque au cou, un angiome disgracieux. Il s’agit du Defeurreur, assassin appointé dont l’identité de l’employeur reste à découvrir.

 

C’est le début des ennuis pour Bayard et pour sa belle ainsi que pour le père d’icelle. Traquenards, tortures, envoûtements et autres guet-apens ponctuent cette aventure qui n’est bien évidemment qu’une fiction, issue d’une supposition, d’une hypothèse qui se veut imaginaire mais somme toute plausible, comme le signifie Eric Fouassier dans sa note historique.

La reconstitution de l’époque est plaisante et l’emploi de mots désuets, obsolètes, fort bien venu. Il ne s’agit pas d’un récit didactique sur cette période qui s’inscrit entre la fin languissante du Moyen-âge et les débuts timides de la Renaissance.

Le lecteur assiste en spectateur à un tournant de l’histoire, un incident de parcours qui comme bien d’autres possède son mystère et que les chroniqueurs de l’époque ne pouvaient relater, soit parce qu’ils n’étaient pas témoins, soit parce que ceux qui étaient présents ne pouvaient narrer la vérité par diplomatie ou confrontés au devoir de réserve.

 

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Parution janvier 2012.

Première édition : Pascal Galodé éditeurs. Parution janvier 2012.

A lire également d'Eric Fouassier :

Eric FOUASSIER : Bayard et le crime d’Amboise. Collection Le Masque Poche. Editions du Masque. Parution le 1er février 2017. 350 pages. 7,90€.

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 06:47

Le boulanger a-t-il été roulé dans la farine ?

Hervé HUGUEN : L'étrange absence de monsieur B.

Comme souvent, tout part d'une coïncidence, d'une rencontre inattendue et inopinée, voire accidentelle.

L'hiver sévit et à cause d'une voiture qui va trop vite et d'une plaque de verglas, une femme glisse et commotionnée elle est portée dans le café proche où Guillemet, le journaliste, attend une amie qui se fait désirer, même si ce n'est pas son prénom.

Cette femme qui reprend tout doucement ses esprits, grâce au verre de cognac obligeamment proposé par la bistrotière (ce qui est une erreur, pensez donc si un test d'alcoolémie était effectué, quel serait le résultat !), et Guillemet reconnait Charlotte Reyer, dont il a recueilli le témoignage lors du procès Kaltenberg.

Elle était la maîtresse d'un escroc qui avait défrayé la chronique à plusieurs reprises et venait de sortir depuis quelques semaines après avoir purgé trois années de prison. Guillemet, qui se dit que son rendez-vous galant est avorté, offre ses services pour ramener Charlotte chez elle à Arradon, à quelques kilomètres de Vannes où ils sont présentement.

Charlotte accepte, sa cheville étant momentanément hors course, et arrivée sur place, à moitié pompette, elle narre au journaliste une histoire qui au premier abord pourrait sembler insensée mais ne laisse pas Guillemet insensible. Elle n'a pas revu Kaltenberg depuis un mois, et elle s'en porte aussi bien, mais ce n'est pas ça qui la tracasse, à moins que ce soit lié, elle pense qu'elle a été victime d'un accident programmé. Peut-être parce qu'elle a assisté d'une imposte de l'étage à un étrange manège nocturne.

Deux individus poussant une brouette contenant le corps nu d'une personne, empruntant un passage longeant sa maison, et s'enfonçant dans la tourbière proche. Détail important les deux inconnus possédaient une pelle.

Dans le doute, Guillemet ne s'abstient pas et il en informe son ami le commissaire Nazer Baron qui se charge de cette enquête qui lui ne doute pas non plus de la véracité de cette histoire. Alors Nazer Baron se rend à Vannes et en compagnie d'un inspecteur de police local il entreprend des recherches. D'abord savoir ce qu'est devenu Kaltenberg, au cas où l'escroc serait impliqué dans une vengeance à l'encontre de son ancienne maîtresse, et à savoir si des disparitions inquiétantes ont été signalées dans la région.

Justement à Lorient un boulanger-pâtissier qui a réussi et monté une entreprise artisanale n'a plus donné signe de vie depuis une semaine. Monsieur Buisson s'est évaporé dans la nature. Or bizarrement, sa femme n'a pas la conscience tranquille. Elle fréquente un ami, que l'on pourrait qualifier de petit, si ce terme désuet est plus souvent réservé à des adolescents qu'à des quinquagénaires. De plus Buisson avait signé devant notaire la vente d'un immeuble, à perte, le couple étant en instance de divorce, ce qui évidemment ouvre de nombreuses perspectives au commissaire.

 

Un roman de facture classique qui s'apparente aux romans dits durs de Georges Simenon et à quelques Maigret. Le côté psychologique des personnages est assez fouillé, mais pas ennuyeux comme cela arrive parfois lorsque le psychique prend le pas sur l'action.

Pas de tension non plus entre les policiers, de Vannes et de Lorient, qui apportent leur aide et leur contribution à Nazer Baron avec efficacité même si parfois il arrive qu'une certaine indolence règne. Tout tourne autour de Buisson et de son absence, de cet argent qu'il a reçu mais dont il n'existe nulle trace. Des zones d'ombre s'élargissent autour du disparu, mais également sur son entourage. Tandis que l'énigme Kaltenberg persiste.

Un roman à l'intrigue qui semble simple, une fois qu'on a terminé le roman, mais qui réserve quelques bonnes surprises et des relances fort bien venues alors que le lecteur peut supposer que la narration s'enlise. Il n'en est rien, car tout est mis en place progressivement, avec justesse et assez de perfidie pour donner du relief.

Hervé HUGUEN : L'étrange absence de monsieur B. Série Nazer Baron N°10. Editions du Palémon. Parution le 23 septembre 2016. 272 pages. Version papier 10,00€. Version numérique 5,99€.

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 09:04

Bon anniversaire à Pierre Colin-Thibert

né le 29 janvier 1951.

Colin THIBERT : Le bâtard de l’espace.

Projetant, dans un futur plus ou moins proche, des faits de société, pseudo culturels ou scientifiques, Colin Thibert extrapole avec une ironie grinçante des petits événements qui semblent de prime abord anodins. Seulement il faut se méfier de ce que l’avenir nous réserve.

Dans Le bâtard de l’espace, nouvelle éponyme de ce recueil, des producteurs de télévision ont imaginé, afin de redorer leur blason et reconquérir une part d’audience qui fléchit, de réaliser un nouveau concept de Loft Story à bord d’une navette spatiale. Bien sûr les dés sont pipés, seulement pendant que les téléspectateurs se focalisent sur cette émission, des actes graves se déroulent sur Terre.

Fauché par un camion alors qu’il s’amusait en skate, le héros de Bonheur et Alacrité se réveille dans une chambre d’hôpital en 3057. Décédé, il avait été cryogénisé, et c’est par hasard que son corps a été découvert. Les êtres humains sont devenus plus paisibles, plus tolérants, plus calmes, plus pacifiques. Mais il suffit d’une visite, en compagnie d’autres élèves, d’un musée pour que tout se dérègle.

Dans Pivorce un jeune adolescent rencontre un avocat afin de se plaindre des mauvais traitements qu’il subit de la part de ses parents. Il veut pivorcer, comme les parents qui divorcent. Mais ses revendications sont-elles recevables ?

Le jour de ses quinze ans Lionel a comme cadeau d’anniversaire la surprise d’apprendre que son père lui a programmé un clone, pour si un jour il lui arrivait un accident. Tel est le point de départ de Alter Ego, une nouvelle qui prouve que parfois il est plus commode de se retrancher dans la facilité que d’affronter l’adversité.

Nettement plus poignante Le cobra nous entraîne à la suite de touristes qui découvrent avec effroi que dans le pays qu’ils visitent, de nombreux autochtones sont handicapés. Se renseignant auprès de l’un d’eux, ils apprennent avec horreur que tous ces mutilés vendent soit un œil, soit un bras, soit une jambe pour survivre.

Dans Vendredi sur la huitième lune, un chercheur de sélénium va se rendre compte, à ses dépens, qu’il n’est pas bon de trafiquer un robot, même s’il manque de compagnie. Quatre autres nouvelles complètent ce recueil qui s’intéresse à l’avenir, notre avenir, et sous couvert d’un humour souvent ravageur, décapant, et nous amène à réfléchir à un soi-disant progrès. A classer auprès des ouvrages de Fredric Brown.

 

Colin THIBERT : Le bâtard de l’espace. Nouvelles. Editions Thierry Magnier. Parution 19 janvier 2009. 186 pages. 10,10€.

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 13:59

Le jour se lève sur ma peine alors, le monde entier fait l'amour...

ou la mort, c'est selon !

Alexis AUBENQUE : Aurore de sang.

Dans quelques jours, Nimrod Russell pourra retirer sa plaque de détective privé et réintégrer le corps de police de White Forest. Une semaine à attendre et il fera à nouveau faire équipe avec Tracy Bradshaw. Ils s'entendaient bien ensemble, résolvant les affaires qui leur étaient confiées avec sérieux et compétence. Une complicité réduite uniquement à de l'amitié, c'est déjà beaucoup, pour ne pas dire le principal.

Pendant ce temps Tracy confie à son amie Holly, qui cumule les fonctions de restauratrice et de maîtresse de Nimrod, qu'elle ne veut pas changer de coéquipier. Pourtant la place reviendrait tout naturellement à Nimrod, mais Scott, avec qui elle travaille depuis trois ans, même s'il n'est pas aussi futé que son prédécesseur, n'a pas démérité. Et ce serait lui faire injure que de l'écarter au profit d'un revenant.

En parlant de revenant, justement l'ex-épouse de Nimrod débarque chez lui sans prévenir. Elle a besoin de lui. Si Nimrod et elle ont rompu, c'est parce qu'elle avait batifolé avec Paul Gibson et il n'avait pas apprécié ce coup de canif dans les draps. Depuis Judith s'est mariée avec le fameux Paul, ils ont eu un gamin, Adam, et puis ils ont divorcé. La logique des choses en quelque sorte. Sauf que Judith et Paul ont la garde partagée du petit Adam, et que Paul refuse de le restituer à sa mère et qu'il a disparu avec le gamin.

Après un premier contact houleux, Nimrod accepte d'aider la jeune femme dans ses recherches. Afin de s'imprégner de l'atmosphère de cette recherche et de mieux cerner le profil des différents protagonistes, Paul et Adam, car il connait déjà le caractère versatile, bipolaire, naïf, impétueux de Judith, il se plonge dans la série de photos que la mère possède dans son ordinateur. Et l'une d'elle, que Judith rechigne à montrer, accapare son attention. Elle représente Judith et Paul vêtus comme des affiliés à une secte.

Elle avoue avoir été membre de La Vérité Première, dont il n'a jamais entendu parler, mais s'en être détachée, tandis que Paul, qui l'avait entraînée, en fait toujours partie. Cette information ouvre des horizons à Nimrod dont il ne soupçonne pas les ravages auxquels il va être confronté.

 

Pendant ce temps Tracy est occupée avec Scott sur une scène de crime. Le corps d'un homme a été retrouvé dans les bois, à moitié déchiqueté par des bêtes. Le visage est méconnaissable et rien, pour le moment peut indiquer son identité. Après avoir effectué quelques prélèvements sur place et les avoir méticuleusement rangés dans des sachets plastiques, ils rentrent au commissariat. A environ un kilomètre de là vit dans une maison de maître un philanthrope. Il paraît que cela existe encore.

Au dehors une manifestation d'écologistes se déroule avec en tête Sam Dafoe, le leader activiste quinquagénaire qui vitupère contre l'arrivée massive de touristes, arrivée favorisée par les compagnies maritimes, qui dégradent l'écosystème de cette région. En effet, nous sommes le 25 août, et dans deux jours, les aurores boréales seront impressionnantes.

C'est dans cette ambiance de liesse et d'affrontements que Tracy et son coéquipier Scott d'une part, Nimrod d'autre part toujours accompagné de Judith qui loge chez lui, il n'a pu faire autrement, enquêtent chacun de leur côté. Jusqu'au moment où justement ces deux affaires se trouvent en interconnexion, et que Tracy, qui en premier lieu pense que Nimrod marche sur ses brisées, et l'ancien détective, réintégré plus tôt que prévu, vont être amenés à essayer de boucler les deux affaires conjointement.

Ce n'est pas à un épilogue auquel le lecteur est confronté mais à des scènes que l'on pourrait qualifier de choc.

 

Alexis Aubenque est-il un manipulateur de lecteur ou, comme bon nombre de romanciers l'affirment, se laisse-t-il déborder par ses personnages, telle est la question qui se pose après avoir lu ce roman qui ouvre de nouvelles perspectives et offre une machination complexe.

En joueur d'échecs, mais l'est-il ? Alexis Aubenque dispose sur l'échiquier de son récit les différents pions qui vont influer sur l'histoire. Il multiplie les combinaisons pour mieux contrer son adversaire, le lecteur en l'occurrence, et l'emmener dans des chemins qui paraissent balisés mais recèlent des pièges.

Si l'intrigue est complexe à souhait, ce sont surtout les pions, enfin les personnages qui forgent la solidité de l'histoire. Et l'imbrication entre les proches de Tracy et Nimrod ressemble à une toile de Pénélope (celle d'Ulysse, pas l'autre) construite patiemment, avec solidité, et pourtant recélant quelques accrocs.

Que ce soit pour Tracy ou Nimrod, la vie n'est pas toujours facile. Pourtant Tracy vit en famille avec un mari prévenant, Vernon, et un fils qui se rend chez la psychiatre de temps en temps. Nimrod est resté célibataire après le désastre de son couple, mais il est heureux en compagnie de Holly la restauratrice. Ils ne vivent pas en couple mais aiment se retrouver. Sauf quand des impondérables viennent perturber cette belle entente, comme l'inconstante Judith dont le jeu est particulièrement dangereux.

Mais Nimrod possède son chemin de croix en la personne de son père Seth, violent et alcoolique, responsable d'une enfance douloureuse qu'il a tenu à gommer. D'autres protagonistes interfèrent dans ce récit, souvent néfastes et donc ne comptez pas sur moi pour dévoiler leurs noms, cela risquerait de déflorer l'histoire. Mais un mot quand même pour dire qu'Abigail, la mère de Nimrod, se permet de se glisser de temps à autre entre les chapitres. Et c'est ainsi qu'on découvre peu à peu cette enfance dont Nimrod aimerait pouvoir se débarrasser à tout jamais, et de son père par la même occasion.

 

Alexis AUBENQUE : Aurore de sang. Collection La Bête noire. Editions Robert Laffont. Parution le 17 novembre 2016. 368 pages. 20,00€.

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