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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 07:43

Devenir un criminel, ça ne se décrète pas, c'est une réponse adaptée à des circonstances particulières.

Maryse RIVIERE : Tromper la mort.

L'Irlande, son folklore, ses vertes étendues sauvages, son saumon, son whisky, sa soif de liberté... L'Irlande, terre d'accueil, terre d'asile, terre de refuge également pour des individus en délicatesse avec la justice française.

Yann Morlaix, qui vient d'échapper à un éboulement dans les carrières situées sous la Butte Montmartre part en Bretagne, cherchant un point de chute chez son ami Le Bihan.

La police criminelle parisienne est persuadée que Morlaix est enfoui sous les roches et une coulée de béton devrait boucher les issues. Le capitaine Damien Escoffier est soulagé et va pouvoir passer à autre chose, car Morlaix quitte enfin son environnement.

Le Bihan n'a qu'une solution à proposer à Morlaix, embarquer en catimini pour l'Irlande où il connait une sexagénaire qui pourra l'aider. Muni d'une nouvelle identité Morlaix trouve, grâce à Susie O'Brien, la relation de Le Bihan, du travail, soit des remplacements à droite et à gauche, jamais bien longtemps, soit des missions de transport pour Charlie. Morlaix livre de tout, surtout des produits prohibés, en différents lieux et même en Irlande du Nord. Il s'est installé à Dublin et on n'entendrait plus parler de lui si ce n'était qu'il est habité par La Force.

 

Deux ans que Morlaix est en Irlande et à nouveau il va faire parler de lui. Des jeunes femmes sont retrouvées assassinées, enfouies dans la tourbe, ça conserve, et les policiers irlandais comparent les traces d'ADN. Trois corps et toujours le même meurtrier. Or en rapprochant les différents fichiers à leur disposition Curtis et Lynch découvrent que l'individu recherché se nomme Yann Morlaix originaire de France. Ils se rendent immédiatement à Paris et rencontrent Damien Escoffier et ses supérieurs. Les policiers français sont abasourdis, mais les preuves sont accablantes et irréfutables.

Les parents de Lisa, une jeune femme ayant connu Morlaix et qui effectue des séjours en unité psychiatrique régulièrement, remettent à Damien des cartes postales. A part l'adresse, aucun texte. Les images représentent des illustrations du Livre de Kells, un manuscrit médiéval. Quatre cartes postales, pour trois jeunes filles retrouvées. Un corps serait donc dans la nature. L'analyse graphologique confirme l'identité de l'expéditeur.

Damien Escoffier, qui est toujours traumatisé par la perte quelques années auparavant, de sa compagne et pense avoir trouvé une compensation avec une collègue mutée à la Financière, part pour l'Irlande. Il est accueilli par Thomas, agent de liaison français qui travaille en coordination avec les policiers chargés de l'affaire. Damien est reçu chez Thomas et sa femme et va bientôt faire la connaissance d'Alexia Costa qui est employée à l'Alliance française. Entre les deux jeunes gens le courant passe rapidement. Mais le travail avant tout. Ils interrogent Susie O'Brien qui ne peut que leur confirmer avoir hébergé quelques temps Morlaix.

Maryse RIVIERE : Tromper la mort.

Dans cette histoire dont la genèse est décrite peu à peu, l'affrontement entre le tueur et le policier français va devenir intense. Nous suivons à la trace plus particulièrement les deux hommes même si d'autres personnages interfèrent dans cette intrigue. L'homme habité par la Force, laissant délibérément des traces de son passage, est peu à peu traqué. D'autant que Charlie son employeur apprend ses antécédents par les médias. Mais malgré tout, ou justement à cause de ce passé, Charlie va confier une autre mission que celles qui lui sont originellement dévolues. L'étau se resserre, mais étreint également le lecteur.

 

Construire une intrigue policière sans insérer une résonnance à l'IRA eut été partiale et impensable. Le fantôme (?) de l'IRA est toujours présent, les tensions existent encore même si l'on en parle moins. Les antagonismes religieux mais surtout la présence britannique, un affront pour les Irlandais, ne peuvent être balayés d'un coup de manchette. Mais l'IRA ne constitue pas le ressort fondamental de l'histoire même si une des racines de l'intrigue plonge dans la tourbière de la révolution pour la liberté, le mysticisme prend également une grande part avec les reproductions du Livre de Kells. Mysticisme dans l'esprit d'un homme sans englober pas tout le récit. Même si Damien Escoffier et ses collègues irlandais s'aperçoivent que les femmes assassinées portent toutes un prénom traditionnel.

C'est bien l'Irlande dans son ensemble, sans frontière, qui habite ce roman, avec son passé douloureux, exacerbé, insulaire, mais aussi sa grâce, sa générosité, son accueil, ses paysages. Le trèfle irlandais, le shamrock, ne comporte que trois feuilles, et donc n'est pas synonyme de porte-bonheur, pourtant loin des guerres, le bonheur est à portée de mains, pour peu que la finance ne s'en mêle pas. Dublin et ses quartiers déshérités et ses immeubles en attente de réfection.

Hommage donc à l'Irlande par le biais d'un roman policier qui a largement mérité ce Prix du Quai des Orfèvres 2015.

 

Maryse RIVIERE : Tromper la mort. Prix du Quai des Orfèvres 2015. Editions Fayard. Parution le 19 novembre 2014. 384 pages. 8,90€.

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 13:29

Du miroir ?

Gilles VIDAL & Francine ANDRES : De l'autre côté.

Entre bande dessinée à l'ancienne dont les textes sont en dessous des vignettes et bande dessinée moderne avec phylactères incrustés, De l'autre côté nous plonge dans un univers mélangeant Anticipation, Fantastique et Onirisme noir.

Le narrateur, qui se prénomme Julius, vient d'échapper à une rafle qui n'a pas épargné ses parents. La ville de Markszbourg, et plus particulièrement son quartier le Blok III est sous la coupe du Blokmaster. Ses sbires, des hommes habillés d'uniformes gris métallique, ont enlevé son père et sa mère, auxquels il n'était pas vraiment attaché, et Julius se retrouve à la rue. Il a épongé les dettes et se déambule sans un fifrelin en poche. D'ailleurs tout se paie par cartes informatisées. L'argent ne circule plus, ou alors il s'agit de troc.

Après avoir erré dans la cité, Julius recherche de la nourriture, la plupart du temps sous forme de plaquettes nutritives. Il voyage en stop à bord de tankers qui daignent le prendre à bord. Il pense pouvoir continuer jusqu'à ce qu'une voiture s'arrête non loin de lui. Alerte ! Il prend ses jambes à son cou, perdant dans la foulée une chaussure et s'écroule sous des arbres dans la forêt proche.

Changement de décor, les lieux maudits de science-fiction sinistres et funestes, déshumanisés, laissent place à la nature vivifiante et propice aux rêves éveillés. Mais est-ce un rêve que cette jeune fille qu'il aperçoit sur la berge d'un lac ?.

 

Gilles Vidal ne fait qu'anticiper ce que tous nous redoutons : l'emprise tyrannique du progrès à outrance, la perte du goût des choses simples. L'homme est dépossédé de sa liberté en voulant s'affranchir par l'informatique et ses dérivés de contraintes qui sont encore plus contraignantes avec améliorations de la vie courante fallacieuses.

Francine Andrès met ses pinceaux au service du texte, alternant les styles, les adaptant au texte. Elle passe allègrement du flou évanescent en touches déclinant toutes les nuances du noir et blanc avec des gris pastels ou en lavis, aux traits fins et précis géométriques, aux figurines en ombres chinoises au pochoir ou encore aux personnages esquissés à traits rapides comme des ébauches. Mais ceci n'est que l'avis d'un ignare en peinture qui décrit sa propre perception des images.

Gilles VIDAL & Francine ANDRES : De l'autre côté.

Gilles VIDAL & Francine ANDRES : De l'autre côté. Nouvelle graphique. Editions du Horsain. Parution le 1er décembre 2014. 46 pages. 9,00€. Version numérique aux édition Ska. 3,99€.

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:44

L'Atlantide, l'Atlantide, je la veux et je l'aurais...

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, mystère en Atlantide.

C'est ce qu'aurait pu chanter Zeus en se présentant brusquement devant Jean-Philippe Lasser, détective des Dieux malgré lui. Avec l'aval d'Isis, Zeus requiert les services de notre Gaulois exilé en terre égyptienne car il a un service à lui demander. Il exige même, car les Dieux, Grecs ou autres, sont comme ça. Ils ne quémandent pas ils somment. Mais si l'argent est au bout de leur main, pourquoi pas.

Pour l'heure Zeus est en possession d'un disque d'argile d'une vingtaine de centimètres de diamètre, qui ne lui a pas été remis par le Discobole, mais comporte des hiéroglyphes dont l'origine est inconnue. Ce que désire le Dieu Grec, Lasser ne va pas tarder à l'apprendre après un transfert téléporté et instantané du Caire jusque sur l'Olympe. Comme à chaque choix qu'il est obligé à utiliser ce moyen de transport Lasser est malade, d'autant que la veille il a abusé des bonnes choses, dont le whisky en particulier. Le nectar des dieux pictes ne fait pas toujours bon ménage avec son estomac, surtout lorsque celui-ci est bringuebalé. Mais laissons Zeus s'exprimer à l'écart des oreilles indiscrètes.

Il faut retrouver l'Atlantide !

 

Pas de tergiversation possible, même si Lasser, lassé d'être pris pour une marionnette, rechigne quelque peu, Zeus est catégorique. Il faut retrouver l'Atlantide, ce royaume disparu six mille ans auparavant. Car une poignée d'Atlantes auraient échappé au naufrage de leur île située quelque part à l'Ouest et auraient constitué une communauté. Or ce que Zeus désire par dessus tout, c'est d'imposer les Dieux grecs à ces Atlantes siégeant Dieu sait où mais pas lui. Une clé pourrait résoudre une partie de l'énigme sur l'île de Crête, au lieu dit Phaistos. Il s'agit d'un autre disque en argile situé dans des ruines non loin du célèbre labyrinthe construit par Dédale et où Thésée à vaincu le Minotaure. Le gros problème, c'est que Poséidon, le frère de Zeus, désire lui aussi savoir où se trouve l'Atlantide. Et comme depuis des millénaires, les deux frangins se combattent pour des broutilles, Lasser risque d'encaisser des éclaboussures. Et ça ne va pas manquer. Mais n'anticipons pas puisque l'histoire se déroule en 1936.

 

Lasser est projeté à nouveau au Caire puis va se rendre à Alexandrie, ville abritant la Très Grande Bibliothèque, car un colloque doit s'y tenir. L'affiche annonçant cet événement représente justement cette pierre hiéroglyphée. Isis attend de pied ferme son détective préféré, et après l'avoir passé oralement à la question, elle aussi veut savoir où est située l'Atlantide. Car il n'y a pas de raison que Zeus avance ses pions et installe ses dieux dans la cité, sans qu'Isis puisse elle aussi convertir les Atlantes réputés sans Dieu, ni lieu.

Lasser se rend avec son amie et secrétaire Fazimel qui cumule la fonction de réceptionniste à l'hôtel où loge le détective en temps normal à Alexandrie, ville agréable pour les touristes mais qui va réserver de nombreux problèmes à nos enquêteurs. Lasser retrouve son ami U-Laga-Mba qui s'occupe de l'édifice culturel, rencontre Anta Mirakis, un universitaire spécialiste de l'histoire des civilisations de la Mare Nostrum plus des agresseurs qui s'en prennent à Fazimel, assommée d'un coup de gourdin et transportée à l'hôpital dans le coma. Ce n'est que le début car Lasser croise en chemin Hussein Pacha, son meilleur ennemi. Enfin direction la Crête, sur le bateau de Gabian, celui qui lui avait permis de quitter la Gaule quelques années auparavant. Nefertoum, le fils de Sekhmet impose sa compagnie, mais les aléas vont démontrer que la faculté du demi-dieu de se transformer en chat, devenant Ouabou, sera souvent bénéfique pour Lasser, sauf lorsqu'il est d'humeur exaspérante ce qui lui arrive souvent. Amr, le Djinn qui peut se rendre invisible, est lui aussi du voyage.

Voyage mouvementé qui va conduire Lasser and Co en Crête, puis en Phénicie (aussi !), et même ailleurs. A l'ouest il y a toujours du nouveau ! Poséidon n'est pas un Dieu facile et il s'évertue à contrecarrer la balade maritime du détective et ses amis, en soulevant des tempêtes, en lançant contre le navire un Kraken virulent et hargneux, et autres joyeusetés qui n'étaient pas inclues dans le prix de la croisière à l'origine. Les Gentils Organisateurs de ce club méditerranéen en possèdent pleins leurs poches et leurs besaces. En parlant de besace, heureusement qu'Isis a fourni à Lasser une bourse (le porte-monnaie !) dans laquelle il peut enfiler le disque crétois, lequel rapetisse jusqu'à devenir aussi encombrant qu'une pièce de monnaie.

Disque de Phaistos et KrakenDisque de Phaistos et Kraken

Disque de Phaistos et Kraken

Comme vous l'aurez compris ce voyage est fort mouvementé, d'autant que j'ai oublié de vous dire que Médée s'est invitée lors d'une escale. Et entre Médée et Lasser, c'est un peu je t'aime moi non, selon les jours et les circonstances. Et même une descente en sous-marin comme le suggère si bien la couverture, dessin assumé par Ronan Toulhoat l'inspiré.

 

Le lecteur va passer par toutes les émotions, et ressentir les embruns, les vagues également lui fouetter le visage, visiter du pays, être immergé... dans l'action. Amours, aventures, baston, exotisme, découvertes scientifiques et mythologiques, retrouvailles avec le Minotaure et sa compagne, les descendants du vrai et unique humain à tête de Taureau (ce qui me fait penser en aparté que ce n'est pas parce qu'on n'est pas castré, sinon ce serait un bœuf, que l'on est à l'abri de porter des cornes), tout est prévu et même le reste pour le plaisir du voyageur en fauteuil.

 

Lasser, dont la propension à ingurgiter du whisky n'est plus à démontrer, va devoir suite à un pari stupide se confronter à Hussein Pacha, une séquence qui n'est pas piquée des... verres. Lasser aimerait bien parfois que les Dieux l'oublient, mais comment résister à un ordre, au risque de se voir vaporiser, pulvériser, volatiliser, et j'en passe. Et comme il y a toujours quelques babioles en or à récolter, il ne faut pas non plus faire la fine bouche. Si Lasser possède quelques défauts, mais qui n'en a pas, il a un sens civique inné et il anticipe les règles du Code de la route puisque, lorsqu'il s'installe dans la Coccinelle rose de Fazimel, il n'oublie pas de mettre sa ceinture ! . Enfin référence est faite à un ouvrage paru quelques années auparavant, en 1919 pour être exact, ayant pour décor l'Atlantide. Un roman ayant connu un énorme succès, dont l'auteur plaçait l'Atlantide dans le désert. L'auteur n'est autre que Pierre Benoît qui écrivit de nombreux romans ayant pour cadre l'Afrique du Nord, région où il a vécu dans sa jeunesse.

Si vous ne vous y retrouvez pas dans le nom des personnages et pour avoir une vision d'ensemble des aventures de Lasser, je vous propose deux liens sur mes chroniques précédentes.

Et puisque je l'ai évoqué, une chronique sur la biographie de Pierre Benoît.

Sylvie MILLER & Philippe WARD : Lasser, mystère en Atlantide. Editions Critic. Parution 3 avril 2014. 352 pages. 18,00€.

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 13:20

Bon anniversaire à Daniel Pennac né le 1er décembre 1944.

Daniel PENNAC : La petite marchande de prose.

Tandis que certains de ces prédécesseurs, et plus particulièrement Jean Vautrin, ont dû changer de boutique pour être acceptés par l’intelligentsia littéraire, Pennac n’a eu que le mal d’effectuer une ascension allègre tout en blanchissant la couverture de ses romans. Mais ne risquait-il point se faisant de se trahir, de perdre l’esprit qui hantait ses deux précédents romans : Au bonheur des ogres et La fée carabine ? Que nenni ! Le plaisir de conter est toujours le même, la narration tout à la fois drôle et poignante, comique et dramatique. Pas de longues digressions, mais des images choc, des métaphores hardies mariant le noir et le blanc en une communion où la littérature se trouve sublimée. La guerre des chapelles n’a plus lieu d’être…

J.L. Babel, alias JLB, auteur à succès de romans sur la Finance — ersatz de Paul Loup Sulitzer — voit ses ventes se stabiliser, pour ne pas dire régresser. Mais l’homme qui se cache derrière cet auteur ne peut, et surtout ne veut révéler sa véritable identité, aussi, à l’initiative de la Reine Zabo, qui préside aux destinées des Editions du Talion, Benjamin Malaussène endosse la défroque de l’écrivain. Mais, comme si ses malheurs de bouc émissaire-souffre douleur ne lui suffisaient pas, Clara, sa sœur de dix-neuf ans, veut se marier avec un directeur de prison, Clarence Saint-Hiver, âgé de cinquante-huit ans. Le jour du mariage, toute la tribu prend le chemin de la prison où doit se dérouler la cérémonie où ils apprennent le décès du promis, assassiné, suite à une révolte.

Le commissaire divisionnaire Coudrier, qui a déjà officié dans les précédentes aventures de Benjamin, n’est pas loin de penser et même d’accuser celui-ci d’être à l’origine de ce meurtre. Pour la sortie du prochain roman de JLB, Zabo a décidé de frapper un grand coup : dévoiler qui se cache derrière ces initiales en propulsant Benjamin sous les feux des projecteurs, le véritable JLB désirant rester dans l’ombre. Julie Corençon, la compagne de Benjamin, ne digère pas ce qu’elle considère comme une exploitation et un avilissement et quitte le domicile tribal en claquant la porte. Le même soir, Clara annonce qu’elle est enceinte.

Benjamin accepte la proposition de la reine Zabo en posant ses conditions. La première financière, la seconde étant de rencontrer le personnage qu’il doit remplacer. Un souhait rapidement exaucé. Il s’agit de Chabotte, un ex-ministre. Commence la campagne de publicité pour la parution du dernier roman signé JLB. Benjamin s’entraîne à répondre aux questions des journalistes, apprenant par cœur son texte. Arrive enfin le jour où Benjamin doit se produire à Bercy. Au cours de sa prestation, il est abattu par une balle de calibre .22. Julie assiste à cet attentat dans la salle. Le commissaire Coudrier, mis dans la confidence, rend visite à Chabotte qui décide de s’éloigner tant que l’assassin ne sera pas sous les verrous. Mais l’appartement est sous surveillance et l’auteur kidnappé. On retrouve son corps dans le bois de Boulogne. Un meurtre suivi de celui de Gauthier, son secrétaire.

Julie, successivement déguisée en Italienne, Autrichienne et en Grecque entame sa vengeance. A l’enterrement de Gauthier, nouvel attentat perpétré sur la personne de Calignac, le directeur des ventes des Editions du Talion. L’ex-inspecteur Thian, qui passe ses journées à servir de nourrice à Verdun, la dernière en date des sœurs de Benjamin, blesse le tireur réfugié dans un appartement. Pendant ce temps, Benjamin est dans le coma, alimentant la haine entre Berthold et Marty, deux chirurgiens, qui le considèrent, l’un dans un coma dépassé, donc cliniquement mort, l’autre dans un coma prolongé, donc vivant à part entière. La tribu campe dans la chambre de Benjamin afin d’empêcher Berthold de débrancher le respirateur.

Daniel PENNAC : La petite marchande de prose.

Dans La petite marchande de prose, coups de griffes et apologie de la littérature font bon ménage, le tout pour le plaisir du lecteur qui reconnaîtra les siens. Résumer ce roman foisonnant ou le burlesque côtoie parfois le pathétique, c’est vouloir transformer un baobab en bonzaï, en lui ôtant toute saveur. Plus qu’une histoire, ce sont des phrases, une écriture à déguster.

En voici quelques preuves :

« Les couloirs des éditions du Talion sont encombrés de premières personnes du singulier qui n’écrivent que pour devenir des troisièmes personnes publiques. Leur plume se fane et leur encre se dessèche dans le temps qu’ils perdent à courir les critiques et les maquilleuses. Ils sont gendelettres dès le premier éclair du premier flash et chopent des tics à force de poser de trois-quarts pour la postérité. Ceux-là n’écrivent pas pour écrire mais pour avoir écrit. »

 

« Un éditeur, c’est d’abord des couloirs, des angles, des niveaux, des souterrains et des soupentes, l’inextricable alambic de la création : l’auteur se pointe côté porche, tout frémissant d’idées neuves, et ressort en volume, côté banlieue, dans un entrepôt, cathédrale dératisée. »

 

Et comme l’humour aura toujours le dernier et bon mot : « Elle est née en colère ; elle dort comme une grenade dégoupillée. ».

 

Daniel PENNAC : La petite marchande de prose. Editions Gallimard, collection Blanche. 1990. Réédition Folio 3 octobre 1997. 420 pages.

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 08:35

L'heure, c'est l'heure !

Maurice LIMAT : Hold-up à midi trente.

Les employés de la succursale Wz du Crédit Expert attendent avec une impatience non feinte l’heure de la fermeture lorsque deux clients, dont une jeune femme Barbara, entrent à la dernière minute. En réalité ce sont deux cambrioleurs.

Le directeur de l’agence et ses subordonnés réagissent et arrivent presque à maîtriser les malfrats. Seulement l’un des employés, Jean-Claude, se range du côté des voleurs et fait pencher la balance en leur faveur. Il prend la fuite en compagnie des malfaiteurs. Dehors un comparse les attend à bord d’une voiture.

Le quatuor va embrouiller les pistes, abandonnant leur véhicule, utilisant l’autobus, changeant à multiples reprises pour enfin se retrouver dans un immeuble insalubre de la rue Mouffetard. Barbara entreprend Jean-Claude pour fausser compagnie à ses complices mais la tuile dégringole sur leurs têtes lorsque l’un d’eux découvrent que les billets sont faux.

Immédiatement Jean-Claude est accusé d’être un mouchard. Il s’enfuit de l’appartement et se réfugie sur les toits. Afin d’attirer l’attention des passants il plonge sa chemise dans un conduit de cheminée et le vêtement bientôt dégage des flammes. Les policiers arrivent et arrêtent la bande.

Effectivement Jean-Claude avait infiltré la bande sous l’impulsion de Farnèse et du président du conseil d’administration du Crédit export. Malgré sa répugnance à jouer les bandits le stratagème a réussi.

L’on se doute dès le début que Jean-Claude joue un double rôle, malgré tout l’histoire est plaisante à lire grâce à un rythme soutenu et des dialogues réalistes. C'était le bon temps des petits fascicules qui se lisaient vite et permettaient de passer le temps agréablement dans les transports parisiens. Et au moins, ils prenaient moins de place que l'étalement des journaux sur la figure des voisins de sièges.

Maurice LIMAT : Hold-up à midi trente. Collection Mon Roman Policier N° 279. Editions Ferenczi. Parution 3ème Trimestre 1953. 32 pages.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 15:46

Les héros de légende ne meurent jamais...

TARVEL & ALVES : La maison borgne.

On trouve de tout aux marchés aux puces, mais en général jamais l'objet recherché qui embellirait une collection.

Pour le célèbre détective Harry Dickson et son jeune assistant il ne s'agit que de se promener dans celui d'Islington, à Londres. Tom Wills est fougueux et impétueux, et lorsqu'il pense reconnaitre en l'un des badauds Mogg, le célèbre voleur d'enfants, il s'élance à travers la foule, bousculant au passage quelques dames qui n'apprécient pas être ainsi chahutées. Le fuyard échappe à Tom Wills qui dépité pense le reconnaître près d'un stand.

En proie à la vindicte de la foule, il est sauvé in extremis du lynchage par son maître, le célèbre Harry Dickson. Les deux hommes continuent leur déambulation jusqu'à un stand où un homme et sa fille s'intéressent à deux fioles qui, selon le marchand, ont appartenu à un exorciste et contiennent chacun un spectre. Un mouvement brusque de l'homme déséquilibre l'une des fioles mais juste avant de s'écraser à terre, elle se retrouve propulsée sur le comptoir.

Wendy, la fille d'Edwin Houghton, riche collectionneur d'objets anciens en tout genre, possède le don de déplacer les objets à distance. Ce qui se révèle plutôt bien pratique dans des cas comme celui-ci. L'homme habite une vieille demeure dans un petit village de Cornouailles près de la mer et naturellement, ayant reconnu Harry Dickson, l'invite à lui rendre visite.

Quelques jours plus tard, Dickson reçoit un appel téléphonique désespéré de la part de Houghton. L'un des domestiques a eu la malencontreuse idée de déboucher l'un des flacons. La curiosité est un vilain défaut, surtout quand le spectre ainsi libéré n'est autre qu'un tueur, Joe Gamp, qui perpétrait ses crimes dans les rues de Londres. Il avait été surnommé le Hacheur !...

Direction le manoir de Houghton où Dickson et son élève sont accueillis par Wendy sur le quai de la gare. Depuis cet événement la maison n'est pas sûre. Gamp a investi le corps de Ned, le serviteur, et Houghton et sa fille ont été obligé de se réfugier dans une humble maisonnette de gardiens. Goodfield le policier est déjà sur place en compagnie de quelques hommes ainsi que de journalistes toujours à l'affut de sensationnel.

Le spectre de Gamp occasionne de nombreux dégâts et continue ses méfaits, malgré les efforts conjugués d'Harry Dickson, son fidèle Tom ainsi que dans une moindre mesure Goodfield et Miss Wendy. Il n'est pas toujours bon d'agiter le flacon trop fort malgré le slogan secouez-moi, secouez-moi..., car un spectre éliminé ou presque, le second prend la relève sous la forme d'un pirate très vindicatif. Une vieille femme qui a fait le voyage dans le même compartiment que nos deux détectives, rednat visite à sa sœur se propose d'annihiler le combattant coriace en enfermant son spectre grâce à la collaboration d'une poule qui n'est même pas au courant du déjeuner qui lui est destiné.

 

TARVEL & ALVES : La maison borgne.

Le lecteur qui a pu apprécier les différentes aventures du Sherlock Holmes américain, créé dans les années 1920 en Allemagne puis traduites en néerlandais et réécrites par Jean Ray qui lui-même a imaginé de nouvelles histoires, ne sera pas dépaysé dans cette bande dessinée. Le scénariste Brice Tarvel, par ailleurs auteur de nombreux romans sous son nom ou sous celui de François Sarkel, et sous quelques alias puisqu'il poursuit actuellement les aventures de Bob Morane (encore un héros de légende !) s'est imprégné de l'atmosphère du talentueux auteur de fantastique. Et les dessins de Christophe Alvès collent parfaitement à l'intrigue.

 

Brice Tarvel induit une ambiance très "British" dans un univers empli de fureur et de rebondissements, n'oubliant pas le principal après le fantastique : l'humour ! Une histoire qui nous entraîne dans les années 1920, avec un petit côté délirant parfois mais si agréable que l'on attend la prochaine aventure qui est programmée sous le titre de Les anges aux semelles de plomb. Mais ce n'est pas la première incursion dans l'univers d'Harry Dickson qu'il effectue car il a déjà écrit de nombreuses nouvelles publiées sous le titre Les dossiers secrets d'Harry Dickson et qui sont à découvrir chez Malpertuis.

Quant à Christophe Alvès, son trait s'inspire de l'école belge, de la ligne claire, mais en plus fouillé, plus travaillé, plus dense. Les détails fourmillent dans ses vignettes mais sans alourdir le dessin. Un travail minutieux, méticuleux, propre, fin, qui n'est pas sans rappeler Tibet, dessinateur entre autres des aventures de Ric Hochet dont le scénariste était André-Paul Duchâteau.

Et ce genre d'ouvrage demande à être ouvert deux fois : la première pour lire l'histoire, la seconde pour disséquer les images que l'on a parfois occultées au profit de la lecture.

TARVEL & ALVES : La maison borgne. Harry Dickson 1. Grand West éditions. Parution le 2 juillet 2014. 48 pages. 15,00€.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 15:44

La Tulipe noire, c'est pas mal non plus...

James ELLROY : Le Dahlia noir.

En 1987, exactement le 17 octobre, alors que le festival du roman policier avait quitté Reims qui l'avait vu naître, pour s'installer à Grenoble le temps d'un week-end, Michel Lebrun faisait cette déclaration dans Libération :

James Ellroy, l'enfant du malheur, pratique en écrivant son propre exorcisme, ce qui est l'apanage des très grands romanciers. Oui, un astre blême vient de se lever dans la nuit de Polarland, qui risque bougrement d'influencer les marées noires. Des écrivains comme ça, dans le roman noir, on en découvre un tous les dix ans, pas plus.

En trois ans, James Ellroy s'était imposé en France, non pas comme écrivain de romans policiers mais comme écrivain tout court avec des titres comme Lune sanglante, La colline aux suicidés, ou encore A cause de la nuit, avant que paraisse Le Dahlia noir. Un être déchiré, écorché, obsédé par le passé, passé historique et passé personnel, qui hurle à la lune pour se débarrasser de toutes les scories de son enfance.

En revisitant Los Angeles, la Ville des Anges, qui porte bien mal son nom, James Ellroy exorcise ses démons. Le Dahlia noir relate le meurtre d'une jeune fille de vingt-deux ans, Betty Short, dont le corps nu et mutilé est découvert le 15 janvier 1947 dans un terrain vague. Un meurtre, une énigme jamais résolus. A rapprocher de l'assassinat de la mère d'Ellroy, alors qu'il n'avait que dix ans et passait un week-end chez son père. Ses parents étaient divorcés et s'établit la seconde fracture dans la vie d'Ellroy. Il deviendra voyou, alcoolique et réussira à s'en sortir grâce à l'écriture.

Aujourd'hui, Ellroy tient une éclatante revanche sur la vie, mais s'est-il vraiment remis de ses avatars ? Les éditions Rivages, qui doivent beaucoup à James Ellroy, qui entre parenthèses est beaucoup plus connu en France que chez lui aux USA, viennent de rééditer Le Dahlia Noir dans une collection Collector. Après avoir été publié en Grand Format, ce roman avait bénéficié d'une réédition format Poche dans la Collection Rivages/Noir sous le numéro 100, cent pour sang.

James ELLROY : Le Dahlia noir.

James ELLROY : Le Dahlia noir. Traduction de Freddy Michalsky. Première édition Mai 1988. Réédition Rivages Noir Collector. Parution le 19novembre 2014. 560 pages. 10,00€.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:01

A la soupe... !

Louisa KERN : Gaspacho.

La voiture tombée dans le contrebas, près d'une rive de la Garonne, et au volant Rodriguez apparemment mort. Elle s'en assure en lui balançant un coup de pied dans le flanc. Pour la narratrice, ce n'est pas le plus important. Elle a une épaule démise et tente de remettre à sa place le bras droit en se cognant contre un arbre. Là haut elle entend une voiture arriver. Pas de temps à perdre.

Après avoir subtilisé la bague de Rodriguez, et l'avoir ingérée, elle s'empare d'un sac de sport dans le coffre de la bagnole amochée, et elle court malgré ses blessures. Là-haut, ça se précipite. Ses poursuivants se précipitent dans le précipice afin de constater les dégâts, tandis que par un chemin détourné elle parvient en haut. Elle s'installe à la place du conducteur, farfouille dans la boite à gants, déniche un revolver et attend la remontée en file indienne de ses poursuivants. Ensuite, c'est comme au chamboule-tout, ils restent tous le carreau.

Elle quitte Toulouse pour rejoindre le Sud, loin, en bas vers les Pyrénées. Pas de pièces d'identité, c'est pas grave quand on a de l'argent, puisé dans le sac de sport. Et puis elle s'est installée dans une ruine, une vieille épicerie qu'elle a racheté et elle vend de tout, de l'alcool surtout aux ouvriers de l'usine non loin, acceptant de faire crédit mais pas trop aux mères de famille et proposant les charmes de Julieta, pas trop cher quand même, aux hommes qui frappent la nuit à la porte située sur le côté. Et puis Julieta n'a pas trop son mot à dire, elle l'a récupérée alors qu'elle n'avait pas encore quinze ans.

Bref tout irait bien, malgré son épaule toujours en vrac, et fume les petits joints depuis la fenêtre de sa chambre sise au dessus du commerce. Car elle se ravitaille elle-même en marijuana qu'elle produit dans son jardin, du bio. Et elle a toujours de la sangria ou du gaspacho frais en pichet pour les touristes perdus dans le coin et qui recherchent de l'authentique. Jusqu'au jour deux hommes déguisés en touristes avec lunettes et chapeaux débarquent.

 

Ceux qui se sont longtemps immergés dans les romans des années cinquante ou soixante retrouveront une histoire à la Peter Randa, auteur prolifique du Fleuve Noir qui a également été édité à la Série Noire sous le nom d'André Duquesne. Une histoire dans laquelle les malfrats occupent le rôle principal, tournant la plupart du temps sur une affaire de cambriolage qui finit plus ou moins bien. Mais Louisa Kern apporte une autre dimension, avec un petit air bucolique, car au lieu des éternels truands de sexe masculin c'est une femme qui s'exprime.

Les phrases sont ciselées, courtes, vives, comme des rafales de mitraillettes qui s'enchaînent les unes aux autres. Et elles font mouche, un tir précis presque à bout portant. Louisa Kern, un pseudonyme, je serais tenté de le penser, car le texte et l'histoire sont travaillées, avec juste les ellipses qu'il faut pour privilégier l'action sans perturber pour autant le lecteur. Et cette nouvelle pourrait très bien être la trame (certains disent Pitch !) d'un roman.

Vous pouvez commander cet ouvrage numérique et bien d'autres auprès de la Librairie Ska.

Louisa KERN : Gaspacho. Collection Noire Sœur. Editions SKA. 1,49€.

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 15:08

Une adresse à retenir ?

Hervé SARD : La catin habite au 21.

A l'origine, traiter une représentante du sexe féminin de catin était éminemment sympathique et adressé affectueusement à l'adresse d'une fille de la campagne. Encore de nos jours dans certaines de nos régions et au Canada, cela signifie également une poupée. Et je vous laisse imaginer la tête des parents, d'origine urbaine mais pas forcément polis, qui entendent quelques commères attribuer ce substantif à leurs gamines, pensant immédiatement à la terminologie triviale qui entoure ce mot. C'est comme cela que naissent les conflits. Un détournement de la langue française, et une guerre peut se déclencher.

Ce point lexical précisé, entrons maintenant dans le vif du sujet et suivons notre ami Gabriel Lecouvreur dans sa nouvelle aventure.

 

Une nouvelle fois Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, a du vague à l'âme. Sa copine Cheryl, coiffeuse de son état, est partie se ressourcer en Bretagne, avec au programme flagellation aux algues dans une centre de thalassothérapie haut de gamme. Cela n'empêche pas notre céphalopode de lire le journal, et d'être intrigué par un fait divers relaté dans le Parisien, son canard favori lorsqu'il stationne au café-restaurant du Pied de Porc à la Sainte-Scolasse. Ce n'est pas tant l'implantation d'un aéroport moderne à Sainte-Mère-des-Joncs qui le chagrine, quoiqu'il suit avec attention ce projet, mais parce qu'une femme a disparu du village où doit être aménagé ce terrain d'envol pas franchement indispensable. Et deux points d'interrogation se superposent dans ses rétines. D'abord la police n'a pas lancé d'enquête officielle. Ensuite parce que c'est un professeur à classer dans la catégorie des voyants extra-lucides qui a débusqué l'affaire en la signalant aux médias.

Francis l'amnésique, qui n'oublie pas de vider ses bocks de bière, connait bien le professeur Morillons, qu'il range dans la catégorie des fous intelligents. Et son truc à Morillons, outre d'avoir à l'origine créé un cabinet avec un confrère du nom de Rud, donnant ainsi l'appellation Rud & Morillons (jeu de mot avec Rue des Morillons, où se trouve le dépôt parisien des objets trouvés), son truc n'est pas pour déplaire au Poulpe. Le devin lit l'avenir dans la mousse de bière. Ce qui ne le fait pas mousser plus que ça. Dans la conversation, l'idée d'un tueur en série est lancée et une tournée de dix bières est en jeu. Pas pire qu'autre chose comme pari, faut faire marcher les petits commerces.

Effectivement le professeur Morillons se pose en farfelu. Il avoue être spécialiste en perte sans profit, d'ailleurs il est cul-de-jatte et aveugle, mais il n'a pas perdu tous ses esprits, d'ailleurs il connait le Poulpe sans que quiconque lui ai présenté son interlocuteur. Annie Jérômette Blanchon, la fille de joie disparue, alias Roxane pour les intimes payants, dépendrait de l'agence Ahhhhh! des sœurs Broutë, assistantes paternelles. Cette Roxane ne fait pas partie de leur cheptel, qui d'ailleurs officie via Internet, mais elle continue d'exercer tout en étant disparue. Gabriel est près d'y perdre son latin, son grec et son sanskrit. Une dernière petite visite s'impose avant de débarquer à Sainte-Mère-des-Joncs, celle à son ami Pedro qui lui fournit un attirail de journaliste sous le doux nom de Tristan Yzeux.

Débarqué à Sainte-Mère-des-Joncs, après un long et fastidieux voyage, notre ami céphalopode va débuter son enquête en s'installant dans une auberge dont la patronne zozote, puis il va faire la tournée des boutiques, commerces, officines des lieux, se rendant de l'un chez l'autre comme un homme qui veut traverser un torrent en sautant allègrement d'une pierre affleurant l'eau bouillante, à une autre pierre glissante, le tout en équilibriste assez confiant en ses possibilités malgré les pièges cachés. Et des pièges, il ne manque pas d'en trouver lors de sa traversée. Un mari jaloux qui le suspecte de le cocufier et lui démontre en voulant le tabasser qu'il ne doit pas s'amuser à se prendre pour un coucou. Ce que Le Poulpe n'avait nullement l'intention de faire, même s'il ne refuse pas les bonnes fortunes. Un autre personnage s'incruste dans le décor, digne émule de Jerry Lewis.

Si tous les habitants de la commune semblent d'accord pour l'implantation de l'aéroport, c'est qu'il y a de l'argent à gagner à la clé avec tous les touristes qui vont affluer, du cabaretier au notaire en passant par l'édile et quelques autres, seul un écologiste convaincu qui vit dans les bois, Sergent Pepper de son surnom, n'apprécie pas vraiment. Il serait bien le seul. Et ceux qui manifestent, ce sont des gens d'ailleurs, une petite balade dominicale soi-disant. D'abord il y a même au 21 de la Grand-rue une maison close qui abriterait l'acte d'amour tarifé. Sauf que les deux femmes qui vivent là, une jeunette à peine pubère et une dame à laquelle on ne voudrait guère confier son anatomie, ne connaissent pas cette Roxane. Il y a bien une photo, mais c'est tout. Et lorsque le Poulpe se renseigne auprès de tout ce brave monde, personne ne connait vraiment Roxane. Certains l'auraient juste aperçue, mais c'est tout.

S'appeler Roxane, ne pas être recherchée pas la police, malgré le battage médiatique, voilà de quoi faire réfléchir Gabriel Lecouvreur qui se demande où il a pu fourrer ses guêtres, lorsque la solution finale lui apparait dans toute sa limpidité.

 

Le Poulpe peut être assaisonné à toutes les sauces, cela dépend du talent et de l'inspiration du cuisinier qui le prépare et lui concocte de nouvelles aventures. Hervé Sard nous l'a préparé aux petits oignons et au Muscadet ou au Gros Plant, et non pas à l'huile car malgré ce que certains affirment (Hervé Sard dîne à l'huile) il est contre ce qui poisse mais au contraire pour tout ce qui est gouleyant, littérairement parlant.

Certains pensaient Gabriel Lecouvreur alias Le Poulpe en perte de vitesse, mais ce n'est pas vrai, même si parfois à cause de ses bras trop long il semble ramer. Au contraire il s'est trouvé depuis quelques aventures de nouveaux supporters de talent, et j'avoue, Hervé Sard fait partie de ces défenseurs de céphalopodes qui lui offrent des aventures dignes de sa notoriété. Les grincheux, il y en a toujours, objecteront que ce petit roman est facile, d'accord, mais l'épilogue est sublime, et je soupçonne Hervé Sard de pratiquer la pêche au leurre.  

Hervé SARD : La catin habite au 21. Le Poulpe N° 287. Editions Baleine. Parution le 9 octobre 2014. 184 pages. 9,50€.

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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 08:41

Toute ma vie j'ai rêvé de voir le bas d'en haut,

toute ma vie j'ai rêvé d'être une hôtesse de l'air...

Francis PORNON : Rêves brisés.

Latécoère, l’Aéropostale, Sud Aviation, Mermoz, Saint-Exupéry, Guillaumet, autant de noms de sociétés et d’aviateurs qui restent attachés à Toulouse, ville berceau de l’aéronautique. Depuis l’Airbus a pris la relève même si la construction de ce fleuron de l’aviation est disséminée entre plusieurs pays de l’Union Européenne et délocalisée partiellement. Alors, que des suicides d’employés entachent le renom de l’entreprise ne plait guère en haut lieu.

Une femme qui ne veut pas décliner son nom et qui la mandate, propose une conséquente somme d’argent à Aymeric Mercader, surnommé le Cathare, ancien journaliste reconverti comme détective privé et à son ami et adjoint Jojo, afin d’enquêter. Mais ces suicides, s’ils différent dans leur conception, possèdent toutefois un point commun. Du moins c’est ce que pense Aymeric, car si tous ces défunts travaillaient pour Airbus ou ses sous-traitants, tout tourne autour du feu et de l’eau. Aymeric s’attache à remonter la piste en partant d’une noyée, Evelyne Pigasse. Jojo et lui s’invitent donc dans l’appartement de la jeune femme, séparée de son mari et mère d’un enfant. A priori, elle ne possédait pas le bon profil pour devenir candidate au suicide. Les deux hommes ne trouvent rien de spécial au cours de leur inspection, sauf un livre de chevet dans lequel un passage a été coché :

Car avec un labeur surhumain

Je tire de la neige froide un feu clair

Et de l’eau douce de la mer…

Ces vers, un peu abscons écrits par un trouvère du Moyen Âge n’ont apparemment rien à voir avec l’aviation, mais peut-être avec le suicide de la jeune femme. A Aymeric d’en dénicher la signification. Une agression, perpétrée à l’aide d’une bouteille de bière emplie de white spirit, leur est signalée. Mélanie, la victime, est une jeune fille et heureusement des témoins présents sur les lieux ont pu éviter le drame. Les deux amis la rencontrent à l’hôpital puis la prennent en charge. Ils se rendent compte rapidement qu’elle est accro à la cocaïne et Jojo se charge de la ravitailler. Seulement, est-ce parce qu’il se montre un peu trop entreprenant en voulant changer les bandages qui enserrent les jambes de la blessée, ou pour une autre raison propre à Mélanie, mais la jeune fille parait lui en vouloir sérieusement.

Une bénévole du syndicat, surnommé Chasse-neige, est elle aussi rayée des effectifs, sans qu’elle l’ait souhaité. Aymeric rencontre Caïn un ancien policier, en retraite mais qui a gardé des accointances avec des collègues, Bertrand un syndicaliste du NRG, Nouveau rassemblement général, qui se bat contre les suppressions d’emploi dans le groupe et est toujours accompagné d’Otto, un garde corps taillé dans la masse, une bibliothécaire qui lui prête des ouvrages sur Mermoz, et quelques membres des familles des défunts. D’autres protagonistes grenouillent dans cette intrigue dont un amoureux de l’aviation et de Mermoz qui a transformé son grenier en musée de l’air et un Enquêteur sur lequel dont personne ne peut donner le moindre renseignement.

 

L’enquête avance tout doucement avec des extensions imprévues, des visites dans le vieux Toulouse et ses égouts. Et au delà de l’enquête proprement dite le lecteur se trouve fasciné par le personnage Aymeric. Notre détective sexagénaire se montre fin gourmet, il se prépare sa popote à l’aide de graisse de canard, et ne boit en théorie jamais avant le coucher du soleil, un principe édicté par Hemingway et un peu à cause d’un accident cardiaque survenu quelques années auparavant.

Il retrouve Maria, une chanteuse de bel canto pour laquelle il ressent quelque affinité, pratique le Viet vo dao, un art martial importé d’Indochine, et se plonge volontiers dans les réminiscences du passé, le sien et celui des autres.

Quant à Jojo, sorte de Bérurier toulousain, il n’apprécie pas du tout que ses interlocuteurs s’expriment en disant « On », rétorquant que On est un imbécile. Ce qui m’a ramené quelques décennies en arrière lorsque l’une de mes institutrices affirmait : On, pronom imbécile qui qualifie celui qui l’emploie.

Mais le roman comporte bien d’autres attraits, historiques et sociaux. Par exemple le combat du syndicaliste contre le plan du groupe SADE qui prévoit la suppression de milliers d’emplois pour le seul bénéfice d’actionnaires, la sous-traitance (La sous-traitance, c’est une catégorie de sous-employés !). Sans oublier l’incursion dans les débuts de l’aviation, et surtout les positions extrême-droitistes de la plupart des patrons et des aviateurs, l’élite de l’élite, sans oublier les figures de Maurice Papon qui fut président de Sud-Aviation, Jules Védrines qui a établi en 1912 un record du monde en avion (145,161 km/h), et s’est posé sur les toits des Galeries Lafayette, devenant le premier délinquant de l’histoire de l’aviation et qui brigua le poste de député à Limoux, de Mermoz vice-président d’un parti d’extrême-droite, et quelques autres figures à découvrir au fil des pages.

Un roman qui est comme un coup de projecteur sur Toulouse et son industrie aéronautique balayant hier et aujourd’hui.

 

Francis PORNON : Rêves brisés. Editions Pascal Galodé. Parution le 21 octobre 2010. 350 pages. 19,90€.

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