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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 09:41

La Veuve noire a régné ?

Michel QUINT : Veuve noire.

En cet après-midi du 11 novembre 1918, tandis que les rues de la capitale bruissent au son d'une victoire douloureusement acquise, une jeune femme s'habille, rangeant son corset au placard, enfilant juste sur son torse une camisole et des dentelles sous sa veste de tailleur. La liberté de l'esprit passe peut-être d'abord par celui du corps.

Léonie Rivière, jeune veuve de guerre d'à peine trente ans, son mari Antoine a été porté disparu dans les tranches du chemin des Dames en 1917, est journaliste pigiste à Paris. Elle rédige des articles sur les arts, les spectacles et la littérature, pour L'Excelsior ou L'Illustration sous le nom d'emprunt de Lys de Pessac. Son appartement de la rue de Rennes, dont elle a hérité, est quasiment vide. Il lui a fallu vendre une grande partie de ses meubles, l'argenterie, la vaisselle, pour éponger les dettes de son mari qui avait acheté de l'emprunt russe, pour l'entretien de l'appartement, et vivoter. Il lui reste toutefois quelques bouteilles de Pessac-Léognan, vin dont son mari était amateur, d'où son pseudonyme. Ses anciens amis lui tournent le dos, mais elle s'en est fait d'autres. Car entre Saint Germain et Montparnasse, qu'elle parcourt avec son maroquin sous le bras, contenant carnet, crayon et canif pour affûter son outils de travail, les peintres, les sculpteurs, les poètes et écrivains en devenir ne manquent pas.

A Odéon, elle entre dans un bar et tandis qu'elle tente de ravaler ses larmes, survenues comme ça d'un coup, peut-être à cause des conversations entendues au bar, un homme s'installe à sa table. Il se présente, Edgar Prouville, et offre à Léonie un cognac afin de la réconforter. Même si elles sont nombreuses dans son cas, veuve de guerre incite au respect. Et le joli cœur, il est vrai qu'il est fort avenant, débite quelques fadaises de carte postale avant de réprimer une grimace. Une blessure à l'aine, provoquée par un poignard-clou comme celui qu'il montre à sa voisine, le sien terminé par une tête de serpent, se réveille. Les confidences s'échangent, pas encore sur l'oreiller mais cela ne tardera pas, il travaillait comme chef de rang au Bal Bullier, avant son incorporation mais il a décidé de changer de tout au tout de travail et devenir marchand d'art, il possède déjà de sérieux contacts.

Le lendemain, mardi 12, Léonie assiste à la représentation générale de Phi-Phi de Christiné aux Bouffes-Parisiens. Edgar qui était au courant de cette sortie se présente à elle et ils s'installent au deuxième balcon, le meilleur endroit pour tout voir, la scène et ceux qui vont applaudir ou siffler cette comédie leste dont les comédiennes ne sont pas avares de leurs charmes, les représentants du monde des arts et de la littérature, et à la fin du spectacles deux clans se dressent, les invectives fusent, des bousculades se produisent, un photographe essaie de protéger son appareil. Edgar a disparu, Léonie le retrouve à la sortie, il est blessé, un inconnu lui a donné un coup de couteau semblable au sien. Elle l'emmène chez elle, le panse, elle est émue et comme il n'est pas égoïste, il lui prouve sa reconnaissance jusque dans son lit.

Le mercredi 13, ont lieu les obsèques de Guillaume Apollinaire, au Père-Lachaise, Léonie repère le photographe entrevu la veille au théâtre. Il se nomme Norbert Rameau et travaille à l'Excelsior mais également pour tout journal qui accepterait de prendre ses clichés. Edgar suggère à Léonie d'entreposer chez elle des tableaux, de rapins en devenir, oh les toiles ne valent pas grand chose, enfin pas encore, mais en les revendant au compte-goutte, cela ferait monter leur côte et elle toucherait un pourcentage sur les transactions. Aussitôt dit, aussitôt fait, les peintures sont déposées, Léonie en devient la gardienne, seulement Edgar disparait. Il ne donne plus signe de vie. Elle s'associe à Norbert, suggérant à leur patron des thèmes de reportages, celui sur les agences matrimoniales par exemple, qui prospèrent avec le désarroi des veuves de guerre qui aimeraient pouvoir refaire leur vie. Première étape Les Belles Alliances dont la patronne accepte de leur montrer son catalogue. Des photos d'hommes proposés à la clientèle féminine, des dames mûres qui peuvent rencontrer dans un cabinet celui qu'elle ont choisi sur papier noir et blanc, et si l'un des prétendants est indisponible, un substitut est désigné. Tout ce passe bien, jusqu'à ce qu'à la dernière page, Léonie interloquée voit son Edgar offert à la gent féminine. Ah non, ce n'est pas Edgar, la directrice des Belles Alliances est formelle, il s'appelle Arthur Séverin. Il figure également sur le catalogue d'autres agences, elles fleurissent en ces temps de crise, et Léonie est estomaquée. Norbert lui est soufflé, essoufflé, il a été gazé à Ypres et en garde des séquelles.

Commence alors une série d'enquêtes menées par Léonie et Norbert. Il faut absolument retrouver Edgar/Arthur, peut-être est-il mort, et que faire des tableaux qu'elle détient, il s'agit sans aucun doute d'un trafic, voir avec le commissaire Meissonnier, assisté de l'inspecteur Bonny, échanger avec lui des informations, continuer de rédiger des articles pour son journal, rechercher parmi les peintres ceux qui sont les auteurs des toiles, et soulever un voile qui s'étend sur le Chemin des Dames, un drame qui s'est déroulé en 1917 avec trois soldats et un lieutenant comme protagonistes, et si Antoine son mari n'était pas mort. Et cette toile, intitulée La femme à l'écharpe rouge est-elle vraiment de Modigliani, dit Modi tout simplement, la seule rescapée d'un incendie.

 

Léonie Rivière devient la Figure emblématique de l'émancipation de la femme, déclarant : Je veux être journaliste et maîtresse de ma vie, de mon corps et de mes idées... C'est fini la république des types ! Et le lecteur la suit dans sa quête, faisant au passage connaissance avec Gertrude Stein, André Breton, Jean Cocteau et son ami du moment Raymond Radiguet, Soutine, Jeanne Hébuterne et surtout Modigliani, et bien d'autres, mais également Clémenceau, qui échappe à un attentat sous l'œil de l'appareil photographique de Rameau et suit en filigrane une enquête sur des disparitions inexpliquées de femmes qui les mènent, Léonie et Norbert, à Gambais.

Michel QUINT : Veuve noire.

Michel Quint nous convie à la mixité d'événements et de personnages réels et fictifs, en intercalant dans son intrigues l'atmosphère qui régnait alors dans la capitale. La grippe espagnole et ses ravages, le désarroi des militaires, les tickets de ravitaillement, et l'espoir que cette guerre sera la dernière, la popularité de Clemenceau incarnant la droite face à Blum qui rêve d'un socialisme combattant le capitalisme naissant. Un contexte social entaché par la Conférence de la Paix à laquelle participe le président des Etats-Unis, Wilson, chacun des contributeurs ayant une opinion tranchée sur l'après-guerre et les dommages-intérêts à infliger à l'Allemagne, certains pensant déjà qu'il ne faut pas humilier le pays vaincu au risque de le voir un jour vouloir se rebeller.

 

Des phrases écrites comme s'il s'agissait de valses entrainantes et le lecteur se plonge dans un tourbillon de mots auxquels il ne peut échapper, lisant avec une sorte de frénésie, tournant les pages avec avidité.

 

Vous pouvez également retrouver quelques notices concernant des romans de Michel Quint en cliquant sur le ou les titres : Bella ciao; Cake Walk; Les Joyeuses; Les amants de Francfort.

 

Michel QUINT : Veuve noire. Editions Archipoche N°324 (réédition de l'Archipel, collection Cœur Noir; octobre 2013). Parution le 1er octobre 2014. 288 pages. 7,65€.

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 12:21

Dans la vie de tout un chacun, ce ne sont pas les heures de travail qui comptent - ce sont celles que l'on peut consacrer à ses loisirs.

Agatha CHRISTIE : Hercule Poirot. Nouvelles complètes.

Le professeur Burton s'exprime ainsi à l'encontre d'Hercule Poirot qui songe à prendre sa retraite. Il enfonce le clou en comparant le loisir de jardiner son lopin de terre et la lecture. Pour lui, pas de doute (et pour le lecteur non plus d'ailleurs), la lecture est un loisir hautement recommandable. Par la lecture, vous remontez le temps...

Et c'est bien à cette aimable occupation que je vous convie en lisant, ou relisant, les quelques cinquante quatre nouvelles - en réalité cinquante deux - qui composent ce recueil. Cinquante deux plus le prologue au recueil des Travaux d'Hercule, dont sont extraites les deux citations ci-dessus, et deux versions de La Capture de Cerbère. La première version étant incluse dans le recueil Les travaux d'Hercule, le seconde figurant dans Les Carnets secrets d'Agatha Christie de John Curran, ouvrage indispensable à tous les amateurs d'Agatha Christie.

Le plaisir de retrouver tout Hercule Poirot, enfin toutes les nouvelles dans lesquelles il est amené à prouver son talent d'enquêteur, aussi bien dans la résolution des crimes de sang pourtant consciencieusement élaborés comme dans L'affaire du bal de la Victoire, que dans les vols de bijoux, Vol de bijoux à l'Hôtel Métropole par exemple, tout ceci grâce à une technique infaillible : la méthode. Et c'est bien ce qu'il reproche aux policiers, une lamentable absence de méthode. Mais la méthode ne serait rien sans la gestion de ses petites cellules grises, même si parfois il vient à déplorer n'avoir su faire fonctionner mes petites cellules grises ! Ce qui ne l'empêche pas de se montrer quelque peu suffisant : Moi qui ai, incontestablement, l'esprit le plus brillant d'Europe je pouvais me permettre d'être magnanime tout en recommandant à Hastings de le recadrer Lorsque [je] deviens trop vaniteux. Car au moins une fois dans sa vie d'inspecteur dans la police belge il a connu l'échec. Une histoire narrée dans La boîte de chocolats.

Des histoires qui peuvent paraître simplettes, au premier abord, surtout lorsque le lecteur arrive à la conclusion et que tout est éclairé. Mais si on réfléchit bien, Dame Agatha construisait des énigmes plus complexes qu'il y paraissait, et devait posséder au moins autant de petites cellules grises que le plus Anglais des Belges, sinon plus. Des petits bijoux de précision, d'ingéniosité, de malice et d'humour dont on ne se lasse pas. Y'a un truc comme disait Gérard Majax, le magicien prestidigitateur, mais encore faut-il l'imaginer et le mettre en scène sans que les spectateurs, et en l'occurrence les lecteurs, s'en aperçoivent. Agatha Christie excellait dans ses tours de passe-passe littéraire et l'enchantement opère toujours.

Petite précision à l'intention de ceux qui ne lisent guère : cette anthologie est composée de cinquante deux nouvelles, et à raison d'une nouvelle par semaine, théoriquement il vous durera un an. Mais vous arriverez rondement au bout du volume, car vous serez rapidement happé par ces historiettes et ne pourrez lâcher cet ouvrage.

Je regrette juste, et c'est dommage de terminer ce billet sur une note quelque peu négative, le manque d'appareil critique. Certes en fin de volume les nouvelles sont répertoriées avec leur appartenance à tel ou tel recueil paru précédemment, Le Bal de la Victoire, Les enquêtes d'Hercule Poirot, Christmas Pudding, Les travaux d'Hercule ou encore Marple, Poirot, Pyne... et les autres, Le miroir du mort, mais une petite présentation eut été la bienvenue.

 

Agatha CHRISTIE : Hercule Poirot. Nouvelles complètes. Editions Le Masque. Parution le 10 septembre 2014. 1102 pages. 24,90€.

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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 07:32

Un message effet mer !

Michel BUSSI : Gravé dans le sable.

Ce roman a paru pour la première fois en mars 2007 aux Editions des Falaises /PTC mars sous le titre de Omaha crimes. Depuis Michel Bussi a creusé son sillon dans le terreau fertile de la littérature policière, lui insufflant un ton nouveau et il s'est affirmé avec Nymphéas noirs et autres romans aux Presses de la Cité. Mais Gravé dans le sable ou Omaha Crimes reste le premier roman de l'auteur que j'ai eu le plaisir de lire, de chroniquer, d'en détecter aussi quelques maladresses. Je sentais que ce roman comportait alors de grands espoirs, regrettant même que celui-ci fut édité par un petit éditeur de province (Ce qui n'est pas intrinsèquement péjoratif) et dont la diffusion ne pouvait dépasser que difficilement les frontières du département. Après un autre roman qui mériterait lui aussi de retrouver un second souffle, une seconde jeunesse, Sang famille, Michel Bussi est enfin entré dans la cour des grands.

Michel Bussi explique la genèse de ce roman dans son avant-propos intitulé : Ce roman est né d'une illusion. Mais Michel Bussi à travers tous ses romans joue sur les illusions, une marque de fabrique qu'il impose et dont le lecteur ressort ébahi, heureux et content. Sauf les grincheux, évidemment, mais heureusement que ceux-ci existent, car ces détracteurs donnent par leurs déclarations encore plus de poids aux histoires qu'ils n'ont pas comprises et plus d'envie aux lecteurs intrigués. Si dans ma première chronique je regrettais quelques erreurs, géographiques notamment, je comprends mieux maintenant pourquoi Michel Bussi s'était fourvoyé grâce à ses explications. C'est aussi pourquoi il était normal que l'auteur retravaille son texte puisqu'il s'agit ici d'une version revue et corrigée. Et à ceux qui se demandent pourquoi les auteurs lors de rééditions remanient leurs textes, c'est tout simplement parce qu'ils appliquent cette maxime de Boileau pleine de bon sens : Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ! et pour être plus précis :

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,

Polissez-le sans cesse, et le repolissez,

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

 

Mais peut-être est-il bon de s'intéresser à ce roman !

 

6 Juin 1944. 178 rangers, commandés par le lieutenant Dean, se lancent à l’assaut de la pointe Guillaume. Mais avant d’accéder à cette falaise, il leur faut pratiquer une brèche dans un mur construit sur la plage par les Allemands. Trois jours auparavant, un tirage au sort a été effectué, des numéros inscrits sur des bouts de papier, et celui qui se saisira du numéro un partira en premier, et ainsi de suite. La mort quasiment assurée pour les premiers soldats qui s’élanceront avec en prime une caisse d’explosifs à déposer au pied du mur.

Si Oscar Arlington a tiré le numéro 4, d’autres ont été plus chanceux, alors qu’il pensait bien échapper au mauvais sort. Tout ça à cause de sa mère, sénatrice, qui voulait absolument que son garçon participe à la guerre ! Ne serait-ce qu’en mémoire de son mari qui est mort des suites de la précédente. De nombreux rangers restent sur le terrain, en ce 6 juin. Alan Woe, lui, est rescapé et soigné par Lison, une jeune fille de la région.

Un mois plus tard, Alice Queen, en provenance des Etats-Unis, vient effectuer une sorte de pèlerinage, à la recherche de son amour disparu lors des combats du débarquement. Mais Lucky, le mal nommé en la circonstance, n’est plus. Au dernier moment, alors qu’elle reprend le car, Alan Woe l’aperçoit. Il pense la reconnaître mais c’est trop tard : la jeune femme est repartie, décidée à refaire sa vie ailleurs, en Australie. Vingt ans plus tard, Alan Woe quitte Lison et ce bout de terre qui est désormais sa patrie.

De temps à autre il recevait du courrier des Etats-Unis, mais jamais il n’a voulu se confier. Cela fait près de six mois qu’Alan a déserté le foyer normand lorsqu’Alice revient et se lie d’amitié avec Lison. Un groupe de vétérans venus pour commémorer le vingtième anniversaire du Débarquement, et s’ils ne reconnaissent pas immédiatement Alice, son nom leur rappelle des souvenirs. Notamment celui de Larry et de l’étrange marché passé avec Oscar Arlington. Oscar avait tiré le numéro 4, Larry le 148 et les deux hommes avaient inversé leur sortie de la péniche. Contre une forte somme d’argent. Argent qui n’aurait jamais été versé. Alice décide alors de renter aux USA et de retrouver Oscar et récupérer son dû. Pour cela elle requiert les services d’un détective privé. Mais les chausse-trappes s’accumulent et les morts aussi.

Michel BUSSI : Gravé dans le sable.

Michel Bussi nous entraîne en de multiples allers et retours de ce coin de Normandie, entre Isigny sur mer et Colleville, là où a été édifié le célèbre cimetière américain d’Omaha Beach, aux Etats-Unis, dans de petites villes dans une sorte de road-story, de 1945 à 1975 pour le principal de roman. Si au début j’ai pensé, malgré moi, à une nouvelle version de La Lune d’Omaha de Jean Amila, bien vite j’ai été rassuré, car en prenant pour base à peu près le même thème Michel Bussi a su le renouveler et l’exploiter différemment en l'enveloppant de suspense. Avec une tension qui ne cesse de croître, jouant avec les sentiments, ou ressentiments des personnages.

 

J'ai cru en Michel Bussi lorsque j'ai lu son premier roman, et je ressens quelque fierté, dû mon égo s'enfler telle la grenouille, en constatant que je ne m'étais pas trompé, lui prédisant un grand avenir, car depuis non seulement il a confirmé mais il s'est imposé comme le maître du roman en trompe l'œil !

 

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 12:14

Pour preuve cette petite sélection de titres proposés dans la sélection d'octobre prélevée aussi bien dans la collection Noire Sœur que dans celle au nom explicite de Culissime :

Déesse SKA aime la littérature érotique mais pas que...

Dominique GUERIN : Zag-Zig : Ce n'est pas en mettant sa main sur le thorax que le sang s'arrêtera de couler, parsemant sa course comme autant de pointillés rougeâtres déposés par ce nouveau Petit Poucet. Il zigzague afin de rejoindre son wagon, celui qui accroché à la loco conduite par Marmine l'emmènera peut-être ailleurs. Et tout en courant il pense au père de Marmine qui avait pris ses doigts pour des saucisses et les avait carbonisés en jouant du chalumeau. Zag-Zig est blessé, tout ça à cause de disques, cd ou vinyle et accessoires à refourguer sur un site de revente en ligne. La faute à pas de chance et d'un vigile surpris. Dans sa tête résonne la musique, la sienne, celle qu'il aime, d'aujourd'hui.

Un texte qui clape comme du rap et est loin de jouer une petite musique de nuit. Pas trop mon truc, mais la musique est universelle et il en faut pour tout le monde. Un texte qui, à mon avis est plus destiné aux jeunes qu'aux vieux qu'on de l'âge comme moi.

Collection Noire Soeur. 1,49€.

Déesse SKA aime la littérature érotique mais pas que...

Pascal Jahouel : Just like a hobo. Le Havre sous la pluie, le vent, et le narrateur qui se bat contre les éléments déchainés. Dans les oreilles Just like a hobo de Little Bob. Il s'est aventuré sur les quais, pour la présentation avant-départ de la Jacques Vabre. Il n'en a rien à faire de course au goût de café amer. Il a, avait, tout pour être heureux, mais c'est un paumé de la vie. Il traîne sa déglingue sur les pontons, s'enfourne dans un bar, se remémore des souvenirs de vie familiale et fait la connaissance d'un officier de la marine marchande argentine.

Dans ce texte la musique est prégnante, comme dans le précédent, mais une musique que je comprends, qui m'a accompagnée, Little Bob Story, les Dogs, les imaginaires Stratocasters dont je tirais des sons avec la bouche comme si je savais en jouer. Mais c'est bien le syndrome de la cinquantaine qui englobe ce texte, et la liberté qui se rythme dans la tête est peut-être une utopie.

Collection Noire Soeur. 1,49€.

Déesse SKA aime la littérature érotique mais pas que...

Et pour justifier le titre de cette chronique passons à une autre sorte de musique.

 

Madame Solange : La turlute enchantée.

Madame Mado est une vieille prostituée qui a baladé ses guiboles un peu partout et ses veines s'en ressentent. Pourtant Guitte, une gamine de quinze ans montée en graine, les trouve belles ces jambes et elle le dit tout en aidant la péripatéticienne à enfiler ses bas. Tandis que Guitte complimente sa voisine, celle-ci lui propose d'apprendre à jouer de la flûte avec son petit copain, un timide, et revient sur son passé. La tendresse linguale dans un monde de brutes, la délicatesse d'une bouche accueillante au service des routiers dont la morphologie était en rapport avec leurs camions. Une décoincée de la glotte qui prodigue ses conseils à une Guitte extatique.

Madame Mado ne le sait pas, mais c'est une poétesse de l'amour. Et madame Solange sa fidèle transcriptrice.

Collection Culissime. 1;49€.

 

Vous pouvez commander ces textes en vous rendant sur le site

de la Librairie Ska. Vous êtes les bienvenus.

 

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 07:56

Et regardez-moi bien face... !

François DARNAUDET et Pascal METGE : Le regard qui tue.

Drôle de journée, disons plutôt journée singulière et éprouvante pour Argus Bréhier, orthoptiste de son état. Son oncle, verbicruciste de renom, décède accidentellement dans une station de métro, un de ses patients recommence à avoir des troubles de la vision et c'est louche, des agents du S.T.P. (Service de Protection du Territoire) le sollicitent tandis qu’une nouvelle patiente, une certaine madame Tricastin, requiert ses services.

Argus suit donc un nommé Le Vigan qui l'attend devant chez lui, il est bien obligé, et alors qu'il pense se rendre à une destination inconnue, il est convié à monter l'escalier et entrer dans un appartement qui se trouve juste au dessus du sien. Il est reçu par trois individus, dont un borgne, un hypermétrope et le troisième, qui se présente comme le directeur adjoint du STP, s'injecte une sorte de collyre bleu dans les yeux. Argus n'en croit pas ses yeux, et ses oreilles, lorsqu'il apprend que son oncle émargeait à cette agence d'un genre particulier et qu'ils enquêtent sur sa mort.

Ils remettent à Argus une photo retrouvée dans l'attaché-case du défunt. Le cliché représente une scène de rue, prise dans une ville anonyme, avec en premier plan une jeune femme portant des lunettes noires s'apprêtant à traverser la rue. Au dos de l'épreuve quelques mots inscrit avec un marqueur : le regard qui tue. A quoi peut bien correspondre ce petit texte, Argus n'en sait rien, mais les quatre hommes partis en laissant leur numéro de téléphone, il congédie sa secrétaire, Iris, et songe à la patiente qui l'attend dans son cabinet. Et là, surprise, vision de sa part, la jeune femme n'est autre que la réplique en chair et en os de celle de la photo. Aussitôt il s'affole, veut téléphoner aux quatre individus mais il tombe sur une messagerie.

De toute façon elle est venue pour une auscultation, donc il procède ce pour quoi il est rémunéré, car il ne travaille pas à l'œil. Claire, c'est son prénom, possède des yeux vairons, un incident de parcours génétique, mais surtout elle travaille dans un laboratoire de recherche, et plus précisément sur les rayons lasers. Ces yeux il les trouve si beaux qu'il invite Claire à dîner et par la même occasion (non, je n'ai pas écrit que Claire était une occasion !) lui apprend que son oncle est décédé. Claire est émue car connaissait le tonton de vue. Bref au bout d'une conversation les yeux dans les yeux et la fourchette dans les mains, Claire l'invite chez à venir avec elle chez une certaine sœur Cécile. Ce n'est pas qu'il aurait dû y regarder à deux fois, mais comme il n'a pas le don de double vue, il sera surpris en rencontrant cette personne qui habite un domaine nommé le Cloître.

 

Dois-je préciser que sous des dehors vaguement scientifiques à connotation anticipative ce roman est hautement jouissif et que vos paupières ne se fermeront pas avant le mot fin. Et d'ailleurs vous ne resterez pas sur votre faim non plus car ce texte humoristique vous fera passer un excellent moment, pour peu que vous appréciez la cocasserie, la fantaisie, le burlesque parfois. Je soupçonne fort les auteurs de s'être amusés comme des petits fous lors de l'écriture de cette histoire, tout en ne perdant pas de vue ce bon vieux principe : un livre pour être apprécié ne doit pas être ennuyeux, pontifiant. Le regard qui tue en est tout le contraire et ne peut que contenter le lecteur désireux de passer un bon moment et même parfois d'avoir la larme à l'œil lors des moments de franche rigolades surtout dans les scènes supposées dramatiques.

 

Cet ouvrage comporte en outre une nouvelle titrée Quoi que vous voulez ?, d'une autobiographie fantastique de François Darnaudet, ainsi qu'une nouvelle signée Pascal Metge : La Patateuse.

François DARNAUDET et Pascal METGE : Le regard qui tue. Collection Blanche N°2008. Editions Rivière Blanche. 160 pages. 15,00€.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 08:56

Les fauves ne sont pas tous en cage !

Emmanuel VARLE : Le cirque s'invite au 36.

Un romancier devrait agir comme un jardinier : ne pas hésiter à supprimer des rejets afin que la plante soit plus belle, enlevez les stolons du fraisier pour que celui-ci ne s'étiole pas... Et pour cela il ne doit pas hésiter à supprimer les digressions, les radicelles n'ayant rien à voir avec l'intrigue, les phrases en trop, afin de privilégier l'essentiel au détriment de l'accessoire. Ces morceaux superflus qu'il jugeait intéressants et bien écrits, il pourra les réutiliser plus tard, dans un autre roman et ce à bon escient. D'ailleurs l'auteur s'en rend peut-être compte car il prête cette pensée à Enzo : Il avait hâte de connaître ce que la vieille avait à lui dire car il détestait, depuis sa prime jeunesse, que son interlocuteur tourne trop longtemps autour du pot.

Vieux truand sur le retour, René Bozzoni, plus communément appelé Jo, est toujours sur le qui-vive. Et lorsque l'on sonne à sa porte vers 21h00, une heure indue pour une visite non programmée, il se pose des questions, prend ses précautions et muni d'une arme à feu, il ouvre la porte vigoureusement, mais personne ne se tient sur le palier. Il regarde par sa fenêtre donnant sur la rue, mais le désert règne. Le lendemain il trouve devant sa porte un programme de cirque, un vieux fascicule sur lequel il apparait, silhouette entourée de rouge, prêt à intervenir en cas de besoin aux abords de la cage aux lions. C'était il y a quarante deux ans, et ce n'est pas son incartade de l'époque qui lui vaut ce retour dans le passé. A moins que le vol et la vente d'un bébé tigre à une autre famille de circassiens soit restés en travers de la gorge d'un des ses anciens patrons. Depuis Jo est perturbé, inquiet, oubliant souvent de sortir son chien. Et un soir quelqu'un l'aborde et lui tire dessus. Les policiers arrivent rapidement de même que les hommes de la Scientifique afin de relever les premiers indices. Mais ils ne se rendent pas compte qu'un gamin ramasse à terre la figurine d'un lion. Et pendant ce temps là, son chien se morfond chez lui.

Un père et son fils, partis pêcher dans un lac situé dans un bois limitrophe de la ceinture parisienne aperçoivent une forme blanchâtre qui flotte sur l'étang et il ne s'agit pas d'un poisson. D'ailleurs il n'y en a plus guère dans ces eaux polluées. Le lieutenant Enzo et ses adjoints, Stéphane et Corentin, constatent immédiatement les dégâts des eaux et les deux pêcheurs sont invités à passer au 36 Quai des Orfèvres pour effectuer leur déposition. Le gamin qui a récupéré une figurine de lion omet de signaler sa découverte. Le cadavre porte sur le bras le tatouage d'un tigre.

Le commandant Boussinet qui dirige le groupe 4, composé d'Enzo et ses collègues, hérite de l'affaire. Il est tarabusté par le commissaire Mingus (lequel ne se prénomme pas Charlie) qui exige des résultats rapides. Le noyé était un ancien petit voyou, et un lien se profile rapidement entre Jo et le dénommé André Récamier : tous deux ont travaillé plus ou moins longtemps dans un cirque. Mais de nombreuses années se sont écoulées depuis.

Alors qu'ils pataugent dans leur enquête ils apprennent à la faveur de la lecture d'un entrefilet journalistique qu'un patron de cirque vient d'être abattu en Normandie. Aussitôt ils récupèrent l'enquête et il ne leur reste plus qu'à lier le tout pour découvrir les coupables qui selon toutes probabilités ne seraient qu'un, l'arme ayant servi à ces trois meurtres étant la même.

Les enquêtes dites de proximité permettent de cibler quelques suspects potentiels. Un forain notamment qui magouille, des à-côtés qui lui permettent de nourrir ses animaux. Un individu qui bizarrement a habité près de chez Jo puis de Récamier. Un autre qui touche de près à Enzo puisqu'ils se sont fréquentés (c'est un bien grand mot) sur les bancs de l'école et qui est devenu libraire. Ils s'étaient perdus de vue, ce qui n'affligeait pas particulièrement Enzo, et c'est grâce à un réseau supposé social que le dit condisciple l'a contacté. Enfin un quatrième personnage, théoriquement repérable avec ses dreadlocks mais qui a disparu de la circulation depuis quelques temps et qui refuse de donner de ses nouvelles. Un point commun relie les deux derniers quidams puisqu'ils officient dans des associations de défense des animaux.

L'enquête traîne en longueur au grand dam de Mingus et des renforts sont mis à disposition de Boussinet and Co. Et c'est au bout de plus de six mois que tout se dénouera grâce à un coup de pouce du destin.

Emmanuel VARLE : Le cirque s'invite au 36.

L'univers du cirque n'a guère servi comme thème dans un roman policier, et pour l'auteur c'est un moyen de montrer la vie des animaux en cage. Mais également les débordements de certaines associations en faveur de la faune. Certes des pratiques inavouables ont eu et sont peut-être encore mis en œuvre pour "dresser" ces petites bestioles qui n'ont rien demandé et surtout pas à travailler sans bénéficier de la Sécurité Sociale. Mais dans le même sens, il ne faut pas non plus exagérer. Où alors, s'il faut absolument prendre la défense des animaux, il ne faut pas oublier que d'autres secteurs traumatisent les animaux : les personnes par exemple qui ont un chien mais l'attachent à longueur de journée à un bout de corde de deux mètres d'envergure et encore heureux quand le canidé peut se réfugier dans une niche lors des intempéries. Sans parler des agriculteurs qui tapaient sur leurs ânes, chevaux ou bœufs pour les faire avancer. Divagations aussi venant de la part de ceux qui déplorent et manifestent contre le dressage de chiens d'aveugles.

Emmanuel Varle, s'il met en avant les pratiques de dressage parfois désastreuses dans certains cirques, ne condamne pas systématiquement et fait la part des choses. Il se contente de décrire certaines situations. De même qu'il ne s'attarde pas trop sur les penchants homosexuels de Stéphane, préférant mettre en avant Boussinet et ses envies de sorties dans des boîtes de nuit spécialisées dans l'échangisme, invitant Enzo, lequel n'est pas trop enclin pour participer à ses marivaudages. Enzo est plus occupé à remonter le passé de son grand-père qu'il n'a pas connu et dont il découvre avec stupeur et intérêt son appartenance au monde du cirque et son passé de dresseur aux côtés du célèbre Alfred Court.

Emmanuel Varle, lui-même commandant de la Police Nationale, pratique le corporatisme, peut-être façon inconsciente, griffant au passage ses collègues de la Gendarmerie Nationale : Elle [la Gendarmerie] a été dessaisie très rapidement et c'est tant mieux pour nous, vu la façon dont bossent généralement les cruchots, au profit du SRPJ de Rouen. Et ce terme de cruchot revient par deux fois, constatant avec amertume que les gendarmes bénéficient d'avantages en nature et de promotions plus rapides que les policiers. Mais ceci est un débat qui ne nous concerne pas !

 

Emmanuel VARLE : Le cirque s'invite au 36. Collection Crimes et Châtiments N°52. Editions les Presses Littéraires. Parution le 8 juillet 2014. 356 pages. 13,00€.

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 07:57

Malgré l’emprunt d’un pseudonyme viril, Mario Ropp, était une femme.

Mario ROPP : Un portrait.

De son vrai nom Maïa, ou Marie-Anne, Devillers née le 18 décembre 1917 à Héricourt (Haute Saône), elle est décédée le 20 décembre 2007 à Tonnerre (Yonne). Comme l’aimait à souligner Michel Lebrun, Ropp était le nom d’une marque de pipes, mais ce pseudonyme est tout simplement emprunté à Roppe, petit village situé dans le Territoire de Belfort, dont elle avait raccourci le nom. Quant au prénom de Mario, c’est Armand de Caro qui le lui avait suggéré. Elle “ déteste raconter sa vie ” (Correspondance personnelle), pour la simple et bonne raison qu’elle “ ne voit pas en quoi ma vie et mes opinions peuvent intéresser les gens qui me lisent ”. Ses goûts androgènes seraient dus à son signe astral (Sagittaire), ce qui expliquerait sa passion pour les animaux et les plantes. Et aussi pourquoi elle a choisi ce pseudonyme viril pour écrire au Fleuve Noir ou un prénom qui laisse planer l’ambiguïté pour les livres parus chez Ditis dans la collection la Chouette (Dominique Dorn). Une inclination qu’il ne faut pas traduire obligatoirement par misanthropie.

Après avoir passé son enfance à Belfort, elle s’installe à Paris avec sa famille et entre à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs pour en sortir, quatre ans plus tard, munie d’un diplôme aussi honorifique qu’inutile (FNI 22). Sa famille s’installe dans l’Ouest, à la limite de la Bretagne et de la Normandie. Puis c’est la guerre et l’après-guerre, période sur laquelle elle n’a rien à dire (FNI 22). De retour à Paris elle travaille comme simple ouvrière dans un atelier de brochage à l’expédition des journaux. Un travail fastidieux mais enrichissant sur le plan humain. Elle apprend beaucoup au contact de ses collègues féminines à qui elle raconte des histoires. Un auditoire qui l’écoute avec un mélange de confuse admiration et d’ahurissement. Son patron, qui la catalogue d’agitatrice et de pétroleuse, ne lui demande pas moins de réaliser les portraits de ses chiens de chasse. Par passion des bêtes et besoin d’exotisme, elle travaille ensuite chez un éleveur en grand de poissons exotiques et d’aquarium. Elle déclarait avoir beaucoup aimer cette période et les milliers de petits poissons qu’elle nourrissait, soignait et vendait chaque jour. Puis elle concrétise son rêve, partir en Afrique. Grâce à ses dons pour le dessin et à son diplôme des Arts Déco, elle est engagée par Théodore Monod, alors directeur de l’Institut Français d’Afrique Noire à Dakar, comme dessinatrice en botanique afin d’illustrer une monumentale flore de l’Afrique Occidentale. Elle passera trois ans à Dakar puis cinq ans près d’Abidjan. Lors d’un congé en France, en 1956, elle rencontre Armand de Caro et c’est le début d’une carrière littéraire qui durera 27 ans. Dès l’âge de quinze ans elle ressent le besoin d’inventer des histoires, écrivant aussi bien des poèmes que des romans d’aventures en passant par des histoires d’amour frisant l’érotisme (FNI 22). Dans ce même bulletin elle écrivait aussi : Sur le plan plus personnel, ou sentimental, que dirais-je ? Je suis trop indépendante pour me marier, j’aime trop vivre au milieu des animaux pour imposer cette compagnie à un homme, alors je reste seule. Ce qui n’est pas toujours drôle mais ce qui fait pourtant dire à la plupart des gens que j’ai choisi la meilleure part, et je me demande alors pourquoi ils ne font pas comme moi ! Il faut croire qu’ils ne trouvent pas cette part tellement bonne !

Si elle considère que la littérature populaire “ c’est peut-être parce que c’est la plus facile ”, sa préférence va pour les romans policiers, “ ce sont les plus drôles à écrire ”. D’ailleurs, à part Graham Greene “ parce qu’il a le sens de l’humour en toute circonstance ”, elle ne lisait plus que des romans policiers, de tous les auteurs, anciens ou actuels.

Maïa Devillers a produit des romans à la sensibilité féminine prononcée, vouant non seulement du respect mais également une forme d’amour pour ses personnages, bons ou mauvais. Ce qui l’amena parfois, malgré des intrigues originales, à écrire des romans qui selon certains critiques auraient eu plus leur place dans des collections spécifiquement féminines. Ainsi Louise Lalanne alias Maurice Bernard Endrèbe déclare dans M.M. 245 à propos de Ne rêve donc pas - “ Mario Ropp est au roman policier ce que Françoise Sagan est au roman tout court ”, et trouve que Mario Ropp serait plus à sa place dans la collection Présence des femmes. Or si Mario Ropp n’a jamais été publiée dans la collection Présences des femmes, c’est parce que « cela ne me dit pas grand-chose de raconter des histoires sentimentales ». Pierre Boileau se montre plus enthousiaste et à propos de La mort sur la piste, il écrit - “ C’est un excellent roman d’aventures policières, bien mené, avec des scènes émouvantes, et dont le héros, le brutal et pitoyable Karl Räder, est dessiné avec bonheur” (Le Saint 51). Pourtant certains de ses romans possédaient une ambiance glauque. Quelques uns de ses romans ont été traduits en Italie, en Espagne et même en Finlande. Ça va trop loin, A moins d’un miracle et Thalassa furent publiés en feuilletons entre 1965 et 1968, et Ne fais pas ça Isabella a été adapté à la télévision par Véronique Castelnau et Gilbert Pineau, réalisation de Gilbert Pineau avec pour vedette principale Anne Gaël, en 1967.

Mario Ropp avait complètement cessé d’écrire en 1983, année où elle a eu 65 ans, et où elle a jugé bon de prendre sa retraite. A l’époque elle possédait beaucoup moins d’animaux : Deux chiens, deux chats, deux oiseaux. Et elle se passionnait toujours pour les œuvres techniques scientifiques et s’intéressait à l’électronique. Enfin elle avait un train électrique. On retrouve d’ailleurs cette passion dans certains de ses romans comme Et si on jouait au train ? Les jeux des grandes personnes et quelques autres. On retrouvait aussi comme théâtre de ses romans sa région dont Une seule nuit à Saint Florentin.

Mario ROPP : Un portrait.
Mario ROPP : Un portrait.

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2014/09/dominique-dorn-les-chiens-ne-parlent-pas.html

Autres publications - sous le pseudonyme de Dominique Dorn, tous aux éditions Ditis, coll. La Chouette - Le parfum de la peur, 141 (1959); Le rêve de Corinne, 150 (1959); Le lévrier afghan, 162 (1960); Notre métro quotidien, 183 (1960); Les chiens ne parlent pas, 193 (1961); Solo, 206 (1961); Véronique et la Saint Médard, 216 (1961). Sous le pseud. de Maïa Walbert - Ed. Elan, Romans d’aujourd’hui - Cauchemar aux roches roses. Ed. Arabesque, Colorama - L’amour ne vient jamais seul (1959); Si peu le temps d’aimer (1959); La clé sous le paillasson (1960); Lucioles au vent (1960). Sous le pseudo de Michèle Vaudois - Arabesque, Coll. Les Nymphes - De myrtilles et d’amour (1961). Sous le pseudo Maïa de Villers - Samaïa, l’éléphant (1947) roman pour enfants.

 

Grands Romans

Thalassa

Mataï-Ino

 

Polar 50

29 - La route aux loups

 

Spécial Police

136 - Jeu sans joie

166 - La route aux loups

187 - La mort sur la piste

196 - Sans whisky ni cadavre

200 - Plus facile de mourir

217 - Pas encore assez mort

229 - Souviens-toi du vent

240 - Des trains et des morts

251 - Un coup pour rien

264 - Mauvais anges

274 - Bonne nuit, inspecteur

287 - La moto

299 - Mieux vaut l'oubli

309 - L'ange gardien

319 - Et la neige tombait...

334 - Les dangereux retours

347 - La fille sur le parvis

356 - Le hérisson

374 - Un très long cheveu

386 - Les enfants perdus

402 - Absence

421 - Hilda aux yeux trop clairs

434 - Ne jugez pas

446 - Ça va trop loin

462 - Le temps d'une chute

475 - Jeux de clés

488 - Celle des deux qui vivait

502 - Ne fais pas ça, Isabella

515 - L'homme sans auto

531 - Tornades

550 - Entre chiens et femmes

568 - Ne pleure pas pour moi

590 - Les cheveux d'Eléonor

597 - Tueurs d'occasion

614 - L'emporte-pièce

635 - Douce haine

650 - Ne rêve donc pas

671 - La nuit de l'araignée

684 - Les petits corniauds du destin

702 - Le fond du silence

719 - Le monde à personne

735 - Le temps du bulldozer

749 - Une seule nuit à Saint-Florentin

772 - Quand même pas pour une orchidée

781 - Furie en jaune

808 - Ce printemps trop froid

816 - Si elle était morte...

842 - Pourquoi voulez-vous qu'une alouette chante?

860 - La mort en peaux de phoque

872 - Un homme mort et un enfant

892 - Festival en mort majeur

904 - Des loups pour un chaperon rouge

914 - Une sournoise odeur de sapin

931 - Une fois de trop

954 - Revoir Deborah et mourir

967 - Une rose de sang pour Pénélope

985 - Trois malheureux accidents

997 - La vérité en filigrane

1018 - A cause d'une grille restée ouverte

1035 - Aucune raison de la tuer

1049 - La meute des affreux

1068 - Un train pour l'angoisse

1074 - Les eaux ou nagent les piranhas

1124 - Du mythe à la réalité

1130 - Jeux de hasard et de mort

1144 - Un flic dur à tuer

1151 - Le temps des enfants fous

1198 - Partis pour les Galapagos

1206 - La chatte dans un jeu de quilles

1219 - Mortelle mélopée mécanique

1227 - Ne volez pas n'importe quoi

1244 - Une fois, il y eut Vanina

1302 - Une entourloupe royale

1336 - Voler mais pas tuer

1346 - Tout du rat, sauf l'astuce

1362 - Au pays de nulle part

1381 - Prisons en noir et en couleur

1409 - Cocktails d'alcools et de morts

1429 - Le chaland passe, les morts restent

1443 - La ferme et l'arbre mort

1471 - Ci-gît Valmah

1489 - Le courage de l'inconscience

1507 - Une tornade nommée Risko

1517 - Les jeux des grandes personnes

1540 - Plongeon dans les eaux troubles

1558 - Mais à qui appartient Victor?

1577 - Il fallait détourner la tête

1599 - La panthère et le petit chien

1606 - La femme d'une autre mort

1631 - Vous ne pourrez jamais comprendre

1650 - Et si on jouait au train?

1683 - Héroïne sans héros

1724 - Plus facile de mourir Rééd. SP 200

1735 - La menotte ne fait pas le truand

1764 - Des millions pour un cauchemar

1795 - Le bouscule pas, c'est qu'un môme

1814 - Et la neige tombait... Rééd. SP 319

1839 - Mais Juana n'était pas morte

 

Autres publications - sous le pseudonyme de Dominique Dorn, tous aux éditions Ditis, coll. La Chouette - Le parfum de la peur, 141 (1959); Le rêve de Corinne, 150 (1959); Le lévrier afghan, 162 (1960); Notre métro quotidien, 183 (1960); Les chiens ne parlent pas, 193 (1961); Solo, 206 (1961); Véronique et la Saint Médard, 216 (1961). Sous le pseudo. de Maïa Walbert - Ed. Elan, Romans d’aujourd’hui - Cauchemar aux roches roses. Ed. Arabesque, Colorama - L’amour ne vient jamais seul (1959); Si peu le temps d’aimer (1959); La clé sous le paillasson (1960); Lucioles au vent (1960). Sous le pseud. de Michèle Vaudois - Arabesque, Coll. Les Nymphes - De myrtilles et d’amour (1961) Sous le pseud. Maïa de Villers - Samaïa, l’éléphant (1947) roman pour enfants.

Mario ROPP : Un portrait.

Voir également Les chiens ne parlent pas de Dominique Dorn, un alias de Mario Ropp

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2014/09/dominique-dorn-les-chiens-ne-parlent-pas.html

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 06:52

« - Oui, la porte et les volets étaient fermés de l’intérieur. Mais le suicide de mon frère me paraît plus impossible encore que le fait de sortir d’une pièce en laissant tout fermé de l’intérieur.

- Le problème du meurtre dans une chambre close, murmura Hugo en détournant les yeux. Beaucoup d’auteurs de romans policiers se sont amusés à le résoudre, d’une manière plus ou moins probante… ».

Dominique DORN : Les chiens ne parlent pas.

Comme à son habitude, Weiss, le facteur, s’arrête chez Patrice Dulac afin de lui remettre son courrier. Ce matin-là, il est tout étonné que l’écrivain, qui se rend tous les ans pour quelques mois dans le petit village de Danfou situé entre Cruzy et Arthonnay, ne l’accueille pas sur le pas de la porte. La porte d’entrée n’est pas fermée, et Gino, le chien, gratte à celle du bureau dans lequel Dulac aime rédiger ses notes pour l’écriture de son prochain ouvrage. Aidé d’un voisin, Weiss défonce la porte et découvre le cadavre de Dulac, assis, une arme dans la main.

Les volets sont fermés de l’intérieur, de même que les fenêtres, et la porte close avec une targette sise à l’intérieure de la pièce. Pour les gendarmes qui effectuent les premières constatations, le suicide ne fait aucun doute. Pour Julien Dulac, son frère peintre, Patrice ne serait jamais suicidé, ce n’était pas dans son tempérament. Alors Julien s’installe et fouille dans les affaires de l’écrivain et découvre des notes renfermées dans des chemises personnalisées. Des notes prises sur le vif, concernant les habitants des lieux, ce qui n’était pas forcément du goût de tous.

Julien va faire la connaissance de ceux qui gravitaient autour de son frère, Doucette la jeune fille de dix-sept ans dont est amouraché Weiss le facteur mais qui apparemment jouait de ses charmes auprès de Patrice. Et puis il y a aussi les habitants du château de Sombrevent. La bâtisse est délabrée pourtant les occupants se conduisent comme de petits hobereaux de campagne suffisants et légèrement méprisants. Lucie, la grand-mère paralysée qui se déplace en fauteuil roulant, Hugo le petit-fils dont l’occupation première est la chasse et les promenades à bord de sa voiture, une ancienne 202, Sabine, la petite fille renfrognée, pas franchement laide mais qui ne fait rien pour s’arranger, Sophie, la soubrette, jolie et délurée. Julien tente de cerner le caractère complexe de tous ces personnages, ainsi que celle de Weiss qui n’apprécie pas que Doucette fasse les doux yeux à tous sauf à lui.

Chacun de ces protagonistes se conduit comme un être multiple : tour à tour ils se montrent arrogants, réservés, colériques, aguicheurs, renfrognés, expansifs. Comme des reproductions du docteur Jekill et Mister Hyde. Des personnages versatiles qui aimaient, et en même temps détestaient, Patrice Dulac. Mais l’écrivain ne se jouait-il pas lui-même de ses voisins, endossant l’habit d’entomologiste afin de mieux les étudier et s’en servir après ?

Seul Gino, le chien qui l’adopte, pourrait aider Julien dans sa quête de la vérité, ce n’est pas la justice qu’il souhaite mettre en avant mais comprendre, or Gino qui a assisté au drame connait sûrement le nom de l’assassin. Car Julien sait que meurtre il y a eu, un carnet appartenant à Patrice ayant disparu.

 

Un bon roman, simple, qui privilégie l’exploration de l’âme humaine plus qu’à l’histoire et se relit avec plaisir. Quant au mystère de la chambre close, les amateurs avertis auront facilement résolu le problème, car la machination est élémentaire, dénuée de machiavélisme, tout en tenant la route.

Entre 1959 et 1961, Dominique Dorn aura fourni sept romans à Frédéric Ditis pour sa collection La Chouette. Parallèlement elle en aura autant de publiés au Fleuve Noir dans la collection Spécial Police sous le nom de Mario Ropp ainsi que quatre chez l’Arabesque, collection Colorama sous le pseudo de Maïa Walberg et un dans la collection Les Nymphes sous celui de Michèle Vaudois. Une énorme production mais restera Mario Ropp avec des hauts et des bas.

Dominique DORN : Les chiens ne parlent pas. Collection La Chouette N° 193. Editions Ditis.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 12:59

Hommage à Ellis Peters, pseudonyme d'Edith Pargeter, née le 28 septembre 1913.

Ellis PETERS : Le capuchon du moine.

Si frère Cadfael est moine, il n'en est pas moins homme. Un homme qui a vécu, a participé à la première croisade, a porté l'épée comme soldat, et même a aimé de gentes dames dans sa jeunesse turbulente.

Maintenant tout cela ne fait plus partie de souvenirs qui remontent parfois et subrepticement à la surface. Des souvenirs nostalgiques certes mais que ne sont que de brefs interférences dans une vie tranquille, calme, rangée. Monastique en un mot.

Sauf quand le hasard et le crime le mettent en présence d'une personne qu'il a fort bien connue et aimée dans sa jeunesse. Cela remonte quand même à quelques décennies.

Tout ça à cause d'un riche propriétaire qui décide de léguer ses biens immobiliers à l'abbaye de Shrewsbury en échange du toit et du couvert pour lui et sa famille. Une retraite en viager en quelque sorte. Mais ce riche propriétaire décède dans des circonstances plus que douteuses et dramatiques, suite à l'ingestion malencontreuse d'un poison provenant de la réserve pharmaceutique de frère Cadfael. Le meilleur moyen de découvrir l'auteur de ce crime est de chercher à qui il profite.

Frère Cadfael va mener l'enquête car il n'est pas dit que quelqu'un puisse se servir impunément dans sa pharmacie et jeter le doute, la suspicion et l'opprobre sur ses talents d'herboriste, d'apothicaire et sur la communauté monacale tout entière.

Un moine bien attachant que ce frère Cadfael qui se montre résolu dans la traque de l'assassin, mais se révèle également magnanime. Les aventures de ce moine, déclinées en une vingtaine de romans et quelques nouvelles, proposent une incursion extrêmement intéressante dans l'époque féodale anglaise et dont la parution des premiers romans est antérieure au Roman de la Rose d'Umberto Eco. Des romans qui n'ont pas laissé les historiens insensibles, et les lecteurs amateurs de romans policiers historiques non plus d'ailleurs.

Ellis Peters et l'abbaye de ShrewsburyEllis Peters et l'abbaye de Shrewsbury

Ellis Peters et l'abbaye de Shrewsbury

Ellis PETERS : Le capuchon du moine. (Monk's Hood - 1980. Traduction de Serge Chwat). Editions 10/18. Collection Grands détectives N°1993. Première édition 1989. 288 pages. 7,10€.

Ellis PETERS : Le capuchon du moine.
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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 15:23

Il ne faut jamais se fier aux apparences...

Sophie HANNAH : Meurtres en majuscules.

Lorsqu'il décide de prendre des vacances, Hercule Poirot ne fait pas dans le détail : il s'installe dans une pension de famille à quelques trois cents mètres de son domicile londonien.

Ce soir-là, alors qu'il dîne et déguste son café, un rituel qu'il accomplit tous les jeudis au Pleasant's Coffee, une jeune femme s'engouffre dans l'établissement. Elle semble angoissée ou en détresse, des sanglots dans la voix. Poirot, qui jusqu'alors était le seul client, lui propose de se joindre à elle, puis se présente en tant qu'ancien policier à la retraite. Jennie, c'est le nom de la jeune femme, affirme qu'elle est en danger, qu'elle est déjà morte ou que cela ne tardera guère. Poirot essaie de la faire parler mais ne comprend pas tout car elle s'exprime plutôt sous forme d'énigmes. Une fois Jennie partie il s'adresse à Fee la serveuse mais elle ne sait pas grand chose sur cette femme qui vient chercher régulièrement du café et des pâtisseries pour sa patronne, une lady. Et pour effectuer ses achats Jennie doit traverser toute la ville.

Edward Catchpool, jeune policier à Scotland Yard, est locataire dans la même pension où s'est installé Poirot pour s'oxygéner les neurones. Les deux hommes sont devenus amis, et en cette soirée du 7 février 1929 les événements se télescopent et ils seront amené à participer à la même enquête. En effet alors que Poirot narre sa soirée au Pleasant's Coffee, Catchpool se demande si la fameuse Jennie en question ne serait pas l'une des deux femmes qui viennent d'être assassinées dans un hôtel de luxe, le Bloxham.

Trois meurtres dans trois chambres situées à des étages différents. Les corps ont été retrouvés dans la même position, trois cadavres, deux femmes et un homme, allongés sur le dos, mains à plat sur le sol et jambes réunies. Chaque défunt a un bouton de manchette identique placé dans la bouche. Des boutons de manchette en or massif orné d'un monogramme PIJ. Or certaines paroles prononcées par Jennie semblent correspondre à ce triple meurtre, dont cette phrase : Je vous en prie, que personne ne leur ouvre la bouche !

Le mieux est de se rendre sur place afin de procéder aux constatations suggère Poirot et rendez-vous est pris pour le lendemain matin. D'après Lazzari, le directeur de l'établissement, les trois personnes étaient arrivées séparément le mercredi, et n'ont rien en commun selon toute apparence. Les chambres étaient fermées à clé, et un petit mot déposé à sur le bureau de la réception, à l'insu du réceptionniste, un homme hors de soupçon selon le directeur. Ce petit mot contenait le message suivant : Puissent-ils ne jamais reposer en paix. 121. 238. 317. Les numéros correspondent à ceux des chambres actuellement mortuaires.

Poirot examine les lieux, les cadavres, mais une question se pose : comment les chambres ont pu être fermées et les clés non retrouvées ? A moins que l'assassin présumé ait empoisonné d'abord les deux femmes puis l'homme et se soit enfui par la fenêtre de la chambre de celui-ci, fenêtre restée ouverte, et soit descendu dans le parc grâce aux branches d'un arbre proche. D'ailleurs Poirot, qui est un maniaque du rangement, est intrigué par un carreau de la cheminée. Un carreau qui dépasse légèrement et en le bougeant il découvre placée dans une niche la clé de la chambre. Les serveurs et femmes de chambre sont interrogés, notamment celui qui aurait servi une collation à ces trois personnes réunies dans la même chambre, et dont il ne reste pas trace. Sauf un verre de sherry. Et dans ce cas, pourquoi ces trois individus auraient éprouvé le besoin de se sustenter si leur mort était programmée, car la thèse d'un suicide collectif n'est pas écartée.

Les diverses vérifications établissent toutefois que ces trois défunts se connaissaient. Les deux femmes venaient du même petit village de Great Holling tandis que l'homme résidait dans le Devon depuis de nombreuses années mais auparavant lui aussi habitait à Great Holling. Catchpool est invité à se rendre sur place et il se rend compte immédiatement qu'il n'est pas le bienvenu. Les initiales PIJ correspondent à celles d'un pasteur décédé ainsi que sa femme seize ans auparavant. Les questions se pressent mais seule une habitante accepte de lui révéler quelques secrets entourant ces deux décès. Les rumeurs, la malfaisance, les ragots et les mensonges en sont à l'origine. Et tout ce petit monde se retranche derrière une vertu arborée fièrement mais qui n'est peut-être que de façade. Quant à Jennie, son nom revient comme un cheveu sur la soupe, une soupe indigeste.

Il faut souvent pour résoudre une énigme se plonger dans le passé des acteurs d'un drame, et ce qu'il en ressort n'est souvent pas très joli. Poirot et Catchpool vont le vérifier une fois de plus.

Poirot se montre comme à son habitude imbu de sa petite personne, pédant et surtout fier de ses neurones. Il est intraitable sur le bon emploi des mots, du vocabulaire, sur l'énoncé des questions et par voie de conséquence sur celui des réponses. Catchpool est encore un débutant dans la profession et il se fie à son mentor. Mais il n'est pas toujours satisfait de la façon dont Poirot mène l'enquête. Celui-ci à tendance à taire certaines informations, à reporter au lendemain des explications qui auraient pu être dites le jour même. Certes le lieu n'est pas toujours propice à s'adonner aux commentaires, aux remarques, mais pourquoi ne pas s'exprimer dans ce cas lors de leurs déplacements. Au moins cela permettait au deux voyageurs de débroussailler leurs remarques, leurs intuitions, sans perdre leur temps. Mais non, Poirot préfère tergiverser. Il se montre cabotin, jouant le rôle de maître de cérémonie. Et comme les explications finales, avec rebondissements, s'éternisent, le lecteur se demande quand il aura enfin la solution unique à ces meurtres.

Si dans le fond et dans la forme Sophie Hannah réussit son pari de mettre en scène Hercule Poirot sans parodier ou pasticher, elle veut trop en faire et les éclaircissements qu'elle prodigue nous font plus penser à un copieux plat de porridge qu'à ces petits gâteaux pleins de finesse dont se régalent les ménagères (peu importe l'âge) britanniques. Elle se montre retorse dans cette histoire et la scène finale est un peu longuette et poussive. A lire avec tous ses sens en éveil.

Sophie HANNAH : Meurtres en majuscules. Une nouvelle enquête d'Hercule Poirot (The Monogram Murders - 2014. Traduction de Valérie Rosier). Editions Le Masque. Parution le 10 septembre 2014. 358 pages. 20,90€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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