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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 06:41

Un héritage pas forcément convoité...

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur.

Le commandant Workan n'apprécie pas d'être dérangé au téléphone, même si c'est une dame qui le demande. Mais lorsque sa correspondante lui précise que ce qu'elle a à lui confier concerne, entre autre, sa mère et qu'elle lui donne rendez-vous au Décollé, son intérêt est immédiatement éveillé.

Deux affaires distinctes qui pourtant possèdent un vague rapport, d'après ce que Workan comprend.

Sa mère a été assassinée de nombreuses années auparavant dans des conditions mal définies, et il en garde une trace indélébile. Mais le Décollé, ou Pointe du Décolé, le ramène quelques semaines en arrière, à Saint-Lunaire près de Saint-Malo. Une enquête qui avait été confiée à son adjoint le capitaine Lerouyer mais qui s'était soldée par un échec et transmise à la gendarmerie locale.

Le lendemain en fin d'après-midi il se rend donc à Saint-Lunaire et rencontre madame Drummond, une vieille dame, enfin pas tant que ça puisqu'elle n'est que septuagénaire, dans sa villa. Bien entendu la conversation débute par le rappel de l'assassinat qui s'est déroulé sur la personne d'une jeune femme, une prostituée d'après madame Drummond, l'affaire non résolue, mais il s'agit de tout autre chose dont elle veut entretenir Workan.

Elle lui révèle, sous le sceau du secret, qu'elle n'a pas d'enfant, possède une sœur, Jessica, mais plus important et plus effrayant, qu'elle est l'arrière-petite-fille de Russel Stablehorse. A première vue, ce nom ne dit rien à Workan, mais lorsqu'elle lui précise que Russel Stablehorse est plus connu sous le nom de Jack l'Eventreur, le commandant de police en reste sur le cul. Heureusement qu'il est assis.

Tout d'abord il pense à une affabulation mais elle possède des documents, des feuillets écrits de la main du tueur qu'elle a photocopiés, les orignaux étant placés dans un coffre, selon lesquels le fameux Jack dit l'Eventreur auraient perpétrés plus de crimes que ceux recensés puisqu'il aurait également sévi en Indes où il a résidé quelques années pour son travail d'architecte. Or il semblerait que le meurtre en 1999 de la mère de Workan, Ewa, serait signé par un individu agissant de façon similaire que le célèbre tueur britannique. Une méthode utilisée envers la jeune morte découverte à Saint-Lunaire.

Madame Drummond pense que le copieur pourrait être Terry, le fils de Jessica, internée dans une clinique psychiatrique de Dinan, dont elle n'a plus eu de nouvelles depuis des années. Quant au frère de Terry, Harry, il est supposé mort dans un affrontement militaire en Afghanistan au début des années 2000. Or Terry est le premier descendant mâle de Russel Stablehorse et la corrélation entre les deux hommes de la famille semble évidente.

Et Workan se trouve plongé à nouveau dans ce drame familial qui le perturbe quotidiennement, l'assassinat non résolu de sa mère. Il tient absolument à s'investir personnellement, malgré le refus de son patron, le commissaire divisionnaire Prigent, et de la procureure Sylviane Guérin, qu'il ne porte pas dans son cœur. Et c'est réciproque. Mais une autre affaire le requiert, l'agression d'un chirurgien-orthopédiste d'une clinique rennaise. Or l'homme de l'art est l'ami d'un député qui brigue un poste ministériel, donc il faut tout mettre en œuvre pour découvrir l'agresseur, rapidement et sans faire de vagues.

Workan se renseigne auprès de monsieur Cochet, un résident de Saint-Lunaire, qui avait hébergé la défunte de l'été précédent. L'homme reconnait volontiers avoir accueilli la jeune femme, une nommée Yuliya Svyrydiuk, originaire d'Ukraine. C'est un homme serviable que ce monsieur Cochet qui offre asile à ce que pudiquement on appelle une escort-girl. Yuliya a été remplacée par Cathia, qui pourrait être originaire des Balkans mais l'est tout prosaïquement de Clermont-Ferrand. Cette brave môme va connaître le même sort que sa prédécesseuse.

Workan refile l'affaire du chirurgien à ses adjoints Leila et Roberto. Leila est accessoirement sa maîtresse, et Roberto ne se montre pas futé. Alors évidemment ça patine et Workan est obligé de mener de front les deux enquêtes, l'officielle et l'officieuse, en ménageant la chèvre et le chou. C'est-à dire la procureure et le commissaire.

 

Workan est un policier qui use de l'humour à froid, grinçant, voire acerbe, et ses réparties cinglantes, avec notamment Sylviane Guérin, la procureure, donnent une note humoristique dans une intrigue qui lui tient personnellement à cœur. Et dont le résultat pourrait le libérer d'un poids qu'il traîne depuis quinze ans comme un boulet. Un souvenir dont il ne peut se défaire, ravivé tous les ans par la réception d'un morceau de tissu ensanglanté.

Workan, on a déjà pu s'en rendre compte dans les précédentes aventures dont vous pouvez retrouver les chroniques ci-dessous, est un policier bourru, agissant comme un électron libre. Il circule à bord d'une vieille Bentley, son côté provocateur.

Le côté humoristique est complété par ses relations avec Leila, et surtout par les bévues de Roberto, l'adjoint qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et ne sait pas prendre d'initiatives.

Mais le plus important dans ce roman, c'est bien le côté personnel auquel Workan est confronté. Ce retour en arrière sur le décès de sa mère. Et Hugo Buan joue avec brio sur le présent, les mortes de Saint-Lunaire, le passé proche, l'assassinat de la mère de Workan, et le passé plus lointain, ce retour en arrière sur les traces de Jack l'Eventreur. Bien entendu, tout en apportant une thèse sur l'identité de cet assassin, Hugo Buan reste fidèle à l'Histoire du Ripper tel que décrite par les spécialistes.

Amusant parfois, émouvant souvent, ce nouvel opus des enquêtes de Workan est une réussite. Avec une porte ouverte sur une nouvelle affaire. Seul petit point noir, Harry, le frère supposé décédé en Afghanistan, est prénommé en fin de volume Andy.

 

Hugo BUAN : L'héritage de Jack l'Eventreur. Commissaire Workan N°8. Editions du Palémon. Parution le 22 septembre 2016. 304 pages. 10,00€. Version numérique 5,99€.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 06:28

Des jumelles sans la courroie mais dans un bel étui !

Sophie AUBARD : Pas de deux.

Entre Manon et Solyne, c'est le jour et la nuit.

Manon, l'extravertie bruyante, et Solyne, l'introvertie silencieuse.

Pourtant tout devrait les rapprocher mais tout les sépare, même si elles vivent ensembles. Elles sont jumelles et ont vécu un drame dans leur adolescence.

Alors que le 24 décembre 1997, les deux jeunes filles et leurs parents étaient en vacances dans les Petites Antilles, afin de changer des séjours à la neige, un petit avion de tourisme a percuté leur voiture sur une route menant à la plage. Un passage dangereux, la route étant à proximité des pistes d'atterrissage. Bilan, deux morts et deux rescapés dans le véhicule, sans compter les occupants de l'avion d'instruction.

Depuis Manon et Solyne vivent dans un appartement situé en haut d'une maison de ville de Levallois-Perret, en compagnie de leur chien Haka. Sous le regard curieux de leur voisine madame Chaville, une vieille dame solitaire et toujours à l'affût.

Manon est vive, enjouée, insouciante, travaillant l'après-midi pour une boîte de communication implantée dans la commune. Elle sort souvent le soir, retrouvant son amie Charlène dans un bar. Elle s'amuse, laissant sa sœur seule à la maison.

Solyne est timide, réservée, et travaille le matin à la médiathèque de Levallois. Le samedi elle fait ses courses sur le marché, mais ne parle à personne. D'ailleurs pour ne pas être dérangée, elle feint d'être en communication téléphonique, le portable accroché à l'oreille. Elle est bénévole dans une association caritative et fréquente l'église du quartier. Mais c'est avec une certaine réticence qu'elle distribue les repas et s'approche des indigents. Et elle se méfie de l'œil inquisiteur de madame Chaville, œil qui obstrue le judas lorsqu'elle rentre ou sort.

Manon est attirée par le nouveau serveur qui officie derrière le comptoir du Balajo, son bar préféré, et elle s'en ouvre à Charlène qui elle se dépêtre avec ses affaires de cœur. Il s'appelle Naël et est étudiant. Son père vit toujours au Liban dont il est originaire. Les présentations sont rapides, et ils se promettent de se revoir le plus rapidement possible.

Et tandis que Solyne cultive sa sobriété, Manon déguste le Chablis avec gourmandise, rentrant parfois un peu pompette. Solyne reste solitaire et Manon fréquente Naël.

 

Ce qu'elles ignorent, c'est qu'un homme les suit, les épie, lorsqu'elles sortent ou rentrent chez elles, toujours séparément. Et il envoie des messages adressés à un mystérieux correspondant, messages qu'il signe Le Clown.

 

Une vie tranquille, rangée dans une banlieue proche de Paris, deux jeunes femmes apparemment sans histoires qui vivent ensembles sans heurt, ou presque. Parce que parfois Solyne n'est pas contente de Manon et elle le dit, le crie presque. De ses sorties nocturnes, de son goût pour le Chablis, de sa propension à ne pas ranger leur petit appartement. Solyne est tellement rigoureuse.

Et peu à peu le lecteur découvre les us et coutumes de ces deux sœurs, si différentes dans leurs réactions. Il lit les messages du Clown et les recommandations ou exigences de son correspondant.

Et il se demande si Sophie Aubard n'aurait pas utilisé un thème dont certains auteurs de romans policiers de détection usèrent de temps à autre, avec plus ou moins de bonheur. Alors le doute s'installe dans l'esprit du lecteur. Elle, Sophie Aubard, n'aurait pas osé quand même ! Et si, elle a osé, mais c'est si bien amené, si habilement construit, que le lecteur se laisse prendre par la main jusqu'à un épilogue logique et émouvant.

Une histoire d'amour, un roman à l'eau de rose diraient certains, mais également un roman de suspense, une énigme qui devient angoissante quant au devenir de ces deux sœurs, et juste quelques personnages qui gravitent autour d'elles. L'auteur s'attache à l'aspect psychologique de Manon et Solyne et construit son intrigue avec brio, ce qui n'était pas facile au départ. Elle joue en permanence sur la corde raide sans être déséquilibrée.

Une histoire simple et pourtant la vie est compliquée, à moins que ce soit le contraire. Mais une belle histoire qui nous change des brutalités policières ou autres, des affaires de drogue, des loubards de banlieue, de la morosité de la vie. Même si la vie n'a pas épargné nos deux jumelles. Un roman rafraichissant alors que l'intrigue joue sur les nerfs.

 

Chaque début de chapitre est consacré à un accident aéronautique, ce qui nos remémore quelques souvenirs mais en même temps l'on découvre d'autres accidents qui n'ont pas forcément fait la une des journaux, ou si peu.

 

Le rugby est un sport de voyous joué par des gentlemen, alors que le foot est un sport de gentlemen joué par des voyous.

Sophie AUBARD : Pas de deux. Editions L'Atelier Mosesu. Parution le 19 janvier 2017. 210 pages.8,95€.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 11:35

Hommage à Paul Gerrard, né le 21 février 1910.

Paul GERRARD : La Javanaise.

Si les jeux des adultes et ceux des enfants parfois se ressemblent étrangement, il faut bien constater néanmoins que ceux des adultes sont toutefois plus meurtriers et moins ingénus.

Si Sandri et ses petits camarades se frottent à la bande des frères Peyraud, Les Rouquins comme ils les ont surnommés, en réalité cela ne va jamais bien loin.

Enfin pas jusqu'à mort d'homme ! Ce n'est pas comme les adultes qui n'ont aucun savoir vivre.

Pour un malheureux colis qu'ils s'arrachent, les voilà qu'ils défouraillent à tout va. Même que les balles ne sont pas perdues pour tout le monde. Surtout pas pour le pauvre Sandri, le pauvre, qui récolte des pruneaux alors qu'il ne demandait rien à personne. Juste un peu d'amour et de compréhension.

Mais, et si on envisageait l'hypothèse, saugrenue je vous l'accorde, que le jeune Sandri était celui à qui étaient destinées les projectiles ?

En ce cas on serait en droit de se demander ce qui avait nécessité de telles mesures expéditives. Les morts gratuits, cela existe, et comme dit son père, Je suis le plus insignifiant des hommes et mon fils n'avait que le capital de sa jeunesse.

 

Un roman policier qui débute un peu comme un ouvrage destiné à la jeunesse mais qui devient très rapidement pathétique, avec un regard sans complaisance jeté sur des parents, des adultes cyniques.

D'ailleurs Paul Gerrard, né sous le patronyme de Jean Sabran, a écrit de nombreux romans pour la jeunesse sous le pseudonyme de Paul Berna dont l'immortel : Le cheval sans tête, qui a reçu le Grand Prix de littérature du salon de l'enfance en 1955.

De temps à autre on redécouvre Paul Gerrard et il serait bon de retrouver quelques rééditions de bon aloi, ne serait-ce qu'en volume Omnibus. Il le vaut bien. Même si des Intégrales ont été publiées par le Masque à la fin des années 1990, mais cela est bien loin et les ouvrages ne sont plus disponibles.

La Javanaise, un roman dur, émouvant, poignant, avec cependant quelques touches d'humour, histoire de mieux se replonger dans la triste réalité.

 

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Première édition : Presses de la Cité. Coll. Un Mystère n°707. Parution 1964.

Paul GERRARD : La Javanaise. Collection Le Masque Jaune N°1964. Parution 5 juillet 1989.

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 06:55

Inusable Sherlock et éternel Holmes !

Les avatars de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes, personnage emblématique de la littérature policière, et de la littérature tout court, est peut-être le héros de fiction ayant connu le plus de textes apocryphes, de parodies et de pastiches.

En effet, le premier texte le mettant en scène et n'étant pas signé par Conan Doyle, est écrit à peine quatre mois après cette naissance littéraire, par le créateur d'un autre monument de la littérature populaire britannique, James M. Barrie et son héros Peter Pan.

Avec un humour très britannique, James M. Barrie se met en scène dans cette nouvelle intitulée Une soirée avec Sherlock Holmes. Il rend visite à Conan Doyle et le célèbre détective est là, se prélassant dans un fauteuil. Débute alors entre les deux hommes une joute oratoire, afin de déterminer qui sera le plus déductif.

Annoncé comme recueil inédit, il faut toutefois relativiser puisque le texte de P.G. Wodehouse, Extraits du carnet d'un détective, a déjà été publié dans le volume 2 du Mémorial Sherlock Holmes, chez Clancier-Guénaud, en octobre 1982 sous le titre Le plus grand triomphe d'Adrian Mulliner dans une traduction de Geneviève Lebaut. Cette nouvelle met en scène un détective privé, Adrian Mulliner, qui veut absolument narrer une de ses aventures aux quelques membres du club présents ce soir-là. Il dénigre Sherlock Holmes, se demandant comment il peut s'en sortir financièrement.

Comme l'indique le titre de cette nouvelle écrite par Edward Frederic Benson et Eustace H. Miles, Le retour de Sherlock Holmes nous propose les retrouvailles de Watson et de son ami alors que le détective était censé avoir disparu dans les chutes de Reichenbach.

Si A. A. Milne est plus connu comme le créateur de Winnie l'Ourson, popularisé par les Studios Disney, il ne faut pas oublier qu'il fut aussi un romancier pour adulte, dont l'excellent Mystère de la maison rouge, un classique du roman de détection réédité en 1995 au Masque. Avec L'enlèvement de Sherlock, sous-titrée La seule version authentique des aventures de Holmes, voici une histoire totalement décalée qui tient en quatre pages, seulement.

Je passe rapidement sur les autres nouvelles qui figurent dans ce recueil, non pas quelles soient inintéressantes, au contraire, mais pour m'attarder un peu plus longuement sur Le Mystère de Pegram de Robert Barr. Rien que le titre, ou plutôt cette histoire, est un véritable mystère car elle fait l'objet de deux traductions quasiment simultanées. Celle-ci est signée Jean-Paul Gratias, et le titre original est : Detective Story Gone Wrong : The Adventures of Sherlaw Kombs.

Une fois encore le clone du détective de Conan Doyle, grâce à son don de déduction parviendra à résoudre une énigme ferroviaire qui semblait dès le départ vouée à l'échec. Mais pour une fois, tout en ayant raison, il se trompera sur l'identité du coupable.

Ce qui m'a amusé et interloqué tout à la fois, c'est le fait que le traducteur, avec sûrement une bonne raison, a changé le nom du protagoniste. Sherlaw Kombs est devenu sous sa plume, ou son clavier, Charlot Keums. Peut-être dans un but de compréhension phonétique, allez savoir. Et quand on nous serine que les traducteurs veulent rester fidèles au texte original !

Enfin, dans la nouvelle qui clôture ce recueil, L'affaire du second butin, est due également à Robert Barr, on ne se lasse pas de redécouvrir cet auteur britannique contemporain de Mark Twain, Jerôme K. Jerôme, H. G. Wells et Conan Doyle et avec lesquels il collabora. Mais dans cette historiette Conan Doyle lui-même est mis en scène tout comme Sherlock Holmes à qui il rend sa véritable identité.

 

Les avatars de Sherlock Holmes est une anthologie extraite du Grand livre des parodies et pastiches holmésiens composé par Otto Penzler en 2015, un volume qui devrait être suivi d'autres publications, pour le plus grand plaisir des amateurs de Sherlock Holmes mais également de textes humoristiques et quelque peu insolents.

 

Sommaire :

Avant-propos de l'éditeur.

 

James M. Barrie : Une soirée avec Sherlock Homes (An Evening With Sherlock Holmes). Traduction de Jean-Paul Gratias.

P.G. Wodehouse : Extrait du carnet d'un détective (From a Detective's Notebook). Traduction de Frédéric Brument.

E.ustace H. Miles : Le retour de Sherlock Holmes (The Return of Sherlock Holmes). Traduction de Frédéric Brument.

A. A. Milne : L'enlèvement de Sherlock (The Rape of Sherlock). Traduction de Frédéric Brument.

John Kendrick Bangs : Une énigme pragmatique (A Pragmatic Enigma). Traduction de Frédéric Brument.

Stephen Leacock : Tiré par les cheveux (An Irreductible Detective Story). Traduction de Frédéric Brument.

Robert Barr : Le mystère de Pegram (Detective Story Gone Wrong : The Adventures of Sherlaw Kombs). Traduction de Jean-Paul Gratias.

Robert Barr : L'affaire du second butin (The Adventure of the Second Swag). Traduction de Jean-Paul Gratias.

Les avatars de Sherlock Holmes. Rivages Noir N°1037. Editions Rivages. Parution 4 janvier 2017. 140 pages. 6,20€.

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:33

Attention à la casse, car il ne s'agit pas de verre blanc susceptible de porter bonheur...

Eric FOUASSIER : Le piège de verre.

En cette fin du mois d'octobre de l'an 1503, l'assassinat d'un troisième alchimiste inquiète Anne de Bretagne en son palais de Blois.

Elle est convaincue que sa couronne est en danger, du moins celle de son mari le roi Louis XII. D'autant que d'étranges messages ont été gravés sur le front de chacun des homicidés. Sur le dernier en date figurent les lettres Let D.

Se souvenant que cinq ans auparavant, de ce qui est advenu lors du décès accidentel, du moins c'est ce qui a été officiellement déclaré, de Charles VIII, elle fait appel à Héloïse Sanglar, fille d'apothicaire et apothicaire elle-même, ayant repris l'échoppe de son père décédé dans de troublantes circonstances.

La jeune fille, âgée maintenant de vingt-trois ans, avait enquêté en compagnie de Pierre Terrail, le chevalier Bayard, démontrant un esprit intelligent, vif, et se montrant courageuse dans des moments difficiles. Elle prépare à l'aide de produits naturels des onguents, des panacées, des parfums et autres médications destinées à soulager les maux de toutes sortes. Au moment où l'envoyé de la reine lui enjoint de quitter Amboise et de se rendre immédiatement à Blois, elle met la dernière main à la confection de cierges commandé par un monastère. Elle se met immédiatement en route laissant son apothicairerie aux mains de son ouvrier-compagnon, compagnon dans le sens de compagnon du devoir, qui sait se débrouiller seul la plupart du temps.

Sur place, Héloïse fait montre de détermination et ne s'en laisse point conter par la Reine. Elle veut savoir pourquoi celle-ci est persuadée que le trône est en danger. Anne de Bretagne lui montre alors un parchemin qui avait été glissé dans son psautier et sur lequel est inscrite cette phrase pour le moins sibylline : Qu'En Ce Vitrail Le Lys Défaille.

Peu avant que Maître Barello, l'alchimiste, soit assassiné, il avait reçu la visite d'un maître verrier et de son assistant Jean surnommé l'Angelot. Héloïse recueille plus de renseignements auprès de Tiphaine, la servante, et de Guillaume, l'apprenti de l'alchimiste. Le jeune garçon a assisté à une scène étrange qui le fait frissonner encore d'horreur. L'alchimiste avait découvert une vitre rouge enchâssée dans un cadre de cuivre, avait déposé un jeune chiot près du verre puis allumé une chandelle. La lumière se reflétant dans le verre rouge avait touché l'animal qui en était mort. Incroyable.

Le maître verrier est reparti en compagnie de l'Angelot et il faut percer le secret qui entoure ce phénomène étrange et mortifère. Pour cela, le mieux est de se rendre à l'abbaye de Baume-les-Moines, dans le Jura, et le rencontrer. Anne de Bretagne adjoint à Héloïse le chevalier Henri de Comballec, baron de Conches, et son écuyer Robin. Toutefois avant de repartir pour Amboise afin de préparer ses affaires, Héloïse est agressée dans les jardins royaux par des soudards et elle ne doit, sinon la vie sauve, tout du moins une virginité intacte à Philippe de Clèves, évêque de Nevers, qui baguenaudait dans les parages.

Puis c'est le grand départ et Héloïse ne peut emmener tout son attirail d'onguents et autres médicaments, juste une petite trousse de premier secours, et là voilà juchée sur une mule alors qu'elle pensait effectuer le trajet à bord d'une litière. Faut pas rêver non plus.

En cours de route, les dangers guettent nos voyageurs, et arrivés sains et saufs, à Baume-les-Moines, c'est pour repartir munis d'un parchemin découvert dans une anfractuosité de l'édifice. Un parchemin comportant de nombreuses strophes qu'ils doivent décrypter s'ils veulent continuer leur chemin qui les conduira au maître vitrier. Bourges, Sens, Autun autant de villes étapes qui ponctuent ce jeu de piste et ce chemin de croix jalonnés de dangers de toutes sortes. Ils sont suivis par un albinos chargé de leur mettre des bâtons dans les roues, ou sous les pieds de leurs cheveux, voire de les éliminer.

Pendant ce temps, que fait Pierre Terrail, le chevalier Bayard, cet homme auquel pense si fortement Héloïse ? A la même chose, c'est-à-dire qu'il pense à la jeune femme et son souvenir est prégnant, malgré les nombreuses années au cours desquelles ils ne se sont pas vus, ayant tout juste correspondu la plupart du temps par pigeon voyageur. Bayard est actuellement près de Naples, combattant pour le compte du roi de France et affrontant les troupes espagnoles qui désirent elles aussi se partager ce morceau de province.

 

Roman historique, Le piège de verre est également un roman ludique, un thriller ésotérique, mais pas trop, et une histoire d'amour entre deux jeunes gens, voire trois car bientôt Héloïse s'aperçoit qu'Henri de Comballec ne lui est pas indifférent.

Mais c'est bien le thème historique qui prévaut, les problèmes rencontrés par Anne de Bretagne pour assoir sa notoriété, les jalousies exacerbées de celle qui a été répudiée, à cause d'une tradition qui veut que le nouveau roi épouse la veuve du précédent et surtout pour des intérêts domaniaux ou dont la descendance pourrait prétendre régner à la place de Louis XII, si celui-ci venait à décéder sans postérité.

Quant à la partie ludique, il s'agit de décrypter une énigme. Mais celle-ci est alambiquée, et il faudra user de leurs connaissances mais compter aussi sur une grande part de chance pour parvenir à décoder ce texte. Car une véritable course contre la montre se joue dans un contexte à étapes foisonnantes de rebondissements.

Roman de la manipulation, cette histoire est habilement construite et réserve son lot de surprises. Quant à l'épilogue, ouvert, il ouvre la voie à une nouvelle aventure d'Héloïse, aventure qui je l'espère sera écrite et publiée avant cinq ans, comme le laps de temps qui sépare celle-ci de la précédente.

 

Eric FOUASSIER : Le piège de verre. Roman historique. Editions Jean-Claude LATTES. Parution le 1er février 2017. 480 pages. 20,00€.

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 10:25

Hommage à Dick Francis, décédé le 14 février 2010.

Dick FRANCIS : Dans l’œil du cyclone

Perry Stuart est l’un des "Monsieur Météo" de la BBC, quelqu’un qui fait la pluie et le beau temps, à qui bon nombre d’entraîneurs de chevaux de courses viennent demander conseils, pronostics et prévisions météorologiques.

Ami et collègue de Kris Ironside, autre présentateur adulé, Perry ne résiste pas à la tentation de l’accompagner chez des propriétaires de chevaux, dont un protégé en devenir semble mal en point, puis de le suivre jusqu’en Floride afin de scruter, à bord d’un avion, l’œil d’un cyclone dans la mer des Antilles. Ce qui leur permettrait de faire d’une pierre deux coups : visiter en même temps une île lilliputienne qui abriterait ils ne savent trop quoi, le propriétaire de cette chiure de mouche sur une carte maritime n'étant pas prolixe dans ses explications.

L’épopée se déroule contre vents et marées et Perry se retrouve seul sur l’îlot en question, tel un Robinson moderne, survivant grâce à un troupeau de bovidés dont la présence est pour le moins insolite.

Et il va se trouver bon gré mal gré au cœur d’un complot dont l’attrait principal est l’uranium enrichi. Parmi les personnages qui gravitent dans cette histoire assez alambiquée, une accorte infirmière et un duo d’agents secrets, plus un cheval, animal qui pour une fois ne tient pas le rôle principal.

 

Dick Francis est un excellent raconteur d’histoires et le lecteur se laisse prendre à chaque fois dans des mailles plus ou moins grosses mais efficaces.

L’humour sous-jacent est toujours présent et les scènes à grand spectacle ne manquent pas. Et l’on découvrira la prépondérance des prévisions météorologiques, souvent plus importantes que les informations d’ordre général.

 

Dick FRANCIS : Dans l’œil du cyclone (Second Wind - 1999. Traduction Mona de Pracontal). Collection Thriller. Editions du Rocher. Parution 16 mai 2001. 266 pages.

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 14:57

Hommage à Rafael Sabatini décédé le 13 février 1950.

Rafael SABATINI : Scaramouche

L'insurrection, la révolte, la Révolution n'ont pas été l'apanage des Parisiens même si les faits les plus marquants, les plus indélébiles se sont produits dans la capitale.

La prise de la Bastille n'est que l'un des jalons de cet embrasement populaire qui secoua la France à des degrés plus ou moins violents. Mais en province aussi la grogne couvait et pas uniquement dans les villes. Les campagnes étaient atteintes elles aussi par ce phénomène d'aspiration à plus de liberté, de justice, de reconnaissance de l'être humain en tant que tel et non uniquement que d'une fraction favorisée et privilégiée de la population.

Parfois un simple petit fait que l'on pourrait signifier d'insignifiant suffisait à déclencher la colère et à révéler à certains leur possibilité d'entrer dans la bataille et dans l'histoire.

Ainsi André Moreau, après avoir suivi des études de droits et travaillant comme clerc de notaire à Gavrillac, près de Rennes, n'envisageait-il qu'un avenir relativement modeste, et peut-être un mariage avec la fille de son parrain, son père adoptif, monsieur de Kercadiou.

Mais en ce froid matin de novembre, à la suite d'une duel à l'équité plus que douteuse, presqu'un assassinat, la mort de Philippe de Valmorin son meilleur ami provoquée par le marquis de La Tour d'Azyr, il devient un agitateur, un contestataire, un révolutionnaire, haranguant la foule et les étudiants sur la place du Palais de Justice de Rennes.

Obligé de fuir, de se cacher, activement recherché par la maréchaussée, André Moreau trouve refuge dans une troupe de saltimbanques. Il se découvre une vocation d'acteur et d'auteur, et le succès aidant, après des représentations villageoises dont les spectateurs sont de plus en plus nombreux et enthousiastes, c'est la consécration à Nantes.

Mais sa vindicte envers le marquis de La Tour d'Azyr n'est pas refroidie, de même que son amour pour la belle Aline, fille de son parrain et promise au mariage avec le marquis exécré.

Obligé de fuir à nouveau, André Moreau va tenter sa chance à Paris. L'amour et l'accomplissement de sa vengeance seront-ils au rendez-vous ?

 

Il est frappant de voir qu'à part Alexandre Dumas, les plus belles pages des romans populaires écrits à cette époque, XIXe et début XXe siècle, consacrés à la Révolution Française, ont été écrite par des romanciers étrangers. Peut-être justement grâce ou à cause de leur statut d'étrangers, qui leur permet d'y apporter une vision plus impartiale.

La Baronne Orczy, avec le fameux Mouron Rouge, et Rafael Sabatini avec André Moreau alias Scaramouche, son nom de scène.

Rafael Sabatini est né en 1875 d'un père italien et d'une mère anglaise, tout deux évoluant dans le monde de la musique. Auteur d'une quarantaine de romans historiques, à prédominance de cape et d'épée, et d'études historiques, Rafael Sabatini a également été sollicité par le cinéma dans les années 1920/1930. En France il est surtout connu pour ses romans Capitaine Blood et Scaramouche et quelques nouvelles parues dans Mystère-Magazine.

De Scaramouche, paru en 1955 dans une version quelque eu abrégée dans la collection Idéal-Bibliothèque chez Hachette en 1955, j'avait gardé un souvenir vivace et attendri, dont les deux derniers chapitres m'avaient particulièrement marqué par leur pathétisme poignant.

Aussi ce n'est pas sans émotion que j'ai relu Scaramouche dans sa version intégrale, et une fois encore la magie littéraire a opéré en moi ce déclic que seuls les grands auteurs populaires savent déclencher. Il existe une suite, Scaramouche, The Kingmaker, qui malheureusement reste inédite en France.

Collection Idéal-Bibliothèque en 1955 chez Hachette. Illustrations de Jacques Pecnard. 192 pages.

Collection Idéal-Bibliothèque en 1955 chez Hachette. Illustrations de Jacques Pecnard. 192 pages.

Version d'octobre 1989, édité par L'Atalante dans la collection Bibliothèque de l'évasion. 352 pages.

Version d'octobre 1989, édité par L'Atalante dans la collection Bibliothèque de l'évasion. 352 pages.

Le roman Scaramouche a été adapté au cinéma à plusieurs reprises, dont en 1952 par Georges Sidney, avec dans les rôles principaux Stewart Granger, Janet Leigh, Eleanor Parker et Mel Ferrer. En 1963, l'espagnol Antonio Isasi-Isasmendi signait un film franco-espagnol avec Gérard Barray dans le rôle titre, Michèle Girardon, Yvette Lebon, Gianna Maria Canale et Alberto de Mendoza.

Rafael SABATINI : Scaramouche

Rafael SABATINI : Scaramouche (Scaramouche - 1921). Traduction de Jean Murray. Collection Libretto. Parution le 2 juin 2016. 324 pages. 10,00€.

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 06:48

Une voix dissonante dans un concert de louanges...

Jacques-Olivier BOSCO : Brutale.

En littérature policière, on trouve de bons et de moins bons policiers. Ainsi Maigret a su s'attirer tous les suffrages, engendrant une certaine sympathie, pour ne pas dire une sympathie certaine, voire même une empathie de la part de ses lecteurs. Le côté humain du personnage, sans aucun doute.

D'autres, au contraire ne suscitent que répulsion, antipathie, de par leur comportement violent, agressif, en marge de la loi.

Ainsi, Lise Lartéguy, une lieutenante attachée au Bastion, le nouveau siège du regretté 36 Quai des Orfèvres, est une adepte de la baston, de la violence gratuite. Juste pour faire mal. Pas même comme une Bête, car les animaux attaquent lorsqu'ils se sentent en danger ou pour se nourrir. Non, Lise Lartéguy subit depuis sa tendre enfance des pulsions incontrôlables qui l'obligent à manifester sa brutalité par des exactions envers, de préférence heureusement, des protagonistes guère reluisant. Mais pas toujours et pas que. Parfois c'est un péquin qui s'attire son ire, et elle se déchaîne, malgré les mises en garde de ses supérieurs.

Lise est issue d'une famille de représentants de la loi. Le père, le grand-père, et même avant, émergeaient au Ministère de l'Intérieur. Et quand ils ne sont pas policiers, ils sont gendarmes. Comme son jeune frère Camille élevé au grade de capitaine.

Lorsque le lecteur fait la connaissance de Lise, il est tout de suite mis au parfum comme il était coutume de dire entre truands et flics.

Se rendant dans son bar habituel, elle en profite pour traquer un petit revendeur de drogue lui promettant de joyeux sévices dont elle a le secret s'il n'obtempère pas. Le gamin se débarrasse vite fait de sa marchandise, composée de produits illicites en tout genre. Le tout est étalé sur le bitume et avec un doigt elle en récupère quelques miettes. C'est déjà bien chargée qu'elle entre dans le troquet et pour mieux s'imbiber elle déguste quelques téquilas.

Importunée par un client, elle lui démontre qu'elle connait les principaux moyens de se défendre, en adepte des salles de combats qu'elle est, et l'homme est renvoyé dans ses foyers. Seulement il est accompagné d'amis qui tentent de lui démontrer qu'à plusieurs ils peuvent la mettre à la raison. Peine perdue. Puis elle aperçoit que la bijouterie voisine est braquée par des individus qui se défilent en voiture. Elle les suit à bord d'un véhicule, qui normalement était remisée à la fourrière mais qu'un de ses collègues lui a gentiment prêtée alors que la voiture devait être revendue pour grossir les indemnités de ses supérieurs, et elle se lance à leur poursuite. Les balles volent et font plus de dégâts que celles de ping-pong. Les braqueurs peuvent s'enfuit, l'un d'eux étant toutefois blessé, tandis que Lise reste au bord de la route, son véhicule complètement amoché.

Naturellement son supérieur n'est pas satisfait de sa prestation mais le grand chef, qui se trouve être le parrain de Lise, défend la jeune femme, expliquant que ses actes de brutalité sont à mettre au crédit d'une jeunesse perturbée. Elle est brutale, elle ne contrôle pas ses impulsions, et cela lui plait. Elle ressent même une forme de jouissance à torturer physiquement ses adversaires ou tout simplement ceux qui se mettent en travers de son chemin. Mais elle est sur la bonne voie de la rédemption, d'après lui, car elle se soigne, suivie par un psychiatre.

Lise, malgré une confortable paie est toujours en manque d'argent. Et lorsque son compte est dans le rouge, elle se tourne vers son frère afin qu'il lui débloque quelques subsides, gérant les finances familiales. Elle le rejoint alors qu'il participe à une opération qui requiert la présence de nombreux services de gendarmerie. Ils sont sur les dents, des jeunes filles vierges vidées de leur sang ayant été retrouvées abandonnées dans des lieux déserts. Une affaire dont les ramifications se prolongent en Belgique et en Tchétchénie.

J'ai sauté du train en marche et donc ne peux vous narrer la suite des aventures de Lise et de son frère. Et encore, j'ai édulcoré les scènes d'action qui d'ailleurs auraient pu être décrites avec sobriété plutôt que de manière si complaisante. Et je ne sais pas si certaines incohérences que j'ai relevées au début du récit sont rectifiées par la suite.

Ainsi Camille est le petit frère de Lise. Comme elle a vingt-huit ans, on peut en déduire qu'il est plus jeune. Pourtant Camille a deux enfants dont une fille, Jade, qui fait une crise d'adolescence et possède un portable comme tous les gamins qui entrent en sixième. Donc, Jade a au moins douze ans. Et si je compte bien, dans ce cas, Camille aurait eu sa fille à l'âge de quatorze ans environ. Mais peut-être me trompé-je et qu'une explication simple et logique se cache dans le reste de l'histoire.

La violence, de plus gratuite et inutile comme dans ce roman, ne m'a jamais intéressée. Depuis soixante-dix ans, les conflits ont trop côtoyé mon existence et ce n'est pas le genre littéraire auquel je peux adhérer. On la vit trop au quotidien pour s'extasier devant une histoire qui en fait l'apologie. De plus le cas de Lise n'est pas un exemple, surtout avec toutes les casseroles que se trimbalent les policiers actuellement. A croire qu'il faut être brutal, violent, voire masochiste pour entrer dans ce métier sensé protégé les citoyens. J'ai toujours préféré Arsène Lupin, malfaiteur élégant, à Fantômas, le tueur en série.

Pourtant j'espérais beaucoup de ce nouveau roman de Job, qui pour moi ne l'a pas fait. Il dévalorise une profession dont certains membres se chargent eux-mêmes d'y apporter le déshonneur, persuadés de ne pas être inquiétés à cause d'une impunité à toute épreuve. Non, je n'ai pas aimé, mais je suis peut-être le seul. Et comme je n'ai pas pour habitude de flatter, de faire montre de flagornerie pour me faire bien voir de la part d'un auteur, je n'hésite pas à écrire quand j'aime et surtout quand je n'apprécie pas.

 

Je vous propose toutefois de découvrir l'avis de Claude Le Nocher sur Action-Suspense, qui se montre beaucoup plus indulgent que moi.

Jacques-Olivier BOSCO : Brutale. Collection La Bête Noire. Editions Robert Laffont. Parution le 19 janvier 2017. 416 pages. 20,00€.

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:43

Juste quelques litres de sang suffiront !

Pierre BAMEUL : Pour nourrir le soleil.

A l'origine ce roman a été édité en deux tomes dans la collection Anticipation du Fleuve Noir : La saga d'Arne Marsson (N°1458 - mai 1986) et Le choix des destins (N°1489 - octobre 1986). Plus qu'une anticipation, il s'agit d'une uchronie se déroulant en deux épisodes qui peuvent se lire indépendamment, mais prennent toute leur saveur dans ce volume complet car des incompréhensions, ou du moins ce que le lecteur aurait pu juger comme telles en s'arrêtant à la première partie, sont expliquées et dévoilées à la fin de la seconde partie.

Collection Anticipation N°1458. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1986. 192 pages.

Collection Anticipation N°1458. Editions Fleuve Noir. Parution mai 1986. 192 pages.

La saga d'Arne Marsson :

Le knorr est dans le potage et le bateau est soumis à la pression des eaux qui déferlent. Cela fait deux jours que la tempête s'amuse avec le drakkar qui est parti du Vinland quinze jours auparavant.

Les avaries sont nombreuses et dix hommes et quatre femmes ont péri dans la tourmente. Il ne reste plus à bord qu'Arne Marsson, le capitaine, Oleg, Olaf, Rolf et Franck dit le Savant, ses compagnons, ainsi qu'Erika, sa femme enceinte.

Soudain Arne rugit Trollstein, le mot magique qui calme peu à peu les éléments déchaînés. Il aurait dû y penser plus tôt, se morigène-t-il, mais dans la confusion ceci lui était sorti de l'esprit. Et puis il s'inquiète de cette fameuse pierre qu'il transporte à son bord, la Pierre des Trolls, une plaque de granit poli gravé de runes qui lui été offerte par un troll, lors d'un voyage en Suomie.

Les éléments marins calmés, il faut penser à remettre en état le drakkar, et puis sacrifier à quelques traditions, si l'on veut tenir en main son équipage. Arne accepte donc que son épouse Erika, quoique celle-ci soit réticente au départ, procède à un exutoire génital de ses compagnons, et, si l'on de réfère aux gémissements qui sortent du taud, Franck le Savant y met du sien afin de satisfaire ses exigences naturelles et qu'Erika ne dédaigne pas à le rejoindre dans ses transports.

Bientôt ils abordent la terre à quelques mille-deux-cents miles marins de leur point de départ. Alors qu'ils réparent leur navire, les premiers Skraelings font leur apparition. Cette invasion sur leurs terres n'a pas l'heur de leur plaire, une bataille est inévitable. Grâce à sa magnanimité et à son sens de la diplomatie, bientôt Arne et ses compagnons sont acceptés par la tribu. Ils vont même les défendre contre les attaques de barbares qui veulent déposséder leurs hôtes de leurs terrains de chasse.

Tant et si bien qu'Arne devient le chef à la place du jeune chef Skraeling qui a été tué dans un combat. Mais il pense toujours à l'inscription gravée sur sa Pierre de troll, et toute la compagnie s'exile vers le Sud, au pays des Chichimèques et des Toltèques, avant de partir plus loin à la conquête du mystérieux pays évoqué par la pierre. Une légende va naître, celle de Quetzalcoatl, plus connu sous le nom de Serpent à plumes, ainsi dénommé à cause de ses vêtements militaires, une adaptation de la vêture viking et des coutumes des autochtones.

Mais là aussi, il faut sacrifier à certaines traditions, lorsque le Soleil risque de s'éteindre. Et un voile noir issu du fin fond de la galaxie s'amuse parfois à frôler la Terre plongeant le peuple dans la crainte et l'anxiété.

Collection Anticipation N°1489. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1986. 192 pages.

Collection Anticipation N°1489. Editions Fleuve Noir. Parution octobre 1986. 192 pages.

Le choix des destins.

Ce second volet se déroule environ mille ans après les événements décrits ci-dessus.

Les Aztèques ont conquis le monde et étendent leur domination jusqu'en Orient. L'ordre par obscurantisme règne et Motecuhzoma V est l'empereur incontesté du Royaume du Soleil et de l'Antique Anáhuac. Son frère Tonatiuh arrive face à l'île Réac à bord d'un dirigeable.

Marié depuis deux mois, Malic, à peine vingt ans, quitte son travail à l'arsenal et rejoint, juché sur sa draisienne, le port de Tarochellan où l'attend théoriquement son épouse la belle Orana. Théoriquement car arrivé sur place, il ne peut que constater que celle-ci a été sélectionnée, comme bien d'autres femmes, pour servir d'offrande à Tonatiuh.

Mais un vent de fronde, d'insurrection règne sur l'Heurohuac et plus particulièrement en pays Franhauc. Les Sarrazins concentrent leurs troupes dans le Mahgreb, et Gallix, un ancien officier franhauc s'est exilé dans les îles du Nord afin de diriger la rébellion.

Malic se révolte contre l'enlèvement de sa femme et il est arrêté par la soldatesque. Emprisonné, il sera délivré par des partisans, résistants pour les uns, terroristes pour les autres, et rejoindra la Résistance.

Evidemment cet épisode ramène le lecteur à des événements qui se sont déroulés il y a maintenant plus de soixante-dix ans mais dans des conditions différentes. Ce sont les Aztèques qui ont conquis le monde et non le contraire. Un peu grâce à Quetzalcoatl, alias Arne Marsson.

Auparavant, les Indios n'avaient pas de chevaux, et ils ignoraient l'usage de la roue, du fer, de l'arbalète et du mousquet. En outre, contrairement aux Vikings païens, les Espaňoles, poussés par le mythe manichéen chrétien, pratiquaient la guerre totale.

Mais le régime aztèque interdit les avancées scientifiques, pensant, à tort ou à raison, que justement le modernisme leur serait fatal. Il s'agit donc bien d'une uchronie, mais ce roman ne serait pas complet, et ne justifierait pas l'appellation d'Anticipation et de Science-fiction, si Pierre Bameul n'intégrait des données supplémentaires. D'abord ce voile noir qui perturbe le bon déroulement des événements, et d'ailleurs voile noir pourrait tout aussi bien être la métaphore de l'obscurantisme scientifique et son refus des avancées techniques, louables ou non ceci est une autre histoire.

Et ce voile noir provoque un phénomène bien connu des romanciers de science-fiction, les mondes parallèles. Et alors, ce qui semblait antinomique dans la première partie, les distances en miles par exemple qui n'avaient pas cours en pays viking lors de leurs premières migrations en Vinland, c'est-à-dire, Terre-Neuve et le haut du Canada. D'autres éléments, que je n'ai pas évoqués afin de laisser un peu de suspense, sont également décryptés. Quant au pays Franhuac et Tarochellan, il s'agit bien évidemment de la France et La Rochelle. Je vous laisse deviner qui se cache sous Gallix.

Un roman plaisant à lire aussi bien dans le fond que dans la forme, et il est dommage que Pierre Bameul se montre aussi discret.

 

Pierre BAMEUL : Pour nourrir le soleil. Collection e-Anticipations. Editions L'Ivre book. Parution le 06 janvier 2017. Version numérique. 3,99€.

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 05:28

Méfiez-vous : le ciel est généreux mais imprévisible !

Francis MIZIO  : Tout ce qui tombe du ciel.

Après La Santé par les plantes, édité par La loupiote puis réédité en Série Noire (la consécration !), après quelques nouvelles de fort bonne facture dont j'aurai sûrement l'occasion de vous en reparler, voici son dernier ouvrage en date : Tout ce qui tombe du ciel aux jeunes éditions Lignes Noires. J'écrivais ces lignes en l'an 2000, déjà ! Depuiq Francis Mizio c'est fait discret, mais ces ouvrages continuent à vivre, et c'est ce que l'on peut demander de mieux pour un auteur.

 

Le village de Château-Carrois est tout bonnement remarquable. C’est un écrin de verdure dans une terre de contrastes ”.

Les habitants pourraient y vivre heureux, comme dans toute monde rural qui se respecte, avec ses jalousies, son hobereau, ses petits commerces, son simplet, sa nymphomane, et j’en passe.

Seulement, Ladislas Krobka, cafetier de son état par la volonté de son cousin qui lui a légué l’établissement sous la condition expresse que Ladislas s’occupât de son animal favori, un poisson carnivore, un frico carmin à canines, lequel ne se nourrit que de gerboises, Ladislas donc s’était acheté une voiture toute neuve, une Bouzoo, dont il était fier à juste raison.

Etait, car ne voilà-t-il pas qu’une météorite, venue d’on ne sait d’où, du ciel probablement, s’est fichée dans la carrosserie, écrasant le véhicule et causant des dommages irréparables. Cette pierre va semer la discorde dans cette petite communauté.

Chacun espère en tirer profit, mais Ladislas se doit de la conserver précieusement car n’est-elle point la preuve tangible, matérielle, des dégâts occasionnés sur sa Bouzoo, alors que l’assurance rechigne (comme toujours) à lui verser des dommages et intérêts.

 

Tout ce qui tombe du ciel est un roman difficile à classer dans un genre défini. Pas vraiment noir ou policier, surtout humoristique, ce livre renoue avec le genre populaire dans le bon sens du terme, qui accroche le lecteur dès la première page et le conduit par les yeux jusqu’à l’épilogue.

Francis Mizio possède un style à nul autre pareil, et c’est un vrai bonheur burlesque, cocasse, où le sérieux, la gravité, le disputent au désopilant, à l’ironie, à la verve malicieuse, voire au sarcasme.

Un ouvrage qui devrait être remboursé par la Sécurité Sociale grâce à ses vertus bénéfiques sur l’apaisement de l’esprit après une dure journée de labeur. C'est aussi ce que j'écrivais en l'an 2000, je ne change rien, et faut croire que cette petite phrase a conquis de nombreux chroniqueurs car je la retrouve souvent au détour d'articles toujours élogieux.

Première parution : Editions Lignes Noires. Parution 14 mars 2000.

Première parution : Editions Lignes Noires. Parution 14 mars 2000.

Francis MIZIO : Tout ce qui tombe du ciel. Collection Hélios Noir. Editions Actu SF. Parution 9 février 2017. 392 pages. 9,00€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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