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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 08:50

La Magicienne d’Amoz.

Claude AMOZ : L'ancien crime.

Révélée à Vienne en 1997 en obtenant le Grand Prix du roman policier Sang d’Encre pour Le Caveau, Claude Amoz a connu la consécration en 1999 avec deux romans : Celui qui est présenté dans cette chronique et Dans la tourbe paru chez Hors Commerce dans la collection Hors Noir.

 

Une annonce paraissant dans le journal Libération intrigue un avocat, un commissaire de police et un historien d’origine juive qui, chacun de leur côté, pensent avoir déchiffré le message signé Judith. Judith, nom de guerre biblique emprunté par une jeune fille qui recherche son grand-père évanoui dans la nature. Comme si ses parents, sa grand-mère avaient tiré un trait sur son existence, ce qu’ils ont d’ailleurs fait, elle s’en rendra vite compte. Elle reçoit des réponses et parmi celles de farfelus et d’obsédés sexuels émane enfin celle du disparu. Seulement lorsqu’elle arrive à Paris, personne n’est là pour l’attendre à la gare comme promis. Un rendez-vous manqué. Alors elle se décide à se rendre sur place chez celui dont elle désire ardemment faire enfin la connaissance. Elle ne trouve en face d’elle qu’un cadavre et ses recherches dans les journaux de l’époque de la Libération lui font découvrir un passé inquiétant concernant son grand-père.

Claude Amoz est empreinte d’obsessions qu’elle extirpe au fil de ses romans avec une sensibilité toute particulière. Les réminiscences de l’Occupation, de la Collaboration, les fêlures de l’âme, un tournoiement de souvenirs qui s’effilochent sans pour autant disparaître, forment la trame de livres qui oscillent, pas vraiment noirs, pas vraiment blancs, grisailles d’un quotidien oppressant, quêtes d’un passé en filigrane. Une période trouble que tentent d’expliquer des historiens et que d’autres grattent, recherchant avec une certaine jubilation le pus qui pourrait encore stagner. C’est facile de jouer les censeurs dans une bibliothèque.

Et comme tout ce termine par une citation : Les monstres les plus inquiétants sont ceux qu’on n’ose pas regarder en face.

 

Claude AMOZ : L'ancien crime. Rivages/Noir N°321. Editions Rivages. Première parution mars 1999. 256 pages. 8,65€.

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 13:19

L'escarpin de Cendrillon ?

Claude IZNER Le carrefour des Ecrasés.

Novembre 1891. Au carrefour situé entre le Faubourg Poissonnière et la rue Montmartre, surnommé le Carrefour des Ecrasés, gît le cadavre d’une jeune femme dont le visage a été vitriolé. Détail troublant, elle ne porte pas de chaussures.

Peu après Grégoire Mercier, un berger “ en chambre ”, apporte un escarpin rouge qu’il a découvert sur le lieu de l’accident à Victor Legris, libraire et détective amateur, escarpin dont la semelle est constituée d’un carton portant l’en-tête de la librairie. Victor est intrigué et comme primo il possède un esprit aventureux et curieux, et que secundo son associé Kenji, à la vue de ce soulier, prend un fiacre sans donner d’explications, il ne peut s’empêcher de se lancer dans une nouvelle enquête, avec l’aide de son commis Joseph.

Lequel a entendu l’adresse donnée au cocher, un institut pour jeunes filles huppées. C’est là que réside la filleule de Kenji, la mystérieuse Iris. Elle avait prêté ses chaussures à une condisciple, Elisa, qui devait se rendre théoriquement chez sa mère chanteuse “ d’andalouseries ”, mais officieusement devait retrouver son galant, un nommé Gaston. Elle ne sait pas où celui-ci demeure, seulement que de son appartement on entend hurler les loups.

Victor et Joseph vont se partager le travail de recherche, une virée qui les emmènera du Jardin des Plantes à un quartier du XIIIème arrondissement, ruelle des Reculettes, où vit Mercier, le fameux berger en chambre, ses chèvres occupant un appartement au cinquième étage d’un immeuble, en passant par le Moulin Rouge jusqu’au Chat noir, côtoyant les artistes de l’époque, poètes, chanteurs, musiciens, peintres.

 

Une plongée réjouissante dans le Paris de 1891, reconstitué avec minutie et vivacité, relatant par exemple les différentes prestations des artistes se produisant au théâtre de l’Eldorado, boulevard de Strasbourg, les lazzis lancés à leur encontre, la devise du pétomane “ seul artiste ne payant pas de droits d’auteur ”, la gloire naissante du Moulin Rouge, celle déjà établie du Chat noir, les tâtonnements de Tasha, l’amante de Victor, qui cherche son style pictural, et bien d’autres images dont justement les essais de Victor à la photographie. Une série dont les débuts étaient prometteurs et qui s’affirme comme un vrai petit régal.

Claude IZNER Le carrefour des Ecrasés. Collection Grands Détectives n° 3580, éditions 10/18. Première parution 6 novembre 2003. 288 pages. 7,50€.

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 10:36

Les morts sûrs du passé !

Lisa GARDNER : Les morsures du passé.

Le plus court chemin vers ma culotte passe par mon estomac ! C’est ce que déclare le commandant D.D. Warren qui partage un repas au restaurant avec Alex Wilson, personnage dont je reparlerai un peu plus tard.

L’enquêtrice D.D. Warren approche à grands pas de la quarantaine, elle est toujours célibataire, mange gloutonnement sans que cela influe sur sa charge pondérale grâce à un métabolisme performant. Un appétit de sumo et une taille mannequin. Manger était sa passion. Surtout que son travail au sein de la brigade criminelle de Boston ne lui laissait guère de temps pour le sexe. Et tandis qu’elle se restaure en compagnie de Chip, comptable au département de médecine légale, avec en vue une éventuelle soirée à deux sous la couette. Une fois de plus le destin qui se nomme téléphone contrarie ses projets.

Dorchester, banlieue de Boston, une petite ville pas pire que les autres en matière de criminalité, et pourtant dans une banlieue pavillonnaire cinq cadavres sont retrouvés, couchés côte à côte dans la véranda, la mère et les trois enfants, deux garçons et entre eux la fille. Assassinés à coups de couteau. Le père s’est tiré une balle dans la tête et s’est raté. Peut-être pourra-t-il apporter quelques explications, mais pour l’instant il est sur le billard. Et décède sans sortir du coma. Assistée de Phil et de Neil, ses fidèles collègues, Warren commence à supputer nombre d’hypothèses dont aucune ne se révèle convaincante.

La famille Harrington, une famille recomposée, vivait dans une villa deux étages que Patrick, le père, retapait en vue d’en louer une partie. Endetté par l’achat immobilier, il se trouvait au chômage depuis quelques temps, et la situation financière risquait d’être critique sous peu. Une théorie probable, le père perdant les plombs et effaçant sa famille, mais des incohérences apparaissent lors de l’examen post-mortem. D’autres faits mènent à une autre supposition, comme le cas d’Ozzie, le petit dernier de la famille. C’était un gamin turbulent, hyperactif, violent parfois, suivi selon une voisine par une espèce de chaman, un certain Andrew Lightfoot. Et si Ozzie était le coupable ? Mais là encore des invraisemblances perturbent leurs déductions.

Entre en scène Alex Wilson, professeur à l’école de police, qui a baroudé avant d’enseigner et qui a envie de se replonger dans l’ambiance et suivre une enquête sur le terrain. Il est beau, élégant, affable, tout pour plaire et… Inutile de s’attarder car une nouvelle cascade meurtrière est signalée.

Une autre famille, qui vit à Cambridge, mais le décor est totalement différent. L’intérieur est sale, répugnant, et ce ne sont pas les six corps, quatre enfants, la mère et le père, enfin le dernier compagnon, qui vont redonner du lustre à la maison. Morts dans des conditions similaires sauf le petit dernier qui a été étouffé par un oreiller. De plus l’homme traficotait de la drogue mais ce n’est pas l’objet des meurtres. Les ballots de cannabis sont toujours entreposés dans la réserve.

Des tueries similaires, des parcours et des problèmes neurologiques affectant l’un des enfants conduisent D.D. Warren et ses acolytes, Alex Wilson en tête (il est devenu inséparable), dans une unité de soin pédopsychiatrique où travaille Danielle, trente-quatre ans. Vingt-cinq ans auparavant sa famille a été décimée et tous les ans, à la même époque ses démons se réveillent et la perturbent. C’est pour bientôt.

Mais D.D. Warren and c° rencontrent également Lightfoot, le sorcier rebouteux guérisseur, ancien trader dans une banque et qui s’étant découvert des dons particuliers a repris le nom de son grand-père.

En incrustation de l’enquête le lecteur peut suivre l’histoire de Danielle mais également celle de Victoria dont le jeune garçon Evan est atteint lui aussi de folie meurtrière. Il n’a que huit ans, peut se montrer câlin et subir des sautes d’humeur incompréhensibles qui ont fait éclater le couple et dissoudre la famille. Il est attiré par les couteaux. Victoria est restée avec Evan et ses problèmes, le père est parti emmenant leur fille Chelsea pour la protéger.

Lisa GARDNER : Les morsures du passé.

Si la forme, la structure de ce roman consiste en une enquête policière avec recherche d’un ou d’une coupable, coupable que les lecteurs penseront avoir démasqué avant l’épilogue, c’est bien le fond qui donne toute sa valeur au récit. Ceux qui vivent avec des enfants souffrant d’hyperactivité, de troubles d’intégration sensorielle, d’autisme, de troubles psychiatriques quels qu’ils soient, ceux qui connaissent ou sont à même de côtoyer de tels enfants caractériels dans leur entourage proche ou lointain, ne seront pas choqués par les descriptions, qui ne sont pas complaisantes, de la part de Lisa Gardner. Ils savent que les parents sont prêts à tout pour soigner leur progéniture, de ne pas les dévaloriser, à leur trouver des solutions : pédopsychiatres, éducateurs, structures adaptées, médicaments et même se faire aider par des charlatans. Seule la foi sauve, souvent sans résultat significatif.

Les autres, éloignés de ce genre de rapports, ne pourront que se demander si l’auteure n’a pas forgé une histoire abracadabrante, misérabiliste, voyeuriste, à dessein pour faire pleurer Margot dans les chaumières. Pourtant, cela existe et les faits de débordements sont de plus en plus d’actualité. Ainsi les bagarres à répétition dans les cours d’école, les agressions entre élèves ou d’enseignants, les parents battus, et ceci déclenchés pour des futilités en apparence. Des gamins inconnus des services de police comme on dit et dont on découvre qu’ils sont atteints d’un mal psychotique. Et ces personnes, la bouche en cœur, vous déclareront que c’est de la faute des parents, que s’ils avaient mieux élevés leurs enfants, cela ne se serait surement pas passé comme ça, des déclarations fracassantes de la part d’individus qui n’y connaissent rien mais ont des solutions toutes faites pour régler tous les problèmes.

Lisa Gardner n’a pas écrit un roman facile, et il s’agit plus d’un engagement envers une famille qui a connu ce genre de déboires que de jouer avec le pathos à l’encontre de ses lecteurs. Emouvant, perturbant, dérangeant, mais passionnant et instructif.

 

Lisa GARDNER : Les morsures du passé (Live to tell – 2010. Traduction de Cécile Deniard). Première édition collection Spécial Suspense ; Albin Michel. 2012. Réédition Le Livre de Poche Polcier/Thriller. Parution le 8 octobre 2014. 576 pages. 7,90€.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 17:08

Pour faire peau nette, comme disait un ami palefrenier !

François DARNAUDET : Le retour du Taxidermiste.

Ce recueil comprend deux titres dont un inédit. Le premier roman, Le Taxidermiste, écrit en collaboration avec Thierry Daurel, a été publié en avril 1985 chez Corps 9, autant dire qu'il était devenu introuvable. Le second roman, Le Club des cinq fous, aucune analogie avec le Club des Cinq d'Enyd Blyton, tout juste un clin d'œil, est dû à la seule plume de François Darnaudet et devait être publié au Fleuve Noir dans une collection disparue entre temps. Et mon tout donne ce Retour du Taxidermiste, deux textes fantastico-policiers.

Commençons par le début, cela facilitera la suite :

Le Taxidermiste.

Pour se faire la main, le narrateur, on saura plus tard qu'il se nomme Jacques Marioton, attrape un chat puis l'empaille. Faut bien un début à tout. Il se rend régulièrement à la bibliothèque du Ve arrondissement de Paris, où il retrouve ses compagnons, et compulse des ouvrages sur la taxidermie. Hector Balsinfer, retraité, passe son temps à dormir sur un recueil des journaux du Figaro, année 1933, excellent somnifère qui ne délabre pas l'estomac comme les cachets et autres potions dites magiques; Albert Cziffram ancien prof de maths qui a tapé sur un inspecteur d'académie, ce qui n'était pas la solution; Ali m'Gari qui pour un rien pousse des cris, au grand dam des bibliothécaires.

A cause d'une bavure, le narrateur, l'autre qui répond au nom de Charles Jabert, a été obligé de changer de métier. Ancien inspecteur de police il est devenu représentant en matériel électronique. Ce soir là il est content, il va retrouver Hélène qui doit l'attendre chez lui. Elle a décidé de partager son appartement, au moins il n'aura plus les pieds froids le soir dans son lit. Seulement Hélène n'est pas là. Le lendemain il apprend par la télévision qu'Hélène a été retrouvée chez elle, dans un piteux état. Pourtant l'empailleur avait bien travaillé, le boulot était fignolé.

Le naturaliste, à l'origine de la mort d'Hélène, ne s'arrête pas en si bon chemin et d'autres jeunes femmes sont ainsi découvertes au gré de ses maux de tête. Car les névralgies sont fréquentes, de plus il arbore un œil de verre, c'est peut-être pour cela qu'il regarde les représentantes du sexe féminin de travers.

Le chemin du taxidermiste et du policier vont se croiser, et ce ne sera pas le fruit du hasard.

Dans ce premier roman, les deux auteurs s'amusent avec le genre gore alors naissant, le premier roman de la collection Gore du Fleuve Noir parait justement en 1985, initié par des films qui connurent un certain retentissement comme Massacre à la tronçonneuse. Ils ne se cantonnent pas dans un style rigide mais multiplient les délires, en se renvoyant peut-être la balle lors de la rédaction. En effet dans certains passages, des mots ou des locutions sont sciemment répétés, comme un mantra, tel ce détecteur de métaux ferreux et non ferreux qui apparait au moins cinq fois dans la même page. Le quartier de l'Odéon est au cœur du sujet même si d'autres lieux comme le quartier Montparnasse sont largement évoqués. Et le Panthéon, Cluny, endroits symboliques du Ve arrondissement parisien ont marqué François Darnaudet, puisque l'un de ces romans publiés plus tard se nommera justement Les Dieux de Cluny. Enfin il faut signaler que toutes les têtes de chapitre font référence à des films, le premier cité étant Drôle de drame.

François DARNAUDET : Le retour du Taxidermiste.

Le Club des cinq fous

Nous retrouvons dans une chapelle de l'église Saint Sulpice quelques protagonistes ayant évolué dans Le Taxidermiste. Mais pas tous. Marioton n'est plus. Albert Cziffram non plus. Inexplicablement il a disparu. Ne restent que Ali M'Gari, éternel étudiant en sociologie et Hector Balsinfer qui se sert toujours des reliures du Figaro en guise de somnifère. A ces deux inamovibles rescapés de la confrérie Théorème de la Nuit se sont joints pour former l'association Triste Planète les sieurs Inocybe de Patouillard, religieux agressif qui siège justement en l'église Saint Sulpice, Gérard Touzbarre, ancien ingénieur des Travaux publics et collectionneur invétéré et enfin Francisco Cervantoche, ancien auteur-acteur et metteur en scène de ses propres pièces destinées à quelques résidents d'un asile dans lequel il a vécu et actuellement vendeur chez Presciences, une boutique qui fourni de tout à l'intention des chercheurs naturalistes.

En lisant un ouvrage consacré à la réincarnation par la taxidermie, ils se sont mis en tête de ressusciter le Grand Maître Marioton en procédant à des expériences sur des sujets vivants. Il leur faut respecter certaines règles que tous n'ont pas exactement assimilées et surtout qu'ils détournent en pensant bien faire, leur esprit naviguant en dehors de toute logique. Ali M'Gari, dont ce n'est pas le véritable patronyme, s'est institué Premier Président de Triste Planète, en l'absence de Cziffram, et il ne fait pas l'unanimité. Ils ont entamé leur démarche par l'invocation du Bedouk, sans effet réel, donc il leur faut trouver un autre exorcisme. En attendant à la fin de leurs réunions, ils passent leurs nerfs sur un pauvre chanoine étripé et gisant dans un confessionnal et M'Gary donne pour se défouler des coups de pied à un clochard rencogné au porche du monument religieux.

Le premier à s'y coller est Gérard Touzbarre qui est inspiré par la visite du musée Orfila. Et ce sera sa servante-maîtresse Gudule qui est l'heureuse élue de cette expérience. Il garde la tête afin de réaliser un moulage de cire et se débarrasse du corps. L'inspecteur principal Malvy est chargé par son patron le commissaire Daurel (clin d'œil à son comparse) de résoudre cette énigme.

Mais cette tentative avorte et il faut renouveler ce procédé d'une autre manière s'ils veulent parvenir à leur but.

Dans ce second opus consacré au Club des cinq fous, qui à l'origine n'étaient que quatre mais avec l'inflation... ce second opus donc est plus gravement et sérieusement jubilatoire que le premier. François Darnaudet est seul aux commandes mais il emprunte toutefois quelques rites stylistiques puisé dans le premier ouvrage. Ainsi en parlant d'une jeune femme, future victime, le mot provocant est employé au moins une quinzaine de fois afin de la décrire physiquement, vestimentairement, sans que cela choque ou provoque l'ire du lecteur. Une répétition amusante qui sied bien au contexte.

François Darnaudet est plus inventif et créatif dans la démesure et il s'ébroue dans les descriptions comme le ferait un thanatopracteur devant une assemblée de carabins. L'histoire, tout comme les protagoniste, est complètement décalée et déjantée. Si le gore prédomine, l'humour en pied-de-nez est omniprésent décontractant les mâchoires et l'estomac noué. Et le final est fort bien amené, laissant place toutefois à un possible retour des Cinq fous qui enregistrent l'arrivée d'une nouvelle recrue. Mais voilà, le mot fin est suivi d'un ? Alors, suite ou pas suite ?

Ce recueil est augmenté d'une bibliographie exhaustives des œuvres de fiction établie par Alain Sprauel.

François DARNAUDET : Le retour du Taxidermiste. François DARNAUDET : Le retour du Taxidermiste.

Vous pouvez consulter le portrait de François Darnaudet en cliquant sur le lien ci-dessous, c'est gratuit !

François DARNAUDET : Le retour du Taxidermiste. Collection Blanche N°2046. Editions Rivière Blanche. 210 pages. 17,00€.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 10:52

Les années passent, les mentalités ne changent pas...

Sylvie ROUCH : Décembre blanc.

Alors que certains auteurs s’échinent à pondre 500, 600, voire 700 pages, à croire qu’ils sont payés comme les feuilletonistes du XIXème siècle à la ligne, Sylvie Rouch, en 220 pages, écrit sans fioritures, sans graisse superflue, et donne l’illusion de raconter une histoire de longue haleine. Sylvie Rouch est une minimaliste et elle le revendique en tant qu’excellente nouvelliste. Malheureusement elle est trop rare.

Un groupuscule, inconnu des services anti-terroristes et qui s’intitule les Brigades d’Allah, agresse en plein Paris des femmes d’origine musulmane en les vitriolant. Ces islamistes radicaux, qui circulent en moto, accusent les imans formés sur le territoire de pactiser avec l’Occident et l’ennemi Juif. Le commandant Simon Bedecker, son équipe, ainsi que sa collègue Edwige Lamarche surnommée GI Jane sont sur la brèche mais pour l’heure ils pataugent dans la semoule. Rien à se mettre sous la dent, pas le moindre petit début d’indice.

En ce mois de décembre, la neige recouvre Paris, c’est joli, sauf pour les SDF. Une nouvelle victime est à ajouter aux deux précédentes déjà recensées. Il s’agit de Tania Achaoui, journaliste d’investigation pour Bakélite, un journal qui combat le machisme. A la tête de Bakélite, Black élite comme l’a graffité un plaisantin en dessous de la plaque ornant l’entrée, Réjane Anderson une universitaire que rien ne démonte. Bedecker et ses hommes sont toutefois dubitatifs. Selon les témoins les vitrioleurs conduisaient une moto de marque concurrente et la composition du produit est sensiblement différente que celui utilisé dans les cas précédents.

Tandis que Réjane Anderson est contactée par une mystérieuse madame Fougère qui lui remet un tract islamophobe, Bedecker s’attache à remonter le parcours de Jamel, le jeune frère de Tania, qui possède un casier judiciaire trop conséquent pour être honnête. Et de toute façon aucune piste n’est à négliger car Fehlman, le nouveau directeur du service qui se montre volontiers cynique, exige des résultats. Rapidement. Et bien évidemment il martèle des propos tenus en haut lieu, sans essayer de démêler le vrai du faux, axant sa priorité sur l’arrestation de présumés terroristes qui fomenteraient des attentats aveugles. Pour lui les coupables sont tout désignés, il n’y a plus qu’à les arrêter.

 

Si Sylvie Rouch propose une énigme à double détente intéressante et habilement construite, elle s’attache surtout aux personnages, sur leurs relations, professionnelles ou familiales, leur donnant une véritable épaisseur en peu de mots. Des policiers perturbés dans leur vie privée, ou qui se révèlent machistes, une journaliste féministe mais pas obtuse, et d’autres qui grenouillent profitant de la phobie actuelle. Une étude de caractères qui s’intègre dans l’actualité et il est difficile de ne pas penser à l’affaire des Roms, à leur expulsion saluée par une grande majorité de Français qui pourtant se déclarent non racistes.

Mais on pourrait évoquer d’autres affaires qui aliment les médias, et dont le ministre de l’Intérieur et ses collègues du gouvernement se font des gorges chaudes. Et que dire des petits coups de griffes portés ça et là comme les mésaventures des automobilistes de l’A84 bloqués par la neige alors que la Francilienne bénéficie des faveurs présidentielles. Ce roman a été publié en 2010, mais rien n'a changé dans les esprits et les déclarations publiques quelle que soit l'appartenance politique de ceux qui nous gouvernent.

Sylvie Rouch truffe son roman de quelques références discographiques de Gossip à Bob Dylan en passant par Joe Cocker, Youssou N’Dour et Neneh Cherry et quelques autres, ce qui démontre son éclectisme musical.

Sylvie Rouch, pour la petite histoire, fut à l’origine avec quelques comparses dont moi-même à l’origine du festival Les Visiteurs du Noir de Granville qui se déroulait fin janvier, et elle en fut l’une des chevilles ouvrières efficaces. Enfin elle a obtenu le prix Jean Follain, le premier du nom, décerné par l’association Lire à Saint-Lô en 1993 pour Le canard à trois pattes publié aux éditions de la Bartavelle ainsi que le Prix Polar dans la ville 2006 de Saint Quentin en Yvelines pour Corps-morts édité par Après la lune.

Sylvie ROUCH : Décembre blanc.

Sylvie ROUCH : Décembre blanc. Edition Pascal Galodé. Parution octobre 2010. 224 pages. 17,90€.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 17:27
François  DARNAUDET : Un portrait.

Né le 16 juin 1959 à Auch dans le Gers, François Darnaudet est marié avec Catherine Rabier (02 mars 1960 Pessac – Gironde), professeur agrégée de lettres classiques, et avec qui il cosignera deux ouvrages. Il a également un fils, Boris, né en 1990 qui prend allègrement le chemin de ses parents puisqu'il a signé ou cosigné quatre romans. Ancien ingénieur des Travaux Publics (1981), ancien chercheur en mécanique des fluides, ancien journaliste technique, Darnaudet décide durant son service militaire (1984/1985) de tenter l’écriture à plein temps jusqu’en 1990.

Son premier livre, un roman noir et étrange (Le Taxidermiste en 1985) est écrit en collaboration avec Thierry Daurel, avec lequel il signera également des nouvelles notamment pour Hitchcock Magazine ou Professeur Choron. Il gravite dans la bande à Mosconi dans les années 85/87 mais c’est grâce à Juliette Raabe qu’il fait une apparition éphémère au Fleuve Noir dans la collection Gore pour un roman écrit en collaboration avec sa femme : Collioure Trap en 1985. Ensuite il publie de nombreuses nouvelles pour des supports divers allant de Fluide Glacial à Hara-Kiri en passant par Femme Actuelle et Hitchcock démasque.

En 1990, se rendant compte que ses diplômes non utilisés ne valent quasiment plus rien dans le privé, il devient maître auxiliaire en physique, puis en maths et passe le CAPES de math en 1992. Depuis il enseigne en tant que prof certifié de maths mais le démon de l’écriture ne l’ayant pas abandonné, il trouve ses bonnes fées avec Alain Dorémieux qui lui ouvre les portes de Territoires de l’inquiétude N°6 chez Denoël et Francis Valéry qui le remet en selle en lui proposant d’écrire un opus de la série Agence Arkham : Daguerra, un roman fantastique, son genre de prédilection.

François  DARNAUDET : Un portrait.

Il continue sur sa lancée, alternant roman noir et roman fantastique avec bonheur tout en variant les plaisir. Il signe ainsi trois essais sur la peinture dont Art et artistes en pays catalan au 20ème siècle pour la jeune chambre économique de Perpignan Roussillon en 2000 et L’Après Terrus en Roussillon (avec Arthur Conte et F. Coste) publié par le Musée Terrus Elne.

Sud Express, publié en 2001 narre avec humour les mésaventures et les galères d’un écrivain. Dans Le Fantôme d’Orsay qui sera suivi de Les Dieux de Cluny (Un volume aux éditions Nestiveqnen), François Darnaudet conjugue ses passions. Ce sont deux thrillers dont l’action se situe à Paris et qui allient le fantastique à l’art. Paraîtra ensuite Le Papyrus de Venise (Nestiveqnen) et un épisode du Poulpe, Boris au pays Vermeil.

Plus noir, ancré dans sa région, L’or du Catalan (éditions Le Passage) nous entraîne à la suite de Chloé, thésarde et pigiste à la revue d’histoire Prométhée et qui s’est mise dans de beaux draps à cause de Francis, son amant du moment. La lagune des mensonges (Rivière Blanche) nous emmène à Venise dans une histoire totalement débridée à la suite de personnages qui endossent les traits de héros mythiques tels que Fantômas, Bob Morane et Bill Balantine, le Professeur Flax et bien d’autres. Un roman dans lequel Darnaudet multiplie les effets loufoques, incroyables, invraisemblables, comme dans tout bon roman d’aventures qui se respecte, tout en respectant un épilogue scientifique. Il écrit également les scénarii d’une bande dessinée, Les affreuses histoires du cousin Paulo, pour le magazine de B.D. Yéti.

Vont suivre Le regard qui tue (écrit en collaboration avec Pascal Metge - Rivière Blanche), Au Château d'alcool (Rivière Blanche), Trois guerres pour Emma (Rivière Blanche), Les ignobles du Bordelais (signé Darnaudet-Malvy et publié chez Baleine dans la collection Le Poulpe), Les ports ont tous la même eau et Le dernier Talgo à Port-Bou (tous deux aux éditions Mare Nostrum), Zombie Gore avec Catherine Rabier reprend Collioure Trap et Andernos Trap (Rivière Blanche) plus un roman dédié à son maître Boris Vian : Bison Ravi et le Scorpion Rouge publié chez Mare Nostrum, ainsi qu'une étude sur les éditions du Scorpion sur Kindle.

Le Glaive de justice et De Barcelona à Montsegur écrit en collaboration avec Gildas Girodeau et Philippe Ward constituent la saga de Xavi El Valent (Rivière Blanche) dont d'autres épisodes sont prévus.

Enfin, François Darnaudet vient signer une bande dessinée illustrée par Elric : Harpignies, éditée chez Paquet.

Oscillant entre noir et fantastique, puisant parfois dans le domaine historique, ces romans sont de petits bijoux que devraient apprécier même les lecteurs les plus exigeants. Mais François Darnaudet a d'autres projets en vue dont il sera question le moment venu.

Il lui manque juste d'un peu de médiatisation pour son travail d'écrivain soit reconnu. Comme c'est un homme timide qui n'aime pas être placé sous les feux des projecteurs, qu'il ne participe guère aux salons, contrairement à certains de ses confrères qui les écument, il reste un romancier confidentiel mais au combien attachant.  

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 10:16

Un seul être vous manque et la scène est dépeuplée !

Franck MEMBRIBE : Kérosène.

Ce devait être la fête, avec spectateurs en délire assuré. Seulement il aurait fallu que la chanteuse, accompagnée d'un quadra à queue de cheval, soit présente. Mais elle n'est pas au rendez-vous, de même que son ami ou quel qu'il soit pour elle.

Elle c'est Béatrice, lui Samuel, mais n'en parlons pas, il ne compte pas. Béatrice, la voix, celle que tout le monde attend, la vedette du spectacle qui rassemble quelques groupes de musiciens théoriquement en devenir. Pour la narrateur, c'est la déception. Il était venu attendre sur le quai Béatrice et accessoirement Samuel, il repart gros-jean comme devant. Et au téléphone il n'arrive à atteindre que la messagerie qui débite à chaque fois le même message.

Mais comme il est de coutume de le déclarer, le spectacle continue. Alors les répétitions s'enchainent, pas forcément dans la bonne humeur. Le batteur se bat avec ses baguettes, le guitariste se gratte avec sa gratte, les bières s'enfilent, faut pas qu'elles réchauffent. Non, c'est à eux de chauffer la salle.

Description d'une répétition larvée, de musiciens à la dérive quand la vedette de la soirée fait faux bond, états d'âme et blues assuré, Franck Membribe nous décrit tout ça et bien plus dans cette nouvelle musicale entre rock attitude et blues lancinant.

Et l'épilogue nous réserve bien évidemment une petite surprise, mais ce n'est pas le principal. Tout est dans la complainte du texte qui nous fait planer, et l'on compatit à cette forme de désespérance, d'accablement, de déception, de solitude ressentis par les protagonistes.

Et il parait que tout se termine en chanson. C'est vrai, mais cela dépend du style musical qui en découle. Révolutionnaire, triste, intimiste, revendicatrice, enjouée ou le tout à la fois.

A commander sur Ska librairie et profitez-en pour consulter le catalogue :

Franck MEMBRIBE : Kérosène. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Nouvelle numérique. 1,49€.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 14:39

A la Bastille on aime bien...

Emile GABORIAU : Le Diable de la Bastille.

Tout premier roman, inachevé, de Gaboriau, paru en feuilleton en 1861 sous le titre de La Marquise de Brinvilliers, retitré Les Amours d'une empoisonneuse en 1881 lors de sa parution posthume chez Dentu, voici qu'il renait de ses limbes grâce à Thierry Chevrier, pour la préface, et Pascal Galodé, éditeur amoureux de la littérature populaire qui a déjà quelques titres de Gaboriau et de ses confrères de la même époque à son catalogue. Le changement de titre est justifié comme on le verra dans cette chronique.

Les personnages qui évoluent dans cette œuvre ont véritablement existé, que ce soit Exili, alchimiste et expert en poisons surnommé Le Diable de la Bastille, Gaudin de Sainte-Croix, l'amant de la Brinvilliers, La Chaussée, son valet, Marie-Madeleine Dreux d'Aubray, marquise de Brinvilliers, Reich de Penautier, trésorier des états du Languedoc, Adrien Hanyvel, receveur général du clergé de France. Mais comme il s'agit d'un roman, à l'instar d'Alexandre Dumas, Gaboriau joue avec la réalité des faits historiques et la durée de l'intrigue pour établir une œuvre, de jeunesse certes, qui lui permet de se faire la plume et rédiger des livres plus ambitieux, plus personnels et plus innovants par la suite.

Dans l'établissement de bains tenu par La Vienne, barbier-baigneur-étuviste, les jeux vont bon train. Comme à son habitude Gaudin de Sainte-Croix, capitaine dans le régiment de Tracy-Cavalerie, gagne au détriment du sieur Hanyvel. Autour d'eux les jeunes femmes s'agglutinent, comédiennes ou marquises, toutes sensibles à la prestance du militaire et à sa bonne fortune. Et toutes lui offriraient bien leurs corps. Ce qui ne l'empêche de discuter avec son entourage et de déclarer que pour le moment la science, et plus particulièrement la toxicologie, est sa seule maîtresse. L'heure du rendez-vous sonne et sur un quitte ou double le chevalier perd tous ses gains, au grand désappointement d'une représentante de la noblesse qui avait jeté sur le tas d'écus la clé de son boudoir.

Une parole malheureuse de son adversaire met en colère le chevalier qui sort son épée. Heureusement pour le financier le valet de Gaudin arrive fort à propos pour lui signifier qu'il est attendu. Aussitôt il se rend à l'Hôtellerie du More-qui-trompe, un établissement qui ne paie guère de mine mais les somptueux appartements du premier étage sont aménagés pour les amours adultères. Gaudin retrouve avec fièvre la marquise de Brinvilliers, sa maîtresse qu'il a connu alors qu'ils sortaient de l'adolescence, environ vingt ans auparavant. Si son mari n'est guère troublé par ce cocufiage, le père de la marquise ne l'entend pas de cette oreille. En compagnie de ses deux fils et d'un lieutenant de police, il investit les lieux, afin de surprendre les amants.

Lorsque le policier et le père de la marquise entrent dans la pièce, seul le chevalier de Sainte-Croix les reçoit. L'amante s'est enfuie grâce aux bons offices de Penautier, l'ami du chevalier qui l'a faite passer par une porte secrète. Le chevalier est emmené à la Bastille et comme les places manquent, déjà, il est enfermé en compagnie d'Exili, un Italien réputé pour sa science des poisons. Et c'est ainsi qu'en attendant l'heure de sa délivrance, Gaudin de Sainte-Croix s'initie un peu plus à la toxicologie, tout en échafaudant en compagnie de son codétenu un stratagème pour jouer les filles de l'air.

Dans Paris, vivant dans une mansarde donnant sur les jardins d'Hanyvel, un jeune homme soupire. Il se prénomme Olivier, a été placé en bas âge chez une famille d'accueil puis a été recueilli par le marquis de Florenzi. Mais obligé de s'exiler Florenzi a placé sous les bons soins de son valet Cosimo le jeune Olivier qui s'avère très bon élève et entre au service du Sieur Mondeluit, conseiller au Châtelet et membre du Parlement. Le jeune Olivier s'éprend d'Henriette, la fille de Hanyvel, et c'est réciproque et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes sauf que... Sauf que Olivier ne connait pas son ascendance et qu'il n'est guère riche et que le père d'Henriette a jeté son dévolu sur un autre prétendant pour sa fille.

 

Comme on se peut se rendre compte, ce roman oscille entre deux tons, deux histoires qui vont se rejoindre et il emprunte beaucoup à des ressorts qui faisaient florès à l'époque. Les deux prisonniers de la Bastille, le vieil Exili et le jeune chevalier ne sont pas sans ressembler à l'abbé Faria et à Edmond Dantès emprisonnés dans la forteresse du château d'If. Ensuite le parcours suivit par Olivier, placé en bas-âge chez des parents nourriciers, enfant abandonné avant que ses géniteurs puissent le récupérer, est un thème qui souvent été traité par les romanciers populaires de l'époque. Xavier de Montépin en tête.

Ce roman aurait demandé à être plus épais (pour une fois voilà que je me plains) car l'histoire ne met pas en évidence ce que le titre originel promettait. En effet le personnage de la marquise de Brinvilliers est effacé n'apparaissant qu'au début du récit et un peu sur la fin. Tout est axé sur Exili et sur Olivier. Donc il n'est pas vain de penser que si Gaboriau avait mené à terme ce roman historique celui-ci eut été plus complet. Mais comme nous l'apprend Thierry Chevrier dans sa préface, des problèmes de santé ont obligé l'auteur à sursoir dans son écriture puis une fois remis, il avait d'autres idées en tête qui donneront notamment l'Affaire Lerouge, roman qui inspirera bon nombre d'auteurs et dont se réclamait Sir Arthur Conan Doyle.

Publié en feuilleton inachevé, Le Diable de la Bastille fut édité chez Dentu en 1881, après qu'un inconnu eut rédigé les derniers chapitres. Personnellement, je me demande si la plume de Paul Féval ne serait pas passée par là, et ce pour de bonnes raison. D'abord Gaboriau fut le secrétaire du créateur du Bossu. Ensuite, Paul Féval sur ces dernières années n'avait plus rien produit depuis la parution en 1879 des Merveilles du Mont-Saint-Michel. De plus il s'est tourné vers la religion catholique. Or dans la dernière partie du Diable de la Bastille, l'auteur se réfère souvent à la religion. Je citerai juste cette phrase, afin de ne pas déflorer l'intrigue et le dénouement, mais elle est assez significative à mon sens : La science lui montre Dieu, seule la prière peut l'atteindre

Emile GABORIAU : Le Diable de la Bastille. Emile GABORIAU : Le Diable de la Bastille.

Emile GABORIAU : Le Diable de la Bastille. Editions Pascal Galodé. Parution le 29 octobre 2014. 206 pages. 20,00€.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 10:47

Ne prenez pas froid, restez couvert...

Serge BRUSSOLO : Les Ombres du jardin.

Martine, treize ans, vit seule avec sa mère, dans le quartier huppé du Trocadéro. En réalité elles ne sont pas si riches que ça, et elles ne vivent pas seules, mais il faut apprécier les nuances. A vingt huit ans, Jeanne, la mère de Martine, après avoir débuté dans la traduction de romans policiers américains, s'est tournée vers la littérature, écrivant des livres sulfureux pour l'époque et qui remportent un grand succès populaire. Seulement son éditeur la paye au compte-gouttes.

Ensuite, si Martine n'a pas de père officiel, sa mère reçoit dans son lit des hommes, l'un après l'autre, faut pas non plus la prendre pour ce qu'elle n'est pas. Et ça fait jaser. Pensez donc, l'action se passe à la fin des années cinquante, et en ce temps là, fallait pas badiner avec l'amour et la morale. C'était une affaire d'hommes.

Cette petite vie tranquille commence à se dégrader lorsqu'une femme se fait vitrioler, puis une deuxième. Une certaine ressemblance existe entre Jeanne et les victimes. L'angoisse s'installe. Est-ce à cause de ses romans qui n'ont pas l'heur de plaire aux âmes bien pensantes, ou une émanation de son passé, un passé trouble qu'elle raconte à Martine en l'enjolivant au fur et à mesure. Alors c'est le début de la débandade. D'abord le départ pour la banlieue ouest, dans une cité ouvrière.

Mais Jeanne et Martine n'ont pas l'habitude de vivre ainsi, d'autant qu'une troisième victime est recensée. Jeanne se résigne à partir pour la Bretagne, dans l'île où habite son père qu'elle n'a pas revu depuis des années à cause d'un contentieux sur sa naissance.

Serge BRUSSOLO : Les Ombres du jardin.

Dans ce roman Serge Brussolo nous plonge dans la nostalgie d'une époque révolue, celle de l'après guerre, où tout n'était pas rose, mais pas noir non plus. Les gens appréciaient et se contentaient de ce qu'ils possédaient. Brussolo joue avec les nerfs, distillant l'angoisse, mais de manière diffuse, sans forcer, sans rameuter l'arrière-ban de la grande artillerie des effets spéciaux. Un ton simple mais attachant, avec un premier chapitre qui replongera bon nombre de lecteurs au cœur de leur jeunesse.

 

D'autres titres de Serge Brussolo ?

Serge BRUSSOLO : Les Ombres du jardin. Editions Denoël. Parution Août 1996. 416 pages. Réédition Folio le 2 février 1999. 392 pages.

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 14:24

Avec dignité...

Malcolm MACKAY : Comment tirer sa révérence

Après une opération de la hanche dont il ne ressent quasiment aucune séquelle, Frank MacLeod reprend du service à l'instigation de Peter Jamieson et de son bras droit John Young. Durant son indisponibilité, près de six mois, les deux hommes ont eu recours à Calum MacLean, mais le suppléant de Frank est grièvement blessé aux mains et ne peut donc pas assurer une nouvelle mission. De plus Frank est peut-être un peu vieux, de l'ancienne école, mais il est fiable tandis que Calum travaille en indépendant.

Tommy Scott, un jeune revendeur de drogue de Glasgow, vient d'être embauché par Shug, un concurrent de Jamieson. Scott se débrouille bien, même si pendant quelques années il livrait à domicile en bicyclette. Il est toujours accompagné d'un condisciple, Balourd surnommé ainsi à cause d'une certaine niaiserie. Et Scott fait de l'ombre à Jamieson qui confie la tâche, assez facile, à Frank de s'en débarrasser. Franck a de l'expérience mais il se fait vieux. Il se rend au domicile de Scott dans un immeuble délabré, promis à la démolition et dont la plupart des appartements sont inoccupés. Mais il ne se méfie pas assez et, après un premier repérage, tandis qu'il toque à la porte de Scott, Balourd l'assomme en sortant de l'appartement qui est en vis à vis.

Frank se demande si sa vie n'est pas en train de se terminer dans un logis minable. Scott téléphone immédiatement au bras droit de Shug car il ne sait que faire de son prisonnier. Après concertation entre Shug et son homme de main, ceux-ci décident d'envoyer un tueur finir le travail. Shaun Hutton, accepte, peut-il vraiment refuser, mais auparavant il prévient Jamieson qu'il va devoir se débarrasser de Frank. Il lui donne une heure avant de passer à l'acte.

Young et Jamieson pensent à Calum MacLean pour débrouiller la situation. Celui-ci dort lové dans les bras de sa compagne, et aussitôt, prétextant un problème avec son frère, il se rend chez Scott, et délivre Frank après avoir abattu Scott et Balourd et maquillé les lieux du crime. Lorsque Hutton se pointe sur les lieux, il n'a plus qu'à constater les dégâts et prévenir Shug que la mission s'est terminée en eau de boudin.

Le temps des questions est arrivée. Pourquoi Frank s'est-il laissé surprendre comme un bleu malgré son expérience ? Des erreurs n'ont-elle pas été commises ? Calum MacLean, son sauveur, celui qui l'avait suppléé lors de l'affaire Lewis Winter, n'a-t-il pas lui aussi commis quelques égarements ? Tout d'abord le fait d'avoir une fille couchée dans le même lit chez lui, n'aurait jamais dû se produire. Il sait qu'il peut être appelé à toute heure et la nuit il est plus compliqué de donner des explications même vaseuses à quelqu'un qui n'est pas au courant de sa profession.

Calum MacLean est un indépendant et Jamieson aimerait pouvoir l'intégrer à son équipe et qu'il ne dépende que de son organisation. Frank lui se demande comment il peut se retirer dignement de la circulation, prendre impunément sa retraite sans que cela lui soit préjudiciable, agir en finesse en sachant que dans ce milieu on ne peut pas partir sans dépôt de garantie. Et un échec peut être rédhibitoire.

Le lecteur, sans ressentir une empathie envers Frank MacLeod et Calum MacLean, est attiré par ces personnages. Il veut en toute inconscience leur dire, attention, tu fais une bêtise, cela va se retourner contre toi. L'écriture de Malcolm Mackay y est sûrement pour beaucoup, faisant partager au lecteur les pensées de ses "héros". Il les suit à la trace, il déambule avec eux, il s'immisce dans leurs pensées, il les partage et ce sont les autres, les truands de l'autre camp qui sont montrés comme les malfaisants de l'histoire. Il est vrai que nos deux tueurs ne s'attaquent pas à n'importe qui mais à d'autres personnages malfaisants, plus malfaisants qu'eux. Même les flics amenés à enquêter sur le double meurtre ne sont pas forcément sympathiques.

 

Malcolm MACKAY : Comment tirer sa révérence (How a gunman says goodbye - 2013. Traduit par Fanchita Gonzales Batlle). Première édition Liana Levi. Octobre 2013. Réédition Livre de Poche Policier/Thriller. Parution le 29 octobre 2014. 336 pages. 7,10€.

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