Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 07:08

Marseille, tais-toi Marseille
Tu cries trop fort
Je n'entends pas claquer
Les voiles dans le port

 

Jean CONTRUCCI : La ville des tempêtes.

Il est souvent bon de se plonger dans des récits historiques, dont l'action remonte à plusieurs siècles.

Outre le plaisir de la lecture, le lecteur peut peaufiner ses connaissances, et surtout, mettre en parallèle les événements actuels et ceux qui se sont déroulés à une époque donnée.

Ainsi en ce 21 novembre de l'an 1595, le Twee Leeuwen, un voilier dont la coque est entièrement peinte en rouge et comportant deux léopards sur la figure de proue, entre fièrement dans le port de Marseille. Son capitaine, le corsaire Simon Danzer, dont le port d'attache est Alger, une importante cargaison de blé ce qui réjouit fort les Marseillais affamés.

Depuis quatre ans le port phocéen est sous la coupe du Premier consul Charles de Casaulx, et de son ami et bras droit le viguier Loys d'Aix. Ils dirigent la cité comme une république indépendante, à l'égal de celle de Gênes, refusant de se soumettre au Roi Henri IV, l'Hérétique. Ils sont en lutte ouverte contre le pouvoir royal, cherchant des appuis auprès du roi d'Espagne et du Pape.

Ce sont des fanatiques, exhortant la religion catholique, s'appuyant sur la Sainte Ligue, prenant de ce fait Marseille et ses habitants affamés en otages. Ce sont également des ambitieux qui sont prêts à tout pour servir leurs intérêts. L'arrivée de ce navire dans le port est synonyme de débordements de joie, un enthousiasme que contemple, appuyé à la proue du navire, le chevalier Thibault de Cervières, de retour au pays onze ans après l'avoir quitté précipitamment.

A cause d'une bêtise de jeunesse, il a embarqué plus vite qu'il le souhaitait pour s'engager dans la Commanderie de Saint-Jean des chevaliers de Malte. Le navire qui devait rejoindre La Valette ayant été pris à l'abordage par des pirates, il s'était retrouvé esclave à Alger. Cependant sa stature et ses études de médecine lui ont permis d'être placé chez un médecin herboriste arabe, et il a beaucoup appris du vieil homme.

Thibault de Cervières est déçu, personne ne l'attend sur les quais de Marseille. Pourtant il avait envoyé de nombreuses missives à sa famille, mais n'a reçu aucun réponse. Pour cause ! Son père négociant est décédé, sa jeune sœur Claire est introuvable, et ses biens ont été annexés par son oncle qui refuse de les restituer, niant une identité que Thibault ne peut prouver. Il effectue des recherches, aidé en cela par son ami Simon Danzer, le corsaire.

Thibault a soigné, grâce aux conseils du médecin arabe, la jeune épouse de Simon, du nom de Noor, qui avait été piquée par une tarentule et dont les jours étaient en danger. Noor n'est toujours pas guérie mais son était de santé s'améliore même si elle est devenue mutique et impotente. Simon, en reconnaissance des soins prodigués, offre au chevalier son aide morale et logistique afin qu'il puisse faire toute la lumière sur la disparition de sa parentèle, recouvrer ses biens et retrouver sa sœur.

 

Une intrigue à la Dumas, placée dans un contexte particulièrement sensible, celui du fanatisme religieux. Les événements décrits, même s'il s'agit d'un fiction, sont réels ainsi que certains des personnages.

Les exemples ne manquent pas et le lecteur impartial peut juxtaposer des épisodes relatés à des actes commis de nos jours ou des déclarations émises par des maires, des hommes et femmes politiques en général, des acharnés du renvoi chez eux de migrants miséreux, des intolérants qui se réclament de la Chrétienté pour taper sur les autres religions, entretenant de ce fait la méfiance en stigmatisant, ne se rendant même pas compte qu'ils enveniment les relations et forgent la haine.

Quelques extraits de ce roman seront plus parlant que toutes explications, peut-être énoncées avec maladresse, ou une dissertation oiseuse et longuette.

Ainsi le père de Thibault victime entre autre des intolérants fanatiques :

Monsieur de Cervières n'était d'aucun parti. C'était un homme tolérant. Ceux-là, les enragés les appellent des bigarrats (mélangés) parce qu'ils refusent de dresser une faction ou une religion l'une contre l'autre et n'ont d'autres soucis que de s'occuper de leurs affaires. Pourtant, c'est bien en raison du climat d'intolérance qui régnait sur Marseille que monsieur votre père est mort. Quelqu'un l'aura désigné à la vindicte des ligueurs.

Thibault déclare, parlant du Premier consul de Marseille et de son bras droit le viguier :

C'est aux pauvres gens réduits à l'état de misère que je veux me consacrer. Mon épée, mon savoir, nulle question que je les misse au service de ceux qui s'affrontent autour de la dépouille du grand port de mon enfance, dont ils ont ruiné la prospérité, où ils règnent par la terreur, érigent l'intolérance en règle morale et agissent à la façon des brigands guettant le voyageur au coin du bois pour le voler.

Il serait indécent de ma part d'accumuler les exemples et les citations, de trop dévoiler la substance de ce récit, toutefois il en est une, la dernière, que je ne peux m'empêcher de vous proposer. Il s'agit d'un décret qui : ordonne de chasser tous les inutiles dans tous les quartiers. Et dresse la liste suivante :

Mendiants, fous, éclopés véritables ou non, désœuvrés qui encombrent places, tavernes, portes des couvents distributeurs de soupes populaires.

Et Jean Contrucci de commenter, par la voix de Hugues de Saint-Chamas Commandeur des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Marseille :

Il est interdit de leur donner de quoi manger ou de leur faire l'aumône. Les mendiants étrangers à la ville sont expulsés sans espoir de retour car on les marque au fer rouge pour mieux les désigner.

Edifiant, n'est-ce pas ? Et vous ne manquerez pas de relever certaines similitudes entre aujourd'hui et avant-hier. Et peut-être même que vous aurez des noms à accoler à celui de Charles de Casaulx.

Jean Contrucci ne manque pas de mettre en exergue une citation empruntée à Voltaire, extraite du Dictionnaire philosophique, article Fanatisme :

Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant.

Placez ici le nom de la ou des religions qui pourraient correspondre à cette phrase.

Autres romans de Jean Contrucci à lire sans modération :

Jean CONTRUCCI : La ville des tempêtes. Editions HC. Parution le 3 novembre 2016. 416 pages. 19,00€.

Repost 0
19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 06:34

Y' a des gens qui sont nés à Paris
Y'en a d'autres qui sont nés dans l'Berry
Moi j'suis d'la deuxièm' catégorie
On est d'où on peut, et c'est la vie

Serge JANOUIN-BENANTI : Mes crimes en Berry.

En véritable explorateur de la criminalité provinciale rurale, Serge Janouin-Benanti visite, après l'Anjou, l'Aquitaine et quelques départements dont le Morbihan, une ancienne province englobant le Cher et l'Indre, aux nombreux aspects touristiques dont la Brenne, chère aux ornithologues, et le Sancerrois, un vignoble très apprécié accompagné du p$até berrichon ou du fameux Crottin de Chavignol, et berceau de cette admirable femme de lettres et féministe Georges Sand.

Loin d'une aimable promenade géographique, viticole, gourmande ou littéraire, Serge Janouin-Benanti nous propose de nous plonger dans les arcanes d'affaires criminelles des siècles derniers pour notre plus grande édification.

Sordides, révoltantes, émanant d'esprits imbus ou infatués d'eux-mêmes, ces faits-divers révèlent le comportement égoïste, pitoyable, simplet, machiavéliques d'individus jaloux ou perdus, dont les motivations sont la plupart du temps la pauvreté, et son corollaire le besoin d'argent, la cupidité mais aussi l'attrait exercé par les femmes ou la vengeance.

J'irai pas en prison, Sébastien Daize l'affirme avec vivacité et colère. Travailleur saisonnier, Sébastien a estimé qu'il avait été grugé par son patron lorsqu'il a été renvoyé pour insubordination. Une retenue sur salaire consécutive à une période de maladie. Alors Sébastien, vingt-sept ans, s'est forgé de nombreuses initiatives au cours desquelles son patron lui rendait sous la menace la somme dont il a été spolié.

J'voulais juste changer de femme déclare Jacques Reverdy, quinquagénaire et maire de Crézancy. Il est marié, père de cinq enfants, mais il est ce que l'on appelle un queutard. Et il faut qu'il aille voir ailleurs pour satisfaire ses besoins charnels, et surtout du côté des jeunettes. Il avait jeté son dévolu sur Madeleine, elle lui a résisté pendant de nombreuses années, puis un beau jour, elle a cédé. Mais Madeleine est mariée, et elle culpabilise.

Dans Je suis lamentable, Etienne Crochet cherche un emploi afin de subsister, seulement il traîne derrière lui une casserole. Bâti en Hercule, il avait trouvé un travail comme garçon meunier, mais il a été arrêté pour vol chez son oncle, et il est resté un mois en préventive. L'enquête n'a rien donné seulement son passé ne plaide pas en sa faveur. Alors il part sur les routes, mais cela se passe mal, non seulement il ne trouve pas de travail, mais de plus il commet des actes délictueux.

 

Parce que sa mère voulait que son fils devienne un homme considéré, Athanase a poursuivi laborieusement des études de pharmacien. Il s'est installé dans la maison familiale à Levroux, le rez-de-chaussée ayant été aménagé pour ouvrir son échoppe. Son père est décédé avant sa naissance, et sa mère s'est remariée peu après. Son beau-père l'a emmené lorsqu'il avait dix-sept ans au bordel pour le déniaiser, et c'est ainsi qu'il a ressenti pour les femmes un attrait, un besoin à satisfaire de façon hebdomadaire. Un jour il a voulu coucher avec Marie, la jeune bonne de quinze ans, mais celle-ci s'est défendue. Afin que Marie ne colporte pas partout qu'Athanase a voulu profiter d'elle, la mère a retourné la situation en faveur de son fils. Il était impensable que le fiston se mésallie. Un peu niais et imbu de lui-même, Athanase s'est entiché ensuite de Valentine, sa voisine qui tient également un commerce, une épicerie-mercerie. Mais elle est mariée, et Athanase malgré tout la poursuit de ses assiduités. Telle est la trame du drame intitulé Je cherche ma Valentine.

Dans Je boirai plus, juré ! Edmond Duplaix est emprisonné. Il est en proie à un gros délirium tremens, il délire dans sa geôle, il a des visions et se remémore ce qui l'a amené en prison. Tout ça parce que cafetier il buvait son fond, et qu'il était devenu jaloux, croyant, à tort ou à raison, que sa femme Azoline couchait avec un de ses clients. Une longue descente en enfer, un naufrage éthylique.

 

Si dans les histoires précédentes, la jalousie, les femmes et le besoin d'argent étaient le moteur principal, le ressort qui amenait les protagonistes à commettre leur forfait, dans Je l'ai échappé belle nous abordons un domaine qui s'inscrit dans l'actualité : le rejet de l'autre, de l'étranger ou supposé tel, mais avec toujours à la clé l'argent et les femmes, d'une façon détournée. L'histoire se déroule durant la guerre de 1870 et Louis Arnoux, d'origine vosgienne, est inculpé d'intelligence avec les Prussiens. Tout ça parce que la mission que lui avait confiée son employeur, le comte de Cahen, l'un des fondateurs de Paribas, était de mettre à l'abri en province son fiacre et ses trois chevaux. Mais le voyage s'est effectué en compagnie de deux couples, dont des bouchers qui avaient fait provision d'avoine afin de pouvoir spéculer sur le prix de cette céréale.

En 1915, c'est Ottilie Voss, la seule femme à bénéficier d'une notice, Je suis une espionne, qui est emprisonnée pour connivence avec l'ennemi, c'est à dire les Allemands, et trahison. D'origine germano-batave, Ottilie Voss s'était installée pour des raisons de santé à Agen en 1907, enseignant l'Allemand et l'Anglais, des cours privés qui lui permettaient de subsister, guère plus. Mais à cause de ses origines, à la déclaration de la guerre, elle fut rejetée par la population locale et embrigadée par les Allemands qui la chargèrent de récolter des renseignements. Ce qu'elle fournit à l'ennemi ne valait pas tripette, ou si peu, mais le capitaine qui instruisit son procès et le soldat chargé de la défendre, ayant une antipathie et des préjugés à son encontre firent tout pour qu'elle soit condamnée à la peine maximum.

 

Comme on peu s'en rendre compte, ce sont toujours les mêmes ressorts qui guident la société, paysannerie ou bourgeoisie, la jalousie, l'argent, et les préjugés à l'encontre de personnes qui de par leur origine sont la cible privilégiée d'individus dont les actes de malveillance, parfois, sont plus à blâmer que ceux qui sont traduits devant la justice. Quelque soit l'époque et le lieu.

A noter que toutes ces histoires, dix au total, sont écrites à la première personne, procédé qui donne plus de force à la narration, et plus particulièrement dans Je boirai plus, juré !. Le lecteur s'investit dans le personnage, prend fait et cause pour lui, ou au contraire en ressent encore plus d'aversion.

 

Sommaire :

J'irai pas en prison (Sébastien Daize)

J'voulais juste changer de femme ( Jacques Reverdy)

Je suis lamentable (Etienne Crochet)

Je cherche ma Valentine (Athanase Pineau)

Je l'ai échappé belle (Louis Arnoux)

Je boirai plus, juré ! (Edmond Duplaix)

Ma pitoyable vie (Jules-César Barry)

Je suis une espionne (Otillie Voss)

J'ai fait la guerre, moi ! (Edouard Thomas)

Protège-moi, ma fille ! (Roger Briffaut)

Serge JANOUIN-BENANTI : Mes crimes en Berry. Gestes Editions. Parution août 2016. 296 pages. 19,90€.

Repost 0
18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 11:36

Hommage à André Ruellan, alias Kurt Steiner, décédé le 10 novembre 2016, à l'âge de 94 ans. L'une des figures marquantes des collection Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir.

Kurt STEINER : Le seuil du vide.

Jeune artiste peintre, Wanda Leibowitz tire le diable par la queue, ou plutôt par les poils du pinceau.

Elle se retrouve sans logement, son ami étudiant américain Franck qui l'hébergeait étant reparti chez lui à Philadelphie. Il lui faut trouver un nouveau point d'ancrage ou d'encrage, pour dormir et entreposer ses toiles, un endroit qui puisse lui servir également d'atelier.

Alors qu'elle réfléchit à son avenir dans son repaire habituel, le Dôme, Alain, une de ses connaissances, l'aborde. Elle lui annonce son expulsion mais elle refuse d'être dépannée par lui. Dépité le jeune homme tourne les talons. Une vieille dame installée à une table derrière elle a entendu la conversation et lui propose un petit logement, pour un prix dérisoire. Une chambre vide depuis plusieurs mois, rue Saint-Séverin dans le cinquième arrondissement.

Wanda ne règlera le loyer que dans trois mois et Léonie Gallois, la vieille dame, lui laisse un jeu de clefs avant de s'éclipser. Encombrée de ses bagages, elle ira chercher ses toiles dans son ancien atelier le lendemain, Wanda est tout heureuse d'ouvrir la porte de son modeste et bizarre logement.

La pièce est triangulaire. Modestement meublée, mais cela lui suffira. Wanda se pose des questions sur la santé mentale de l'architecte lorsqu'elle se rend compte qu'il existe une porte au pied de son lit. Une porte fermée à clé avec une étiquette collée dessus et portant la mention manuscrite : Prière de ne pas ouvrir.

Wanda est intriguée mais se promet de ne pas déroger à la consigne, par respect pour sa logeuse. Hélas, la curiosité est plus forte que sa volonté et elle utilise l'une des clés qui lui ont été remises. Elle entre alors dans une pièce sombre, obscure, noire, et elle ne distingue rien. Lorsque de l'intérieur elle regarde vers sa chambre, elle n'aperçoit pas l'ouverture. Un phénomène incompréhensible. Pas même lorsqu'elle pénètre à nouveau avec une torche. La lumière ne se diffuse pas. Pourtant la lampe fonctionne normalement puisqu'elle est éblouie lorsqu'elle la tourne vers ses yeux.

Elle tente une expérience qui transforme totalement son appréhension de la peinture. Elle importe une de ses toiles dans cette pièce sans éclairage, et allume sa torche. Elle est stupéfaire par ce qu'elle découvre. Sa peinture est devenue une œuvre aux couleurs harmonisées. Alors elle prend une toile blanche et dessine, peint, et le résultat, selon elle, est surprenant et confine au chef d'œuvre. Alors elle réalise plusieurs tableaux qu'elle propose à son galeriste. Mais ce qu'elle trouve sublime n'est au yeux de celui-ci qu'un immonde crachotis de pinceaux sur une toile.

Toutefois de la pièce émerge peu à peu une lumière et elle distingue de plus en plus nettement des scènes dans lesquelles évoluent des personnages dans des lieux connus ou inconnus. Elle se voit même lors d'une réunion. Or certaines de ces scènes vont se réaliser.

Ainsi elle est invitée à une soirée dans une riche demeure chez le baron Eram Knabenian à Maisons-Laffitte. Elle n'a jamais entendu parler de cet homme et décide toutefois de se rendre à cette soirée qui se révélera spéciale. Elle retrouve un des galeristes qui fait la pluie et le beau temps mais c'est l'apparition du baron qui la surprend. Elle en tombe de saisissement et lorsqu'elle sort de son évanouissement elle est nez à nez avec sa logeuse.

 

Peut-on modifier son avenir lorsque son esprit est confronté à certaines scènes ? Est-il bon justement de vouloir changer ou tenter de changer le cours d'événements programmés ?

Ce sont bien à ces deux questions que répond implicitement l'auteur, tout en jouant sur un autre thème récurrent de la littérature fantastique. La vie éternelle ou plutôt la recherche de la vie éternelle par des personnes qui ne veulent pas mourir et s'emploient par tous les moyens à prolonger leur séjour sur terre.

Kurt Steiner aurait pu intituler son roman Ombre et lumière, même si ce titre avait déjà été plus ou moins utilisé avec De flamme et d'ombre (Angoisse N°23). Mais Le seuil du vide convient bien également car c'est une longue descente que va connaître Wanda et arrivée au précipice de sa vie, va-t-elle tomber ou en échapper, c'est bien ce que le lecteur se pose comme question jusqu'à l'épilogue naturel et logique dans un sens, mais que Kurt Steiner affine avec machiavélisme.

 

Cet roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1971 par Jean-François Davy, avec dans les rôles principaux : Dominique Erlanger, Odette Duc, Catherine Rich. Scénario d'Alain Gerber, André Ruellan et Jean-François Davy.

 

Kurt STEINER : Le seuil du vide.
Première édition Collection Angoisse N°25. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1956. 224 pages.

Première édition Collection Angoisse N°25. Editions Fleuve Noir. Parution 4e trimestre 1956. 224 pages.

Kurt STEINER : Le seuil du vide. Réédition dans Angoisses 1, Collection Noire N°16. Editions Rivière Blanche. Parution octobre 2009 .

Repost 0
17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 10:24

C'est bizarre la vie, surtout quand on est mort.

Cicéron ANGLEDROIT : Fallait pas écraser la vieille...

C'est que pense Cicéron Angledroit, l'auteur narrateur des trépidantes aventures qui vont suivre, et détective privé de son état, dans l'enceinte du cimetière de Thiais en région parisienne.

La défunte, Maria Costa, ne pensait peut-être pas compter autant de monde parmi ses amis et ses connaissances. Maintenant peu lui chaut, mais tout le monde a souhaité lui rendre un dernier hommage. La famille en tête, Carolina, sa fille et Monique l'ex femme de Richard le fils, les deux belles-sœurs qui partagent à l'occasion la même couche. Plus de nombreux membres de la communauté italienne dont était issue Maria Costa.

Maria Costa était une amie et comme un mère pour Cicéron, qui est vraiment peiné. D'autant que son décès a été provoqué par un jeune imbécile qui a perdu les pédales de son véhicule et s'est empêtré dans un abribus, tuant par la même occasion un gamin et blessant la mère. La vitesse, évidemment, un feu rouge grillé, vraiment pas de chance pour le conducteur qui n'a même pas dix-huit ans et encore moins son permis de conduire. Pour aggraver son cas, il a essayé de s'enfuir. Il s'appelle Etienne Elédan, fils de Vaclav du même nom, grand patron serbe d'une mafia qui organise des transferts d'immigrés, apprend à des jeunes filles issues de l'Est comment se comporter sur un trottoir et dans l'intimité plus quelques autres magouilles dont je me garderai bien d'émettre la liste, celle-ci étant trop longue.

Bref des gens pas fréquentables mais que Cicéron sera amené justement à fréquenter à la demande de Cairola, le chef de la communauté italienne, pardon, le président de l'amicale italienne du Val de Marne, qui œuvre au grand jour comme horticulteur. L'Italo-Francilien veut que Cicéron collabore avec les policiers afin de retrouver Etienne Elédan et sa famille qui se sont évaporés dans la nature car il ne veut pas que cet accident mortel reste impuni. Et pour bien affirmer son intention il remet à Cicéron une enveloppe garnie, ce qui va permettre à notre détective chéri de ces dames de remettre à jour ses finances et voir s'étaler sur la face de son banquier un sourire de satisfaction, alors qu'à l'ordinaire ce serait plutôt des grimaces face à un compte bancaire à moins zéro.

Justement le commissaire Saint Antoine (surnommé le pas doux) désire organiser une rencontre avec Cicéron, car lui aussi requiert ses services, ce n'est pas la première fois, et pour conclure le marché lui propose une enveloppe dont les fonds seront prélevés sur une cagnotte noire même si cela est devenu théoriquement prohibé. Disons que la cagnotte est noire transparente. Cicéron sollicite pour l'aider René, pousseur-rangeur de chariots pour une grande surface, l'Interpascher, et comme à la clé le solide et le liquide sont assurés (surtout le liquide) dans un restaurant de quartier, ce dernier, René pas le restaurant, accepte et va même jusqu'à simuler un accident de travail pour être disponible. Cicéron aura besoin également des bras de Momo, lequel n'en possède plus qu'un mais cela n'entrave en rien l'histoire.

Alors qu'ils, Cicéron et René, surveillent le domicile du Serbe et de sa famille, ils se font choper par quatre séides qui les enfournent dans le coffre d'un véhicule de marque allemande, mais comme je ne touche aucune commission je ne vous préciserai pas laquelle. Et nous voici revenu au point de départ de l'histoire, au prologue, qui heureusement ne fait que quelques lignes, car j'ai horreur des préambules qui en dévoilent de trop.

 

Comme vous aurez pu le remarquer, Cicéron Angledroit, dont ce n'est pas le véritable patronyme, marche sur les brisées sans les briser de San Antonio, période années soixante. L'écriture humoristique et sa façon d'apostropher, en douceur, le lecteur, donnent du tonus au récit qui n'en manque pas. L'humour, oui, et gaulois qui plus est, car si Cicéron n'est pas côté en Bourse il ne ménage pas les siennes et les bonnes fortunes ne manquent pas : Brigitte, sa maîtresse à mi-temps, elle est mariée, Monique avec laquelle il a déjà connu des aventures, avant qu'elle déclare sa flamme à Sapho sans pour autant renier Eros, et Vanessa, la jeune vallseuse (terme désignant une fonctionnaire dépendant du ministère de l'Intérieur), mariée elle aussi mais dont les heures de service de son mari, lui-même policier, correspondent à ces heures de temps libres.

Le nom du commissaire, Saint Antoine, nous renvoie au personnage créé par Frédéric Dard, et René, qui a toujours un estomac vide, à croire qu'il possède comme les vaches plusieurs récipients internes de digestion, nous rappelle sans conteste Béru. Quant à Momo, il pourrait être assimilé à Pinaud, dans une moindre mesure. A noter, et c'est rare dans ce genre de roman, que Cicéron ne boit que de l'eau et du café.

Cicéron Angledroit n'écrit pas du sous San-Antonio, il parodie quelque peu, et ceci ressemble plus à un hommage qu'à un pastiche. Du moins c'est ce que j'ai ressenti à la lecture.

Cicéron ANGLEDROIT : Fallait pas écraser la vieille... Collection Les enquêtes de Cicéron N°3. Editions du Palémon. Parution le 15 novembre 2016. 240 pages. 10,00€.

Première édition : Editions Publibook.

Repost 0
15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 14:04

Une projection dans l'avenir qui n'est

guère réjouissante...

François DARNAUDET : Quartier bleu.

Paris, 2044. Le réchauffement climatique n'a fait qu'empirer malgré les décisions prises par certains gouvernements. En ce mois d'octobre, il fait encore 35° et il n'a pas plu depuis huit mois.

Le quartier de l'ancienne Gare de Lyon est bouclé, mis en quarantaine à cause du virus Gros Chat qui se propage malgré l'intervention des pompiers et de leurs lances à incendie qui déversent l'acide purificateur.

Franz Keller, vigile solo, se rend non loin, ayant lui aussi une mission de purification. Un nettoyage en règle commandé par le copse Papex. Il abat froidement un Corse et dans la foulée une blonde qui se trouvait dessous celui qui désormais n'est plus qu'un cadavre. Un métier dont les dommages collatéraux ne comptent pas, ou si peu.

En chemin, il consulte sa messagerie. Un appel a été enregistré émanant d'une certaine Nikita Warlock, une jeune femme charmante d'après l'hologramme affiché. Elle se réfère à un ami commun, et Keller renifle un piège, ou tout au moins quelque chose de pas vraiment clair car cette relation est décédée quelques jours auparavant.

Toutefois, il rentre chez lui, un cagibi qu'il partage avec Charlot, un drogué. Partageait, car la veille il a signifié à son colocataire que celui-ci ne ferait pas de vieux os s'il ne dégageait pas immédiatement et même plus vite. Enfin seul, en attendant que l'office HLM lui impose un nouveau locataire.

Keller profite de cette solitude bienvenue pour contacter la fameuse Nikita qui requiert ses services, contre rétribution naturellement.

Elle veut savoir ce qu'il s'est réellement déroulé dans le Quartier Bleu, le quartier de l'ancien cimetière du Père Lachaise. Ce quartier est hanté par les prostituées Noires, et est surveillé par les Kamis, une engeance sans foi ni loi qui tire d'abord et demande des explications ensuite.

Selon Nikita, son mari, cadre sup-sup chez Electroneurep, fréquentait quotidiennement ce quartier payant tous les soirs les prestations d'une pute Black (ce sont ses mots). Or trois mois auparavant, il s'est fait exploser avec une grenade en pratiquant le système vieux comme le monde du simulacre de la reproduction.

Keller accepte la mission qui lui est confiée, à ses risques et périls, car les Kamis qui gardent jalousement le terrain de jeux des cadres sup-sup sont du genre belliqueux. Et Keller, enquêtant sur place et donnant de sa personne se rend compte que Warlock n'est pas le premier à défunter dans des conditions pour le moins explosives.

 

Ce quartier bleu, avec ce halo céruléen qui attire les clients et ses prostituées noires, pourrait être la parabole de la vie politique et surtout de ses représentants qui veulent faire prendre aux électeurs des vessies pour des lanternes à l'aide de discours hypnotisants et d'ambiance hallucinogène.

Publié en 2006 ce roman d'anticipation dans l'action est sensée se dérouler en 2044 nous ramène à une époque proche de la notre avec des insinuations politiques qui ne relèvent pas uniquement de la fable. C'est également une vision d'un système politique axé sur la violence policière privée qui est mise en avant. Mais pas que.

Si l'intrigue se déroule en 2044, le côté politique est prorogé, rappelons-nous que ce roman est paru en 2006, à celle d'un homme qui un an plus tard deviendra président de la République et dont les effets néfastes continueront et même amplifiés.

Les livres sont devenus obsolètes et seuls restent deux ou trois bouquinistes qui proposent ces objets rares.

Franz se dit que cette histoire était bourrée de pervers : accros aux putes blacks ou aux livres... Mais les putes, c'était quand même plus sain.

Un roman d'anticipation prémonitoire par bien des aspects, dont je ne vous ai pas révélé toutes les facettes, à découvrir ou à redécouvrir.

 

Première édition Collection Novella SF. Editions du Rocher. Parution 23 novembre 2006. 128 pages. 13,10€.

Première édition Collection Novella SF. Editions du Rocher. Parution 23 novembre 2006. 128 pages. 13,10€.

François DARNAUDET : Quartier bleu. Réédité en version numérique sous le nom d'auteur : Darnaudet-Malvy. 3,05€.

Repost 0
14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 09:52

Hommage à Yann de l'Ecotais, né le 14 novembre 1940.

Yann de L’ECOTAIS : Mortelles cliniques.

Simon Agassapian, plus familièrement surnommé Gas, est un détective privé qui exerce dans un esprit quelque peu dilettante.

Il n’a pas besoin de rentrées d’argent mensuelles fixes, son compte en banque, alimenté par papa qui fit fortune dans la chaussure, progressant constamment grâce à de judicieux placements boursiers. A part sa collection de voitures anciennes, dont une vénérable deudeuche, Ophélie sa fidèle et tentatrice secrétaire qu’il se refuse d’honorer par scrupule pour son jeune âge, ses fréquentes visites à ses parents dans l’Yonne, Joséphine son ardente maîtresse qui sait comment le mettre sur les rotules, il n’aurait rien à demander de plus à la vie.

Sauf quand sa mère chagrinée lui narre qu’une de ses amies est décédée lors d’une opération bénigne dans une clinique de la région. Sauf quand un journaliste localier décède dans un accident de voiture alors qu’il enquêtait sur une série de morts accidentelles dans la même clinique, sans causes apparentes. Sauf quand il apprend que la voiture du dit journaliste a été sabotée. Sauf quand un motard s’acharne à vouloir le suivre dans les petites routes de campagne sans qu’il ait demandé à bénéficier d’une escorte dans ses déplacements.

Ses recherches, ses investigations, souvent en pointillés l’amènent à s’intéresser de près à une société spécialisée dans la distribution d’eau.

 

Yann de l’Ecotais n’oublie pas qu’il fut journaliste, directeur de la rédaction de l’Express de 1987 à 1994.

Mais il imbrique avec humour baroque et gravité les amours tumultueuses entre son héros et Joséphine, maîtresse femme qui n’a peur de rien pas même d’éventuelles rivales, et un problème de société : la mainmise financière de nombreux consortiums diversifiant leurs activités et qui pour se donner bonne conscience allient l’utile à l’agréable : l’utile étant la productivité au détriment des relations humaines, l’agréable étant le rendement boursier, plaisir harpagonesque des actionnaires.

Roman noir à la française, Mortelles cliniques est également une parodie et un hommage aux romans noirs américains à la Dashiell Hammett ou anglo-saxons à la Peter Cheney, leur empruntant des clichés nostalgiques, tout en gardant le charme occidental de la narration à l’occidentale et en valorisant les relations entre personnes de sexe opposé.

Et à l’encontre de ses précédents confrères, si la femme qu’il campe pourrait ressembler physiquement à une poupée Barbie, moralement et intellectuellement elle se montre l’égale, et même en certaines circonstances, supérieure à l’homme, ne se cantonnant pas dans des rôles de divertissement ou d’exhibition.

Yann de L’ECOTAIS : Mortelles cliniques.

Yann de L’ECOTAIS : Mortelles cliniques. Collection Hors Noir N°17. Editions Hors Commerce. Parution le 14 septembre 1999. 188 pages.

Repost 0
13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 07:30

Des innocents qui perdent la tête, c'est un calvaire !

Michel DOZSA : Le calvaire des innocents.

Tous les lundis, depuis deux ans à dix heures pile, Marcel se rend sur la tombe de sa femme dans le petit cimetière de La Clarté dans les Côtes d'Armor. Un dernier hommage hebdomadaire. Mais depuis quelque temps, il a également rendez-vous avec une jeune femme dont le mari est enterré non loin de la tombe de sa femme. Elle s'appelle Cécile Conforlo, et après avoir bu un verre ensemble au café proche du cimetière, ils se promettent de se revoir, même heure, même endroit. Jusqu'au jour où Marcel attend la venue de Cécile, en vain.

Arnaud est un adolescent bipolaire, fils d'un riche magouilleur dans l'import-export. Il a poursuivi ses études, a ressenti quelques vagues velléités de travail, mais il préfère vivre aux crochets de son père. Alors il partage son temps dans le vaste appartement familial et un squat dans un vieil immeuble promis à la démolition situé dans un quartier populaire. Sa mère vaque entre deux réunions avec des amies (ou amis, qui sait) et des plongées dans leur piscine privée. Quant à son père, il le délaisse. Rien d'étonnant à cela qu'il ait entretenu une forme de déprime.

Il a en tête des envies de s'adonner à une activité qui pourrait le rendre intéressant, visible aux yeux de tous. Il a décidé de tuer quelqu'un, mais d'une façon peu commune. Il lui faut chercher comment résoudre ce problème tandis qu'il regarde par la fenêtre du squat la benne à cartons disposée dans la cour. Et il doit assister le soir même à une réception organisée par son père.

En Bretagne, non loin de Perros-Guirec, Ronan Magyar, ancien policier des brigades spéciales reconverti comme détective, et Morgane, sa jeune compagne journaliste, vivent soit chez soit chez l'autre, au gré des envies. Pour l'heure, ils sont ensemble dans un mobil-home installé au fond du jardin dans la propriété d'Hubert, un ami, et Ronan vient de recevoir un appel téléphonique l'invitant à une réception chez Ghyslain de la Motte de Cran, le père d'Arnaud. Cette invitation cache un autre but que de faire connaissance entre voisins, de la Motte de Cran étant nouvellement propriétaire d'une résidence dans la région. La Motte de Cran reçoit depuis quelques temps des lettres, anonymes bien entendu, d'intimidation.

 

Une tête de femme est retrouvée sur une statue parisienne en remplacement de la légitime en pierre, une autre tête est retrouvée dans un jardin de Lannion, d'autres fleurissent des tombes un peu partout, tandis que Cécile Conforlo n'a pas réapparu, ce qui lui serait difficile puisque selon les policiers niçois où elle résidait, celle-ci serait morte depuis des mois, bref Ronan, et son amie Morgane, sont confrontés à un véritable pataquès morbide.

S'agit-il d'une vengeance ou le fait d'un individu atteint de folie ? Ronan se trouve placé au cœur d'un imbroglio, impossible à démêler selon la quatrième de couverture, mais dont il saura quand même démêler les fils, non sans quelques accrocs au passage.

 

Ce roman pourrait n'être qu'une banale intrigue mi-provinciale mi-parisienne, de facture classique, mais justement la facture est plus complexe à déchiffrer qu'il y parait car des éléments extérieurs s'ajoutent, comme la TVA qui n'est pas annoncée au départ et obère le prix à payer.

 

Le lecteur voyage entre le Trégor et Paris à la recherche du coupable, mais également des motivations profondes qui animent celui-ci à semer ainsi des têtes coupées. En réalité il voit se profiler deux affaires, plus ou moins distinctes, lui qui pensait, dès le début du récit, connaître l'identité de ce coupeur de têtes.

Michel Dozsa entraîne le lecteur à sa convenance dans des chemins parsemés de pièges et l'on se demande bien jusqu'où il va nous emmener, empruntant des passages non balisés, effectuant des retours en arrière, nous proposant des autoroutes et des routes secondaires comme pour mieux nous perdre, nous plongeant dans l'expectative, jusqu'à un épilogue issu du passé et particulièrement machiavélique.

Michel DOZSA : Le calvaire des innocents. Collection Investigations. Editions Patrimoine et Société. Parution juin 2014. 296 pages. 10,50€.

Repost 0
12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 14:03

Hommage à Maurice Périsset décédé le 12 novembre 1999.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu.

Horriblement défigurée, Valentine est irrémédiablement clouée dans un fauteuil roulant depuis l'accident de voiture survenu cinq ans auparavant.

Entre l'infirme et sa sœur Catherine, la fautive, de quinze ans sa cadette, les relations sont assez tendues.

Valentine passe son temps comme elle peut, assistée par Marie une jeune femme du village. Catherine, qui travaille en tant que secrétaire médicale à Toulon, effectue chaque jour quatre-vingts kilomètres et supporte de moins en moins cette charge.

Elles vivent dans une villa de location, à l'abri des regards indiscrets, alors qu'il serait si facile de vendre La Bastide rose, propriété inhabitée de Valentine, et de placer l'infirme dans une maison spécialisée tandis que Catherine s'achèterait un studio.

Bastien, dix-neuf ans, accusé d'avoir voulu étrangler sa jeune belle-mère, s'évade du Centre psychiatrique de Pierrefeu. Un fait-divers qui va précipiter les événements et exacerber la tension entre les deux sœurs. Bastien va trouver l'hospitalité auprès de Valentine mais pour peu de temps. Il est obligé de fuir.

La gendarmerie est sur les dents; le corps d'un clochard est découvert dans la forêt de Dom. Si le meurtre ne fait aucun doute, le lieu du crime est aléatoire. Bastien est soupçonné, d'autant qu'il a été vu en compagnie du vagabond faire la manche.

Catherine, qui rencontre en cachette son ami Sergio, un bellâtre, décide de partir en week-end. Marie s'occupera de Valentine. Le drame qui couvait s'embrase soudain. La forêt prend feu et Valentine qui était resté seule dans la villa a dû périr dans les flammes.

Marie et Catherine sont convoquées à la gendarmerie pour y effectuer leur déposition. C'est le moment que choisit Marie pour tenter un chantage auprès de Catherine. Elle lui donne même rendez-vous à la Bastide rose, cette fameuse bastide dont Valentine ne voulait se séparer sous aucun prétexte, et que Catherine aurait vendu avec joie.

D'ailleurs cet incendie d'origine criminelle n'a-t-il point été allumé afin de se débarrasser de l'infirme et d'un testament défavorable ?

 

L'épilogue de cette histoire est prévisible et hitchcockien.

La montée de la tension est toutefois admirablement décrite et même si lecteur se doute de ce qui doit inévitablement et logiquement se passer, il est pris par l'ambiance.

Une situation standard exploitée avec bonheur par un auteur qui excellait dans l'art du suspense.

Maurice PERISSET : Les poignards de feu. Collection Dossiers du Quai des Orfèvres. Editions du Rocher. Parution le 1ernovembre 1990. 240 pages.

Repost 0
11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 06:18

Un roman qui ne laisse pas de glace...

J. J. MURPHY : L'affaire de la belle évaporée

En ce 31 décembre, durant les années 1920, l'effervescence règne dans l'hôtel Alconquin.

Tous les résidents sont invités à participer à fêter cet événement, dans la joie et la bonne humeur. Dorothy Parker, journaliste au New-Yorker, attend avec impatience son ami Robert Benchley dont elle est secrètement amoureuse. Mais son ami tarde à venir et Alexander Woollcott, autre compagnon et journaliste lui aussi la tanne pour organiser une partie d'un jeu de société dit du jeu de l'Assassin entre amis. Cela ne la tente guère et elle se défile.

Si Douglas Fairbanks et sa compagne Mary Pickford, qui organisent une réception dans leur luxueuse suite au dernier étage de l'établissement pavanent parmi les invités qui bientôt vont se bousculer près du buffet, d'autres résidents ne sont pas à la fête. Un cas de varicelle vient d'être détecté. Normalement cela ne devrait pas influer sur le déroulement de la joyeuse manifestation, seulement, le docteur Hurst, qui vient de recevoir un pli télégraphique, déclare soudainement qu'il s'agit d'un cas de variole. Et réclame la mise en quarantaine immédiate de l'établissement. Plus personne ne pourra sortir, plus personne ne pourra entrer.

Dorothy Parker est plus qu'inquiète. Heureusement son ami Benchley s'est infiltré au dernier moment et elle pousse un soupir de soulagement tout en lui adressant un énorme sourire.

Parmi les résidents, un hôte marque se fait discret. Il s'agit de Sir Arthur Conan Doyle qui est tourné vers le spiritisme et il n'apprécie que moyennement que Sherlock Holmes et ses exploits reviennent continuellement sur le tapis au détriment de ses autres œuvres. Dorothy le présente à Woollcott, qui ne réagit pas à cette confrontation amicale, mais l'exhorte à participer à son jeu de l'Assassin. Une demande que Conan Doyle refuse avec diplomatie.

Bientôt tout ce petit monde, quelques dizaines de personnes quand même, peuvent écluser des boissons alcoolisées, malgré les mises en garde de Franck Casey, le directeur de l'hôtel. La prohibition doit être respectée, du moins en public.

Arrive enfin le grand moment. Douglas Fairbanks présente à tous Lydia Trumbull, une actrice et reine de la soirée. Seulement l'aura de celle-ci est complètement éclipsée lorsque se présente Bibi Bibelot, une starlette en devenir, complètement nue mais ayant gardé ses chaussures, et parade parmi les invités. Elle fait sensation. Tous les hommes n'ont d'yeux que pour elle et surtout sa plastique, quelques femmes aussi.

Elle arbore autour du cou un médaillon, un objet que le docteur Hurst possédait et a remis à son ami Doyle, puis qui a changé de main, le bijou ayant été confié à Fairbanks. Bibi Bibelot s'introduit dans la salle de bain, et demande aux participants mâles d'aller chercher des caisses de champagne et de les vider dans la baignoire. Deux religieuses râlent devant cette impudeur affichée avec ingénuité. Le docteur Hurst s'introduit dans la salle de bain, la porte est fermée, des cris s'élèvent, puis il ressort. Il est presque minuit, et tout le monde est convié au rendez-de-chaussée afin de fêter le nouvel an. Peu après Bibi Bibelot sera retrouvée morte dans sa baignoire par Dorothy Parker. La porte est fermée à clef. Nulle trace de ce qui aurait pu provoquer le décès de la starlette. Est-ce un suicide ? Difficile d'y croire. Un meurtre ? oui, mais comment, par qui, car aucune blessure apparente ne laisse supposer que Bibi a été assassinée.

 

Voilà un problème de meurtre en chambre close qui va occuper durant toute la nuit Dorothy Parker, Benchley, Conan Doyle, Franck Casey, Douglas Fairbanks et quelques autres, seul Woollcott ne pensant qu'à son jeu de l'Assassin. Pourtant il ne s'agit plus de jouer mais bien de découvrir ce qu'il s'est réellement passé. D'autant que les policiers, en la personne du capitaine Church prévenu, ne peuvent entrer dans l'hôtel puisque celui-ci est placé en quarantaine.

Si la résolution de savoir comment l'assassin s'est débrouillé pour sortir de la pièce à l'insu de tous est assez simplette, reste le problème de savoir comment c'est déroulé ce meurtre, avec quelle arme et pourquoi. Le mobile pourrait en être le médaillon, mais comme dirait l'autre, que vient-il faire en cette galère ?

Une galère véritablement pour Dorothy Parker et son ami Benchley qui se croisent, se cherchent, se perdent de vue pour mieux se retrouver, à la poursuite d'un cadavre baladeur qui n'est autre que Bibi Bibelot, disparue en chaise roulante.

Quiproquos, courses poursuites, réparties égrillardes, jeux de mots, situations rocambolesques parsèment ce roman jubilatoire mais parfois un peu longuet. L'auteur semble tirer à la ligne, mais il est vrai que la nuit du 31 décembre au 1er janvier est l'une des plus longues de l'année.

Personnages réels, Dorothy Parker, Benchley et Woollcott et quelques autres ont effectivement existé, et personnages de fiction s'entremêlent pour une intrigue classique qui ne manque pas de charme, d'humour et de situations parfois rocambolesques. Si Conan Doyle devient l'assistant de Dorothy Parker dans la résolution de cette intrigue de meurtre en chambre close, un protagoniste du nom de Harpo Marx fait des apparitions épisodiques, dans un rôle de figurant endormi.

J. J. MURPHY : L'affaire de la belle évaporée (A friendly game of murder - 2013. Traduction Yves Sarda). Editions Baker Street. Parution le 3 novembre 2016. 336 pages. 21,00€.

Repost 0
10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 07:39

Il est des épisodes dans notre existence que l’on aimerait pouvoir effacer, mais ils sont tatoués dans notre cerveau à l’encre indélébile.

Joseph BIALOT : Votre fumée montera vers le ciel.

Mettre un couvercle sur le bouillonnement de notre crâne serait l’idéal, mais la fermeture n’est pas hermétique, et il s’en dégage des fumées délétères qui nous empoisonnent tout notre vie, du moins celle que nous vivons après ces événements. On les cache soigneusement, comme des faits honteux, mais il arrive un moment où pour les exorciser, il faut en parler, les coucher sur le papier, les réduire à de simples phrases, afin d’en extirper les rares incidents positifs.

Ouvrant son album de mémoires, révélant dans un désordre organisé ses pérégrinations et sa vie quotidienne à Birkenau et à Auschwitz, Joseph Bialot invite le lecteur à partager avec lui des moments éprouvants mais au cours desquels l’auteur ne perd jamais espoir. Renoncer c’est mourir par anticipation.

 

L’ouvrage débute par un nouveau chapitre Et après… qui constitue l’ajout à cette réédition nécessaire, et pose la question qui se trouve de plus en plus présente sous les feux de l’actualité. Et après… les êtres humains se sont-ils inspirés de cette partie nauséabonde de l’histoire pour s’améliorer ? Force est de constater que non. L’intégrisme, le sectarisme, l’intolérance, le négationnisme, le rejet de l’autre pour des raisons raciales, religieuses, mercantiles, sont toujours en vigueur, exacerbés par des individus, quelque soit leur place dans la société, sans scrupules, ignorants, jaloux.

Un exemple frappant : en 1947, deux ans après Auschwitz, dans la ville de Kielce, en Pologne, l’annonce du retour d’une centaine de Juifs survivants, originaires de la région, répand la terreur. Et la rumeur repart : ils vont reprendre leurs biens ! Résultat ? Un pogrom. Dois-je préciser que le mot Pogrom, d’origine russe, désigne un assaut avec pillage et meurtres. Il signifiait à l’origine des actions violentes préméditées, menées à l'instigation de la police tsariste avec l'aide de populations locales contre les communautés juives d'Europe. Les pogroms sont parfois menés contre d'autres minorités telles que les Tziganes. Ces actions s'accompagnent aussi de destructions des biens personnels et communautaires et d'assassinats. Plus jamais ça ! C’était ce que les survivants, probablement naïfs, déclaraient. Soixante-dix ans après, que reste-t-il de des résolutions, des déclarations émises par des personnalités de toute obédience politique ?

 

Après cet aparté, reprenons l’album photos, ou plutôt la succession de courts-métrages que délivre Joseph Bialot. Première image, les couleurs qui se reflètent dans la mer et que peuvent admirer les survivants, qui ont embarqué à bord du Bergensfjord, en port d’Odessa. Plus de mille deux cents kilomètres parcourus entre Auschwitz et Odessa, puis direction la France. Ces couleurs dispensées par le soleil changeaient des dégradés de noir et de gris auxquels ces anciens détenus étaient habitués. Et peu à peu les souvenirs s’enchainent, retour en arrière sur les conditions de vie, de survie à Birkenau, puis à Auschwitz, les maltraitances, les brimades, les humiliations, les restrictions alimentaires et vestimentaires, les coups portés avec violence et sadisme par les Kapos, les petits-chefs plus brutaux que leurs supérieurs.

Une image parmi tant d’autres : une paire de chaussures à semelle de bois, sans lacets, sensées protéger les pieds et que le détenu, Joseph Bialot en l’occurrence, perd en déplaçant des pavés, porté sur son épaule, sur deux cents mètres, lapin tentant d’échapper à un lévrier nazi. Soit il parvient au but en échappant aux coups de matraques et surtout rejoint la procession de détenus, s’infiltrant dans le groupe, et échappant ainsi à la vindicte de son poursuivant, les pieds en capilotade, soit il se baisse pour ramasser la chaussure fichée en terre et risque de rester définitivement à terre.

Ou cette veille de Noël, qui tombe un lundi. Distribution des rations de vivre le samedi, et comme les détenus sont affamés, tout est englouti dans la journée. Le dimanche et le lundi sont synonymes de famine. Ironie du sort, les échanges se paient en cigarettes. A l’époque, le slogan le tabac tue n’avait pas cours, d’autres se chargeaient de votre santé qui partait en fumée. Même entre eux les prisonniers raillaient, peut-être inconsciemment. L’un d’eux, prenant le poignet décharné de l’auteur lui confia : Toi, tu brûleras sans problème, tu es bien sec !

Tous ne sont pas logés à la même enseigne et pour mieux être reconnus, ils sont affublés de triangles sur leurs vêtements. Un triangle rouge : c’est un politique ; un vert, un tueur auxiliaire ; un noir, un fainéant, un saboteur de travail ; un rose, un homosexuel ; un violet, un témoin de Jéhovah, un objecteur de conscience.

 

Si les romanciers trichent avec l’histoire, si les historiens élaborent leurs ouvrages d’après des témoignages et d’autres écrits, Joseph Bialot est un témoin direct, ayant vécu personnellement et directement ce qu’il décrit. Et son livre, son récit, en possède d’autant plus de force que le romancier et l’historien ne pourront jamais traduire l’émotion ressentie par l’acteur malgré lui de cette mise en scène macabre. Au lieu de vouloir reconduire les sans-papiers aux frontières, et souvent les offrir en otages ou victimes aux exactions de ceux qu’ils ont fuis, nos politiques devraient lire cet ouvrage et réfléchir. Mais peut-être est-ce trop leur demander.

Editions de l’Archipel. Version augmentée de C’est en hiver que les jours rallongent (Le Seuil – 2002). Parution 11 mai 2011.

Editions de l’Archipel. Version augmentée de C’est en hiver que les jours rallongent (Le Seuil – 2002). Parution 11 mai 2011.

Joseph BIALOT : Votre fumée montera vers le ciel. Editions Pocket. Parution le 10 novembre 2016. 264 pages. 6,60€.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables