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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 09:42

C'est un beau roman, c'est une belle histoire...

Gabriel JAN : Rien que pour la vie.

Sur l'île de Yéchos, sise sur la planète Ebtun, la vie semble idyllique, paradisiaque, ses habitants, les Adils, se suffisant de peu. La pêche, l'agriculture, l'élevage leur fournissent les ressources nécessaires à leur alimentation, et à la confection de leurs vêtements de peau.

Sept Veilleurs, disséminés sur les côtes, en des points stratégiques et au centre de l'île, ont pour charge de veiller, comme leur nom l'indique, sur cette communauté issue de nombreux métissages, et de servir d'historiens-géographes, notant sur des feuilles de papier fabriqué par quelques îliens, les événements qui se produisent. Les Veilleurs demeurent dans des chamnes, appelées également tours, des arbres immenses au tronc creux dans lesquels sont disposées plusieurs pièces situées les unes au-dessus des autres. Il existe également des Voyageurs-Veilleurs, dont certains sont actuellement sur la Terre, recueillant entre autres des graines et des plantes qu'ils ramènent sur Yéchos, se déplaçant à l'aide de vecteurs spatiaux formés à l'aide d'heptalions, des cristaux dotés de pouvoirs magiques.

Sur Yéchos, règne l'harmonie et l'amour. Il n'existe pas de villages, de chefs de clans, de religions, de lois, pas de rétributions pour le travail accompli. Seule l'entraide guide ce peuple libre.

Un jour, Craël, qui déguste des coquillages fournit par la nature, ouvrant les bivalves à l'aide d'un couteau à lame d'obsidienne, est interrompu dans sa cueillette par Fra, la louve. Elle communique par télépathie avec le jeune homme, lui annonçant une mauvaise nouvelle en provenance de l'un des Veilleurs, Mogius, nouvelle qu'il doit transmettre à Melzaar, autre Veilleur dont Craël est le disciple.

Tout comme Craël, Melzaar se demande pourquoi il n'a pas transmis son message par télépathie comme il est de coutume, préférant demander à Fra la louve de se charger de communiquer que des événements mystérieux se produisent. Les cristaux, dont les Vélions que portent les Adils en sautoir, se ternissent, devenant opaques, comme les perles dans les huîtres lorsqu'elles meurent. Des arbres de différentes espèces se couvrent de plaques grisâtres, comme si un champignon provoquait une sorte de chancre ou de dartre. Une maladie que les prédécesseurs des Adils, les Arhems, avaient connue et subie avant d'être éradiquée.

Ce phénomène inquiétant amène Melzaar à envoyer Craël se renseigner d'abord auprès de Mogius puis peut-être découvrir l'Arme des Anciens, en la cité en ruines d'Alinor. Avant d'entreprendre ce long voyage, plusieurs centaines de kilomètres, qu'il devra parcourir à pied, ne devant en aucun cas sliter, le slite étant une sorte de saut de puce qui permet des déplacements rapides mais demandant beaucoup d'énergie, et surtout ne pas user de télépathie, afin de ne pas avertir leurs ennemis, si ennemis il y a. En effet selon des informations, des Furtifs, comme des spectres composés de particules, se sont manifestés en plusieurs endroits.

Craël fait ses adieux, temporaires, à Oféa, sa belle compagne qui attend leur premier enfant, malgré la peine engendrée, et le voilà parti pour une série d'aventures périlleuses. En cours de route il rencontre un couple et leur garçon Loûn, qui possédant certains dons, devient son compagnon de route.

Cette épopée, ce voyage initiatique au cours duquel Craël affrontera dangers de tout nature, découvrant à ses risques et périls des tablettes sur lesquelles sont gravés des sortes d'hiéroglyphes que les Veilleurs devront déchiffrer, tandis que les Govons, des ennemis héréditaires qui semblaient avoir oublié les Adils, se manifestent à nouveau, et que des heptalions sont nécessaires afin de permettre aux Voyageurs-Veilleurs de regagner la planète Ebtun.

 

Cette histoire pourrait être la parabole de notre monde dans lequel l'argent n'existerait, histoire ancrée sur une île d'une planète imaginaire, dont les habitants vivent en autarcie et en paix. Plusieurs messages sont délivrés dans ce récit profondément humaniste et écologique. Tout est basé sur l'entraide, l'échange, et les Adils ne tuent les animaux que pour se sustenter. Ils se nourrissent de coquillages, de poissons, de baies et de racines, de laprats cousins des lapins, et de bovidés dont ils gardent la peau afin de se vêtir.

Seulement, aux manifestations recensées sur les arbres s'ajoutent des méfaits qui ne sont pas sans conséquences sur la survivance de la faune et de la flore, et des humains.

Ainsi page 48, peut-on lire :

J'ai remarqué que les abeilles semblent parfois un peu désorientées. Certaines ne retrouvent pas leur ruche, d'autres meurent, et les essaims diminuent... Si l'hécatombe se poursuit, il n'y aura bientôt plus d'abeilles, donc plus de pollinisation, plus de fleurs, plus de fruits, et plus de légumes sans doute. C'est notre alimentation qui est en jeu.

 

Quand aux Govons, ils peuvent être la métaphore des politiques asservis aux banquiers.

Les Govons, comme bien d'autres peuples, dont celui de la Terre, ne possèdent pas notre esprit ni notre perception de l'existence. Ils n'ont que des civilisations superficielles, d'un affligeant matérialisme, toutes étayées par une loi unique : celle du plus fort.

C'est une forme d'hommage à tous les persécutés, les opprimés, qui sont spoliés de leur terre par des envahisseurs.

Un roman utopique, dans l'esprit du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, mais dont la portée est différente car il ne s'agit pas ici de dénoncer le matérialisme et le capitalisme, voire l'esclavagisme, mais de prôner un retour à la nature, sans forcer le trait parfois consumériste de la culture biologique récupérée par les grandes marques et les grandes enseignes, et surtout de la vie en commun, sans jalousie, sans compétition délétère, sans rivalité, sans cette envie d'écraser l'autre.

 

Gabriel JAN : Rien que pour la vie. Collection Blanche N°2144. Editions Rivière Blanche. Parution août 2016. 208 pages. 18,00€.

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 12:17

La France profonde possède ses charmes littéraires à ne pas négliger.

Les Contes et Légendes du Poitou.

Chaque province, ou région, possède un réservoir inépuisable de Contes et légendes transmises oralement depuis des siècles, voire des millénaires, qui ont fait par la suite la plus grande joie des scripteurs, perpétuant sur papier leur transmission. Et incidemment offrant une source d'inspiration à de nouveaux conteurs qui pouvaient à loisir améliorer, transposer, enrichir ces textes à leur convenance, puisant l'idée conductrice comme Lafontaine s'inspira d'Esope.

Ces contes et nouvelles sont évidemment le reflet d'une société, la roublardise, la jalousie, l'amusement aux dépens d'autrui, la conjuration d'une peur, l'exorcisme du Diable, l'adjuration d'un animal fantastique auquel on prête des pouvoirs surnaturels, ou tout simplement de petits faits quotidiens tournés en dérision.

Le Poitou, composé de la Vienne et des Deux-Sèvres, ainsi que de la Vendée et d'une partie de la Haute-Vienne et du nord de la Charente, n'est pas une province réputée pour ses contes et légendes, comme la Bretagne par exemple. Pourtant, elle possède un patrimoine historique et littéraire indéniable qui forgea une partie de ces contes. En oblitérant les batailles célèbres qui se déroulèrent sur son sol, celle de Poitiers par exemple qui opposa Charles Martel aux Sarrazins, puis toujours à Poitiers celle qui vit s'affronter le Prince Noir à Jean II dit le Bon, en ne tenant pas compte de ses personnages célèbres, dont Théophraste Renaudot, père du premier journal imprimé, la Gazette, le 31 mai 1631, support indispensable pour relater les faits-divers et accessoirement devenir le vecteur littéraire par excellence, il reste dans l'imaginaire populaire au moins un personnage légendaire qui perdure : la Fée Mélusine. Et quelques animaux issus du bestiaire fantastique dont la Bête d'Angles, un ours qui fit de nombreux ravages parmi les jeunes filles concurrençant la Bête du Gévaudan.

Les quarante-huit textes recueillis dans ce volume sont regroupés en chapitres aux noms évocateurs : Les revenants, Les créatures fantastiques, Les pactes avec le diable, Légendes pieuses, Génies et fées, Des faits à la légende, Conte des oiseaux, Contes facétieux et contes de fées.

 

Parcourons quelques-uns de ces contes afin de nous donner une idée plus précise du contenu, contes que l'on peut retrouver dans d'autres régions, sous des formes différentes mais dont l'idée principale est la même.

Ainsi dans Le Curé de Parthenay-le-Vieux, nous retrouvons l'histoire d'un curé qui pour aller au ciel, est obligé de trouver un servant pour célébrer une messe comme dans Le moine du Castennec, issu des Contes et légendes de Bretagne.

Plus étonnant est le conte intitulé Le Conte de la fève. Un pauvre homme nommé Jacquet, dont la femme s'appelle Jacquette et ses onze enfants surnommés les petits Jacquilou, plante une fève dans son courtil. Cette fève pousse et devient si haute qu'elle touche les nuages. Il en entreprend l'ascension et se retrouve au Paradis, devant Saint-Pierre. Cette histoire ressemble par certains points à Jacques et le haricot magique, conte d'origine anglaise, ainsi qu'avec quelques historiettes qui mettent en scène Trois vœux. Mais bien évidemment il ne s'agit que d'un contexte similaire, le développement est différent ainsi que l'épilogue.

Le Fermier bien avisé démontre toute la rouerie dont peut faire preuve un paysan face à un maître qui se montre jaloux de ses bonnes fortunes. Lassé de voir les veaux de Rouleau, le paysan, venir brouter dans ses blés, le maître lui promet que la prochaine fois il tuera les bêtes. N'importe répond Rouleau, je porterai les peaux à la foire. Et ce qui fut dit, fut fait. Par un heureux concours de circonstances, des bandits de grands chemins passent par là et Rouleau grimpe à un arbre, lâche ses peaux à terre. Les malandrins apeurés s'enfuient, pensant à un sort diabolique, et laissent leur baluchon empli d'or. Et c'est ainsi que Rouleau va berner à plusieurs reprises son maître bien moins finaud que lui.

La véritable histoire de Mélusine prend sa source dans les nombreux contes de fées qui de touts temps alimentèrent l'imaginaire. Pour avoir offensé son père, le roi d'Albanie Elinas, elle fut châtiée par sa mère, la fée Pressine, laquelle lui infligea comme malédiction de se transformer, les samedis, en serpent de la ceinture jusqu'aux pieds. Elle rencontra Raimondin, le neveu du comte de Poitiers, ils tombèrent amoureux l'un de l'autre, furent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Mais Raimondin, un jour, dérogea à sa promesse de ne pas regarder Mélusine le samedi.

 

Les animaux tiennent une place non négligeable et l'on retrouve le Loup-garou, emblème du bestiaire fantastique, ou encore le Cheval Mallet, animal fabuleux qui lorsqu'il a une personne sur son dos traverse les airs, pouvant parcourir en une nuit l'univers, non sans contrepartie.

Les guerres ne sont pas oubliées, et outre les deux principaux faits d'armes évoqués plus haut, il ne faut pas oublier cette année 1202, au cours de laquelle Philippe-Auguste, roi de France, et le roi Jean dit Sans-Terre qui règne sur l'Angleterre et une partie de l'Aquitaine, s'opposent. Les troupes anglaises sont répandues dans le Périgord et le Limousin, et le Poitou est une province attisant les convoitises, principalement la ville de Poitiers, comme en atteste Le siège de Poitiers.

 

Les textes, courts, sont agrémentés de nombreuses illustrations, dessins et photographies noir et blanc, qui apportent un cachet et un intérêt supplémentaires à cet ouvrage. Les auteurs, dont Francine Poitevin, respectent le parler local, patois ou dialecte, dans les dialogues, et nul n'est besoin d'un dictionnaire pour comprendre le sens des échanges verbaux.

 

A lire dans la même collection :

Les Contes et Légendes du Poitou. Avec la participation amicale de Francine Poitevin, Casimir Puichaud, Léo Desaivre, et autres auteurs poitevins. Préface de Gérard Bardon. Collection Contes & Légendes. Editions Marivole. Parution juin 2017. 160 pages. 20,00€.

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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 12:19

Parfois je préfère rester à la mienne de place !

Guy RECHENMANN : A la place de l'autre.

En ce 21 septembre 1992, passage de l'été à l'automne, Anselme Viloc qui promène Jipsy, épagneul bécassière en manque d'activité, est stupéfié à la vue d'une statue vivante représentant une jeune femme en position de yogi sur l'estran, près d'une casemate.

En cette fin d'après-midi, l'inconnue est seule sur la plage, mais ce n'est pas ce qui interloque l'inspecteur Anselme Viloc. Elle a les yeux dans le vide, comme absente, et marmonne en boucle, je sais où est mon fils, je sais où il est. Seul le chauffeur du car l'a vue la veille, mutique, pourtant elle n'avait pas l'air perdue. Mais personne ne peut indiquer qui elle est.

Une énigme pour Viloc qui se voit confier cette affaire par son supérieur hiérarchique puisqu'apparemment une disparition serait à déplorer. D'ailleurs c'est ce que pense le psychiatre à qui a été confiée la jeune femme dans l'unité neurologique de l'hôpital Pellegrin de Bordeaux. Et toujours cette incantation, Je sais où est mon fils... complétée par C'était le 21... Le 21 quoi ? Une anomalie puisque, selon le toubib, cette jeune femme dont on apprendra un peu plus tard le prénom, Marina, est vierge. Et elle parle de son fils ! Incompréhensible.

Anselme et Jérémy, son ami et collègue, ne possèdent que peu d'éléments pour débrouiller ce casse-tête qui se débloque grâce à une observation d'un bistrotier. Et si on utilisait les épingles à cheveux trouvées dans le sac de Marina, pieds dans l'eau, et de lui mettre des lunettes de soleil pour prendre une photo qui serait diffusée dans les journaux locaux ? Bingo, les cafetiers sont de bons conseils en général et le bailleur de Marina se manifeste.

Il s'agit d'un ancien boucher, copain avec le père de Marina parti vivre dans la région paloise avec sa seconde femme. Et c'est à la demande de celui-ci qu'il a hébergé dans une de ses propriétés la jeune femme. Une énigme de résolue, mais cela n'avance pas le schmilblick de l'enfant disparu. Lilly, la fille de la compagne de Jérémy, âgée de douze ans mais nettement plus mature que sa mère, avance l'hypothèse d'une réincarnation. Pourquoi pas !

 

L'inspecteur Anselme Viloc est un policier à l'ancienne, proche de Maigret, se montrant à l'instar de son prédécesseur à l'écoute, n'hésitant pas à côtoyer témoins et suspects, à discuter avec eux, à partager un verre. Un policier que l'on pourrait, non pas aimer, faut pas abuser quand même, mais apprécier pour cet humanisme qui se dégage de sa personne.

Il est le contraire des policiers actuels, formatés à ne pas sourire, un fer-à-cheval greffé sous le nez à la place de la bouche. Des policiers homéopathes qui soignent le mal par le mal, combattent la violence par la violence.

Donc Viloc, discute, cause, parle, bavarde, papote, et j'en passe, avec les cafetiers, du Cap-Ferret, d'Andernos, de Taussat, et d'ailleurs, côtoyant des personnages, des imbibés qui se montrant affables, diserts, ou peu réceptifs.

Heureusement, son patron, le commissaire Plaziat, apprécie sa façon de procéder, même s'il lui met la pression, lui accordant un sursis d'un mois pour résoudre cette affaire, mois renouvelable à la demande en fonction des résultats. Et en compagnie de Jérémy qui parfois se dérange sur le terrain, pour affiner des renseignements, Viloc épluche les mains courantes des années précédentes, puis remontant en arrière jusqu'à la période de la seconde guerre mondiale, à la recherche d'un fameux 21 septembre. Et cela devient délicat lorsqu'un bout de tissu dépassant légèrement du sable près de la casemate prouve qu'un enfant a été enterré quelques décennies auparavant. Avec ce morceau de chiffon, il tient une piste, mais c'est un chat qui l'aidera à résoudre cette énigme, un Sacré de Birmanie à trois pattes, le chat du boucher. Un chat mais également un dessinateur-médium qui met son don au service de la recherche. Car quelqu'un s'évertue à pratiquer la politique de la terre brûlée en éliminant quelques protagonistes.

 

Tout cela s'expliquera par la découverte de cahiers rédigés depuis des décennies, des cahiers familiaux qui remontent au début du XXe siècle. Et si une partie des événements prend sa naissance durant la Seconde Guerre mondiale, la genèse remonte dans un éclatement familial et dans des esprits perturbés pour des raisons que la raison ignore.

Un roman en deux parties, la première privilégiant les éléments d'enquête puis la seconde qui fournit des éléments de réponse au fur et à mesure que Viloc, policier poète-philosophe-archiviste, décortique les journaux, puis les carnets familiaux, démêlant les imbrications familiales jonchées de coïncidences. Coïncidences qui deviennent logiques lorsque le puzzle est reconstitué.

Ce roman a été distingué au Prix Polar de Cognac 2016 et a reçu le Prix Virtuel du Polar 2016 du site Rayon Polar grâce aux votes des lecteurs, amateurs avertis. Et une visite à ce site riche en chroniques littéraires et cinématographiques est vivement conseillée.

 

Une jeune femme ou une vieille dame ? A vous de jouer.

Une jeune femme ou une vieille dame ? A vous de jouer.

Guy RECHENMANN : A la place de l'autre. Editions Vents Salés. Parution le 13 mai 2016. 286 pages. 19,50€.

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 13:32

Sur cette terre, ma seule joie, mon seul bonheur
C'est mon homme
.

Max OBIONE : Gun.

Gérard est un petit maquereau sans grande envergure, n’ayant qu’une gagneuse, qui est en même temps sa copine. Ginette.

Elle est chouette Ginette, mais elle commence à se faire vieille.

Aussi, lorsqu’une jeunette en provenance des pays de l’Est lui propose de compléter et rajeunir son effectif, Gérard n’y voit aucun inconvénient, Ginette non plus d’ailleurs.

Azhor attire de nombreux clients sur le parking, des routiers sympas, qui n’ont pas peur à la dépense. Elle incite Gérard à embaucher ses copines, mais dans la vie il ne faut pas transformer sa petite entreprise en multinationale, le revers de la médaille se profile rapidement.

Dans cette nouvelle, Max Obione prend son style bourru et attendrissant, façon langue verte des julots d'antan.

Mais comme pour tout, l'économie de marché, le capitalisme sauvage, la mondialisation, la délocalisation du pain-de-fesses vers les pays demandeurs de chairs blondes et originaires des pays de l'Europe de l'Est, le rajeunissement de la "main" d'œuvre, perturbent les petites entreprises qui comme la grenouille veulent devenir plus grosse que le bœuf. Et dans ces cas là il vaut lieux être taureau que bœuf !

 

 

Première édition : éditions Krakoen. Collection Petits Noirs. Parution janvier 2012. 20 pages.

Première édition : éditions Krakoen. Collection Petits Noirs. Parution janvier 2012. 20 pages.

Max OBIONE : Gun. Collection Noire Sœur. Editions SKA. Version numérique. Parution mai 2017. 2,99€.

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 13:06

C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme...

Guillaume LEFEBVRE : Les mystères du Cambria.

Le cargo chimiquier Cambria attend au mouillage au large du Havre qu'un pilote du port l'amène jusqu'à son quai d'accostage. Mais lorsque la pilotine s'approche du bord du bâtiment, le pilote constate que malgré quelques lumières, rien ne bouge à bord. Comme si le navire était désert. Si, une silhouette ensanglantée fait des gestes, et malgré les injonctions plonge à la mer. Il est récupéré in extremis mais décède de ses blessures arrivé au port.

Le Cambria ne peut rester ainsi coincé à quai et le capitaine Armand Verrotier est nommé à son bord, tandis qu'une société d'intérim, spécialisée dans le recrutement d'officiers, d'hommes de maintenance et de marins est chargée de compléter l'équipage. Mais le Cambria ne peut repartir ainsi, car il faut d'abord procéder au déchargement de la cargaison, de l'hydroxyde de sodium, et des traces de sang ont été découvertes, le canot de sauvetage n'est plus à son emplacement, un corps est découvert sur la plage non loin, et surtout des corps en décomposition sont retrouvés dans une soute de réserve.

Et comme Armand Verrotier connait son métier, il consulte l'enregistreur de données de voyage et il apparait que des marins se sont enfouis à bord du canot de sauvetage. Selon ses calculs, les hommes, des membres Africains de l'équipage ont dû s'échouer du côté de Courseulles-sur-Mer. Et un appel téléphonique provenant de l'extérieur est également enregistré.

La jeune mais caractérielle inspectrice Camille de la Richardais, est chargée de l'enquête concernant le corps découvert sur l'estran puis de ceux aux trois-quarts rongés par l'acide. Au début les rapports entre Verrotier et Camille de la Richardais sont comme les vagues qui secouent la mer en ce mois de décembre, houleuses. Si elle demande l'aide de Verrotier, c'est uniquement pour compléter les informations dont elle dispose, mais elle n'accepte pas qu'il s'immisce dans son enquête. Ce qui n'est ni du goût du capitaine, ni dans son caractère. Et les incidents dont ils sont, séparément plus ou moins victimes, affectent leur relation.

L'appel téléphonique émanait d'une certaine Valériane Neige, artiste-peintre, qui est convoquée au commissariat. Elle prétend avoir prêté son portable à un jeune homme dans le train qui les emmenait d'Anvers à Paris puis au Havre. Elle est ravissante, séductrice, mais il se pourrait qu'elle endorme la méfiance de ses interlocuteurs, tout comme la plante dont elle porte le nom favorise le sommeil.

Mais pour la compagnie maritime et les affréteurs, la perte de temps leur coûte cher et il faut penser à repartir vers d'autres voyages, alors direction Anvers et autres destinations dont la Suède, mais Armand Verrotier, et son navire sont victimes d'actes de sabotages, qui le mettent personnellement en cause. Il va se retrouver en compagnie de Camille de la Richardais à Anvers, et Valériane Neige semble se trouver à plusieurs reprises sur leur chemin, comme par hasard, ainsi qu'un individu à tête d'oiseau, mais oiseau de mauvais augure.

 

Roman à l'intrigue habilement menée et qui débouche sur un épilogue inattendu, Les mystères du Cambria est également un docu-fiction intéressant sur la vie maritime, le travail à bord des cargos et les différentes fonctions des membres de l'équipage, mais surtout sur les procédés parfois douteux des affréteurs et des compagnies maritimes. Ce qui donne une histoire parfois un peu technique mais jamais ennuyeuse.

En passant, l'auteur met l'accent sur la sagesse des Africains ainsi que sur le poids des traditions, ce qui amène certains d'entre eux à penser à des sortilèges frappant le navire.

Guillaume Lefebvre est capitaine de première classe de navigation maritime et de par sa profession il est à même de pouvoir décrire certaines pratiques, narrer des épisodes qu'il a subi et des personnages qu'il a connu, ce qui offre une authenticité réelle à tout ce qui entoure l'intrigue. Toutefois, j'ai ressenti une petite frustration concernant Camille de la Richardais, car l'une des péripéties qu'elle endure n'est pas expliquée. Sa vie familiale est passée sous silence, et il est vrai que cela importe peu pour le déroulement de l'histoire, pourtant quelques éclaircissements auraient été bienvenus.

L'épilogue est assez réfrigérant, pour ne pas dire glacial.

Guillaume LEFEBVRE : Les mystères du Cambria. Collection Polars en nord N°236. Editions Ravet-Anceau. Parution le 29 juin 2017. 264 pages. 14,00€.

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 08:42

François Angelier aime les Mauvais genres....

ANGELIER : Le Templier.

Le grand frisson, ce n’est pas fatalement la palpitation ressentie en compagnie d’une personne du sexe opposé (merci Guy Béart), mais celui aussi éprouvé à la lecture d’un livre, pas forcément érotique, qui procure ce dressement du poil sur la peau par l’ambiance, l’atmosphère qui s’en dégage.

Ainsi certains romans où l’angoisse prime, nourrissant cette appétence de peur qui dès notre plus jeune enfance se déclare, par le truchement des contes et légendes narrées par nos parents ou lu dans des versions édulcorées, qui vont du Petit Chaperon Rouge au Chat Botté en passant par bon nombre d'historiettes qui aujourd’hui font sourire.

 

L’abbé Valério Mazetti occupe au Vatican une fonction reposante en diable (zut, ça m’a échappé !). Il officie au bureau de presse et navigue au milieu de dossiers, d’articles, de paperasses à ranger. Bref pas de quoi se fouler les méninges et par là même se garder d’agréables moments de loisirs pour satisfaire une passion honnête, la peinture animalière.

Il est dérangé dans son antre par un appel téléphonique pour le moins curieux émanant du père Gorz, surnommé le porte-flingue de Sa Sainteté. Valério doit transmettre un dossier hyper confidentiel à Paris à un homme surnommé Le Templier qui est chargé de résoudre des affaires particulières et énigmatiques en relation avec la religion et pour ce faire il est assisté d’un nain, spécialiste d’informatique, et d’une sœur dont la particularité est d’expier les fautes d’autrui en se flagellant et dotée de pouvoirs supra normaux.

Berthe, une vieille fille, alors qu’elle passait quelques jours de vacances en baie de Somme, a cru voir, d’ailleurs elle en est persuadée, son neveu Loïc, décédé des années plus tôt lors d’une chute en montagne, jouer sur une île proche du rivage en compagnie d’autres personnes dont les activités sont immuables : taper dans un ballon, construire des châteaux de sable détruits par la marée et reconstruits inlassablement, et autres fariboles. Un autre couple a eu la même vision, pourtant, pour les yeux du Templier et de ses compagnons, qui se rendent sur place, cette île est déserte.

Toutefois l’endroit est malsain. La gare semble abandonnée, le seul hôtel du pays est désert, ce qui est normal pour la saison, mais délabré et à la construction bizarroïde, un couvent de religieuses jette sur le pays une aura de maléfice et draine les rumeurs suspicieuses. Et puis, Berthe, désirant rejoindre l’îlot, a été mordue par une murène capucine, une bestiole qui a disparu des continents sous-marins depuis des siècles. Or la reproduction de ce poisson prédateur est affichée dans les chambres.

 

Avec ce roman François Angelier nous plonge dans une atmosphère de fantastique, d’épouvante, d’angoisse, d’épouvante, sévissant dans un monde occulte régi par la religion et la terreur, où l’horreur va crescendo. Frissons garantis pour ce premier ouvrage qui devrait être le premier d’une longue série consacrée au Templier, du moins je l’espère, les affaires que celui-ci devrait être à même de résoudre ne manquant pas. Le Templier a reçu le Prix du Roman Fantastique du festival de Gérardmer, Fantastic’arts, ce qui est fort mérité, nonobstant que je ne connais pas les autres manuscrits qui étaient en lice.

ANGELIER : Le Templier. Collection moyen format. Editions du Masque. Parution 24 janvier 2001. 234 pages.

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 08:47

Des ombres en pleine lumière...

Marie DEVOIS : Turner et ses ombres.

Se réveiller dans une pièce dépouillée, aux murs blancs, avec comme décoration un crucifix, et subir en boucle la chanson Hailstones des Tigers Lillies, ne plus se souvenir comment elle est arrivée là, voilà de quoi désemparer Camille Magnin, venue à Londres pour quelques jours, sur l'instigation de son mari, Paul, commandant de police à Quimper.

Elle ne porte sur elle qu'un tee-shirt, on lui a ôté ses vêtements, et pour manger elle a droit à un plateau garni que vient lui servir une espèce de scaphandrier. Homme ou femme le scaphandrier mutique ? Et cette musique lancinante qui lui martèle le crâne, alors qu'auparavant elle l'appréciait.

Peu à peu les souvenirs remontent à la surface. Non, elle n'est pas amnésique, juste les quelques instants, minutes ou heures qui ont précédé son enlèvement lui échappent. Elle se souvient qu'elle était venue à Londres visiter, entre autres, la Tate Britain, et s'imprégner des œuvres de Joseph Mallord William Turner exposées dans la Clore Gallery. Des peintures postimpressionnistes impressionnantes.

 

Pendant ce temps, à Quimper, Paul Magnon s'inquiète. Cela fait deux jours maintenant qu'il n'a pas eu de nouvelles de sa femme, alors qu'au début de son séjour elle fui téléphonait régulièrement. Il en informe un de ses collègues britanniques, le superintendant John Adams, dont il a fait la connaissance lors d'un séminaire et avec lequel il est resté en relations. Le policier promet de s'impliquer dans la recherche de Camille, en compagnie de son adjoint, mais une autre affaire requiert ses services.

Une nappe rouge s'étend sur la Tamise, à proximité de la Tate Britain, ressemblant à un écoulement de sang, et des passants ont entendu une musique provenant de nulle part. Puis c'est une installation au goût douteux découverte par des gardiens et dont la signification leur échappe qui s'offre à leurs regards. Et un tableau de Turner est subtilisé, La dixième plaie d'Egypte.

Marie DEVOIS : Turner et ses ombres.

Quel rapport existe-t-il entre ces événements pour le moins anachroniques et quel lien avec l'enlèvement de Camille peuvent-ils se rattacher ?

Autant de questions que se posent Paul Magnin et John Adams, d'autant que des interrogations légitimes se forgent dans leur cerveau. Et dans celui de Camille qui va être libérée, lâchée dans la nature.

Des doutes mettent en cause l'intégrité du couple. Paul serait-il à l'origine de cette captivité puisqu'à priori il est le seul à connaître la passion de Camille pour les Tiger Lillies ? Ce n'est que l'une des suppositions qui traversent les esprits, mais d'autres surgissent nuisant aux relations entre toutes ces personnes et à la bonne résolution de l'enquête.

 

Si dans la première partie de l'histoire, et surtout avec les images de la Tamise ensanglantée et autres événements incompréhensibles pour les enquêteurs, plane un petit air d'intrigue à la Fantômas et autres feuilletons du début du XXe siècle qui empruntaient au sensationnel, la seconde partie est plus tournée vers le roman à suspense additionné d'une réflexion sur le rôle du mécénat et ses imbrications hypothétiques en ce qui concerne leurs motivations, de même que sur celui de certains journalistes.

 

La Clore Gallery

La Clore Gallery

Marie DEVOIS : Turner et ses ombres. Collection ArtNoir. Editions Cohen & Cohen. Parution le 24 mai 2017. 282 pages. 21,00€.

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 10:02

Le personnage de Sherlock Holmes est l'arbre qui cache la forêt luxuriante que constitue l'œuvre littéraire d'Arthur Conan Doyle.

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu.

Sherlock Holmes a phagocyté aussi bien son créateur que l'œuvre entière de Sir Arthur Conan Doyle, ne laissant que quelques bribes émerger de temps à autres. Bien sûr des rééditions du Brigadier Gérard, de La Grande Ombre, Le Monde perdu et quelques autres, sont programmées chez différents éditeurs et surtout en version numérique, mais le choix est assez succinct dans l'ensemble.

Alors retrouver des textes quasi inédits, la première publication datant de 1911 pour le recueil Du Mystérieux au tragique, et de 1912 pour celui de La main brune, chez Pierre Lafitte dans la collection Idéal-Bibliothèque, ne pourra que réjouir tous ceux qui aiment Conan Doyle et désirent lire autre chose que les écrits de Watson consacrés à son ami détective.

Ces Contes autour du feu auraient pu être intitulés Contes au coin du feu comme l'avait suggéré l'auteur dans son avant-propos :

[Ces contes ] qui sont collectés dans le présent recueil ressortissent au grotesque et au terrifiant - des contes à lire "au coin du feu" par une nuit d'hiver. Telle serait à mes yeux l'atmosphère idéale pour de semblables récits, si un auteur pouvait choisir le lieu et l'heure pour les raconter comme un artiste choisit l'éclairage et l'emplacement pour exposer ses tableaux.

 

Il n'est pas besoin d'attendre les longues heures d'hiver pour déguster ces contes publié entre 1892 et 1908, la majorité toutefois l'étant durant l'année 1898, et qui procurent effroi, peur, terreur, suspense, angoisse, avec un brin de fantastique pour certains. Et même parfois l'ombre de Sherlock se profile lors d'un conte d'énigme et de suspense. Sans oublier des technologies qui semblent de nos jours dépassées mais qui pour l'époque étaient une véritable révolution et offraient ce parfum de mystère indispensable pour fournir une ambiance de surnaturel.

Souvent des médecins sont soit personnages principaux, soit des faire-valoir intéressants, l'auteur n'oubliant pas que lui-même fut médecin et que ses débuts furent difficiles, la clientèle ne se pressant pas à sa porte. C'est un peu le sort réservé au narrateur de Le Chasseur de scarabées, mais un médecin dont l'exercice de son art répugne et qui préfère la science et plus particulièrement la zoologie. Et c'est ainsi que lisant par désœuvrement une petite annonce, le docteur Hamilton est recruté par Lord Linchmère démontrant qu'il connait l'entomologie, les coléoptères. C'est une condition sine qua none, mais le travail pour lequel il embauché est quand même un peu spécial.

L'entonnoir de cuir joue sur le registre du fantastique et aborde le spiritisme. Un ami du narrateur vit à Paris, et précisément avenue de Wagram à Paris, et la description de la maison est celle du grand-oncle paternel et parrain de Conan Doyle (Une précision apportée par Thierry Gilibert dans son admirable préface). Or cet ami chez qui le narrateur est convié à passer la nuit est féru de livres et d'objets rares possédant une histoire, de préférence une histoire digne d'être contée. Il se targue d'avoir acquis récemment un entonnoir qui date de Louis XIV et qui aurait pu appartenir à Nicolas de la Reynie. Nul besoin de préciser que le visiteur est intrigué et durant la nuit, il va être la proie d'un rêve étrange.

L'homme aux six montres aurait pu être une enquête de suspense et d'énigme au cours de laquelle Sherlock Holmes se serait à nouveau illustré. Mais lors de sa parution le célèbre détective barbotait encore dans les eaux suisses. Un homme est retrouvé mort dans un compartiment de première classe réservé aux fumeurs. Un couple s'installe dans le compartiment voisin, ne désirant pas voyager avec un individu s'attaquant les poumons au cigare. Lorsque le train arrive en gare environ un heure et demie plus tard, l'attention des cheminot est attirée par le fait qu'une portière est ouverte. Nulle trace des trois voyageurs. Mais un cadavre est à genoux, atteint d'une balle en plein cœur dans le compartiment du couple. Un véritable tour de passe-passe qui trouvera sa solution dans un courrier adressé à un expert en criminologie qui avait enquêté cinq ans auparavant. Mais Arthur Conan Doyle aborde, ce qui était innovant pour cette époque prude, le sujet de l'homosexualité, en deux ou trois lignes, sans ostentation, comme ça par hasard. Mais qui constitue le ressort même de l'intrigue.

Histoire de train également avec Le train perdu. Comme son titre l'indique, un train spécial affrété par un homme d'affaires s'évanouit entre deux gares. Le principe est simple, ne souffre d'aucune mystification, mais il fallait y penser, à cette époque.

Dans Le Docteur noir, l'affaire se déroule dans un petit village des Midlands, province où naquit un homme de théâtre du nom de Shakespeare, peut-être en avez-vous entendu parler. Mais ce n'est pas de lui que nous entretient Conan Doyle, mais d'un médecin qui vient de s'installer dans la contrée, et qui malgré son teint basané et son origine inconnue est accepté par ses concitoyens. Le seul reproche qu'ils peuvent avoir à son encontre est de rester célibataire. Or justement il vient de trouver chaussure à son pied et des fiançailles sont programmées. Mais pour une raison inconnue le docteur rompt et il est peu de temps après découvert mort dans son bureau. Cette histoire emprunte à une situation qui sera beaucoup exploitée par la suite.

Le thème de La boite de laque pourrait laisser penser à un conte fantastique. Une voix féminine s'échappe de la pièce dans laquelle un veuf se réfugie quotidiennement. Plus jeune, cet homme qui vit quasiment cloîtré, confiant l'éducation de ses enfants à des précepteurs, brûlait la chandelle par les deux bouts, mais il s'était assagi sous l'influence de sa femme aujourd'hui décédée. Arthur Conan Doyle utilise une technologie nouvelle pour l'époque pour expliquer le phénomène, mais il n'en reste pas moins que l'ambiance est particulièrement poignante.

Enfin, avec Le Pot de caviar, il s'agit d'un épisode de la révolte des Boxers, en Chine au début du XXe siècle. Une petite garnison basée à Ichau, non loin du golfe de Liang-Toung, est assiégée par les troupes chinoises. Cette garnison est composée de chrétiens indigènes et d'ouvriers du chemin de fer sous les ordres d'un officier allemand assisté de quelques civils européens. Alors qu'ils espéraient l'arrivée de soldats devant les délivrer, ils se rendent compte qu'ils sont sous les tirs des Boxers. Les vivres ne vont pas tarder à manquer aussi l'officier propose pour dernier repas un pot de caviar à se partager entre tous les assiégés. Pas d'énigme mais un épilogue tragique pétri de suspense qui pourrait de référer à un épisode napoléonien, celui de Waterloo.

 

Des contes qui pour certains sont véritablement ancrés dans leur temps, qui peuvent sembler désuets de nos jours, mais possèdent le charme des contes anciens dans lesquels primaient l'histoire à chute. Depuis, bon nombre de situations ont été utilisées, pas toujours avec bonheur et rigueur. Certains de ces contes sont simples, sans être simplets, et démontrent de la part de l'auteur une imagination au service du plaisir du lecteur, alternant effroi, suspense, énigme, fantastique, sans forcer la dose, et traités avec élégance et même une certaine dérision, voire autodérision, comme si l'ombre de Sherlock Holmes planait.

Des contes qui peuvent tout autant se lire au coin du feu que sous un parasol.

 

Sommaire :

L'entonnoir de cuir

Le chasseur de scarabées

L'homme aux six montres

Le pot de caviar

La boite de laque

Le docteur noir

En jouant avec le feu

Une pièce de musée

Le train perdu

Retiré des affaires

La chambre scellée

Le chat du Brésil

L'étrange collègue

La main brune

L'île hantée

Le voyage de Jelland

Une visite nocturne

Arthur Conan DOYLE : Contes autour du feu. Traduction de Louis Labat revue et complétée par Jean-Daniel Brèque. Introduction de Thierry Gilibert. Collection Baskerville N°37. Editions Rivière Blanche. Parution juin 2017.

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 14:05

Sans peur et sans reproche ?

Pierre PEVEL : Le Chevalier. Haut-Royaume volume 1.

Si la filiation avec Alexandre Dumas, dans Le Comte de Monte-Cristo par exemple mais pas uniquement puisque le roman La tulipe noire pourrait être évoqué, est indéniable, le souffle épique qui se dégage de cette histoire peut également être un clin d'œil à Michel Zévaco avec la fougue, voire la démesure de la saga épique des Pardaillan ou du Capitan. Si ce n'est dans le fond et la forme, du moins dans l'esprit.

Mais l'origine de ce roman prend également pour thème l'univers de la geste médiévale et des romans de chevalerie, incluant des incursions historiques réelles devenues légendaires.

 

Eté 1544, dans la capitale des duchés de Sarme et Vallence, Lorn Askarian est venu délivré son ami Aldéran, dit plus familièrement Alan, d'un ennemi terrible : le Kesh. Mais kesh, pardon, qu'est-ce que c'est ? Une drogue similaire à l'opium et Alan, fils de roi, y a succombé. Lorn le sort des griffes de cet abrutissement dans lequel le jeune homme est plongé, au fond d'une fumerie, grâce à son ami Enzio, le fils du seigneur de la province, et à la belle Alissia auprès de laquelle il ne peut rester, son devoir l'appelant au Haut-Royaume.

 

Printemps 1547. Cela fait maintenant trois ans que Lorn végète dans les cachots de Dalroth, une forteresse transformée en prison, située sur une île au large de Samarande. Convaincu de trahison, Lorn vient d'être gracié par le Haut-Roi sur les conseils des membres de l'Assemblée d'Ir'kans et à la suite d'un second procès qui a conclu à son innocence et sa libération.

Mais on ne vit pas pendant trois ans enfermé dans un cachot au fond d'une forteresse, à l'écart de tout sauf de l'Obscure qui malmène les organismes, sans compter la malnutrition et les brimades, sans être affecté dans son intégrité. Un des yeux de Lorn a changé de couleur tout en lui apportant une acuité visuelle plus conséquente et sur sa main gauche une sorte d'écusson, un sceau de pierre s'est incrusté. Quant à sa santé physique et mentale, elle est en déclinaison.

Des soldats viennent le chercher à bord d'un galion et le voyage retour vers Samarande s'effectue dans la tempête. Lorn essaie de se suicider, mais Alan, qui est venu le chercher, parvient à juguler sa tentative. Le fils du Haut-Roi explique à son ami qu'il n'a pu le contacter et témoigner de son innocence, étant en cure de désintoxication dans une sorte de couvent.

Dans Samarande, Lorn assiste à une réception au cours de laquelle il est approché par une jeune femme. Seulement, il est victime d'étourdissements, sa main puis son bras étant la proie de l'Obscure. Et des individus mal intentionnés tentent de l'occire.

Puis ses pérégrinations l'emmènent à la Citadelle où demeure le Haut-Roi, vieillard décharné mais ayant encore toute sa lucidité, ou presque. Une bague lui est donnée, avec sur le chaton les emblèmes du royaume, une tête de loup, deux épées croisées surmontées d'une couronne. Un drac blanc, un humain à la peau écailleuse, émissaire de l'Assemblée, lui confie qu'il doit réaliser son Destin. Lorn est envoyé une mission auprès du comte Téogen et ensemble ils vont combattre les Ghelts, qui ont attaqué des villages et emmené des captives. Ce passage, qui s'inscrit justement dans un passage montagneux, dans une faille, que Lorn et ses compagnons doivent emprunter sans émettre de bruit afin de ne pas déranger les vyvornes, espèces de dragons volants, puis combattre les Ghelts, m'a fait penser à Roncevaux.

Puis Lorn doit reconstituer la Garde d'Onyx, petite armée dépendant directement du Haut-Roi, et il va embaucher divers compagnons, dont certains qu'il retrouve avec plaisir, remettre en état une tour dans un quartier pauvre d'Oriale, la capitale du Royaume, et sera en butte contre de nouveaux ennemis. Il devra également se méfier de Célyane, la reine qui gère le royaume, son vieil époux étant défaillant, avec l'aide d'Estévéris, son ministre cauteleux.

En parallèle à ses problèmes personnels, il est conscient que d'autres complications peuvent mettre le Haut-Royaume en difficulté. La cession de l'île d'Angborn, une des Cités franches à Yrgaärd, un état avec lequel les relations sont tendues, se révélant un épineux problème.

 

 

Plein de bruits et de fureurs, les actions se succédant en cascades, laissant peu de place aux descriptions oiseuses et aux introspections psychanalytiques et psychologiques rébarbatives, ce premier volume du Haut-Royaume, consacré à Lorn, le Chevalier, se dévore d'une traite, sans crainte d'indigestion.

Les scènes d'action se succèdent avec toujours en ligne de fond la pensée de Lorn vers son passé et son avenir. Car il se demande qui a pu l'accuser de trahison, et seul le désir de vengeance l'obsède. L'emprise de l'Obscure se manifeste de moins en moins, mais il a acquis une force mentale et physique qui lui permet d'endiguer bon nombre de situations périlleuses. Il pratique l'amour courtois, envers Allissia, qu'il retrouve de temps à autre, et d'une amie de jeunesse. Sa profonde affection envers Alan et Enzio ne se dément pas même lorsque les circonstances ne sont guère favorables et pourraient provoquer des dissensions, voire des ruptures.

Et comme il faut des moments de calme entre deux tempêtes, Lorn retrouve la sérénité en compagnie d'Yssaris, un jeune chat roux qui l'accompagne partout dans ses déplacements.

Un roman épique dans lequel la magie, souvent l'ingrédient principal des œuvres de Fantasy, n'y est guère présente, et seuls, la volonté, le courage, la hardiesse, le pragmatisme, portent Lorn vers son destin. Mais celui-ci sera-t-il contrarié ? Suite au prochain numéro.

 

Pierre PEVEL : Le Chevalier. Haut-Royaume volume 1. Collection Fantasy. Editions Milady. Parution 5 avril 2017. 624 Pages. 3,99€.

Réédition de Bragelonne. Parution le 22 janvier 2014. 528 pages. 22,00€.

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 09:42

Qu'elle est belle ma Bretagne quand elle pleut...

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne.

Les contes et légendes font partie du patrimoine culturel tout comme la cuisine de terroir. Ils sont immuables et pourtant chacun apporte son grain de sel et son savoir-faire.

Si de nos jours, Claude Seignolle s'érige en chantre incontestable des contes et légendes des provinces françaises, il ne faut pas oublier qu'auparavant des glaneurs avaient déjà récolté ces histoires qui se contaient le soir au coin du feu. Au XIXe siècle les colporteurs transportaient les almanachs contenant, outre les marées, les phases de la lune, les jours de marché, et autres renseignements indispensables à la vie quotidienne dans les campagnes, et ces contes, signés ou anonymes, y figuraient en bonne place. Puis des collecteurs prirent le relais ou complétèrent ce qui était déjà présent, en rédigeant des ouvrages qui aujourd'hui nous sont restitués.

Ainsi l'abbé François Cadic, né à Noyal Pontivy dans le Morbihan, le 29 septembre 1864, décédé le 27 juillet 1929 à Saint-Jean-Brévelay, Morbihan, est un écrivain et folkloriste breton. Il enseigne l'histoire dans le collège de Jésuites à Paris, puis occupe en 1897 la chaire d'histoire de l'Institut catholique de Paris et fonde la même année, la Paroisse bretonne de Paris. Il est considéré de nos jours encore comme l'un des meilleurs collecteurs de la tradition orale de la Basse-Bretagne.

 

Ces prolégomènes terminés, passons au contenu de l'ouvrage qui comporte quelques illustrations, des dessins en noir et blanc, et un commentaire explicatif, à la fin de chaque historiette. Deux parties titrées Les puissances inférieures et Les revenants composent ce volume dont la préface est signée de l'auteur.

Justement, cette préface met d'abord en évidence, pour l'auteur, le besoin et le côté utile de glaner ces histoires et de déplorer l'abandon des traditions. Rappelons que cet ouvrage a paru en 1919 avec les commentaires explicatifs, une première édition ayant été réalisée en 1914 et comportant en plus Les puissances supérieures.

La légende s'en va. Notre siècle de sciences positives lui sera mortel. Bientôt de ces fictions merveilleuses qui enchantèrent l'imagination de nos pères et bercèrent la douleur humaine il ne demeurera plus qu'un vague souvenir ou des débris informes. Déjà on a peine à en retrouver quelques dépositaires.

François Cadic faisait montre de pessimisme, et grâce à lui et quelques confrères en écriture, puis de la part d'éditeurs qui exhument ou publient de nouveaux conteurs, les légendes et traditions perdurent, trouvant même parfois un regain de verdeur.

Dans Les puissances inférieures, la part belle est faite au Diable ou au Malin comme il était coutume de l'appeler et de le surnommer Polik ou Guillaume. Il passe un marché, la plupart du temps avec un meunier ou un tailleur, mais ceux-ci parviennent, parfois, à déjouer les pièges et à contrarier son pacte. Et ces puissances inférieures sont les diablotins que le Malin a pêché avec son épuisette et n'ont pas su contrarier son dessein. Et avec les commentaires explicatifs qui suivent chaque légende, légendes situées dans le Pays vannetais et une partie de la Cornouaille, on apprend que les meuniers et les tailleurs représentaient une caste à part, les paysans dépendant d'eux, surtout pour la farine et le pain. Quant aux tailleurs, leurs travaux d'aiguille leur évitaient d'être affligé de mains calleuses.

 

La seconde partie, Les revenants, comme son titre l'indique, est consacrée aux disparus qui ont quelque chose à se reprocher, des indélicatesses commises à l'encontre de leurs voisins, et qui reviennent sur terre, abandonnant pour un temps le purgatoire où ils végètent, pour réparer leurs fautes.

Des paysans qui empiètent sur les lopins de terre de leurs voisins, des religieux qui doivent se faire pardonner une faute quelconque et reviennent afin d'assister le recteur. Mais tous les villageois ne sont pas empreints de catholicisme, et certains empêchent la rémission des péchés.

 

L'une des propriétés remarquables de la Bretagne, ce sont les calvaires qui fleurissent au bord des routes, des carrefours, ou des places. Et en bon prêtre qu'il était, François Cadic ne peut s'empêcher de jeter l'anathème sur les révolutionnaires.

En vain les barbares iconoclastes de la Révolution se sont-ils efforcés de les déraciner, les calvaires ont redressé la tête, plus nombreux que jamais.

 

Si dans l'imaginaire breton l'Ankou, la personnification de la mort, et les korrigans, ou poulpiquets, des lutins farceurs, sont souvent les personnages emblématiques des légendes et contes, François Cadic les évite préférant s'attacher au Diable et ses serviteurs, les diablotins, et aux revenants, car il s'agit bien de mettre en exergue les fautes et de montrer que la pénitence et le pardon peuvent être octroyés même après la mort. Et de fait, le lecteur n'a pas l'impression de lire ou relire des histoires qu'il connait déjà mais de s'immiscer dans un monde parfois onirique et il découvrira une partie de la Bretagne en dehors des ouvrages touristiques convenus.

 

Sommaire :

Préface.

 

Les puissances inférieures.

Le mystère du Blavet

L'étang de Renorche

La ronde des damnés

Le moulin du Ruello

Travail de diables

Le tailleur de Melrand

Le forgeron de Locoyarne

Le cavalier infernal

Les sabots de Noël

 

Les revenants :

Le revenant du Miz du

Bien d'autrui tu ne prendras

A la recherche de la peur

Le moine du Castennec

Le marquis de Pontiez

Le fils du roi de France et le mort

La maison du naufrageur

L'ermite et le damné

François CADIC : Les contes et légendes de Bretagne. Collection Contes et Légendes. Editions Marivole. Parution Mai 2017. 160 pages. 20,00€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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