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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 14:27

Les coquillages et crustacés vides ne sont pas consignés...

Jean HENNEGÉ : Merci pour les fruits de mer.

Ivoire, défense de rire, plus communément appelé Ivy, est un écrivain indépendant, un pigiste, spécialisé dans la rédaction d’articles destinés à des suppléments hebdomadaires féminins d’un quotidien. Produits de beauté pseudo parapharmaceutiques et autres articles supposés rajeunir les femmes d’une quinzaine d’années en dix jours, des rubriques servant de support aux placards publicitaires qui le valent bien.

Ivy vit en solitaire, ou presque. Depuis trois ans un chat s’est imposé à lui, et comme l’auteur n’a guère d’imagination en dehors de la rédaction des textes pour lesquels il est appointé, il l’a appelé Il. Et Il passe la plupart de son temps sur les toits, allant et venant grâce à une ouverture de la salle de bain. Un matin, à peine éveillé, Ivy découvre avec stupeur un doigt dans son lavabo, un trophée qu’Il lui a apporté en gage de reconnaissance.

Au début Ivy est déboussolé, que faire de ce morceau d’os enrobé de muscles et de peau. Un beau doigt pourtant, bien propre, l’ongle net et bien taillé, celui d’un homme, déduction aisée à cause des poils qui parsèment une phalange. Ivy le place dans un pochon puis après moult réflexions décide de se rendre au commissariat le plus proche. Il est accueilli par le lieutenant de police Danielle Battaglini qui ne peut faire autrement que prendre sa déposition et le doigt orphelin. Alors évidemment Danielle, accompagnée de son adjoint, perquisitionne chez l’auteur, réquisitionnant son ordinateur, l’outil de travail, on ne sait jamais des fois que la main serait cachée à l’intérieur, et autres bricoles dont la carte sim du téléphone portable d’Ivy.

Seulement, Il ramène le lendemain le frère jumeau, ou presque, du doigt qu’Ivy s’empresse d’apporter à la policière. Le petit jeu initié par Il continue jusqu’à ce que les cinq doigts soient récupérés et que l’honneur d’Ivy soit sauf et que les soupçons qui pèsent sur lui soient dissipés. Fin du chapitre Complainte digitale.

Dans le chapitre suivant intitulé Bric-à-brac, nous retrouvons quelques mois plus tard Ivy et Danielle qui vivent ensemble, une fois chez l’un une fois chez l’autre, le chat devenu Boris les suivant dans leurs pérégrinations. Une jeune fille, une Anglaise, a disparu, probablement kidnappée, et l’auteur de ce rapt a laissé en évidence dans l’appartement un tiroir avec collé dessus un papier sur lequel est écrit : Où ? Quand ? Comment ? C’est là qu’Ivy va devoir démontrer ses talents d’observateur façon Sherlock Holmes en analysant le contenu du fourbi inhérent à tout tiroir servant de dépotoir. Et ainsi de suite durant cinq chapitres qui peuvent se lire indépendamment comme des nouvelles mais qui s’articuleraient l’une l’autre, reprenant des épisodes antérieurs.

Dans le quatrième chapitre au titre éponyme du roman, nous retrouvons Ivy en fin gourmet, en épicurien même, préparant avec amour un plat de coquillages et crustacés, qu’il va déguster en compagnie avec l’adjoint de Danielle chez celle-ci. Il va jusqu’à faire découvrir la cave que le père de celle-ci a constituée à son invité. Mais est-ce une bonne initiative ?

Le personnage créé par Jean Hennegé, qui narre à la première personne ses aventures ou mésaventures ne manque pas d’intérêt et est même franchement sympathique. Ce n’est pas ce qu’on pourrait appeler un loser ou un être exceptionnel, non tout simplement quelqu’un d’ordinaire pétri de bon sens.

Il nous fait part de ses réflexions, sur tout et rien, il ratiocine, il digresse, ses pensées vagabondent tout comme les nôtres, lorsque nous passons d’un sujet à un autre sans parfois qu’il y ait un rapport pour retourner à l’idée originelle. De petits incidents parsèment son quotidien et il ne peut s’empêcher de vitupérer contre les utilisateurs de téléphone portable qui dégoisent dans la rue à un interlocuteur invisible leur intimité, gênant par là-même les passants honnêtes, et qui se demandent pourquoi ceux-ci les regardent comme s’ils étaient des bêtes fauves lâchées en liberté. Ce sont ceux qui enquiquinent le monde qui se sentent agressés. Mais ce n’est pas le seul exemple de bon sens glissé entre ces pages.

Jean HENNEGÉ : Merci pour les fruits de mer.

Bonus de l'éditeur : Jean Hennegé, bibliothécaire de formation, administrateur culturel d'une association, diabétique, titulaire d'un permis B. Il signe ici son premier polar. Il vit et travaille dans l'Aude, au cœur du pays cathare.

 

Jean HENNEGÉ : Merci pour les fruits de mer. Pascal Galodé éditeurs. Parution le 24 mars 2011. 186 pages. 18,00€.

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 08:24

Bon anniversaire à Lee Dunne, né le 21 décembre 1934.

Lee DUNNE : I.R.A.-cible.

Nommé à la tête de la section Cromwell, du Secret Intelligent Service, Anthony Valentine n'a pas l'intention de tergiverser comme Harry Cain, son prédécesseur, vis à vis des membres de l'IRA responsables des attentats londoniens. Mais à l'inverse de son collègue Scott, il ne veut pas non plus considérer les Irlandais comme des ennemis en puissance.

Un homme qui dit s'appeler Anthony Valentine organise l'évasion de Sonny Gunn, cambrioleur spécialiste en explosifs, et lui propose d'aller en Irlande apprendre aux Provos comment construire des bombes. En échange Gunn doit lui fournir tous renseignements sur les Irlandais infiltrés en Angleterre, leurs objectifs, leurs points de chute. Gunn, dont le séjour en prison commençait à peser et qui ne se voyait pas croupir quatorze ans en tôle, accepte, avec l'arrière pensée de cambrioler un coffre et s'évanouir dans la nature.

Il retrouve à Dublin l'un de ses anciens compagnons qui l'introduit dans les milieux de l'IRA. Seulement il commet une erreur qui s'avère fatale et son cadavre est jeté dans un marais. Steve Gunn, le jumeau de Sonny reçoit une lettre signée de son frère et déposée peu avant la mort de celui-ci, lettre contenant les noms des membres responsables de sa disparition. Steve, habitué à manier les armes de guerre et spécialiste du combat à main nue quitte son emploi de garde-forestier et part pour Dublin. Il décime peu à peu la tête de l'armée révolutionnaire en abattant un à un les membres consignés sur sa liste. Le chauffeur de sa première victime, blessé mais vivant a cru reconnaître Sonny Gunn. Les journaux publient la photo de celui-ci.

Tandis que les Irlandais remontent la piste jusqu'à celui qui a servi d'intermédiaire dans l'évasion de Sonny afin de connaître le nom de l'homme qui a voulu infiltrer l'armée Révolutionnaire, Dobson, responsable de la Brigade de Répression du Grand Banditisme, aimerait lui aussi savoir qui a organisé l'évasion de Sonny Gunn. Toutes les pistes convergent vers Valentine qui se défend d'un tel machiavélisme. Le premier ministre qui pensait pouvoir signer un protocole de paix avec le Sin Fein en vue des prochaines élections le somme de découvrir ce qui se trame derrière cet imbroglio. Valentine en épluchant le dossier de Sonny Gunn apprend que le cambrioleur possédait un frère jumeau et que celui-ci a récemment disparu de la circulation. Une piste qu'il ne néglige pas, sa tête à la section Cromwell étant en jeu.

 

Un roman un peu rocambolesque et à l'épilogue tiré par les cheveux au cours duquel le facteur temps joue un rôle primordial. Une véritable partie d'échecs comme le souligne le découpage du livre en trois parties: Ouverture Irlandaise, Gambit et Echec et Mat, et qui permet de souligner que le processus de paix, ou de guerre, ne dépend parfois que d'un incident isolé. Les raisons sociales et politiques de ce conflit ne sont pas abordées et seules les divergences internes dans chaque camp sont évoquées, les Britanniques espérant tirer les marrons du feu dans un règlement à l'amiable.

Lee DUNNE : I.R.A.-cible.

Citation: Quand on est en guerre avec des guérilleros, des terroristes, des révolutionnaires, on ne remporte pas la victoire en appliquant le règlement à la lettre. Le marquis de Queensburry serait sans défense dans un coupe-gorge.

 

Curiosité: Steve Gunn est un être non violent qui se déchaîne lorsqu'on attente à la vie d'un membre de sa famille. Cet antagonisme se reflète dans son comportement quotidien puisqu'il se balade et accomplit sa vengeance en promenant sa chatte dans la capuche de son duffle-coat.

 

Lee DUNNE : I.R.A.-cible. ( Ringleader - 1980 ) Traduit de l'américain par Michel Deutsch. Série Noire N°1823. Editions Gallimard. Parution 1981.

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 16:47

Une théorie héliocentrique...

Henri LOEVENBRUCK : Le syndrome Copernic.

A 08h08, un 8 août, trois bombes explosent, détruisant une des tours de la Grande Arche de la Défense.

Atteint de schizophrénie paranoïde aiguë, Vigo Ravel se rend à son rendez-vous habituel avec son psychiatre, le docteur Guillaume, dont le cabinet est situé au 44e étage. Au moment de monter dans l’ascenseur, des voix se manifestent dans sa tête. Il souffre d’hallucinations auditives verbales et ce qu’il entend l’incite à prendre ses jambes à son cou. Unique rescapé de la catastrophe, il s’enfuit et se cloître chez lui.

Ses parents sont absents, en vacances, et hébété il tente de comprendre, anéanti devant le téléviseur. Il ne retourne pas travailler à la société Feuerberg, un emploi que lui avait procuré son psychiatre. En réalité il se rend compte qu’il vivait en marge de ses parents, et qu’il est atteint d’amnésie depuis des années. Il a 36 ans et ne sait rien de sa jeunesse, de son adolescence.

Il décide de jeter ses médicaments et retourne sur les lieux du drame, il se heurte à un mur. Le cabinet Mater et le docteur Guillaume n’existent pas. La tour est la propriété d’une société, la SEAM, d’armement laquelle est chapeautée par une autre société complexe la Dermod. Des hommes le pourchassent et lorsqu’il rentre chez lui, tout est dévalisé. Il se réfugie dans un hôtel puis décide de consulter une psychologue afin de savoir s’il est réellement malade de schizophrénie. Il fait la connaissance d’une jeune femme Agnès, atteinte d’une déprime passagère. Il reçoit un message énigmatique d’un dénommé SpHiNx, lui déclarant que non seulement il ne s’appelle pas Vigo Ravel et qu’il n’est pas malade, mais de plus il doit trouver le Protocole 88.

Les événements s’enchaînent. Prévenu par SpHiNx, une sorte de hacker, il quitte précipitamment son hôtel et se réfugie chez Agnès. La jeune femme est flic, ce qui lui permet de se procurer des informations précieuses, et vit mal sa séparation conjugale. et l’appartement de la jeune femme est perquisitionné. La société Feuerberg n’existe plus, ses parents ne sont pas ses parents. Ravel se met alors à accomplir des actes qu’il ne pensait pas pouvoir réaliser, comme conduire une voiture, se défendre au corps à corps, courir comme un dératé.

Un individu nommé Gérard Reynald, soupçonné d’être l’auteur de l’attentat est arrêté et Ravel tente de contacter son avocat. Celui-ci accepte de le rencontrer mais au lieu de rendez-vous c’est une tierce personne qui l’accueille dans un nouveau piège auquel Vigo échappe. Agnès doit partir et Vigo se retrouve seul avec cependant une piste. Un lieu de résidence de Reynald à Nice.

 

Le syndrome Copernic flirte entre thriller, politique-fiction et fantastique tant l’atmosphère induite dans ce roman par Henri Loevenbruck place le lecteur dans un état de tension, de peur, d’angoisse, autant par les avatars subis par le héros que par les faits décrits.

On se prend à se demander où réside la part d’imagination de l’auteur, où la réalité peut dépasser la fiction, la précéder, peut-être empiéter sur des machinations déjà existantes mais ignorées car dissimulées par des secrets monstrueux. Et le propre d’un roman réussi c’est justement ce pouvoir faire croire au lecteur que ce qu’il lit s’est réellement passé, va se dérouler, que toute la machine patiemment élaborée est prête à broyer inexorablement.

Heureusement Henri Loevenbruck nous délivre un épilogue qui se révèle moral, et peut entretenir des espoirs dans l’esprit d’entreprise de Robin des Bois modernes contre les agissements d’illuminés. Mais c’est parfois lorsqu’il est trop tard que l’on s’aperçoit des déviances. Henri Loevenbruck avait placé la barre très haut, il a réussi son pari avec brio. On retrouvera aussi dans ce roman une des passions de l’auteur, juste en filigrane, le loup. Le héros en effet arbore le tatouage d’un loup et son surnom dans une vie antérieure était Luppo, le loup.

Henri LOEVENBRUCK : Le syndrome Copernic. Première édition Flammarion 2007. Réédition J’ai Lu 8550. Parution 18 janvier 2008. 512 pages. 8,00€.

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 13:23

Sur les traces de Simenon...

Dominique DELAHAYE : L'année des fers chauds.

Franchement, Gabriel Lecouvreur, plus connu sous le surnom du Poulpe, traverse une période en dents de scie avec sa copine Cheryl, coiffeuse de son état. Elle est une fois de plus signalée aux abonnés absents, afin de parfaire son éducation capillaire.

Elle est à Liège sur l'invitation d'un vague cousin qui lui a indiqué l'adresse d'un confrère qui dispose d'un stock de produits rétro (certains journalistes surtout dans les magazines féminins préfèrent employer des anglicismes oubliant qu'il existe l'équivalent en français de vintage). Cela dure un peu trop longtemps pense le Poulpe qui se dit qu'il ne faudrait pas pousser le bouchon trop loin.

Gabriel reçoit une enveloppe contenant une carte postale ainsi qu'une coupure de journal, attention tout à fait honorable de la part de sa maîtresse. Et outre les mots doux de rigueur, elle lui signale qu'un meurtre a été perpétré dans la cité wallonne et qu'éventuellement cela pourrait l'intéresser, connaissant son faible pour la bière.

Christian Fischer, l'homicidé, était un gars tranquille, marié, père de deux enfants, travaillant dans la sidérurgie. Mais son emploi précaire, débouchant sur un licenciement possible, l'avait amené à trouver d'autres occupations. Il faut bien rembourser les traites de la maison, et son entreprise métallurgique, Arcelor Mittal pour ne pas la nommer, préfère engranger les subventions et mettre les ouvriers à la porte. Donc, il s'était associé avec Lounès, un copain qui lui travaille dans les travaux publics et possède une camionnette, et les deux hommes ramassaient les encombrants, vidaient les greniers, revendaient, du gagne-petit. C'est ce que lui apprend Cheryl lorsqu'ils dînent ensemble avant qu'elle reparte pour Paris.

Gabriel assiste à l'enterrement de Fischer, une mise en bière au cours de laquelle il lie connaissance avec le fameux Lounès, mais il remarque un personnage qui assiste de loin aux funérailles. L'homme ne se cache pas mais ne cherche pas non plus à se faire remarquer, malgré ses cheveux longs et son keffieh.

En compagnie de Julien, un jeune dont il a fait la connaissance dans le train, lui payant son billet afin de ne pas mettre le contrôleur en rogne; de Christelle qu'il a rencontrée dans la rue et avec qui il a sympathisé parce qu'elle promenait son chien Buck, référence à Jack London, en toute décontraction étant spécialiste en art martial, ce qui refroidit les ardeurs des dragueurs; et après avoir rendu visite à la veuve de Fisher, notre Poulpe entame son enquête. Seul problème Lounès est devenu invisible. Une disparition inexplicable.

Les questions concernant le meurtrier fusent dans le crâne du Poulpe malgré les différentes bières qu'il ingurgite. Soit c'est son engagement syndical, cette fibre familiale que l'avait conduit à travailler dans les hauts fourneaux, comme son père et son grand-père auparavant, soit ce sont des brocanteurs qui n'appréciaient pas cette concurrence déloyale. Ou d'autres raisons qu'il lui faut découvrir. Muni d'une liste qu'avait établie Fischer, qui n'allait pas à la pêche pour rien, Lecouvreur sillonne Liège et surtout ses environs non sans se faire repérer.

Dans ce roman, sur lequel plane l'ombre de Simenon, le titre en lui-même est déjà une référence, Dominique Delahaye ne se contente pas de raconter une histoire belge. Simenon est toujours présent, ne serait-ce que par les romans évoqués, par les lieux dont la célèbre église de Saint-Pholien et surtout de son pendu, quelques anecdotes ou les bières enfilées avec plaisir. Le Poulpe parcourt la région avec en tête le Charretier de la Providence. De même l'eau est omniprésente, la pluie, la Meuse, les bateaux, un thème cher à Dominique Delahaye.

Mais les événements politiques et sociaux prennent une grande place dans ce récit. Par exemple la dialectique employée par des tribuns engagés dans des groupuscules dont la fonction première est la déstabilisation de l'opinion publique et des revendications ouvrières.

Cette semaine, on met le paquet sur les syndicats. L'idée, c'est de montrer aux jeunes que les syndicats sont surtout des officines politiques et qu'avec leurs revendications complètement irréalistes, ils contribuent à décourager la création d'entreprises et donc d'emploi en Belgique. Finalement, ce qu'il faut faire comprendre c'est leur responsabilité directe dans le développement du chômage. Il faut prendre l'exemple de la Grèce et montrer où mène cette dictature des syndicats !

Comme quoi un épisode du Poulpe n'est jamais futile et peut faire réfléchir, si l'on lit entre les lignes !

Dominique DELAHAYE : L'année des fers chauds. Le Poulpe N° 285. Editions Baleine. Parution Avril 2014. 184 pages. 9,50€.

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 13:16

Âmes sensibles ? Ne pas s'abstenir...

Pierre SINIAC : Les âmes sensibles.

Pierre Siniac, le créateur de l'horrible Luj Inferman, le romancier des Morfalous, de Aime le Maudit, de Femmes blafardes et autres romans aussi jubilatoires que spécifiques, Pierre Siniac était un auteur sortant des sentiers battus. Avec ce recueil composé de cinq nouvelles il s'était replongé dans le domaine où il était devenu grand-maître, orfèvre en la matière, celui de la nouvelle, pour le plus grand plaisir de ceux qui considèrent ce genre périlleux plus difficile et plus intéressant, plus révélateur du talent d'un écrivain que le genre romanesque.

Les Âmes sensibles est donc un recueil de cinq nouvelles dans lesquelles le pathétique et la dérision, l'humour noir et le macabre, reflètent le caractère omniprésent de ses œuvres. Nul mieux que Jean-Pierre Deloux n'a su expliquer l'univers morbide, à l'humour explosif, de cet auteur à part, dans le numéro 14 de la revue Polar première formule. Cette croisée des destins lui permet de revenir sur certains de ses fils rouges favoris; ainsi peut-il, à loisir, tenter de nouvelles variations sur l'abjection, le dérisoire, la fatalité, l'enchainement des causes et des effets, la logique de ce qu'il est convenu d'appeler le hasard, l'absurde, et nous faire ricaner douloureusement à l'affligeant spectacle des vicissitudes humaines.

Le caractère désespéré et la cruauté du regard de l'auteur ne se sont point affaiblis au fil du temps. Dans Les âmes sensibles, nouvelle éponyme du recueil, Pierre Siniac met en avant la crédulité, la naïveté des spectateurs mais également leur versatilité. En 1850, les bourgeois comme le petit peuple se délectent au spectacle, aux représentations grandguignolesques sur le Boulevard du Crime, de pièces de théâtre mettant en scène des assassins pervers, meurtriers de petits enfants. Mais Lenôtre, comédien principal de ces drames, joue trop bien, de manière trop réaliste. Le poulailler s'enflamme, vitupère, le prend à partie, n'étant plus capable de faire la différence entre la réalité et la projection scénique.

Dans Le Supporter Pierre Siniac raconte à sa façon ce qui est devenu malheureusement une mode : les incidents sur les stades et les scènes de désolations qui s'ensuivent, dues à de prétendus supporters qui se vengent en cassant tout sur leur passage lorsque leur équipe a perdu. Mais Siniac ne se contente pas de jeter un regard désabusé devant cette violence, il l'enrobe dans une autre histoire, et c'est là qu'intervient son sens de la dérision.

Tout comme dans L'enfer vous remercie de votre visite, nouvelle dans laquelle le héros, un ex-ferrailleur reconverti dans les assurances, découvre parmi les squelettes disséminés sur le parcours d'un train fantôme d'une minable fête foraine, le visage ensanglanté de son ami qu'il a assassiné deux ans auparavant.

Un corbeau qui ne perd pas ses plumes est démonique à souhait. Alors qu'une petite ville de province dans les années trente vivote paisiblement, un corbeau sème sur la place du marché de petits faire-part de deuil, dénonçant les exactions, crimes et compromissions de ses concitoyens.

Enfin, dans Madame est servie, le lecteur apprendra qu'il ne faut pas toujours s'occuper de la vie de ses voisins et tenter de s'immiscer dans leur intimité.

Avec Les âmes sensibles, Pierre Siniac signait en 1991 son grand retour après quelques années sabbatiques éditoriales.

Pierre SINIAC : Les âmes sensibles. Collection Sueurs Froides, éditions Denoël. Parution octobre 1991. 224 pages.

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 14:18

La malbouffe américaine n'est réservée qu'aux touristes étrangers, ou presque...

Nausica ZABALLOS: Mythes et gastronomie de l'Ouest américain : sur la route !

Cet ouvrage est né en partie à cause d'une constatation de l'auteur alors qu'elle est attablée dans un restaurant de la route 66 à Flagstaff dans le nord de l'Arizona.

Un car de touristes français sillonnant la région se gare sur le parking et alors qu'au menu sont affichés des plats traditionnels et familiaux hérités d'une culture mexicaine et navajo, c'est plat unique réservé par le voyagiste pour tous ces affamés : hamburger frites. Et tous de s'extasier sur ce plat typique américain. Malheureusement ces dévoreurs d'un sandwich né en Allemagne, d'où le nom de Hamburger provenant de la ville de Hambourg, sont passés à côté d'une véritable gastronomie telle que l'auteur a pu la déguster au cours de son périple et qu'elle nous offre dans ce livre.

Mais il ne faut pas croire que Nausica Zaballos ne s'intéresse qu'à la cuisine locale, ce serait réducteur (même si la propension à prendre du poids est manifeste vu la richesse des recettes) elle nous propose de partager son excursion loin des chemins battus et de découvrir les états de l'ouest états-uniens. Une promenade touristique certes, mais également ethnologique, géographique, géopolitique, historique, artistique, culturelle, fourmillant d'anecdotes savoureuses, intéressantes, instructives, didactiques, enrichissantes, le tout illustré par des photos signées de l'auteur.

Ainsi dans le chapitre 4 consacré au Nevada pluriethnique, un petit encart nous donne la signification du mot Bonanza et immédiatement l'on pense à la célèbre série télévisée éponyme dans laquelle Michael Landon jouait le rôle d'un des trois fils. Une série qui fut un véritable filon, diffusée durant quatorze saisons sur la chaine NBC, et dont le titre se trouvait alors justifié, Bonanza étant une expression utilisée par les mineurs pour désigner une veine riche en minerai.

Le départ s'effectue de Las Vegas, la capitale du jeu, mais sous les ors de la cité que se cache-t-il vraiment ? Nausica Zaballos nous narre l'expansion historique de cette cité qui vit du tourisme, des mines d'argent ainsi que de l'industrie de l'armement militaire, trois industries qui ont marqué le Nevada et ses alentours. Les propriétaires de casinos perpètrent une petite guerre pacifique (?) en faisant preuve de créativité et en proposant aux chalands toujours plus d'activités ludiques et gustatives. Dans ce chapitre, tout comme dans la totalité du livre, de nombreux encadrés complètent et diversifient le texte principal. Ainsi un articulet est consacré aux précurseurs de la magie, ceux qui ont inspiré David Copperfield, cet illusionniste aux shows démesurés. Un autre décrit le chuck-wagon, moyen de transport fort utile dans la Prairie et qui servait à l'intendance. Enfin, référence est faite à Billy The Kid, lequel fit beaucoup pour la renommée de Las Vegas, petite ville du Nouveau-Mexique (A ce propos : lecture conseillée du roman de Laurent Whale : Goodbye Billy). Et pour ne pas rester sur sa faim le lecteur pourra déguster quelques recettes fournies par l'auteur : Crevettes en chemise, Foie de veau au bacon, Boulettes de bœuf à la sauce tomate maison, Travers de porc à la sauce Bourbon. Nous sommes loin des hamburgers qui sont aux Etats-Unis ce que la Pizza est à l'Italie, c'est-à-dire réducteurs de la représentation de la gastronomie locale.

Si Las Vegas est la capitale des mariages éclairs, il fallait bien une contrepartie. Non loin de là se trouve Reno, la capitale des divorces éclairs. Ou presque, puisqu'il faut toutefois répondre à l'obligation de justifier une résidence dans cette cité depuis au moins six mois. Le temps peut-être pour réfléchir aux conséquences. Surtout pour les épouses de magnats, lasses de cohabiter avec un mari volage mais qui ne pourraient plus bénéficier de ses largesses financières. Et Nausica Zaballos nous invite à confectionner le Gâteau blanc qui a été servi au mariage de Lisa-Marie Beaulieu et d'Elvis Presley et à le déguster tout en côtoyant les couples célèbres qui se sont unis à Las Vegas.

Le chapitre suivant est intitulé Mafieux mythiques et casinos fantômes. Et justement on y retrouve le fantôme de Frank Sinatra, figure, et voix, incontournable de Las Vegas. Mais il n'est pas le seul à avoir imprégné de sa présence la cité des mariages.

Nausica ZABALLOS: Mythes et gastronomie de l'Ouest américain : sur la route !

Enfourchons maintenant un fougueux étalon qui va nous emmener dans le Nevada pluriethnique, à la découverte de Atomic désert qui est situé à quelques kilomètres de Las Vegas, ou encore au barrage Hoover, sur la route 66, jusqu'à Flagstaff puis continuons en empruntant la 89 qui mène jusqu'au parc de Yellowstone, célèbre pour ses fumerolles et ses geysers. (Profitons-en pour lire Piègés dans le Yellowstone et Au bout de la route l'enfer de C.J. Box). Mais la promenade n'est pas terminée, loin s'en faut et comme il faut bien se restaurer, dégustons des beignets d'oignons, un gâteau de viande au cheddar et, pourquoi pas, des galettes au maïs bleu.

Nos héros mythiques, ceux qui ont bercés notre jeunesse, lorsqu'on lisait des bandes dessinées petits formats, souvent des westerns, et qui avaient pour noms Buck Jones, Hopalong Cassidy ou encore Kit Carson n'ont pas toujours vécus la vie aventureuse et pleine de panache qui les auréolaient. Si Hopalong Cassidy était un héros de fiction, Kit Carson lui a réellement existé, tout comme Davy Crockett, et les Indiens Navajo en gardent un mauvais souvenir, puisqu'il fut à l'origine de leur internement à Fort Sumner.

Ce voyage n'est pas terminé, loin de là, mais vous n'avez plus besoin de moi pour vous tenir la main et vous servir de guide. Le livre de Nausica Zaballos vous tend ses pages et vous pourrez découvrir Buffalo Bill, John Wayne, pionnières et filles de joie, les femmes dans l'Ouest américain et bien d'autres choses encore. Je vous invite à vous le procurer, soit parce que vous avez envie de vous rendre à Las Vegas, pour des raisons qui ne me regardent pas, et ses environs, soit tout simplement pour voyager par procuration. De nombreuses illustrations enrichissent l'ouvrage, des clichés pris par l'auteur tout au long de son périple qui la mène de Las Vegas jusqu'à Monument Valley.

Nausica ZABALLOS: Mythes et gastronomie de l'Ouest américain : sur la route !

De Nausica Zaballos découvrez également Crimes et procès sensationnels à Los Angeles.

Nausica ZABALLOS: Mythes et gastronomie de l'Ouest américain : sur la route ! Le Square éditeur. Collection Parole publique. Préface d'Yvonne de Sike. Parution le 6 octobre 2014. 160 pages. 15,00€

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 09:19

Bon anniversaire à Janine Oriano, née le 18 décembre 1932, plus connue sous le nom de Janine Boissard.

Janine ORIANO : O.K. LEON !

Installé depuis peu dans son appartement, Léon reçoit des colis alimentaires de luxe de la part d'un mystérieux donateur. L'intérieur des papiers d'emballage est couvert de graffitis en forme de rébus qu'il ne peut déchiffrer.

Auprès de Berthe sa fiancée, qui passe trop de temps avec son cousin Gaston, et de la mère de celle-ci, il attribue ces dons à un oncle d'Amérique qu'il a perdu de vue depuis une vingtaine d'années et dont le seul cadeau qui lui reste est l'œil de verre du grand Buggy. Le dernier colis contient quatre mitraillettes, sur la crosse desquelles sont gravées des initiales dont les siennes. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à faire du porte à porte, en compagnie de la Dussèche, une vieille fille en forme de planche à pain amoureuse de lui, et de tenter de placer des livres reliés.

Deux malabars du nom d'Okay et de Biffetons débarquent chez lui et l'appellent Patron, se mettant à son service. Ils le conduisent auprès du Caïd, un vieillard qui expire dans ses bras avant de pouvoir lui confier un secret. L'Aristo, un troisième larron, se joint au duo, attendant que Léon retrouve un coffret rempli de dollars.

Ils obéissent aux moindres désirs ou ordres de Léon, qui ne pense qu'à son futur mariage. Un dénommé la Violette s'introduit chez lui et réclame le magot. Le trio l'en débarrasse vite fait, bien fait. Dans un bar où il a ses habitudes, il comprend en voyant un gros bras que la méprise provient de l'œil de verre qu'il exhibe n'importe où. L'homme vient des USA, spécialement chargé de déchiffrer le rébus. Léon lui donne rendez-vous chez la Dussèche qui l'aide à séquestrer le truand dans sa cave dont l'aménagement date de la Seconde Guerre Mondiale, engins de torture y compris.

Jaloux Léon propose à ses sbires de forcer le coffre-fort de Gaston, le cousin trop empressé de sa fiancée qu'il a surpris rentrant chez lui un volumineux paquet à la main. Le lendemain, Léon se rend chez Gaston : Berthe n'a pas donné signe de vie depuis 48 heures. Il reçoit un message signé du Furet, ami de La Violette, et se rend à l'adresse indiquée. Il retrouve sa fiancée sous l'emprise d'un somnifère et du Furet. Il négocie la liberté de sa promise contre le trio de choc et l'identité du gus chargé de déchiffrer le rébus.

Il l'emmène chez la Dussèche et après avoir fait parler le prisonnier le Furet est harponné par l'Aristo and Co. Les trois hommes et Léon sont en possession d'éléments énigmatiques: deux noms, Irène et Saint Quentin et deux numéros, 14 et 5. Ils se débarrassent en douceur de la Dussèche puis Léon court délivrer sa fiancée. Ensuite il se rend à Saint Quentin, dans le Calvados, où après bien des avatars il apprend que tous les ans le 5 avril, une procession est organisée en l'honneur de Sainte Irène, la patronne de la commune.

Janine ORIANO : O.K. LEON !

Quiproquos et méprises ponctuent cette histoire digne d'une comédie policière de boulevard et dans laquelle l'action prime sur la description. Comme dans un célèbre magasin parisien, à chaque instant il s'y passe quelque chose. Il ne faut pas chercher de messages dans ce roman, simplement le plaisir de céder à la bonne humeur communicative et ambiante qui s'en dégage malgré les avatars de son héros et ses problèmes post-maritaux.

Janine Oriano ne se montre pas excessivement féministe, au contraire. Ses personnages, Berthe et la future belle-mère, sont empreints de duplicité et de cupidité, défauts éminemment communs aux deux sexes. Quant au héros, il fait partie de cette cohorte de personnages falots qui se subliment à un moment critique de leur existence et se découvrent un trésor intérieur de rouerie et de courage, capables alors de renverser le monde à leur profit. Janine Oriano possède le sens de l'intrigue et sait raconter une histoire.

Ce roman a été adapté au cinéma par Claude Vital en 1973 sous le titre de OK. patron

 

Citation: Il me regardait maintenant comme on regarde un mec qui retire sa chemise dans la rue, la partage en deux et offre la meilleure moitié à Boussac.

Janine ORIANO : O.K. LEON ! Série Noire N°1531, éditions Gallimard. Première parution octobre 1972. Réédition Carré Noir N° 441. 1982.

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 10:51

Le psy analyse les bas-fonds.

Pierre MAGNE : A Freud ! Sales et Méchant.

La Seconde Guerre Mondiale, tout comme la guerre d’Algérie, est pour les Français un sujet inépuisable et parfois tabou.

Il ne faut pas déterrer les cadavres qui égratignent encore les cœurs et les esprits, le feu qui couve sous la cendre ne demandant souvent qu’à s’embraser. Pourtant comme une dent qui agace, on ne peut que chatouiller la mémoire et l’exacerber.

D’ailleurs de récents incidents sur Internet le prouvent, la vente d’objets nazis ou la prolifération de livres négationnistes interdits à la vente publique et qui sont proposés sur le Web. Ce n’est pas forcément déflorer le sujet du roman de Pierre Magne A Freud ! Sales et méchants.

Gabriel noie sa tristesse d’une dispute avec Chéryl dans un bar du 17eme arrondissement. Un bar dans lequel officie un serveur, Marcel, objet des railleries de clients matinaux, des déménageurs dont les bras sont ornés de tatouages marins. Comme dit Gérard, le patron du Pied de porc à la Sainte Scolasse, “ Toi, la merde, tu la renifles toujours où y’en a pas ” et d’ajouter “  en plus tu la trouves ”.

C’est comme ça que bêtement, Gabriel se trouve embringué dans une histoire de déménageurs soi-disant suicidés, puis franchement assassinés, de jeune fille qui lui fait du rentre dedans et auquel il répond présent, de naufrage de cargo remontant à 1982 et autres vilenies.

C’est comme soulever le coin du tapis et découvrir toute la poussière accumulées depuis des années par une femme de ménage peu consciencieuse ou pressée de cacher les balayures. Sauf que, une fois de plus, les détritus s’accompagnent de morts d’hommes.

Le Poulpe possède toujours son aura, malgré près de cent cinquante aventures qui lui tombent sur les épaules souvent au risque de sa vie. Ecrites par des romanciers confirmés ou en devenir. Et parfois à l’instar de ce roman comme un placage, comme une histoire déjà écrite et réactualisée avec le Poulpe pour personnage principal afin d’être éditée. Non pas que la trame ou l’écriture soient insignifiantes, ou décalées, au contraire, mais avec cette impression de réajustement, d’insertion, de placage de personnage à la place d’un autre.

Un bon Poulpe qui se laisse déguster avec plaisir et qui s’inscrit dans la bonne moyenne.

 

Pierre MAGNE : A Freud ! Sales et Méchant. Le Poulpe N° 205. Editions Baleine. Parution novembre 2000. 154 pages. 8,00€.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 15:34

Qui aurait pu penser que la dipsomanie d'un chef mafieux russe allait conduire à l'enlèvement de cinq gamins ?

Jacques-Olivier BOSCO : Quand les anges tombent.

Dans l'avion qui vole vers Paris, un passager pris de boisson et furieux parce que sa petite amie lui a signifié qu'elle allait le quitter aussitôt arrivés, s'engouffre dans la cabine de pilotage. S'ensuit une bagarre au cours de laquelle pilote et copilote sont mortellement blessés et les commandes de l'appareil bousculées. L'avion livré à lui-même s'écrase.

Dans la prison d'Eiffenseim, Vigo Vasquez dit le Noir, ronge son frein dans une cellule en quartier d'isolement après avoir séjourné dans le quartier disciplinaire. Soudain un bruit de réacteur transperce la nuit, l'espace et les murs.

Trois mois plus tard, cinq enfants sont enlevés dans la même journée. Il s'agit d'Enzo, douze ans, le fils d'Elvio Vittali un cheminot alcoolique, de Camille, huit ans, la fille du juge Tranchant, de Salomé douze ans aussi, la fille de Nathalie Ruiz et de son ancien compagnon Mateo Rizzi, un truand, d'Elisabeth dite Choupette, quatre ans, la fille du commandant Lauterbach, et de Maxime, dix ans, le fils du préfet Rollin, ancien directeur de la Police Judiciaire et actuellement directeur de cabinet du Préfet de Police.

Tous les cinq se retrouvent enfermés dans la même pièce, logés à la même enseigne, et les caractères des uns et des autres se montrent sous leur vrai jour. Particulièrement Maxime, digne fils de son père, qui se montre arrogant, égoïste, ne pensant qu'à sa petite personne.

Les cinq parents, Rollin, Lauterbach, Tranchant, Nathalie Ruiz et Vittali reçoivent chacun un message du ravisseur. Ils se retrouvent tous dans le bureau de Rollin qui lui a été le destinataire d'un DVD. Le juge Rollin est un personnage peu abordable et agréable à fréquenter. Le dru Rollin est un homme infatué et il n'accepte aucune ouverture de la part des autres parents à vouloir s'immiscer dans l'enquête. Ce qui ne les empêchera pas de chercher chacun de leur côté et de faire leur mea culpa. Il a gravi les échelons en piétinant les autres, et il continue à se conduire ainsi, pensant déjà à un futur poste ministériel. Il a eu sous ses ordres le commandant Lauterbach, qui a des problèmes de cachet, mais ce ne sont pas ses émoluments qui sont en cause. Un accident familial qui l'a fortement perturbé quatre ans auparavant.

Sur le DVD le ravisseur s'adresse à tous et ils ne sont pas peu surpris d'être confrontés à Vigo le Noir. Il a réussi à s'échapper trois mois auparavant de la centrale lors du crash de l'avion, dans des circonstances rocambolesques. Il avait été jugé pour des meurtres d'enfants dans des piscines trois ans auparavant mais il a toujours nié les faits. Or Rollin and Co ont tous participé à des degrés divers à son inculpation. Ce n'est pas tant d'avoir été accusé et envoyé en tôle que Vigo leur reproche, mais que l'enquête ait été manipulée, truquée et que le résultat leur a été profitable.

Ils doivent avouer leur forfaiture et faire amende honorable sinon... La vie des gamins est en jeu. Ils ont deux jours pour réfléchir.

Seulement Rollin, Lauterbech, Nathalie Ruiz et son ancien compagnon Matéo Rizzi le truand, et Vittali, tous sont bien décidés à combattre, chacun de leur côté ou parfois en s'alliant, malgré l'interdiction de Rollin qui veut gérer seul la situation. Et pendant ce temps, les cinq gamins regroupés dans la même pièce, cogitent. Si Maxime se montre insupportable, que Camille s'occupe de Choupette, Enzo et Salomé échafaudent un plan devant leur permettre de s'évader.

 

Au début le lecteur se prend une gifle bientôt suivie d'une grande claque violemment assénée, afin de lui remettre les idées en place. Et comme cela ne suffit pas, un grand bac d'eau froide lui est balancé en travers de la gueule. Mais c'est mal connaître la résistance du lecteur qui en redemande et une grosse vague se profile à l'horizon, une déferlante qui nettoie tout sur son passage annonciatrice d'un mascaret bousculant les protagonistes de ce roman et le lecteur. Enfin un maelstrom entraîne tout ce petit monde dans un gouffre dont ils auront du mal à s'extirper.

 

Cette intrigue en appelle d'autres, ou plutôt se greffent le passé, les explications, les motivations, les déficiences, les mensonges, les mystifications, les magouilles dont tous les protagonistes sont coupables et tout s'enchaine inexorablement dans des éclaircissements qui montrent leurs caractères et leurs faiblesses. Personne n'est épargné et parfois l'auteur se complait dans un certain misérabilisme digne des romans feuilletons du XIXe siècle. De même l'emploi de certains clichés nous ramènent au temps des truands à la José Giovanni ou à Auguste Le Breton, dont le nom est cité dans ce roman. Par exemple la mère de famille délaissée qui s'amourache d'un truand. Et dernier petit coup de griffe, quand on aime bien on châtie bien parait-il, je voudrais signaler toutefois qu'à Deauville, ce n'est pas l'Atlantique qui vient lécher les côtes mais la mer de la Manche.

 

Il est amusant de noter que comme souvent en avertissement il est précisé que toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existés serait purement fortuite, un personnage, un ancien flic à la retraite qui va être amené à conduire sa propre enquête se nomme René Burma... et d'autres protagonistes, possédant la fonction de juge sont à peine évoqués, les dossiers passant de mains en main. Ce ne sont pas des personnages de fiction mais bien des individus dont les patronymes ne sont pas inconnus des écumeurs de blogs : à savoir Lenocher, Joël Jégouzo, Laherrère, ou encore un certain Maugendre. D'autres clins d'œil sont également adressés, dont à un dénommé Villard qui fait une apparition furtive. Mais je me demande si le nom du commandant Lauterbach est un hommage à la femme de Patrick Raynal, je veux dire Arlette Lauterbach, traductrice de l'italien et coauteur avec son époux du Livre de cuisine de la Série Noire et du Livre des alcools de la Série Noire. On ne peut rêver meilleure compagnie.

 

Jacques-Olivier BOSCO : Quand les anges tombent. Collection Polar Jigal; éditions Jigal. Parution le 15 septembre 2014. 328 pages. 19,00€.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 09:07

Bon anniversaire à Bill Albert né le 16 décembre 1942.

Bill ALBERT: Et Rodriguez, alors ?

David Rodriguez, Américain d'origine mexicano-juive, pompiste qui aimerait devenir journaliste, débarque à Lima dans le but d'écrire une série d'articles afin d'obtenir ses galons de reporter.

Une rencontre fortuite, de longues jambes bronzées, un sourire doux, un regard vert, une caresse sur la main, il ne lui en faut pas plus pour l'inciter à accourir au rendez-vous que lui a fixé à Piura, au cœur du Pérou, Anna. Le voilà bientôt pris en tenaille entre Carrillo, le représentant local de la Junte Militaire qui désire lui montrer les aménagements de la révolution agraire, entre les guérilleros menés par un certain Vasquez ou encore les Brigades de la mort.

Hempal, un journaliste, déguste même dans l'épaule une balle qui lui était destinée. Christa, la compagne d'Hempal lui en veut, ce qui ne l'empêche pas coucher avec lui. Rodriguez s'enfuit, aidé par Anna et passe la nuit avec elle dans un taudis, en tout bien tout honneur. Au petit matin la jeune femme a disparu et Rodriguez est invité par des soldats à les suivre. Carrillo lui propose de visiter une coopérative agricole afin de lui démontrer les avantages de la Réforme. Vasquez et ses hommes investissent la place. Carrillo est abandonné dans le désert et Rodriguez prié de se joindre à la petite troupe.

A la faveur d'un dérangement intestinal il fausse compagnie à ce beau monde. Il arrive à Catacaos, après avoir échappé aux recherches militaires, et se réfugie chez un prêtre dont il a fait la connaissance à bord de l'avion le menant de Lima à Piura. Hempal et Christa les rejoignent et Rodriguez apprend qu'il est recherché, accusé d'avoir tué Carrillo dont le corps a été découvert dans une rizière. Rodriguez et Christa trouvent asile dans un hameau, tandis que le prêtre et Hempal tombent entre les mains des soldats lancés à sa poursuite. Les bruits courent que Hempal serait mort. Rodriguez cherche à joindre Vasquez afin de passer en Equateur.

Les soldats approchent et les deux jeunes gens sont obligés de fuir à nouveau. Ils ont pour guides deux envoyés de Vasquez. Après de multiples avatars, dont la traversée d'un ancien cimetière pré-inca, le passage sur une passerelle de bois, la disparition de leurs guides, ils arrivent enfin dans le refuge de Vasquez et retrouvent Anna. La réputation de Rodriguez, en tant qu'envoyé de la CIA et meurtrier de Carrillo, les a précédés. Vasquez qui était le cousin de Carrillo semble en vouloir à Rodriguez et le retour au bercail des deux guides détend légèrement l'atmosphère.

 

Ce roman picaresque bourré d'humour et de références cinématographiques, d'ailleurs Rodriguez se fait son cinéma personnel, traite d'un sujet beaucoup plus grave qu'il y parait : la condition des paysans péruviens face à la Junte militaire en place. L'on pourra regretter une fin, en queue de poisson pour certains, ouverte pour d'autres, d'un roman dont le héros est le petit-fils d'un révolutionnaire zapatiste et d'un Russe trotskyste. L'on pourra regretter également l'abandon en cours de route de certains personnages, à moins qu'une suite soit prévue à ce roman. Mais on ne le saura pas ce roman étant le seul de Bill Albert à avoir été traduit en France.

Citation : Comme ils ne se supportaient pas, les deux hommes étaient inséparables.

 

Bill ALBERT: Et Rodriguez, alors ? (And what about Rodriguez ? 1990) traduit de l'américain par Daniel Lemoine. Série Noire N°2281 Parution octobre 1991. 314 pages.

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