Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 08:48
J. M. FLYNN : Ça sent le gaz

Faut fermer le robinet !

J. M. FLYNN : Ça sent le gaz

Même si l'on se présente aux policiers en avouant être coupable de meurtre assorti de viol sur la personne d'une jeune fille, l'on a droit à un avocat, souvent commis d'office.

Homme-grenouille dans la marine américaine, Carl Duwe est dans ce cas, et Fritz Hartmann, avocat que l'opinion publique situe comme à gauche du PC américain, est désigné comme son défenseur. Mais Hartmann n'est pas convaincu de la culpabilité de son client malgré ses aveux et engage son ami Burdis Gannon, détective privé, pour effectuer des recherches préliminaires.

La jeune morte, Rai Clement, une blonde platinée de dix-neuf ans, fille d'un riche industriel, n'en était pas à ses premières frasques. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle méritait d'être assassinée.

D'après les premiers témoignages ou constatations, Rai aurait été consentante pour s'envoyer en l'air avec Carl. Durant les heures qui précédèrent son prétendu viol et son assassinat, elle batifolait sur la plage en compagnie de trois garçons et deux jeunes filles. Et lorsque Carl est arrivé, elle ne s'est plus occupée que de lui, abandonnant ses camarades. Les jeunes filles n'apportent guère de renseignements à Gannon. Auprès des garçons, les présentations sont plus musclées puisque le détective se fait agresser par Joe Neary, un impulsif, accompagné de Harry Wax et Jock Penney, des rôdeurs des plages.

Cette agression permet à Gannon de faire la connaissance de Terri, la sœur de Rai. Ensembles ils fouillent les affaires de la jeune morte, malgré un coup de matraque encaissé par Burdis Gannon en entrant dans l'appartement de celle-ci. En souvenir il garde une bosse et un morceau d'étoffe en jean provenant d'un pantalon. Une pièce pas assez fiable pour servir de preuve.

Selon une clause maternelle, chacune des deux sœurs doit recevoir une coquette somme à leurs vingt-cinq ans et, si elle se marient avant, leur époux bénéficiera en tout ou partie de l'héritage si le mariage a lie avant ou après leurs dix-huit ans. Grâce à des talons de chèques Gannon et Terri remontent une piste qui les entraine à Reno, Tijuana et San Diego. De leurs différentes démarches, ils apprennent non sans mal, qu'effectivement Rai s'était mariée avec un certain Foster.

 

Honnête roman, Ça sent le gaz vaut surtout pour la démonstration de cet aphorisme : Il ne faut pas se fier aux apparences. Et Hartmann, malgré les aveux de Carl Duwe, des aveux nuancés par la suite puisqu'il précisera qu'il s'était évanoui avant de mener à bien son coït, Hartmann s'accroche à une impression, sentiment partagé par son ami le détective Burdis Gannon.

Entre les deux sœurs, la différence de caractère est aussi grande qu'entre la nuit et le jour. Rai était une jeune fille délurée, ne rechignant jamais aux joies de la copulation, changeant souvent de partenaire malgré son état de femme mariée. Etat secrètement gardé il est vrai et qui lui pesait. Quant à Terri, jeune fille coincée, elle se montre horrifiée devant les joyeuses galipettes de sa sœur, quoique cela ne l'empêche pas de tomber sous le charme de Gannon et de l'inviter dans son lit.

 

Citation :

Mon appartement illustre assez bien le fait qu'un homme doit posséder un valet de chambre ou, à défaut, une épouse pour réparer le désordre qu'il laisse derrière lui.

 

J. M. FLYNN : Ça sent le gaz (On for the Death House - 1961. Traduction de Marcel Frère). Série Noire N°718. Parution juin 1962. 192 pages.

Repost 0
10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 11:57

Bon anniversaire à Yves Bulteau né le 10 février 1955.

Yves BULTEAU  : Julie et Smaïn.

Dans le registre les adolescents sont les héros, voici un roman en forme de road-story qui démontre le malaise certain, et non un certain malaise, des jeunes en face de la dure réalité et de l’incompréhension parfois des adultes. Tant d’exemples nous sont donnés à travers les médias relatant les vicissitudes de la vie quotidienne.

Julie est une jeune fugueuse qui n’en est pas à son premier braquage de station service. Mais cette fois, elle se fait prendre la main dans le sac et le gérant, histoire de rigoler, lui propose un petit tour dans une pièce attenante, afin de goûter aux charmes de la belle chapardeuse. Elle brandit son pistolet, un jouet en plastique mais le pompiste en possède un vrai qu’il agite comme un dément.

Smaïn, son apprenti mécano beur, tente de détourner l’arme, mais coup part. Exit le garagiste. Smaïn et Julie ne voient plus qu’une solution à leur problème : la fuite. Ils prennent la fille de l’air et se réfugient dans une grotte aux confins du Massif Central. Tristan Desmarais, qui a déjà croisé à plusieurs reprises Julie, est sur leurs talons. Il veut comprendre pourquoi la jeune fille a brutalement lâché le cocon familial.

Quant à Max, le busard, il veille sur ses petits et faudrait pas venir le déranger.

 

Le racisme primaire, le rejet, la conviction des adultes de posséder la Vérité en face d’adolescents paumés, la solitude dans un monde qui ne parle que de communication, tels sont les thèmes majeurs de ce roman qui est aussi une ode à l’amour sans barrière, sans frontière, sans a priori. En insérant quelques touches d’humour par-ci, par-là, pour mieux relancer la mécanique, Yves Bulteau a construit un roman fort et tendre qui hante le lecteur la dernière page tournée.

 

Yves BULTEAU  : Julie et Smaïn. Collection Canaille/Revolver N°184, Editions Baleine. Parution février 2000. 140 pages. 8,00€.

Repost 0
10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 08:45
Jack ERLICH : Un moment de faiblesse

On en a tous...

Jack ERLICH : Un moment de faiblesse

Parole-officer, c'est à dire qu'il a en charge des prisonniers libérés sur parole, Fleck fait la connaissance d'une jeune femme dans une boîte de nuit, le club 21.

Liz le drague ouvertement cependant ce n'est ni une prostituée ni une nymphomane à la recherche du premier pantalon venu. Après avoir échangé quelques répliques blessantes, Fleck emmène la jeune femme désemparée chez lui. Le lendemain matin, après une nuit chaude et intense, chacun des deux amants se révèle à l'autre.

Fleck avoue sa profession, Liz Mc Kev être mariée et ne pas avoir fait l'amour depuis deux ans. Son mari est écroué à Sing Sing après avoir participé à un minable braquage. Liz frustrée depuis de longs mois vient de succomber pour la première fois à la suite d'un moment de faiblesse. Malgré tout les deux amants continuent de se revoir pendant un mois jusqu'au jour où Mc Kev sort de prison, libéré sur parole grâce à une remise de peine.

Petit marlou sans grande envergure Mc Kev est devenu en prison un être hargneux et vindicatif. Son retour au foyer conjugal ne se passe pas comme l'avait imaginé Liz. Il s'acoquine avec Al, un truand qui sait éviter les mailles du filet de la police. De plus il bat sa femme.

Liz appelle Fleck à la rescousse lui demandant de remettre en douceur son mari dans le droit chemin. Elle est partagée entre Fleck à qui elle voue un amour empreint de douceur, recherchant sa protection, et Mc Kev, envers qui elle ressent un amour quasi maternel et qui la satisfait physiquement malgré ses brutalités.

Averti par Liz que Mc Kev et son acolyte s'apprêtent à braquer un entrepôt afin de s'emparer de la paie des ouvriers, Fleck décide de jouer en solitaire.

 

Série noire mais également série rose puisque toute la trame de ce roman joue sur les sentiments entre Fleck et Liz, Un moment de faiblesse se veut l'apologie du métier de Parole Officer, ou agent de probation, vu du bon côté de la barricade. Le point de vue du truand est étudié d'une façon plus critique dans le roman-récit d'Edward Bunker dans Aucune bête aussi féroce (Rivages-Thriller - 1991).

Fleck se positionne en être intègre, aimant son métier, pensant avant tout à la reconversion des prisonniers libérés sur parole dont il a la charge. Ainsi, juste avant la sortie de prison de Mc Kev, il expose sa vie afin d'éviter à Brownie, un ancien repris de justice ayant pris en otage un policier qui l'empêchait d'entrer dans un stade, un passage à tabac musclé.

Aide-maçon, Brownie, au caractère violent, pensait en toute bonne foi que puisqu'il avait participé à la réalisation de l'édifice, il pouvait se permettre d'entrer gratuitement. Point de vue non partagé par le flic en faction.

De même les avis échangés entre Fleck et son ami Bowman, policier chargé de l'arrestation des délinquants sont édifiants.

Le personnage de Liz est particulièrement poignant, partagée qu'elle est entre ses sentiments pour les deux hommes de sa vie. Elle trouve protection et réconfort auprès de Fleck avec qui elle pense n'avoir qu'une relation passagère, mais en même elle tente de remettre son mari dans le droit chemin, aveuglée par sa passion.

Quant à Fleck, il retrouve la sérénité après une journée de travail en jouant du piano, dans sa maison située au bord de l'océan. Un roman pavé de bonnes intentions, mais cela reflète-t-il la réalité ?

 

Citation :

D'un revers de main, Fleck s'essuya la bouche et regarda la trace de rouge à lèvres laissée sur sa peau. C'est ça l'amour ! se dit-il amèrement. Une petite trace rouge et des souvenirs !

 

Jack ERLICH : Un moment de faiblesse (Parole - 1960. Traduction de G. Louedec). Série Noire N°688. Parution 1962.

Repost 0
9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 16:03

Un étrange détective de l'étrange...

Philippe PINON : Barry Barrison et l'héritage de Tarford Castle.

Composé de quatre longues nouvelles, ce recueil nous propose de découvrir Sir Barry Barrison, de son vivant, au moment de sa mort, puis sous sa nouvelle forme de spectre. Quatre épisodes qui s'enchaînent permettant de suivre Sir Barry Barrison sous ses différentes formes et lors de ses enquêtes aussi diverses que variées et qui induisent d'autres histoires qui pourraient être développées ultérieurement ayant pour titres alléchants et énigmatiques : L'Affaire du Cendrier du Collectionneur ou encore L'Étrange cas du Pendu Aveugle.

 

La partie italienne :

Confortablement installé dans le fiacre qui l'emmène à Regent Street, Barry Barrison relit la lettre émanant de son ami Sir Henry Oldtown. Celui-ci réclame son aide car depuis quelques temps il lui semble perdre la mémoire épisodiquement. Ainsi, des personnes l'auraient aperçu dans des endroits alors qu'il est persuadé ne pas y avoir mis les pieds. Sir Henry Oldtown vit seul en son château de Tarford, avec pour unique domestique le vieil Alfred, majordome, cuisinier et homme à tout faire.

Après avoir longuement décrit ses absences, supposées ou non de mémoire, Sir Henry propose à Barry de venir partager son repas le lendemain soir. Barry, qui a déjà sa petite idée, lui demande d'inviter le père Howard, qu'il connait depuis son enfance et auquel il rend visite afin de clarifier certains points. Le lendemain Barry est accueilli par l'inamovible Alfred. Sont déjà présents pour ce repas trois ou quatre personnes dont la comtesse Van Anglowen qui outre être une éminente ambassadrice de l'Autriche possède le don de médiumnité. Mais au cours du repas Sir Henry décède dans de mystérieuses conditions.

La solution réside dans un vieux thème souvent utilisé par les auteurs de romans policiers classiques mais qui avait été mis à l'index par S.S. Van Dine dans ses vingt règles à ne pas enfreindre. A noter que la partie italienne est une ouverture aux échecs, jeu d'esprit auxquels s'adonnent avec passion nos deux protagonistes.

 

La mort lui va si bien :

Un peu plus de quinze années se sont passés depuis l'épisode précédent. En cette année 1900 Barry Barrison est toujours un passionné du jeu d'échecs. Ce matin-là il a rendez-vous avec Arthur Fell, membre comme lui du club Queen's Pawn, afin de l'affronter dans une énième partie dont l'ouverture à l'italienne est immuable.

L'inspecteur principal Lipperstone, qui déguste en toute tranquillité son thé matinal, est subitement dérangé par son adjoint l'inspecteur Eddings. Et l'information que le policier lui délivre est d'importance et triste : Barry Barrison est décédé. Son corps vient d'être retrouvé, non sans mal, dans le cabinet où devait se dérouler la partie. En effet, l'invité ayant frappé et n'obtenant pas de réponse avait alerté le directeur du club qui avait pris la décision de forcer la porte qui était fermée de l'intérieur.

Lipperstone, sans oublier son adjoint, est effondré, car il vient de perdre un ami qui l'a aidé à maintes reprises à résoudre des affaires compliquées. Et celle qui se présente à Lipperstone avec le décès de Barry est quasiment irrésoluble : son ami a été assassiné dans une pièce close sans accès de sortie, ou d'entrée, pour le meurtrier. Alors Lipperstone décide de fouiller dans les affaires du défunt à Tarford Castle. Barry Barrison a en effet hérité du manoir depuis le décès de son précédent propriétaire, juste un point de détail pour justifier le titre du recueil. Et c'est ainsi qu'invoquant la disparition de son ami, se lamentant, il entend une voix rogue lui répondre. Ce n'est que le spectre de l'aristocrate, mais cela jette quand même un froid. L'homme et le fantôme, qui ne se souvient pas grand chose des événements qui ont conduit à sa mort, vont donc essayer de résoudre, et y parvenir, ce problème par la déduction.

 

Le joyau de la Tamise :

Gros bond en avant dans le temps puisque nous sommes au vingt et unième siècle, près de la Tamise. Terry et Angla, deux amis étudiants, viennent de prendre un bon repas et avant d'aller se coucher, ils vivent ensemble et se considèrent comme fiancés mais nous n'en saurons pas plus leurs activités sexuelles celles-ci n'interférant pas dans l'histoire, donc Terry et Angela se reposent sur un banc regardant la Tamise. Ils aperçoivent deux hommes sortir d'une voiture, ouvrir le coffre en extirper un corps qu'ils balancent à la baille. Les deux jeunes gens sont édifiés et aussitôt, n'écoutant que leur courage, ils se jettent à l'eau. Ils récupèrent avec difficulté une jeune fille qui, lorsqu'elle pourra s'exprimer leur apprend qu'elle se prénomme Maureen.

Ils préviennent leur ami Mark qui se charge de récupérer tout ce petit monde et les emmène chez lui à Tarford Castle. Le fameux manoir de Barry Barrison, un de ses ancêtres en ayant hérité après le décès tragique de son ancien propriétaire, comme nous l'avons lu dans l'épisode précédent. Or justement Barry Barrison se manifeste comme à son habitude, fumant tranquillement sa pipe et comme il s'ennuie il va aider les jeunes gens à découvrir les coupables, mais surtout le pourquoi. Car Maureen qui s'est laissé aller à quelques confidences ne semble pas leur avoir tout dit, et même menti. C'est pas bien de mentir quand sa vie est en jeu !

 

Le mystère de la femme qui marche :

Nous retrouvons nos quatre complices qui sont devenus nos amis par la même occasion, à Reims, la ville du champagne et des rois, ce qui n'a rien à voir mais fera sans aucun doute à Brice Tarvel, éminent romancier, mais je m'échappe encore du sujet. Mais auparavant, précisons pourquoi notre quatuor s'est rendu dans cette aimable ville qui regorge de nombreux mystères.

Angela et ses amis font partie d'une organisation, la MA-ED c'est-à dire en français l'Académie du Mystère - Division Anglaise, résolvant pour le compte de Scotland Yard des affaires non élucidées. Angela a visionné une vidéo représentant une maison, et plus particulièrement une fenêtre où apparait une femme. Rien de bien particulier sauf que la silhouette de cette femme ne se reflète pas dans la vitre. Pour Barry Barrison, aucun doute n'est permis, il s'agit d'un spectre. Et c'est ainsi qu'ils se rendent à Reims communicant avec l'aristocrate, ou plutôt son fantôme, grâce au don de Maureen qui est télépathe.

Philippe PINON : Barry Barrison et l'héritage de Tarford Castle.

Au fur et à mesure qu'il lit ces quatre nouvelles, le lecteur en apprend davantage sur Barry Barrison et ses nouveaux amis, les épisodes s'enchainant les uns aux autres tout en étant indépendants. Aventures, mystères, détections, et fantastique, angoisse et une pointe d'humour composent ce recueil qui augure un bel avenir pour une nouvelle plume fort intéressante.

 

Les amateurs de bandes dessinées petit format se souviennent peut-être avoir lu des aventures de cet aristocrate britannique qui a côtoyé Sherlock Holmes et en possède les vertus de déduction, d'analyse et surtout d'observation. C'était dans Spécial-Kiwi du numéro 85 au numéro 88, en 1982, signés Claudio Tiziano Fuzi pour les scenarii et Luciano Bernasconi pour les dessins. D'ailleurs certaines vignettes sont reproduites dans le présent recueil. Elles ont été rééditées dans le recueil Le Gladiateur de Bronze aux éditions Rivière Blanche.

Quant à Philippe Pinon, un auteur à suivre, vous pouvez retrouver deux de ses nouvelles dans les recueils Dimension Super-Héros et Dimension Super-Héros 2.

Philippe PINON : Barry Barrison et l'héritage de Tarford Castle. Collection Noire N° 71. Editions Rivière Blanche. Préface de David Baudet. Parution Janvier 2015. 244 pages. 17,00€.

Repost 0
9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 08:29
Day KEENE : Change pas de disque !

Fais attention quand même, il risque de se rayer...

Day KEENE : Change pas de disque !

En délicatesse avec le fisc, et à court d'argent, Johnny Aloha accepte de rencontrer sur les instances d'Yvonne Sainte-Jeanne, danseuse nue qui se prétend d'origine française, de rencontrer en prison Mulden, alias Tommy L'Homme.

Celui-ci est accusé du meurtre de May Archer, une journaliste qui prétendait faire des révélations sur les milieux de l'industrie du disque dans les colonnes de son journal. Tommy ne nie pas ces rendez-vous, ni même avoir eu des rapports sexuels avec la jeune femme, mais il conteste l'avoir violée puis tuée. Tommy, officiellement musicien de bastringue, truand à ses heures, était à la solde de Tod Hammer, propriétaire d'une petite maison de disques et ex-truand.

Aloha soupçonne Marty Amato, possesseur d'une marque concurrente, d'exercer un racket et d'avoir forcé la main à Tod Hammer en l'impliquant dans un meurtre. Le détective échappe à deux attentats, voiture piégée et coups de revolver. Il convainc Mabel Connors, chanteuse à la carrière ratée, de témoigner auprès du capitaine Hanson, malgré les réticences de son mari, pianiste ayant eu sa petite heure de gloire. Mabel devait confirmer coucher avec des animateurs et des fabricants de juke-box afin de promotionner ses disques et dénoncer par son témoignage le racket existant.

Dans l'échange des coups de feu Mabel est mortellement touchée tandis qu'Aloha pense avoir blessé son agresseur. Autre suspect sur la liste du détective, Jack Kelly, animateur de radio qui vient de prendre un participation de 51% dans une troisième maison de disques.

 

Si le début du roman est légèrement humoristique et joue avec la gaudriole, l'épilogue est totalement désabusé et pathétique. Comme si Day Keene avait essayé de changer de style avec son personnage de détective d'origine irlando-hawaïenne mais était vite retombé dans ses péchés mignons : la duplicité de la femme. May supposée rentrer de son travail réveillait son mari pour qu'il accomplisse le devoir conjugal alors qu'elle sortait des bras de son amant avec qui elle avait décidé de partir à Hawaï. Mais également sa propension à explorer les milieux, les couches sociales.

Day Keene ne se montre pas tendre envers les beatniks mais surtout il dénonce le chantage exercé par les maisons de disques envers leurs poulains, le racket existant dans cette industrie, et le paiement en nature exigé par certains animateurs radio pour promotionner un nouveau disque. Un roman qui date de 1960 mais les mœurs ont-elles véritablement changé depuis?

 

Curiosité :

Contrairement à bien des détectives de romans noirs, Johnny Aloha est encouragé par le capitaine Hanson à enquêter, non point tant pour disculper Muldeen que pour dénoncer la guérilla artistique. Le policier et le privé pour une des rares fois marchent main dans la main.

 

Citation :

En dépit des Sherlock Holmes des romans policiers et du petit écran, un privé qui n'est pas dans les bonnes grâce des défenseurs de l'ordre peut mettre son trench-coat au clou et s'inscrire au chômage.

Day KEENE : Change pas de disque ! (Payola - 1960. Traduction de France-Marie Watkins). Série Noire N°671. Parution octobre 1961. 256 pages.

Repost 0
8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 10:16

Une balade un peu Lourdes !

Pierre LATOUR : Accidenti !

Homme aux deux facettes, Sylvio Jordani, officiellement restaurateur et directeur de cercle de jeux mais truand à ses heures, charge ses compères Giaffino, Muffat, Gasmannini et Siri de dévaliser le coffre-fort du richissime Mihalesco.

Giaffino qui n'est autre que le majordome du millionnaire abat une fois les bijoux dérobés deux de ses complices. Nino, un jeune voyou, surprend le manège nocturne. Il prend en filature Giaffino qui se réfugie chez Louis le Gitan, cafetier de son état.

Nino met dans la confidence Carlo, le fils de Jordani, une petite frappe qui déçoit profondément son père, lequel rêvait pour sa progéniture un avenir de probité. Carlo, toujours à court d'argent, décide de récupérer la joaillerie pour son propre compte mais mal lui en prend. Il est abattu par le truand qui sait à présent que Jordani va le traquer impitoyablement.

Si Giaffino agit ainsi, c'est qu'il règle une vieille dette. Six ans auparavant, Jordani effectuait une croisière sur la Méditerranée. Une nuit, alors que dans le yacht ce n'était que partouzes et beuveries, Vicente Mattéoli, le pilote, ne peut éviter un pointu à bord duquel pêchent le père de Giaffino et son frère. Les deux hommes se noient, Jordani étant trop saoul pour aider au sauvetage. Bourré de remords Vicente raconte le drame à Giaffino qui mûrit sa vengeance et se fait embaucher par Jordani qui ensuite le place chez Mihalesco. La vendetta est entamée.

Giaffino se réfugie à Treillanes dans un cabanon appartenant à Vicente. Jordani, renseigné non sans mal par Nino, torture Louis le Gitan afin de connaître la cache du truand en cavale. Salement amoché le Gitan parvient toutefois à relater les événements aux policiers dirigés par l'inspecteur Benoît.

Pendant ce temps une famille d'Italiens a quitté le petit village de Torlone. A bord de l'Hispano la Mamma, ses deux fils, sa fille et son gendre. La Mamma, dont les jambes sont paralysées, entreprend un voyage à Lourdes espérant un miracle. Non seulement le miracle n'a pas lieu mais la Mamma décède. Affolés les Italiens rentrent chez eux précipitamment afin d'assurer une sépulture digne à la vieille dame dans son village. Et surtout pour ne pas encourir l'opprobre des villageois qui avaient déconseillé ce pèlerinage. Après des heures de route ils se reposent dans un petit bois près de Treillanes.

 

Avec cette histoire de vengeance longuement mûrie d'une vendetta corse, Pierre Latour a écrit un roman qui n'a pas vieilli. Il suffirait de le dépoussiérer quelque peu, en changeant quelques détails (marque de la voiture par exemple) pour la réactualiser.

Inscrit en filigrane le périple de la Mamma handicapée puis du transport sur la banquette arrière de son cadavre relèverait du gag, de la farce macabre, s'il ne s'imbriquait parfaitement dans le récit.

Pierre Latour ne s'est pas contenté de la relation d'une rencontre fortuite, mais a imaginé une histoire dans l'histoire dont le déroulement s'échelonne du vendredi au dimanche.

Un roman à l'écriture sobre et efficace à l'instar de la production de Pierre Latour.

 

Curiosité :

En page 4, on apprend avec intérêt que Pierre Latour a déjà eu un roman publié à la Série Noire : Le Dingue. Une façon comme une autre de lever le voile sur l'identité d'Arthur Minville, pseudonyme de Latour pour ce roman paru sous le numéro 610. Après une interruption de quelques années, il sera édité par le Fleuve Noir. Mais Pierre Latour a également été comédien jouant notamment le personnage d'Estragon dans En attendant Godot de Samuel Beckett, et acteur dans onze films dont La bataille du rail de René Clément en 1946, jouant le rôle d'un cheminot, et Si tous les gars du monde de Christian-Jaque, son dernier, en 1956.

 

Citation :

Vous êtes un des meilleurs inspecteurs de la brigade, mais vous avez une tendance certaine à jouer au cow-boy !

 

Pierre LATOUR : Accidenti ! Série Noire N°670. Parution octobre 1961. 192 pages.

Repost 0
7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 14:00

Y'a-t-il un avocat dans la salle ?

Marie DEVOIS : Van Gogh et ses juges.

Les magistrats ne sont pas en odeur de sainteté actuellement, du moins de la part du gouvernement (ce roman a été publié en 2011), et que quelqu’un se charge de les évincer, cela suppose qu’un individu fasse preuve d’excès de zèle.

Il faut réduire les effectifs, ce sont les ordres des ministères, mais de là à les assassiner, il existe une marge à ne pas franchir. Pourtant un individu prend un malin plaisir à égorger des membres de la magistrature, dans la banlieue parisienne, puis à déposer sur les cadavres de petits sachets contenant des éclats de peinture.

Au départ les policiers de la criminelle pensaient avoir à faire à un homophobe, le premier défunt étant homosexuel. Mais ils révisent rapidement leur jugement car par la suite, les autres cadavres ne répondent pas à ce critère. Un par mois, sauf au mois de juillet où l’assassin reproduit ses meurtres par deux fois, la seconde à Vannes. Pour Fred Andersen, surnommé le Danois, cette affaire relève du casse-tête pourtant il ne ménage pas ses efforts. Son supérieur a beau être un ami, il se fait engueuler pour manque de résultat, mais il faut avouer que les ministres de tutelle tempêtent, vitupèrent exigeant que l’affaire soit rapidement résolue.

Mais il ne suffit pas dire Je veux, de taper du poing sur la table, il faut aussi se mettre à la place des enquêteurs. Andersen a beau, lui et ses hommes, gratter dans le passé des victimes, rien à priori ne les reliait, à part leur profession. Ils ne se connaissaient pas, travaillaient dans des juridictions différentes, n’étaient pas issus des mêmes promotions, bref le noir complet. La disparition de Maëlle Aubier, une ancienne policière de l’Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels et amie d’Andersen, qui quoi que jeune encore avait pris récemment sa retraite et se rendait régulièrement à Auvers-sur-Oise, ce village du Vexin réputé pour avoir hébergé grâce au docteur Gachet le peintre Van Gogh, donne un nouvelle couleur à l’enquête. Andersen ne croit pas à la thèse d’une disparition subite de sa petite sirène, même si elle avait projeté un voyage en Hollande.

 

Van Gogh et ses juges, dont le titre prend toute sa signification vers la fin du livre est un roman en deux temps. La première partie narre les efforts d’Andersen et son groupe à traquer un assassin récidiviste et la présentation, parfois succincte, parfois nettement plus élaborée des victimes. La seconde prend de la couleur avec l’arrivée, ou plutôt la disparition de Maëlle Aubier, et le jeu du chat et de la souris qui s’instaure entre les enquêteurs d’une part et le ravisseur d’autre part dont on connait le nom mais dont les motivations s’éclaircissent peu à peu, et s’érigeant en arbitre bâillonnée la pauvre jeune retraitée. Le final est enlevé mais l’épilogue reste dans le domaine de la fiction.

Car qui oserait imaginer que… Je vous laisse extrapoler toutes les suppositions possibles et si vous ne trouvez pas, il ne vous reste qu’à lire le livre. Et en parlant de l’objet, sa présentation est originale car les pages de garde sont entièrement noires ainsi que les tranches. Un bon roman qui nous change des œuvres actuelles dans lesquels les sérials killers sont trop complaisamment décrits, romans qui ne laissent qu’un arrière-goût d’amertume.

 

Marie DEVOIS : Van Gogh et ses juges. (Première édition Collection ArtNoir, Biro & Cohen éditeurs - 2011). Réédition COhen & Cohen. 13 mars 2014. 242 pages. 20,00€.

Repost 0
7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 09:08
Don TRACY : La vape

Un Saint-bernard sans le tonnelet.

Don TRACY : La vape

Appelé en pleine nuit par Ethel Bengstorm, propriétaire d'un motel, Burt Lewis découvre dans les affaires d'Adams, un touriste apparemment sous l'emprise d'une biture carabinée, une lettre dont la teneur le ramène à un passé trouble.

Burt, alcoolique repenti, est incapable de se souvenir deux ans de son existence. Deux années durant lesquelles il a bu comme un trou et qui après quelques accros avec la justice l'ont conduit en prison. Depuis il s'est marié avec Midge, a eu un petit garçon, Bongo, promène les touristes à bord du bateau que lui a légué à sa mort Hjalmar Benstorm, et tente de s'accommoder avec cette amnésie passagère.

D'après la lettre, Burt Lewis alias Bill Logan, aurait commis un acte répréhensible et des gangsters seraient à sa poursuite. Doc Mulloy et Ethel, malgré leur amitié, soupçonnent Burt d'avoir dérobé de l'argent dans le portefeuille d'Adams, connaissant ses difficultés financières. Burt hésite à leur parler de la lettre. Alors qu'il désire interroger Adams, celui-ci est assassiné dans la clinique où il est hébergé.

Un nommé Hawkins requiert les services de Burt pour une partie de pêche en mer et s'enquiert lui aussi de Bill Logan. Toujours incapable de se remémorer s'il a endossé l'alias de Logan pendant sa période de blackout, Burt est la proie d'un adversaire aussi coriace que les truands. La police représentée par le sergent Cliff Reitz et son acolyte le vénal Bruton. Un vieux contentieux perdure entre Reitz et Burt, et le flic n'a de cesse de se mettre en travers de la route de l'ex-alcoolique. Reitz aimerait l'inculper du meurtre d'Adams mais ne peut apporter de preuves.

Pendant leur promenade en mer, Hawkins confie les motifs de son animosité envers Logan. Son fils serait mort à cause de celui-ci, victime d'un trafic de drogue. Il possède une photo de Logan.

 

Dans La vape Don Tracy aborde un problème auquel lui-même a été confronté : l'alcoolisme. Burt Lewis, tout comme Tracy, est responsable de la ligue antialcoolique locale. A plusieurs reprises Burt ressent l'envie de repiquer au flacon, d'écluser un verre afin d'échapper à ses problèmes. Cependant il parvient à chaque fois à surmonter sa crise, ce qui n'est pas évident car sa femme et ses amis ne se privent pas d'absorber du whisky en sa présence.

Ses relations avec Ethel sont ambigües. Il en était plus ou moins amoureux et Hjalmar décédé, il pensait refaire sa vie avec elle. Il lui a proposé de l'épouser mais Ethel lui a répondu que pour elle le mariage c'était fini, ce qui ne l'empêchait pas de l'aguicher. Mais Burt ne répond pas à ses avances.

Malgré ses absences de mémoire et son manque de réflexe mental, Burt s'en sort bien. Cette histoire se termine sur une note optimiste et l'ex-poivrot continue plus que jamais son assistance aux alcooliques; Un peu un Saint-bernard sans le tonnelet.

 

Curiosité :

Roger Vailland note dans ses écrits intimes, en date du 4 novembre 1961 : Don Tracy, La vape, Série Noire, traduit de l'américain. Bien que très loin de la tragédie, encore un que je lis avec bien plus d'intérêt que la plupart des romans littéraires contemporains. Le débat de l'alcoolique avec l'alcool jadis limité aux ouvriers (l'Assommoir) c'est aujourd'hui pour tous les milieux un des conflits capitaux...

 

Citation :

Elle avait le cœur aussi généreux que la poitrine.

 

Don TRACY : La vape (The Big Blackout - 1959. Traduction de G.A. Louedec et R. Amblard). Série Noire n°660. Première parution 1961. Réimprimé 23 juin 1995. 208 pages.

Repost 0
6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 17:00

Barbecue privé !

Anouk LANGANEY : Cannibal Tour.

Tel un clou de girofle, pointe dressée en l'air, posé sur une mare, l'île de Khaya-Re, 4042 habitants, appartenant à l'archipel des Centaurides, est en proie à des heures chaudes qui font les grands titres des médias.

C'est ce qu'apprend Oscar, en lisant le journal à défaut d'apercevoir l'île où il a été muté, l'avion prenant son virage dans le mauvais sens. Pour Oscar qui ne voit que la mer, pas pour l'avion qui va atterrir, on va quand même pas cumuler les drames.

Solenn Gernand et Maxime Hourtin, deux enseignants, des collègues qu'il n'aura pas le plaisir de fréquenter, ont été retrouvés par deux touristes néerlandais dans une grotte du volcan Khirinopoyé. Ils ont été mutilés, les enseignants pas les touristes, et certaines parties internes de leurs corps ont été prélevées. Selon les affirmations du journaliste, il s'agirait probablement d'un cas d'anthropophagie. Le premier cas recensé sur l'archipel depuis 1897.

Le chef Djola, Ban-Ra-Djolaligondaha'r, qui appartenant à la dynastie régnante du peuple grahoré, n'est pas satisfait du comportement de ses fils, Sou-Ra'n, Sou-Ra-Dlohagalanda'r, plus communément surnommé Junior, et Sou-Ra'hani Djodibalodonda'r dit Bobby, mais ceux-ci n'en ont cure. Ils ont autre chose à faire que de se plier à la loi paternelle et même maternelle, quoique, lorsque ça crie trop fort, ils baissent la tête. Junior a une idée qu'il pense très intéressante pour le bienfait financier de l'île : il va contacter une voyagiste, Hélène Reille et lui présenter son île comme un paradis pour touristes, avec des parcours fléchés, des découvertes, notamment la grotte où ont été retrouvés les deux enseignants dont les abattis ont été cuisinés, le légiste est affirmatif sur ce dernier point.

Personne n'attend Oscar à sa descente d'avion et il est obligé de se rendre au collège à pied en trainant sa valise à roulette. Et la montée est fatigante. Et personne n'est là pour l'accueillir, l'établissement étant fermé pour cause de décès. Heureusement une joyeuse petite bande se déplaçant en véhicule archaïque le prend à bord. Ce sont les MacTraqueurs, des joyeux drilles qui s'adonnent à la pêche sportive. Heureusement ils sont aidés dans leur entreprise par un jeune autochtone. Un touriste débarque, mais franchement il n'est pas le client idéal, toujours à râler. Un nouveau meurtre est commis, quasiment dans les mêmes conditions. Presque, car de petits détails diffèrent et il pourrait s'agir d'un copier-coller aléatoire.

Naturellement les journalistes de la métropole s'enquièrent de l'avis d'un spécialiste de la culture grahoré. Albin de Ligre, universitaire octogénaire, a écrit de nombreux ouvrages qui font références et décrivent abondamment les us et coutumes de cette peuplade. Bon, d'accord, il est hors de question de le soupçonner, mais est-il d'une façon ou d'une autre, sinon à l'origine de cette résurgence cannibalesque, pourvoyeur d'idées.

Le capitaine Loko, de la gendarmerie locale ne se sent pas en capacité de résoudre ces mystères et un commandant en provenance de métropole va mener son enquête. Avec rigueur, car Katia Resnier possède un œil neuf, et ne s'en laisse pas conter ni compter. Et tout y passe, non sans y laisser des plumes.

 

Justement des plumes, Djola et ses fils ainsi que quelques autochtones vont s'en vêtir. Car il parait qu'il ne faut pas lésiner sur les moyens pour attirer les touristes. Alors on ressort des vieilles armoires, les vêtements ancestraux, on aménage des chants issus des veillées, bref on s'adapte en régressant. Il faut faire authentique, pour inciter ceux qui ont de l'argent à dépenser et qui veulent se frotter à la culture ancienne de venir en masse sur l'île. Junior et Bobby, ainsi que quelques amis ont des projets plein la tête, envisagent des aménagements, comment transformer Khaya-Re en immense parc d'attraction.

Les présumés coupables ne manquent pas, du proviseur Chen Hu au moindre de ses élèves, en passant par l'infirmière, le touriste, les Mac Traqueurs ou l'un des membres de la famille Djola, et j'en oublie, et le lecteur va de rebondissements en rebondissements, de surprises en surprises, du grignotage apéritif au dessert en omelette norvégienne, chaud dehors et frais dedans.

 

Cannibal Tour est le genre de roman casse-gueule par excellence mais qu'Anouk Langaney a réussi a apprivoiser. Elle s'en sort avec les honneurs, évitant le piège grossier de la caricature exotique.

Elle pointe en dérision le rappel constant du c'était mieux avant, vu de la part de ceux qui ne l'ont pas connus justement cet avant. Un peu comme en métropole, lors des fêtes de batteries du blé, les vieux agriculteurs sont volontaires, ou réquisitionnés, pour faucher le blé, le battre avec les fléaux et en cadence, les lavandières tapant sur le linge mouillé avec leur batte agenouillées près d'une mare, frottant à qui mieux-mieux en s'invectivant comme des harengères, et autres résurgences du bon vieux temps. Et tous les visiteurs de s'extasier.

Cet engouement est source de rentrées d'argent et tout est bon pour appâter le touriste gogo. Alors mettre en scène ou évoquer des pratiques d'anthropophages ne peut, selon quelques-uns, qu'attirer du monde.

Anouk Langaney s'amuse et dépeint ces tableaux avec maîtrise, instillant le doute, l'horreur, tout en restant sobre. Elle joue avec les nerfs du lecteur, passant de l'humour à la gravité du propos, sachant doser ses effets, ne tombant jamais dans le voyeurisme complaisant tout en gardant un côté crédible.

L'écriture d'Anouk Langaney, travaillée, précise, précieuse presque, incite à continuer la lecture même si l'on doit s'arrêter pour une raison ou une autre : l'heure de partir au travail, de préparer à manger, de solliciter son partenaire qui s'impatiente, ou simplement de fermer les yeux parce que le sommeil devient insistant.

 

Au cas où vous auriez encore un petit creux, lisez les précédents ouvrages d'Anoul Langaney

Anouk LANGANEY : Cannibal Tour. Collection Nera. Editions Albiana. Parution le 19 novembre 2014. 294 pages. 15,00€.

Repost 0
6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 09:02
Alan CAILLOU : Conspirons !

Une pierre dans son jardin...

Alan CAILLOU : Conspirons !

Viré à cause d'un article qui n'a pas eu l'heur de plaire à son rédacteur en chef, Mike Benasque végète à Caracas subsistant de petits trafics et percevant des pourcentages sur les consommations bues par les touristes dans les boîtes à strip-tease.

A cause de son passé militaire, il est contacté par De Bries et Vallance, deux représentants d'une mystérieuse organisation. Lazlo, un ex-révolutionnaire devenu ministre de la République de San Antonio doit assister à une conférence dans un pays étranger. Mais il est sous surveillance constante et n'est pas libre de ses mouvements. Benaste accepte plus la mission parce qu'il connait et tient en estime Lazlo que pour la somme d'argent offerte.

Grâce à une légère ressemblance physique et un déguisement d'infirmier, la substitution entre les deux hommes s'effectue dans la gare de Volvoda, sur le territoire de San Antonio. Muni du passeport et des papiers d'identité de Benasque, Lazlo peut franchir la frontière sans encombre. Pendant ce temps le journaliste est hébergé par Trenko, un fidèle de Lazlo. Benasque, quelques années auparavant, a sauvé la vie de Trenko et cela a forgé des liens d'amitié entre les deux hommes, même s'ils ne se sont pas revus depuis longtemps.

Mais les événements se précipitent. De Bries, affublé d'un costume de la police secrète, apprend aux deux hommes qu'ils ont été repérés et que la combine est éventée. Il n'est plus question de repasser la frontière légalement en opérant une nouvelle substitution au retour de Lazlo. Celui-ci est parachuté de nuit dans la forêt. Quant à Benasque, De Bries, Trenko et sa chienne Besta, ils doivent franchir la frontière en fraude. Bientôt les soldats sont à leurs trousses. De Bries et la chienne succombent sous les balles ennemies. Trenko disparait et Benasque est obligé de revenir sur ses pas. Capturé il est emprisonné à Volvoda. Il parvient à fausser compagnie à Weber, un tortionnaire nazi, mais il se rend vite compte que son évasion était programmée.

 

Quels sont les employeurs de De Bries et Vallance ? Quels personnages a rencontrés Lazlo, quelles consignes ou quelles aides a-t-il reçues lors de son déplacement à l'étranger ? Alan Caillou reste énigmatique sur ces questions. Seules comptent les tribulations de Benasque, à Caracas, à Volvoda, dans la montagne ou dans la forêt sud-américaine.

Benasque est un journaliste devenu aventurier par besoin et par goût dont la mission a été menée à bien mais qui le plonge dans une profonde amertume.

Des deux romans mettant en scène Mike Benasque, Conspirons ! est le seul titre à avoir été traduit en France. Conspirons ! est plus un roman d'aventures qu'un roman d'espionnage comme le laisse croire le bandeau en première de couverture. D'ailleurs les autres romans d'Alan Caillou édités en France, principalement aux Presses de la Cité, relèvent de la même veine aventureuse.

Alan Caillou est également scénariste et a écrit quelques épisodes de séries télévisées telles que Le Fugitif ou The Man from UNCLE.

 

Curiosité :

Alan Caillou a joué dans quelques films et dans la série Daktari.

 

Citation :

Il était facile de se débarrasser de ces gros paysans maladroits en uniforme (de policiers) mais je savais qu'ils pouvaient être fort dangereux. Non pas qu'ils pussent penser, mais précisément parce qu'ils ne le pouvaient pas.

 

Alan CAILLOU : Conspirons ! (The Plotters - 1960. Traduction de André Bellac). Série Noire N°654. Parution juillet 1961. 256 pages.

Repost 0

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables