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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 10:39

Et elle l'a bien fait... !

Franz BARTELT : La bonne a tout fait.

Un fait-divers caché parmi tant d'autres dans le journal, et Gérard, le bistrotier du restaurant Au Pied de Porc de la Sainte-Scolasse tente par tous les miens d'attirer l'attention de son ami Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, connaissant son appétence pour les histoires délicates, et même indélicates.

Et tout ça à cause d'une petite phrase dans son horoscope du jour. On a beau ne pas y croire, des phrases ambigües comme celle qu'il vient de lire, cela attise la curiosité : Attention, sans le savoir, vous avez mis le doigt sur une affaire qui pourrait avoir des répercussions tragiques sur la vie d'un certain nombre de personnes. Or en tournant la page, au même endroit où il avait posé son doigt, il peut lire l'article suivant : Nouvelles disparitions dans un village de l'Ardenne. Suit un descriptif de ces étranges disparitions qui englobent veaux, vache, mouton, un barbecue, un anorak (neuf), six pantalons, trois paires de bottes en caoutchouc, des ballots de paille et de foin. Plus une femme, le tout dans le petit village de Painrupt.

Gabriel balaie d'un revers de main cet article, arguant qu'après tout si mystère il y a, ce n'est pas à lui de se pencher dessus. Les mois passent, un deuxième enlèvement, ou disparition, est signalé, mais quelques temps plus tard, troisième signalisation d'évanouissement dans la nature. Plus quelques animaux qui ont préféré aller brouter ailleurs. Comme depuis plus d'un an un certain Versus Bellum l'inonde de lettres dénonçant le meurtre de l'épouse d'un nommé Alfred Bermont, riche forestier de la région de Painrupt, lequel serait l'assassin avec la complicité de sa bonne entrée à son service vingt ans auparavant à l'âge de seize ans, il n'en faut guère plus pour convaincre Gabriel à visiter l'Ardenne.

Comme Versus Bellum se réclame de son ami Pedro, et se présente comme un anar pur et dur, Le Poulpe se rend sur place, persuadé qu'il ne tirera pas grand chose de cette affaire, mais qui au moins aura l'avantage de l'occuper.

Le cadavre de Madame Bermont, plus âgée que son mari de quelques décennies, avait été retrouvé sur une décharge, non loin du Grand Duché du Luxembourg. C'est ce que Le Poulpe apprend par Versus Bellum, une espèce de lutin, qui l'accueille à sa descente de car par un Salut et fraternité, écrasons l'infâme, à bas la calotte, vive l'anarchie, j'en passe et des plus raides. En chemin puis chez lui, Versus Bellum raconte à Gabriel tout ce qu'il sait et même plus lui demandant de rencontrer Bermont et sa bonne, et si possible de les faire parler. Pour cela il a une idée : Gabriel va prendre l'identité d'Amadeo Pozzi, devant négocier l'achat de l'exploitation forestière dont Bermont cherche à se débarrasser.

Et c'est ainsi que, vêtu en truand de la belle époque, au volant d'un véhicule rose, au poignet une montre énorme que si tu la possèdes pas à cinquante ans t'as pas réussi, Gabriel devenu Amadeo Pozzi arrive à midi pile devant chez Bermont dans le petit village de Bollerval. Les premiers échanges entre les deux hommes est plutôt vindicatif et acrimonieux, Amadeo Pozzi jouant son rôle comme s'il était sociétaire de la Comédie Française, mais après avoir englouti quelques bouteilles le ton devient plus amène. Comme il n'aime pas le vin, Gabriel Amadeo avance une incompatibilité religieuse : il est Mormon, et seule la bière ne lui est pas interdite. La bonne prénommée Zabe, diminutif d'Elisabeth, n'est pas franchement jolie, ni aimable, d'ailleurs elle est toujours célibataire. Mais ceci ne nous regarde pas... Sauf que Gabriel Amadeo, suspicieux, se demande si des relations ancillaires n'uniraient pas Bermont et Zabe. De toute façon il aura le temps d'affiner ses recherches car Bermont lui propose de coucher sur place, le temps de régler les détails de la transaction.

 

Franz Bartelt pratique un humour à froid, pince sans rire, caustique parfois, et ce roman poulpesque nous change des inévitables aventures contre des fascistes que Gabriel Lecouvreur est amené à vivre. Au fin fond des Ardennes, dans une ambiance bucolique, Gabriel Lecouvreur est investi par son nouveau personnage. Et il se rend compte qu'Amadeo prend le pas sur Gabriel, devenant une sorte de Docteur Jekill et Mister Hyde, dans sa façon de penser et de réagir.

Et Franz Bartelt n'applique pas à la lettre la Bible du Poulpe telle qu'elle avait été édictée afin de donner une cohérence à l'ensemble. Pas de Polikarpov, pas de Cheryl, un tout petit peu de Pedro, un tout petit peu de Gérard, et beaucoup de bières. De toute façon il est encouragé par Versus Bellum :

Il faut respecter le rituel mis au point par nos anciens. On ne cause jamais avant d'avoir bu la deuxième bouteille. Jamais. Il faut le temps de s'humecter les papilles, de se décrasser les chicots, de se délier la langue. Les fondamentalistes soutiennent même qu'on ne commence à bien causer qu'en décapsulant la quatrième.

Ceux qui ont déjà goûté aux ouvrages de Franz Bartelt ne seront pas désarçonnés. Un univers légèrement décalé, et surtout une écriture, un langage savoureux, recherché, sans pour autant tomber dans le burlesque. Plutôt dans un genre baroque mais qui possède un fond social, et l'épilogue est là pour nous le prouver.

 

Franz BARTELT : La bonne a tout fait. Le Poulpe N°282. Editions Baleine. Parution Octobre 2013. 172 pages. 9,50€.

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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 08:34

Non, ce n'est pas de moi qu'il s'agit... !

James CURTIS : Poids lourd

On aurait dit à Tout p'tit Matthews Tu fais un jour de plus en tôle, il aurait sûrement rué dans les brancards. Une remise de peine de sept jours, cela ne se refuse pas !

Mais sortir de prison et découvrir raide morte dans son lit son amie Alice, une prostituée qui met vraiment du cœur à l'ouvrage, cela signifie la pendaison à court terme. Une seule solution, fuir.

Alf, un camionneur, accepte de le prendre à bord de son poids lourd. La police de la route arrête le routier et Matthews ne doit son salut qu'à un moment d'inattention de son gardien. Il fausse compagnie aux flics en volant leur propre véhicule. S'arrêtant dans un bar pour se restaurer, il rencontre Molly, une gagneuse itinérante avec qui il continue sa cavale. Mais la lecture de journaux incite Molly à plaquer son indésirable et recherché compagnon à Sheffield. Un chassé-croisé s'engage entre Alf, Molly et Tout p'tit Matthews, chacun subissant les contrecoups de cavale dans la pluie et le froid.

Pendant ce temps à Londres, un psychopathe schizophrène qui se surnomme Le Loup Solitaire continue son épuration chez les prostituées. Queenie, amie d'Alice, la dernière victime, remarque le tueur qui s'éclipse dans la foule. Molly est prise en stop par deux hommes qui bien vite se montrent entreprenant. Ils tentent de la violer dans un champ. Heureusement Tout p'tit Matthews passant par là réussit à assommer les deux agresseurs, et le couple repart dans le véhicule des deux indélicats. A Nottingham ils prennent le train pour Grantham. Molly, fatiguée, faible, découragée, n'aspire plus qu'à se ranger. Elle ne veut plus passer ses nuits sur le bitume, ne plus être obligée à se méfier des policiers, des hommes trop entreprenants et des mauvais payeurs.

 

Malgré certaines longueurs, notamment les passages dans lesquels l'auteur s'efface, laissant libre court aux pensées de ses personnages, Poids lourd s'inscrit dans la catégorie très bon roman. Si la conduite des camions et quelques péripéties datent un peu, on retiendra toutefois les problèmes actuels des routiers toujours confrontés aux mouchards et aux impératifs horaires.

N'est pas vraiment représentatif d'une poids lourd !

N'est pas vraiment représentatif d'une poids lourd !

Curiosités :

Lors d'une "visite" d'une maison en pleine campagne, Matthews fauche trois bouteilles de whisky, mais il n'aura pas l'occasion d'y toucher. Si les différents protagonistes s'arrêtent fréquemment dans les bars et les cafés, c'est pour ingurgiter une quantité impressionnante de thé.

Poids lourd a été adapté au cinéma en 1938 par Arthur Wodds, un film inédit en France. A ne pas confondre avec le film homonyme tourné en 1940 par Raoul Walsh avec Humphrey Bogart et George Raft dans les principaux rôles et qui se déroule également dans le milieu des camionneurs.

 

Ce roman a été réédité dans la collection Carré Noir, N°75 le 23 aout 1972.

 

James CURTIS : Poids lourd (They drive by night - 1938. Traduction de François Grommaire et Henri Robillot). Série Noire N°111. Parution 1er décembre 1951. 254 pages.

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 14:43

Douce et verte Irlande !

Raphaël GRANGIER : I.V.

Leenane, joli petit port situé dans le Connemara, à quelques dizaines de kilomètres de Galway, n'avait jamais connu pêche si miraculeuse. Pour constater ce phénomène, Andrew Richards, de la police criminelle de Londres est même dépêché sur place. Il est vrai que ramener dans son filet un poisson humain n'est guère courant, surtout quand le corps a été déchiqueté au niveau du ventre et qu'une inscription y a été gravée : I.V. Normalement cette affaire incombe à la police irlandaise, et donc à Nuala Mc Feen, de la police du comté de Dublin. Mais la victime étant une ressortissante anglaise, il y a bien du travail pour deux.

D'autant que, lorsque Andrew Richards arrive sur place, l'effervescence règne sur les quais, effervescence qui n'est pas due à la présence de Nuala. Une jambe et deux doigts ont été ramenés dans un filet garni, et là encore sur le membre, l'inscription I.V. figure. Il ne s'agit pas d'un tatouage à la mode, et il faut en découvrir la signification.

Evidemment il ne faut pas s'attendre à ce que les deux policiers tombent immédiatement dans les bras de leur partenaire imposé. Mais bien faire contre mauvaise fortune bon cœur. D'ailleurs ils vont coucher dans le même hôtel, mais pas ensemble, je le précise au cas où vous auriez des idées de rapprochement incompatible entre deux représentants de nations ennemies. A la réception Andrew récupère une lettre contenant la liste du personnel embarqué à bord du Bloody Mary, le navire ayant récupéré le cadavre. Il est étonné que parmi l'équipage Irlandais figure un Anglais.

La victime, une touriste du nom de Mary Hogdson, venait de Liverpool et tandis qu'Andrew continue son enquête sur place, Nuala s'envole pour le port anglais, célèbre pour son groupe de rock, les Beatles. Selon le médecin légiste, les scarifications auraient été perpétrées à l'aide d'un harpon, et il reste des traces de graisse ancienne.

Une nuit Andrew aperçoit sur le bord de la falaise, de l'autre côté du fjord Killary, une silhouette semblant porter une charge. Le lendemain il fait part de sa vision nocturne à Nuala, mais la jeune femme ne s'intéresse guère à son propos, parlant d'une légende d'un sauvage. Andrews se rend de-ci delà, recueillant des informations, des témoignages. Une missive lui est même remise, signée par l'un des marin, un benêt parait-il, pourtant ce qu'il écrit intrigue fortement Andrews. Cette lettre évoque Brad, le marin anglais qui faisait partie de l'équipage et qui a disparu ainsi que du sauvage.

Alors Andrew décide de se rendre sur place de l'autre côté du fjord car à n'en point douter les corps ne sont pas venus de la mer mais ont été jetés du haut de la falaise. Il loue une barque puis grimpe le flanc abrupt du fjord. Pas pour rien puisqu'il découvre dans un sentier bordé de rocher quelques objets. D'abord un passeport au nom de Mary Hogdson et un morceau de plastique, puis plus loin un collier muni d'un pendentif. Le médaillon renferme deux photos. Au dos de l'une d'elle figure l'inscription P. Loughnane.

Ce nom va entraîner Andrews dans les années 1920, alors que les soldats anglais sévissaient dans le Connemara et toute l'Irlande, que des mercenaires, les Black and Tans torturaient les autochtones rebelles à la couronne. Patrick Loughnane était un indépendantiste et Andrews va découvrir son histoire en se rendant à Galway, au National Library.

 

Les fêlures, les fractures, les crevasses existent toujours même si apparemment les combattants de l'indépendance de l'Irlande ont signé un pacte envers leurs ennemis de longtemps, sinon de toujours, les Anglais. Et il était inévitable que les années noires du Sin Fein ressurgissent dans ce roman. Une trace indélébile marque à tout jamais leur histoire et même les plus jeunes en connaissent les soubresauts, tout comme d'autres contrées réagissent à une spoliation de leur indépendance, leur intégrité, leur liberté. On en a tous les jours la preuve avec la Catalogne, la Belgique déchirée en deux, et bien d'autres pays. Et l'auteur a construit son intrigue sur ces années noires, sans pour autant s'immiscer dans le conflit avec une vision partisane. Seulement il décrit les faits réels qui se sont déroulés avec leur lot d'exactions.

Si la première partie du roman est consacrée à la découverte des corps et au début de l'enquête entreprise par Nuala et Andrews, la deuxième partie plonge le lecteur dans une période trouble qui fascine et révulse à la fois. On ne peut s'empêcher de penser aux auteurs Irlandais tels que Liam O'Flaherty qui écrivirent avec passion le combat, leur combat. La troisième partie est consacrée à la suite de l'enquête, à ses retournements de situations et au dénouement final qui peut sembler banal mais n'est pas anodin.

Selon les situations le lecteur est confronté à une enquête d'énigme classique, à une reconstitution historique et à un épilogue ancré dans un quotidien ordinaire, tel que peuvent le vivre bon nombre de personnes mais qui ne laisse jamais indifférent. Entre classicisme, roman noir, roman social, I.V. joue sur plusieurs tableaux mais ne s'emmêle pas les filets de pêche dans les harpons du manichéisme. Chacun des protagonistes possède ses failles qu'il ne faut jamais négliger ou occulter.

 

Raphaël GRANGIER : I.V. Editions Paul & Mike. Parution le 30 octobre 2014. 308 pages. 16,00€.

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 08:46

Il faut toujours se méfier des couteaux, et même des seconds couteaux...

Richard Scott PRATHER : Un strapontin au Paradis

Dans le métier de détective privé, on en voit de toutes les couleurs. On peut s'attendre à effectuer toutes sortes d'enquêtes, mais Sheldon Scott n'aurait jamais imaginé qu'une jeune femme puisse requérir ses services pour la sortir, l'emmener danser et dîner en ville. Une proposition de travail assez bizarre mais Shell Scott a l'habitude de recevoir des clients déboussolés pour comprendre que ce genre de demande cache quelque chose de plus grave, de plus sérieux.

Georgia Martin est inquiète, sa jeune sœur Tracy a disparu depuis la veille et elle se doute d'un coup fourré. Pourtant elle ne peut avertir la police ni en dire plus à Shell. Ne peut ou ne veut.

Après une soirée mouvementée au El Cuchillo, une boîte de nuit dans laquelle se produisent des attractions dont un lanceur de couteaux, Shell et sa cliente sont pris en chasse par une voiture. Une poursuite qui se termine mal pour Georgia puisque celle-ci décède d'une indigestion de pruneaux. Avant de trépasser elle a néanmoins réussi à chuchoter quelques mots dont Narda et Tué.

Scott, désormais sur un terrain plus familier, sait maintenant ce qu'il lui reste à faire. Découvrir pourquoi sa cliente a été assassinée et retrouver Tracy. Il remonte la piste Narda, grand-prêtre d'une des nombreuses sectes qui fleurissent en Californie. Alors qu'il interroge Narda, deux tueurs, des jumeaux, font irruption et le séquestre dans une maison isolée où est déjà détenue Tracy. Ils réussissent à d'enfuir, tuant l'un des deux frères, et Tracy rentre chez son père.

Au El Cuchillo Lina est blessée par Miguel, le lanceur de couteaux et partenaire. Shell la recueille alors chez lui. Il repère un jeune homme sortant du temple u Monde Intérieur où officie Narda. Il s'agit d'un obscur écrivain qui, pour se faire de l'argent, rédige les sermons enflammés du grand-prêtre. Shell s'introduit subrepticement dans la chambre de Narda et subtilise les registres sur lesquels figurent les noms des fidèles ainsi qu'un verre à dent qu'il confie à son ami Sam, un policier, afin de procéder au relevé d'empreintes. Lors d'une nouvelle visite dans la boîte de nuit, Shell tue le second jumeau mais se fait blesser à la main par Miguel. Celui-ci, apparemment sous l'emprise de la drogue réussit à sa fondre dans la nuit. Shell trouve du réconfort auprès de Lina.

D'après le empreintes, figurant sur le verre, Narda et un certain Walter Press, truand notoire, ne font qu'un. Théoriquement l'escroc est décédé depuis un an et le signalement entre les deux hommes ne correspond pas.

 

Une histoire fort agréable à lire et menée rondement, par l'un des petits-maîtres méconnus du roman noir américain. A noter que les problèmes liés au trafic de la drogue et des sectes restent toujours d'actualité.

 

Curiosité :

Un strapontin au Paradis est le premier roman écrit par Richard S. Prather, le premier à être traduit en France et donc à la Série Noire et le premier dont Shell Scott est le héros. Malgré une quarantaine d'aventures et quarante millions de volumes vendus au Etats-Unis, Shell Scott et son père spirituel n'ont jamais eu les honneurs d'une adaptation télévisée ou cinématographique.

 

Richard Scott PRATHER : Un strapontin au Paradis

Réédition Carré Noir N°105. Parution le 15 février 1973. 3,80€.

 

Richard Scott PRATHER : Un strapontin au Paradis (Case of the vanishing beauty - 1950. Traduction de Maurice Tassart). Série Noire N°105. Editions Gallimard. Parution le 1er octobre 1951.

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 09:09
Jimmy STARR : Ma tête à couper.

A ne pas prendre au pied de la lettre...

Jimmy STARR : Ma tête à couper.

Organiser une réception au Palais du rire dans le parc d'attraction de Santa Monica, voilà qui n'est pas banal, mais peut se comprendre de la part d'une vedette de cinéma en quête de publicité, en l'occurrence Wilma Castle.

Mais que Joe Medford, le journaliste chargé de rendre compte de cette soirée tombe nez à nez avec un cadavre débouchant d'un toboggan à l'entrée même de la baraque foraine, voilà qui est pour le moins original. Curieux cadavre en effet que celui de la belle Lana Sutton, actrice de second plan, dont la tête décapitée a été rattachée à l'aide d'agrafes.

L'enquête est menée conjointement par Joe Medford et Harry Powell, dit Fer à cheval, agent de la brigade criminelle, malgré quelques dissensions entre les deux amis. Dolly Beal, journaliste au Tribune, Gene Gates, détective féminin de San Francisco, Gran Sutton, la grand-mère de la victime, octogénaire pleine de charme et de vivacité, riche qui plus est, croiseront le chemin parsemé d'embûches de Koe Medford dans cette enquête qui s'avère périlleuse pour le journaliste. Guy Sutton, père de la décapitée, personnage guère sympathique, Ransome, le fiancé, Malcolm Boyd, avoué, Puggy Black propriétaire du Palais du rire, complètent, entre autres, cette galerie de portrait.

Outre quelques bijoux, un saphir est particulièrement convoité par les différents protagonistes auxquels Joe est amené à se mesurer. La découverte dans le port d'une guillotine servant à la prestidigitation lui permet de reconstituer le puzzle.

 

Après un début prometteur et rapide, ce roman sombre quelque peu dans un ronron verbal, et certaines répliques supposées humoristiques et hilarantes tombent à plat. Heureusement le dénouement est rondement mené malgré certaines invraisemblances.

 

Citations :

 

Son expression est aussi neutre que celle d'une pucelle qui n'arrive pas à se décider.

 

Je trouve que les automobilistes mâles devraient se munir de pistolets à eau. Les cinglées du volant craindraient pour leur maquillage et se tiendraient plus tranquille.

 

Jimmy STARR : Ma tête à couper. (Heads you lose - 1950. Traduction de Maurice Tassart). Série Noire N°104. Editions Gallimard. Parution le 1er octobre 1951.

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 07:43
Bonne année à tous et à chacun en particulier !

1515 : Marignan. Une victoire ! Pour la France.

 

1815 : Waterloo. Une victoire, mais pour les autres...

 

2015 : La Série Noire célèbre ses soixante-dix ans d'existence, et moi mes trente ans de chroniques, radio, magazines, fanzines, et depuis quelques années j'alimente mon cybercarnet, autrement dit je blogue.

 

Aussi pour conjuguer ces deux derniers éléments, je vous propose à partir d'aujourd'hui et durant toute l'année, une notice par jour consacrée à un roman de la Série Noire. Ces chroniques avaient été rédigées, en partie, pour les cinq volumes des Années Série Noire parus d'octobre 1992 à mars 2000 (éditions Encrage) sous la direction de Claude Mesplède. Mais tout comme pour l'Année de la Fiction, ces résumés épluchaient les romans jusqu'au dénouement. Donc je les ai raccourcis, amputés, ne laissant que la présentation comme pour une chronique normale, avec parfois l'ajout de curiosités et de citations, afin d'en préserver le suspense.

Bonne année à tous et à chacun en particulier !

Cette rétrospective de la Série Noire n'occultera pas pour autant mon activité ordinaire : chroniques de romans inédits, de rééditions, ou encore d'ouvrages anciens puisés dans ma bibliothèque, car un livre ne meurt jamais !

Le plaisir de la découverte allié à celui de la redécouverte, le bonheur constamment renouvelé du lecteur...

 

Je vous souhaite une nouvelle année riche en belles et bonnes lectures ainsi qu'une santé florissante afin de profiter des livres que vous avez reçus à Noël ou ailleurs !

Bonne année à tous et à chacun en particulier !
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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 13:31

Bon anniversaire à Guy Charmasson, né le 31 décembre 1947.

Guy CHARMASSON : L'incroyable odyssée.

La Roue, astronef géant qui comporte en son sein quelques deux mille personnes, vogue depuis deux siècles dans l'espace. Deux mille migrants qui ont pour but de coloniser Aldéba, l'une des planètes d'Aldébaran.

En deux siècles bien des transformations, des mutations ont eu lieu dans ce navire interstellaire, mais surtout il fallait aux dirigeants exiger une discipline, sinon de fer, du moins assez stricte afin de pourvoir canaliser les besoins, les revendications, les humeurs de cette population de colons.

Gérard Fabre, jeune adolescent indiscipliné, oscille entre deux tendances, deux avenirs : celui de voyou et de la marginalisation, l'isolement, ou le statut de futur conseiller, de futur dirigeant.

Et l'on suit le parcours de cet adolescent qui s'emballe, se cabre assez facilement, mais possède certaines dispositions intellectuelles et morales. Proche du but, La Roue est soudainement plongée au cœur d'une pluie d'astéroïdes, de météorites.

Et alors que tout danger semblait écarté, un de ces astéroïdes percute l'astronef, l'endommageant, le déviant de sa trajectoire. C'est la confusion, la déception aussi parmi ce peuple qui avait placé toutes ses espérances dans une arrivée prochaine sur la terre promise. Mais pour Gérard Fabre, quelques chose cloche dans cette collision qui n'aurait jamais dû se produire.

Roman enlevé, jamais ennuyeux, L'incroyable odyssée s'inscrit comme une réussite dans la fidèle tradition des opéras de l'espace (space opera), et qui traite avec bonheur de la difficulté d'adaptation et de cohabitation d'une communauté en vase clos.

Guy CHARMASSON : L'incroyable odyssée.

Guy CHARMASSON : L'incroyable odyssée. Collection Anticipation N°1611. Editions Fleuve Noir. Parution Février 1988.

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 12:04

Bon anniversaire à Marcus Malte, né le 30 décembre 1967.

Marcus MALTE : La part des chiens.

Ils cheminent, l’un derrière l’autre, à la recherche de Sonia. L’un, Zodiac, est son époux tandis que l’autre, le polak, son frère jumeau. Ils se connaissent depuis leur toute tendre enfance, élevés par monsieur Canard et ses femmes successives, dans la tribu d’un cirque ambulant.

Monsieur Canard avait acheté Sonia, en prime il a hérité du polak, un enfant un peu niais, simplet. Mais c’était tout ou rien. Zodiac est arrivé et il a été pris sous la coupe d’un astrologue. Zodiac est tombé amoureux de Sonia, puis ils se sont mariés, selon la tradition. Mais Sonia ressentait parfois des envies de solitude, s’échappait du giron, pour plusieurs jours, puis revenait sans dévoiler où elle était allée et ce qu’elle avait fait. Mais cette fois Zodiac est persuadé que Sonia a été enlevée, et muni de maigres infos, il s’est lancé sur ses traces, à la recherche d’une étoile filante, mystérieuse, secrète et souvent inaccessible.

Le polak le suit comme son ombre et le duo commet de temps à autre de petits larcins, des détroussements sur des voyageurs solitaires, afin de subsister et rejoindre le port, là où on aurait vu Sonia. Ils font la connaissance du Nabot, propriétaire d’une salle de cinéma qui n’exploite plus depuis des années. Après des années de films en noir et blanc, la belle époque, puis la déchéance pornographique, le cinéma est devenu un sanctuaire de souvenirs, d’images nostalgiques mais également, peut-être, le point de jonction entre Sonia et Zodiac. Peut-être ! A moins que ce soit l’antichambre de l’enfer, enfer que n’a pas su prévoir Zodiac, malgré sa connaissance de l’univers et des écritures.

 

La part des chiens est tout à la fois une quête – quête de la femme, de l’amour, de la mort, de l’espoir et de l’espérance - et un récit onirique, voyage entre rêve et réalité.

Marcus Malte imbrique habilement le présent et le passé, construisant peu à peu une sorte de puzzle de la vie, vie qui ne peut être vécue qu’en symbiose avec les souvenirs. Des souvenirs forgés, transcendés, d’où ne résistent qu’à l’usure du temps que le beau, le bon.

Les œillères se sont plaquées dès le départ sur le cœur et ont tout annihilé du mal, le niant, le réfutant, l’ignorant délibérément ou non.

Petite phrase à méditer : “ Où vont les rêves qu’on ne fait plus ? ”.

Marcus MALTE : La part des chiens.

Marcus MALTE : La part des chiens. Collection Quatre-bis, éditions Zulma. Parution le 17 janvier 2003. 308 pages. Réédition Folio N°519. Parution le 11 septembre 2008. 304 pages. 6,80€.

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 12:02

A la recherche du temps perdu...

Jérôme BUCY : La maison des Enfants Rouges.

Rien ne prédisposait en ce jour de mars à ce que Marine se jette dans la Seine du haut d’un pont. Pourtant c’est qu’elle fait dans un accès de déprime.

Sauvée par un passant elle est confiée à un psychiatre qui tente de comprendre son geste et surtout de lui remettre sur les rails une mémoire défaillante, des souvenirs d’enfance qu’elle a occulté délibérément ou non. Sa mère est décédée alors qu’elle était encore gamine et à dix-huit ans elle a ressenti un besoin d’indépendance.

Elle est employée dans une librairie et loue un petit studio. Elle se rend à son travail en métro, toujours à la même heure, empruntant la même rame. Or, après son plongeon dans la Seine, elle remarque une petite fille solitaire, tout de rouge vêtue, et ce à plusieurs reprises. Puis la petite fille l’attend devant la librairie. Elle décide de la suivre jusqu’à une petite place perdue au cœur de Paris. Elle perd de vue la gamine mais une enseigne accroche son regard : Le marché des Enfants Rouges. Une affiche précise qu’une Association des Enfants Rouges vient d’être créée, présidée par une certaine Emilienne.

Elle rencontre cette Emilienne qui lui dévoile qu’autrefois existait à cet endroit un orphelinat dit Maison des Enfants Rouges, et que d’autres établissements similaires existent encore, dont une dans le Morbihan, tout près du Faouët. La vieille femme conseille même à Marine de s’y rendre de sa part et de se renseigner auprès d’une certaine Virginie. Dans la nuit une lettre est glissée sous sa porte, missive sur laquelle est retranscrite une comptine macabre, toujours en relation avec des Enfants Rouges.

Marine se rend donc en Bretagne ne sachant pas que se dresseront devant elle mystères, bouffées de souvenirs, coïncidences troublantes, le tout disséminé en un puzzle morbide qui peut-être lui fera recouvrer la mémoire sur des événements qui se sont déroulés lors de son enfance et lever un voile sur des disparitions, des accidents mortels qui pourraient être des meurtres.

 

Jérôme Bucy joue avec les nerfs du lecteur en distillant rebondissements sur rebondissements, lesquels s’inscrivent dans une atmosphère angoissante, parfois proche du fantastique, et diabolique. L’épilogue en forme de coup de théâtre est éblouissant, mais à mon avis ce roman aurait encore gagné à être resserré.

Jérôme BUCY : La maison des Enfants Rouges.

A noter que généralement, les éditeurs proposent d'abord un grand format puis rééditent en petit format. Ici, on assiste à la démarche inverse. Pour quel motif ? De plus le nombre de pages est réduit : révision de l'auteur ?

 

Jérôme BUCY : La maison des Enfants Rouges. Liv’Poche 58, Liv’éditions. Première édition le 25 mai 2004. Format poche. 320 pages. Réédition Grand Format. 31mars 2009. 224 pages. 20,00€.

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 10:31

Ils n'étaient pas fils de communistes...

Claude IZNER : Le secret des Enfants-Rouges.

Dérangé dans sa lecture d’une lettre que lui a transmise Iris, la fille de Kenji Mori, l’un de ses patrons, l’autre étant Victor Legris, bouquinistes à Paris, Joseph ne prête guère attention au client qui lui remet sa carte de visite à défaut de pouvoir rencontrer Kenji.

L’amour rend aveugle, tout au moins déconcentre et le bristol atterrit au fond du porte-parapluie. Le lendemain, Victor découvre que l’appartement de Kenji a été dévasté, comme si un ouragan était passé par là. Outre deux volumes, l’un fort rare, l’autre étant quantité négligeable, le voleur s’est emparé d’une coupe qui a plus valeur sentimentale que financière.

Cette coupe est composée de la calotte crânienne d’un singe fixée sur un trépied de métal enjolivé de trois brillant et d’un faciès de chat aux prunelles figurées par deux agates jaspées. Bref, soit le cambrioleur s’est précipité sur n’importe quoi, soit la coupe l’intéressait pour un motif difficilement compréhensible.

Joseph a bien un soupçon concernant la façon dont le voleur s’est procuré les clefs, mais il “ oublie ” de le signaler à l’inspecteur venu constater le vol. La coupe avait été léguée à Kenji par un Ecossais, dont il avait fait la connaissance des années auparavant lors de voyages dans le sud-est asiatique, et transmise lors du décès du naturaliste par sa sœur. Or, coïncidence bizarre cette digne personne vient d’être la victime d’un rôdeur.

Chacun de leur côté, puis conjointement, les trois compères vont enquêter à la poursuite, non pas du diamant vert mais de cette coupe qui semble maléfique. Une sorte de rallye qui les conduit de place en place jusqu’à la foire à la ferraille, marché de la brocante sis à la Bastille, avec des stations ponctuées de cadavres.

 

Cette quatrième enquête du bouquiniste Victor Legris et de son employé Joseph, lequel rêve de devenir écrivain de romans populaires à succès, s’avère tout aussi passionnante que les précédentes mais avec toutefois une impression de déception.

Le titre ne colle pas tout à fait à l’intrigue, contrairement au roman de Jérôme Buci qui lui aussi traite du mystère des Enfants-Rouges (La maison des Enfants-Rouges, Liv Editions), cet hospice pour enfants orphelins dont la particularité était de tous porter des habits rouges et qui se situait au 41 rue du Temple, une courette dans laquelle est également installé également un marché.

Quelques longueurs aussi heureusement compensées par cette description littéraire, artistique; culturelle, géographique d’un Paris qu’eut enchanté un Léo Malet par exemple et tous ceux qui habitent ou ont résidé dans la capitale. En filigrane deux autres histoires, d’amour celles-là, entre Victor et Tasha, avec son lot de jalousies et de Joseph et Iris. En espérant que le prochain volume sera plus musclé, une lecture recommandée quand même.

Claude IZNER : Le secret des Enfants-Rouges. Collection Grands Détectives N°3682, éditions 10/18. Parution le 16 septembre 2004. 320 pages. 7,50€.

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