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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 08:19
Antoine DOMINIQUE : Le Gorille et les Pelouseux.

Une pêche en eau trouble !

Antoine DOMINIQUE : Le Gorille et les Pelouseux.

Recommandé par un certain Pépé, Géo Paquet dit le Gorille est hébergé par les Minjoz, Henri et Yasmine, un couple de Pelouseux (voir curiosité). Ceux-ci vivent dans une casemate désaffectée comme bon nombre d'habitants de la région des environs de Boulogne sur mer, entre mer et fleuve côtier.

Lorsque l'eau monte, lors des marées ou par trop de pluies, ils se réfugient chez des compagnons. Ce qui se passe le jour même, ou plutôt la nuit même. Henri, Yasmine et Géo, devant la menace d'inondation investissent la maison de bois de Léopold Laballoux qui vit avec ses deux femmes, Irène et Titine. Léopold, comme pratiquement tous ceux de la région, est anarchiste et le simple fait de supposer Géo traqué par la police lui suffit.

Irène, nymphomane et prostituée occasionnelle, entretient sa libido en couchant avec des Noirs Américains qui travaillent à la fonderie de Rasdick, une usine toute proche spécialisée dans la fabrication de pipe-line. Justement ce soir-là la police et les gendarmes quadrillent la région. Un manœuvre Arabe de l'usine a été découvert mort, assassiné.

Géo, obligé de déguerpir, trouve une nouvelle famille d'accueil chez les Pontet, mais la crasse qui y règne le rebute. D'où un quatrième hébergement, chez Floquot, un ancien souffleur de verre. Géo n'a mis personne au courant de sa mission, non pas parce qu'il a peur des fuites, mais afin d'éviter des ennuis à ces braves gens. Se relevant nuitamment, Géo est assailli par trois hommes : Truittard, Vallieux et Nacunœil, alertés par Floquot. Géo s'en tire sans trop de dommage mais sa conviction est faite. Floquot et ses acolytes sont à l'origine des tentatives de sabotages de l'usine de pipe-line qui doit livrer des tuyaux à Israël. Des sabotages imputés à tort à des anarchistes.

Dès lors un véritable chassé-croisé commence entre Floquet et ses sbires d'un côté, Géo et les anars de l'autre. Truittard, Vallieux et Nacunœil soudoient un jeune Oranais et le chargent de mettre le feu à la fonderie. Leur entreprise ne réussit qu'à moitié. L'incendie est rapidement circonscrit et le S.R. américain sur la brèche.

 

Cette nouvelle aventure du Gorille, la vingt-huitième, à la trame bien mince et dont la mission est dévoilée peu à peu, comme à regret, ne vaut que par l'incursion dans le monde des anarchistes et des Pelouseux. Des anarchistes d'ailleurs bien pacifiques, pratiquant le gandhisme. Dans l'ensemble une histoire laborieuse, qui dégraissée aurait pu fournir matière à une nouvelle.

 

Curiosités : Les Pelouseux ramassent les pelouses, des vers semi-marins, velus et ressemblant à des mille-pattes, qu'ils expédient aux pêcheurs méditerranéens.

Antoine Dominique utilise un mélange de français, d'argot et d'anglicisme. Comme si tous ces vocabulaires n'étaient pas assez riches, il crée des néologismes : Siouxement, sieston... quant au Gorille, visiblement il s'essouffle.

 

Citation :

Pourquoi les anars sont-ils maigres ? Rongés par l'idéal.

 

Antoine DOMINIQUE : Le Gorille et les Pelouseux. Série Noire N°397. Parution octobre 1957.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 13:46

Pas tout à fait, Lindsay Boxer est enceinte....

James PATTERSON & Maxine PAETRO : 12 coups pour rien.

Après un premier chapitre ambigu et tendancieux sur lequel je reviendrai, entrons dans le vif du sujet, ou plutôt sortons le sujet. La petite Julie vient de naître dans des conditions orageuses chez sa mère Lindsay Boxer.

Lindsay ne l'avait pas vue venir, bon d'accord à quarante ans on sait si on est enceinte ou pas quoique parturiente primipare, mais elle n'avait pas ressenti les contractions annonciatrices de l'événement. Lindsay parvient à téléphoner à son amie Claire, médecin légiste, avant que la batterie rende l'âme et les pompiers arrivent en force afin de juguler le dégât des eaux. Trois semaines plus tard, la petite Julie rechigne à se sustenter, à dormir, et pleure sans arrêt. Mais la vie continue inexorablement.

Pour Yuki Castellano, assistante du procureur de San Francisco, débute un procès qui n'est pas gagné d'avance, elle le sait, mais elle pense avoir en main tous les atouts nécessaires pour faire condamner Keith Herman. Keith Herman était un avocat véreux, radié du barreau, défenseur d'individus aux mœurs plus que discutables, et qui gagnait ses procès en faisant pression sur les témoins de l'accusation, leur promettant même une place au Paradis s'ils parlaient. Mais il est accusé d'avoir tué sa femme et sa fille. Sa fille n'a pas été retrouvée, quant au corps de sa femme il avait été découpé puis enveloppé dans plusieurs sacs poubelles, plus facilement transportables. L'avocat de Herman, Kinsela n'est guère mieux question respectabilité et lui aussi procède à de la subornation de témoins. La partie entre Yuki et Kinsela n'est pas gagnée pour la jeune femme, mais elle n'est pas perdue non plus. Du moins c'est ce qu'elle espère.

Dans le commissariat où est affectée Lindsay, l'inspecteur Rich Conklin reçoit Perry Judd, professeur de littérature anglaise à Berkeley. L'homme déclare avoir assisté au meurtre d'une jeune femme blonde dans un supermarché. Il donne des détails concernant cette cliente, cheveux blonds, un collier de fausses perles de couleur verte, des ongles de pieds recouverts de vernis bleu clair dépassant de ses sandales et autres éléments, tout en citant des extraits de romans dont L'Etranger de Camus ou encore La Nausée de Sartre, auteurs inconnus du policier. Elle a reçu une balle dans le dos puis deux autres au niveau de la poitrine lorsqu'elle s'est retournée. Il n'a pas vu le visage de l'assassin, ne sait pas s'il y avait des témoins, pour cause, c'est un rêve qui l'a perturbé la nuit précédente. Conklin est persuadé qu'il est en face d'un dérangé et il préfère jeter l'éponge ou plutôt son stylo sur la table. Mackenzie Morales, une séduisante stagiaire qui est sur le point d'obtenir son doctorat en psychologie criminelle s'intéresse à ce témoignage. Mais elle partage le point de vue de Conklin, ce témoin est en plein délire.

Lindsay est intéressée par un article journalistique écrit par son amie Cindy. Il concerne la mort de Faye Farmer, jeune et célèbre styliste retrouvée dans sa voiture garée à un croisement. Une balle en pleine tête, en général, cela ne pardonne pas. Claire, la légiste qui a aidé téléphoniquement Lindsay, veut procéder à l'autopsie de Faye Farmer, seulement un imprévu l'empêche de faire son boulot : le cadavre a disparu. Comme Faye était morte, un fait avéré, elle n'a pu partir toute seule, donc quelqu'un a subtilisé son cadavre. Une nouvelle affaire sur les bras de Conklin, le lieutenant Brady et les policiers du groupe.

Comme Julie n'arrête pas de pleurer la nuit et que cela perturbe son sommeil, Lindsay décide en accord avec Joe, son compagnon pour l'heure en disponibilité et père de la gamine, de reprendre le travail. Au moins cela la changera. De toute façon les activités ne manquent pas. Une cliente vient d'être assassinée à la caisse d'un supermarché, exactement ou presque comme dans le rêve du professeur Judd. Ainsi il s'agirait bel et bien d'une prémonition, d'autant que l'universitaire possède un alibi en bonne et due forme, pas trafiqué. A l'heure où le meurtre s'est déroulé, il était entouré d'élèves. Pis, il se représente à nouveau au commissariat afin d'exposer le nouveau rêve qu'il a eu. La conductrice d'un bus est assassinée, selon lui. Une blonde. Or, cela se produit effectivement, au détail près que la femme abattue est une Noire.

James PATTERSON & Maxine PAETRO : 12 coups pour rien.

Lindsay et ses collègues et supérieurs sont donc confrontés à trois affaires à résoudre. Le meurtre de la styliste, ceux rêvés et réels prédits par le professeur Judd sans oublier le procès de l'ex-avocat Keith Herman. Car son défenseur Kinsela parvient à retourner les témoignages, alors que de nouveaux coups de théâtre surgissent en plein procès.

 

Un roman mené tambour battant qui insensiblement fait penser dans sa construction et son atmosphère à deux anciens maîtres du roman policier : Erle Stanley Gardner et Ed McBain. En effet, les effets de manche dans le tribunal, les déclarations des témoins, leurs revirements, les objections lancées aussi bien par la procureur Yuki ou l'avocat de la défense rappellent les histoires dans lesquelles Perry Mason est impliqué, à la différence près que Yuki doit prouver la culpabilité de l'accusé et non démontrer son innocence. Ce procès se déroule tout au long du roman, placé en alternance avec les deux autres intrigues qui elles nous font songer à l'ambiance du 87th precinct d'Isola d'Ed McBain avec comme héros emblématique Steve Carrella. Lindsay joue le rôle de Carrella, et tout autour d'elle évoluent ses collègues, avec leurs affaires familiales et leurs histoires de cœur. Lindsay, Claire, Cindy et Yuki sont amies et se retrouvent environ un soir par semaine dans un bar, constituant le Women's Murder Club. Et elles sont toutes plus ou moins en couple avec des policiers de la brigade de Lindsay. Parfois, il y a des accrochages entre couples, des velléités d'infidélité. Et Lindsay est inquiète au sujet de Julie qui ne prend pas de poids, ne dors pratiquement pas, pleure sans arrêt, bref une auscultation avec un homme de l'art est envisagée. Mais quel sera le verdict ?

 

Au fait, ce fameux chapitre que j'ai évoqué en début de chronique : Lindsay est réveillée en pleine nuit par des bruits de tonnerre. Les éclairs zèbrent le ciel. Première phrase : Je fus tirée du sommeil par une forte détonation, comme si un coup de feu avait retenti près de mon oreille. Bon, pour l'instant rien de bien spécial me direz-vous, mais attendez la suite : Ebahie par la violence de l'orage, je mis plusieurs secondes avant de prêter attention à la douleur qui irradiait depuis mon ventre. Une douleur insoutenable. C'était ma faute. Je n'aurais jamais dû me gaver de haricots à la sauce mexicaine au dîner... Non, ce ne sont pas les haricots qui lui procurent des flatulences sonores, mais bien la petite Julie qui fait des galipettes dans le ventre de sa mère, peut-être apeurée par l'orage et ses déflagrations. Et comme Lindsay ne ressent pas à priori de contractions, elle se pose des questions dans la nuit, car l'électricité est coupée.

James PATTERSON & Maxine PAETRO : 12 coups pour rien. James PATTERSON & Maxine PAETRO : 12 coups pour rien.

Bref un roman qui alterne humour et dramaturgie, aux chapitres courts, vifs, et qui peu à peu laisse monter un suspense insoutenable tant au niveau professionnel que familial, et dont l'épilogue laisse une porte entrouverte à de nouveaux rebondissements, pour peu que les auteurs le jugent utile. Certains confrères jugeront sans aucun doute que cette histoire est prémâchée, prédigérée, voire formatée. Peut-être, mais ce que j'ai ressenti personnellement c'est un grand plaisir de lecture. Le genre de livre que l'on dévore à peine entamé, qui ne procure en aucun cas ennui et bâillements, et donne l'envie d'en lire d'autres du même acabit. En comme c'est le douzième de la série du Women's Murder Club, d'autres heures de plaisir sont en vue grâce au rattrapage.

 

James PATTERSON & Maxine PAETRO : 12 coups pour rien. (12th of never - 2013. Traduction de Nicolas Thiberville). Collection Suspense & Cie. Editions Jean-Claude Lattés. Parution le 5 novembre 2014. 320 pages. 22,00€.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 07:54
Harry WHITTINGTON : T'as des visons !

Une femme qui porte un manteau de fourrure, c'est ce qu'on appelle une femme à poils ?

Harry WHITTINGTON : T'as des visons !

Depuis un an qu'il travaille comme garçon laitier à la Gorten Milk Company, Sam Maynard pense pouvoir se refaire une virginité. Ce n'est pas le boulot qui le rebute. Debout tous les jours à trois heure du matin pour livrer les bouteilles de lait, il cravache pour grimper l'échelle sociale. Quatre ans passés en taule lui ont suffit. Son ambition, économiser assez d'argent afin de se marier avec Loïs, une jeune fille simple même si son père ne l'a pas à la bonne.

Un matin, sa tournée terminée, une note de service l'attend. Il doit rencontrer une nouvelle cliente. Tout son passé lui revient à la figure telle une immense claque qui le laisse déboussolé. Sa cliente n'est autre qu'Eva, celle par qui et pour qui il est allé en prison. Une erreur de jeunesse. Une amourette. Mais Eva était inaccessible, sous la domination de Collie Kohzak avec qui Sam effectua quelques casses pour boucler ses fins de mois d'étudiant universitaire fauché.

Eva le vampe, lui promet d'être très gentille avec lui, s'il vient le soir à un rendez-vous. Sam refuse catégoriquement mais à l'heure dite il sonne à la porte d'Eva, soi-disant pour mettre les choses au clair. Mauvaise surprise, Kohzak l'attend, et lui intime l'ordre de l'aider à cambrioler la laiterie, sinon il le dénoncera pour le braquage non élucidé d'une bijouterie.

Sam est coincé. Entre aider à voler la paie des ouvriers de la laiterie ou retourner en prison, il n'a guère le choix.

Maynard oscille entre deux femmes. Eva, la maîtresse, ou plutôt selon ses dires l'ex-maîtresse de Kohzak, qui rêve de se faire offrir un manteau de vison, et Loïs, la pure jeune fille d'origine bourgeoise. Il hésite également entre deux solutions : ou aider Collie Kohzak dans son entreprise, ou le dénoncer, et se dénoncer par la même occasion, auprès de Del Lantis, le policier local qui ne perd pas de vue ses faits et gestes.

 

Une fois de plus, comme dans bon nombre de romans de cette époque dus à ceux qui furent surnommés la deuxième génération du Hard Boiled, et plus particulièrement les auteurs du sud des Etats-Unis, Day Keene en tête, le Bien et le Mal sont incarnés et mis en opposition par deux femmes qui, par amour ou par calcul, s'arrachent le même homme. Celui-ci se débattant dans de complexes problèmes de conscience.

 

Curiosité :

Ce roman policier dans lequel évoluent mauvais garçons et policiers ne comporte qu'une seule scène, finale, où des coups de feu sont échangés. Kohzak et Sam Maynard sont blessés mais aucune victime n'est à déplorer. Quant au casse, il avorte grâce à l'ingénieux système de Del Lantis le policier. Un piège que le lecteur perspicace peut éventer sans trop de difficulté.

 

Harry WHITTINGTON : T'as des visons ! (Mink - 1956. Traduction de G. Sollacaro). Série Noire N° 361. Parution Mars 1957. 190 pages.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 16:14

A l'Est y a du nouveau !

Zygmunt MILOSZEWSKI : Les impliqués

Quoi de plus reposant, de plus serein, de plus calme, de plus indiqué qu'un ancien monastère pour suivre une thérapie de groupe, une constellation familiale selon la formulation du psychiatre Cezary Rudzki.

Il a réuni quatre personnes pour un week-end et ses patients couchent dans des cellules séparées et austères. Monacales en un mot.

Seulement le samedi matin, l'un des participants est retrouvé mort, une broche à rôtir enfoncée dans l'œil droit. Le procureur Teodore Szacki est en charge de l'affaire, assisté du commissaire Oleg Kuzniecov. La piste du suicide est envisagée car un tube de somnifère a été retrouvé dans la cellule du mort. Seulement il faudrait un courage inconscient à un individu pour s'enfoncer ainsi un objet pointu dans un globe oculaire.

Teodore Szacki interroge les différents participants à ce jeu de rôle particulier au cours duquel chaque personne interprétait un membre de la famille du sujet soumis à la thérapie. Et lorsqu'il n'y avait pas assez de monde, des chaises jouaient le rôle de figurants. D'ailleurs Cezary Rudzki montre au procureur une vidéo qui a été enregistrée le samedi, Henryk Telak étant confronté aux autres membres de cette réunion. Telak, directeur de la société Polgrafex, une imprimerie, avait perdu deux ans auparavant sa fille qui s'était suicidée. Son fils plus jeune est atteint d'une maladie cardiaque qui lui laisse peu d'espoir de survie. Et l'une des participantes devait jouer justement le rôle de la fille de quinze ans.

Alors qu'il attend Hannah Kwiatkowska, trente cinq ans, les autres patients étant Barbara Jarczyk, soixante ans, et Ebi Kaim, quarante ans, une jeune femme s'introduit dans le bureau deTeodore. Elle se présente comme étant Monika Grzelka, une journaliste qui d'habitude couvre les faits-divers et dont c'est la première fois qu'elle doit rédiger un papier sur une affaire criminelle. Fort avenante Monika impressionne Teodore qui, s'il n'en perd pas se moyens, se promet fort de la revoir. D'ailleurs c'est ce que Monika demande, puisqu'elle doit couvrir l'affaire.

Les dépositions des témoins, où plutôt des membres du groupe de thérapie, puisque personne n'a assisté au meurtre, madame Jarczyk ayant découvert le cadavre dans une crypte, une fois enregistrées, c'est au tour du thérapeute de donner sa version des faits. C'est lors de cet entretien que le procureur visionne la vidéo.

Mais Teodore n'a pas que cette affaire sur les bras et sa supérieure lui demande instamment de se dépêcher sans pour autant boucler le dossier et le classer sans suite. Au cours des funérailles auxquelles il assiste, il lui semble que la femme du défunt et son fils ne sont guère affligés.

 

Attardons nous maintenant sur Teodore Szacki et sa vie familiale. Avec Weronika, sa femme, avec laquelle il vit depuis quatorze ans, d'abord en union libre puis le mariage, ce n'est plus la fougue des débuts de leur liaison. Seule sa fille, Hela, sept ans, compte pour lui. Presqu'une relation fusionnelle. Mais à bientôt trente six ans, il se sent fatigué, vieux avant l'âge. Ses cheveux sont blancs, car il a pensé perdre Hela quelques années auparavant, et ces histoires de suicides ne sont pas là pour lui redonner le moral. Toutefois son attirance envers Monika ne se dément pas, et la jeune femme semble prendre un malin plaisir à le provoquer. Ils se donnent rendez-vous dans des cafés, dans un parc qu'il fréquentait souvent enfant et correspondent par mails. Mails qu'il efface soigneusement et dont il impute la faute à son travail lorsque sa femme est là. Mais il ne roule pas sur l'or et il lui faut calculer ses dépenses, afin de ne pas mettre en péril la comptabilité du ménage. Il est également un adepte des jeux vidéos.

 

Teodore se pose de nombreuses questions sur le meurtre de Talek. Par exemple, la découverte de grilles de loto, et plus particulièrement une combinaison qui figure sur chaque bulletin : 7, 8, 9, 17, 19, 22 (tentez votre chance !) et il est persuadé que ces numéros n'ont pas été choisis au hasard. En relisant les rapports, les dépositions, en discutant avec le policier Oleg Kuzniecov, il a l'impression qu'un élément lui échappe. Cette pensée le taraude mais il n'arrive pas à mettre le doigt, façon de parler, dessus. D'autant qu'en parallèle il doit s'occuper d'autres affaires, des dossiers en souffrance. En reprenant les numéros de loto, il pense qu'il pourrait s'agir de dates, aussi il se plonge dans des archives, compulsant d'anciens journaux. Les numéros fétiches de Talek doivent se référer à des épisodes du passé, mais lesquels ?

Peu à peu, ce qui n'était au départ qu'un roman d'énigme, quatre personnes cloitrée dans un lieu clos, chacune d'entre elles pouvant être considérée comme le ou la coupable idéale, se transforme en roman historique. En effet il faut à Teodore se plonger dans le passé de la Pologne, celle d'avant la chute du mur de Berlin, et s'intéresser au fonctionnement des services politiques et sécuritaires. Car, comme le fait si bien remarquer un de ses interlocuteurs, un historien, les services de sécurité s'ils ont été abrogés, les hommes qui en dépendaient n'ont pas pour autant été chassés. Il consulte également un collègue de Cezary Rudzki afin d'avoir un avis différent. Et Teodore ne sait pas qu'un vieil homme suit de loin son enquête.

 

On appréciera la visite guidée de Varsovie, un parcours semé de monuments mais sur l'architecture desquels l'auteur ne s'appesantit pas trop afin de distraire le lecteurs de l'intrigue. Quelques réparties humoristiques sont placées ça et là afin de détendre l'atmosphère, comme dans la vie courante, de même que la scène du supermarché où Teodore effectue ses emplettes sent le vécu.

L'histoire se déroule du 5 juin 2005 au 17 juin 2005, avec une impasse sur les 12 et 16 juin, chaque date équivalant à un chapitre et se clôture le 18 juillet de la même année. Chaque chapitre est précédé de brèves de journaux, décisions politiques, faits divers et culturels du monde et de la Pologne, météo du jour. Ce qui permet de se remémorer certains événements.

Si des auteurs polonais ont déjà été traduits en France, dans le domaine de la SF notamment avec Konrad Fialkowski dans la collection les Best-sellers de la Science-fiction au Fleuve Noir, c'est à ma connaissance la première fois qu'un auteur de romans policiers l'est.

 

Zygmunt MILOSZEWSKI : Les impliqués (Uwiklanie - 2007. Traduit du polonais par Kamil Barbarski). Première édition Editions Mirobole. Réédition Pocket le 8 janvier 2015. 472 pages. 7,90€.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 12:19
Thomas CHASTAIN : Le retour de Perry Mason

Hommage à Thomas Chastain, né le 17 janvier 1921.

L'avocat a mûri...

Thomas CHASTAIN : Le retour de Perry Mason

Certains héros de romans policiers sont tellement appréciés du public, ont une telle présence, un tel impact, entretenus de plus en plus par le cinéma et la télévision, que lorsque leur créateur décède, ils ne peuvent le suivre dans la tombe.

Ainsi en est-il pour Sherlock Holmes, de Raffles, d'Hercule Poirot, mais aussi de Philipp Marlowe et maintenant de Perry Mason. Perry Mason, célèbre avocat californien toujours dévoué à ses belles clientes et assisté de la fidèle Della Street.

Nous le retrouvons avec quelques années de plus, ayant à ses côtés sa secrétaire Della et pour le seconder dans ses démarches le fils du détective Paul Drake, Paul Drake junior. Et l'affaire dont il a la charge ne départit pas au scénario habituel : il doit défendre une jeune femme, Laurel Adrian, accusée d'avoir trucidé son richissime mari. Un décès qui vient à point puisque le couple était en instance de divorce et que de plus Gilbert Adrian devait supprimer le nom de son épouse sur les tablettes de l'héritage.

 

Affaire classique donc pour Perry Mason et ténébreuse à souhait et si le roman de Thomas Chastain est solidement construit, il y manque cependant une petite touche particulière à Erle Stanley Gardner. Le charme et la magie n'opèrent pas tout à fait. Trop de rigueur peut-être et certaines longueurs parfois dans le déroulement de l'enquête qui font que l'on ne retrouve pas la patte du créateur de Perry Mason.

Un texte plus concis et quelques touches d'humour auraient rendu plus fidèlement l'atmosphère, il me semble.

Mais ne boudons pas notre plaisir et nous aurons l'occasion de retrouver Perry Mason dans de prochains romans de Thomas Chastain, pour peu que l'auteur récidive dans cette voie en empruntant un personnage éminemment sympathique.

 

Thomas CHASTAIN : Le retour de Perry Mason (Perry Mason in the case of too many murders - 1989. Traduction de Laurette Brunius). Série Noire N°2233. Parution le juin 1990. 256 pages. 7,10€.

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 14:02

Bon anniversaire à Jean-Jacques Busino né 16 janvier 1965.

Jean Jacques BUSINO : Un entretien.

Le business de Busino

A l'origine la collection Rivages/Noirs ne devait être consacrée qu'à des auteurs noirs américains, connus ou non. Louable intention qui nous réserva de bonnes et belles surprises ou révélations telles que Chesbro, Ellroy, Willeford, Bunker, et quelques autres dont la liste serait plus fastidieuse à énumérer que de lire leurs romans, qui permit la traduction intégrale des œuvres d'auteurs cultes comme Thompson, Goodis et qui confirma de réels talents que d'autres éditeurs négligèrent, ne pouvant continuer à alimenter les éventaires des libraires à cause de difficultés financières ou jetant l'éponge par manque d'ambition.

Ainsi Tony Hillerman, Marc Behm, et des intrus comme De Wetering ou Robin Cook, qui devinrent pensionnaires à part entière. Les frontières s'ouvrirent alors sans difficulté à des romanciers dont la nationalité ne prédisposait pas de prime abord à ce genre de littérature mais qui surent s'affirmer comme de réels talents, attisant la convoitise de maisons d'éditions qui lorgnèrent vers les Amériques Centrale et du Sud. Voir Paco Ignacio Taïbo El Secundo dont la primeur de la découverte revient toutefois à l'évanescente revue Nouvelles Nuits. L'intrusion, presque sournoise, d'auteurs français se fit par la bande. Hugues Pagan ouvrit une brèche dans laquelle s'infiltra après mûre réflexion Marc Villard, bientôt suivi par Tonino Benacquista, Michel Quint ou Michel Lebrun. Que des auteurs confirmés. L'idée européenne creusait son chemin en catimini, relayée par les ardentes féministes, et Pieke Biermann marchait glorieusement sur les ruines du mur de Berlin. Coincée entre l'Allemagne, la France et un transfuge d'origine italienne, La Confédération Helvétique boudait et trouva la parade en proposant sur les fonds baptismaux de l'Europe naissante et polardeuse, un francophone inconnu: Jean Jacques Busino. Son roman Un café, une cigarette arrachant des larmes àMargot, pourtant habituée à la noirceur de ses lectures, nous avons décidé de faire plus ample connaissance avec ce personnage trublion par le truchement d'une correspondance dont parfois l'humour détonne en comparaison de la noirceur de son livre.

Retrouvailles à Naples entre André, seize ans, qui a quitté la Suisse pour revoir sa fille Poupi, et Massimo, guère plus âgé, chef de bande. Ils vont accueillir dans une maison délabrée quelque quatre-vingts orphelins, leur fournir un toit, leur donner à manger, leur apporter l'espérance de constituer ensemble une famille et contrer la toute puissante Mafia sur ses terres. Une histoire qui oscille entre les aventures d'Oliver Twist, le documentaire implacable sur le monde du crime napolitain et la révolte d'enfants confrontés à des adultes qui ne s'embarrassent ni de principes ni d'états d'âme.

 

Qui est Jean Jacques Busino ?

Je suis né en Suisse le 16 Janvier 1965 d'un père et d'une mère Italienne. (Concevez que cela aurait pu être autrement, peut-être pire, par exemple d'une mère noire et d'un colon Israélite). J'ai suivi une scolarité médiocre et fort peu instructive en usant mes fringues sur des bancs blancs d'où je rêvais de monde Léonien et Eastwodien.

Actuellement J.J. Busino est disquaire. Parallèlement il s'occupe de production musicale et possède un studio d'enregistrement . La littérature et la musique sont complémentaires pour Busino qui ne conçoit pas l'une sans l'autre. Il utilise la musique comme stimulateur. Mais qu'est-ce qui l'a amené à écrire ?: 

Entouré de conteurs de génies, j'ai écouté des histoires d'un autre âge et d'une autre époque. Plus tard j'ai remarqué que ces conteurs étaient des pourvoyeurs de réalités. Alors je me suis demandé si ces conteurs étaient des menteurs ou des poètes... J'ai cru que mon père mentait, que les bons ne gagnaient jamais et que les faibles étaient toujours plus faibles. Les poux font des poux et les sous font des sous. Le monde qu'on m'avait fait miroiter n'était que du domaine du rêve et la réalité avait une odeur de faisandé. Dans la musique où je martyrise plusieurs instruments, j'ai recherché les sons qui expriment la rupture. J'ai toujours continué d'écrire, toujours plus, toujours plus vite. L'écriture est un vice qui vous empêche de dormir et d'aimer. Malgré ces certitudes, j'ai cédé aux charmes d'une femme et à l'attrait de la procréation. J'ai ressenti la même joie que Dieu lors de la naissance de mon fils que je n'ai pas laissé sans petite sœur. Imaginer une ville, un monde créer des humains revient à se prendre pour Dieu. Vous faites et défaites des vies en fonction de vos envies et de vos humeurs.

Jean Jacques BUSINO : Un entretien.

L'écriture pour J.J. Busino est une activité annexe qui lui prend la plupart de son temps et Un café, une cigarette n'est pas son premier roman. Il en a déjà écrit 9 ou 10 qu'il a systématiquement jeté à la poubelle.

Depuis dix ans, j'ai du faire naître des dizaines de monde différents jusqu'à ce que ma femme me demande de ne pas les jeter. Pour lui faire plaisir, j'ai fais lire le manuscrit à d'autres personnes qui y ont trouvé Dieu sait quoi. Monsieur Guerif, qui pourtant a l'air d'un homme sérieux, s'est joint au concert de voix qui m'encourageait à publier et j'ai accepté. Dorénavant, j'enverrai mes manuscrits à Rivages plutôt que de les mettre à la poubelle. Monsieur Guerif a reçu deux manuscrits, dont il dispose à sa convenance, et je finis un autre livre en travaillant sur La dette du Diable. Je ne souhaite pas à mes pires névroses de vivre le moment où il faut mettre le mot fin à quelque chose qui ne l'est jamais. Mes histoires sont de purs produits de mon "imagination" et, comme tel, sont des histoires vraies. La réalité se perd et les couleurs s'estompent. Il ne restera que le Noir. Il y aurait tellement de choses à dire. La littérature noire est un bon prétexte. Je choisis un de mes problèmes et je l'illustre par une histoire qui arriverait à quelqu'un d'autre. Après neuf mois de grossesse et d'innombrables recherches et vérifications, je tape le texte que je ne retravaille presque pas - la plupart des phrases ont été préparées à l'avance. Puis je perds le contrôle de mes écrits et si cela peut faire plaisir, rire ou amuser quelqu'un, Monsieur Guerif aura mérité sa place chez les grands.

Comment est né Un café une cigarette, comment naît un roman en général ? La question type dans un entretien et à laquelle l'auteur est parfois bien en peine de répondre.

Je ne sais pas si je peux encore me souvenir de comment est né Un café une cigarette. Je vais essayer de vous expliquer sans me poser la question si cela peut avoir un sens pour quelqu'un d'autre. J'ai commencé ce livre il y a environ cinq ans. Je cherchais deux réponses. Peut-on, au nom d'une cause, faire n'importe quoi ? Et quelles sont les motivations des personnes qui pensent faire des choses "pour les autres". L'histoire en gros m'est apparue rapidement en écoutant le Don Giovanni de Mozart. Il me manquait des détails, des certitudes, des "odeurs sonores ". Les images ne me sont rien, seules les ambiances sonores restent dans ma mémoire. Je ne me rappelle jamais d'un visage, toujours d'une voix. J'ai alors utilisé des livres sérieux sur l'histoire de la Mafia italienne. Des livres de sociologie, des traités économiques, ou des grands reportages. Devant la complexité des données, j'ai décidé de travailler sur une histoire simple entre des "petits" et une ville. Comme si la ville était une mère et les "petits" ses enfants. Comme pour tous les autres de mes bouquins, la période de recherche et de mise en forme m'a pris neuf mois (je vous laisse le soin d'interpréter, ma psychiatre favorite s'en est déjà chargé). Après neuf mois de gestation, je passe quelques mois d'insomnie complète à écrire. Les personnages deviennent un "autre moi". Je les laisse prendre la place qu'ils veulent. Les quelques mois d'écriture sont terribles, infernaux, pour tout le monde et pour moi-même en particulier. Chaque personnage est travaillé au burin et c'est seulement lorsque je les réunis sur le papier qu'ils prennent leurs formes définitives. Les personnages "d'un café une cigarette" sont logiques : le naïf, le simple, le pragmatique, le terre à terre et le play-boy. Je n'avais aucune idée du caractère des enfants et je les ai laissé "évoluer" librement. Et la nuit, lorsque je suis seul, je laisse aller, je décroche. Je cherche depuis longtemps à savoir où me mèneront mes dérives. Passé les premières angoisses, de ne pas revenir, je me promène dans un nouveau monde où j'ai le pouvoir d'anticipation. Lorsque tout va bien, les sons se transforment et la pièce se modifie. Je vois des humains évoluer et je peux même sentir leurs odeurs.

Jean Jacques BUSINO : Un entretien.

Etre édité amène-t-il un auteur à se remettre en question, à faire plus attention à son style, son écriture, à vouloir s'améliorer ?

Vous me demandez si le fait d'être édité chez Rivages change quoique ce soit à mon mode d'écriture... Je ne sais pas... Je ne sais même pas si je sais écrire et combien de temps j'aurai encore des histoires à raconter. Je mesure mal la chance que l'ai d'être entouré de si grands noms du polar. J'écris sans savoir pourquoi, mais certainement pour moi. Chaque fois que quelqu'un me parle de ce que j'écris, je ne reconnais rien. Ma seule échelle de valeur, pour arriver à mettre le mot fin à un texte, est de retrouver les sensations, en relisant, que j'ai eues en écrivant. C'est ma seule unité de mesure. Sans savoir comment, je travaille jusqu'à ce que je sente les personnages d'un livre me quitter. (Le jour se lève, je vais m'étendre un peu et je reprendrais cette lettre demain). Pour compléter ma réponse, l'édition d'une de mes petites histoires chez Rivages m'a pris de vitesse. J'ai écrit pratiquement quatre livres entre le moment où j'ai fini Un café une cigarette et sa publication chez Rivages. J'ai amélioré mon style et je maîtrise mieux les personnages. Naturellement ce n'est que mon avis et je conçois parfaitement que quelqu'un d'autre peut être d'un avis contraire. Mais malgré tout, je ne conçois l'écriture que comme une forme d'onanisme et l'avis de tiers, malgré tout le respect que je lui dois, n'a que peu d'influence sur mon écriture. Les histoires sont des cancers et l'écriture est ma chimiothérapie. Je recherche une sorte de liberté, une sorte d'absolu. Je tends à cet idéal tout en sachant que la liberté est infinie et, comme telle, inaccessible.

Jean Jacques BUSINO : Un entretien.

Si 1275 âmes de Jim Thompson reste l'univers de référence pour J.J. Busino, ses préférences littéraires sont assez éclectiques.

Tout écrivain qui raconte une histoire à laquelle je peux m'identifier m'intéresse. En vieillissant, j'ai tendance à préférer des auteurs qui soignent "aussi" la forme. Par exemple Pirandello, Sciascia ou le merveilleux livre d'étude comportementale d'Henri Laborit. Je passe aussi beaucoup d'heures dans le DSM-3R, manuel de psychiatrie qui me permet de mieux travailler sur des personnages éloignés de ma psychologie.

L'entretien est terminé. Il ne me reste plus qu'à mettre cet échange de correspondance en forme. Quant à Busino, il me confie : ... je retourne voir un Monsieur qui m'attend pour cuire le visage d'une femme qu'il vient de tuer.

 

Entretien publié dans la revue 813 N°47 de Juin 1994.

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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 09:12
Day KEENE : Le canard en fer-blanc.

N'est pas un canard laqué, quoique...

Day KEENE : Le canard en fer-blanc.

Emprisonné pour avoir tué au cours d'une rixe un colonel d'armée, Jim Bishop se morfond dans sa cellule, attendant son passage devant le peloton d'exécution.

Un jour par semaine les prisonniers peuvent recevoir la visite de leur femme, de leur fiancée, ou d'une prostituée. Le jour de l'amour.

La veille de son exécution, Conchita, une jeune femme, rend visite à Bishop lui prodiguant quelques manifestations amoureuses. Ce n'est qu'un subterfuge. Dans le secret de la cellule, elle lui apprend que son exécution sera tronquée. On a acheté le commandant de la place, les fusils seront chargés à blanc et Bischop pourra s'évader.

Tout se déroule comme prévu et une voiture le conduit dans une villa. Quelques personnages l'attendent, des Argentins péronistes en exil qui fuient le nouveau régime de leur pays. Crégo, le chef du groupe, Don Diego, la señorita Valdez, Mike et Jaime les deux frères, Conchita plus quelques hommes de main. Bishop doit convoyer Crégo, Don Diégo et Conchita jusqu'à Buenos Aires afin de retrouver Maria, la sœur de Conchita.

Bixhop récupère son vieil avion, le Canard en fer-blanc, le remet plus ou moins en état de voler et c'est le départ. Après quelques aventures périlleuses et des journées de vol, Bishop se pose près d'une hacienda non loin de la capitale. Don Diégo et Crégo rejoignent la ferme tandis que Conchita et Bichop bivouaquent près de l'avion. La nuit un inconnu tente de les tuer. Bishop et Conchita se rendent à Buenos Aires pour y apprendre que Don Diégo a été arrêté par la police et a mis fin à ses jours. Puis ils manquent de se faire coffrer dans un cabaret par des policiers commandés par le capitaine Umbria. Conchita conduit alors Bishop dans l'appartement où elle vivait en compagnie de sa soeur.

 

Le canard en fer-blanc est plus un roman d'aventures qu'un roman policier ou un roman noir. Day Keene utilise tous les ingrédients utiles à cette sorte d'ouvrage. le trésor, l'aventurier au grand cœur taraudé par un amour malheureux, la jeune fille amoureuse et farouche, les pannes d'avion, les réparations en pleine brousse, etc. Il met en scène les péronistes et le fantôme du dictateur déchu, mais s'il fustige celui-ci c'est moins pour mettre en cause sa politique que sa propension à s'entourer d'adolescentes, en organisant des ballets roses.

Il faut remarquer que Bishop et Conchita ne consomment pas leur amour avant de voir leur union consacrée par un prêtre, comme dans En ménageant ma petite santé, même si parfois leur envie est difficile à réfréner.

 

Citations :

Toutes les femmes ont, au fond d'elles-mêmes, un petit côté catin.

 

Il n'y a pas de vitamines plus utiles à la croissance et au développement d'un régime sain et honnête qu'une presse libre, à condition qu'elle raconte la vérité, évidemment.

Day KEENE : Le canard en fer-blanc. (Red Star south - 1956. Traduit par F.M. Watkins). Série Noire N°345. Parution décembre 1956. 190 pages.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 14:34
Un week-end à Sorgues dans le Vaucluse

La Société Littéraire de Sorgues est la doyenne des rencontres autour de la littérature policière. Mais ses moyens limités, je parle de finances et non de compétence de la part de ses organisateurs, ne lui permettent pas de concurrencer les manifestations poids lourds qui fleurissent un peu partout depuis quelques années.

 

Cette année elle fêtera le 31 janvier sa 32e convention autour de la littérature policière avec la présence de Zolma, de Xavier-Marie Bonnot et de Roger Martin.

 

Un hommage sera rendu à Maurice Frydland, réalisateur de cinéma, avec la projection de :

Les rats de Montsouris et Du Rebecca rue des Rosiers.

Un week-end à Sorgues dans le Vaucluse
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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 08:22
Robert O SABER : Le tango des alambics

Mieux que la danse des canards...

Robert O SABER : Le tango des alambics

Phil Cooper, capitaine de la police de Chicago, est chargé par son supérieur et ami Jack Noreen de remettre de l'ordre dans le quartier nord de la ville. Le lieutenant Flynn et ses adjoints s'adonnent à la prévarication avec ostentation, touchant des pots de vin des tenanciers de tripots, de salles de jeux et contrebandiers d'alcool.

Max Keene, détective privé, est contacté au téléphone par une jeune femme. Elle lui propose d'acheter du Scotch à plus de moitié prix. Il accepte mais regrette vite son achat qui s'avère être du tord-boyau. Par réflexe il a relevé le numéro minéralogique de la camionnette de livraison.

Pour Jewel Weiland, contacter des clients, dont Max Keene, par téléphone, c'était un boulot facile et rémunérateur. C'était car elle est étranglée par un inconnu. Un véritable coup dur pour Peter Paulson son patron, contrebandier de petite envergure. Paulson se sent obligé de tuer un de ses employés, Harry, petit ami de la jeune femme afin de détourner l'attention de la police. Quant à sa femme, Lynn, elle est contactée par son ex-employeur pour servir les desseins du Consortium représenté par Maxie Roth et Mugsy O'Donnell.

Mugsy jette dans les bras de Flynn une rousse flamboyante, Joan Nicholson. Celle-ci estime que mille dollars c'est peu payé, et au lieu de partir dans l'Ouest met Flynn au courant de quelques magouilles. Cooper, l'intègre, perturbe tout ce beau monde en entrant dans le jeu des truands et des flics véreux. Il augmente même taxes et pots de vin. Les distillateurs clandestins du Consortium pensent le contrer en kidnappant sa femme. En effectuant des comparaisons, des déductions, des recoupements, Cooper est arrivé à une certitude : la distillerie clandestine ne se peut se tenir qu'à Aurora, une petite ville située à une soixantaine de kilomètres de Chicago. Max Keene qui surveillait et filait Lynn Paulson et Maxie Roth ainsi que Joan et Flynn, est arrivé aux mêmes conclusions.

 

Sans grande prétention, sauf celle de faire passer un bon moment au lecteur, Le tango des alambics est un roman solide, écrit par un professionnel consciencieux. En auteur consommé Robert O. Saber tisse sa trame comme l'araignée sa toile.

 

Robert O SABER : Le tango des alambics (A time for murder 1956. Traduction de F. M. Watkins). Série Noire N°339. Parution novembre 1956. 190 pages.

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 12:01

Même si un jour à Knocke-le-Zoute
Je deviens comme je le redoute
Pianiste pour femmes finissantes

Roland SADAUNE : ... de bar.

S'il y a bien quelque chose qui énerve Raoul Dupuis, c'est que le patron du bar le Stringate, l'appelle Debar. Mais ça ne sert à rien de le remettre en place, il continue alors le pianiste laisse courir ses doigts sur le clavier de son piano. Et c'est parti pour une danse, taxis-boys enlaçant mémères énamourées.

Tous les après-midis il met son talent au service de ces danseurs cherchant le grand frisson ou l'argent facile. Mais en même il ne peut s'empêcher, tout en jouant des airs de jazz plaqués sur de vieilles rengaines, à Chloé, sa muse, partie valser avec un arbitre de foot plus riche que lui.

Georgius le surveille, ne lui laisse pas le loisir de s'émanciper sur des notes qui ne sont pas au répertoire, et les gigolos réclament d'autres tempos, heureusement Mauricette est là qui lui fournit ses trois doigts de whisky accompagné d'un duo de glaçons. Et les airs de guimauve s'enchaînent jusqu'à ce que Georgius s'affale près du piano. Ses deux disc-jockeys ne peuvent venir prendre la relève pour de fallacieuses raisons, et De bar, pardon, Raoul Mauduit, cinquante-sept ans, doit prolonger sa séquence vespéral jusqu'au milieu de la nuit en fourbissant des vinyles façon frisbee à la console.

Mais le succès enregistré par le Stringate ne plait pas à tout le monde. Et De bar va l'apprendre à ses dépends.

En incrustation une petite voix raconte son séjour prolongé dans un établissement spécialisé et les dominos remplacent des touches de pianos, un jeu de dupes en compagnie de Paul Nord et Léon Napo. Mais la musique n'est pas loin, toujours présente au moins dans la tête sinon sous les doigts.

Roland Sadaune joue du clavier, d'ordinateur, tout en souplesse, en finesse, un toucher de touches subtil, dans une ode à Nat King Cole. Il décrit l'ambiance de ces boîtes style café-concert pour femmes vieillissantes en mal de toucher de hanches et plus si affinités. A croire qu'il a fréquenté assidument ces apéros dansants, comme artiste bien évidement. Et en pratiquant l'humour, noir. Roland Sadaune change de registre, il abandonne ses pinceaux pour la musique et c'est une heureuse surprise. A noter que le patron se nomme Georgius comme le célèbre chanteur de cabaret qui a également signé quelques Séries Noires sous le pseudo de Jo Barnais (Jobard né !).

 

Roland SADAUNE : ... de bar. Collection Noire Sœur. Editions Ska. Nouvelle numérique. 1,49€.

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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