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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 12:53

Cela ne nous rajeunit pas !

Frédéric PAULIN : Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures.

Imagez un feu d’artifice : Oh la belle bleue (Pour les policiers de la BAC) ! Oh la belle rouge (Label rouge ? pour les jeunes femmes de l’association d’Entraide et vous) ! Oh la belle verte (Pour l’herbe qui circule dans la ZUP Sud) ! Oh la belle blanche (Pour les masques destinés à se protéger du virus H1N1) ! Oh encore une blanche (Pour la drogue dite dure)… C’est ainsi que débute le roman de Frédéric Paulin, stylistiquement parlant.

L’action, un catapultage d’événements, se déroule dans une ville de l’ouest de la France, Rennes plus précisément quoique le nom ne soit jamais cité. Le lieutenant Paul Gascogne, qui officie à la BAC (Brigade Anti-Criminalité) tente d’intercepter deux petits loubards qui circulent en scooter et s’amusent à bousculer les piétons sur leur passage, au risque d’en blesser comme l’a été la copine de l’un des fils de Gascogne, d’où son ressentiment. La souricière mise en place s’avère efficace, à tel point que les loustics dérapent et l’un d’eux est grièvement blessé. Aussitôt les policiers appellent les secours qui tardent à arriver. D’abord c’est le toubib, Elvis Dubrinfaux qui arrive, puis les pompiers. Enfin soupire Gascogne qui poireaute depuis de longues minutes en compagnie de ses hommes, Newel Österberg, un vieux de la vieille, et Pablo Ruiz, un jeunot. Pour Gascogne, Österberg est plus qu’un membre de sa section, c’est presqu’un ami. Cela ne l’empêche pas d’être irrité par les propos racistes que Newel, surnommé Jean-Marie c’est tout dire, tient des propos que confirment Ruiz et dont la teneur devrait être aboli dans le langage policier. Le docteur Dubrinfaux et les pompiers ont été appelés afin de secourir une dame âgée qui semblerait atteinte de la grippe A, dite aussi aviaire, porcine, mexicaine ou encore H1N1.

Pendant ce temps, ou presque, Farid, son cousin Zinedine et Ronald, se partagent un pétard au pied d’une tour de la ZUP sud, pensant à leur avenir de petits loubards, sections dealers et racketteurs. Ils aimeraient bien se voir en leaders de dealers. Ils sont abordés par deux salariées d’une association qui travaille en partenariat avec les services sociaux de la mairie. Martine Miossec et Eve Mauléon, d’Entraide et Vous, sont chargées de recruter des jeunes dans le cadre de la réinsertion et de leur proposer de les aider à créer leurs entreprises. Ce qui, vous l’avouerez, part d’un bon sentiment. Mais personne n’est intéressé par ces projets aléatoires. Alors les deux jeunes femmes décident d’inverser la tendance. Elles savent que Farid et ses deux compagnons traficotent dans l’herbe. Elles leur suggèrent que, en investissant leur temps dans la confection et la vente de kebabs et autres spécialités pas forcément locales mais prisées par une population grandissante d’adolescents, ils pourraient, éventuellement, si cela les tentait, en se partageant les tâches, cumuler les emplois. Par exemple tandis que l’un des trois compagnons est aux fourneaux, les autres pourraient étendre leurs activités de dealers en pourvoyant d’autres substances, et que l’argent ainsi acquis serait absorbé dans le chiffre d’affaire de la restauration. Justement, à quelques kilomètres de là, une échoppe dans un centre commercial pourrait leur convenir. Marché conclu.

Et c’est ainsi qu’un aréopage de personnalités, la mairesse en tête et quelques pontes, organise l’ouverture du Kebab Babek (Original, non ?) et se presse lors de l’inauguration. Félicitations, petits fours et champagne à l’appui, sont adressées aux jeunes entrepreneurs.

Par un de ses informateurs, Mytho Yann, le lieutenant Mordefroid qui lui travaille à la Brigade des Stups, est informé de la venue d’un grossiste en provenance de la région parisienne, Black Francis. Une bonne prise se profile à l’horizon !

Oui mais, il y a toujours un os dans le potage, et dans ce cas précis, ce seraient plutôt des charançons dans la farine. Pendant ce temps la grippe H1N1 se développe, s’étend dans toutes les couches de la société, même les couches culottes et les couches de protection pour personnes âgées. Personne n’est à l’abri de cette invasion qui n’a pas été déclarée en douane. Manque à gagner ? Pas pour tout le monde ! Ce qui n’empêche pas que les toubibs, les infirmières sont sur les dents et les rotules et que les cadavres commencent à envahir les salles dédiées aux défunts. Un véritable engorgement des bronches et des hôpitaux.

 

Frédéric Paulin pratique l’humour à froid, et cette histoire nous offre une vue personnelle mais pas innocente de plusieurs tableaux. D’abord, les personnages qui gravitent dans cette histoire et leurs patronymes qui ne manqueront pas d’interpeller le lecteur. J’ai omis de citer qu’il existait aussi un Jean-Marc Rouillan parmi les policiers. Les personnages donc, qui sont tous plus ou moins atteints de fractures familiales, ce qui peut éventuellement interférer dans leur métier. Et puis, que faire quand la société, et ses instances dirigeantes, est confrontée à une pandémie puis une épidémie ? Et que penser de la politique du chiffre qui régit tout alors que la réinsertion n’est pas forcément quantifiable et surtout ne doit pas l’être à tout prix ? Mais tout ceci est bien évidemment sorti de l’imagination fertile de l’auteur, et il ne faudrait pas que le lecteur relie des faits ayant existé à des affabulations littéraires. Quoi que…

Frédéric PAULIN : Rappelez-vous ce qui est arrivé aux dinosaures. Editions Pascal Galodé. Parution septembre 2011. 206 pages. 18,50€.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 08:15
William MARSHALL: Hong-Kong Blues.

Hong-Kong star
T'es pas né là où tu voulais
T'as pas la peau qu'il te faudrait
Celle du vrai pays du dollar

William MARSHALL: Hong-Kong Blues.

Un mystérieux personnage, qui se surnomme l'Exécuteur, tue dans les salles de cinéma de la Baie de Hong d'inoffensifs spectateurs.

Pour l'inspecteur principal Feiffer, son adjoint O'Yee, les inspecteurs Spencer et Auden et tout le commissariat de Yellowsthread, c'est la bouteille à l'encre. Le laboratoire de balistique parvient à la conclusion que le tueur se sert d'une arme à quatre canons, un Sharps derringer, modèle en principe introuvable sur le territoire de Hong-Kong mais dont l'armurerie de la police possède un exemplaire. Feiffer pensant que l'individu ne s'arrêtera pas en si bon chemin, et ayant commis ses meurtres dans trois salles de cinéma, il décide de faire surveiller les deux autres.

Tandis qu'il observe dans la salle les spectateurs, O'Yee, chargé de filtrer les sorties, parle avec le directeur. Alors qu'un jeune l'apostrophe, dévoilant l'identité d'O'Yee, un homme qui prenait son billet à la caisse, braque un pistolet à quatre canons et s'enfuit. Il ne reste plus à O'Yee qu'à fournir un signalement passe-partout de l'Exécuteur.

Une quatrième victime, un Allemand, est à déplorer dans l'enceinte d'une salle des ventes. La réflexion d'un collègue permet à O'Yee de compléter le portrait de celui qu'ils recherchent. L'homme se balade les poches pleines de pièces de dix cents. Une cinquième victime est découverte dans le train traversant l'ile de Hong-Kong : l'agent chargé de pointer les billets.

Le commissaire de police de Kowloon a pu recueillir une déposition du fonctionnaire avant son décès. Un témoignage décousu, haché, confirmant simplement que le tueur se promène avec plein de pièces dans ses poches. Seule une remarque selon laquelle la victime et son meurtrier auraient un point commun plonge la brigade dans l'expectative.

Madame Mortimer, une vieille dame qui se croit à Shanghai au temps de la révolution et prend l'inspecteur Spencer pour le Consul Britannique, lui demandant aide et assistance contre les Chinois qui lui ont kidnappé son fils - mort depuis longtemps - se fait écraser par un tramway. A l'agent de police présent sur les lieux il se plaint que le contrôleur de billets s'est enfui et ne peut donc pas lui servir de témoin.

L'Exécuteur téléphone pour se disculper de cet accident, et malgré tous leurs efforts, les inspecteurs ne peuvent localiser l'appel. Toutefois cela donne l'idée à Feiffer d'éplucher le rapport de l'accident et d'établir une corrélation entre l'Exécuteur et le contrôleur parti si précipitamment.

 

 

William Marshall tout en relatant les difficultés rencontrées par la brigade de police pour découvrir l'identité du tueur nous fait côtoyer celui-ci et assister à ses différents meurtres. Mais surtout il dévoile peu à peu les motifs du dérèglement de l'esprit de ce Sérial Killer et ce qui l'a amené à supprimer ainsi des innocents. C'est la fin de la colonisation, les inspecteurs sont nés à Hong-Kong et recèlent en eux une dose de sang asiatique. Cela n'évite pas cependant les bavures et William Marshall à sa façon raconte la vie dans un commissariat façon Ed McBain.

 

Inspecteur, chez les antiquaires, personne n'a l'air de ce qu'il est. Les riches essayent de prendre l'air pauvre, les pauvres se donnent l'air riche pour que les gens croient qu'ils ont de l'argent, ou bien ils ont l'air pauvre pour qu'on croit que ce sont des riches qui se font passer pour pauvres alors qu'en fait ils peuvent être ou riches ou pauvres. On n'est jamais sûr.

William MARSHALL: Hong-Kong Blues. (The Hatchet man - 1976. Traduction de S. Hilling). Super Noire N°95. Parution avril 1978. 256 pages. 2,80€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 15:11

Et ce n'est pas du cinéma... quoique...

Brigitte AUBERT : La mort au Festival de Cannes.

Invitée au festival de Cannes, Elise Andrioli anticipe son plaisir, elle qui a vécu son enfance dans un cinéma dit de quartier.

Elle est devenue aveugle, muette et tétraplégique à la suite d'un attentat, mais cela ne l'empêche pas d'apprécier la télévision et le cinéma. Elle doit participer comme membre du jury Jeunes Talents et grâce à son fauteuil roulant aérodynamique et son ordinateur à synthèse vocale qu'elle manipule avec sa main gauche, seule rescapée du désastre qui la prive de tout mouvement, elle va pouvoir communiquer ses impressions. Elle est accompagnée par Yvette, qui cumule les fonctions de dame de compagnie, d'infirmière, de nounou, et de lunettes et autres petits boulots occasionnels.

Elise Andrioli est devenue célèbre en partie grâce une romancière nommée B.A. (discrétion oblige, Elise Andrioli narre cette histoire !) qui a relaté ses aventures dans un livre titré La mort des bois mais aussi parce qu'un film a été adapté de l'ouvrage sous le titre éponyme et interprété par Jodie Foster (Pourquoi faut s'taire ?) dans le rôle d'Elise et Woody Golberg dans celui d'Yvette. Le film est même sélectionné pour le festival.

Elles sont reçues par Antoine de Caumont, qui les guide quelque peu malgré toutes les demandes dont il est assailli, puis alors qu'elles se dirigent vers leur hôtel, elles sont bousculées par un individu discourtois en scooter. Comme le leur précise Charles Moroni, un passant qui justement a travaillé au bar de leur hôtel, c'était surtout aux sacs qui viennent de leur être remis et contenant laissez-passer, guides, et autres bricoles indispensables pour se sentir à l'aise et être considérées comme des VIP lors du festival, que le peu respectueux scootériste en avait.

Les membres du jury Jeunes Talents proviennent d'horizons divers. La présidente de l'association et du jury, un sportif apnéiste multi-médaillé, une poétesse, un homme de théâtre, une mère de jumelles surdouées, et un directeur de conservatoire complètent cette phalange. Mais qui dit jeunes talents, dit participation de gamins au festival. Parmi eux Gwendoline, une encyclopédie vivante, qui ne rate aucune occasion pour déclamer son savoir tel un robot dont les piles viendraient d'être changées. Le documentaire qui lui a été consacré concourt pour ce prix de même que ceux qui ont été réalisés auprès de Géraud, vice-champion du monde d'échecs, catégorie moins de quatorze ans, et de Samir, violoniste prodige.

Tandis que les enfants s'amusent, les grandes personnes s'agglutinent au buffet. Les enfants s'amusent, pas vraiment. Ils s'ennuient. Ils s'immiscent dans les conversations des grandes personnes, des propos pour la plupart du temps insipides aux oreilles de jeunes plantes montées en graines et exhibées comme sur un marché. Clap clap, non ce n'est pas le clap de fin, mais le bruitage effectué par Gwendoline qui toutes les cinq minutes tape dans ses mains. Un tic en toc. Ludivine, la mère de Gwendoline, a un malaise. La gamine qui a réponse à tout déclare que c'est à cause des sulfites, sa mère buvant trop de vin.

Le temps passe, agréablement pour les uns, pour les autres peut-être moins, pourtant ce ne sont pas les dérivatifs qui manquent. Réceptions, visionnage de films, buffets garnis... Il y en a même qui plongent tout habillés dans la piscine. Et certaines qui n'en ressortent pas. La poétesse n'a pas dû digérer tout ce qu'elle a ingurgité. Bref elle fait la planche sur le ventre. Une pose pas très commode pour respirer. D'ailleurs elle ne respire plus.

Elle est la première à dire au-revoir au festival, et d'autres vont la suivre. Des accidents, selon les premières constatations policières, mais l'officier de police Isidore ne peut nier que certains décès relèvent du meurtre. Elise se mêle d'enquêter sur ces morts brutales, bien entendu accompagnée d'Yvette, qui l'aide dans ses déplacements, et de Charles Moroni, toujours là quand il le faut. Mais peut-être est-ce l'attrait d'Yvette qui l'amène à fréquenter les deux femmes ? Pourtant Elise n'est pas à l'abri du tueur, ou de la tueuse, car apparemment quelqu'un voudrait bien l'éliminer. Heureusement, si elle est aveugle et muette, elle n'est pas sourde. Et comment transmettre ses impressions lorsque sa tablette ne veut plus lui obéir ou que son crayon disparait.

 

Le festival de Cannes, loin des paillettes et des strass, même si ceux-ci ne pas loin, loin des vedettes, même si celles-ci traversent la foule de temps à autre. La manifestation vue de l'intérieur, par une dame qui connait bien l'atmosphère, l'ambiance de ce festival et le milieu du cinéma puisque son enfance a été baignée dans ce genre de manifestation. De même qu'Elise son héroïne qui a tenu une salle d'art et d'essai.

Cela aurait pu être un reportage sous la plume d'autres romanciers, reportage agrémenté d'une intrigue plaisante. Avec Brigitte Aubert, c'est plus que cela. C'est l'humour qui imprègne ce roman ébouriffant, décapant et très... cinématographique. Le spectateur, pardon, le lecteur ne s'ennuie à aucun moment, attendant les scènes successives avec impatience. Action, suspense, situations burlesques et numéros de charme alternent ou se complètent pour notre plus grand plaisir. Sans oublier le final enflammé.

Elise narre cette histoire à la première personne, normal puisqu'elle est au cœur de l'action. Et qu'elle ressent l'envie de prendre la place de sa biographe, une certaine B.A. et forcément elle ne fait pas toujours dans la dentelle tout en étant lucide, aussi bien envers les autres qu'envers elle-même. Lucide mais pas méchante, juste parfois sarcastique à son encontre.

J'ai toujours fait cet effet là aux hommes : je les rends intelligents. Du coup, ils m'abandonnent.

Mais justement la force de Brigitte Aubert réside dans les descriptions de personnages, ou des scènes d'action des décors, uniquement grâce aux perceptions olfactives et auditives d'Elise ou encore par le biais soit de la narration effectuée par les divers interlocuteurs de la dame au fauteuil roulant, soit des conversations échangées entre les différents protagonistes. Car beaucoup oublient qu'Elise n'est pas sourde, et donc échangent quelques propos qu'elle entend à leur insu.

J'ai relevé par-ci par-là de petites phrases qui mériteraient à elles seules tout un article, mais je me contenterai de signaler celle-ci :

Les hommes d'affaires du XXIe siècle sourient en moyenne cent cinquante fois plus que leurs ancêtres maquignons. Ce n'est pas qu'ils soient plus aimables, c'est qu'ils sont plus hypocrites.

Un roman rafraîchissant qui nous change des œuvres plus violentes et pessimistes lues dernièrement.

Brigitte AUBERT : La mort au Festival de Cannes. Collection Seuil Policiers. Editions Le Seuil. Parution le 7 mai 2015. 270 pages. 19,00€.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 14:42
Tony KENRICK : Trois petits soldats.

A la guerre comme à la guerre...

Tony KENRICK : Trois petits soldats.

Sa carte de crédit ayant été refusée au restaurant où il déjeune régulièrement, Barney Rivers décide de se renflouer financièrement par un moyen expéditif mais malhonnête.

Pour cela il lui faut l'aide de son voisin et ami, Tom Loder, qui lui aussi se trouve confronté au même problème du panier percé. Barney lui soumet son idée : prélever sur le compte bancaire suisse numéroté d'un inconnu une certaine somme d'argent. Tom après une réticence bien compréhensible accepte de jouer le jeu et trouve le nom de J.B. Madison, avocat d'affaires et ex-ambassadeur.

Il leur faut pour réaliser leur plan un exemplaire de la signature de Madison et après un essai infructueux au bureau de celui-ci, Barney décide mettre dans la confidence un autre de leur voisin, George Dourian, directeur d'un magasin de vêtement. Dourian, divorcé deux fois et qui lui aussi a besoin d'argent liquide, leur déniche Amanda Atwill, une jeune femme qu'il a surpris la main dans le sac en train de barboter des fringues. Amanda leur procure sans difficulté un papier portant la signature de Madison et la supercherie marche à merveille.

Ayant réussi une première fois, ils tentent leur chance une seconde fois, mais ils se montrent un peu trop gloutons et s'affolent lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils viennent de spolier Luis Ripoll, l'ancien dictateur d'une petite ile antillaise du nom de Cabrera.

Madison n'était que le prête-nom et le dépositaire d'une fortune détournée. Gage, un homme qui a un compte à régler avec Ripoll fournit à Barney des renseignements sur le dictateur déchu. Ripoll est protégé par deux douzaines de gardes du corps et un maniaque du couteau qui jettent la terreur dans le quartier de New-York où il s'est réfugié. Amanda mise en sécurité ainsi que les familles de Barney et de Tom, les trois hommes embauchent Cambell, un sergent recruteur en rupture de ban avec l'armée.

Cambell les forme, non sans mal, dans une cabane perdue au fond des bois dans les Adirondacks. Au bout d'une semaine d'un stage intensif avec au programme préparation physique, maniement d'armes, conditionnement militaire, Barney téléphone à Ripoll pour lui proposer de lui rendre l'argent par versements annuels. Son correspondant semble accepter ses conditions mais alors que Cambell est sur le point de quitter les trois hommes, Ripoll investit les bois en compagnie de sa petite armée.

Aidés par Cambell qui aime cette atmosphère de guérilla, Barney et ses compagnons éliminent peu à peu tous les membres du commando et capturent Ripoll. Ils ne sont pas bout de leur peine et de leurs surprises. Ripoll a récupéré son argent en utilisant la même astuce que Barney et Manolo, le tueur au couteau est chargé d'éliminer les femmes et enfants des trois soldats d'occasion.

 

Construit comme une énorme farce mais toutefois avec rigueur, Trois petits soldats met en scène trois Américains moyens victimes de la société de consommation, aidés en cela par l'aide non négligeable des cartes de crédit dont ils font collection et qui leur permet de dépenser plus qu'ils gagnent.

Cette facilité de pouvoir dilapider avec inconscience leurs payes bientôt se transforme en cauchemar et pour se renflouer ils n'ont d'autres moyens que d'étudier des parades malhonnêtes et d'essayer de les mener à bien.

La seule chose dans la pièce qui avait moins de cinquante ans d'âge, c'était la réceptionniste qui, encore que jeune, était comme il se doit terne et réservée.

 

Curiosité :

Alors que page 37 l'auteur, ou le traducteur, nous présente Dourian comme le directeur d'un grand magasin, page 43 le dit magasin n'est plus qu'une petite boutique.

 

Tony KENRICK : Trois petits soldats.

Tony KENRICK : Trois petits soldats. ( The seven days soldiers - 1975. Traduction de Janine Hérisson). Super Noire N°35. Parution mars 1976. 256 pages. Réédition Carré Noir N°544. Parution mai 1985. 4,50€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 10:59

Patriiiick !

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk.

Installé tranquille dans son bureau, Corbucci voit entrer une jeune femme dont il pressent immédiatement qu'elle va lui apporter ennuis et plus si affinité.

Mais les billets de 200 qu'elle tient négligemment au bout de ses doigts seraient aussi bien à l'abri dans son portefeuille raplapla.

Seulement, il ne faut pas dire du mal des lectures de Corbucci qui était en train de feuilleter un vieux numéro de Rock and Folk. Le rock, c'est de la merde, déclame rageusement l'ancienne future cliente avant de s'esquiver sur les conseils pas forcément judicieux de notre privé. Et elle n'a pas laissé l'argent ce qui rend Corbucci fort marri.

Deux jours plus tard, alors qu'il se tâte afin de savoir quel morceau de bidoche il pourrait s'acheter avec l'argent péniblement gagné auprès d'un client, ne voilà-t-il pas qu'elle rapplique, comme si de rien n'était. Débute alors une bavette pas tendre concernant quelques morceaux choisis du cochon, voire du bœuf, entre le boucher, Corbucci et l'ex-future cliente qui n'apprécie pas les bas morceaux.

Faut vraiment savoir ce qu'elle veut...

 

Humour décalé et macabre pour une historiette dans laquelle Patrick Raynal se déchaîne. Et pour le lecteur le plaisir de retrouver Corbucci, le privé niçois qui a eu les honneurs de figurer dans quelques nouvelles dans le recueil justement titré Corbucci (quel sens de l'à-propos) et romans. Il n'a pas perdu le sens de la répartie, mais sa cliente a elle aussi la langue bien pendue. Mais elle est un un peu trop soupe-au-lait.

Voici donc Corbucci de retour, mais n'est-ce qu'un rapide passage ou une mise en bouche ? Seul l'avenir nous le dira, pourtant Patrick Raynal devrait le sortir du placard dans lequel il l'a enfermé depuis trop longtemps. Et puis ça doit sentir le résidu de rognons là-dedans, n'en déplaise à cette cliente qui n'aime pas la viande...

 

Patrick RAYNAL : Dead girls don't talk. Nouvelle Collection Noire soeur. Editions Ska. 1,49€.

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 09:14
Robert B. PARKER : Ramdam-dame

Am-stram-gram radam-drame

Robert B. PARKER : Ramdam-dame

Féministe, lesbienne, Rachel Wallace dérange et la sortie de son prochain livre lui vaut des menaces prises au sérieux par son éditeur qui engage Spencer, un détective privé macho.

Les relations entre Rachel et Spencer tournent rapidement à l'aigre-doux, mais Susan, la petite amie du détective sauve la situation avec diplomatie lors du repas qui leur permet de prendre véritablement contact. En raccompagnant Rachel à sa chambre d'hôtel, Spencer évite de justesse un accrochage avec deux automobiles. Le lendemain une conférence est programmée à la bibliothèque municipale mais des manifestants tentent de les empêcher d'accéder à l'édifice public. Spencer passe outre grâce à sa force de frappe, sous les yeux de policiers qui ne mouftent pas. Ensuite, dans une librairie, Rachel est victime d'une tarte à la crème. Spencer en véritable garde du corps fait montre de rapidité d'esprit et de bons poings. Ce que déplore Rachel, adepte de la non-violence.

Le soir Spencer est prié de rentrer chez lui tandis que Rachel passe des heures agréables en compagnie d'une amie, Julie Wells. Rachel est invitée à parler de son livre auprès des employées d'une compagnie d'assurances mais la réunion est perturbée par le directeur du personnel et le service de sécurité. Spencer se montre une fois de plus trop violent au goût de l'auteur qui lui signifie son renvoi.

Quelque temps plus tard Rachel est enlevée et le kidnapping est revendiqué par une mystérieuse Ligue pour le Renouveau de la Morale Américaine. Pas de rançon mais des menaces concernant la vie de Rachel. Spencer contacte ses amis les flics Benson et Quirk, leur demande quelques renseignements tels que les noms des propriétaires du véhicule ayant voulu attenter à leur vie, et autres bricoles.

Il se renseigne également auprès d'un journaliste mais surtout il tire les vers du nez à Manfred, un adepte de la poupée gonflable reconverti dans le KU KLUX KLAN. Il rend visite également à Lawrence T. English, le responsable de la manifestation à la bibliothèque municipale. Mais toutes ses visites ne lui apportent pas grand chose, sauf un passage à tabac de la part de personnages qui n'apprécient pas ses investigations.

 

Si l'enquête et l'épilogue se révèlent faibles dans leur ensemble, il conviendra de retenir le propos même de la trame de ce roman.

L'exclusion dans une société dite civilisée de personnes qui pensent et agissent différemment que leurs concitoyens. La loi du plus fort étant la meilleure comme l'aimait à dire La Fontaine.

L'humour et la décontraction guident la première partie de l'ouvrage et il est dommage que Parker n'ait pas continué dans cette voie tout au long de l'enquête, ce qui ne l'aurait pas pour autant empêché de fustiger les donneurs de leçons imbus d'une morale de façade et les machos.

 

Les gens qui font appel aux services des gars dans mon genre ne savent jamais par quel bout s'y prendre et, presque invariablement, ils commencent par tourner autour du pot.

Robert B. PARKER : Ramdam-dame (Looking for Rachel Wallace- 1980. Traduction de Michel Deutsch). Série Noire N°1818. Parution avril 1981. 256 pages. 4,00€. Disponible sur le site de la Série Noire.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 14:46

Bon anniversaire à André-Paul Duchateau, né le 8 mai 1925.

André-Paul DUCHATEAU : Mourir à Angoulême.

Un fan de BD qui ose s'attaquer aux scénaristes et dessinateurs de la maison d'édition L'Audace, voilà de quoi surprendre et inquiéter tout à la fois.

Max Ruiter, le privé dont on a fait la connaissance dans de précédentes aventures (Knockke sur mort, La clé sur la porte, La petite fille à gauche sur la photo), est contacté par un certain Bernard qui lui signifie qu'il a un contrat à remplir. Quoique cette conversation ne se déroule pas à Marseille, Ruiter pense à une galéjade. N'empêche, les accidents et tentatives d'assassinats se multiplient.

La saison de la bande dessinée bat son plein. Ce mois à Bruxelles, le mois prochain à Angoulême. Tout le monde est sur les dents. Particulièrement à L'Audace dont les vedettes sont plus spécialement visées. Il y a ceux qui montent, Markos et Elmer par exemple, ceux qui stagnent ou sont en baisse, tels Claude Martel ou Marinal, ou encore ceux dont la popularité s'effrite d'album en album, comme Bastian. Et Géo Lamentin, le directeur des publications, se lamente et aligne sur sa calculette les chiffres, envisageant de virer ceux qui ne font plus recette.

Alors cet amateur de BD qui perpètre ces petits meurtres, qui tous heureusement ne réussissent pas, est-il l'un des scénaristes ou dessinateurs, jaloux pour une quelconque raison de ses confrères ? Ou tout simplement celui qui se surnomme le Fan de BD, Juan Dupont, un Belge, le véritable maniaque, écumant les festivals, quémandant dessins et autographes, ne lésinant pas sur les critiques élogieuses ou acerbes ? A moins qu'il s'agisse tout simplement de Luc Ludovic qui faisait partie de la bande et qui depuis son séjour carcéral à cause d'une histoire de cœur, ne retrouve plus d'éditeur. Il aurait plus d'un motif de se venger de ses confrères.

 

Après avoir joyeusement brocardé le monde de la littérature policière dans Palmarès pour cinq crimes, paru au Masque, André-Paul Duchateau récidive plaçant son intrigue dans un milieu qu'il connait bien. Lui-même est scénariste de BD, papa de Ric Hochet avec son complice Tibet.

D'ailleurs l'une des aventures de Ric Hochet avait eu pour cadre Reims et le festival international des littératures policières dans La maison de la vengeance.

Quant à Mourir à Angoulême certaines analogies font penser justement à Palmarès pour cinq crimes dont le chapitre intitulé Coloriage.

D'ailleurs chaque titre de chapitre possède un rapport avec la bande dessinée et est suivi d'une citation extraite d'albums célèbres.

Un bon roman d'André-Paul Duchateau, amusant et satyrique. Peut-être pas assez mordant, pas assez percutant, pas assez acerbe. Mais Duchateau ne veut-il pas se fâcher ou faire de la peine à certains de ses confrères.

A noter un très beau passage sur les relations des duettistes scénaristes-dessinateurs, dans la réalisation d'un album et dans leur vie de couple, professionnellement parlant bien entendu.

André-Paul DUCHATEAU : Mourir à Angoulême. Collection Les Maîtres de la Littérature Policière. Editions du Rocher. Parution janvier 1991. 204 pages.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 12:53

Hommage à Victor Harter alias Gérard Buhr né le 8 mai 1928.

Victor HARTER : Un portrait

Sous ce pseudonyme se cachait Gérard Louis Victor Simon BUHR né le 8 mai 1928 à Strasbourg, d’un père Alsacien et d’une mère Lorraine. Il est décédé le 8 janvier 1988 à Paris.

Après une petite enfance passée en Alsace, il se réfugie avec sa famille à Grasse en 1940 et il y rencontre Gérard Philipe qui aura une influence décisive sur sa carrière. Ses études secondaires à peine terminées il part pour les Etats-Unis en 1945 et y séjourne jusqu’en 1948 entreprenant des études d’art dramatiques. Il revient en France, à Paris. Et accumule les petits rôles au théâtre. Il part pour Rome mais la poule aux d’or était déjà agonisante. Il n’y trouve des rôles de second plan dans deux films et retraverse les Alpes.

En France il fait la connaissance des pionniers de la nouvelle vague. Jean-Pierre Melville le guide dans cette esthétique cinématographique et lui offre le second rôle masculin dans Bob le Flambeur. « Résultat, soupire-t-il, quand la nouvelle vague sera à flot, acceptée, vénérée, idolâtrée même, elle me laissera sur le sable ». Ensuite il partage l’affiche avec Curd Jurgens dans Michel Strogoff en 1956. Sa carrière débute sous de bons auspices mais la super production Normandie-Niemen ne s’avère être qu’un succès mitigé. Gérard Buhr se cantonnera alors dans les seconds rôles pour des films comme Léon Morin prêtre avec Belmondo, Le cave se rebiffe, Le monocle noir avec Paul Meurisse, jusqu’à Dangereusement vôtre en 1985 en passant par Le Pacha, Le Clan des Siciliens, Le Chacal et bien d’autres. Il est également comédien et crée en 1954 La Condition humaine d’André Malraux, ou encore en 1966 Six hommes en question de Frédéric Dard et Robert Hossein. Il interprétera aussi pour la télévision des rôles dans la série des Cinq dernières minutes de Claude Loursais ou encore la saga de Chateauvallon.

Enfin il sera scénariste pour la télé, adaptant son roman Le Pèlerinage réédité pour l’occasion chez Casterman mais qui était la seconde mouture de Choucroute au sang paru au Fleuve Noir en 1970.

Son grand-père maternel se nommait Harter, prénommé Victor. C’est tout naturellement qu’il empruntera ce pseudonyme pour ses romans publiés au Fleuve Noir. C’est un ami de la famille, José-André Lacour dont j’aurai surement l’occasion de reparler, qui lui conseille d’écrire, pour voir… Et c’est ainsi qu’il entre au Fleuve Noir en 1965 et fournira seize romans jusqu’en 1975.

Victor HARTER : Un portrait

C’est principalement dans la collection L’Aventurier que seront édités ses titres, dans une série consacrée à Cyrille Turpin et à Patricia Mac Cud, un couple qui n’est pas sans rappeler celui créé par M.G. Braun : Sam et Sally. Le prénom de l’héroïne, Patricia, n’est pas choisi au hasard puisque c’est le prénom de la femme de Gérard Buhr/Victor Harter, elle-même comédienne. Cyrille Turpin et son énigmatique compagne Patricia forment un couple d’espions économiques. Engagés par un organisme ultra-officieux, ils sont chargés de missions de renseignements dans le cadre de la défense des intérêts commerciaux et économiques du Benelux.

 

« Ce succès auquel Victor Harter était bien loin de rêver le contraint, depuis la parution de ses trois premiers romans, à concilier ses deux métiers, ce qui n’est pas toujours des plus faciles. D’une part il faut apprendre des textes que l’on n’a pas écrit et, d’autre part, en écrire que l’on n’apprendra jamais ! Et les journées n’ont que vingt-quatre heures, soupire-t-il, en attendant philosophiquement que l’un de ces deux métiers prennent le pas sur l’autre. Mais Victor Harter qui connait ainsi la fortune des planches et de l’édition connait également le bonheur. Il connait le bonheur d’abord parce qu’il est l’époux de l’éblouissante Patricia Karim, elle aussi comédienne, interprète de Frédéric Dard, auteur du déjà fameux Monsieur Carnaval au châtelet, et célèbre confrère de son époux aux Editions Fleuve Noir. Il connait ensuite le bonheur avec la naissance de Frédéric et Delphine, son garçon et sa fille avec qui il aime à jouer, quand ses loisirs le lui permettent dans cette petite maison entourée d’un jardin familier à Saint-Leu-la-Forêt. C’est là sa distraction préférée, dans le cadre de la maison familiale, lorsque Patricia profite de son jour de relâche au théâtre pour lui mitonner un de ces nombreux petits plats dont elle a le secret. Accessoirement Victor Harter aime recevoir ses vrais amis et bavarder avec eux autour d’une bonne bouteille. Il n’apprécie ni le sport, ni les voitures de courses, ni les chiens que l’on dit amusant, seulement un bon fusil. Il adore le tir. »

 

Victor HARTER : Un portrait

Certains ont avancé que Victor Harter aurait écrit en collaboration avec Xavier Snoeck. Personnellement je n’y crois guère, jusqu’à preuve du contraire. Et s’il a été « aidé », je pencherais plus vers José-André Lacour, grand pourvoyeur de titres au Fleuve Noir sous divers pseudonymes.

Portrait réalisé à partir de sources diverses dont le bulletin Fleuve Noir information N°15 de mars 1966.

 

Collection L'Aventurier

108 - Turpin tire la contrepointe

109 - Turpin se paume dans les psaumes

112 - Turpin coxe la Mafia

115 - Turpin croque un diamant

117 - Turpin n'est pas un gentleman

136 - Le Dongo rend Turpin dingo

138 - Pas d'esquimau pour Turpin

140 - Turpin mange kasher

149 - Le Tour de Rhin de Turpin

155 - Turpin cliche Paris by night

163 - Turpin du tac au toc

 

Collection Feu

147 : Les bambous sont coupés

 

Collection Spécial Police

725 : Les Vieux loups bénissent la mort

798 : Choucroute au sang

852 : Un Valet se coupe à cœur

1211 : Un Homme légèrement assassiné

Victor HARTER : Un portrait

Casterman :

Le pèlerinage.

 

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 12:21
Nicholas LUARD : Piège pour un frimant.

Un frimant n'est pas un frimeur, qu'on se le dise...

Nicholas LUARD : Piège pour un frimant.

L'armée et les services secrets britannique recrutent parfois des volontaires d'office. Des hommes qui pour une raison ou une autre sont mis sur la touche et leur passé sous l'éteignoir à condition de rendre service lorsqu'ils sont appelés.

Alors qu'il était officier, Steele a commis une bavure lors de manœuvres de l'Otan. Quelques années plus tard, il est convoqué pour effectuer une mission à Tanger. Il doit prendre l'identité d'un certain Ross Callum, bien connu dans la zone du détroit de Gibraltar, dite "Zone de crasse". Ce Callum, aventurier et héros local n'existe pas, ce n'est qu'un personnage mythique inventé de toutes pièces par les Services Secrets Britanniques.

Steele doit mettre à la raison Velatti, lequel accuse Callum d'avoir brisé sa carrière. Au cas où Callum ne lui serait pas livré, Velatti menace de révéler l'identité des agents en place et leurs missions. Dès son arrivée à Tanger Steele, dont le nom de Callum agit sur ses interlocuteurs tel un sésame, échappe de peu à un attentat. Il se rend chez Donovan, un Américain ivrogne qui garde le bateau de Callum dans l'éventualité d'un retour de celui-ci, et chez Wedderburn sensé être le responsable de sa sécurité lors de son séjour.

Seulement Steele ne lui fait pas confiance, l'homme n'étant pas franc du collier. Mary Beth, la fille de Donovan, lui propose de remettre la vedette en état, lui trouve un chauffeur matelot homme à tout faire, un Arabe du nom de Marcel, lui déniche un appartement dans la vieille ville et lui demande d'aider un de ses vieux amis, Gonsalves, un Portugais. Après un aller retour à Gibraltar où il fait la connaissance de Louise, la maîtresse supposée de Callum, qui lui fournit des indications précieuses concernant un prêteur, il rencontre Gonsalves, un vieux socialiste qui a fui les dictatures de Salazar et Caetano et redoute le retour de la droite.

Gonsalves veut acheter des armes et Steele accepte de lui en procurer pensant que Velatti mène les ficelles pour le retrouver. Après un voyage à Algésiras où il a négocié l'achat des armes qu'il doit aller chercher dans le désert marocain, il est attaqué par cinq individus dans les rues de Tanger et apprend par Wedderburn que Velatti serait à Lisbonne. Il s'envole pour la capitale portugaise, s'entretient avec Béni à qui il doit livrer les armes, se rend à Gibraltar chez le prêteur puis chez Louise où il est à nouveau agressé par des inconnus. Il s'en débarrasse sans trop de bobo et prévient Wedderburn de ce nouvel incident qu'il impute à Velatti.

La transaction dans le désert d'effectue sans encombre mais lorsqu'il revient à Tanger à bord du bateau remis en état, c'est pour mettre en fuite deux hommes qui ont attaqué Mary Beth. C'est le moment que choisit Velatti pour faire son apparition. Velatti ne veut aucun mal à Steele, seulement le rencontrer et l'informer qu'il voulait empêcher une négociation conclue entre Wedderburn dont il désire se venger et un Libanais : contre la libération de Lorenz, un terroriste détenu en Allemagne, le commandement militaire palestino-libanais détruit la récolte d'opium d'une année dans la vallée de la Bekaa.

 

Mi roman d'espionnage, mi roman d'aventure, Piège pour un frimant n'est pas sans rappeler, comme le fait remarquer J. M. Le Sidaner dans Polar N°14, (première série) que l'atmosphère générale fait penser au film Casablanca. D'ailleurs Nicholas Luard ne s'en cache pas, puisque l'un de ses protagonistes avoue avoir vu le film 9 fois et s'en être inspiré pour créer le personnage mythique de Callum.

Un roman qui joue à fond sur la manipulation, avec en prime l'élévation d'un quidam, né pour perdre, en aventurier qui sait se sortir avec brio de toutes les embûches.

 

Dès le départ j'ai compris que si nous pouvions donner à Callum ce qu'avait Bogart, il ne pouvait pas perdre. Les filles, le champagne, l'argent, mais surtout le style. Le style de Bogart...

Nicholas LUARD : Piège pour un frimant. (The dirty area - 1979. Traduction de Madeleine Charvet). Série Noire N°1781. Parution juin 1980. 288 pages.

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 13:40

Un bouquiniste meurt, un bouquin jamais...

François DARNAUDET : Autopsie d'un bouquiniste.

Ayant donné sa démission à l'Inéducation Nationale, Francis Darnet se retrouve à la tête d'un petit pécule qu'il dépense en achetant des livres d'occasion, des romans populaires principalement. Il baguenaude, il flâne sur les quais , conversant avec les bouquinistes installés sur les quais de la Seine, ou dans les déballages comme à Oberkampf. Il découvre des ouvrages anciens dont il se régale à la lecture. Francis Darnet n'est pas un sectaire et tout ce qui touche à la littérature populaire l'intéresse et le captive. Alors qu'il est plongé à la terrasse d'un café dans Couché dans le pain de Chester Himes il reçoit un appel téléphonique de Béa.

Béa, toute sa jeunesse. Elle était le d'Artagnan des Trois Mousquetaires, les trois amis, Piter, Sollers dit Soso et lui. Béa avait choisi pour faire sa vie Soso, et depuis ils s'étaient quelque peu perdus de vue. Mais Soso vient de décéder. Tombé de la terrasse de leur appartement à Andernos alors qu'elle était ailleurs pour convenances personnelles. Même si le couple ne s'entendait plus guère, Soso buvait et découchait probablement, Béa est persuadée qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Alors direction Arcachon, retrouver Béa, assister aux obsèques et se replonger dans l'atmosphère d'antan.

Francis passe d'abord voir Piter afin de tâter le terrain, puis Béa qui affirme que la mort de Soso serait dû à un ouvrage : Regrets sans repentir de Chester Himes, dans lequel l'auteur américain raconte notamment son séjour sur le bassin d'Arcachon en 1953 et la réécriture de l'épilogue, la première version ne convenant pas, de La Troisième génération. Chester Himes est en compagnie de Willa, laquelle s'attèle également à un ouvrage. Il en réécrit certains passages, le met en forme, lui donne bonne façon. Ils vivent dans la villa que leur a obligeamment prêtée Yves Malartic, le traducteur de quelques-uns de ses propres romans.

Serait-ce cette première version qui aurait provoqué la mort de Soso. Francis Darnet le pense et il enquête dans le milieu des bouquinistes, milieu que connaissait bien Soso pour avoir été lui-même bouquiniste. Un tapuscrit qui pourrait valoir une fortune auprès de certains collectionneurs peu soucieux d'en savoir la provenance.

Bien entendu le lecteur ne peut se contenter de cette simple évocation de Chester Himes et de la recherche d'un manuscrit ayant provoqué la mort d'un bouquiniste. François Darnaudet sait qu'il faut toujours ajouter du piment dans une intrigue.

Et le déclencheur est peut-être un nommé Eric Dufau, lieutenant de gendarmerie, qui dégustant un énorme plateau de fruits de mer à la terrasse d'un restaurant en compagnie de son amie Martine, lorgne vers un couple de jeunes campeurs en vadrouille sur la plage. Et comme il n'est pas de service, il demande à son adjoint de les intercepter et de leur faire la morale. Ils n'ont pas le droit, primo de fumer de l'herbe, il les a vu avec un pétard coincé entre les lèvres de la jeune fille, ensuite, ils ne doivent pas s'installer sur la plage pour la nuit, le sac à dos porté le jeune homme supposant que c'est leur intention. Mais quelques heures plus tard, la nuit tombée, alors que Dufau et Martine ont fait l'amour sur la plage (c'est pas interdit ?) des gyrophares se profilent à l'horizon. Le jeune homme aperçu dans l'après-midi et un autre individu sont couchés sur le sable, non point pour rééditer les exercices physiques dont Dufau et sa compagne sont adeptes, mais parce qu'ils sont sérieusement blessés. L'un ayant attaqué l'autre pour un vol de portable.

 

François DARNAUDET : Autopsie d'un bouquiniste.

Incontestablement, Francis Darnet, le personnage principal de cette histoire, est une copie, une réplique presque parfaite de l'auteur. Mais le héros intrinsèque par procuration de cette histoire, c'est Chester Himes évoluant dans le Bassin d'Arcachon entre juin et juillet 1953.

François Darnaudet mêle personnages réels et fictifs en proposant une œuvre qui oscille entre véracité et imaginaire. Un jeu de miroir en forme de clin d'œil et une idée originale pour concilier hommage et plaisir.

Il ne faut pas croire que si l'histoire se tient en grande partie sur le Bassin d'Arcachon, entre Cap-Ferret, Andernos et autres lieux, qu'il faut cataloguer ce roman comme régionaliste, terme souvent réducteur. Tout Polar est forcément régionaliste lorsqu'il est concentré sur une région, même à Paris, puisque l'Ile-de-France est elle-même une région. Non, ce roman, qui pourrait posséder une entrée fantastique dans les premières pages relatant le passage par la fenêtre de Soso, est bien le respect affiché et revendiqué à un auteur, Chester Himes, à travers son œuvre, et à la littérature populaire dans son ensemble, sans distinction et sans ghettoïsation.

Chester Himes a réellement habité quelques semaines dans le bassin d'Arcachon dans la maison prêtée par Yves Malartic qui a traduit notamment La Croisade de Lee Gordon, La Troisième génération ou encore La fin d'un primitif. Mais si François Darnaudet jette un petit projecteur sur le fait qu'il y a eu plusieurs versions de la fin de La Troisième Génération, c'est la rampe entière qu'il allume afin de mettre en avant le travail accompli dans la rédaction de Garden Without Flowers de Willa Thompson Trierweiler (eh oui !), roman inédit en France.

Parmi les nombreux personnages fictifs évoluant dans ce roman, saluons la présence d'Eric Dufau, le gendarme, qui n'est autre dans la vie réelle qu'Elric Dufau, le dessinateur d'Harpignies, la bande dessinée dont le scénario est dû à François Darnaudet.

François DARNAUDET : Autopsie d'un bouquiniste.

François DARNAUDET : Autopsie d'un bouquiniste. Menace sur Arcachon. Collection Zones noires. Editions Wartberg. Parution 4 mai 2015. 168 pages. 10,90€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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