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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 13:24

Grillés mais pas carbonisés !

Sophie HENAFF : Poulets grillés.

Difficile de se refaire une virginité lorsqu'on a envoyé une balle en dehors du terrain, ou plutôt sur un individu, alors que la commissaire Capestan n'avait aucune raison de plaider la légitime défense, même si elle était en service.

Depuis elle ronge son frein, écartée du service depuis l'obtention de divers blâmes et six mois de suspension administrative. C'est qu'on ne rigole pas dans la police. Heureusement son mentor, le divisionnaire Buron nommé au 36 quai des Orfèvres, pense à la sortir de l'Enfer pour la plonger dans un Purgatoire qu'elle va partager en compagnie de quelques bras cassés. Une brigade non officielle chargée de résoudre des affaires non élucidées. Alors elle n'officiera pas au 36 mais dans un appartement situé rue des Innocents (tiens donc !) et une quarantaine de collaborateurs issus de différents services devraient la rejoindre.

Comme le signale Valincourt, directeur des Brigades centrales : on nettoie la police pour faire briller les statistiques. Les alcoolos, les brutes, les dépressifs, les flemmards et j'en passe, tout ce qui encombre nos services mais qu'on ne peut pas virer, on le rassemble dans une brigade et on l'oublie dans un coin. Capestan disposera de quelques subsides, de matériel de bureau disparate en provenance des rebuts, mais à cœur vaillant, rien d'impossible.

Ils ne se bousculent pas au portillon ces déchus de l'administration policière dont les noms des prétendants possibles ont été déclinés par Buron, mais ils arrivent timidement sur leur nouveau lieu de travail.

Le premier José Terrez, dit la Scoumoune, lieutenant de son état. Quasiment tous ceux qui ont été amenés à constituer un binôme avec lui ont connu un pépin, plus ou moins grave, lors d'interventions. Pas la recrue idéale pour une brigade en construction mais Capestan ne rejette aucun bonne volonté. Ensuite se présente à elle Lebreton, issu de l'IGS, celui qui l'a mise sur la touche. Mais à l'IGS, le ménage se fait entre amis, et le voilà promu commandant de placard. Il faut taire ses rancœurs car ils vont devoir travailler ensemble. Eva Rosière connait une belle carrière... comme romancière et scénariste de télévision. Elle a créé le personnage de Laura Flammes qui enregistre un gros succès d'audience après avoir cartonné chez les libraires. Seulement sa mise en disponibilité se termine et puis il faut renouveler les idées. Quoi de mieux que de se retrouver sur le terrain. Elle est constamment accompagnée de Pilote plus communément appelé Pilou, un chien qui sait apprivoiser les humains. Les autres membres du groupe, peu à vrai dire, arrivent au compte-gouttes, tel Merlot, qui porte bien son nom puisqu'il est catalogué comme alcoolique.

Mais ce n'est pas le tout de jouer aux fléchettes, des cartons emplis de dossiers attendent d'être déballés et étudiés. Foin des banales affaires de vols de portables, il leur faut du solide, du concret. Le premier, Lebreton met au jour un dossier remontant à 1993, estampillé Orfèvres. Yann Guénan, tué par balles, repêché dans la Seine, le corps coincé dans une hélice. Comme Capestan possède un sérieux contentieux avec Lebreton et que personne ne souhaite faire équipe avec Torrez, elle désigne d'office Eva Rosière qui remonte ses manches, prête à se plonger dans les archives. Capestan déniche une autre enquête sur laquelle se plonger. Une vieille dame, Marie Sauzelle, soixante-seize ans, retrouvée étranglée lors d'un cambriolage en 2005 en prche banlieue parisienne.

Toutefois en examinant les clichés pris sur le lieu du drame, des anomalies, insignifiantes, l'incitent à se pencher un peu plus ce problème non résolu. Une enquête qui semble bâclée et qu'elle va reprendre en compagnie de Torrez, le chat noir. Elle assume.

Tout le monde sur le pont, car trois où quatre autres éléments toquent à la porte de l'appartement afin d'intégrer cette brigade vraiment spéciale, et chacun va se répartir les taches, allant même jusqu'en province, afin de recueillir des témoignages aléatoires de proches encore vivants.

Mais cela ne va pas s'avérer une partie de plaisir pour cette brigade qui pourrait s'appeler, comme dans les recueils de nouvelles de Roy Vickers : le Service des affaires classées. Et peu à peu les inimitiés qui auraient pu pourrir les relations entre les différents protagonistes de cette brigade vont se tasser et même au contraire une complicité va s'établir, encouragée par la présence canine de Pilou.

Des moments amusants, humoristiques même, et parfois l'émotion, parsèment cette intrigue admirablement construite même si l'on se demande où l'auteur veut entraîner son lecteur, lorsqu'à un détour des pages on se retrouve sur l'île de Key West en Floride en 1991.

Evidemment ceci n'est pas anodin, et l'on se doute que Sophie Hénaff tente de nous emmener en bateau. Mais nous partageons ce voyage en toute confiance, même si l'on sait que ce ne sera pas de tout repos et que les embûches guettent au coin des rues et sur mer.

Merlot afficha une seconde de contrariété, puis reporta toute son attention sur la cuillère qu'il lécha avec délectation :
- Le miel, mes enfants, le miel ! N'est pas merveilleux, ce que donne la nature ?
La truffe de Pilou approuva, il attendait que ça tombe.
- Elle donne rien du tout, répliqua Rosière en pointant un doigt dodu sur son interlocuteur. Ce sont des centaines de petites abeilles qui bossent comme des acharnées pendant des mois pour se fabriquer leurs réserves et dès qu'elles ont terminé, y a un humain qui passe par là et taxe tout comme le dernier des mafieux. Les abeilles, elles se retrouvent une aile devant, une aile derrière, retour à l'usine les cocottes. La nature "donne". Mon œil ! On la pille et c'est tout.

 

Ce roman a obtenu le premier Prix Polar en séries 2015 décerné lors de la dernière édition de Quai du Polar.

 

Sophie HENAFF : Poulets grillés. Editions Albin Michel. Parution le 8 avril 2015. 340 pages. 18,50€.

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 09:24
Al CONROY : Soldato

Truand contre Mafia, ça promet !

Al CONROY : Soldato

Petit truand à la solde de Don Renzo, l'un des Parrains de la Mafia de Brooklyn et responsable de la mort d'une jeune fille, Johnny Morini trahit son patron en violant la loi du silence.

Don Renzo qui a été acquitté par manque de preuves et grâce à ses appuis politiques, ne pense qu'à venger l'affront. Il engage un détective privé, Moran, ex-flic spécialisé dans la recherche des personnes disparues. Moran au bout d'un an d'investigations, retrouve la trace de Morini dans un village de l'Utah, marié et nanti d'une nouvelle identité. Don Renzo dépêche deux tueurs mais Morini, toujours sur le qui-vive parvient à s'en débarrasser.

En compagnie de sa femme Mary, enceinte, il prend l'avion pour New-York mais il est suivi comme son ombre par Moran. Pensant que le meilleur moyen pour mettre fin à sa cavale est de tuer Don Renzo, il met sa femme à l'abri dans une pension de famille de la banlieue new-yorkaise et loue un petit logement près des bureaux du Parrain d'où il peut surveiller les allées et venues de celui-ci. Il oblige un vieux proxénète à le conduire auprès d'un dealer qu'il torture afin de lui prendre sa réserve de cocaïne. Puis il s'introduit dans un magasin de nettoyage à sec et cache dans les costumes de Don Renzo les petits sachets de drogue.

Pendant ce temps sa femme Mary téléphone en PCV à sa mère qui vit en Californie, et ce malgré les recommandations de Morini. Moran, qui avait tout prévu en contactant un détective de la côte ouest, peut avec la complicité d'un employé de la Compagnie du Téléphone, localiser la provenance de l'appel. Il contacte immédiatement le conseiller de Don Renzo qui lui envoie deux hommes demain. Johnny échappe une fois de plus à ses poursuivants en les laissant sur le carreau mais il est sérieusement blessé. Il se fait soigner par un toubib affilié à la Mafia qui lui promet de n'avertir le Don que quelques heures après son départ.

 

Sobre et rigoureux, ce roman du à Al Conroy, l'un des pseudonymes de Marvin H Albert, met en scène un truand qui, à cause du viol collectif dont est victime une jeune fille qui l'aimait, se rebelle contre son patron, l'un des puissants Parrain de la Mafia. Sans être un super héros, il parvient à tenir tête aux meilleurs tueurs du Don et ceci grâce au courage, à la volonté qui l'animent.

Il ne doit la vie sauve qu'à un heureux concours de circonstances mais également à cause de la mauvaise appréciation du parrain qui manque de psychologie, préférant se fier à ses hommes plutôt que de débourser une prime substantielle et reconnaitre le bon travail effectué par un détective consciencieux.

 

Curiosité:

Ce roman est l'amorce d'une série qui aurait pu concurrencer celle du Guerroyeur (SN 1515) qui compte de nombreux épisodes et est plus connue en France sous le titre de l'Implacable, ou encore d'une autre série due à Don Pendleton (l'Exécuteur) qui là encore met en scène un personnage dont la profession de foi consiste à traquer les membres de la Mafia.

Mais Al Conroy est trop rigoureux dans l'écriture de ses intrigues pour verser dans l'Hénaurme et prolonger indéfiniment des aventures qui ne deviendraient plus crédibles.

 

 

Quelques tittres de Marvin ALbert sous différents pseudonymes

Al CONROY : Soldato (Soldato - 1972 - Traduction de Roger Guerbet). Série Noire N°1606. Parution août 1973. 192 pages. 4,00€. Disponible sur le site Série Noire.

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 09:43
Carter BROWN : On demande une victime

Faut pas compter sur moi...

Carter BROWN : On demande une victime

Au cours d'une réception organisée par Marty Jennings, un des plus gros et plus puissants producteurs cinématographiques d'Hollywood, Robert Giles, acteur shakespearien, s'est amouraché de Dixie, une jeune fille qui s'est entièrement déshabillée et a évolué dans le plus simple appareil vers les deux heure du matin.

Les deux partenaires d'un soir se sont réfugiés dans une cabane de plage appartenant à Jennings afin d'assouvir leur désir, tout en buvant une bouteille de calvados.

Giles s'est endormi et lorsqu'il s'est réveillé, il a découvert le cadavre de Dixie assassinée. Bizarrement aucun des participants de cette soirée ne se rappelle l'incident du strip-tease. Parmi les personnes présentes, Edwina Ballard, ayant déjà convolé trois fois en justes noces et actuelle fiancée de Giles, Nick Fessler, truand et corrupteur, Sammy Westin, agent immobilier, Virginia Strong, starlette, et Betty Wong, petite amie de Fessler.

Rick Holman, détective privé, débute son enquête en visitant la cabane remarquant que le plancher de la pièce du crime a échappé à la poussière qui s'est déposée un peu partout. Fessler, accompagné de Robut son garde du corps, le surprend et l'assomme. Il reprend ses esprits grâce à Betty Wong qui l'exhorte à déguerpir le plus rapidement possible. Ils ont juste le temps de se mettre à l'abri avant que la baraque explose.

Holman succombe aux charmes de Betty qui l'emmène dans un appartement. Le lendemain le détective visite l'appartement désert et trouve une photo de la pulpeuse Dixie. Un élément qui étaye le témoignage de Giles. Puis il interroge chacun des protagonistes de la fameuse soirée et grâce à des recoupements parvient à rassembler peu à peu les pièces du puzzle.

 

Dans ce scénario alambiqué et traînant un peu en longueur, Carter Brown renoue avec le roman policier classique britannique avec la réunion lors du dénouement de tous les suspects, convoqués par le détective qui démonte un à un les rouages de la machination et l'entrée surprise de l'assassin de Dixie braquant un revolver.

S'ensuivent de longues explications, le projecteur étant dirigé sur chacun des protagonistes à tour de rôle.

Holman se révèle comme un être rancunier, particulièrement à l'encontre de Robut, surnommé Gros Lard, qui décède d'une crise cardiaque, le détective l'obligeant à courir comme un dératé en le menaçant d'une arme à feu.

L'humour, parfois un peu lourd, qui règne habituellement dans les romans de Carter Brown y est curieusement assez absent, mais peut-être est-ce volontaire de la part de la traductrice, France-Marie Watkins.

 

Nous avons bu au goulot; tous les verres étaient couverts de poussière et nous ne voulions pas avaler de microbes...

 

Curiosité :

Pour endormir Robert Giles, Dixie lui propose de boire un alcool. Pour cela elle lui offre une bouteille de calvados de trente ans d'âge, contenant un somnifère. Quel sacrilège de dénaturer une si bonne marchandise !

 

Carter BROWN : On demande une victime

 

Carter BROWN : On demande une victime (The ever-was girl - 1964. Traduction de France-Marie Watkins). Série Noire N° 975. Parution octobre 1965. 192 pages. Réédition Carré Noir N°582. Parution mai 1987. 192 pages. 3,80€.

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 08:54
Bill S. BALLINGER : Le cirque de Pékin

Attention mesdames et messieurs, dans un instant ça va commencer...

Bill S. BALLINGER : Le cirque de Pékin

Trois savants, l'un Américain, les deux autres Allemands, qui travaillaient à la mise au point d'un nouveau gaz, le Sensor capable d'annihiler sans les décimer les armées grâce à son action provoquant la paralysie des systèmes nerveux, ont été enlevés à Berlin et ont été repérés à Pékin.

Hawks, agent de la CIA, est chargé de les délivrer et de les rapatrier aux Etats-Unis, en compagnie de Vazov, un Russe directeur d'un petit cirque, qui a demandé l'asile. Hawks, né trilingue mâtiné d'Espagnol par sa mère, d'Indien Nez-Percé par son père, capable de parler moult langues dont le chinois, débarque à Pékin en utilisant la couverture d'un voyageur de commerce, représentant d'une firme suisse de bijoux fantaisie.

Aussitôt il est escorté par un guide officiel, Fung, chargé de l'accompagner dans ses moindres déplacements. Ce qui ne l'empêche pas de contacter Vazov et sa nièce Laryssa.

Ayant fait circuler que la verroterie qu'il transporte représente une somme d'argent conséquente, il reçoit nuitamment la visite de Neih, un membre du Ch'ing Pang, société secrète du Dragon vert, une redoutable organisation criminelle. Contre la promesse d'un dédommagement lucratif, Neih accepte de collaborer avec Hawks.

Aidé de Vazov, de Neih et de quelques complices, Hawks libère les trois savants en tendant une embuscade dans une ruelle, lieu de passage obligatoire et quotidien entre la prison où ils séjournent, et le ministère dans lequel ils travaillent. Il ne reste plus à la petite troupe qu'à effectuer le voyage entre Pékin et Tien-Tsin, un port situé sur la mer de Corée. Neih prend l'identité de Fung tandis que Vazov muni de papiers officiels reconstitue un simili cirque.

Hawks, habile dans le lancer de couteau, Vazov, montreur d'ours, Laryssa, sa nièce fildefériste, constituent les attractions principales, les savants puisant eux dans leurs souvenirs universitaires pour monter des numéros plus ou moins réussis.

Le cirque ainsi reconstitué entame son périple jusqu'à Tein-Tsin et se produit avec succès dans les petits villages. Arrivés à bon port, Hawks et ses compagnons continuent leur spectacle en attendant le moment propice pour embarquer sur un navire appartenant à l'un des membres du Dragon vert afin de rejoindre la Margarita vaisseau américain chargé de les rapatrier.

Malheureusement, le directeur du comité municipal connait Fung et accuse Neih d'imposture. Toute la troupe parvient à s'enfuir sauf Meng, amie de Neih, recrutée pour gonfler l'effectif. Hawks et ses complices parviennent à la libérer de poste de police en utilisant Yvan, l'ours au caractère belliqueux.

 

Plaisant à lire, ce livre d'espionnage bourré d'humour n'attint pourtant pas la qualité des romans noirs écrits par Bill Ballinger dans les années 50 et parus en France vers la même époque dans ka regrettée et défunte collection Un Mystère.

Le Cirque de Pékin se rapproche singulièrement du roman d'aventures à la Jules Verne, genre les Tribulations d'un Chinois en Chine et autres périples dangereux, et n'a de l'espionnage que le prétexte de permettre à des savants retenus contre leur gré et à un Russe désirant rejoindre les Etats-Unis d'atteindre un continent s'érigeant en terre de liberté.

 

Voilà l'ennui, avec les puissances impérialistes. Un petit nombre de gens peuvent se permettre de gaspiller leur temps, pendant que les autres doivent travailler deux fois plus pour compenser cette perte.

 

Curiosité :

Bizarrement, alors que Bill Ballinger est l'auteur d'une vingtaine de romans noirs fort intéressants, la Série Noire n'a cru bon de le découvrir qu'à travers ses romans d'espionnage.

Bill S. BALLINGER : Le cirque de Pékin (The Chinese Mask - 1966. Traduction de France-Marie Watkins). Série Noire n°1037. Parution mai 1966. 256 pages.

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 14:27

Dormez tranquille braves gens, le pape veille...

Mark ZELLWEGER : Panique au Vatican.

Pour Mark Walpen et son oncle Ralf, les vacances de Noël, c'est sacré. Alors même si une affaire se présente, que leurs compétences sont requises, ils ne s'attaqueront au problème qu'une fois les fêtes de fin d'années fêtées dignement.

Mark passe à Zermatt ces quelques jours en compagnie de ses jumeaux, Elliott et Zoe, ce qui lui reste de sa famille avec son père Ralph. Sa femme est morte ainsi que son autre fille dans les attentats du 11 septembre 2001.

Mais peu avant Noël Mark ne perd pas pour autant le Sword de vue. Une réunion de recrutement est programmée justement à Zermatt dans une résidence, le Gornergrat Learning Center, qui lui appartient et aménagée comme un bunker à Zermatt justement. De nouveaux membres vont être recrutés selon des profils bien définis afin de renforcer les Faucons. Mark est assisté de quelques amis fidèles, dont le colonel Paul de Séverac ou encore Rebecca Leibowitz.

Enfin il va pouvoir se consacrer entièrement à ses jumeaux, ou presque. Son amie Anook semble contrariée, mais il ne s'agit que de malentendus vite dissipés après une discussion franche. Et Mark passe beaucoup de temps à s'informer, lire les journaux ou écouter la télévision, chaînes d'infos évidemment.

Deux jours auparavant, Ralph Walpen a reçu dans son bureau à Berne une mère de famille éplorée. Son rôle de diplomate, chargé du réseau Ambassador, l'amène à régler des questions épineuses, et lorsque nécessaire c'est son fils Mark et son service de renseignement non gouvernemental, indépendant et neutre, le Sword, qui prennent le relais en solutionnant les problèmes grâce à une cellule d'actions clandestines, des hommes et des femmes super entraînés provenant de divers services et pays, n'ayant qu'un seul idéal, résoudre les difficultés sans passer par des services officiels qui sèmeraient la pagaille.

Ralph reçoit donc Hannah Parker, avocate, qui arrive directement d'Australie, Sidney très exactement. Sa fille Kathleen, qu'elle n'arrive plus à voir depuis de nombreux mois ou même à joindre par téléphone, est mariée au prince Paolo Spinola, futur grand-duc de la principauté de San Martino della Cima. Le grand-duché fait barrage, et la seule fois où elle a pu communiquer avec elle, Hannah avait trouvé sa fille effrayée et surveillée en permanence. Kathleen et le prince n'ont pas encore eu d'enfant, et elle se rend de temps à autre dans une clinique gynécologique pour des examens. Ralph promet à Hannah de s'occuper de ce cas épineux, mais pas avant le lundi 4 janvier. Il lui offre de séjourner au Matterhorn Palace, son domicile habituel à Berne et dont il est propriétaire, puis de passer Noël à Zermatt en sa compagnie afin d'étudier la question avec son fils Mark.

Mark n'est pas contre cette invitation, du moment que cela n'interfère pas la réunion familiale, de plus cela changera les idées de Ralph qui a perdu sa femme quelques années auparavant.

Noël et le 1er de l'an sont passés, les affaires vont pouvoir reprendre, et c'est chargé.

Plusieurs événements se bousculent, se télescopent, comme autant de comédons, d'éphélides, ou de furoncles sur la face du monde.

Des incidents violents, et des attentats se produisent en Chine et au Tibet et tout naturellement le gouvernement chinois accuse les Tibétains et le Dalaï-lama d'en être à l'origine.

Au Vatican quatre cadavres sont découverts en début d'après-midi dans la résidence personnelle du commandant de la garde. Ce dernier ainsi que sa femme, un caporal et un hallebardier ayant tous succombé à une balle de 9mm. Selon le porte-parole du Vatican, le caporal aurait perpétré ce crime avant de se donner la mort.

Le Pape Anastase V, nouvellement élu et Chinois d'origine, se fait remarquer par ses prises de position nettement plus humaines que ses prédécesseurs. Et il veut faire le grand ménage parmi le clergé et permettre que les prêtres pédophiles soient jugés. En ce début d'année il entreprend un long voyage qui le mène d'Australie jusqu'à Hong-Kong. Seulement arrivé à Hong-Kong, un communiqué précise qu'étant malade, sa tournée est pour le moment ajournée. Le SRAS ou le H1N1, quelque chose dans ce genre l'obligerai à se calfeutrer dans sa chambre d'hôtel. Mais selon quelques sources autorisées, il aurait été enlevé.

Le 5 janvier Ralph Walpen est à Paris et il a un rendez-vous dans un café avec un représentant spécial qui n'est autre que Tenzin Gyatso. C'est à dire le Dalaï-lama en personne qui souhaite que la Task Force dont Ralph Walpen est le représentant, et le Sword dirigé par Mark, enquêtent sur les accusations d'attentats et incidents diplomatiques entre son pays et la Chine. Il est persuadé que les Tibétains n'ont rien à voir dans ces événements tragiques, même si les plus jeunes semblent moins pacifistes que leurs ancêtres.

La cellule de crise du Sword est activée et tandis que neuf membres des Faucons, répartis en trois groupes vont procéder à l'exfiltration de la princesse de la clinique où elle est en résidence surveillée, d'autres vont s'infiltrer au Népal afin de découvrir l'origine des attentats.

Ralph honore un autre rendez-vous qui lui a été proposé, sinon imposé, à Pékin dans le cadre de ses fonctions de diplomate. Le président chinois Zhang Ying Ye le rencontre en personne et en toute discrétion. Il se défend d'être à l'origine des attentats, et de plus d'avoir eu une discussion fructueuse avec le pape Anastase V, concernant de nombreux points politiques et servant d'entremetteur entre Tenzin Gyatso et lui-même. Et à la tête du gouvernement chinois, les conflits d'intérêt et de personnes ne manquent pas.

 

 

Bien que l'auteur affirme que toute ressemblance avec des personnages ou des événements existants ou ayant existés, ne serait que pure coïncidence, le lecteur ne pourrait s'empêcher de plaquer des noms et des visages sur certains des figurants de cet ouvrage, et se remémorer des événement ayant défrayé la chronique quelques années auparavant. Par exemple l'assassinat au Vatican, le 4 mai 1998, d'Aloïs Estermann, le chef des gardes suisses, nommé la veille, de son épouse et d'un jeune vice-caporal de la garde. Selon l'enquête menée en interne, ce jeune garde, Cédric Tornay, aurait laissé une lettre de suicide adressée à sa mère et justifiant son geste. Mais la mère a toujours refusé d'accepter les faits tels qu'ils ont été supposés se dérouler, mettant en doute l'authenticité de cette lettre.

Quant à la Principauté de San Martino della Cima et la princesse Kathleen Parker, australienne, on n'est pas obligé de les comparer avec une célèbre principauté enclavée de la Côte d'Azur et dont une princesse est d'origine rhodésienne (le Zimbabwe actuel) et ancienne championne de natation sud-africaine. Tout ceci n'est que coïncidences.

 

C'est méthodique, précis, méticuleux, comme assemblé par un horloger helvète minutieux mais c'est également lent et longuet même si c'est calibré à la seconde et au millimètre près. Si le récit en lui-même est intéressant, cela traîne en longueur et perd de sa force, de son intérêt par des dialogues, notamment lors des prises de décision, et des descriptions interminables, à l'instar des diplomates qui expriment en trois heures ce qui pourrait être dit en trois minutes.

Ceci n'est pas destiné à un lecteur boulimique pressé de connaître l'épilogue mais plutôt à un amateur de jeu de stratégie, ou tout doit être pensé, mesuré, analysé, prévu, avec des solutions de rechange en cas de défaillance dans l'accomplissement d'une opération.

Evidemment l'auteur se base sur sa propre expérience et de ses connaissances approfondies de la géopolitique internationale et de sa compréhension des services secrets, puisque, nous l'apprend la quatrième de couverture, il a été conseiller spécial auprès de directions des actions clandestines appartenant à de grands services de renseignements.

 

Mark ZELLWEGER : Panique au Vatican. Thriller. Editions Eaux Troubles. Parution le 26 février 2015. 522 pages. 23,00€.

 

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 09:34
David GOODIS : Les pieds dans les nuages

Et la tête aussi ?

David GOODIS : Les pieds dans les nuages

Révoqué de la police cinq semaines auparavant pour avoir encaissé des pots de vin, Corey Bradford vit de gin dans les bars des bas quartiers de la ville de Philadelphie : Le Marais. Au Hangout, repaire des poivrots, il rencontre un soir son ex-femme Lilian, remariée avec Delbert Kingsley.

Désireux de se remettre en fonds, Corey tente de jouer au stud-poker ses derniers cents, mais il est refoulé par Walter Grogan, propriétaire du Hangout et de nombreux immeubles du Marais. A ce moment deux hommes masqués pénètrent dans la salle de jeux et sans la présence d'esprit de Corey, Grogan y passait.

Corey est embauché par le caïd pour découvrir qui se cache derrière cette fusillade. Le même soir, Mc Dermott, le chef de la Brigade Spéciale de nuit, une brigade légèrement en marge de la police officielle, embauche également Corey pour enquêter sur Grogan et le faire tomber dans les rets du fisc.

Deux gros bras à la solde de Grogan l'interpellent en pleine rue, le kidnappent mais Corey parvient à se débarrasser des deux hommes, simulant un règlement de compte entre les truands. Chez Grogan, Lita, la jeune épouse de celui-ci mais frustrée sexuellement, lui fait comprendre qu'il ne lui est pas indifférent. Face aux inquiétudes de Grogan, Corey lui relate les événements de la veille, précisant que les deux hommes doublaient le caïd pour une tierce personne.

Mc Dermott rend visite à Corey pour lui confier qu'il désire venger sa femme violée trente-trois ans auparavant. Il a déjà tué huit des participants de ce crime, mais il manque à son tableau de chasse le chef. Corey en déduit que le rescapé se nomme Grogan, mais il sent qu'entre Mc Dermott et lui existe un autre lien. Grâce à Carp, un nabot spécialiste de l'absorption de verres appartenant à d'autres consommateurs, Corey obtient l'adresse de son ex-femme. Celle-ci défend Kingsley mais Corey apprend qu'outre son passé de prisonnier, Kingsley a tué un homme par homicide soi-disant involontaire et qu'il rentre à des heures impossibles la nuit. Sortant de chez Lilian Corey est agressé par des inconnus.

Il réussit à leur fausser compagnie et se réfugie dans les marais qui s'étendent en bordure du quartier. A la faveur de la lune Corey reconnait en Kingsley le chef de ses poursuivants. La petite bande est dispersée par des sauveteurs providentiels.

 

Bizarrement l'action de ce roman se déroule en quarante-huit heures, alors que les faits qui déterminent la vengeance de Mc Dermott remontent à plus de trente-trois ans (A moins qu'il s'agisse d'une erreur de traduction et que ce ne soit que trente-trois mois). On peut se demander pourquoi tout se met en branle d'un seul coup. Les événements se précipitent, principalement lors de la seconde nuit particulièrement longue et éprouvante pour Corey.

Il existe une autre invraisemblance dans ce récit : Corey, alcoolique, se conduit en homme en possession de tous ses moyens, en sportif s'entraînant régulièrement et non comme un être au bout du rouleau. Il se pinte consciencieusement entre deux agressions, ce qui ne l'empêche pas de recouvrer sa lucidité dans les moments critiques.

Mais ce ne sont que détails auprès de la noirceur et de la force d'évocation de ce roman des ténèbres, au propre comme au figuré. Corey dès son enfance a été voué à un véritable enfer. Il n'a pas connu son père, assassiné quatre mois avant sa naissance. A dix-sept mois il a été mordu par un de ces rats qui pullulent dans le quartier du Marais. A six ans il tue un autre des ces rongeurs avec un couteau alors que sa mère découche et s'encanaille. Son mariage sera un échec, par sa faute, et il sera viré de la police, toujours par sa faute.

Et la lumière qui brille en épilogue de ce roman n'est peut-être qu'une flammèche, l'un de ces feux-follets qui luisent dans les marais. Le Marais, justement, nom du quartier dans lequel se déroule l'action, symbolise la fange dans laquelle s'enfoncent désespérément les habitants de ce coin de la ville bordé par des marais.

De son enfance, de ses tribulations, Corey garde quelques symptômes et manies, dont celle de se parler en aparté, de se motiver, de s'injurier, de se conseiller, comme s'il était en conversation permanente avec une tierce personne, sorte d'ange gardien peu efficace.

 

L'insigne (de policier), en quelque sorte, le gênait, l'irritait. C'était en somme comme un sous-vêtement qui l'aurait démangé.

 

Curiosité :

Lorsqu'un événement va se produire influent sur son destin, Corey ressent dans l'aine un tiraillement, souvenir de la morsure du rat dont il porter toujours la cicatrice.

Réédition : Carré Noir N°387, Mai 1981

Réédition : Carré Noir N°387, Mai 1981

Folio N°2141, Mars 1990.

Folio N°2141, Mars 1990.

Folio Policier N°244, Avril 2002.

Folio Policier N°244, Avril 2002.

David GOODIS : Les pieds dans les nuages (Night Squad - 1961. Traduction de Jean Debruz). Série Noire n°691. Parution février 1962. 256 pages.

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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 13:03

Un peu plus que les sept femmes de Barbe-Bleue...

Arthur Conan DOYLE : Les neuf femmes de Sherlock Holmes.

Le personnage de Sherlock Holmes fait partie du patrimoine littéraire mondial à l'instar d'Arsène Lupin, Hercule Poirot et autres figures légendaires. Et tout le monde le connait, ou croit le connaître.

Souvent il s'est imposé naturellement dans nos lectures, généralement lors de notre adolescence. Depuis les années ont passé et il ne reste dans nos esprits que de vagues souvenirs, telles ces amourettes juvéniles auxquelles on repense parfois avec une pointe de nostalgie. Un souvenir ému qui a tendance à s'estomper et qu'il est bon de réveiller parfois.

Ainsi à la lecture de recueil axé sur les femmes de Sherlock Holmes, j'ai découvert un personnage attachant, ce qui m'avait échappé lors de mes lectures adolescentes. Il n'est plus un détective froid et arrogant tel que j'en avais le souvenir, mais un être qui peut s'émouvoir ou compatir aux malheurs de ses concitoyens. En réalité, on se rend compte qu'il est humain sous une carapace.

 

Dans la première des enquêtes figurant dans ce recueil, Un scandale en Bohême, Sherlock Holmes va rencontrer La Femme, Irène Adler et il pensera souvent à elle au cours de ses enquêtes ultérieures.

Malgré son masque, le visiteur qui rend visite au détective en ce 20 mars 1888, est étonné que Holmes l'appelle Votre Majesté. Il pensait avoir gardé l'incognito, mais on ne trompe pas ainsi l'ami du docteur Watson, qui incidemment est à Baker Street des visites à des malades l'ayant amené dans le quartier. Le visiteur n'est autre que le grand-duc de Cassel-Feslstein et roi héréditaire de Bohême. Cinq ans auparavant il a fait la connaissance d'Irène Adler, réputée comme aventurière, d'ailleurs dans ses fiches Sherlock Holmes possède un article sur la jeune femme. Le problème pour le grand-duc qui désire se marier, réside en quelques lettres et une photographie que possède Irène. Photo qui les représente tous les deux et il veut récupérer le tout. Sherlock Holmes va donc imaginer un stratagème lui permettant de s'approprier les pièces compromettantes au domicile d'Irène Adler, et le procédé réussit plus ou moins bien. Car Irène Adler savait que le grand-duc allait embaucher Sherlock Holmes. Mais ce qu'il ignorait, c'est que ces preuves d'intimité n'avaient pas forcément grand valeur, car Irène Adler est partie d'Angleterre avec son époux, un mariage tout frais. Toutefois Sherlock Holmes a été subjugué par cette femme et il y pense encore souvent.

 

Dans les huit autres affaires évoquées, Sherlock Holmes va devoir enquêter soit directement pour le compte d'une femme, afin de prouver par exemple son intégrité ou pour le compte d'un homme qui sait que sa fiancée, là encore par exemple est dans de mauvais draps et qu'il faut absolument la sauver.

 

Dans La Cycliste solitaire, Watson livre quelques traits de caractère de son ami et mentor.

De 1894 à 1901 inclus, M. Sherlock Holmes fut un homme très occupé. On peut avancer sans risque qu'il n'y a pas eu une seule affaire publique de quelque difficulté sur laquelle il n'ait été consulté ces huit années durant, et il y eu des centaines d'affaires particulières, dont certaines aux caractéristiques embrouillées et extraordinaires au plus haut point, dans lesquelles il joua un rôle prépondérant. De nombreux et retentissants succès ainsi que de rares et inévitables échecs constituent le bilan de cette longue période de travail ininterrompu.

Ainsi débute la narration de cette affaire dont le prologue est révélateur : Sherlock Holmes n'était pas infaillible. Mais continuons quelques lignes plus loin :

Mon ami, qui aimait par-dessus tout la précision et la concentration mentale, ne supportait pas que quelque chose le distraie du problème en cours. Et pourtant, sans un manque de cœur qui était étranger à sa nature, il était impossible de refuser d'écouter l'histoire de cette grande et belle jeune femme, gracieuse et altière, qui se présenta tard dans la soirée à Baker Street et implora son assistance et ses conseil.

Sherlock Holmes ressent une sympathie, une empathie, une compassion envers cette jeune femme, mais également pour d'autres dont il sera amené à faire la connaissance à travers certaines des enquêtes décrites dans ce recueil, et l'attrait de l'aventure et la curiosité qui l'animent l'obligent presque à accepter de les aider malgré les affaires pressantes et compliquées qui requièrent toute son énergie et ses facultés.

Il déléguera le début de l'enquête à Watson, qui pense bien faire mais rapidement le détective le remettra dans les rails et reprendra l'affaire en duo avec son ami et confident.

 

Dans Charles Augusta Milverton, Sherlock Holmes va jusqu'à conter fleurette à une employée de maison, et c'est en riant de bon cœur qu'il annonce à Watson qu'il est sur le point de se marier, qu'il est fiancé. Naturellement n'ira pas plus loin et Sherlock Holmes restera célibataire, mais on peut se rendre compte qu'il n'hésite pas parfois à batifoler pur faire avancer une enquête.

 

Autre point de caractère qui ne transparait pas toujours au cours de la relation de ses enquêtes, c'est celui de ne pas livrer un coupable à la police pour des raisons d'équité et d'humanité. Ainsi dans Le Manoir de l'Abbaye, il déclare :

Une fois ou deux dans ma carrière j'ai senti que j'avais fait plus de mal en découvrant le criminel qui lui n'en avait causé par son crime. J'ai désormais appris la prudence, et je préfère jouer un tour au droit anglais plutôt qu'à ma propre conscience.

 

Mais au fait combien de temps dura sa carrière ? Watson nous le précise dans La pensionnaire voilée :

Si l'on considère que M. Sherlock Holmes a exercé son activité pendant vingt-trois ans, et que durant dix-sept de ces années j'ai pu travailler avec lui et tenir des notes sur ses activités, on comprendra que j'ai à ma disposition une masse de matériau.

Des affaires qui sont simplement évoquées au détour des pages et que d'autres romanciers se chargeront de narrer tel René Reouven, mais ceci est une autre histoire justement.

 

L'on pourra juste regretter un appareil critique à ce volume, ne serait-ce que les titres anglais de ces nouvelles et leur date de première parution. Car il est annoncé que ces nouvelles sont extraites des trois volumes des Aventures de Sherlock Holmes, édition bilingue illustrée (pas de date ni de référence d'éditeur), or ces nouvelles ont été empruntées aux Aventures de Sherlock Holmes, aux Mémoires de Sherlock Holmes, au Retour de Sherlock Holmes, à Son dernier coup d'archet, ou encore aux Archives de Sherlock Holmes. Ce qui permet de mieux comprendre une anomalie financière : alors que la plupart du temps, ces jeunes femmes perçoivent soit une rémunération pour leur travail, soit une rente, et une centaine de livres par an leur suffit, alors que dans une nouvelle au moins, mille livres sont tout juste suffisantes pour survivre.

Afin de réparer cette lacune, voici donc les titres de ces nouvelles, dans une traduction d'Eric Wittersheim, avec leur titre en version originale, leur date de parution, et le recueil dans lequel elles figurent.

 

Un scandale en Bohême : A scandal in Bohemia - 1891. Les Aventures de Sherlock Holmes.

 

Une affaire d'identité : A case of identity - 1891. Les Aventures de Sherlock Holmes.

 

La bande tachetée : The Adventure of the Speckled Band - 1892. Les Aventures de Sherlock Holmes. Plus connue sous le titre Le Ruban moucheté.

 

La cycliste solitaire : The Adventure of the Solitary Cyclist. 1904. Le Retour de Sherlock Holmes.

 

Charles Augustus Milverton : The Adventure of Charles Augustus Milverton. 1904. Le Retour de Sherlock Holmes.

 

 

Le Manoir de l'Abbaye : The Adventure of the Abbey Grange. 1904. Le Retour de Sherlock Holmes.

 

La disparition de Lady Frances Carfax : The Disappearance of Lady Frances Carfax. 1911. Son Dernier coup d'archet.

 

La pensionnaire voilée : The Adventure of the Veiled Lodger. 1927. Les Archives de Sherlock Holmes.

 

La boîte en carton : The Adventure of the Cardboard Box. 1893. Les Mémoires de Sherlock Holmes.

 

 

Arthur Conan DOYLE : Les neuf femmes de Sherlock Holmes. Collection Bibliomnibus Polar. Editions Omnibus. Parution le 2 avril 2015. 204 pages. 10,00€.

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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 08:19
Gil BREWER : Mâtinés de Zoulous

La jeunesse est toujours aussi désemparée...

Gil BREWER : Mâtinés de Zoulous

Blessé au bras droit en service commandé quatorze mois auparavant, l'inspecteur en civil Cliff Reddick passe devant un comité de réforme composé du docteur Maston, du commissaire Harnett, de son collègue et ami Andy Leonard, du sergent Al Calvin et de l'attorney Thayer.

Une parole malheureuse de Maston, la hargne de Calvin et le refus sans ambages de Thayer privent Reddick de reprendre le service actif. Reddick donne sa démission et rentre chez lui, une petite boutique d'articles de pêche et location de barques héritée de son père, ainsi qu'un grand terrain donnant sur le Grand Bayou. Sa disgrâce auprès de Thayer est due à une vengeance.

Depuis longtemps il connait Eve, la femme de l'attorney, désormais ils sont amants. Le soir même Eve et Reddick ont rendez-vous. Il vient la chercher en voiture et partent sur la plage. Ils assistent au meurtre en direct d'une jeune fille. Eve pense pouvoir reconnaître l'agresseur. Reddick en examinant le corps trouve une lettre signée Tal.

Thayer les attends à leur retour et une violente altercation s'ensuit. Reddick téléphone anonymement à la police pour les prévenir du meurtre et s'aperçoit qu'il a perdu son portefeuille. Probablement près du cadavre. Il est définitivement compromis et imagine assez bien les suites.

Afin de battre de vitesse ses anciens collègues et sachant qu'il sera accusé, tout au moins soupçonné, il se rend chez les parents de la jeune morte, Jenny Foster. Ceux-ci en plein désarroi ne lui apprennent rien, sauf le nom d'une camarade de Jenny. Reddick échappe de peu à deux flics, ca che sa voiture dans un bois, en emprunte une à son ami Andy Leonard, puis se rend immédiatement chez Inèz Harrington. Une jeunette de seize ou dix-sept ans qui s'ennuie seule chez elle.

Elle fournit à Reddick le nom de trois amis de Jenny, dont le fameux Talbot, le Tal de la lettre, et vampe le policier déchu.

Premier nom sur la liste : Sam Robertson. Reddick n'apprend rien de concret sauf que la dernière fois que Sam a rencontré Jenny celle-ci allait à la bibliothèque. Chez Talbot Swanson, il s'immisce bien malgré lui dans une party aux relents d'orgie. Les participants sont plus ou moins ivres; Il repart et se fait agresser en cours de route par une bande de jeunes, masqués, qui le déshabillent et le tabasse. Heureusement il peut rejoindre sans encombre son ami Andy qui, malgré une certaine réserve, accepte de le dépanner à nouveau en vêtements et argent.

Continuant son périple, Reddick retourne chez Eve, mais elle a disparu.

 

Gil Brewer démontre dans ce roman toute la désespérance d'un jeunesse en plein désarroi. Qu'ils soient fils de riches, de pauvres, de bourgeois ou de simples ouvriers, ils sont perdus en face d'un avenir sombre.

L'indifférence, le désistement des parents dans leur rôle de soutien, de conseillers, et le manque d'amour, d'affection, perturbent des êtres fragiles qui pour masquer leur peur jouent les durs.

Le meurtrier, dont l'idée fixe était de réussir ses études et décrocher une bourse universitaire a tué Jenny qui enceinte de lui devenait un boulet. Ce roman date de 1956, mais de nos jours la jeunesse est toujours aussi désemparée.

 

Curiosité :

Dans ce roman, Gil Brewer se montre moins misogyne qu'à son habitude. Au travers de ce roman c'est surtout l'avenir des enfants et des adolescents qui le préoccupe.

Gil BREWER : Mâtinés de Zoulous (And the Girl screamed - 1956. Traduction de Pierre Béguin). Série Noire N°386. Parution août 1957. 190 pages.

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 12:08

Vous avez dix minutes à perdre, vous, avec tous vos livres à lire ?

Jean-Christophe TIXIER : Dix minutes à perdre.

Depuis que son père licencié d'une boîte sise en région parisienne, a pris le premier travail qui se présentait à cinq cents kilomètres de leur ancienne habitation, Timothée, plus communément appelé Tim, s'ennuie. Les joies de la campagne ne l'atteignent pas.

Internet n'est pas fiable alors il communique avec ses anciens amis Félix et Mat par Skype, mais c'est la galère. Finis les concours de Skate-board et juillet promet d'être une longue succession de jours sans fin. Et plus particulièrement en ce jeudi matin. Ses parents sont partis en région parisienne manifester avec d'autres laissés pour compte afin d'obtenir des primes de licenciement.

Maman a empli le réfrigérateur, car ils ne doivent rentrer que le vendredi soir, tard. Pendant deux jours, Tim va être seul, alors son père lui a lancé comme une boutade : si tu as dix minutes à perdre, commence à décoller le papier peint de ta chambre. Facile à dire, le père est infatigable, toujours à bricoler, sauf l'eau et l'électricité. Et justement un plombier chauffagiste doit remplacer dans la journée la chaudière déficiente.

Dix minutes pas plus. Tim attaque le papier peint, mais il ne récolte que des confettis. A treize ans et demi, on ne possède pas l'expérience d'un adulte. Pourtant le seau d'eau posé sur l'escabeau, une éponge bien en mains, Tim s'active. Tant et si bien que la bassine bascule et il récupère une serpillère afin de minimiser les dégâts. C'est alors qu'il aperçoit de sa fenêtre sa voisine, une gamine de son âge qui passe son temps à les reluquer mais se cache lorsqu'elle craint d'être surprise. Ne se laissant pas abattre Tim continue son travail d'épluchage Bientôt une inscription dévoilée par l'enlèvement d'un lambeau de papier laisse Tim perplexe. Ceci est mon histoire, écrit au crayon sur le plâtre à nu. il continue un peu puis abandonne.

Il préfère lézarder sur une chaise longue, et pris de pitié devant les légumes qui pâtissent de la chaleur, il entreprend une opération arrosage. C'est alors qu'il est abordé par la gamine, Léa, et dans le fil d'une conversation qui s'établit tout naturellement, elle déclare que le fils de la précédente propriétaire est mort, probablement assassiné. Aussitôt il téléphone à sa mère afin d'obtenir de plus amples renseignements puis il consulte Internet. Par chance la connexion peut être établie, et il récolte des informations de première main provenant du site du journal local.

Karl Duval, le mort en question, aurait procédé à un braquage de banque en 1992, prélevant une douzaine de lingots, et aurait été arrêté par la police purgeant une peine de douze ans de prison. Quelques semaines après sa libération il a été retrouvé la tête la première en bas de l'escalier et tout concorde à supposer qu'il s'agit d'un crime. Les lingots n'ont jamais été retrouvés.

Dix ans ont passé, sa mère est décédée et la maison a été mise en vente. Tim décide de continuer son labeur de dépiautage de papier peint et met à jour une nouvelle inscription : Il y a douze lingots...

Le plombier arrive, guère aimable et entreprend des travaux à la cave, démolissant un mur afin de passer des tuyaux. Mais peut-être cherche-t-il autre chose, car Tim l'entend au téléphone proposer à son correspondant un partage.

Tim narre cette aventure à Léa, lui confiant ses soupçons concernant le plombier, et bientôt tous deux vont s'atteler à la recherche du trésor en arrachant comme ils peuvent le papier peint, qui délivre un nom, puis peu à peu d'autres éléments.

 

Prenant exemple sur la morale du Laboureur et ses enfants, Tim et Léa vont essayer de trouver l'énigme sous les lambeaux de tapisserie, non pas en creusant et retournant la terre, mais en arrachant morceaux de papier après morceaux de papier, à la découverte de la moindre inscription, du moindre indice. Ils vont également mener leur enquête chez un particulier, ressentir quelques frayeurs, surtout Tim seul dans cette maison vide, être en proie à l'angoisse qui forge bien des idées propices à donner peur et à paniquer. Et ce plombier-chauffagiste patibulaire (mais presque comme aurait dit Coluche) qui tient des propos propres à donner la frousse.

Malgré tout, l'idée de pouvoir retrouver ces fameux lingots et d'en toucher la moitié, comme il est de mise lorsque l'on découvre un trésor, balaie toutes ces inquiétudes et ce malgré des visites impromptues. Et malgré lui le lecteur ressent cette angoisse à la lecture des péripéties mouvementées de ces deux gamins de treize ans et demi, bravant tous les dangers, par esprit d'aventure et de trésor caché quelque part, comme dans l'Ile au Trésor.

Jean-Christophe Tixier sait faire monter la pression, et même si l'on sait qu'au bout du compte et du conte, cela se terminera bien, logiquement, on ne peut qu'extrapoler les dangers encourus. Mais l'imagination de Tim, ses suppositions, ses analyses et déductions parfois hâtives, ne sont pas uniquement à attribuer à un gamin. Un adulte aussi dans de semblables circonstances pourrait se conduire comme lui, la curiosité étant légitime. A condition de posséder autant de courage.

Un bon petit roman agréable et plaisant à lire, même et surtout pour un adulte qui sort de la lecture de pavés, qui veut se changer les idées, qui veut autre chose que du sang, des larmes, de la sueur et du sexe...

Jean-Christophe TIXIER : Dix minutes à perdre. Collection Souris Noire. Editions Syros. Parution le 4 mars 2015. 160 pages. 6,30€.

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 07:04
Eric KRISTY : Pruneaux d'agents.

Bon anniversaire à Eric Kristy, né le 16 avril 1951

Eric KRISTY : Pruneaux d'agents.

Gardien de la paix, Noblard ne possède plus la foi qui l'avait fait embrasser cette profession.

Célibataire et solitaire, il n'a guère d'amis. Tout au plus des relations de travail. Ce matin là, alors qu'il se prépare pour canaliser une manifestation de la CGT, ce qui en général ne pose aucun problème, il rembarre son collègue Marchand. Il ne sait pas que quelques heures plus tard, on le retrouvera assassiné dans une maison abandonnée près des Invalides.

La manifestation dégénère par la faute de quelques loubards et le service d'ordre est bousculé. Quelques jours plus tard, alors qu'il traîne inconsciemment dans le quartier, Noblard aperçoit le brigadier Berthier qui lui aussi rôde près du lieu du drame et s'entretient avec le concierge de l'immeuble voisin.

Noblard retrouve chez un collègue une jeune femme qui ne le laisse pas insensible, Clara.

Le commissaire Charron, de la police judiciaire, le convoque suite à la réception d'une lettre signée Vengeance-Police. Ses autres collègues eux aussi sont interrogés. Trois cadavres sont découverts dans une maison de la proche banlieue, un massacre signé Vengeance-Police. Les premières constatations sont effectuées par Charron qui a traîné Noblard avec lui.

Noblard, qui a reçu un appel téléphonique lui demandant de ne pas faire le curieux et qu'il pense émaner de Berthier, n'est pas rassuré. Il décide toutefois de continuer son enquête personnelle et rencontre Manowicz, le concierge. Tout ce qu'il peut dire, c'est qu'il a vu trois jeunes, masqués de foulard, entrer dans la maison et en ressortir. Il a noté le numéro d'immatriculation de leur véhicule.

Une jeune journaliste prénommée Sylvie et qui mène une enquête sur le groupe Vengeance-Police, requiert sa participation, jouant avec ses fibres sensuelles. Elle lui donne rendez-vous dans un café mais lorsque Noblard arrive elle est en compagnie d'un dénommé Patrick, ce qui attise la jalousie du policier. Ça se termine dans les draps et Noblard lui raconte tout ce qu'il sait, notamment ses soupçons envers Berthier.

Apprenant l'assassinat du concierge, Noblard décide de prendre quelques jours de congés. Brun, un collègue de nuit qu'il voyait tous les matins à la relève, vient le relancer chez lui. Il lui avoue être de connivence avec Berthier et avoir tué les trois loubards. Leur conversation se termine par un échange de coups de feu et Brun est atteint mortellement. Noblard s'enfuit et se réfugie chez Sylvie. Il lui narre ses dernières mésaventures et elle décide d'appeler à la rescousse son ami Patrick. Lequel débrouille légèrement l'écheveau en lui expliquant que les RG possédaient un grand nombre d'informations sur les milieux gauchistes, mais rien sur la droite et l'extrême-droite. Une lacune qui tend à se combler avec l'arrivée de la gauche au pouvoir. C'est pourquoi lui et Sylvie enquêtent sur Berthier. Noblard, que tout accuse, doit prouver la culpabilité de son brigadier. Aider à faire le ménage en quelque sorte.

 

Coincé comme un fétu de paille entre l'enclume et le marteau, Noblard, que l'on avait découvert dans la nouvelle "Chienlit et Co" (Collectif Contes des 9 et 1 nuits. SN 1976), est poussé par sa lâcheté à se lancer dans une enquête qui le dépasse. Il est la proie de manipulateurs qui l'ont choisi pour sa naïveté et sa faiblesse. Solitaire et tâtant volontiers de la bouteille, c'est un héros plutôt sympathique, comme des millions d'anonymes sur qui s'abattent les événements sans qu'ils cherchent à sortir de l'ombre.

Je ne voyais en général que les copains chez qui on mangeait bien. C'était un des critères qui me faisait sympathiser ou pas.

 

Curiosité :

Eric Kristy, qui a appris à Joseph du couple Marie et Joseph, à jouer de la guitare, a accompagné Philippe Chatel puis a collaboré avec Gotainer. Mais cet amateur de blues, de country et de bluegrass, contrairement à d'autres ne le laisse pas transparaître dans ses romans. Il s'est tourné dans l'écriture de scénarios télévisés avec son complice Christian Biégalsky.

 

Eric KRISTY : Pruneaux d'agents. Série Noire N°2011  Parution juillet 1985. 224 pages.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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