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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 09:28
Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes.

Un roman mi-fric, mi-raison...

Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes.

On ne devrait jamais marchander, surtout lorsqu'il s'agit de la vie d'un être humain. Trafiquant en gros de drogue à Brooklyn, Kenan Khoury va en faire l'amère expérience.

Sa jeune femme Francine, qui a l'habitude d'effectuer elle-même ses emplettes alors qu'ils pourraient se faire livrer, est enlevée par deux ou trois hommes qui l'embarquent à bord d'une camionnette. Les ravisseurs, racistes, exigent un million de dollars. Seulement une telle somme, en billets de banque bien évidemment car il n'est pas question de signer un chèque, ne se trouve pas dans les heures mêmes, surtout en fin de semaine. Dans son coffre-fort Kenan possède quelques réserves mais cela ne fait pas le compte. Son frère Peter, mis au courant et qui n'exerce que la modeste profession de livreur, ne peut pas l'aider financièrement. Alors quand les kidnappeurs apprennent qu'ils ne pourront percevoir qu'à peine la moitié de la somme demandée, il acceptent, mais il omettent de préciser que s'ils rendent l'épouse à son légitime mari, ce sera en morceaux.

En effet Kenan et Peter découvrent dans le coffre d'un véhicule, au rendez-vous fixé, des sacs-poubelles contenant Francine détaillée comme un morceau de puzzle. Kenan Khoury est dans tous ses états, on le comprend, mais il n'est nullement question d'avertir la police. Peter pense à une connaissance qu'il rencontre parfois dans un local des Alcooliques Anonymes, Matt Scudder. Lui-seul peut s'investir dans la délicate mission de retrouver les malfaisants.

La première des choses à faire, c'est de refaire le parcours effectué par Francine mors de son enlèvement, d'interroger les commerçants et d'éventuels témoins. Ensuite Matt recherche si d'autres affaires similaires se sont déjà produites. Puis il s'intéresse aussi à la provenance des appels téléphoniques provenant des ravisseurs. Ces communications émanaient de cabines téléphoniques, mais il est difficile d'en trouver trace, la Compagnie du Téléphone ayant ôté les plaques sur lesquelles est apposé le numéro d'appel de ces postes. Alors il a recours à d'anciennes connaissances, dont Durkin dont il fut le collègue lorsqu'il était encore flic, ou à des personnes qui lui sont recommandées, dont TJ un adolescent adepte de la musique rapeuse et qui aimerait imposer son nom sur scène ou sur disque. TJ lui souffle l'idée de contacter les Kong, en réalité Jimmy Hong, d'origine chinoise, et David King, d'origine juive. Les Kong sont spécialisés dans le piratage informatique et téléphonique. Leur aide se révélera précieuse pour éplucher les numéros d'appels téléphoniques et situer les kidnappeurs.

Enfin la belle Elaine, dont il est un peu le talon d'Achille, va s'investir dans l'enquête avec volonté et pragmatisme, car seule une femme peut réaliser ce qu'elle va entreprendre. Si d'autres cas d'enlèvements ont été signalés, il se pourrait que les ravisseurs n'aient pas fini leur petit manège.

 

Matt Scudder qui traîne derrière lui son passé de dipsomane se rend quasi quotidiennement dans les réunions d'Alcooliques Anonymes, ce qui l'aide à surmonter ses envies. C'est ainsi qu'il a connu Peter Khoury lequel en plus d'être un intempérant s'adonne également à la drogue. Il essaie de s'en sortir, mais replonge souvent, à son grand regret. Elaine est toujours là, ou presque, pour épauler Matt. Tandis qu'il vit à l'hôtel, Elaine réside dans un petit appartement mais ils se retrouvent souvent chez l'un ou chez l'autre. Car Elaine se ménage quelques heures de liberté afin de s'adonner à son travail de gagneuse en chambre. Ce qui ne gêne nullement les deux amants, la tolérance étant primordiale de même que la confiance.

A quelques heures près, Matt n'aurait pas hérité de cette affaire complexe, car il prévoyait de partir en Irlande retrouver son meilleur ami pour quelques jours.

Un roman enlevé (!) dont les dialogues vifs rebondissent comme lors d'échanges dans une partie de tennis de table. A noter qu'en deux décennies les progrès technologiques ont été fulgurant, et il serait difficile aujourd'hui de trouver des cabines téléphoniques à pièces, le portable devenant le moyen de communication privilégié.

 

Toutefois quelques négligences dans la traduction auraient pu et dû être évitées lors de cette réédition. Par exemple page 75 : Le seul chameau que j'ai jamais vu, c'était sur les paquets de Camel, explique Khoury, qui est d'origine libanaise tandis que Francine était elle d'origine pakistanaise. Or l'animal représenté sur les paquets de cigarettes n'est pas un chameau, mais un dromadaire !

Ou encore : J'étais en voiture avec une copine et il y a un connard en Honda Civic qui lui a arraché son pare-brise, puis qui s'est tiré carrément. Quel manque de civisme effectivement, mais j'aurais mieux compris s'il s'était agit d'un pare-choc ou d'un rétroviseur. D'autres petites erreurs se sont glissées de ci-delà, mais je vous laisse le plaisir de les relever.

 

Ce roman a connu une première parution aux édition du Rocher en 1994 , sous le titre La balade entre les tombes et a été réédité dans la collection Points Seuil N°105, en 1995. Il bénéficie d'une nouvelle édition à la Série Noire, éditeur emblématique de Lawrence Block, grâce à son adaptation cinématographique. Le film au titre éponyme a été réalisé par Scott Frank avec pour interprètes principaux : Liam Neeson, Dan Stevens, Boyd Holbrook... et est sorti en France le 15 octobre 2014. La couverture de la Série Noire reprend l'affiche du film.

Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes. Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes.

Lawrence BLOCK : Balade entre les tombes. (A walk among the tombstones - 1992. Traduction de Mona de Pracontal). Réédition Série Noire 9 octobre 2014. 384 pages. 22,00€.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 13:23

L’amiante religieuse ! explication dans le texte.

Jussi ADLER OLSEN : Délivrance

Lancer une bouteille à la mer peut être un moyen efficace de lancer un SOS, mais c’est une façon de procéder aléatoire.

Franchement, il y en a qui mérite des coups de pieds là où je pense (façon de parler). Par exemple ce policier écossais auquel un pêcheur a remis une bouteille qu’il a ramassée dans on filet. Il l’a déposée négligemment sur le rebord d’une fenêtre de son bureau, en plein soleil dans son bureau puis il l’a oubliée. Quelques années plus tard, alors que le brave et jovial représentant de l’ordre est décédé, elle est retrouvée par une spécialiste en cybercriminalité. Intriguée la jeune femme brise le flacon et récupère la feuille de papier qu’il contenait. Le message, selon elle, a été écrit avec du sang, et serait rédigé en islandais. Après expertise, il s’avère qu’il s’agit d’un texte rédigé en danois.

Feuille de papier et débris de verre atterrissent dans les bureaux du département V de la Police de Copenhague dirigé par Carl Mørk. Après quinze jours d’absence, celui rentre dans ses locaux, du moins il tente, car le sous-sol est vide et quasiment bouché. D’après un inspecteur du travail, il faut condamner le sous-sol à cause d’un problème d’amiante. Et Carl est très mécontent. Ses archives sont suspendues dans un couloir et il exige de réintégrer ses locaux. Il obtient en partie gain de cause. Il va pouvoir s’attaquer directement aux affaires en suspens (comme l’amiante dans l’air) c'est-à-dire le contenu de la bouteille et une épidémie d’incendies dans des entreprises apparemment florissantes. Assad, son assistant syrien, qui ne comprend pas toujours les mots employés par son supérieur, a mis le doigt sur une anomalie. En effet un cadavre a été retrouvé dans les décombres, cadavre dont l’auriculaire possède une marque de bague. Or en 1995, une entreprise avait connu des déboires similaires et un cadavre, calciné lui aussi portait le même genre de marque.

Rose, son autre assistante, essaie de déchiffrer le message mais de nombreuses lettres sont effacées. Toutefois la date inscrite est plus ou moins précise. Février 1996. Elle établit des agrandissements afin de pouvoir compléter le puzzle. Seulement elle a décidé de prendre quelques jours de repos et c’est sa sœur jumelle Yrsa qui la remplace. Aussi fofolle, peut-être plus, ce qui ne l’empêche pas de passer des heures sur ce manuscrit sauvé des eaux. Celui-ci délivre peu à peu ses secrets, et Carl est amené à se déplacer jusqu’en Suède à la recherche d’un certain Poul Holt, signataire de la missive. Carl retrouve Tryggve le frère de Poul mais va aussi plonger dans l’enfer des sectes.

Il, ou plutôt appelons-le Lui, ce sera plus facile, Lui voyage beaucoup et souvent, laissant au foyer sa femme et son fils Benjamin. Il ne passe pas son temps à courir le guilledou, quoiqu’il s’adonne volontiers à épancher les besoins charnels de quelques veuves, il surveille aussi les familles œuvrant dans des sectes, comme Les Témoins de Jéhovah, les Quakers, la Cosmologie de Martinus, les Pentecôtistes, la maison du Christ, les Evangélistes et bien d’autres.

En ce moment il ne quitte pas des yeux une famille disciple de la Moderkirken, l’Eglise de la Saint mère de Dieu. Le père, la mère et les Saints Esprits, surtout Magdalena, douze ans et son frère Samuel. Lui a été élevé dans cette ambiance, avec un père qui n’acceptait aucune déviance aux règles. Pourtant avec sa sœur Eva, il avait ses petits moments de bonheur. Ils étaient proches mais surtout il ne fallait pas le montrer aux autres. Il avait appris à rire en regardant les enfants dans la cour, lorsqu’il avait vu un film de Charlie Chaplin. Et sous son lit il cachait des illustrés ou des magazines interdits à cause de leur futilité. Et lorsque son père le pasteur l’a surpris dans une imitation de Charlot, et découvert ses petites revues sous le lit, Lui a été récompensé à coups de ceinture. Une révolte familiale, un père qui décède et le revoilà avec un beau-père de la même engeance.

Un livre qui comporte quelques scènes ou dialogues humoristiques, de situations frôlant le loufoque dans une ambiance résolument tragique. Des personnages de policiers qui frisent le ridicule et sont pourtant très attachants, se montrant très consciencieux dans leur mission malgré l’apparence de dilettantisme dont ils font preuve parfois dans leurs activités.

De nombreuses digressions parsèment ce roman, mais elles lui confèrent un charme certain, lui donnant un ton enlevé et n’appesantissant pas l’intrigue. Par exemple les efforts déployés par Carl dans son travail, à supporter ses assistants, ses beau-fils, à gérer le conflit avec son ex-femme Vigga, à essayer de soulager Hardy, son ex-coéquipier atteint de tétraplégie suite à un accident du travail, à observer sans vouloir y croire aux quelques réactions positives d’un corps qui ne veut plus se mouvoir, à séduire Mona, la psychologue policière. Il offre même à l’un de ses beaux-fils un petit pactole si celui-ci trouve un amant à sa mère afin que celle-ci les laisse tranquille, alors qu’elle désire réintégrer le domicile conjugal et faire main basse sur la maison.

On suit Lui dans ses démarches à la recherche d’une famille afin de perpétrer son envie de vengeance et se faire par la même occasion beaucoup d’argent. Le lecteur partage les affres de Mia, la femme de Lui, qui est placée sous la coupe d’un manipulateur, et qui en découvre dans des cartons rangés dans un débarras, des coupures et des journaux auxquelles elle n’aurait pas dû accéder. Et comme Lui rentre toujours à l’improviste, elle manque se faire surprendre en compagnie d’un ami, qui comme dans un vaudeville parvient à s’échapper par une porte dérobée. Lui exerce une vengeance, fructueuse, car sa jeunesse a été résolument placée sous la coupe d’un père autoritaire, et dont la mère suivait en tous points des principes religieux intégristes, intolérants, dogmatiques. Le genre de doctrines qui perturbent profondément des enfants qui désireraient vivre tout simplement. Et c’est bien le fanatisme religieux qui est au cœur de ce roman.

Et il ne faut pas oublier l’enquête sur les incendies, et l’attitude parfois loufoque des assistants ou assistants intérimaires de Carl.

Je pensais m’ennuyer en lisant ce roman épais de quelques six-cent-soixante pages, et ce fut le contraire. Peut-être justement à cause ou grâce à ces digressions qui enveloppent l’intrigue, lui offrant une chaleur humaine non dénuée d’humour, parfois caustique.

L’histoire se déroule en 2009 et au Danemark. Pourtant, parfois on pourrait penser se trouver en France. Pour preuve cette citation : Avec ce stupide système de contrôle continu et les stupides réformes de l’Education nationale, il fallait vraiment qu’il aille en cours et qu’il fasse au moins semblant d’apprendre quelque chose (Page 108).

 

Le seul reproche que je pourrais émettre : à défaut d’un GPS, l’éditeur aurait dû inclure une carte géographique afin que le lecteur qui ne voyage que par romans interposés puisse se retrouver dans les déplacements effectués par les protagonistes.

Jussi ADLER OLSEN : Délivrance

Jussi ADLER OLSEN : Délivrance (Flaskepost fra P – 2009 ; traduit du danois par Caroline Berg). Première parution Editions Albin Michel janvier 2013. Réédition Le Livre de Poche Policier/Thriller. Parution le 2 janvier 2015. 744 pages. 8,60€.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 08:20
Gerald KERSH : Les forbans de la nuit.

Avant l'Ange Blanc et le Bourreau de Béthune, il y eut l'Etrangleur Noir !

Gerald KERSH : Les forbans de la nuit.

Se faisant passer pour un compositeur de chansons, Harry Fabian, petit proxénète miteux, recherche 200 £ pour monter une combine qu'il pense juteuse : organiser des combats de catch.

Il contacte Joe Figler qui accepte l'association en participant pour moitié. En écoutant une conversation entre Zoe, sa gagneuse, et un client, Arnold Simpson, Fabian décide d'exercer auprès de celui-ci un chantage éhonté qui lui rapporte 110 £. Enfin il contacte l'Etrangleur Noir, lui proposant de mirifiques avantages, dont une robe de chambre rouge en soie portant son nom.

L'Etrangleur accepte de résilier son contrat avec Bielinsky et d'entrer dans l'écurie Fabian. Vi, danseuse-entraineuse dans un cabaret et qui brûle la chandelle par les deux bouts, convainc sa copine Helen, dactylo au chômage, de travailler dans la même boîte qu'elle. Phil Nosseros, patron du Silver Fox, engage la jeune femme ainsi qu'un nommé Adam comme garçon de salle.

Fabian, accompagné de Figler et de l'Etrangleur Noir, passe sa soirée dans le cabaret où, prodigue, il claque la moitié de son argent, ayant confié, non sans réticence, l'autre partie à son associé plus prévoyant.

Le lendemain il se fait sermonner par Zoe et tente un nouveau chantage, rapidement avorté, auprès de Simpson. Un mois plus tard l'entreprise Fabian Sport commence à prendre allure. Ali, un ancien catcheur septuagénaire est embauché en qualité d'entraîneur. Entre Helen et Adam s'ébauche une idylle mais en même temps s'élèvent quelques divergences. Tandis qu'elle voudrait continuer son nouveau métier et monter sa propre boîte, Adam n'aspire qu'à exercer l'art de la sculpture. Bientôt c'est la brouille et Helen décide de tenter sa chance auprès de Fabian.

Les fêtes du couronnement approchent. Les policiers raflent les prostituées qui évoluent dans Londres.

 

Les forbans de la nuit décrit l'ascension et la déchéance d'un petit marlou, maquereau sans envergure, vivant d'arnaques. Quelques scènes fortes jalonnent ce roman. D'abord Figler, en partant de zéro, arrive à dégotter 100 £ en achetant des marchandises et en les revendant à perte, recréant le système du crédit. Ensuite quelques pages pleines de réalisme dans lesquelles Nosseros enseigne à Helen, sa nouvelle recrue, comment pressurer le client au maximum. Enfin le match de catch organisé par Fabian entre Ali, le catcheur septuagénaire ventripotent et Kration, le jeune lutteur cypriote.

Un roman de mœurs, sans meurtre, sans coup de feu, qui par bien des côtés n'a pas vieilli, les arnaques étant toujours perpétrées de la même façon.

 

Curiosités :

Le couronnement dont il est fait référence dans le roman est celui de George VI en 1937, qui succéda à son frère Edouard VIII, obligé d'abdiquer car s'étant marié avec une riche veuve américaine.

Gerald Kersh, à moins que ce soit les traducteurs, a une propension parfois irritante à utiliser les comparaisons, les métaphores, dans ses descriptions de personnages, de situation...

Ainsi : Son visage blafard, trop large d'en haut, trop étroit du menton, faisait penser à un coin de bucheron. Ou encore : Les rames de métro giclaient des tunnels comme de la pâte dentifrice hors d'un tube.

 

Nota :

Ce roman a bénéficié d'une première traduction en 1954 aux éditions Denoël sous le même titre. Il a été adapté au cinéma par Jules Dassin en 1950, avec notamment Richard Widmark et Gene Tierney puis par Irwin Winkler en 1992.

 

Citation :

La meilleure consolation de la créature humaine dégradée, c'est d'en voir d'autres plongées dans le même bourbier. Plus elle tombe bas, plus elle aspire au nivellement.

Gerald KERSH : Les forbans de la nuit.

Gerald KERSH : Les forbans de la nuit. (Night and the city - 1938. Traduction de S. Henry et R. Amblard). Série Noire N°480. Parution 1959. Réimpression 25 mars 1993. 256 pages. Réédition collection Carré Noir N°84. Parution octobre 1972.

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 13:18

Bon appétit bien sûr !

Sam MILLAR : Le cannibale de Crumlin Road.

S'il y a bien quelque chose qui énerve Karl Kane, détective privé installé à Belfast, c'est d'être dérangé le samedi pour une affaire, alors qu'il a d'autres occupations de prévues, par exemple étudier sur quel tocard il va pouvoir miser afin de se renflouer.

Pourtant ce matin là, il ne peut se défiler, Naomi, sa secrétaire et maîtresse, ce qui n'est pas forcément incompatible, lui impose d'écouter les doléances de Géraldine Ferris une gamine de Dublin. Elle ne paraît que treize ou quatorze ans mais en a dix-sept. Ce n'est pas son âge qui est en compte mais la disparition inexpliquée de sa jeune sœur, Martina, qui vit théoriquement dans un foyer. Théoriquement car Martina est réputée comme fugueuse, pourtant au fond d'elle-même Géraldine est persuadée qu'il est arrivé quelque chose à sa sœur.

Comme Kane ne peut rien refuser à Naomi, il va débuter ses recherches en se rendant au foyer, où il est accueilli d'abord par un vigile puis par la directrice. Mais l'impression qui en ressort est qu'il vient de franchir les portes d'une prison. Seule la bonne qui leur a servi la rituelle tasse de thé se montre plus sympathique que sa patronne. Elle glisse dans la main de Kane un bout de papier sur lequel elle a écrit à la hâte quelques infos. Muni de ces précieux renseignements, Kane rencontre dans une église en ruines des sans-abris, lieu que fréquentait lors de ses fugues l'adolescente.

Depuis quelques mois un déséquilibré kidnappe des jeunes filles ou des adolescentes et leur corps est retrouvé en partie. En effet des organes manquent à l'appel, le foie et les reins. C'est ce que lui apprend Tom Wicks, un policier dirigé par Wilson, son ex-beau-frère, avec qui il entretient un contentieux pas prêt de se diluer. Naomie possède une amie Irvana qui aime les hommes. Jusque là, rien que de très normal. Sauf qu'Irvana est un transsexuel fier de son opération. Lors d'une conversation, Irvana raconte à Naomie et Kane un pan de sa jeunesse. Les photos des mortes éventrées ont ravivé des souvenirs pénibles. Elle pense connaître le coupable, Bobby, le fils d'un chirurgien-chef à la Royal Victoria Hospital, un gamin avec qui elle était obligé de jouer, son père étant le garde-chasse du toubib et désirant garder sa place. Le gamin vicieux et détraqué prenait avec un Polaroïd des photos de sa mère, nue. Or trois ans auparavant, elle a retrouvé Bobby sur son chemin et il l'a traitée de tous les noms, la poignardant, l'avilissant et lui promettant toutes sortes de réjouissances mortifères. Peu après Irvana disparait et Kane et Naomie se sentent directement impliqués dans cette affaire.

 

Il fut un temps, dans les années 80 et 90, où la mode voulait que le détective soit atteint d'un problème physique. En mettant en scène un personnage manchot, aveugle, ou autre, il fallait que l'auteur se démarque de ses confrères afin d'imposer une stature, une posture à son héros. Aujourd'hui on pourra ajouter Karl Kane à cette panoplie car il souffre d'hémorroïdes et ne se prive pas d'en parler et de se pommader. L'occasion pour l'auteur de parler d'un mal dont il souffre ?

Kane est ironique, caustique, sarcastique, ce qui engendre un peu d'humour décontractant, facilitant la digestion de certaines scènes, dans ce récit par ailleurs dur, âpre, violent, glauque, scatologique mais non dénué d'humanisme. S'il se montre dans ses relations avec Naomie plutôt conciliant, celles avec ses beau-frère sont houleuses et d'ailleurs ils s'évitent. Alors Kane est obligé pour obtenir des informations et des renseignement de s'adresser à Tom Wicks, en catimini, ou pour l'aider dans certaines circonstances en marge de la loi à d'autres personnes plus ou moins en délicatesse avec la justice. Kane a écrit un manuscrit et il essaie de le placer. Pour cela il s'adresse à l'un de ses anciens condisciples, auteur de best-sellers, lui demandant de le lire et de le proposer à son éditeur. Ce qui nous vaut quelques pages fort amusantes et réalistes.

 

Le lecteur est trimballé sur les montagnes russes des sentiments contradictoires, ressentant une impression de malaise, entre attrait pour une histoire de détective à l'ancienne, cherchant à payer son loyer car l'argent ne rentre pas beaucoup dans la cagnotte du couple, et les horreurs, souvent complaisantes, décrites par Sam Millar. Un roman au goût amer, et l'on aimerait que cela reste une fiction, mais l'être humain est ainsi fait qu'il lui faut se montrer odieux, à cause d'un psychisme délabré. Un ouvrage qui entre plus dans la catégorie gore que dans celui du roman noir, d'autant que l'on assiste, par chapitres interposés, aux méfaits du ravisseur qui ne ravit pas forcément ses victimes. Quant à certaines pratiques exercées sur des volatiles, tout comme le fait ce dégénéré sur ces victimes, elles méritent réflexion lors de la consommation du produit destiné souvent à être placé sur les tables pendant certaines fêtes.

Sam MILLAR : Le cannibale de Crumlin Road. (The Dark Place - 2010. Traduction de Patrick Raynal). Parution le 8 janvier 2015. 302 pages. 21,50€.

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 09:10
Christian POSLANIEC : Punch au sang

Bon anniversaire à Christian Poslaniec, né le 28 janvier 1944.

Christian POSLANIEC : Punch au sang

Quittant Rennes sous la neige, Patrice Bergof entame une tournée de conférence sur la communication en Guyane. Dans l'avion qui l'emmène à Cayenne, il fait connaissance de Julie Belgaza. Elle est arrêtée à la descente d'avion par des membres d'une milice privée à la solde d'un exportateur, Lefébure, qui a la mainmise sur une société de transports et le commerce local.

Le lendemain Bergof apprend que la jeune femme s'est suicidée en se jetant du haut de la tour Dreyfus à Kourou. Il feuillette un petit carnet qu'elle lui a confié. Grâce à l'amabilité d'un commerçant en informatique, Antoine Friand, avec qui il sympathise, il décortique le texte qui ressemble à une suite de poèmes. Quelques mots reviennent assez souvent : singe, enfant, révolte, imiter. Son carnet a été photocopié, et Marie-Claudette, la serveuse de l'hôtel, avoue l'avoir fait à la demande de sa patronne, Mme Cervinis, responsable d'une boite d'intérim.

Entre Bergof et Marie-Claudette, les relations sont plus qu'amicale, et elle le rejoint dans la case que lui a loué Friand. Au cours d'une balade dans le cimetière, Bergof découvre des tombes d'enfant. Sur l'une d'elle figure le nom de Christophe Belgaza. François, un ami policier, à qui il a écrit, lui téléphone pour lui apprendre que la missive a été ouverte, et qu'en métropole il est sur une affaire qui pourrait recouper les avatars de Bergof en Guyane. Le conférencier poursuit néanmoins sa tournée et remarque parmi le public la présence constante d'un des hommes de Lefébure.

Il apprend par Antoine Friand que tous les actes de décès ont été signés par un certain docteur Gamin. Bergof contacte Catherine Plet, une jeune femme qui a assisté à la première de ses réunions et il lui demande de l'héberger, lui racontant ses soupçons. Soupçons partagés par Catherine qui a enquêté de son côté. Friand est retrouvé noyé dans l'ancien port de Cayenne, soi-disant après avoir ingurgité une trop grande quantité d'alcool. Catherine organise leur départ vers le Surinam.

En cours de route ils retrouvent François qui est en mission en Guyane. Un trafic de drogue a été découvert, le transit étant effectué dans des cercueils contenant des cadavres de singe en lieu et place de ceux d'enfants dont les actes de décès, faux, étaient signés principalement par le docteur Gamin. Il ne fait aucun doute que les enfants ont fait l'objet d'un trafic d'adoption. Lefébure semble être hors de cause, ce commerce étant à mettre à l'actif de quelques uns de ses employés ou cadres. Bergof regagne Paris en compagnie de deux hommes liés à ce trafic. A leur arrivée à Villacoublay ils sont accueillis par des salves d'armes à feu. Les deux inculpés décèdent et Bergof en est quitte pour la peur. Il se réfugie chez une de ses connaissances qui lui prête son appartement.

 

Prenant pour base un sujet sensible et épineux, Christian Poslaniec joue entre humour et gravité. Il utilise quelques digressions ayant pour thème la sémiologie, l'analyse psychologique ou les problèmes de la communication, qui s'avèrent du plus bel effet. Elles ont pour but de décompresser le lecteur avant de relancer l'action.

De même que les courtes excursions dans la gastronomie locale. Mais ces amusements ne cachent pas le problème de l'adoption, évoqué avec pudeur, et qui pose cette question primordiale : Ces enfants qui ont disparu depuis si longtemps, est-ce qu'il faut les rendre à leurs parents ?

La relation entre Bergof et Catherine est chaste et pour cause, la jeune femme n'aime que ses consœurs. Pourtant cela ne les empêche pas de coucher ensemble, dans le même lit, sans qu'il se passe quelque chose. Au grand désappointement, caché, du narrateur. Il goûtera toutefois au fruit défendu, ou plutôt à son représentant, par un plat d'anaconda amoureusement préparé par les autochtones.

 

Citation :

Avec les intellos faut causer comme eux, sinon y comprennent que dalle !

 

Christian POSLANIEC : Punch au sang. Série Noire N°2075. Parution janvier 1987. 256 pages. 5,55€.

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 10:22

Bon anniversaire à François Muratet, né le 27 janvier 1958.

François MURATET : La révolte des rats

En 2049, l’Europe, élargie à quarante membres, voit arriver au pouvoir Pim Head, le leader du Rassemblement des Milices, une importante société prestataire de services tournée vers la politique.

Les Etats-Unis de toute l’Amérique du Nord ont vu le regroupement du Canada et du Mexique aux USA. Mais pour autant le contexte économique est en régression, et les grèves, les contestations, les manifestations se développent sur les deux continents, sans oublier les guerres d’indépendance qui fleurissent ça et là.

En Europe la Milice prend le relais, musclé, de la police. En Amérique du Nord, c’est le spectre de la guerre civile qui se profile, avec à la tête des contestataires, un nommé David, insaisissable. Le libéralisme à outrance est le maître mot tant en Europe qu’aux Etats-Unis.

Pourtant dans la communauté européenne, certains se révoltent, appartenant à une section politique bannie, les Hypercommunistes. D’autres travaillent sur des programmes de micro-ordinateurs à l’intelligence artificielle extrêmement développée puisqu'un dialogue peut s’échanger entre la machine et l’homme. Des sommes considérables d’argent transitent sur des comptes parfois au grand dam de leurs bénéficiaires. Quant aux politiciens, ce sont toujours les mêmes : ils rêvent d’asseoir une suprématie impérialiste au détriment de ceux qu’ils dirigent, bafouant le social sans état d’âme.

 

Dans ce roman de politique-fiction, construit comme un puzzle, François Muratet nous dépeint ce que pourrait être l’Europe et le monde en général dans une quarantaine d’années. On ne peut dire que ce soit du pessimisme, mais il s’agit d’une vision inquiétante et crédible de notre avenir, peut-être plus proche que nous le pensons.

Une analyse et une projection pertinentes que des événements récents, lors de la parution du roman, mais François Muratet avait déjà bouclé son roman, confirment. Les personnages se croisent, se rencontrent, se perdent de vue, d’autres surgissent, évoluent au fil du temps, des tueurs à la solde de l’Agence parcourent l’Amérique lisant Jack London, mais tous sont plus ou moins des pantins alors qu’ils pensent se mouvoir, régis par leurs propres idées, leurs propres convictions. Un livre dense, mais pas ardu, qui fait réfléchir et envisager le pire.

 

François MURATET : La révolte des rats. Collection Serpent noir, éditions du Serpent à plumes. Parution Juin 2003. 418 pages.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 08:59
Albert CONROY : Coups de gomme.

Après le coup de crayon ?

Albert CONROY : Coups de gomme.

Fort mécontent des agissements, jugés illégaux, du gouverneur Kensington à l'encontre des différents établissements de jeux qu'il dirige, Bruno Hauser décide d'aider à s'évader de prison Ed Driscoll.

Drisc avait proféré, six ans auparavant, des menaces de mort envers Kensington, alors district attorney, qui lui imputait le cambriolage d'une banque. Drisc a toujours nié être l'auteur de ce cambriolage. Hauser, avec l'aval du Consortium new-yorkais qui lui prête Arno, un tueur, mise sur cette vengeance. Seulement Drisc, une fois évadé, ne répond pas à cette espérance, refusant d'abattre le gouverneur.

Hauser se rend, en apparence, aux raisons de Drisc, lui propose des vêtements et une cachette. Une capitulation en trompe-l'œil car Drisc, innocemment, laisse ses empreintes sur un pistolet, le chargeur et les balles ad-hoc.

Dans le refuge qui leur est assigné, la tension monte entre Steve Shay, ancien complice de Drisc, Norma, une jeune fille d'origine mexicaine, Arno, l'homme du Consortium, et Drisc. Arno s'érige en maître, une attitude mal supportée par ses compagnons. Il tente même d'abuser de la jeune femme mais heureusement Drisc veille au grain.

Malgré l'interdiction d'Arno, Drisc retourne en ville avec Norma et rend visite à son ex-épouse, mais celle-ci est remariée.

Pendant ce temps Hauser embauche Seal, un drogué, lui remet l'arme manipulée par Drisc et lui enjoint de tuer Kensington. Seal, excité, brise dans un mouvement incontrôlé la seringue qui devait lui permettre de se faire une injection avant la réalisation de son contrat. Seal blesse grièvement le gouverneur et termine son existence dans un tonneau de ciment. Drisc apprend la tentative de meurtre grâce aux journaux et comprend que son soi-disant bienfaiteur, dont il ne connait pas l'identité, a voulu lui faire porter le chapeau.

 

Les romans d'Al Conroy, plus connu sous le nom de Marvin H. Albert, ne laissent jamais indifférents. Drisc, après son passage en prison, ne désire pas reprendre sa vie de petit truand mais acquérir une virginité en devenant un honnête homme et fonder une famille. Il subit les événements sans rancune, avec une certaine pointe d'amertume. Il a tiré un trait sur le geste de Kensington qui l'a envoyé en prison pour une faute qu'il n'avait pas commise. Il comprend que sa femme ait désiré se remarier malgré l'enfant qu'ils avaient eu ensemble, une enfant qu'il n'avait pas vu naître. Mais il s'insurge lorsqu'il se rend compte qu'il est au cœur d'un complot, d'une machination.

Drisc est l'exemple type du truand au noble cœur sur la voie de la rédemption. Une intrigue simple, limpide, linéaire et efficace.

 

Curiosité :

Le début de cette histoire ressemble fortement au premier chapitre du roman de Day Keene Le Canard en fer-blanc (voir ma chronique ici). Alors qu'il se morfond en prison, un homme est avisé qu'une jeune fille qui se prétend être de sa famille désire avoir un entretien avec lui. Or le prisonnier ne connait la visiteuse ni d'Adam ni d'Eve. Elle lui indique le moyen de pouvoir s'évader. La ressemblance s'arrête là ? Non, le prisonnier et la jeune femme tomberont amoureux l'un de l'autre, c'est le côté rose du roman noir.

Albert CONROY : Coups de gomme. (The Mobs says murder - 1959. Traduction de G. Sollacaro). Série Noire N°479. Parution février 1959. 256 pages.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 11:04

Toute la musique que j'aime, elle vient de là, elle vient du blues...

Peter GURALNICK : A la recherche de Robert Johnson.

Dans une mise en scène de Peter Guralnick, avec la participation amicale de Johnny Shines, Robert jr Lockwood, Son House et Mack McCormick, ainsi que quelques figurants gravitant dans la communauté du blues issu du Delta, la vie de Robert Johnson défile comme une météorite, dense et nébuleuse à la fois, un passage éclair elliptique.

L’existence de ce musicien, qui deviendra une référence et une légende dans le monde musical, à l’instar de James Dean dans le domaine du cinéma, comporte bon nombre de mystères. Ainsi, alors qu’âgé de 19 ans, il joue de la guimbarde et de l’harmonica, il s’essaye à la guitare. Un véritable fiasco.

Il décide alors de partir, sans dire où il va et lorsqu’il revient, quelques semaines plus tard, il joue de l’instrument à cordes en véritable virtuose. Que s’est-il passé ? Par quel prodige est-il devenu un excellent guitariste du jour au lendemain, ou presque ? Certains supposent un pacte passé avec le Diable.

Mais cet homme considéré comme pratiquement illettré était également un parolier dont les chansons souvent sombres, se révélaient parfois osées pour l’époque. C’était également un timide, au point de refuser de jouer avec un orchestre, ou leur tournant le dos.

Au contraire de bon nombre de ses confrères, il était toujours habillé, tiré à quatre épingles, comme le montre la photo de couverture. Et observez bien cette reproduction : ses doigts sont ceux d’un pianiste, effilés, souples, flexibles, des doigts de fée.

Né le 08 mai 1911, Robert Johnson était le onzième enfant de Julia Major Dodds, conçu hors du lit conjugal. Jeune marié en 1930, sa femme n’a que seize ans et décède en accouchant, il meurt en aout 1938, probablement empoisonné par un mari jaloux. Heureusement Robert Johnson aura eu le temps de graver vingt neuf titres en novembre 1936 et juin 1937. Mais la plupart du temps il jouait dans de petites salles de bals, sillonnant la campagne en vagabond, en routard du blues.

 

Peter Guralnick se contente de s’attacher à décrire la vie et l’œuvre de ce musicien mythique sans entrer dans les détails de la vie privée. Et grâce aux différents témoignages qu’il a glanés il nous offre un livre fort documenté et vivant, fascinant comme son personnage.

A lire en écoutant l’album édité par Columbia en 1996 qui propose l’intégrale de Robert Johnson.

 

Peter GURALNICK : A la recherche de Robert Johnson. Editions du Castor Astral; collection Castor music. Parution juin 2008. 112 pages. 12,15€.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 07:55
Harry WHITTINGTON : Faut que ça craque.

Craque ? boum hue...

Harry WHITTINGTON : Faut que ça craque.

Chargé d'une mission, Ric Durazo arrive à Los Solanos au terme d'un voyage légèrement mouvementé. Il a pris en charge un auto-stoppeur adolescent, mais il a été obligé de virer celui-ci de sa voiture, le gamin devenant par trop insupportable, le braquant même de son pistolet.

Au El Pueblo, le motel où il a rendez-vous, il est réceptionné par une nymphomane. Ric repousse les avances de son hôtesse, Peggy, ce dont elle lui garde rancune. De la fenêtre de son bungalow, il assiste à une tentative de meurtre : un homme après avoir fait absorber une quantité non négligeable d'alcool à sa femme simule le suicide de son épouse par le gaz puis part en voiture.

Ric réanime sa voisine, Eve, qui lui demande de la prendre sous sa protection. Ric embêté refuse, arguant que le père de la jeune femme et un avocat seraient plus à même de la défendre. Martin Kimball fait alors son intrusion, jouant au mari bafoué. Ric décide de quitter le motel.

Peggy, qui lui en veut toujours, lui apprend qu'un certain Saül Rehan a posé de nombreuses questions à son sujet. En sortant de l'établissement, Ric trouve sur son chemin Eve, et ne peut que la prendre  bord de son véhicule. Suivi par la police et Martin, le couple traverse le désert et se cache dans un canyon. Eve joue de son charme et Ric succombe. Après un divertissement sexuel, qui est une révélation pour la jeune femme, Eve trouve 250 000 dollars dans le coffre de la voiture. Ric se confie, il doit négocier le kidnapping du bébé du sénateur Ironside.

Sa mission : remettre l'argent aux ravisseurs et ramener l'enfant sain et sauf à ses parents. Cependant cette mission possède un goût d'amertume. Ironside, alors juge, l'avait condamné quelques années auparavant pour un forfait que Ric n'avait pas commis. Ironside poussant l'indélicatesse de se marier avec Ann, la femme que fréquentait Ric à l'époque.

 

Cette histoire, rapidement menée, possède parfois des accents rocambolesques, à la limite du vraisemblable. Cependant Whittington reste dans le domaine du plausible. Ses personnages révèlent tous à un moment ou un autre un côté antipathique, parfois compensé par une action d'éclat ou l'aveu de leurs égarements et leur contrition. Les personnages féminins ne sont pas décrits à leur avantage, mais à leur décharge, les circonstances ne s'y prêtent pas toujours non plus.

 

Curiosité :

D'après l'étude de Jean-Jacques Schléret parue dans la revue Les amis du crime N°5 consacrée à Harry Whittington, ce roman n'aurait pas été édité aux Etats-Unis mais en Grande-Bretagne.

Harry WHITTINGTON : Faut que ça craque. (Something's got to give - 1958. Traduction par Alain Glatigny). Série Noire N°469. Parution décembre 1958. 256 pages.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 16:08

Mais auparavant, ils se sont ouverts ! Logique non ?

John Dickson CARR : Trois cercueils se refermeront

Tous les soirs de la semaine, ou presque, ils retrouvent dans la confortable arrière-salle d'un pub afin discuter en toute liberté. Ils, ce sont le docteur Charles Grimaud, Stuart Mills, qui deviendra l'interlocuteur privilégié de Gideon Fell et de l'inspecteur Hadley, ainsi que Pettis, Mangan, Burnaby. En général c'est surtout Grimaud qui tient le crachoir.

En ce soir du 6 février, après que Grimaud a accaparé la parole comme à son habitude, imposant son avis sur les fausses histoires de fantômes, tout en affirmant croire justement à ceux-ci, un individu s'introduit dans leur petite pièce et s'interpose dans la conversation, ou plutôt le monologue de Grimaud.

Les propos tenus par l'homme sont assez hermétiques pour la plupart de cette petite assemblée. Il parle d'un frère qui représente un grand danger pour Grimaud, d'un frère qui se serait levé de son cercueil, et qui pourrait lui rendre visite. En fait il y aurait trois cercueils, précise-t-il. Avant de partir il laisse sa carte sur laquelle sont inscrits son nom et sa profession, Peter Fley illusionniste, et son adresse, Cagliostro Street.

Trois jours plus tard, le 9 février, alors que le docteur Fell célèbre l'arrivée de ses jeunes amis, Ted et Dorothy Rampole, il commence à se disputer avec le superintendant Hadley à propos de méthodes scientifiques en criminologie. Rampole s'immisce dans la conversation en demandant à Fell s'il connait la signification des mots Trois cercueils. Il a vu récemment Mangan qui lui a narré la soirée du 6 février. Fell connait bien Grimaud et s'intéresse à l'histoire. Mangan est amoureux de la fille de Grimaud lequel depuis quelques jours reçoit des lettres, qu'il déchire sans un mot. Grimaud aurait demandé à Mangan d'être présent ce soir du 9 février et a commandé un tableau à Burnaby. Ce tableau représente un paysage bizarre avec des arbres et des pierres tombales. Il s'est fait livrer cette peinture et il a fallu pas moins de deux hommes pour monter l'emballage à l'étage.

Fell est intrigué par cette histoire : Quand un prétendu dément menace un homme sensé, vous êtes libre de le prendre au sérieux ou pas. Mais quand un homme sensé se conduit exactement comme un dément, je sais que moi, je prends l'affaire au sérieux.

 

Fell et ses compagnons, Rampole et Hadley, se rendent immédiatement au domicile de Grimaud. La neige tombe et le seuil est vierge. Ils sont reçu par la gouvernante de Grimaud, ainsi que par sa fille et Stuart Mills qui sont dans tous leurs états. Ils ont entendu un coup de feu. La porte de Grimaud est fermée de l'intérieur et grâce à une petite pince, ils parviennent à forcer la serrure. Grimaud est agonisant mais il parvient à bredouiller quelques mots. Il faut souligner ici le travail de la traductrice qui effectue une véritable gymnastique entre anglais et français pour nous révéler ces paroles, alors que bien évidemment Fell et consorts n'ont pas besoin eux de traducteur. Mais ce bafouillis est pour le moins incompréhensible même pour Fell.

Une fenêtre est entrouverte mais donne sur une cour intérieure. D'après la hauteur, le meurtrier présumé n'aurait pu sauter sans en subir des conséquences fâcheuses, et d'ailleurs il n'existe aucune trace de réception dans la neige. La cheminée non plus n'aurait pu servir de moyen d'évasion. De plus des papiers finissent de brûler dans l'âtre, cendres que s'empresse de prélever Fell afin de pouvoir les étudier plus à loisir. Le fameux tableau représentant trois pierres tombales a été lacéré. Toutefois un embryon d'idée se coagule dans le cerveau du détective, surtout après avoir examiné la bibliothèque

L'origine de l'histoire se trouve en Transylvanie, c'est ce que déduit le docteur Gideon Fell. Mais toutes les déclarations, déductions, raisonnements, voire démonstrations, sont à prendre au conditionnel.

Le lendemain, Hadley annonce un nouveau meurtre, en plein air cette fois. Celui de Fley, retrouvé dans mort dans sa rue, un pistolet à quelques mètre de lui. Tout autour la neige est vierge. Or ce meurtre aurait été perpétré environ une heure après la tentative d'assassinat, réussie, de Grimaud.

 

Outre les deux résolutions de cette double énigme qui en réalité n'en font qu'une, on lira avec plaisir et intérêt une mini conférence de Fell sur les fantômes, et l'on peut se demander à juste raison si derrière le détective se cache J.D. Carr lui-même.

Ensuite le point de vue de O'Rourke, collègue de Fley dans un minable cabaret, sur les réactions des spectateurs lorsqu'ils apprennent le truc des illusionnistes. Peut-être comme le lecteur lorsque la solution lui est formulée et qu'il décide, en fin de compte, de penser et de déclarer que finalement ce n'était pas si compliqué que cela en avait l'air.

Enfin le chapitre sur les problèmes de meurtre en chambre close, qui donne lieu à une longue dissertation de Fell, est riche d'enseignement en tout point, surtout pour le lecteur qui s'intéresse au roman policier d'énigme et de meurtre(s) en chambre close plus particulièrement. A noter cet échange entre Pettis et Fell.

- Mais, si vous voulez disséquer des situations impossibles, l'interrompit Pettis, pourquoi choisir la fiction policière ?

- Parce que, dit le docteur Fell avec franchise, nous sommes dans un roman policier, et quoi qu'on lui dise, le lecteur ne s'y trompe pas. Inutile d'inventer des prétextes compliqués pour introduire un débat sur les romans policiers. Glorifions-nous franchement de nous adonner à la plus noble des quêtes offertes à un personnage de roman.

 

Inutile de préciser que là encore, derrière Fell se profile l'ombre de John Dickson Carr, sa pensée et sa conviction d'écrivain. Et le lecteur français peut être fier car Fell déclare :

La solution la plus satisfaisante à ce type d'intrigue, et qui inclut un meurtrier, se trouve dans Le mystère de la Chambre Jaune, de Gaston Leroux, le meilleur roman policier jamais écrit. Cocorico !

John Dickson CARR : Trois cercueils se refermeront

John Dickson CARR : Trois cercueils se refermeront (The Hollow Man - 1935. Traduit pas Hélène Almaric). Première édition Le Masque N°1923. Parution le 26 octobre 1988. Réédition Le Masque Poche N°54. Parution le 7 janvier 2015. 300 pages. 7,50€.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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