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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 13:17

C'est vrai, nous ne l'oublierons jamais... !

Cyrille LEGENDRE : Nous ne t'oublierons jamais.

Après le décès de son ami Jean-Eudes Duplessis, un suicide, Matt Berger a repris les rênes de sa maison d'éditions. Ce qui lui permet par la même occasion d'éditer ses propres ouvrages, des enquêtes en général puisqu'à l'origine il est journaliste.

Matt est obnubilé par la mort de Marie, sa précédente compagne, mort survenue dans des conditions troubles lors d'un accident. Depuis, même s'il vit avec Fiona, une Irlandaise, et qu'ils ont eu ensemble une petite fille, le souvenir de Marie le taraude. Une fois il a cru la reconnaître dans un jardin public, une jeune femme qui a déposé un médaillon sur le banc où il était assis. A l'intérieur, la photo d'un gamin qui lui ressemble.

Il vient de publier un livre-enquête sur le drame de Fayarville, qui a coûté la vie à dix-huit ouvriers qui occupaient l'usine promise à la fermeture. Selon lui, c'est un groupuscule de gauche surnommé les Fils de l'acier qui seraient à l'origine de l'explosion. Or la publication de son analyse et de ses conclusions n'ont pas l'heur de plaire à ces individus. Cela lui importe peu, mais son ami Makkal, un ressortissant de l'Europe de l'Est, et qui possède une agence de sécurité est là pour s'interposer en cas de grabuge. Et lorsqu'il ne peut personnellement surveiller les déplacements de Matt, il délègue auprès de son adjoint et associé Will.

Matt reçoit dans son bureau un jeune homme qui lui demande de s'intéresser à un manuscrit qu'il vient d'écrire. Une enquête qu'il a réalisée grâce à des informations recueillies sur Internet, concernant des meurtres perpétrés dans différentes villes d'Europe et toujours selon le même processus. Matt écoute Adam Dubreuil avec scepticisme et l'éconduit lui demandant de revoir sa copie. Puis il part mais arrivé au sous-sol il est attaqué violemment par des individus qui s'enferment, et lui avec, dans une petite pièce dans le but de le tabasser. C'est grâce à l'intervention d'Adam Dubreuil qu'il est libéré.

Matt décide de reprendre dès le départ son enquête sur les conseils de Dubreuil qui parait plus futé qu'il y parait et des événements qui ont précédé. Mais cette pensée que Marie n'est peut-être pas morte comme tout le laissait supposer, le taraude, ancrée dans son esprit comme une obsession indélébile et il charge Makkal de s'intéresser à son passé. Fiona est une femme entière, d'un caractère parfois irascible, et elle décide de partir pour l'Irlande, emmenant avec elle sa gamine. Matt est inquiet, sentant un danger planer sur sa nouvelle famille.

 

Cyrille Legendre reprend les personnages qui évoluaient dans son précédent roman, Quitte ou double, continuant l'histoire de Matt et ses proches, en insérant dans son récit ces événements particuliers d'un tueur en série sévissant en Suisse, aux Pays-Bas... Un couple de tueurs plus exactement, qui postent les vidéos de leurs forfaits sur un site particulier, accessible uniquement à certaines entités privilégiées mais dans lequel Adam Dubreuil a réussit à s'infiltrer.

Outre son enquête reprise de zéro sur les véritables organisateurs de la catastrophe de Fayarville, interrogations de témoins et d'ouvriers, recherches plus approfondies, Matt tente de comprendre le suicide de son ami et mentor JED, alias Jean-Eudes Duplessis, et la mort accidentelle de Marie remontant là aussi à la source, avec dans ses pattes un commissaire de la criminelle. Et en incrustation, très visuelle, ces meurtres perpétrés dans des chambres d'hôtels et qui à peu vont prendre une importance inattendue.

Matt a la peau dure, heureusement pour lui, car les tabassages et matraquages ne manquent pas de lui parvenir alors qu'il ne demandait rien à quiconque, ou si peu. Il est tiraillé entre passé et présent, entre deux femmes, et il est difficile pour Fiona de faire abstraction de ses démêlés intérieurs et de ses résurgences qui l'obsèdent. Est-ce pour cela que son enquête sur l'usine de Fayarville n'a pas été réalisée sans à-priori, voire bâclée ?

Trois trames qui se rejoignent insensiblement et dans lesquelles Matt est impliqué à différents degrés et qui vont le meurtrir physiquement et psychiquement.

Cyrille Legendre démontre que les articles journalistiques écrits à chaud, sans le recul nécessaire pour démêler le vrai du faux et peut-être avec une certaine partialité, peuvent paraître concluants pour le lecteur qui possède déjà une opinion toute faite ou tout simplement se montre naïf, puisque comme le souligne le bon sens populaire, c'est écrit dans le journal. Tout le monde peut se tromper, de bonne foi parfois. Et Cyrille Legendre n'oublie pas qu'il a été journaliste, sportif, travaillant dans le milieu du football d'abord comme rédacteur puis photographe et actuellement comme chargé de communication. Et il nous emmène donc dans la cathédrale du ballon rond britannique, à Stamford Bridge, le club de Chelsea.

Dans la tradition des romans populaires, Nous ne t'oublierons jamais est tout à la fois roman policier, roman d'énigme, roman d'aventures, roman psychologique et thriller. Seul petit bémol, une réserve qui n'engage que moi, le titre un peu mièvre qui renvoie à ceux des romans de Mary Higgins Clark.

Cyrille LEGENDRE : Nous ne t'oublierons jamais. Le Masque Poche N°53. Editions du Masque. Parution le 7 janvier 2015. 384 pages. 7,50€.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 10:07

Bon anniversaire à Gilbert Tanugi né le 5 février 1929.

Gilbert TANUGI : David et Isolda.

Tous les ans au Kippour, Papi Zirah réunit sa famille dans sa villa de Montfort-L'amaury et distribue ses largesses.

Attention, pas n'importe comment !

Il faut avoir des idées, savoir les promotionner (de nos jours on dit les vendre), et les rentabiliser au maximum. Dur, dur pour ceux qui ont failli.

David, son petit-fils est sur un coup. Une idée en béton, comme dirait monsieur, monsieur... (veuillez m'excuser, j'ai un trou de mémoire...), je coirs que çà commence par un B.

Enfin bref, il se sent capable d'écrire un script pour le cinéma. Le meilleur jamais proposé depuis une décennie. Voilà qui réjouit Papi Zirah pour qui le cinéma est l'une des passions, sinon l'un des gagne-pain.

Oui mais voilà, le dire c'est bien, le faire c'est mieux.

Isolda arrive au bon moment, celui où l'inspiration fait grève. Cette jolie Brésilienne va donner à David un coup de main qui semble attrayant. Pauvre David qui découvre avec horreur que sa belle fournisseuse d'idées dissimule sous sa robe des attributs masculins. David décide de rompre ipso facto une association qui s'avèrerait pourtant une source inépuisable de scenarii.

Mais le destin, sous forme d'un mafioso qui ne saurait que faire pour contenter sa vieille mère, et un manque flagrant d'inspiration, s'acharne à reconstituer le couple, au grand dam des connaissances et de la famille de David.

 

Un aimable divertissement concocté par Gilbert Tanugi qui toutefois nous avait habitué à mieux, mais on lui pardonnera volontiers à cause de l'humour et de certaines situations désopilantes qui rehaussent ce récit.

David et Isolda est le dernier roman de Gilbert Tanugi à avoir été édité.

Gilbert TANUGI : David et Isolda.

Gilbert TANUGI : David et Isolda. Collection Sueurs Froides. Editions Denoël. Parution 16 mai 1989. 156 pages. 12,70€ (disponible).

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 08:53
William Campbell GAULT : Une riche nature

Accessible à tous...

William Campbell GAULT : Une riche nature

Future riche héritière, Fidélia Sherwood a disparu et Willis Morley, spécialisé dans les recherches d'héritiers mais surtout prêteur sur gages (Fidélia lui doit 40 000 $) embauche Puma pour la retrouver.

Muni d'une liste, Puma ne tarde pas à la repérer dans un bar, après avoir eu un entretien avec le docteur Foy, un psychologue. Chez Eddie, un troquet lieu de rendez-vous des homosexuels, Puma lie connaissance avec Fidélia et son ex-mari, Pete Richards, pianiste. Il est pris à partie par Brian Desly, l'un des consommateurs qui tentaient d'engager la conversation avec la jeune femme. Puma passe la nuit chez Fidélia et le lendemain matin il a la désagréable surprise de découvrir son agresseur de la veille dans un fourré, tué d'une balle de revolver.

Suspecté par les policiers, principalement le sergent Loepke avec qui il entretient des relations tendues, Puma, ayant rempli sa première mission, consacre alors son temps et son énergie à la recherche du meurtrier de Desly. Il est encouragé dans cette initiative par Fidélia qui l'embauche. Il dirige ses soupçons en priorité sur le docteur Foy, un charlatan dont le but est de soutirer le maximum d'argent de ses clients, et peut-être même d'épouser Fidélia qui lui voue une admiration et une confiance sans borne, et dont Desly était l'un des patients.

Mais Puma enquête également du côté de Tampett, l'ami de Desly, de Lou Serano, un trafiquant de drogue notoire au casier judiciaire vierge, et à un degré moindre à Pete Richards et Willis Morley, son premier employeur aux agissements douteux.

 

Après un début prometteur, l'intrigue s'enlise comme si William Campbell Gault tirait à la ligne ou était en mal de trouver le coupable idéal.

Joe Puma est un détective privé macho, coléreux, susceptible, au caractère entier. Il apprécie les femmes, surtout si elles sont jolies, mais il les considère comme des êtres à part. Rien ne sert d'essayer de raisonner avec les femmes. Ce n'est pas leur intellect qui les fait agir, elles n'obéissent qu'à leurs impulsions, à leurs passions. La raison n'a aucune prise sur elles.

Mais surtout il professe une antipathie profonde à l'endroit des homosexuels et ses relations avec les policiers souvent sont peu amènes. Ce qui ne l'empêche pas d'émettre ce genre de réflexion : Les instituteurs et les flics, les deux seul métiers dont notre civilisation ne pourraient absolument pas se passer. Et dire que nous les payons avec des haricots!

William Campbell Gault en profite pour dénoncer la facilité de pouvoir s'intituler Docteur en Psychologie et le charlatanisme qui gangrène la profession. Un jugement souvent professé par Puma même si celui-ci ne se montre guère psychologue.

 

Curiosité :

Une riche nature est le second roman traduit en France ayant Puma pour héros alors que la série en compte sept. Mais son caractère homophobe n'a-t-il pas séduit les lecteurs.

 

Citations :

Mr Puma allie à un physique terrifiant un caractère exécrable et il est d'une abominable arrogance.

William Campbell GAULT : Une riche nature (Million Dollar Tramp - 1960. Traduction de Georges Geoffroy). Série Noire N°639. Parution mai 1961. 256 pages.

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 09:02
John MacPARTLAND : Bonjour Maffia !

Il faut savoir rester poli dans la vie, même auprès de ceux que l'on n'aime pas !

John MacPARTLAND : Bonjour Maffia !

Jeune bandit sicilien à la notoriété déjà affirmée, Giuliano est traqué ainsi que sa compagne Maria par des policiers venus spécialement de Rome pour l'emprisonner, ou mieux, l'abattre.

Il réussit à échapper aux mailles du filet mais tombe dans un traquenard. Trois hommes le ligotent et l'embarquent laissant sur place Maria et un cadavre qu'ils vêtent des effets du bandit. Pour tous Giuliano est mort.

Deux ans plus tard, il réapparaît sous l'identité de Johnny Colini. Entre temps il a subi un entrainement poussé en Europe et aux Etats-Unis sous la férule du Grand Maître de l'Ordre et chef occulte de l'Organisation. Johnny Colini est baptisé Johnny Cool par les Américains lors de son séjour Outre-Atlantique et puis retiré dans son pays natal, l'Italie.

Giuliano/Colini est chargé d'une mission particulière et son apprentissage terminé il peut sortir de l'ombre et même se faire remarquer. Ce qui ne manque pas de se produire dans un bar. Le petit bandit sicilien s'est effacé au profit d'un dignitaire de l'Organisation à la prestance, l'assurance, la morgue incontestables. Mark Kromlein, minable truand affilié à l'Organisation, le provoque et Johnny sort vainqueur de l'algarade, attirant l'attention de Dare Guiness, une jeune femme travaillant pour la télévision en écrivant des scenarii.

Johnny dont le compte bancaire est abondamment garni est invité à une partie de dés truquée, dirigée par Kromlein et Jerry Murcia. Lorsque l'aube se lève, Johnny a un passif de 25 000 $ qu'il règle à l'aide d'un chèque. A la banque, le chèque n'est pas honoré suite à la décision du Maître de l'Ordre de lui couper les vivres. Johnny doit assumer sa dette. C'est également le signal d'entamer la procédure d'élimination pour laquelle il a été programmé.

Si Maria, la compagne sicilienne de sa jeunesse est toujours présente à son esprit, Johnny tombe amoureux de Dare. La jeune femme, alors que se déroulait la partie de dés, a été attaquée et violée chez elle sur l'ordre de Murcia. Johnny la découvre prostrée et n'a aucun mal à remonter la piste des voleurs. Il les tue à l'aide d'un couteau et signe son forfait dans la plus pure tradition sicilienne. Santangelo, grand maître de la Fraternité, un des trois chefs de l'Organisation dans le monde, commence à s'inquiéter d'autant qu'il connait bien le véritable Johnny Colini. Il le soupçonne de posséder de nombreux complices.

Entre Dare et Johnny s'établissent des relations amoureuses et la jeune femme succombe au charme du bandit. Johnny participe à une nouvelle partie de dés contre Kromlein et consorts, et cette fois il gagne, récupérant son argent. L'intimidation a résolu son problème financier. L'intimidation mais aussi sa connaissance des noms des différents gros pontifes de l'Organisation ainsi que des signes de reconnaissance. Johnny est fin prêt pour accomplir la mission qui lui a été confiée. Il doit exécuter cinq personnes, une à Los Angeles, deux à Las Vegas et deux à New-York, le tout en un minimum de temps. Une ou deux journées au maximum.

John MacPARTLAND : Bonjour Maffia !

Ce roman contient tous les ingrédients chers à John MacPartland, des thèmes qu'il a utilisés et développés tout au long de son œuvre, alliées à un rythme soutenu, des actions violentes et une complexité des rapports entre les personnages.

Entre Giuliano et Maria, un amour féroce, une sexualité exacerbée qui s'éteint chez le Sicilien lorsque lors de son enlèvement Maria est à moitié dévêtue. Giuliano est atteint dans son honneur.

Entre Giuliano devenu Johnny Colini, aime Dare mais la méprise à cause du vol qu'elle a subi par sa faute. Et Dare aime et hait tout à la fois Johnny, se transformant d'honnête jeune femme réservée en nymphomane impudique à son contact. Un récit biographique qui n'atteint pas toutefois le chef d'œuvre mais s'inscrit dans une bonne moyenne.

 

Curiosité :

Ce roman, tout comme Le bal des piqués (SN 558) a été édité en 1959 après la mort de l'auteur.

 

Citation :

- Je travaille à un scénario pour la télévision. Une histoire policière, mais traitée d'une manière originale, du moins je crois.

- Si c'est original, ça n'ira jamais pour la TV.

 

John MacPARTLAND : Bonjour Maffia ! (Kingdom of Johnny Cool - 1959. Traduction de Jacques Laurent Bost). Série Noire N°542. Parution Janvier 1960. 192 pages.

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 14:16

Mais pas les dernières...

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Cet opus reprend les quatre premières aventures de l'inspecteur Thomas Linley, l'aristocrate, et de sa coéquipière Barbara Havers, l'agressive : Une douce vengeance, Enquête dans le brouillard, Le lieu du crime et Cérémonies barbares.

L'occasion de retrouver ces sympathiques enquêteurs avec leurs différents dans les premiers romans d'ELisabeth George, pour moi peut-être les plus convaincants. Présentation de trois de ces titres.

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Enquête dans le brouillard.

Dans ce roman tout à la fois roman de suspense, roman psychologique, étude de mœurs et de caractères, avec une pointe de gothique et un soupçon de fantastique, l’auteur met en scène des personnages que l’on n’oubliera pas de sitôt, qu’il s’agisse de nos deux policiers-héros, que des différents protagonistes dont les rôles plus ou moins importants sont toujours déterminants.

Parlons-en de nos deux héros-policiers ! Lui, l’inspecteur Thomas Linley, aristocrate jusqu’au bout des ongles, mais ce n’est qu’une façade, et elle, Barbara Havers, jeune femme agressive en permanence, mal fichue de sa personne, qui en veut à tout le monde alors que ses insuccès elle ne les doit qu’à elle-même. Une équipe qui ressemble un peu à Don Quichotte et Sancho Pança. Et les moulins à vent qu’ils combattent, c’est dans leur tête et leur cœur qu’ils se trouvent.

Quand à l’affaire pour laquelle ils sont envoyés dans le Yorkshire, on ne peut pas dire qu’elle soit banale ni théoriquement difficile à résoudre. Roberta, une jeune fille peu gâtée physiquement par la nature s’accuse du meurtre de son père et accessoirement de son chien. Mais quelque chose cloche dans ce qu’il semble être une mise en scène. Thomas Linley aidé de Barbara, tout en réglant leurs problèmes internes, conduiront à bien une enquête qui véritablement débouche sur un mal de société. Un mal, une déviation, une perversité dénoncés plus facilement de nos jours, les barrières de l’hypocrisie commençant à tomber sous les coups de butoir des victimes refusant une quelconque culpabilité. Une détresse ressentie par les acteurs de ce drame, un désarroi, un désespoir qui conduit à tout jusqu’à l’irréparable.

Dans ce roman Elizabeth George frappe fort, très fort et très dur, et le ton guilleret du début n’annonce certes pas un final poignant et dur moralement.

Un premier roman qui la plaçait donc d’emblée aux côtés de Ruth Rendell et de P.D. James. Ses personnages sont décrits de façon plus chaleureuse, plus vivante, alors que ses consœurs dépeignent les leurs d’une manière plus froidement clinique.

Ce roman a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 1990.

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Le lieu du crime.

Dans une grande demeure ancestrale écossaise, un manoir transformé en hôtel pour alléger les droits de succession, une troupe théâtrale londonienne se réunit afin de prendre connaissance de la nouvelle pièce qui doit être montée prochainement à Londres. Participent entre autres à cette séance de travail les deux plus grandes vedettes de la scène, un producteur puissant, un journaliste critique au Times, et bien évidemment Joy Sinclair, auteur dramatique reconnu et romancière.

La première soirée se termine dans la confusion, avec coups de gueule, claquements de portes, récriminations de part et d’autre. Le lendemain, la jeune soubrette découvre Joy baignant dans son sang. Une affaire qui sent le souffre et dont le CID local se débarrasse volontiers en faisant appel à New Scotland Yard. Ce sont Thomas Linley et Barbara Havers, un couple d’enquêteurs disparate, lui issu de l’aristocratie mais qui évite d’en faire étalage, elle prolétaire, entretenant une vindicte agressive envers les représentants de la noblesse même déchue, qui se retrouvent sur le terrain en compagnie de Saint-James, criminologue éminent.

Pour Linley cette enquête est un véritable coup bas car son amie Helen Clyde qui fut la fiancée de Saint-James, est impliquée dans cette affaire. Sa chambre jouxtait celle de la victime, et selon les premières constatations le meurtrier, homme ou femme, a été obligé de passer par cette pièce pour entrer dans celle de la victime. C’est également l’occasion pour les participants de ce huis clos de déballer leur rancœur, d’étaler leur jalousie, leur mesquinerie, de sortir les cadavres des placards, mais aussi de faire montre de leur talent de comédien. A un degré ou un autre, chacun recèle un secret honteux. Tous ces participants sont plus ou moins liés affectivement, sentimentalement, familialement et pourtant la haine couve.

Elizabeth George, qui est Américaine et a obtenu avec son premier roman Enquête dans le brouillard le Grand Prix de Littérature Policière en 1990, peut se targuer de faire la pige aux grandes romancières anglo-saxonnes. Sur une trame et une mise en scène dignes des meilleurs Agatha Christie, elle fait évoluer des personnages en mettant l’accent sur leur caractère, leur comportement, avec maîtrise et perversité. Les relations ambigües qui gèrent les rapports conflictuels entre les divers suspects, ou entre les enquêteurs, l’obstination de Linley à porter ses soupçons envers l’amant d’Helen, ses désillusions, entretiennent une atmosphère de tension peu propice à la conduite d’une enquête dans la sérénité et l’objectivité.

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley.

Cérémonies barbares

Déborah Saint-James découvre le corps d'un gamin dans un cimetière où elle s'était rendu dans le but de réaliser des photographies pour illustrer un livre. L'enfant a visiblement été torturé avant son décès et ses poignets portent les marques de liens.

L'inspecteur Linley est sollicité par Corntel, l'un de ses anciens condisciples d'Eton et chef de maison au pensionnat de Bredgar Chambers, de retrouver un élève ayant disparu. Matt devait passer le week-end avec un autre élève, Harry Morant, il devait participer à un match entre élèves, qu'il n'a pas disputé grâce à un certificat médical. Linley en consultant l'ordinateur de la police établit le lien entre le cadavre de l'enfant trouvé par son amie Déborah et Matt. En compagnie du sergent Barbara Havers, il entame son enquête chez les parents de Matt, de condition modeste, puis à l'école de Bredgar Chambers, un campus huppé à la façade plus attrayante que l'intérieur des locaux. Linley et Havers se rendent compte qu'il existe comme une gêne, une restriction dans les réponses aux questions qu'ils posent aussi bien aux élèves qui partageaient le dortoir de Matt qu'à tous ceux qui le côtoyaient : Brian Byrne, préfet du dortoir de Matt, et fils de Gyles Byrne membre du conseil d'administration ayant aidé Matt à obtenir une bourse; Chas, le préfet principal, ami de Brian Byrne et comme lui âgé de dix huit ans; Lockwood, le directeur de l'établissement; Harry Morant chez qui Matt devait passer le week-end ou encore Corntel. Matt ne s'était pas intégré et sa passion pour les modélismes ferroviaires détonnait dans ce monde qui exerce encore les brimades, le bizutage et la ségrégation.

Son visage d'éphèbe aurait pu attirer les convoitises sexuelles de ses "camarades", du moins c'est ce que pensent Linley et Havers. La découverte par le portier des vêtements de Matt dans un brûlot d'ordures laisse à penser que l'enfant ne s'est pas enfui mais qu'il a été enlevé et que son cadavre a été déposé des kilomètres plus loin dans le cimetière de Stoke Poges, immortalisé par un poème de Thomas Gray. Lequel poème possède une analogie avec ce meurtre. Parmi le fatras d'informations qu'ils recueillent, Linley et Havers retiennent le fait que Matt n'avait pas véritablement sa place à Bredgar Chambers, tant de par sa position sociale que par son caractère. Le fait que ses vêtements soient marqués à l'aide d'étiquettes comportant des numéros attire également leur attention. Un stratagème utilisé par sa mère pour éviter les fautes de goût vestimentaire, Matt étant daltonien.

Elizabeth George ne se contente pas dans ce roman de dénoncer les exactions auxquelles ont été soumis, et le sont encore, les étudiants britanniques dans certaines écoles, - des coutumes barbares qui font hurler bien des Français oubliant qu'il est encore de bon goût dans bon nombre de nos établissements de pratiquer de façon obligatoire le bizutage - mais tout ce qui a une relation avec l'écran de fumée derrière lequel se cachent étudiants et enseignants et bien d'autres confréries professionnelles.

Il faut paraître, et ce qui se trame derrière est interdit au public. L'honneur y est également une donnée exacerbée édictée en code. Le manquement à ce code est une faute grave selon Matt ce qui provoquera par ricochet sa mort. L'amitié est également portée au pinacle et c'est peut-être le seul lien défendable dans cette toile d'araignée. En dehors de l'enquête, ce sont les relations problématiques ou conflictuelles entre Linley et ses amis - Helen, une femme inaccessible, Saint-James et Déborah, l'épouse de celui-ci - ou encore entre Barbara Havers et ses parents, qui retiennent l'attention du lecteur. Une trame sous-jacente qui se révèle plus intéressante à disséquer que l'enquête en elle-même.

Ces ouvrages sont également disponibles en collection Pocket.

 

Elizabeth GEORGE : Les premières enquêtes de l'inspecteur Linley. Editions Omnibus. Parution 20 septembre 2012 (réimpression). 1344 pages. 27,00€.

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 09:19
Nick QUARRY : Suivez-moi, jeune homme

Si ma mère me le permet !

Nick QUARRY : Suivez-moi, jeune homme

Toujours à l'affut de petits gadgets inutiles mais parfois couteux, Jacob Barrow est un détective classique qui s'inscrit dans la lignée de bon nombre de ses confrères. Compétent il n'a pourtant pas une grosse clientèle.

Il est embauché par Fred Hiller, un industriel de Chicago, pour retrouver sa fille Julia qu'il n'a pas revu depuis trois ans. Incidemment son marchand de journaux l'a vue posant nue dans un magazine spécialisé pour hommes et Hiller est gêné et atteint dans son honneur par l'orientation artistique de sa fille.

A peine son enquête entamée, Barrow s'aperçoit rapidement qu'il est filé par Hiller lui-même suivi comme son ombre par un inconnu. Un concours de circonstances lui fait perdre la trace des deux hommes.

Martha de Falco, photographe, a réalisé le séance de pose deux ans auparavant. Julia Hiller s'appelait alors Fran Ford. Le modèle présent à l'entretien apprend à Barrow qu'elle a entrevu Julia environ un an auparavant chez Casey Sheldon, un autre photographe. Barrow est convoqué par Larry Flint, un flic que le détective n'apprécie guère. Martha est assassinée d'un coup de marteau. Le principal suspect est Downey, le mari de la victime qui voulait épouser une autre femme. Barrow ne croit pas à la culpabilité de Downey, contrairement à Flint, et il accepte de travailler pour lui. Dans le meuble-classeur de la photographe le dossier Fran Ford a disparu.

Casey Sheldon ne cherche nullement à entraver le cours de l'enquête mais il n'a pas vu la jeune femme depuis qu'il l'a fichue à la porte. Amoureux d'elle il s'est néanmoins rendu-compte qu'elle le menait en bateau. Il ne l'a aperçue qu'une fois en compagnie de Leo Nasan, son ex-assistant, viré pour indélicatesse. Nasan, spécialisé dans le porno, a établi son atelier dans une espèce de grenier minable. A la suite d'un malentendu, Barrow est assommé et mis à la porte manu militari. En rage le détective profite de la première occasion pour s'infiltrer à nouveau chez Nasan et après avoir fait parler ses poings, repart avec le nom de Byron Byron; professeur de chant.

Après une nuit réparatrice, Barrow convoqué par Flint tente d'expliquer au flic obtus, preuves à l'appui, que ni Downey, ni lui, ne peuvent être soupçonnés du meurtre de Martha de Falco. Selon les renseignements téléphoniques, il n'existe aucun entreprise répondant au nom de Hiiller à Chicago. Byron Byron le lance sur une nouvelle piste, le Club Randy, un cabaret du Village. Midge Resko, promue chanteuse, alors qu'elle a débuté comme stripteaseuse, n'a plus entendu parler de Julia depuis un certain temps. Seul renseignement dont elle dispose, c'est la liaison entre Julia et un trompettiste camé, Doak Nevers.

 

Suivez-moi jeune homme est un roman solide, carré, de facture classique, œuvre standard jamais ennuyeuse, comme Marvin H. Albert, auteur qui se cachait sous les pseudos de Nick Quarry, de Al Conroy, Ian Macalisitair, Mike Barone ou encore Anthony Rome (le personnage de Tony Rome fut interprété au cinéma par Franck Sinatra), savait les écrire. Il mène son récit tambour battant, un peu en forme de jeu de piste, et sème une succession d'indices afin d'appâter le lecteur qui imagine connaître le coupable, mais ce ne sont que malheureuses coïncidences.

 

Curiosité :

Jack Barrow, comme tout bon détective qui se respecte, carbure à l'alcool mais il apprécie tout particulièrement un mélange détonnant : double whisky bière.

Dans le recueil collectif Muckraker, hommage à Marvin H. Albert concocté par Roger Martin et paru chez Baleine, Pierre-Alain Mesplède avait signé une nouvelle éponyme.

A noter que ce livre a été achevé d'imprimer le 25 décembre 1959, selon l'indication de l'éditeur, ce qui est bien entendu une erreur le livre étant sorti le 1er décembre.

Nick QUARRY : Suivez-moi, jeune homme (Trail of a tramp - 1959. Traduction de F.M. Watkins). Série Noire N°540. Parution décembre 1959. 192 pages.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 16:39

La monstrueuse parade se fait du Freak !

Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters.

Une simple affiche de cinéma peut, sinon changer le cours du destin, offrir une troisième possibilité dans le choix du lieu de vacances envisagées.

Se remettant difficilement d'une entorse à la cheville, provoquée par une chute lors d'une précédente aventure, Andrew Singleton se demande en ce 11 novembre 1938, s'il va se rendre, en compagnie de son ami James Trelawney, à Biarritz ou à Cannes. Finalement ce sera à Los Angeles et ses environs, à La Mecque du cinéma (on a encore le droit d'associer le nom de ce lieu de recueillement et de prières à celui d'une production de divertissements ?). Et tout ça parce que Trelawney a aperçu une affiche représentant Janet Gaynor dans Une étoile est née.

Les bagages sont rapidement bouclés et après un voyage maritime puis aérien, ils retrouvent au bout de quelques jours leur ami et ancien condisciple Stuart Latham Dauncey. Après avoir vainement tenté de se faire un nom comme acteur, mais végétant dans des rôles de figurant, prenant quand même un peu de galon dans ce dur métier, Stuart a eu l'opportunité de devenir journaliste. Ses articles humoristiques et corrosifs lui valent désormais d'être reconnu comme un éditorialiste passionné et apprécié de la profession cinématographique et surtout des lecteurs.

James et Andrew visitent à bord d'un véhicule de location les environs de Los Angeles, se promenant sur les contreforts de Santa Monica, Venice et autres endroits réputés. Et c'est ainsi qu'un soir de brouillard, alors qu'ils se sont trompés de route, ils manquent écraser un individu bizarre, recouvert de poils, à l'attitude et l'allure lycanthropiques. Avant de s'enfoncer dans les fourrés vers le lac Malibu, il jette un regard noir et agressif aux deux amis. Du moins c'est ce que Andrew perçoit. Ils sont persuadés avoir eu devant un loup-garou.

Peut-être n'est-ce qu'un personnage destiné à figurer dans l'un des nombres films de monstres qui sont alors en tournage et qui ont la côte auprès des spectateurs. Alors qu'ils s'entretiennent sur les événements qui se déroulent en Europe, l'hégémonie hitlérienne et la montée de plus en plus prégnante du nazisme, un entrefilet dans un journal attire l'attention d'Andrew. L'article évoque le mouvement eugéniste californien, une organisation implantée à Pasadena, et qui promeut l'amélioration de l'espèce humaine en favorisant la stérilisation contrainte concernant ceux qui sont considérés comme tarés, dingues et autres idiots. Andrew passe son temps à la Los Angeles Public Library, explorant les légendes du folklore indigène, remarquant un homme très discret qui dévore des ouvrages thématiques sur la toxicologie et la médecine légale.

Mais un autre événement survient, à la plus grande joie de Stuart qui déclare ne s'être jamais autant amusé, mais qui n'en est pas moins tragique. Une jeune femme a été sauvagement égorgée (dixit le journaliste) la veille sur Mulholland Highway, près du lac Malibu. Quasiment au même endroit et à la même heure de leur nez-à-nez avec la bête humaine. Stuart tient ces informations de première main, et il ajoute que le cadavre aurait été découvert près d'un cottage et qu'une voiture semblait abandonnée. Une piste qui les emmène à l'Angels Club, établissement dans lequel travaillait la morte. L'Angels Club est une boîte de nuit très particulière comme vont s'en rendre compte nos enquêteurs. Ils sont reçus par une jeune femme charmante dont la particularité est de posséder une extension caudale dissimulée sous sa robe. Des sœurs siamoises, puis des frères, s'exhibent sur scène et d'autres monstres selon la terminologie de l'époque n'ont trouvé que ce genre d'endroits pour sinon exister, du moins vivre. Une anomalie apparait lors de l'autopsie de l'assassinée : elle possédait trois seins, ce qui peut flatter la main d'un honnête homme mais est toutefois lourd à porter.

Et c'est ainsi qu'Andrew, James et Stuart vont évoluer dans un monde parallèle, celui des défavorisés par la nature, à l'Angels Club et en d'autres endroits, jusque dans le désert Mojave, aidés par justement des personnages dont les difformités ne font rire que les imbéciles. Par exemple deux nains vont les aider dans leurs démarches et les tirer parfois du pétrin. Des nabots (il est bon de signaler que de nos jours en langage politiquement correct on ne dit plus nain mais individu à verticalité réduite !) qui veulent monter une association permettant une reconnaissance de leur statut, notamment pour leurs amis jouant dans le film le Magicien d'Oz, et les sortir du ghetto dans lesquels ils sont enfermés, celui de l'exhibition de phénomènes de foire.

Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters. Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters.

Fabrice Bourland dans ce roman s'amuse véritablement et les cinéphiles avertis et nostalgiques seront comblés. Mais toutes ces références cinématographiques, même s'ils sont un hommage au cinéma américain d'avant-guerre, ne servent qu'à planter le décor, les "monstres" étant les personnages principaux de cette histoire dont le prolongement s'inscrit dans une démarche pseudo-scientifique.

Fabrice Bourland évoque avec pudeur et réalisme cette période trouble qui traite de la perfection de l'être humain, sous des prétextes fallacieux et qui ouvre les portes de nombreux laboratoires gérés par ceux que l'on appelle les savants fous. Si la promulgation en Californie le 26 avril 1909, de la loi officialisant les vasectomies chez l'homme et les ligatures de trompes chez la femme, il ne faut pas non plus oublier que des recherches scientifiques ont également été effectuées dans des camps par les nazis durant la seconde guerre mondiale et que ces prises de position sont avancées de façon récurrente, sont les prémices de la manipulation génétique.

Fabrice Bourland touche à un domaine sensible sans ostentation, sans violence, sans persifflage, avec l'humanisme d'un observateur qui ne peut rien changer mais n'en pense pas moins. Un roman de divertissement, certes, mais qui donne à réfléchir également, même si, à notre simple niveau, nous ne pouvons pas faire grand chose pour annihiler les prétentions de certains scientifiques qui sont plus monstrueux, moralement, que ceux qui sont justement catalogués comme monstres ou erreurs de la nature.

 

Insérer une histoire dans une période assez récente, demande de la part de l'auteur rigueur et documentation afin d'étayer ses propos et les situations qu'il décrit. Fabrice Bourland fait renaitre ce cinéma de la fin des années trente, avec le déclin annoncé des films d'horreur et celui naissant du film noir adapté d'œuvres de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett. Mais il le fait sans forfanterie avec une jubilation communicative. Deux romans, qui ont marqué leur époque mais restent toujours des références pour diverses raisons, sont cités et résumés, tout au long du récit : Le Vagabond des étoiles de Jack London et L'homme qui rit de Victor Hugo, et ce n'est pas un choix anodin.

Un autre avis ? Vous le trouverez chez Action-Suspense :

Deux ouvrages de Fabrice Bourland sont présenté ici :

Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters. Collection Grands Détectives N°4674. Editions 10/18. Parution le 15 janvier 2015. 336 pages. 7,50€.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 09:24
Richard WORMSER : Bons baisers, à mardi !

Hommage à Richard Wormser né le 2 février 1908.

Richard WORMSER : Bons baisers, à mardi !

Retraité de l'armée, reconverti dans la police municipale, Andrew Bastian est prié par Sid Bartlett, le maître de Navajo Vista, de convoyer son fils Ralph jusqu'à une clinique spécialisée du Kansas.

Ralph, âgé de dix-sept ans, est considéré par son père comme un dingue, en proie à des accès de violence. Bartlett juge que le mieux serait de l'enfermer dans un asile doré loin du domicile paternel. Cependant Bastian qui effectue le voyage en compagnie d'Olga Beaumont, jeune psychologue, se rend rapidement compte que si Ralph est un adolescent émotif pouvant se mettre dans de terribles colères, il est également intelligent, curieux, instruit, à la mémoire exceptionnelle.

Dès le début de leur périple, à bord de la Cadillac de Bartlett, Bastian a l'impression d'être suivi par une Buick marron ayant à son bord au moins un homme et une femme. A peine arrivés dans l'Arizona, les premiers ennuis se traduisent par une défaillance de la barre d'accouplement de la voiture. Mais il est impossible de prime abord de déterminer s'il s'agit d'un défaut matériel ou d'un sabotage. Le garagiste chez qui ils s'arrêtent ne peut réparer immédiatement le véhicule.

Grâce à l'obligeance de celui-ci qui leur prête son auto personnelle, Bastian, Olga et Ralph rejoignent la ville la plus proche en compagnie d'Elisabeth, la fille du mécanicien, et s'installent dans un motel. Au cours de la soirée, Peggy Sue Cuero, une jeune indienne, est agressée lors d'une surprise-partie à laquelle participaient Elisabeth et Ralph qu'elle avait entraînés.

Ralph s'accuse auprès de Bastian d'être l'agresseur cependant il ne peut donner de plus amples renseignements, s'étant évanoui. Bastian n'est pas convaincu par la version des événements relaté par Ralph, d'autant que l'adolescent n'a pas les mains écorchées par la bagarre. Interrogé par les flics locaux, dont le père de l'agressée, et les policiers de la route, Bastian décide de travestir la vérité. Un peu plus tard Bastian repêche un ivrogne tombé dans la piscine du motel et qui s'avère être l'un de ses poursuivants. Les deux autres, l'homme et la femme, s'occupent agréablement dans la chambre, cocufiant allègrement le noctambule. Cependant ils n'ont pas le profil de truands lancés sur la trace de Ralph. Le lendemain, Bastian ayant récupéré la Cadillac reprend la route en compagnie de la psychologue et de leur protégé.

Ralph leur reproche de ne pouvoir profiter du paysage. Bastian décidé à lui faire plaisir visite la Forêt pétrifiée et le Monument national. Par l'un des gardiens il apprend que la Buick marron rôde toujours dans les parages avec un passager supplémentaire.

 

Débutant sur le mode humoristique, cette road-story sombre peu à peu dans la gravité. Le personnage de Ralph est émouvant. Adolescent perturbé par le manque d'affection maternelle et déçu par ses rencontres avec sa génitrice, il est désireux de tout apprendre, assoiffé de connaissances, curieux de tout, à la mémoire phénoménale. Considéré comme dérangé mentalement ce n'est qu'un être en proie au doute, ne connaissant de la vie que ce qu'il a appris dans les livres et manquant d'expérience.

Ce livre plaisant manque cependant de profondeur dans l'étude des mœurs et de la psychologie indienne, mais il est vrai que depuis Tony Hillerman est passé par là pour combler cette lacune. Cependant l'on ne ressent pas les effets pervers d'un antagonisme entre Blancs et Indiens et la supériorité affichée d'une communauté sur une autre, trop souvent mis en exergue dans des westerns complaisants.

 

Citation :

La plus grande des cinq mille maisons de notre ville est celle de Bartlett. Ce n'est pas le fait du hasard, Sidney Bartlett l'a voulu ainsi en faisant construire les quatre mille neuf-cent-quatre-vingt-dix-neuf autres.

 

Richard WORMSER : Bons baisers, à mardi ! (Drive east on 66 - 1961. Traduction de André Bénat) Série Noire N°796. Parution juillet 1963. 256 pages.

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 14:59

Au bal masqué, oh éh oh éh...

Brice TARVEL : Le bal des iguanes.

Les Myriadines. Cet ancien château recyclé en maison de retraite, pardon en résidence pour seniors, abrite une clientèle aisée, très aisée même pour certains. Pourtant il ne faut pas croire que tous ceux qui vivent leurs dernières années sont issus de la bourgeoisie bon chic, bon genre. Par exemple Robert Vauquelin, dit Bob, est un ancien truand, qui ne mâche pas ses mots et se montre parfois assez virulent, violent envers ses compagnons et le personnel soignant. Maurice Dorson, un vieil acteur surnommé Has Been, Leufroy Nox, un ex-gourou, Gilbert Joussin, qui traîne derrière lui à tort ou à raison la sulfureuse réputation de cannibalisme, Henriette Dunoyer au rire crispant, héritière d’une longue lignée de viticulteurs dévoués au Champagne, Joséphine Pajon, veuve d’un riche industriel de la biscuiterie rémoise ou encore Maryse Bouchenel, qui connut son heure de gloire à la télévision en tripotant les boules du Loto. La sélection s’effectue par l’argent et donc n’est pas élu qui veut.

Pour s’occuper de tout ce petit monde parfois exigeant, règnent le directeur Paul Mangre et l’infirmière-chef Christine Ternot, mais au-dessus d’eux les décisions sont prises par le docteur Mallard qui, selon son apparence physique, n’aurait pas dépareillé parmi tous ses patients.

En ce mois d’août qui s’achève, Lise est employée comme aide-soignante aux Myriadines depuis trois semaines. Ce n’est pas par hasard qu’elle a réussi à se faire embaucher dans cette maison de retraite située dans la campagne rémoise. Elle doit accomplir une mission que lui a confiée son ami et amant Julien. Pour cela elle garde précieusement dans la chambre qu’elle loue chez des particuliers à quelques kilomètres de la résidence un Glock 17, précision destinée à l’attention des amateurs d’armes à feu. Et Tino, l’un des correspondants de Julien, lui remet une petite mallette qui devrait lui servir à remplir sa tâche. Parmi le personnel elle s’entend assez bien avec sa collègue Malika.

L’infirmière-chef a trouvé, en fouillant dans les affaires de Joussin, le supposé cannibale, un couteau de cuisine. Et Lise est chargée de cuisiner le voleur qui déclare se méfier de certains de ses compagnons. Un peu plus tard, alors qu’elle visite les caves du château, caves restaurées et recouvertes de carreaux de faïence, Lise est surprise par Malika qui se demande bien ce qu’elle fait là. Mais la surprise sera bientôt partagée par les deux femmes lorsqu’en ouvrant la porte de la pièce qui sert de morgue provisoire, grâce à un passe magnétique, elles trouvent un cadavre allongé sur un brancard. Celui de l’une des lingères. Détail morbide, celle-ci serait gravide.

Alors qu’elle pratique une séance de footing, afin de se vider le grenier qui renferme son cerveau, elle est suivie par un véhicule tout terrain. Lise panique, court tant qu’elle peut mais est toutefois rejointe. Deux hommes à bord, qui lui adressent un geste obscène puis repartent comme si elle n’existait plus.

Bientôt ce sera l’effervescence au château, car le bal annuel des Iguanes va bientôt se dérouler. Cette petite sauterie entre pensionnaires tire son nom d’une farce commise par l’un des petits vieux quelques années auparavant.

 

Ah les maisons de retraite et leurs mystères ! Une plongée réjouissante et frissonnante pour le lecteur, peut-être un peu moins pour ces résidents et ceux qui y travaillent. Brice Tarvel traite par la dérision et avec férocité cette vie promise aux « finissants » comme les surnomme Lise. Et les résidents qui pourtant ne sont plus des petits enfants, se conduisent comme des malappris insupportables malgré une certaine position dans la société et l’aisance financière dans laquelle ils baignent. Des sales gosses qui se croient tout permis. Quant au personnage énigmatique de Lise, quel est son but se demandera jusqu’au bout le lecteur impatient, même s’il se doute d’une partie de sa mission.

En attendant de découvrir la solution, je peux quand même, ma bonté me perdra, révéler qu’elle n’a pas eu ce que l’on peut qualifier d’une enfance heureuse. Elevée principalement par sa mère dans une caravane, elle s’est rebellée une fois contre son père. Peut-être la seule fois de sa vie où elle a tenu une aiguille à tricoter dans ses mains. Faut avouer que son géniteur avait bien cherché cette pique, lui qui a confondu pelote (de laine) et peloter.

Brice TARVEL : Le bal des iguanes.

Brice TARVEL : Le bal des iguanes. (Première édition Collection Zone d’ombres. Editions Lokomodo. Avril 2012). Réédition Editions Lune écarlate. Parution le 30 janvier 2015. 238 pages. 19,50€.

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 10:41

Cela vaut bien un tour d'écrou...

Day KEENE : Vice sans fin.

Détective privé à Los Angeles, Johnny Aloha, d'origine irlando-hawaïenne, prend ses premières vacances depuis bien longtemps.

Avant de s'embarquer pour son île natale, il est convié par la police de San-Francisco d'identifier le corps de Harry Lee, un dangereux malfrat chinois. Dans le cimetière où doit avoir lieu l'enterrement, puis à son hôtel, une jeune fille tente de lui mettre le grappin dessus. Aloha ne veut ni reculer ni annuler ses vacances, mais Gwen Cordovan réussit néanmoins à lui faire changer d'avis. Moins par ses arguments physiques et financiers, que parce qu'elle est la fille de Hope Starr, une femme qu'il a bien connu à la fin de la guerre. Obsédée sexuelle, Hope Starr en est à son cinquième ou sixième remariage, le dernier en date de ses maris étant le colonel Hare.

Hope a disparu, laissant des dettes derrière elle, et Gwen s'inquiète non seulement pour la santé de sa mère mais également pour son héritage qu'elle doit toucher à sa majorité. Un anniversaire qu'elle va fêter dans trois semaines environ.

De retour à Los Angeles, Aloha remonte la filière dans les différents hôtels où Hope a assouvi sa libido en compagnie d'un lieutenant de marine, Stan Michaels. Au cours de ses investigations, le détective est tabassé et dévalisé. Il oscille entre deux éventualités. Soit l'on en veut à sa vie à cause de Hope, soit des hommes de main de feu Harry Lee ne lui pardonnent pas son rôle dans l'arrestation et la mort de leur patron.

Dans le dernier hôtel miteux ayant abrité les amours des amants en fuite, Aloha met la main sur un bout de papier sur lequel est inscrite l'adresse du militaire. Sur le port, dans les entrepôts appartenant à la famille Michaels, il débouche en pleine fête. Hope et son petit ami doivent se marier le soir même. Une nouvelle que n'apprécient guère Gwen et le colonel Hare.

En compagnie de Gwen, Aloha se rend à Big Bear, station de ski où doit avoir lieu la cérémonie. Ils loue une chambre dans le même hôtel que les futurs époux. Le réceptionniste note la ressemblance entre la cliente rousse et la jeune fille blonde.

Le détective trouve le cadavre de Michaels tué par balles et ne fait qu'entrevoir la silhouette d'une personne qu'il pense être Hope. Celle-ci s'enfuit à bord de sa voiture, oubliant dans sa précipitation un manteau de fourrure. Aloha prévient la police et passe la nuit au poste. Le lendemain, remis en liberté, il échange ses impressions avec le lieutenant Anderson, de la police locale, tandis que Gwen retourne à Los Angeles en compagnie de ses avocats.

De retour chez lui Aloha s'apprête à recevoir Gwen, mais c'est un Chinois corpulent qui sonne à sa porte. Suite à un geste suspect de la part du visiteur, le Chinois est rapidement maîtrisé et Gwen peut enfin être reçue dignement. La jeune fille impatiente se déshabille rapidement et s'occupe de Johnny lorsque retentit un coup de feu. Le détective découvre sur son lit Hope Starr mortellement blessée. Il la trouve vieillie et ressemblant peu à sa fille. Elle tente de prononcer quelques mots mais Gwen, accablée par le chagrin l'empêche.

 

Johnny Aloha, détective privé hawaïen est le seul héros que Day Keene utilisera deux fois, l'autre roman étant Change pas de disque (SN 671). Si l'on retrouve dans ce roman les thèmes chers à l'auteur, misogynie et spectre de la guerre (Seconde guerre mondiale et Corée), on fait connaissance d'un personnage qui évolue dans un contexte différent des autres romans de Day Keene. Cette histoire oscille la plupart du temps dans un univers à la Carter Brown : astuces, humour, situations loufoques, érotisme bon enfant... en totale contradiction avec les précédentes œuvres keeniennes. Comme si Day Keene s'était offert une récréation.

Quant aux mœurs sexuelles de la fin des années 50, elles semblent bien mièvres de nos jours, même si les jeunes filles osaient aborder cette question taboue. Ainsi, peut-on lire, et sourire, devant la naïveté de cette réflexion émise par la secrétaire de Johnny Alohha : Me voilà arrivée à l'âge de dix-neuf piges, bientôt vingt, et toujours pucelle ! A Hollywood ! Si c'est pas une honte ! Je n'ose même pas le dire à ma meilleure amie.

 

Curiosité :

A la fin du roman, figure un lexique avec divers termes hawaïens, parmi lesquels Aloha qui signifie Bienvenue, Salut, Adieu, au choix.

La devise de l'agence Aloha : Avons du sang, sommes prêts à saigner !

 

Day KEENE : Vice sans fin. (Johnny Aloha - 1959. Titre américain : Dead in bed. Traduction de Paul Lavigne). Série Noire N°539. Parution décembre 1959. 192 pages.

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