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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 16:53

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Cela fait un an que Bill Caldwell a reçu des mains du Président la Médaille d’Honneur en récompense de son dévouement inaltérable à la cause des droits civiques et de son courage exemplaire…. Un événement auquel le jeune Jim, son petit-fils, a assisté ému. Quelques jours plus tard, en Louisiane où est installé Grand-père Bill, Jim a appris en quelles circonstances ce dévouement a débuté, et la lutte engagée par son aïeul contre ses concitoyens racistes et ségrégationnistes des états du sud.

Ses parents, membres d’une association qui milite pour la levée du blocus économique contre Cuba, devant se rendre sur l’île à l’invitation du ministère de la Santé cubain, Jim préfère être hébergé par son grand-père plutôt que chez un oncle et une tante. Il ne le voit que trop peu souvent à son goût et donc c’est une bonne occasion que de lui rendre visite et d’écouter les histoires que ne manque pas de lui narrer Bill.

DexterAvenueBaptistChurch.jpgBill est invité à prononcer une conférence à Birmingham, comme cela lui arrive souvent, mais il prend le chemin des écoliers à bord de sa vieille Chevrolet, désirant passer un moment à Montgomery afin de montrer quelque chose à Jim. Montgomery, capitale de l’état de l’Alabama, est une ville emblématique dans la lutte des Noirs contre la ségrégation, jouant un rôle durant la Guerre de Sécession mais également dans le Mouvement des droits civiques dans les années 50/60. Rosa Parks s’y distingua en décembre 1955, refusant de s’asseoir sur siège réservé aux personnes de couleur et s’installant là où bon lui semblait.

La ville de Montgomery possède de nombreux souvenirs matériels de la lutte contre la ségrégation mais aussi en hommage aux Confédérés. Le King Memorial Baptist Church par exemple dont le pasteur le plus célèbre fut Martin Luther King, l’Alabama State Capitol où trône la statue de Jefferson Davis, le premier président de la Confédération, et le Civil Rights Memorial, érigé en mémoire de quarante victimes. Et alors que Bill se recueille devant le monument, il est abordé joyeusement par une femme et un homme âgés. Rita Schwerner et Ben Chaney, venus eux aussi rendre hommage à des membres de leurs familles assassinés le 21 juin 1964 par le Ku Klux Klan.

Bill, Rita et Ben égrènent alors leurs souvenirs, narrant à Jim comment ils se sont rencontrés à Washington puis ont participé au combat pour les droits civiques dès 1963. Ils ont fait partie des volontaires en partance pour le Mississipi dans le but d’aider les Noirs à s’inscrire sur les listes électorales. Ils étaient jeunes, fougueux, plein d’allant, enthousiastes, confiants en l’avenir. Ils ne ménageaient pas leurs efforts, apprenant comment résister aux coups assénés par des sudistes belliqueux en adoptant la position de la tortue et aux insultes racistes proférées par les Rednecks, ces paysans blancs incultes ( !) et emplis de préjugés qui n’étaient pas mieux lotis financièrement que les Noirs qu’ils tabassaient. Comment les forces de police et les membres du Ku Klux Klan, parfois les mêmes, les ont traqués et tentés d’anéantir leurs efforts dans l’alphabétisation de leurs compatriotes de couleur. Comment James Earl Chaney (le frère aîné de Ben), Andrew Goodman et Michael Henry Schwerner (le mari de Rita), de confessions religieuses différentes ainsi que de couleur, furent assassinés. Les procès tronqués qui s’en sont ensuivis, les espoirs longtemps déçus et les victoires aussi.

Suite logique de Des ombres dans la nuit, ce roman nous dévoile la face honteuse de ces racistes sudistes qui tuaient impunément les Noirs, assistants en souriant à leurs procès qui n’étaient que des farces, avant que peu à peu l’opinion publique s’émeuvent et que d’autres procès, des décennies plus tard, prennent en compte la réalité des faits et les châtient. Un roman qui s’inspire d’un triste épisode réel, est complété par un dossier Le Sud à feu et à sang (1954 – 1966) explicite, passionné et passionnant, avec une riche iconographie.

Conseillé à partir de onze ans, ce livre peut être (je pourrais même écrire devrait) être lu par tous, car ces événements dépassent l’entendement. Ils se sont déroulés il y a cinquante ans, mais la bataille de l’égalité entre hommes n’est pas gagnée même s’il y a eu des progrès.


Roger MARTIN : Les cagoules de la terreur. Collection Histoire et Société. Editions OSKAR. 176 pages. 9,95€.

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