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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 13:27

Plus de cinquante ans après, Roger Martin s'en souvient encore.

 

commandant-k.jpg


C'était le dimanche 24 juin 1962, à Aix-en-Provence. Il avait douze ans et lisait tranquillement dans sa chambre un roman de Jack London, qui reste l'un de ses auteurs favoris, Le Fils du loup. Soudain il entend des cris qui déchirent sa quiétude. Peu après il apprend de la bouche de son père, qui est bouleversé : Le commandant est mort.

Le commandant, c'était Joseph Kubasiak, vivant à quelques maison de là. Il venait d'être assassiné. Des coups de poignard et pour faire bonne mesure le coup de grâce avec un pistolet.

Cet épisode constitue l'une des nombreuses pages noires de la Guerre d'Algérie et de l'Histoire de France en général. Quoique proche dans le temps, cet événement est tombé dans les oubliettes par la plupart des Français, les événements d'Algérie restant un point noir dans les mémoires. Et les négationnistes, les nostalgiques ainsi que les apologues de l'Algérie Française ont détourné, détournent encore, la réalité des faits dans un but parfois difficile à comprendre, une posture que les hommes politiques avalisent sans vergogne et sans complexe.

Tout commence à Blida le 20 avril 1961. L'OAS veut imposer ses points de vue en divergence avec les appels du Général de Gaulle, lequel avait promis que l'Algérie resterait française puis devant la tournure prise par la guerre s'était résolu à accorder l'indépendance à ce département d'Afrique du Nord en mettant en place une politique d'autodétermination. Mais les généraux Challe, Salan, Zeller et Jouhaud organisent le 21 avril ce qui sera appelé le Putsch des généraux à Alger. Le commandant Hélie de Saint Marc est chargé d'assurer la sécurité de ce gouvernement séditieux. L'armée a pris le pouvoir mais certaines casernes font de la résistance. C'est le cas à Blida où officie par intérim le commandant Joseph K.

Les témoignages à ce moment divergent et ne sont retenus que ceux qui sont à mettre à l'opprobre du commandant K. traité par la suite de barbouze. Certains avancent qu'il aurait fait monter au mât de la caserne un drapeau rouge tandis que d'autres affirment qu'il s'agissait d'une bannière ornée de la Croix de Lorraine peinte à la main. Et celui qui obéissait, non pas aux ordres d'insurrection de ses supérieurs hiérarchiques, Challes, Hélie de Saint Marc et autres, a écouté les paroles du général de Gaulle qui avait stigmatisé un quarteron de généraux à la retraite : « un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire » en suppliant "Françaises, Français, aidez moi". Il demande à tous de s'opposer "par tous les moyens". Donc la donne est claire, Kubasiak n'a fait qu'obéir à de Gaulle. Or Kubasiak sera mis en retraite d'office puis assassiné chez lui à Aix-en-Provence dans le quartier du Clos Saint-Lazare.

Plus étonnant c'est ce qu'il adviendra par la suite. Ces putschistes et les assassins de Kubasiak seront traduits devant un tribunal militaire mais quelques mois ou quelques années après ils seront amnistiés, par les gouvernements successifs, dont celui de François Mitterrand. Pis, Helie Denoix de Saint Marc condamné à dix ans de réclusion, a été libéré au bout de cinq ans. "C'est un personnage emblématique des hauts et des bas de notre armée", a souligné le ministre de la défense, Gérard Longuet. Et il s'est vu décoré de la grand croix de la légion d'honneur par Nicolas Sarkozy le 28 novembre 2011. Quand aux participants à ce meurtre ils connurent des fortunes diverses, l'un d'entre eux devenant Monsieur Sécurité à Nice de 1996 à 2001. Et dans cette région PACA de nombreuses stèles sont érigées en l'honneur des fusillés, combattants pour que vive l'Algérie Française, sachant que des insurgés, des appelés pour la plupart qui obéissaient aux ordres sans chercher à comprendre, ne connaitront pas le sort clément de leur hiérarchie. Mais la maison de Kubiasak dans le Clos Saint-Lazare a été démolie.


rogermartin.pngAlors, continuer à propager des information erronées, tendant à salir l'honneur d'une ou plusieurs personnes, informations relayées par des historiens ou pseudos historiens, par exemple Georges Fleury ancien des commandos Jaubert qui est cité dans ce document, qui écrivent de nombreux ouvrages en recueillant des témoignages pouvant prêter à discussion et à contestation, à des interprétations personnelles pas forcément conformes à la réalité.

Et Roger Martin ne pouvait pas humainement rester insensible à cette forme de propagande fasciste, puisque tout jeune il avait eu en main, en sortant de l'école, des tracts ou des brochures proclamant Algérie Française, signés Jeune Nation, mettant en avant les patriotes de l'OAS qui avaient pour noms : Jouhaud (et non Jouhaux comme écrit par erreur page 23, Jouhaux étant un ouvrier syndicaliste ayant obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1951), Lagaillarde, Susini, Salan, Tixier-Vignancourt et Le Pen.

 

Je vous engage à visiter le blog d'Osaka éditeur pour d'autres Romans de la colère.

 

De Roger Martin, lire par exemple Des ombres dans la nuit, Les cagoules de la terreur, Dernier convoi pour Buchenwald.


Roger MARTIN : L'honneur perdu du commandant K. Collection Osaka, Les Romans de la colère N°2. Editions Oslo. Parution le 1er octobre 2013. 80 pages. 8,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 07/08/2014 10:56

Je vais donc aller visiter le blog de ces éditions.

Oncle Paul 07/08/2014 15:19



Et cela ne coûte rien...



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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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