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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 16:17

  Ce n'est pas Carnaval !

 

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Ce 17 octobre 2010 est un grand jour pour le jeune Jim. Il va se rendre en compagnie de ses parents jusqu’à Washington en avion. L’avion, il l’a déjà pris deux ou trois fois, alors ce n’est pas pour ça qu’il rêve éveillé. Ce n’est pas non plus sa dernière lecture, Les aventures de Huckleberry Finn et de son copain Tom Sawyer, les deux amis ont partagé tellement d’aventures dangereuses, qui l’inquiète, mais bien parce qu’il va vivre un moment historique.

Arrivés à l’aéroport, Jim et ses parents sont pris en charge par deux agents auxquels le père de Jim présente son invitation, puis encadrés comme s’ils étaient des malandrins, ils sont emmenés jusqu’à la Maison Blanche. L’étonnement de Jim est à son comble. Il est en compagnie d’une trentaine de personnes dans le bureau ovale. Et lorsque le Président en personne pénètre dans la pièce accompagné de sa femme, Jim n’en croit pas ses yeux. Son grand-père, William Caldwell, est l’homme de la soirée. Il reçoit des mains du Président la Médaille d’Honneur en récompense de son dévouement inaltérable à la cause des droits civiques et de son courage exemplaire…

Jim ne rentre pas à Atlanta avec ses parents mais obtient la permission de passer quelques jours en Louisiane, au bord du bayou Teche. Dans ce coin tranquille grand-père Billy narre quelques épisodes de son enfance dans le Mississipi, en 1953.

Son père l’a élevé seul, car sa femme est décédée alors que le jeune Billy avait à peine deux ans. Lors de l’épisode qu’il décrit, il a dix ans, et son père est journaliste photographe et imprimeur du Clairon, le journal local de Centreville dans le Mississipi. Il débute son récit en racontant leur départ précipité en voiture avec quelques malles contenant leurs effets, sous la huée et les jets de pierre des habitants Blancs de Centreville.

Billy va à l’école comme tous les gamins de son âge, possède deux amis, Herb et Jerry, et une copine, une fiancée selon les autres gamins, Charlotte. Et c’est en jouant dans la grange de l’oncle d’Herb que les trois garçons font une découverte surprenante. Dans une armoire ils trouvent une sorte de robe blanche ainsi qu’une cagoule. Herb enfile les vêtements et c’est tout honteux qu’il se déshabille rapidement lorsque son oncle le trouve ainsi attifé. L’homme se contente de sourire et de déclarer : Cette tenue, les enfants, c’est la plus belle qu’un Blanc puisse jamais porter. Mais elle est réservée à des circonstances particulières, et personne ne doit savoir qui se trouve dessous, sauf les initiés.

Cette tenue est celle du Ku Klux Klan, et Billy va bientôt savoir à quoi sert cet accoutrement. Un soir, désobéissant à son père, Billy se rend en compagnie d’Herb et Jerry dans une localité voisine où se déroule une fête. Une fête foraine un peu spéciale toutefois. Charlotte joue au chamboule-tout mais les boîtes de conserve qu’elle doit dégommer sont décorées de têtes de Noirs, distordues, caricaturées, effrayantes. Puis peu après apparait un étrange cortège. Un Noir est attaché aux poignets par deux cordes reliées aux pommeaux des selles de deux cavaliers encagoulés. Les Klavaliers du Ku Klux Klan. Puis Billy assiste à une scène qui l’horrifie. C’est le début d’un long cauchemar qui se terminera par le départ précipité de Billy et son père.

Un roman qui prend aux tripes même si l’on connait, par les écrits, les reportages, quelques-uns des événements qui se sont déroulés par le passé. Mais les tabassages de Noirs par des policiers, qui se retranchent derrière leur fonction, font encore la une de l’actualité sporadiquement.

Selon des théoriciens du Klan, les Noirs sont des créatures préadamiques, c'est-à-dire que leur existence date d’avant Adam. Or, d’après la Bible, Adam est le premier homme, et donc tout être vivant apparu avant lui ne peut appartenir qu’à un règne végétal ou au règne animal. On peut se demander si ces hommes et femmes qui se cachent sous les cagoules du Ku Klux Klan sont véritablement des êtres humains, eux qui se référant à la religion chrétienne torturent et tuent impunément d’autres êtres humains dont la seule différence réside en leur couleur de peau.

Roger Martin est fasciné et passionné par l’histoire des Etats-Unis, mais il n’en est pas l’apologue. Au contraire, depuis des décennies, il s’attache à comprendre cette ségrégation raciale, à tenter de l’expliquer, à en décrire minutieusement l’histoire, à retrouver des témoignages, à démontrer que si le Ku Klux Klan est officiellement banni, qu’il existe des résurgences et qu’il réapparait sous d’autres noms. Mais le KKK n’est pas seul en cause, des sectes néonazies sont constituées, et ouvertement ou non encouragées par des hommes (et femmes) politiques qui élaborent des programmes dont les objectifs sont l’expulsion des étrangers, et leurs ennemis sont les partisans de l’avortement ou les homosexuels. Je suis sûr que quelques noms vous viendront immédiatement à l’esprit, ne serait-ce que celui d’une ancienne candidate à la Maison Blanche.

Ce livre est composé d’un roman, poignant, et d’un dossier illustré sur les cent cinquante ans du Ku Klux Klan. Parmi ce dossier, outre l’histoire du KKK, Roger Martin a inclus une filmographie, une discographie et une bibliographie ainsi que les paroles françaises de deux chansons : Strange Fruit, qui fut interprétée par Billie Holiday et quelques autres, et Only a Pawn in their Game de Bob Dylan, ainsi qu’un poème de Roger Martin dédié à Rosa Parks.

Si cet ouvrage est conseillé à partir de l’âge de onze ans, il s’adresse à tous, car tout un chacun doit se sentir concerné par cette dénonciation du racisme et de la ségrégation et l’approuver.

 

A lire également de Roger MARTIN : Jusqu'à ce que mort s'ensuive Les ombres du souvenir Dernier convoi pour Buchenwald.


Roger MARTIN : Des ombres dans la nuit (Ku Klux Klan 1). Collection Histoire & Société ; éditions Oskar. 112 pages. 9,95€.

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commentaires

pyrausta 09/07/2013 17:21

C'est bien ce que j'ai voulu dire ;)

Oncle Paul 09/07/2013 17:24



Nous sommes sur la même longueur d'ondes !



pyrausta 08/07/2013 09:07

Je partage ce rêve mais Matin Luther King a eu le même...

Oncle Paul 09/07/2013 17:10



Oui, et parfois les rêves se terminent en cauchemar !



pyrausta 07/07/2013 20:20

C'est ce que j'aime chez toi Paul: Tu es un utopiste.

Oncle Paul 08/07/2013 08:40



Je dirai même mieux : un incorrigible utopiste... Mais on peut toujours rêver, non ?



pyrausta 07/07/2013 12:03

je suis comme ton commentateur précédent: ma CB n'est même plus blême, elle va finir par fondre.
Je vais te suivre sans doute dans cette lecture.Mais c'est un livre pour enfant dis tu?N'est ce pas un peu difficile pour cet âge?

Oncle Paul 07/07/2013 16:49



Pour l'éditeur c'est de 11 à 111 ans. Non pas difficile au contraire. Bon je sais, je n'ai plus depuis longtemps onze ans... mais c'est le genre de romans que j'aurais aimé lire à cet âge. Et la
partie documentaire est très intéressante, car c'est un pan de l'histoire de la ségrégation qui est peu connue même si parle beaucoup du KKK. Il me semble que si l'on veut que nos gamins
réfléchissent et ne s'embarquent pas dans des dérives raciales, il faut leur faire toucher du doigt ce tableau noir des USA


Amitiés



GUYOT Jean-Claude 28/06/2013 11:23

Cet article me remet en mémoire les 3 Spécial-Police du Fleuve, écrits sous le pseudo de Kenneth Ryan : KKK 1, guerre au Klan, opération Rio Grande.
Je vois que R. Martin persiste et signe. Bravo.
Merci Oncle Paul, ça me rappelle celui qui nous racontait des histoires vraies sur Spirou pendant des années...
Bémol, à lire vos articles, ma carte bleue devient blême !!!!
Cordialement vôtre.
ZIEN 375 depuis 2001. 70 balais le 30 septembre, collectionneur de Spécial-Police (entre autres).

Oncle Paul 28/06/2013 15:06



Bonjour


Effectivement Roger Martin continue son exploration du KKK entamée au Fleuve Noir sous le pseudo de Kenneth Ryan (pour le plaisir je remettrai bien mes chroniques de l'époque) une trilogie qui
est en réalité une tétralogie puisque le quatrième a été publié aux éditions Caribéennes dans la collection Negra Polar. Et il a aussi écrit sept albums toujours sur le même thème avec des
dessins de Nicholas Otero Chez Emmanuel Proust


Quant à l'Oncle Paul de Spirou c'est vrai mais c'est une longue histoire...


Bien à vous



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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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