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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 07:55

vices-prives1.jpg


1967. Un an avant mai 68 et sa révolution estudiantine et prolétarienne. Révolution qui ne secoue pas uniquement la France mais d’autres pays européens et également certains campus des Etats-Unis.

1967. Deux ans avant cette fameuse année érotique chère à Serge Gainsbourg. Le début du déferlement d’ouvertures de sex-shops, de la parution de livres, symbiose de l’érotisme et du pornographique, du tournage de films audacieux préparant l’arrivée sur le marché de films dits classés X, du déclin de la censure (en ce qui concerne les choses du sexe) et du bouleversement radical dans les mœurs.

1967. L’espoir pour l’ouvrier de l’utopique louche de caviar dans sa gamelle, en quête d’une ascension sociale, alors que le bourgeois s’encanaille en fumant des Gauloises trop fortes pour ses petites bronches.

L’Angleterre se trouve plongée en pleine crise d’adolescence, de croissance. La pudique Albion retrousse ses jupes et donne une bouffée d’air frais à des dessous mités. Lydia, héroïne pervertie, névrosée et schizophrène, elle l’avoue, a trouvé le joint : lorsque sa mère lui coupe les vivres vestimentaires, elle se déloque et pose pour des photos d’art (doux euphémisme) en compagnie de dockers membrus et frustres. Si seulement elle y trouvait son plaisir. Que nenni ! Ces séances la laissent irritée ! Elle est envahie du dégoût d’elle-même et de la société en particulier.

Un qui n’apprécie guère ces séances photographiques et rémunératrices, quoique, c’est John Odion, millionnaire en quête d’amour charnel et sentimental, tandis que les deux cousins de la Belle hébétée se frottent les mains, principalement Viper, eux qui commercent dans le graveleux authentique et le sado-maso libidineux et sénile.

Pour la mère de Lydia, Lady Quench, qui améliore son ordinaire en organisant des visites dominicales du domaine familial à des touristes balisés, c’est dur d’avoir élevé des enfants d’une telle engeance. Alors que Lydia vend ses charmes, ou ce qu’il en reste, sa sœur Béatrice milite au Parti Communiste. Shocking !

vices-prives.jpgLes autres personnages qui gravitent dans ce roman, Mendip le cousin associé de Viper et homosexuel, Farlock, tout le contraire du valet inspiré du personnage de Wodehouse l’inimitable Jeeves, qui se conduit en domestique exécrable et ivrogne, ou encore sir Andrew, légume cloué dans son fauteuil, plus raide et moins pensant que le roseau, et autres personnages imbus d’eux-mêmes, pourris de l’intérieur et à l’extérieur guère plus avenant, tous ces personnages semblent sortir d’une galerie de monstres.

Des monstres pas forcément physiquement, mais mentalement sûrement.


Peinture au vitriol d’une certaine catégorie de Britanniques, d’une société en pleine décadence, Vice privés, vertus publiques montre les lézardes dans l’édifice puritain au cours des années 60. Mais de cette dégradation morale ne jaillit pas le rayon de soleil régénérateur. C’est la purulence qui suinte. Le personnage de Lydia focalise tout l’avilissement et le désespoir qui tenaillent les jeunes héritiers en mal de vivre. Les autres ne vivent pas, ils survivent.

Bizarrement, ce roman, noir, est une bouffée de fraîcheur surtout après avoir lu J’étais Dora Suarez.


A lire également du même auteur : Bombe surprise.


 Robin COOK : Vices privés, vertus publiques (Private places and public places – 1967. Traduction de Jean-Paul Gratias). Editions du Terrain vague. 1990. Réédition Rivages Noir N°166. Octobre 1993. 254 pages. 7,65€.

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commentaires

dasola 15/08/2013 18:19

Bonjour Oncle Paul, j'ai un roman "Série noire" dédicacé par Robin Cook, Comment vivent les morts. J'avais aussi lu Les mois d'avril sont meurtriers et On ne meurt que deux fois. C'est bien
d'évoquer ce romancier anglais qui est resté dans l'ombre mais qui vaut la peine d'être connu. Je note Vices privés, vertus publiques. Bonne après-midi.

Oncle Paul 16/08/2013 10:18



Bonjour Dasola


J'ai rencontré Robin à moult reprises, lors des festivals du roman policier de Reims ainsi qu'à Grenoble.
Mon roman dédicacé est Crème anglaise. A lire également Bombe surprise que j'ai également chroniqué ainsi que Mémoire vive


Bon week-end



Pierre FAVEROLLE 05/08/2013 13:51

Salut Paul, celui là, je l'ai lu, et même s'il ne m'en est pas resté un souvenir mémorable, il reste suffisamment présent pour me rappeler ce portrait de cette société malade et ces images si
contemporaines. Amitiés

Oncle Paul 05/08/2013 19:51



Bonsoir Pierre


Il est vrai que ce roman est moins prégnant que J'étais Dora Suarez par exemple. Mais c'est l'un des premiers romans de Robin Cook, lorsqu'il regardait la société anglaise avec causticité. Plus
tard Robin s'est tourné vers le roman macabre, fort et dérangeant. Ames sensibles s'abstenir. Je parle pour moi.


Amitiés



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