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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 17:13

Les souris vont-elles lessiver le chat ?

Jean-Paul NOZIERE : Le chat aux aguets.

S’appeler Mouse et avoir un père qui se prénomme Donald, il fallait peu de choses pour que le jeune Yonis soit surnommé Mickey. Et bien évidemment Mylène, le bébé avec qui il a été élevé a tout de suite eu droit elle aussi à son alias qui ne pouvait être autre que Minnie.

Les deux gamins, qui n’ont qu’un jour de différence, ont été élevés ensemble, les parents vivant les uns près des autres. Les deux maisons sont situées dans un immense parc entouré d’un mur et séparées par une rivière, l’Agon. Donald Mouse est chirurgien dentiste et sa femme écrit des romans pour enfants, qui n’ont pas grand succès mais elle persévère dans son entreprise malgré tout. Le père de Minnie est architecte et sa mère, qui travaille dans la publicité est toujours pas monts et par vaux. Ce sont les grands-parents, Louis et Joséphine, qui s’occupent en grande partie des loupiots. Des inséparables, des jumeaux, des siamois presque. Déjà dans le parc qui les empêche de vadrouiller dans les pièces, ils s’embrassent sur la bouche. Les années passant, cette fusion ne s’est pas démentie et cela amuset les parents.

Grand-père Louis, un ancien d’Algérie, vitupére contre les arabes, les fellouzes comme il dit, et cache même sous la paille dans le grenier, une dépendance à proximité des maisons, un vieux fusil de l’armée. Il apprend à Mickey à s’en servir et le gamin montre des dispositions étonnantes pour son âge. C’est Minnie qui raconte en voix off l’histoire de leur jeunesse puis du dérapage, et ce qui s’est passé après ce qui fut considéré comme un accident.

Depuis la mort de sa femme Irène et son départ à la retraite, l’ex commandant Christian Milius, alias Slo, s’ennuie à Blovac. Alors il vend son appartement, racle les fonds de tiroirs et s’achète une grande maison à Sponge, afin de créer une agence de détectives privés en association avec Yasmina Rihali, la sœur de Slimane dont nous avons pu suivre les aventures dans des romans précédents et qui devraient être réédités chez Rivages. Son ancien chef de service, avec lequel il ne s’entendait guère, le convoque et lui demande de reprendre officieusement du service. Bénédicte Latax, leur collègue, a été assassinée trois semaines auparavant et il n’a aucun début de piste. De plus dans quelques jours le Président de la République doit faire étape à Blovac et les policiers sont sur les dents. Slo n’avait pas d’atomes crochus avec Bénédicte mais il accepte néanmoins la mission qui lui est confiée. En compagnie de Yasmina il se rend sur la tombe de la jeune policière et ils découvrent une mise en scène pour le moins énigmatique. Des sujets de porcelaine ont été disposés comme s’il s’agissait d’un jeu genre Cluedo. Un chat, un agneau, un chien, un club de golf et une boite d’allumettes.

De plus un DVD a été déposé dans la boite aux lettres chez Bénédicte et au visionnage cela s’avère une véritable énigme. Une jeune femme assise dans une voiture regarde à travers la vitre et pleure. Une avalanche de larmes qui dure environ cinq minutes sans interruption. Pas d’explications en complément à ce DVD.

En poussant plus avant leurs investigations, Slo et Yasmina découvrent qu’un autre meurtre a été perpétré sur la personne d’un propriétaire d’une concession automobile. Un assassinat à l’aide d’un club de golf et en rendant visite à la famille de Christian Rotaru, le défunt, des objets similaires sont retrouvés. Aucun doute, quelqu’un s’amuse à vouloir signer ses forfaits. Un autre assassinat a été perpétré sur la personne d’un professeur, meurtre réalisé par l’attaque d’un chien et là encore des figurines, mais en nombre plus restreint.

Entre les chapitres relatant l’enquête de Slo et Ysamina, la petite voix s’intercale et peu à peu le lecteur découvre le parcours amoureux et chaotique de Mickey et Minnie.

Entre passé qui ressurgit et enquête au présent, Jean-Paul Nozière jongle et le lecteur, s’il croit tout connaître au fur et mesure de la lecture et se dit, bon je sais comment cela va finir, se trompe. En effet, une grande part du mystère n’est dévoilée que progressivement, sur la fin, mais ce n’est pas véritablement l’enquête qui prime. Jean-Paul Nozière reprend un de ses thèmes qui lui sont chers, l’Algérie et ce qui fut la guerre pour les uns, une révolte et une révolution pour d’autres, un conflit sanglant et meurtrier pour tous, et les cicatrices physiques et psychiques qui perdurent encore. Certains des combattants français envoyés au front sont revenus traumatisés à vie.

Mais ce roman fera aussi penser à ces héros enfantins de la littérature, Paul et Virginie en tête ou encore Miette et Silvère de Zola dans la Fortune des Rougon. Des amours juvéniles qui débutent comme des contes de fée, des amours attendrissantes, telles que l’on aurait aimer connaître dans notre jeunesse sans se demander ce que le verbe aimer voulait vraiment dire, une fusion exacerbée au fil des ans, des contrariétés qui se greffent, l’indulgence des parents puis leurs réticences.

Jean-Paul Nozière traite aussi de la solitude via le personnage de Christian Milius. Il forme avec Yasmina, qui n’est pas gênée de monter ses charmes à son ami qui lui l’est gêné, un couple ambigu. Le rhum blanc La Mauny (50° et un parfum qui n’a pas son pareil) les réconforte lors des moments de déprime, et le chien Bogart, qui se fait vieux, ne leur est plus de grand secours. Mais Slo est taraudé par la mort de sa femme Irène et ses enfants, un garçon et deux filles, ne lui donnent de leurs nouvelles qu’avec parcimonie.

Et comme la politique n’est jamais bien loin, intéressons nous au cas de Christian Rotaru, le concessionnaire automobile d’origine romani et qui a fait fortune. Il fait don à l’UMP de fortes sommes mais pour une fois lorsque le trésorier local du parti le sollicite, il regimbe. Ton président que tu es si fier d’accueillir à Blovac et que j’ai soutenu de mon fric pendant des années, vire les Roms de France, les présente comme des voyous voleurs, casseurs et j’en passe. Il les fourre dans des avions, trois cents euros en poche, les expédie en Roumanie. Il agit ainsi pas seulement avec les Roms. Il encourage la xénophobie. L’ennemi est l’étranger. Bref cette politique pue. Cela fait du bien parfois de vider son sac, de l’écrire, et peut-être de se sentir en phase avec une majorité de personnes qui combattent l’ostracisme, la ségrégation, le racisme. Une réussite de plus à mettre à l’actif de Jean-Paul Nozière. Mais en France on n’a pas de Sarah Palin, cela se saurait.

 

A lire du même auteur : Cocktail Molotov, Je vais tuer mon papa, Dernier tour de manège et pour les adolescents : Un été algérien et  Le ville de Marseille.

 
Jean-Paul NOZIERE : Le chat aux aguets. Rivages Noir n°890 ; Editions Rivages. 352 pages. 8,65€.

 

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