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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 15:41

Evitez les sites de recherches genre Potes d’avant, car après…

 

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Elle était belle Jacqueline, elle était jeune, elle aimait danser, elle aimait boire en compagnie des hommes, elle aimait la vie. Et à dix-sept ans elle s’est retrouvée enceinte. Mais en 1971, dans le Sud Manche, dans l’Avranchin, les braves gens réprouvaient les filles mères. Stéphane est le fils d’un fantôme et d’une bouteille de gin.

Il ne fait pas bon à cette époque de ne pas avoir de père. Jacqueline s’enfonce dans un éthylisme propice à l’oubli tandis que Stéphane se voit relégué au fond de la classe, isolé, conspué par ses condisciples. Dont Jérôme, le fils du cafetier, avec qui il aurait pu devenir ami mais devint son tourmenteur. Alors Stéphane s’est promis qu’il deviendrait quelqu’un, ce qu’il a réussi et dont il est fier. Il habite le vieux château de Saint-James, qui le faisait fantasmer jeune, et traficote sans que l’on sache vraiment quelles sont ses occupations. Lors d’une soirée avec ses comparses, il a alors vingt-huit ans, il sort d’un café afin de prendre l’air et fumer une cigarette. Pourquoi fume-t-il dehors ? Il a une réponse toute faite : Parce que c’est là qu’on fait des rencontres.

Et en cette soirée du 12 février 1999, la rencontre est effective sous les traits de Norah Hepfner. Une approche, comme une attirance de la part de la jeune femme qui lui demande du feu, ils échangent leurs coordonnées téléphoniques, elle est allemande, elle vit à Paris, puis quelques jours plus tard, nouvelle rencontre, programmée. Une nuit ensemble, la découverte des corps, de son corps à elle surtout, balafré dune cicatrice, une brûlure au côté droit. Il l’invite chez lui à Saint-James, dans son château qui signe la revanche sur sa jeunesse, l’exhibe presque dans le village, elle lui raconte sa jeunesse et l’origine de cette marque abdominale. Elle a perdu sa famille dans l’incendie de la maison familiale, elle n’avait qu’une douzaine d’années, cette trace est son seul héritage. Ils envisagent l’avenir ensemble, ils ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. Ils vont vivre dans un appartement, s’installer à Rennes, elle est traductrice d’allemand et ne tarde pas à retrouver du travail, lui s’occupe à ses petites affaires, les déplacements l’éloignent d’elle parfois, ou au contraire, c’est Norah qui est obligée de partir à l’étranger.

Parfois Norah a des réactions qu’il ne comprend pas, mais après tout ce n’est pas si grave. Par exemple, elle ne sait pas conduire, mais elle lui donne de petits conseils pour aborder un virage, il achèterait bien une Porsche, il en a les moyens, mais à chaque fois qu’il lui en montre une, elle l’ignore, ou encore cette réaction imprévisible, lorsque le couple dans la rue rencontre Dagmar, une stagiaire allemande travaillant dans l’entrepôt de Stéphane, Norah ne se comporte pas comme si elle était contente de retrouver une compatriote. Tous petits faits qui font que Stéphane se pose des questions, et lors d’une absence de Norah, il transforme l’appartement de fond en comble, changeant la disposition des meubles et des pièces, et l’invite dans un restaurant qui n’est pas le plus huppé de la ville, dépense une somme folle en champagne, il se force à faire le pitre dans le taxi qui les ramènent chez eux, ils rentrent plus qu’éméchés et elle ne boit pas le dernier verre qu’il lui propose, trop occupée à tout régurgiter.

Ils voyagent, lui ne connait rien, elle a déjà visité les pays où il l’emmène. Mais un jour, sur la Côte d’Azur, alors qu’ils avaient entrepris une promenade, celle-ci tourne court. Caroline, l’amie de Norah chez qui elle suit des séances de gymnastique, Caroline a été victime d’une rupture d’anévrisme. Elle s’en sortira mais depuis Stéphane l’appelle Caroline-ma-sauveuse. Une raison personnelle.

Des soupçons, il en a, mais lesquels ? Avec Dagmar, il décide d’effectuer des recherches sur un site spécialisé allemand, afin de pouvoir contacter quelqu’un qui aurait connu Norah, avant qu’elle s’établisse en France. Le résultat est au-dessus de ce qu’il pouvait imaginer.

 

Plus qu’un Thriller, terme est galvaudé et qui ne signifie plus rien de concret, ce roman est un suspense à la française, descendant direct d’auteurs comme Boileau-Narcejac, Louis C. Thomas et quelques autres et dont la descendance se nomme aujourd’hui Barbara Abel, Michel Bussi et Philippe Bouin par exemple. Thriller, qui signifie effectivement, selon mon dictionnaire, film ou roman policier à suspense, est accolé à tout ce qui bouge, principalement à des romans d’aventures, ésotériques, ça fait bien dans le décor, dans lesquels le sang tapisse les pages et les tortures, raffinées ou non, s’enchainent parfois sans vraisemblance. Alors lorsqu’ils voient le terme Thriller, certains chalands se détournent de l’objet parce qu’ils n’aiment pas ce genre, tandis que d’autres vont être attirés et seront déçus parce que cela ne correspondra pas à leur attente. (Ce petit coup d’humeur est consécutif à une phrase choc délivrée par Direct matin et qui pour moi est plus une accroche facile qu’une véritable chronique).

Et dans ce roman le terme de suspense est approprié puisque le lecteur est suspendu à ce que l’auteur écrit, décrit, dans ses faits et gestes, dans ses pensées, dans sa projection de l’avenir, dans ses retours en arrière, dans la déclinaison de ce qu’il s’est réellement passé, mais en fardant quelque peu le texte, au début, car il est difficile de tout avouer comme ça en bloc.

Hervé Commère préfère privilégier le ressenti intérieur de son personnage au lieu de scènes grandiloquentes. Il construit son roman comme une autobiographie, une confession, qui avance dans le déroulement du récit par petites touches et s’exprime par sous-entendus anticipatifs. Ainsi page 28, en fin de chapitre : Je ne pouvais pas m’imaginer à quel point. Page 36, toujours en fin de chapitre : J’étais à mille lieux de m’imaginer le mal que je voudrais lui faire un jour. Des artifices certes, mais qui incitent le lecteur à s’immiscer plus longuement dans cette vie de couple qui possède son cadavre dans une boite de chaussures.

Toutes les questions que le lecteur est à même logiquement de se poser trouveront leurs réponses dans les quatre parties intitulées Première enveloppe, deuxième enveloppe, comme autant de lettres explicites permettant au narrateur de faire le point.

Dommage que la quatrième de couverture soit un peu trop explicite à mon goût. Je l’ai lue après heureusement, sinon, je ne sais pas si j’aurais pris autant de plaisir à découvrir cette histoire, cette intrigue émouvante.


Retrouvez le premier roman d'Hervé COMMERE dans J'attraperai ta mort.


Hervé COMMERE : Le deuxième homme. Editions Fleuve Noir. Octobre 2012. 252 pages. 18,90€.

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commentaires

Claude Le Nocher 20/12/2012 20:11

Salut Paul
Je vois que ce roman d'Hervé Commère t'as inspiré. Bien que n'ayant pas encore lu celui-là, je pense que c'est un auteur d'avenir s'il persiste.
Amitiés.

Oncle Paul 22/12/2012 08:37



Bonjour Claude


Oui je pense aussi que c'est un auteur d'avenir s'il garde cet esprit inventif de mystère et de subtilité dans l'intrigue


Amitiés



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