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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 13:10

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Le bonheur ne tient qu’à un fil, dit-on parfois. Le fil du téléphone bien évidemment, sauf pour les monophobes qui ont leur portable greffé à l’oreille. Je parle du bon vieux téléphone qui trône sur le buffet du salon, sur le bureau, ou accroché au mur et sous lequel est disposée une chaise permettant de converser sans fatiguer des jambes variqueuses. Et Gilles Vidal rend à Charles Bourseul ce qui était indûment attribué à Graham Bell (et depuis 2002 à l’Italien Antonio Meuci, une longue controverse puisque Bell déposa son brevet deux heures avant Elisha Gray qui revendiquait lui aussi cette invention en 1874 et 1876). Mais cette spoliation envers Bourceul est le fruit du désintérêt de l’administration de la Poste et Télégraphe qui fut baptisée ensuite PTT (Postes Télégraphe Téléphone, PTT ne voulant pas dire comme certains aiment à le penser : Paie Ta Tournée, Petit Travail Tranquille ou autre Prends Ton Temps !). En effet son rapport n'est pas pris au sérieux par ses supérieurs. Il lui est renvoyé et son chef hiérarchique lui recommande de se consacrer entièrement à son emploi de télégraphiste. Il n'a d'ailleurs pas les moyens matériels de réaliser son invention. Il prend toutefois la précaution de publier une communication : « Transmission électrique de la parole » dans L'Illustration (26 août 1854). Depuis les chercheurs ne sont toujours pas mieux lotis, ceux-ci préférant s’installer à l’étranger afin de pouvoir réaliser leurs recherches en toute liberté financière, tandis que les étudiants étrangers sont priés de regagner leur pays et qu’une carte de séjour et de travail leur est refusée. Mais je digresse…

Puisque le téléphone vient d’être évoqué, parlons d’Albert Robida, dont le nom et l’œuvre sont moins connus de ceux de Jules Verne mais qui pourtant fut un visionnaire. Dessinateur prolifique, ce fut également un écrivain éclairé. Ainsi il imagina qu’un jour les pièces de théâtre pourraient être diffusées chez soi, retransmises sur une sorte de miroir accroché au mur du salon. Plus que la télévision, c’était l’écran plasma qu’il suggérait dans ce qu’il nommait le Téléphonoscope, article paru dans Le Vingtième siècle en 1883.

Mais les inventeurs furent parfois des originaux qui ne connurent la célébrité qu’à cause, on ne peut pas dire grâce, leur inconséquence. Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines entrouvrirent certes la porte à des inventions qui aujourd’hui n’ébahissent plus le public blasé. Parmi ceux-ci il faut citer Jean-François Boyvin de Bonnetot qui tenta, le 17 mars 1742, de rééditer l’exploit avorté d’Icare en se faisant fixer sur les bras et les jambes des sortes d’ailes qui devaient lui permettre de traverser la Seine en planant. Pari à moitié réussi. Un pari qui tourne au drame est bien celui tenté par Franz Reichelt qui se lance du premier étage de la Tour Eiffel, accroché à un embryon de parachute qu’il a confectionné, le 4 février 1912. Imaginez une réception à la Vil Coyote poursuivant Bip Bip et tombant du haut d’une falaise.

Heureusement certains d’entre eux ne subissent pas le même sort, les aviateurs Santos-Dumont, qui est à l’origine des dirigeables, Jules Védrines, qui le 13 janvier 1912 pulvérise le record de vitesse en avion, ou Charles Godefroy qui passa le 7 août 1919 entre les arches de l’Arc de Triomphe à Paris.

L’excentricité n’est pas l’apanage des savants, des chercheurs ou des adeptes des technologies nouvelles. Elle peut être le trait marquant d’individus, d’olibrius même, qui désirent se distinguer en actes ou en paroles. Comme cet étrange scientifique qui transporte dans sa diligence environ dix mille crânes afin de procéder à quelques expériences. Survolons rapidement ce cimetière ambulant et intéressons nous à Milord l’Arsouille, dont tout le monde a entendu au moins le nom. Cet Anglais né en 1805 à Paris, de son vrai nom Lord Henry Seymour-Conway, défraya la chronique par ses frasques. S’il est à l’origine du Jockey Club, il est surtout un fêtard (ancienne signification du mot arsouille qui veut dire également mauvais garçon et ivrogne). Dandy parmi les dandys et snobinard, il dépense sans compter, allant jusqu’à s’encanailler dans les lieux malfamés où se tiennent les combats de chiens.

Moins médiatique et agissant de façon moins rédhibitoire Aguigui Mouna, un personnage contemporain puisqu’il est décédé à Paris le 8 mai 1999. Ce natif de la Haute-Savoie, de son véritable patronyme André Dupont, il prendra l’alias moins banal d’Aguigui Mouna. Il parcourt la capitale en vélo, il aime s’intituler vélorutionnaire, arborant un béret constellé de badges de toutes provenances, des pancartes supportant des slogans, des aphorismes dont certains seront repris par des humoristes (Nous sommes tous égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres). S’ils font rire, ces aphorismes sont empreints de bons sens : On vit peu, mais on meurt longtemps, Les mass-médias rendent les masses médiocres, Les valeurs morales ne sont pas cotées en Bourse… Peut-on s’étonner qu’il fut ami avec Cavanna et nommé Chevalier des Arts et Lettres par Jack Lang ?

D’autres événements tragiques sont contés. Par exemple l’incendie du Bazar de la Charité qui fit cent vingt-quatre victimes, incendie qu’une voyante avait prédit peu auparavant. Véritable voyance ou charlatanisme ? Cela se discute, tout comme les personnages du Comte de Saint-Germain, de Michel Jacob le zouave guérisseur et de quelques autres.

On pourrait citer également la disparition des archives détenues par le directeur des Renseignements Généraux le 14 juin 1940 alors que l’armée allemande entre dans Paris ; de l’ilot de résistance mené par la Ligue Antisémite et son représentant Jules Guérin, lors du siège de ce qui fut surnommé le Fort Chabrol, sis dans la rue du même nom ; de l’assassinat de Paul Doumer, président de la République, lors de sa visite dans un salon littéraire (Est-ce pour cela que les salons de l’Agriculture sont plus courus par les hommes politiques que les salons du livre ?) ; de Serge de Lenz qui se réclamait d’Arsène Lupin… sans oublier Félix Faure mort en atteignant le septième ciel grâce aux gâteries prodiguées par madame Steinheil. Marguerite, Meg pour les intimes, qui ne pipa mot. Ou encore Thérèse Humbert qui inspira sûrement le banquier Bernard Madoff et les organismes de crédit à la consommation en instituant à grande échelle les prêts renouvelables (ou non), jetant sur la paille bon nombre de débiteurs et dont le coffre-fort ne recelait qu’un bouton de culotte.

Vingt-cinq historiettes, incroyables mais vraies, savoureuses ou tragiques, souvent méconnues, qui se lisent avec amusement, curiosité, intérêt, et que Gilles Vidal a dénichées en soulevant les jupes de l’Histoire.

Chacune d'elles est enrichie d'une illustration provenant souvent de journaux de l'époque.

Retrouvez mon article sur son précédent roman : Mémoire morte ainsi qu'un entretien avec l'auteur.

Gilles VIDAL : Histoires vraies à Paris. Collection Et soudain… Le Papillon Rouge éditeur. 288 pages. 20,50€.

N'hésitez pas à visiter le catalogue des éditions du Papillon Rouge

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