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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 15:35

Fred_Kassak.JPG

Entre 1957 et 1971, Fred Kassak aura signé onze romans, sous son nom ou sous les alias de Pierre Civry et Jean Céric. C’est peu, trop peu. Pourtant cet auteur reste, à juste titre, valeur de référence, notamment pour son ami Michel Lebrun, tant pour la complexité de ses intrigues, son ton humoristique, que pour ses « trouvailles » criminologiques.

Mais qui est Fred Kassak ?

De son véritable patronyme Pierre Humblot, il est né le 4 mars 1928 à Paris, d’une père haut-fonctionnaire et d’une mère au foyer. Son envie d’écrire date de sa prime enfance et il compose moult poèmes et nouvelles dans un registre romantique et fantastique. Comme bien des littéraires qui trouvent grâce et encouragement auprès de leurs professeurs de lettres, il est fâché avec les mathématiques et par voie de conséquence avec ceux qui enseignent cette matière.

kassak4.jpgSon goût pour la littérature policière s’est révélé pendant l’exode. Une villa des bords de la Loire, près de Saumur, accueille la famille Humblot, refuge bénéfique pour le jeune Pierre puisqu’il découvre dans le grenier une collection complète du Masque, qu’il dévore pendant que la bataille fait rage. Le meurtre de Roger Ackroyd reste l’un des romans ayant marqué notre auteur en herbe.

Dévorer des livres, c’est bien, mais ça ne nourrit pas son homme. En 1941, soir après soir, il compose un romans « à clef » ayant pour cadre le lycée et pour protagonistes principaux les professeurs eux-mêmes. Le lendemain, à la récréation, il en fait profiter auditivement un groupe de fidèles, groupe qui croît de jour en jour. Acte qui s’avère profitable et nourricier puisque ses auditeurs paient sa prestation sous forme de biscuits vitaminés.

Après la guerre, il travaille successivement au Touring Club de France, vend des machines à écrire et est même guide bilingue au Musée Grévin (l’un des rares guides ne sachant parler qu’une seule langue !) et fait la connaissance de Michel Lebrun.

Mais le virus de l’écriture le tenaille, et après avoir écrit une pièce de théâtre (Juanito, qui n’obtient qu’un relatif succès d’estime), kassak5.jpgil décide de se consacrer à la littérature. Mais ses ambitions ne sont plus celles de son enfance (à dix ans   il proclame son intention non seulement de devenir écrivain mais aussi d’être le Dickens français), aussi il se rabat sur le roman policier. La mode étant au roman d’espionnage, il en écrit deux, publiés par les éditions de l’Arabesque qui créent peu après la collection Crime Parfait, collection qui voit les débuts de Pierre Siniac.

Pierre Humblot devient Fred Kassak (Kassak étant le nom de jeune fille de sa mère) : … Fred Kassak n’est pas très joli et sonne comme un sac de noix, mais je me console en pensant que l’éditeur aurait pu choisir sur ma liste : Peter Van Bold ou Charlie Jinx !

Parallèlement il est secrétaire de René Wheeler, scénariste-réalisateur, puis rédacteur d’un journal d’assurances. Considéré comme écrivain non-salarié, il travaille depuis plus de vingt ans pour la Radio et la télévision. Il a été le scénariste du premier numéro de la série Les Cinq dernières minutes et y a collaboré par la suite à maintes reprises.

Comme beaucoup de jeunes de sa génération, Sartre et Camus ont été ses « maîtres à penser », mais cette époque est révolue. Ses préférences littéraires restent Queneau et les Britanniques Wodehouse et Dickens. D’ailleurs certains de ses livres ont des accents dickensiens (Livre de référence et de comparaison : Les papiers posthumes du Pickwick Club). L’humour est présent d’une façon sobre, apparemment facile, excluant toute vulgarité ; c’est un humour axé sur le descriptif et les situations des personnages.

kassak1.jpgC’est après avoir écrit trois romans noirs que Kassak a découvert sa voie, et sa veine humoristique. Il se sent coincé, enfermé dans un genre, dans une production qui n’incite pas (selon lui) à la relecture ; tandis qu’en employant le ton humoristique, l’intérêt du lecteur ne se condense plus uniquement sur la chute finale, mais peut être capté par le « comique de certaines situations et la manière de les raconter ». « Dans l’humour, je me sentais dans mon élément ».

L’intrigue, la trame d’une histoire souvent lui sont inspirées par de petits faits, de petites histoires qui peuvent lui arriver. Aussi il imagine les développements possibles et comment ce petit fait aurait pu donner lieu à un crime.

« Ainsi Carambolages est directement inspiré de mon expérience au Touring Club de France qui était une mine de personnages et de situations : il y avait vraiment des Fêtes de Printemps sous une pluie battante, des défilés en costume d’époque, un doyen des campeurs, et l’organisme du T.C.F. était le même : il ne restait plus qu’à pousser les situations. Une fois l’idée au point, je faisais ma distribution : choisissant parmi mes amis et connaissances passés ou présents ceux et celles qui pouvaient le mieux incarner mes personnages fictifs. Je n’aime pas beaucoup créer de toutes pièces un personnage : c’est la réalité qui est originale, l’imagination ne reproduit que des lieux communs ».

« J’ai toujours fait des plans détaillés laissant très peu de place à l’imagination – ce qui n’est pas forcément une bonne chose. Mais je suis sujet au vertige de la feuille blanche et le plan me rassure, me permet de me lancer et de continuer. Dans un roman purement littéraire, un plan trop détaillé peut être un handicap, un frein à l’imagination. Le roman policier, lui, est un mécanisme de trop haute précision pour qu’on puisse, à mon avis, s’en passer ou s’en écarter beaucoup en cours de rédaction. L’imagination peut et doit être au pouvoir pendant le développement, la mise au point et la construction – mais après, c’est la fin de la récréation et la fantaisie ne doit plus avoir le droit de s’exprimer que par le style ».

Mais Fred Kassak est aussi un spécialiste dans le choix des kassak2.jpgarmes du crime. Par exemple la poudre de champignon vénéneux séché (Bonne vie et meurtres) ou la voix de Mireille Mathieu déclenchant une avalanche.

« Mireille Mathieu et son avalanche ont été imaginées tout spécialement et sur mesure pour Voulez-vous tuer avec moi ? où le narrateur, après s’être livré à deux tentatives de meurtres avortées : voiture sabotée et piscine électrifiée, réussissait enfin le troisième en faisant exploser à distance, par téléphone, un pavillon préalablement soumis à une fuite de gaz. Tout cela allait donc crescendo et, quand j’en suis arrivé à devoir imaginer un quatrième crime, je me suis trouvé embarrassé car, évidemment, il devait lui aussi aller crescendo : impossible de revenir au revolver ou à l’étranglement. Après l’explosion d’une maison entière, il fallait quelque chose d’encore plus spectaculaire ; une sorte de petit cataclysme : une catastrophe pouvant être provoquée puisqu’il s’agissait d’un crime, mais devant, en outre, paraître naturelle puisqu’il devait s’agir d’un crime parfait. Et quand on fait l’inventaire des catastrophes naturelles pouvant être provoquées, on en vient très vite à l’avalanche en montagne qui peut être provoquée par un cri humain. Le roman ayant des prétentions humoristiques, il fallait un cri humain contrastant avec l’aspect criminel de l’avalanche : par exemple, un chanteur d’opéra beuglant son grand air. Mais un peu démodé, l’opéra. Pourquoi pas un jeune chanteur actuel ? Et parmi les jeunes chanteurs beuglant d’amour le plus fort, un nom s’imposait aussitôt : Mireille Mathieu qui, comme vous voyez, a résulté davantage de la nécessité et de la logique que de l’imagination ».

kassak6.jpgKassak qui, depuis plusieurs années, s’était tourné vers la télévision et la radio et n’écrivait plus de romans, en prépare un actuellement. Un roman policier, précise-t-il, et non un polar : « Je ne crois pas que le roman policier ait gagné en prestige et considération en devenant… polar. Je ne vois pas en quoi cette espèce de raccourci simili-argotique à consonance désagréable peut contribuer à revaloriser un genre qu’on a trop tendance à mépriser. Je n’éprouvais nulle honte à être un auteur de romans policiers. Je suis moins fier de me retrouver… polardeux ».

 

Ce portrait a été réalisé d’après une correspondance personnelle avec Fred Kassak et a été publié dans la revue Encrage N°20 en 1988.

 

Romans

Tonnerre à Tana (L'Arabesque, coll. "Espionnage" no 46, 1957)

L'Amour en coulisse, sous le pseudonyme de Jean Céric (L'Arabesque, coll. "Parme" no 13, 1957)

Plus amer que la mort... (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 4, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Punch 2e série N°7 - 1976)

Estocade à Stockholm (L'Arabesque, coll. "Espionnage no 56, 1957)

Savant à livrer le..., sous le pseudonyme de Pierre Civry (Editions du Gerfault, coll. "Chit !" no 3, 1957)

Nocturne pour assassin (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 8, 1957 ; réédition Presses de la Cité, collection Suspense N°8 – 1972 ; Prix mystère de la Critique 1972 ; Réédition Presses de la Cité collection Punch 2e série N°36 – 1976)

On n'enterre pas le dimanche (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 16, 1958 ; Grand Prix de littérature policière ; Réédition Presses de la Cité collection Mystère 3e série N°183 – 1972- ; Presses de la Cité collection Punch 2e série N°16 - 1976)

Carambolages (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 25, 1959 ; réédition Presses de la Cité collection Un mystère N°640  - 1962 ; Presses de la Cité collection Presses-Pocket N°758 - 1970)

Crêpe Suzette (L'Arabesque, coll. "Crime parfait ?" no 33, 1959)

Une chaumière et un meurtre (Presses de la Cité, coll. "Un mystère" no 570, 1961)

Bonne vie et meurtres, novélisation de la pièce radiophonique Vocalises (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 18, 1969)

Voulez-vous tuer avec moi ?, d'après la pièce radiophonique Le Métier dans le sang (Presses de la Cité, coll. "Mystère" no 119, 1971)

Ces romans ont été réédités pour la plupart dans la collection Le Masque Jaune et dans l’Intégrale en deux volumes.

 

Recueils de nouvelles :

Qui a peur d'Ed Garpo ?, nouvelles (Le Masque no 2241, 1995)

On ne tue pas pour s'amuser !, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2005)

Assassins et noirs desseins, dramatiques et nouvelles (Cheminements, coll. "Chemin noir", 2006)

Les fins mots de l’histoire, recueil de pensées, de curiosités diverses. Philosophie, religion, Histoire, théâtre, beaux arts, médecine, sciences humaines, musicologie, art culinaire … pour s’instruire en s’amusant (Le Léopard Masqué - 2008).

 

Romans portés à l’écran :

On n’enterre pas le dimanche, réalisé par Michel Drach n 1959. A reçu la même année le Prix Louis Deluc.

Carambolages, réalisé par Marcel Blüwal en 1962. Avec Louis de Funès, Kean-Claude Brialy, Michel Serrault.

Une chaumière et un meurtre réalisé par Pierre Chenal sous le titre L’assassin connait la musique. Avec Paul Meurisse, Maria Schell, Jacques Dufilho.

Bonne vie et meurtres réalisé par Michel Audiard en 1970 sous le titre Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas… mais elle cause ! avec Berbard Blier, Mireille Darc, Annie Girardot, Sim.

Voulez-vous tuer avec moi ? a inspiré le film de Michel Audiard tourné en 1972 Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard. Avec Jane Birkin, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Jean Carmet.

Sans oublier les romans adaptés pour la télévision, à la radio (dans la série Mystères de Pierre Billard), les dramatiques écrites pour Les Maîtres du mystère de Pierre Billard, les dramatiques écrites pour la série Les Tréteaux de la nuit de Patrice Galbeau et les épisodes de la Série télévisée Les Cinq dernières minutes (12)

 

Vous pouvez retrouver la présentation de On n'enterre pas le dimanche sur Action-Supense

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Published by Oncle Paul - dans Entretiens-Portraits
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commentaires

Patrick 27/03/2016 09:40

Bonjour Paul
Hier au soir , j"ai regardé le film Carambolages , que dire ... quand même,j'espère que le roman est meilleur ...Une comédie loufoque que même les grands acteurs n'ont pas sauvée...
Je chercherai le bouquin pour comparer ...
Bon week - end de Pâques ....Amitiés .

Oncle Paul 27/03/2016 16:23

Bonjour Patrick
Je ne suis ni cinéphile, ni téléphile et pour le peu que j'ai vu au cinéma d'adaptations de romans, j'ai toujours préféré les romans... Mais bien évidemment ce n'est que mon opinion.
Amitiés et bonnes lectures

Patrick 07/06/2014 19:31

Bonsoir
je viens de terminer " On n'enterre pas le dimanche " Vraiment très bon et une fin formidable...
Bon week-end
Amitiés...

Oncle Paul 08/06/2014 14:43



Tout Kassak est bon, je dirais même plus très bon, surtout pour ceux qui aime l'humour à la Audiard.


Amitiés



Serge 31 23/12/2012 01:15

Bonjour Paul.
"Nocturne pour un assassin" est un des livres fondateurs de ma passion pour le polar. En plus d'un excellent roman, c'est une prouesse littéraire (qui rejoint un peu ce que Pérec a fait avec "La
disparition"...). Ce serait un beau cadeau de noël que de nouvelles générations de lecteurs découvrent Kassak...
Amitiés et bonnes fêtes.

Oncle Paul 23/12/2012 08:12



Bonjour Serge


On ne louera jamais assez ceux qui se creusent les méninges pour raconter de telles histoires, mettre en constante évolution leur imagination au service du lecteur, et qui ne se contentent pas de
narrer une millième histoire de guerre des gangs sur fond de drogue avec comme personnages principaux des flics pourris.


Amitiés et bonnes fêtes également sans oublier de belles et bonnes lectures



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