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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 15:49

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Imaginez ! Vous êtes confortablement installé sur un fauteuil de jardin, ou dans un transatlantique, les doigts de pieds en éventail, une bouteille fraîche de sauvignon à portée de main, les effluves de grillades de petits loups se donnant rendez-vous à l’entrée de vos narines, sous l’œil intéressé d’un gabian borgne. Il n’était pas prévu qu’une espèce d’escalope rejoigne le plat de grillades, lâchée par l’un des goélands effrontés qui survole la propriété de Jean-Baptiste.
Pourtant ils étaient bien tous ensemble, Gégé, ancien contrôleur des impôts, Arthur son fils médecin généraliste, Capucine, sa belle-fille, et leurs triplettes Aglaé, Chloé et Zoé, âgées de quelques semaines, l’estomac en perpétuelle attente du lait nourricier prodigué par un régiment de biberons, à laver, stériliser, remplir, vider et ainsi de suite. Plus Jean-Baptiste, professeur dégagé en touche par l’Education Nationale parce qu’il a giflé un élève qui le méritait. Une action répréhensible filmée par quelques condisciples du maltraité qui avait poussé à bout l’enseignant devenu irascible. Après un regard rapide et dégoûté sur l’escalope, il est constaté que celle-ci n’est autre qu’une oreille, munie d’une sorte de boucle d’oreille composée d’anneaux, un bijou particulier fabriqué aux Etats-Unis, près de Boston.
C’est toujours lors d’un moment critique que le téléphone sonne. Un appel de Jessica qui demande si Arthur ne pourrait pas s’occuper de son chien Vodka atteint d’une infection indéterminée. Même si Jessica est la photographe du collectif Oiseaux en péril et qu’elle doit réaliser un reportage sur les flamands roses. Les volatiles, s’entend. Il a autre chose à faire Arthur que de se muer en vétérinaire car l’appendice auditif pourrait bien être celui de Denis, lequel appartient à ce collectif destiné à protéger la population ailée du Grau. Renseignements pris auprès d’Annabelle l’amie de Denis, elle n’a pas de nouvelles de l’ornithologue amateur depuis quelques temps. Annabelle dirige une galerie de peinture et s’intéresse à Van Gogh. La situation devient critique, d’autant que Jessica arrive flanquée de Vodka qui est vraiment mal en point, suivie de peu par deux gendarmes, reproduction de Dupont et Dupond mâtinés de Laurel et Hardy. Et ce que les pandores annoncent jettent un froid dans la petite assemblée. Denis a été retrouvé sur la plage, dans le coma, la tête ayant rencontré, par inadvertance ou non, un objet contondant. C’est le moment choisi par Vodka pour régurgiter une enveloppe mâchouillée et baveuse contenant un magma, une bouille informe et rougeâtre dans laquelle est délicatement lovée une boucle d’oreille identique à celle déjà signalée.
Le méli-mélo dramatique est enclenché avec au programme des meurtres, des tentatives de meurtres, des accidents, des dissimulations fortuites ou savamment orchestrées, des messages anonymes, des corps dans des containers, et une guéguerre entre deux factions, l’une se réclamant de la préservation animale des espèces même si elles sont invasives comme les gabians, l’autre désirant la stérilisation des goélands pollueurs. Des gamins déclarent soutenir le professeur déchu, des photographies maltraitées, poinçonnées, sont découvertes sous un lit, une cassette est retrouvée au pied d’un hortensia engraissé au marc de café, un livre baladeur sur Van Gogh ainsi qu’un ordinateur portable apparaissent puis disparaissent, un carnage de goélands est perpétré à l’étang du Médard, un certain Jibéji s’invite dans cette danse, non pas des canards mais des gabians.
Humour noir au sommaire de cette histoire qui se déroule près du Grau du Roi, en Camargue, et qui met en scène des personnages hauts en couleurs, au bagout de perroquets railleurs, au ramage volubile mais au plumage inintéressant, nous invite à regarder d’œil vif et amusé les gesticulations de personnages confrontés à deux idéologies animalières. Une tragicomédie qui accumule événements burlesques, saugrenus, sentiments divers, vengeances et repentirs, regrets et souvenirs sans fleurs ni couronnes. Une autre façon de découvrir la région sans passer par la case guide touristique. Un regard tendre, porté sur les petites dérives de la société par le petit bout de la lorgnette afin d’avoir une vue d’ensemble.
Françoise LAURENT : Dans l’œil du gabian. Collection Forcément noir. Editions Krakoen. 288 pages. 11€.

A lire également : L'hiver continue au fond du magasin.

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commentaires

Pierre FAVEROLLE 02/02/2012 21:10

Salut Paul, Noté aussi ! Amitiés

Oncle Paul 03/02/2012 15:58



Il est tout chaud celui-là, ne le laisse pas refroidir



La petite souris 01/02/2012 17:04

ah en voilà un que je vais lire bientôt également !!!^^

Oncle Paul 02/02/2012 16:02



Et je te souhaite de passer comme moi un bon moment !



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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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