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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 13:15

L’effet papillon ou comment un banal vol de scooter dégénère et amène desbelle-perdue.jpg pompiers à découvrir un corps à moitié putréfié dans le coffre d’une voiture. Deux adolescents qui chipent un scooter sont poursuivis par des policiers. L’accident est inévitable et les deux gamins décèdent dans la chute de leur engin. Issus d’un quartier défavorisé de Strasbourg, ils deviennent des icones de la cité du Neuhof, une marche silencieuse est immédiatement organisée, et le soir les dégradations commencent et des voitures sont incendiées. Des immeubles délabrés sont également incendiés dans le quartier de la Croix-Fleurie pourtant situé à trois kilomètres du cœur de l’échauffourée. Les pompiers arrivés rapidement sur place découvrent dans les sous-sols, au milieu de carcasses abandonnées, le corps d’un homme dans le coffre d’une voiture et dont la mort n’est pas la conséquence de l’incendie.
Le commandant Gaspard Cloux, dont le lecteur a pu faire la connaissance dans Morts thématiques, a préféré demander sa mutation de Paris à Strasbourg, sa ville d’origine. Son supérieur, le commissaire Bersateguy, et ses collègues n’ont pas vu d’un bon œil cette arrivée précédée d’une auréole suite à la résolution en fanfare de son enquête parisienne. Pourquoi partir de Paris, et de la prestigieuse police criminelle de la capitale pour venir s’enterrer en province ? Seule la jolie métisse Alizée, qui est aussi un peu la risée de la compagnie, l’a accepté sans arrière-pensée de jalousie. Gaspard Cloux est donc en charge de l’affaire, et Bersateguy lui enjoint de prendre pour équipiers Alizée et Kowalske, un policier chevronné. Plus tard un autre lieutenant lui est adjoint, Stüdinger, un jeunot. Mais avec la consigne stricte de ne pas jouer les redresseurs de tort genre Lucky Luke et surtout ne pas interférer dans la vie politique.
L’homme est identifié car il était fiché à cause d’une affaire de drogue, mais apparemment depuis il s’était racheté une conduite, selon sa femme déboussolée. Elle avait signalée sa disparition à son commissariat de quartier, car tout en étant un habitué des fugues conjugales, il était toujours revenu au foyer au bout de quelques jours. L’homme, Chris Fargette, était un pianiste de bar, et les bonnes fortunes ne manquaient pas. Un second cadavre est découvert, celui d’une jeune femme dont les articulations ont été broyées. Elle avait connu son heure de gloire sous le nom de Kim Darling, en étant la vedette de films pornos, mais depuis un certain temps son aura avait pali, ne tournant plus que dans de petits films réalisés à la va vite. Or, depuis six mois, Chris et Kim Darling vivaient une liaison amoureuse. Et ces deux morts semblaient plus ou moins liés, tant pis pour les conseils et mises en garde de Bersateguy, avec Walberg, un conseiller municipal dont la carrière politique devrait, si l’on en croit les médias, trouver un aboutissement avec un fauteuil de député et peut-être plus.
La cause du retour de Gaspard Cloux à Strasbourg réside en son amour pour sa fille Estelle qui reste son seul lien familial depuis que sa femme Clara est décédée cinq ans auparavant dans un accident de la circulation, accident dont il se sent responsable. Estelle a été en partie élevée par ses beaux-parents, mais Gaspard Cloux a décidé de prendre en charge sa fille, d’être le plus souvent auprès d’elle. Seulement son travail même à Strasbourg lui prend énormément de temps et souvent il requiert les services de la gardienne de son immeuble pour le suppléer. Estelle tombe malade au moment où justement lui échoit cette enquête délicate et grâce à sa concierge il recrute une garde d’enfant. Quelle n’est pas sa surprise de voir se présenter pour ce poste une ancienne condisciple qu’il a fréquentée durant quatre ans jusqu’à la fin de leurs études. Florence, la belle Florence, qui était partie aux Etats-Unis. Entre les deux étudiants une réelle complicité existait, qui aurait pu aller plus loin si lui avait osé, si elle l’avait encouragé.
Rien qu’une belle perdue est une histoire policière intimiste, à double détente. Une enquête, que l’on pourrait qualifier de banale, toutes proportions gardées, dont les prolongements politiques comme souvent sont plus prégnants qu’il y parait de prime abord, quoique l’incendie des immeubles délabrés du quartier de la Croix-Fleurie semble opportune, une enquête donc qui nous ramène aux fondements mêmes du roman noir, tel qu’il a été exploité par des maîtres comme Dashiell Hammett et Raymond Chandler. Mais le côté intime de la vie Gaspard Cloux dont le portrait de sa femme décédée est placé en évidence, un père qui doit apprivoiser sa fille Estelle, les retrouvailles avec un ancien amour non avoué de jeunesse, composent la chair du roman, tandis que l’enquête policière en forme le squelette. Et la chair et les os sont bien évidement indissociables. Un troisième opus d’Eric Fouassier aux éditions Pascal Galodé, le deuxième possédant pour personnage central Gaspard Cloux, mais à chaque fois un univers et une sensibilité différents.
Paul Maugendre.
Citations :
Pas vraiment attiré par la lecture, j’ai tenté, dans les premiers temps, de me distraire pas écran interposé, mais j’ai fini par renoncer. J’avais l’impression de m’abrutir à force de regarder des émissions de télé-réalité plus affligeantes les unes que les autres et des séries américaines où l’on cherche à vous persuader qu’une enquête policière se résout uniquement à grands renforts d’expertises, comme un problème scientifique.
Sa blondeur et ses traits juvéniles contribuaient à donner l’illusion qu’on aurait pu lui tirer du lait rien qu’en lui pressant le nez. Seule sa propension à être affligé en permanence d’un méchant rhume empêchait de vérifier le bien-fondé de cette première impression.
Ma chère mère disait qu’une bague au doigt est une baguette de fée qui fonctionne à rebours. Vous vous endormez le soir dans les bras du prince charmant et vous vous réveillez au côté d’un vilain crapaud.

Eric FOUASSIER : Rien qu’une belle perdue. Pascal Galodé éditeurs. 369 pages. 20€.

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commentaires

Paco 24/02/2012 18:37

C'est la petite tige qui est au milieu de la détente. Tant qu'elle est pas enfoncée, la détente ne peut pas poursuivre son chemin. Donc il faut avoir le doigt sur la détente pour pouvoir la
presser.

Donc pas un cran de sécurité à ôter

Oncle Paul 25/02/2012 17:57



Ok, merci pour ces précisions


A bientôt



Pascal 24/02/2012 15:18

Seule petite incohérence - vraisemblablement -, ce passage: "paré à toute éventualité, le cran de sécurité de mon Glock enlevé, je sortis sous l'auvent."

À ma connaissance, le Glock 17 n'est pas équipé d'un cran de sécurité. De plus, je crois que cette arme n'est utilisée que par le GIGN et le RAID, et quelques unités des FS militaires.

C'est l'arme qui me suit tous les jours dans mon travail, donc je suis assez sûr pour le cran de sécurité ;-)

Je suis assez chiant je sais... Je sais...

À+. Paco

Oncle Paul 24/02/2012 17:33



Ce genre de ^petite incohérence n'avait pas attiré mon attention car je suis complètement ignare en ce qui concerne les armes à feu. Mais ma curiosité ayant été titillée je suis allé voir sur
Internet et voici ce que j'ai relevé concernant le Glock:


Les pistolets Glock se distinguent par des chargeurs de grande capacité et un système de sécurité original. La queue de détente est équipée d'un petit levier qui doit être pressé pour
permettre le tir. D'éventuels chocs ne risquent pas de déclencher le tir tant que ce levier n'est pas pressé alors que la mise en œuvre de l'arme est particulièrement rapide puisqu'il suffit
d'appuyer sur la queue de détente pour tirer. Cette caractéristique est particulièrement prisée des experts légaux, puisque le tir accidentel est théoriquement impossible.


Alors quelle différence entre cran de sécurité et queue de détente ? Et ce n'est pas être chiant lorsque l'on relève une erreur mais cela arrive souvent lorsque notre métier nous permet de
justement les relever, c'est à dire un lecteur sur 1000 ?


A bientôt



Pascal 24/02/2012 14:18

Cette lecture m'a donné froid dans dos. Pourquoi? Car ça fait mal de voir ce flic se faire tromper de la sorte... Sacrément bluffant ce dénouement! Et l'ambiance est sublime, toujours cette pluie,
cet atmosphère maussade sur un fond de blues.

Cette enquête presque en solo, narrée comme si nous suivions un de ces détectives des années 70-80, tel que Mike Hammer à New-York...

J'ai aimé cette noirceur qui nous accompagne jusqu'à la dernière page!

Cordialement. Paco

Oncle Paul 24/02/2012 14:37



Bonjour Pascal


Le secret d'Eric Fouassier est camper des personnages et un décor, une mabiance en adéquation. C'était le troisème roman de l'auteur, depuis il a publié toujours chez Pascal Galodé, Bayard et le
crime d'Amboise, un roman historique et à chaque fois il nous bluffe, ne racontant jamais la même histoire, changeant de décors d'époque, de style.


Un auteur à suivre


Amitiés



Alex-Mot-à-Mots 30/01/2012 16:03

C'est une maison d'édition que j'aime beaucoup, et qui a toujours la gentillesse de m'envoyer leur roman quand je demande (mais je demande peu, il est vrai...)

Oncle Paul 30/01/2012 17:16



Je connais Pascal Galodé depuis des années, du temps qu'il dirigeait les éditions Méréal. C'est quelqu'un d'enthousiaste, qui aime son métier d'éditeur et qui ne pense pas qu'à l'aspect
financier.


A bientôt



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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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