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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 12:32

Sous-titré : Sur quelques cas troublants de changements d’identité.

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Qui dans son enfance n’a jamais été tenté, ne s’est jamais maquillé , grimé, déguisé, pour son plaisir mais également pour donner le change, pour endosser la peau d’un personnage, pour se croire autre que ce que l’on était, pour casser le moule d’une monotonie et accéder aux rêves de puissance.

Ce petit jeu innocent, certains devenus adultes le perpétuent, pour échapper à la grisaille du temps ou plus pragmatiquement pour se défiler devant la loi, la justice. Cette recherche d’une identité nouvelle, à travers trois figures de proue du roman populaire, du roman policier, du roman criminel, j’ai nommé Rocambole, Arsène Lupin, Fantômas, fut l’une des préoccupations majeures afin de régler quelques vengeances, ou tous simplement échapper à leurs poursuivants, à leur destin.

Le travestissement, le grimage, mais également l’utilisation de nombreux alias, permettaient ainsi aux auteurs de ces héros protéiformes de relancer l’action, de mieux jouer avec les ficelles de leurs marionnettes, à moins qu’eux-mêmes soient devenus pantins dans les tribulations de leurs personnages. En changeant de visage, d’identité, le héros ne vieillit pas, engendrant la nostalgie de la jeunesse, façon comme une autre de défier le temps qui passe.

Rocambole, Arsène Lupin et Fantômas se sont montrés les chantres du maquillage, du déguisement, possédant chacun de leur côté leurs motivations, mais d’autres eurent également recours à ces phénomènes de substitution, Chéri-Bibi et le Bossu alias le Chevalier de Lagardère, pour ne rester que dans le domaine français.

Au nom du Bien et du Mal, ils innovèrent, et la chirurgie esthétique ne leur faisait pas peur. S’ils souffrirent, ils l’acceptèrent, ayant besoin de se refaire une virginité. Traqués, leurs successeurs ont trouvés la parade à la photographie, aux relevés génétiques, aux empreintes digitales, car si la science avance, la malice et l’ingéniosité ne sont pas en reste.

Ce changement d’identité souligne la dualité qui réside en chacun de nous, et de nos jours nombreux sont les écrivains qui usent du stratagème du pseudonyme pour attirer de nouveaux lecteurs, pour masquer le renouvellement et l’abondance de leur production, ou proposer des écrits à d’autres éditeurs lorsqu’ils sont sous contrat.

Didier Blonde s’est amusé à disséquer les œuvres de trois maîtres de la littérature populaire, à explorer les aventures de nos héros d’enfance qui perdurent dans nos mémoires, et ont encore les suffrages des réalisateurs de cinéma. Il les a poursuivis au fil des pages, au fil de leurs pérégrinations. Les joueurs d’anonymat n’auront plus aucun secret pour nous, les masques une fois tombés, ils continueront à hanter nos souvenirs.

Le roman d’aventures, le roman policier, sans ces artifices perdent de leurs charmes, mais le temps n’est pas encore arrivé où on acceptera de ressembler à tout un chacun, à se diluer dans la masse, sauf peut-être les mannequins anorexiques à la lippe boudeuse. Dans toute couvée se niche le vilain petit canard, et celui-là défiera le temps, les hommes, à la recherche de sa ou ses personnalités.

Didier BLONDE : Les Voleurs de visages. Editions Métailié. 168 pages. 12,04€.

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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