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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 08:19

Comme si vous y étiez !

 

debarquement-au-cinema.jpg


Dans quelques semaines se dérouleront les commémorations du 70ème anniversaire du Débarquement des troupes alliées sur les plages de la Manche et du Calvados. Cet épisode de la Seconde guerre mondiale, qui signifiait pour le régime nazi le début de la défaite, a été abondamment décrit dans des documentaires, des essais et des romans de fiction, certaines scènes étant plus marquantes que d'autres. Dont notamment lors du parachutage sur Sainte Mère l'Eglise, la fin de nuit passée par John Steele accroché par son parachute au debarquement-1.jpgclocher de l'église alors que les cloches sonnaient à toute volée. Cet épisode fait l'objet d'une scène mémorable dans le film Le Jour le plus long tiré d'un livre de Cornélius Ryan. Or, l'histoire du parachutiste, en réalité ils furent deux, ne tient qu'en quelques lignes dans l'ouvrage de Cornélius Ryan. Jean Quellien, professeur d'histoire à Caen et spécialiste de la Bataille de Normandie, précise même que dans son témoignage, le maire de l'époque ne fait pas mention des paras accrochés au clocher, qui d'ailleurs sont tombés de l'autre côté de la place, dans une petite rue.

Le cinéma s'empara rapidement de ces faits de guerre décrivant des péripéties remarquables mais en prenant souvent quelques libertés avec la vérité et ce ne sont pas forcément ceux qui entrent dans la catégorie Humour et Comédie, tels La 7ème compagnie ou encore La Grande Vadrouille, prétextes à gags comiques, qui firent les plus grandes entorses à l'histoire. Sous l'humour, parfois potache, se dissimule le désarroi, la désespérance, la consternation, la démoralisation, la naïveté et l'héroïsme inconscient des troupes françaises, les incohérences des états-majors et l'arrogance teintée vulgarité de l'envahisseur le tout porté à son maximum.

Mais ces films ont été précédés par des reconstitutions historiques, presque des docu-fictions qui ont plus ou moins marqué les esprits des spectateurs, qu'ils soient cinéphiles ou non. En août 1944 le cinéaste bayeusain Jean Grémillon revient sur ses terres d'origine et il réalise Le 6 juin à l'aube qui ne sera achevé qu'en 1946. Les décors sont naturels et il n'aura besoin d'aucun artifice pour montrer la désolation des ruines et du ravage des bombardements. La sortie commerciale en 1949 sera amputée de quinze minutes, la version originale de soixante-quinze minutes ayant été jugée trop longue par les distributeurs. Il n'existe plus que de rares copies préservées aux Archives françaises du film à Bois d'Arcy dans les Yvelines.

A la même époque ou presque René Clément réalise le premier vrai film, c'est à dire une fiction dont l'histoire emprunte à la réalité pour mieux la détourner. La Bataille du rail est censée se dérouler dans la région de Chalon sur Saône mais la plupart des scènes seront tournées en Bretagne dans les Côtes du Nord, aujourd'hui les Côtes d'Armor. Et ce tournage fut une véritable curiosité car, alors que la Bretagne était privée de train depuis juin 1944, des trains roulaient pour les besoins de la réalisation. Et la SNCF accepta de sacrifier une locomotive et ses wagons pour la scène du déraillement (et non du déraillage comme il est écrit dans le texte, ce mot servant à définir l'opération consistant à remettre les fils de trame d'un tissu à leur place).

D'autres films à grand spectacle et à grand budget vont marquer les esprits : Il faut sauver le soldat Ryan, Band of Brothers ou encore Les douze salopards. Plus intimistes, Un singe en hiver d'Henri Verneuil ou encore Mariage de Claude Lelouch mettent en scène des personnages pris dans la tourmente du 6 juin, puis les années passant, leurs déboires, leurs mésaventures amoureuses ou non, leurs péripéties alcooliques.

Vingt-sept films sont ainsi analysés de fond en comble, avec des témoignages, des précisions sur les tournages, des entretiens, des rectificatifs historiques. Trente trois autres sont déclinés rapidement avec un court résumé et le générique. Et ceux qui connaissent déjà ces films ainsi que les véritables cinéphiles découvriront l'envers du décor. Car pour réaliser un grand film qui marque les esprits, il faut prendre des libertés avec l'Histoire, libertés qui entretiennent parfois des confusions dans la mémoire. Et Jean Quellien, qui affirme non sans raison que Ce film [Le jour le plus long] a fabriqué une mémoire de pacotille, narre cette anecdote : un père de famille explique l'histoire du parachutiste à ses enfants. Il sait tout. En fait il raconte le film. Ses enfants raconteront la même chose demain à leurs enfants. Et c'est ainsi que se perpétuent les entorses à la vérité. Mais la fiction n'en est-elle pas plus belle, plus poignante !

Si j'ai cité le livre de Cornélius Ryan, on revient toujours à lui et au film du Jour le plus long, d'autres romans ont servi de support aux scénarii comme un Singe en Hiver, ou encore dans un domaine qui nous intéresse plus particulièrement, le roman noir, La Lune d'Omaha tiré du roman éponyme de Jean Amila, adapté en téléfilm en 1985 par Jean Marboeuf, lequel répond à quelques questions posées par Jean-Noël Levavasseur sur les conditions de tournage.

Un bel ouvrage à mettre entre toutes les mains, afin de découvrir quelques images fortes du cinéma ou de peaufiner ses connaissances cinématographiques. Le tout est richement illustré de photos extraites des films, des lieux de tournage, de portraits d'acteurs et de réalisateurs, sous une couverture cartonnée. Nul doute que cet ouvrage trouvera sa place dans votre bibliothèque afin d'être compulsé à la demande.


Collectif : Le débarquement au cinéma. Editions Ouest-France. Parution mars 2014. 96 pages. 6,90€.

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Published by Oncle Paul - dans Documents
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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