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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 13:54

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Long poème en prose, ce recueil est scindé en six parties principales passant en revue les créatures imaginées par Howard Phillips Lovecraft avec en tête de liste la plus connue et la plus immonde : Cthulhu.

La magie des mots scandés, slamés, en une déclamation répétitive et lancinante dans de longues phrases dont les virgules sont absentes la plupart du temps, juste suggérés par des soupirs. L’importance est dans la recherche des sonorités, et des mots qui sortent de l’ordinaire comme les créatures qu’ils décrivent. Des vocables qui obombrent le texte en fumées sombres, en marques obscures, en visions déformées ou déformantes, en hallucinations mystiques.

Cthulhu est ainsi décrit : Onirique titan jaune-vert indéfini cerveau d’azur noyé sous les eaux intangibles et multidimensionnelles de l’océan Pacifique dans la cité de R’lyehla morte aux moellons de sardoine et de jaspe englué de fins goémons ; emprisonné dans la mythique cité de R’lyeh aux frontons de cornaline aux innombrables tours et tourelles festonnées de dentelles d’algues polychromes…

On se laisse emporter par la magie des expressions comme sur une vague frangée d’écume, mais on plonge également dans les profondeurs ténébreuses de l’onde énigmatique.

Azathoth rouge et noir au fin fond des gouffres blancs qui sont le cœur des mondes ; au fin fond des gouffres blancs qui sont le cœur des mondes le cœur de nos songes et du royaume des ombres Azathoth rouge et noir bavote et bave obstinément au son strident et grêle de flûtes ivoirines qui furent jadis humérus ou fémur cubitus ou tibias bavoche et bave opiniâtrement au son monotone et voilé de tambours piriformes dont les peaux grisâtres et tendues furent anciennement l’enveloppe extérieure de milliards d’êtres vivants et pensants…

Penchons nous maintenant rapidement sur l’incohérent messager Nyarlathotep et ses déclamations incantatoires : je suis le vide vif-argent et l’absinthe sidérale dans quoi s’égarent en permanence vos âmes nauséeuses…

On ressort de ce recueil comme abasourdi, anesthésié, l’esprit embrumé sous l’influence d’une drogue lexicale éthylique et hallucinogène, et pourtant on ne peut que s’esbaudir à ces phrases itératives, emplies de couleurs polychromes foncées sublimées dans une déclinaison verdâtre, comme le plongeur gisant au fond de la mer regarde avec fascination tout ce qui l’entoure, objets en décrépitude, faune et flore entrelacées.

Un exercice de style habilement maîtrisé qui a dû demander à son auteur des heures et des heures d’écriture, de réécriture, d’absorption des écrits du maître afin de pouvoir enfiler les phrases les unes après les autres et transposer son univers onirique emprunté à HPL.

Comme il le signifie en début d’ouvrage :

Juste un peu de ses rêves avec des mots à moi

Juste un peu de mes rêves avec des mots à lui.


Christophe LARTAS : HPL Bloc d’éternité. Collection NOKHTHYS N°8. Editions de La Clef d’Argent. 52 pages. 7€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 30/11/2012 09:16

Pas certaine d'avoir envie de m'ennivrer avec ce livre.

Oncle Paul 30/11/2012 14:57



Ce livret est surtout destiné aux exégètes de Lovecraft.



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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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