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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 16:58

L'information dépend de l'intégrité morale du journaliste !

 

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Pour la première fois depuis sa création officielle en 1917, le prix Pulitzer va être remis à deux journalistes étrangers. Un événement digne de son centenaire. En effet en ce début de mois d'avril 2017, Pierre Moince, grand reporter à Liberté Soir et son confrère et ami Julian Strummer du Bristol Morning News, vont se voir décerner ce prestigieux prix, un hommage qui récompense un reportage divulgué en juin 2016 et qui secoua la planète entière. Moince est déjà arrivé à l'hôtel qui lui est alloué et il attend la venue de Julian Strummer. Il lui téléphone, sachant que même s'il est minuit à Bristol, son ami répondra, étant encore dans les locaux du journal.

Julian Strummer est abattu car sa liaison avec Ashlee, la secrétaire de rédaction, bat plus que de l'aile. Remontent les souvenirs de leur rencontre, puis de leur premier baiser, de leur première liaison charnelle. Ashlee est mariée, mère de famille, et il leur fallait jouer avec leur emploi du temps pour satisfaire leur libido. Leur liaison a connu des hauts et des bas, mais il semble bien qu'Ashlee a décidé de rompre définitivement. Pourtant ils s'aiment.

C'est comme ça, à cause et grâce à une femme que l'aventure commence. Julian Strummer part en 2015 en Equateur effectuer une série de reportages pour le supplément du quotidien, et dans un village il remarque dans un bar un homme qui boit seul, et marmonne. Strummer parvient à distinguer des mots, qui n'ont apparemment aucun sens mais prononcés en anglais. la fibre journalistique est chevillée au corps et à l'esprit de Strummer, et il sent que cet homme, prénommé Juan, possède un lourd passé. D'autant qu'en sortant du bar Juan expectore des trucs noirâtres. Strummer parvient au bout de quelques jours à s'attirer les bonnes grâces de Juan qui explique en partie pourquoi il est ainsi malade des bronches. Strummer recueille des bribes de confidences de Juan et en échange il lui promet de l'emmener consulter un toubib.

Juan, qui se nomme en réalité John Woodcock, est un ancien membre des Forces Spéciales britanniques. Après une adolescence mouvementée, connu des petits boulots, il s'est engagé dans les paras à vingt-trois ans. Après six ans de paras, il postule en 2007 pour entrer dans le Special Forces Support Group, une unité d'élite nouvellement créée. Bien noté, pour une fois, il intègre le SFSG et effectue quelques mission en Irak. Ces confidences s'arrêtent là, et il ne veut pas s'expliquer sur cette phrase prononcée le soir où Julian l'a vu pour la première fois : Ces négros qui sont morts pour rien. A l'hôpital de Quito, John est reçu par le docteur Joselita Cobos qui procède à de nombreux examens. Le résultat n'est guère encourageant : ses poumons recèlent des traces de trichlorophénoxyacétique (retenez ce nom, ça peut servir au Scrabble !), un produit chimique utilisé comme herbicide, déjà employé dans la composition du fameux agent Orange. Ce n'est pas tout car des traces de cobalt 60, radionucléide qui compose la plupart des déchets radioactifs sont également décelés.

John, abattu, livre alors ses confidences en entier que Strummer enregistre. En 2011 il a été accusé, en compagnie d'autres membres de cette Force Spéciale, de tortures sur des prisonniers afghans. Les autorités militaires ont étouffé l'affaire et début 2012, proposition lui a été faite de se racheter et d'effacer son dossier militaire. C'est ainsi qu'un billet d'avion lui a été fourni pour Maidiguri au Nigéria avec un faux passeport, puis réceptionné par un certain capitaine Hawkins. Avec huit autres militaires comme lui envoyés en mission spéciale, ils ont embarqué à bord de 4X4 neufs et déposés à Diffa, au Tchad, sous la houlette de Hawkins et d'un capitaine français nommé Chauveau. Leur but était de liquider un groupe d'Al Qaïda, femmes et enfants y compris, et afin de ne pas laisser de traces, de les gazer avec un produit ultra-puissant. C'est ainsi qu'ils se sont retrouvés sur place, tout de noir vêtus, et ont procédé à cette mission. Lors de la vérification, une femme a arraché le masque de John et il a ingéré une bouffée de ce gaz. D'autres militaires sont arrivés et ont abattu le commando, sous les yeux de Hawkins et Chauveau. John qui s'était caché a survécu; et il a déserté. Après de longues pérégrinations il est arrivé dans un petit bourg en Equateur où il s'est recyclé en éleveur de chèvres.

Pour Strummer, c'est une véritable bombe que vient de lui confier John. Aussitôt il avertit son ami français Pierre Moince et tous deux vont enquêter, aussi bien en France qu'en Grande-Bretagne sur les tenants et aboutissants de cette affaire terrible, chacun de son côté, confrontant leurs notes, leurs résultats.

 

Trois niveaux de lecture sont proposés par ce roman qui aborde plusieurs sujets sensibles tout en gardant une ligne de conduite rectiligne, celle d'un reportage comme savent le faire certains journalistes.

Outre l'hypocrisie de la Grande Muette (aussi bien française que britannique mais qui est une règle dans tous les pays) qui se traduit par l'ordre donné de faire parler les prisonniers par tous les moyens que l'on jugerait appropriés, une injonction qui ne dit pas le mot torture mais le sous-entend tout en laissant les hauts-gradés se laver les mains en se défaussant sur des guerriers qui ont mal interprété leurs directives, l'auteur pointe du doigt quelques dérives.

Le premier niveau de lecture est cette collusion Franco-britannique lors des différentes étapes de la colonisation de l'Afrique Noire, en se partageant les territoires, les découpant à leur bonne volonté, faisant fi des différentes ethnies, brassant les populations, et l'on se rend compte de nos jours des dégâts que cela occasionne encore. Dans ce roman il s'agit de nomades Peuls. Nous, les Peuls, sommes de nationalités différentes, parce qu'il faut bien avoir des papiers. Mais en fait, nous ne sommes rien pour personne. Les papiers n'existent que pour mieux nous contrôler. Mais si on veut faire valoir des droits, tout le monde se rejette et se renvoie la balle.

Le deuxième réside dans cette collusion entre services militaires et laboratoires phytosanitaires. Avec à la clé la finance qui est la maîtresse du monde. Et Bruno Jacquin nous délivre un passage savoureux qui se déroule au Lichtenstein, qui n'est plus considéré théoriquement comme un paradis fiscal, mais continue de servir de boîtes aux lettres pour des sociétés écrans en détournant habilement la convention. Mais il s'agit également de dénoncer l'ultralibéralisme britannique qui oblige, par exemple, une femme de soixante et onze ans de travailler encore, parce que sa retraite est trop mince pour vivre dignement et qu'elle n'a pas les moyens de se soigner.

Enfin troisième niveau ou volet, le rôle d'un journaliste intègre, non assujetti ou inféodé à un pouvoir politique, à une ligne directrice d'un quotidien. Or la plupart du temps, lorsqu'un ténor politique s'exprime, le lendemain, l'on sait d'avance quels seront les analyses ou avis des journalistes selon la position politique du journal dans lequel ils travaillent. Pour les uns, ce sera une excellente déclaration, pour les autres un écran de fumée supplémentaire. Les uns seront élogieux, les autres vindicatifs.

Et pour enrober le tout, une histoire d'amour ambigüe et contrariée. Cherchez la femme, phrase attribué à Alexandre Dumas dans son roman Les Mohicans de Paris, était un leitmotiv des romans policiers de l'âge d'or. Ici point besoin de la chercher, puisqu'elle est omniprésente et le déclencheur de cette intrigue qui damne le pion à bien des romans noirs américains. Point n'est besoin d'aller chercher Outre-Atlantique des ouvrages sérieux et parfois ils se nichent chez des petits éditeurs (formulation qui n'est pas péjorative de ma part mais désigne des éditeurs qui ne possèdent guère de moyens), quoi que puissent en penser les chroniqueurs qui déclarent ne lire que du roman noir, et peu de production française.


A lire également l'avis de Claude Le Nocher sur Action-Suspense.


Bruno JACQUIN : Le jardin des Puissants. Collection Sang d'encre. Editions Les 2 encres. 264 pages. 19,00€.

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commentaires

blʌdʒən 18/12/2013 20:08

Bonjour, c'est pas tous les fêtes. Ca s'arrose ! Je mets un post-it et j'étudie le dossier dès que possible. Merci du tuyau. blʌd

Oncle Paul 19/12/2013 11:29



Bonjour blʌdʒən!


Du moment que je peux lire, c'est tous les jours fête ! Mais c'est un roman très agréable qui augure bien de l'avenir de l'auteur.


Amicalement



Jacques 18/12/2013 09:43

Merci, Paul ! Voici un roman "politique" qui semble fort intéressant. Tu m'as donné envie de le lire, peut-être aussi de le chroniquer... si j'ai le courage !

Oncle Paul 18/12/2013 16:51



Bonjour Jacques


Un excellent premier roman. En espérant que l'auteur poursuive dans cette voie !


Amicalemenrt



Alex-Mot-à-Mots 17/12/2013 10:32

A lire avant 2017, alors....

Oncle Paul 17/12/2013 17:56



De préférence Alex et comparer après...



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