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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 12:47

Oh mon bateau o o o …

 

eloge-phobie.jpg


Qu’il est beau sur les flots et quelle belle croisière en perspective. Surtout quand on a gagné le billet d’embarquement en participant à un concours. C’est ce que pense Jeanne, qui a quitté Nice pour les fjords norvégiens. Seul problème, Jeanne souffre d’obsessions phobiques.

Par exemple elle a peur de tomber à l’eau, de sombrer dans les eaux glaciales arctiques, de côtoyer également les autres passagers, bref une vie de solitaire, elle qui s’est mariée quatre fois, et quatre fois veuve. Thomas, un jeune célibataire, est atteint lui aussi de phobie : il ne peut se regarder dans les miroirs. Il est affilié à un site de recherches sur le web et correspond avec Mathias ou Charlène, qu’il n’a jamais vus. Site particulier puisqu’il s’agit de retrouver des personnages célèbres soi-disant morts mais qui se seraient fondus dans la nature.

Ainsi il est persuadé retrouver en Jeanne, une Marilyn vieillie certes, mais Marilyn quand même. Il ne lui dévoile pas tout de suite sa conviction intime et visuelle, mais parvient à sympathiser avec la vieille dame, ce qui n’est pas une mince affaire. Bientôt le duo grossit et devient petit groupe. Raymond et sa femme Suzanne, qui a peur des araignées, Joost et Rosa, les Néerlandais, lui signant des romans policiers à succès sous le nom de Scott Vernon, ou encore Sandra la jeune, pétulante et fofolle actrice mariée à l’octogénaire Lewis, producteur de cinéma. Lequel producteur est atteint de crise cardiaque lorsqu’il aperçoit Jeanne allongée dans un transat. Pour Thomas, cela ne fait aucun doute : Lewis a reconnu lui aussi Marilyn.

Un couple, qu’ils surnomment les Jumeaux, les intrigue fortement : l’homme et la femme passent leur temps à photographier, tout et n’importe quoi. Cerise sur le gâteau, un homme semble les épier, réplique en plus épais du docteur Hill qui soigne Jeanne et Thomas dans une clinique de Nice. Coïncidence ou manipulation. Un petit bonhomme vêtu d’une veste à carreaux, surnommé dans le temps Le Magicien, célèbre pour ses interventions chirurgicales esthétiques, passe par dessus bord et se noie. La croisière vogue sous de mauvais auspices ou hospices, comme on voudra.

 

Un navire effectuant une croisière voilà le lieu idéal, et la situation idoine du lieu clos, pour mettre en scène une série de meurtres ou d’accidents avec des personnages atypiques, telle est la trame choisie par Brigitte Aubert pour explorer le thème de la phobie. Phobie dont semblent atteints les passagers, une dizaine sélectionnés parmi les quelques quatre cent cinquante qui voyagent, qui se retrouvent manipulés comme des marionnettes sous la férule de l’auteur. Au départ on marche dans la combine de l’auteur, ensuite on pense être plongé dans une grosse farce, surtout lorsque l’histoire se dégrossit, que les meurtres s’accumulent, que les coïncidences abondent, jusqu’à la chute qui devient un vrai délire. Sauf qu’il s’agit d’une fausse chute et qu’un épilogue revient tout mettre à plat.

On se dit alors… Bon, je ne veux pas aller plus loin sous peine de par trop déflorer le sujet et surtout le dénouement qui s’avère plutôt machiavélique.

Brigitte Aubert joue sur le registre du roman à effets multiples, comme si elle s’ingéniait à déjouer les genres, à les bafouer et pourtant elle écrit un roman, une fois de plus complètement différent de sa production précédente, contrairement aux auteurs qui trouvant un filon, l’exploite de plusieurs manières et à fond.

Elle y assène quelques petites phrases assassines que je vous livre en vrac : La science n’est exacte que lorsqu’elle doute ou encore Les seuls êtres malfaisants que je connaissance sont les humains et il en existe bien d’autres. Enfin pour terminer j’ajouterai que le roman est une construction à deux voix, jubilatoire, le mot est à la mode mais non point usurpé.

Voir du même auteur :  Les quatre fils du docteur March et  La mort des bois.


Brigitte AUBERT : Eloge de la phobie. Editions Points. Collection Point Policiers. 320 pages. 6,50€.

 

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Published by Oncle Paul - dans La Malle aux souvenirs
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