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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 15:52

bastards


Le vertige de la page blanche est un phénomène bien connu des écrivains, et lorsqu'ils y sont confrontés, ils tombent dans le gouffre du manque d'inspiration. Le succès est peut-être arrivé trop vite, à moins qu'il soit atteint du syndrome du Prix Pulitzer, qu'il a obtenu avec mention très bien mais Alexander Byrd n'arrive plus à aligner plus de deux ou trois chapitres.

Natif du comté de Missoula dans le Montana, véritable vivier d'artistes en tout genre et de prosateurs mondialement connus, Alexander Byrd, Xander, a préféré poursuivre ses études, sans s'essouffler, à l'université de Columbia située dans la Grosse Pomme. Il aurait pu, par exemple devenir journaliste, il a même suivi un stage dans un journal. Non, il préfère recueillir des impressions et les consigner sous forme d'articles qui lui serviront pour ses romans. Et depuis qu'il est lauréat du fameux Prix Pulitzer, il continue d'emmagasiner sur son ordinateur des débuts de chapitre, mais cela ne veut pas se mettre en forme.

bastards1.jpgIl a rendez-vous dans Central Park avec Colum McCann, car il a décidé de s'inscrire au cours d'écriture créative. Mais le romancier qui connait les possibilités de Xander le dissuade d'y participer. Au contraire, il lui conseille plutôt de rechercher sur le terrain l'inspiration, l'idée majeure. Il lui suggère de s'intéresser à un fait-divers auquel des gamins ont assisté comme spectateurs impuissants et qui suscite de nombreuses réactions. Une vieille dame attaquée dans un quartier délabré de New-York, s'est débarrassée de ses agresseurs à l'aide de ses bras, ses jambes, d'un outil de jardin et d'un chat qu'elle promène dans un cabas.

Maria, qui travaille dans le service relations publiques de la police de New-York, et Xander sont amis depuis près de vingt ans. Ils se sont connus à l'université de Columbia, mais ont eu un parcours différent tout en étant similaire. Ils sont veufs tous les deux, ayant perdus leurs conjoints peu après leur mariage. Depuis leurs relations sont en pointillés, mais leur amitié n'est pas entamée. Xander lui demande donc de lui fournir tout renseignement susceptible de le mettre sur la piste de celle qui a été surnommée Cat-Oldie. Maria ne tarde pas à le mettre en contact avec Kyle Kentrick, fils du célèbre juge du même nom, assistant du procureur fédéral, lequel lui présente Laurence McNair, agent spécial masculin du FBI, qui vit chez lui. Les deux hommes possèdent de maigres informations sur Cat-Oldie, même si personne n'a jamais essayé de relier certaines affaires auxquelles elle a été mêlée. Ils savent qu'elle pratique les sports de combat, qu'elle entre soixante et quatre-vingt-dix ans et qu'elle se promène avec un maine coon.

Muni de ces quelques renseignements, et avec l'aval des deuxHarryHoudini1899.jpg hommes, Xander arpente les rues de New-York, avec sur les épaules ou dans la capuche de son blouson un stray cat pur race cent pour cent gouttière. C'est ainsi que dans le cimetière où est inhumé le magicien prestidigitateur et spécialiste de l'évasion Harry Houdini, décédé en 1926, il remarque une vieille femme qui porte un cabas avec un chat à l'intérieur et décide de la suivre. Elle emprunte un bus et il effectue le parcours à l'aide de rollers qu'il garde toujours à portée de mains dans un sac à dos. Jusqu'au moment où dans une ruelle mal famée il est agressé lui-même par quelques voyous. Téméraires, les jeunes gens, qui ignorent que Folksy, c'est le nom du matou, n'aime pas être dérangé et surtout qu'un individu quelconque puisse molester son maître. Un coup de griffe au passage, aidé par Xander qui lui non plus n'a pas les mains dans ses poches, et la venue impromptue de la vieille dame mettent rapidement fin au combat. Cat-Oldie l'emmène chez elle, à travers un dédale de rues, puis elle lui avoue qu'elle s'était rendue compte qu'il était sur ses traces. Elle lui raconte une partie de sa vie, du moins ce qu'elle veut bien en dire, peut-être en affabulant puisqu'elle prétend avoir connu Houdini, et enfin elle se présente : Bond, Janet Bond.

ian_fleming_page_pic_resize.jpgCeci ne vous rappelle rien ? Eh oui, elle a aussi connu Ian Fleming, et d'ailleurs c'est sa façon de se présenter qui aurait inspiré le romancier qui avait aussi calqué son personnage sur celui d'un ami. Mais ce n'est pas tout, elle parle aussi de son ami Steinbeck et de quelques autres artistes qu'elle aurait bien connu. Alors mensonge ? Probablement, car dans ce cas il faudrait évaluer son âge à cent ans, voire plus. Racontars, affabulations ? Probablement aussi, il faut se méfier des vieilles dames, même si elles ne sont pas indignes. Xander en parle à ses nouveaux amis, mais un événement va perturber cette recherche. Maria est victime d'un accident de voiture. Accident, vraiment ? Et madame Janet Bond qui communique avec lui par messages électroniques. Vraiment bizarre...

Personnages d'écrivains vivants et morts se côtoient par bastard4le biais des connaissances et celui des souvenirs. Alexander va rencontrer outre Calum McCann, des romanciers comme Norman Spinrad ou Jérôme Charyn tandis que Janet Bond en réfère à Steinbeck et Ian Fleming. Et au détour des pages Ayerdhal ne manque pas d'évoquer Roland C. Wagner qui venait de disparaître tragiquement.

Les passages mettant en scène les chats, Szif de madame Janet et Folksy d'Alexander sont particulièrement savoureux, mais l'on sait que les chats et les écrivains ont toujours fait bon ménage, sauf peut-être depuis l'apparition des claviers d'ordinateurs.

 

L'attention d'Alexander est train de s'effriter. Toute proportion gardée, s'il adore déduire le cheminement qui mène à un raisonnement, il supporte mal qu'on lui détaille l'histoire de l'univers depuis le big-bang pour lui raconter une anecdote datant de la veille.

Au risque de décevoir l'auteur et l'éditeur, je réagis de la même façon. Et cette histoire, par trop délayée, entrelardée de graisse, même si c'est de la bonne graisse, du bon cholestérol comme affirmeraient les médecins qui désirent protéger votre santé, m'a parfois occasionné quelques moments de somnolence. C'est dommage ! Je préfère nettement les bons vieux romans des années cinquante à quatre-vingt durant lesquelles l'éditeur et l'auteur, à de rares exceptions près, privilégiaient les ouvrages ne dépassant pas deux-cent-cinquante pages. Le style était rapide, l'action présente à tout moment et les textes n'étaient pas englués dans des descriptions ou des digressions trop littéraires. Et le lecteur pouvait à loisir s'empiffrer de bouquins ce qui évidemment avait une grande répercussion sur les ventes.


AYERDHAL : Bastards. Editions Au Diable Vauvert. Parution le 20 février 2014. 528 pages. 20,00€.

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commentaires

Lystig 15/04/2014 21:25

je me suis un peu emmêlée les pinceaux avec la filiation

Oncle Paul 16/04/2014 16:38



Mais cela arrive souvent dans la vie réelle, syrtout dans les petits villages où tout le monde est plus ou moins cousin



Pierre FAVEROLLE 15/04/2014 21:10

Salut Paul, hasard de nos lectures, je l'ai fini la semaine dernière et mon billet est prêt. J'ai été emballé par l'histoire dont les messages portent fort. Et je suis d'accord avec toi que dans la
deuxième partie, l'auteur aurait pu faire plus court, bien plus court. Amitiés

Oncle Paul 16/04/2014 16:37



Bonjour Pierre


Alors encore une fois, nous sommes d'accord. Et j'attends ton billet avec impatience !


Amitiés



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