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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 07:03

En matière de crime comme de cuisine, les seuls vrais chefs-d'œuvre sont exécutés à domicile.

 

breviaire.jpg


Dans son avant-propos, Ange Bastiani tient à mettre les points sur les I et déclarer ne pas vouloir donner des recettes pour effacer son prochain :

... Que nul ne s'y trompe, sous couvert de prendre langue avec de virtuels assassins, c'est aux éventuelles victimes que nous avons songé, avec une pieuse sollicitude.

Plus d'une sera épargnée pour avoir appris par nos soins le sort qui l'attendait au hasard périlleux d'une table, d'un lit, d'une plage ou d'un fauteuil Voltaire.

De A comme Aconit, dangereux poison que l'on trouve dans la nature, jusqu'à Z comme Zoo, Ange Bastiani décline les différentes façons de procéder afin d'effacer son prochain sans encourir les foudres de la justice et s'occasionner des frais inutiles et dispendieux en honoraires d'avocat. Mais bien évident ces diverses méthodes sont proposées avec un humour noir ravageur qui lui valut en 1968 le Grand Prix de l'Humour Noir. Mais tous les conseils disséminés dans cet ouvrage, les mises en garde obligatoires, les façons de procéder et les méthodes préconisées ne sont pas obligatoirement à prendre au pied de la lettre.

Le poison, quel qu'il soit, aconit, arsenic, mort-aux-rats et autres produits utilisés ont la préférence des meurtriers en herbe. Mais ce sont les différentes manières de l'injecter décrites ici qui offrent une panoplie pouvant être habilement mise en place. Par exemple un piano peut très bien servir de vecteur à du curare, mais tout le monde ne possède pas un tel meuble, même en décoration dans son appartement. Le plus simple est de fourrer une friandise, gourmandise appréciée le plus souvent par des personnes âgées, ou de verser quelques gouttes dans une bouteille qui n'est destinée qu'à l'usage exclusif de la victime désignée. Des précautions sont à prendre toutefois afin d'être sûr que le produit sera ingéré par la bonne personne.

L'amour peut se révéler une recette agréable, pour ne pas dire jouissive, de faire trépasser son prochain, ou plutôt sa prochaine. La procédure est d'enduire le réceptacle d'amour de sa partenaire d'un mélange d'arsenic et de farine, à l'aide d'un doigt, sans que celle-ci s'aperçoive, non point de l'introduction digitale mais de la substance dont celui-ci est maculé. Il est bien sûr déconseillé ensuite d'offrir une gâterie linguale. Cette preuve d'amour assassine est appuyée par l'exemple d'un fermier danois qui s'est ainsi débarrassé de trois épouses successives avant d'être dénoncé par une quatrième élue.

L'avion et l'automobile sont deux moyens de transport propices à l'élimination d'un concurrent ou d'une personne gênante. Mais l'automobile est préférable occasionnant moins de victimes innocentes. Et pour étayer son propos, Ange Bastiani se réfère à deux de ses confrères talentueux, Charles Exbrayat et Alain Page.

Dans l'article consacré à l'habillement, les effets vestimentaires les plus insolites peuvent servir à trucider son prochain. Le foulard est l'une des armes préférées, mais d'autres paraissent plus innocentes comme la chaussette par exemple qui doit être emplie de sable. Les marques sur le corps sont moins prononcées, à l'instar des annuaires téléphoniques, en voie de disparition, que les policiers, pas tous, utilisent pour faire parler un suspect récalcitrant. L'exemple cité fait référence à James Hadley Chase.

Et comme de nombreux personnages célèbres sont mis en avant, principalement des auteurs de romans policiers mais pas que, Ange Bastiani narre une confidence de José Luis de Villalonga, romancier et acteur, qui avouait un crime parfait commis à l'âge de quatorze ans. Dans quelles conditions, me demanderez-vous, impatient d'obtenir une solution simple à vos problèmes de ménage. La réponse est dans le livre à la page 64.

Le tout est présenté avec élégance, humour et dérision. Mais dans un langage châtié, avec des tournures de phrases frôlant parfois la façon de parler Vieille France, ce qui nous change, pour ceux qui ont lu par exemple ses romans signés Zep Cassini et publiés dans les années cinquante dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir : Mollo sur la joncaille ou encore en Série Noire sous le nom d'Ange Bastiani avec Arrête-ton char, Ben-Hur ou encore Polka dans un champ de tir dont l'argot reflétait toute une époque et une frange de la société mais qui n'est plus de mise aujourd'hui.

 

Entre ce recensement original sont glissées quelques nouvelles réjouissantes, sauf pour les victimes. Le thème du trio, le mari riche et vieillissant, le bel amant (supposé ou réel) et la jeune épouse, thème cher au théâtre vaudeville, se retrouve dans la plupart de ces historiettes qui auraient pu figurer dans les années soixante dans les journaux humoristiques tels que Marius ou Le Hérisson. Mais l'épilogue est à chaque fois différent, et réserve de bonnes surprises, la chute s'avérant primordiale.

Ainsi Anaconda mon amour met en scène un peintre quinquagénaire qui a épousé deux ans auparavant Anna-Maria, superbe jeune femme de vingt ans sa cadette. Anna-Maria a déjà été mariée quatre fois et a perdu ses maris dans des conditions troubles. Ils passent leurs vacances dans une villa luxueuse sise près de la plage. Mais Anna-Maria est accompagnée de son cousin Patrice et le peintre se demande si les deux complices auraient l'intention de se débarrasser de lui.

La farce ou la méprise peuvent aussi servir de ressort à l'écriture d'une nouvelle. Dans Poison d'avril, un employé de bureau est appelé au téléphone. Il apprend par le directeur d'un hôtel situé sur la Côte d'Azur que sa richissime tante vient de décéder. Aussitôt il exulte, faisant partager sa joie à ses collègues. Joie qui est de courte durée car la secrétaire avait omis d'arracher la page de la veille de l'éphéméride. Or la date du jour est le 1er avril. C'est la consternation mais l'homme décide de ne pas en rester là.

Il n'est pas question de mettre en pratique ces conseils ou informations mais rien ne vous empêche de puiser des idées afin d'écrire une nouvelle destinée à un concours en puisant dans ce bréviaire et peut-être en serez-vous l'heureux gagnant.

La couverture et les illustrations intérieures sont dues à Alfred qui signe également d'autres ouvrages chez L'Arbre Vengeur éditeur. Un site que je vous conseille de visiter car cet éditeur publie des ouvrages méconnus d'auteurs d'hier comme Gilbert Keith Chesterton (le créateur du père Brown) et d'aujourd'hui comme Jean-Yves Cendrey.


Ange BASTIANI : Le bréviaire du crime. Comment supprimer son prochain à moindre risque. Préface de Florian Vigneron. Première édition éditions Solar 1968. Grand Prix de l'Humour Noir 1968. Réédition Editions de L'arbre Vengeur. Parution 15 novembre 2013. 450 pages. 23,00€.

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commentaires

Antoine 29/11/2014 23:24

Merci pour cette réponse détaillée, cher Paul... Je m'en vais de ce pas consulter les sites que vous m'indiquez!

Oncle Paul 30/11/2014 08:20

Mais de rien Antoine

Antoine 29/11/2014 15:04

Bonjour, Paul...

je n'ai encore rien lu de Bastiani mais j'ai bien envie de me laisser tenter... cette excellente chronique m'y encourage, en tout cas... J'avoue toutefois être sujet à des réticences extra-littéraires car j'ai lu sur cet auteur des choses assez glaçantes... j'aimerais trouver une bio fiable du monsieur mais comment savoir si ce qui traîne sur le Net est digne de foi... Savez-vous où je pourrais me procurer des infos crédibles sur son compte? Et accessoirement, auriez-vous un titre à me suggérer parmi ses polars des années cinquante? Je me suis laissé dire que "Le pain des Jules" vaut le détour... Personnellement, j'adore les Simonin et autres Le Breton de cette époque... Rangeriez-vous Bastiani, littérairement, dans cette famille? Merci de m'éclairer si vous le pouvez... et merci pour votre blog, évidemment, dont je me délecte quotidiennement...

Oncle Paul 29/11/2014 15:31

Bonjour Antoine
Le site Wikipédia est assez juste dans la biographie de Bastiani, d'autant que la source en est le DILIPO de Claude Mesplède. Bastiani est à placer dans la catégorie des Simonin, Le Breton et Giovanni, dont le passé lui aussi est trouble. Comme d'ailleurs bon nombre d'acteurs de la vie culturelle de cette époque, qui ont été pour la plupart blanchis en 1945 et les années suivantes. La liste serait longue à établir mais vous pouvez par exemple consulter les sites suivants :
http://salon-litteraire.com/fr/essai-litteraire/review/1796638-les-intellectuels-et-l-occupation-1940-1944-collaborer-partir-resister

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110527.OBS4064/sartre-cocteau-co-sous-l-occupation-avec-books.html

Il n'est donc pas étonnant de trouver les premiers romans signés Bastiani en Série Noire alors que sous le pseudo de Maurice Raphael il avait publié aux éditions du Scorpion et chez Denoël.
Il faut avouer que l'emploi systématique dans certains de ses romans peut rebuter à moins de pratiquer la langue verte, malgré la présence d'un glossaire en fin de volumes la plupart du temps..
Peut-être que Le Pain des Jules (SN598) serait à placer en priorité d'autant qu'il a été adapté par Jean Le Poulain au théâtre, et au cinéma par Jacques Séverac. Je conseillerais de choisir également dans sa bibliographie éditée dans la collection Un Mystère.
Voilà les seuls renseignements que je puisse vous fournir
Merci et à bientôt peut-être.

Alex-Mot-à-Mots 06/01/2014 10:51

Un petit Tag pour toi, si tu veux :

http://motamots.canalblog.com/archives/2014/01/04/28846006.html

Oncle Paul 06/01/2014 19:03



Oups... Je vais voir ce que je peux faire...



Pierre FAVEROLLE 05/01/2014 08:32

Salut Paul, dans un genre humoristique relativement proche, je ne peux que te conseiller Le tri sélectif des ordures de Sébastien Gendron, un roman àl'humour corrosif où le héros décide de créer
son entreprise d'élimination sur contrat discount (comme Ed), avec catalogue à l'appui. Jouuissif. Amitiés

Oncle Paul 05/01/2014 15:52



Merci de ta suggestion Pierre


Je vais me pencher sur ce cas et effectuer un tri sélectif


Amitiés



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