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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 15:32

Le détective et la journaliste chez les Cajuns.

 

aubenque.jpg


En cette fin d'année 1961, Alan Swift, détective privé dont le portefeuille est plus approvisionné en cartes de visite en tout genre qu'en billets de banque, quitte son domicile du Quartier français de Belle-Town pour se rendre à son bureau situé à New-South, la nouvelle cité séparée par le Mississipi.

Son client, Paul Westfield, lui demande de retrouver son amie Betty White, fille d'une domestique de sa famille. Or les parents de Paul Westfield, qui demeurent à Riviera, la cité des nantis, à quelques kilomètres de Belle-Town, n'appréciaient guère cette amitié, d'autant que la mère et sa fille sont Noires.

New_orleans_montage.jpgFace au bureau de Swift, s'élève la tour du Belle-Town News, et Swift, s'il le voulait, pourrait presque à l'aide de jumelles assister à la scène qui oppose Carol Perry et le directeur du quotidien. La jeune femme, qui a appris le métier de journaliste et a travaillé au service politique au New-York Times n'est pas d'accord avec la proposition de son responsable. Elle ne veut pas rédiger des rubriques destinées à la ménagère, cuisine et broderie par exemple, ou sportives, mais s'impliquer dans les articles criminels. Un compromis est trouvé. Elle signera les rubriques féminines de son nom, et celles plus sérieuses sous un alias, comme ça tout le monde sera content, y compris son père. Et elle débute immédiatement un reportage car une prostituée vient d'être assassinée dans le Quartier français.

Sur place elle est rabrouée par un policier, le lieutenant Brent Carter, mais elle réussit néanmoins à interroger un témoin, un jeune garçon qu'elle n'a aucun mal à faire parler. Il a aperçu le tueur puis en a profité pour subtiliser le sac à main de la victime, se servant au passage. Un sac rose, jeté dans une poubelle, et c'est ainsi que Carol apprend l'identité de la victime. Julia Sands, vingt-trois ans, noire. Elle s'applique à écrire son texte mais qu'elle n'est pas sa rage lorsque le lendemain elle se rend compte que celui-ci a été réécrit, jetant l'opprobre sur la jeune victime, prostituée supposée. Elle apporte le sac et la pièce d'identité auprès du lieutenant Brent Carter qui lui conseille de ne pas en faire plus. Toutefois elle a relevé l'adresse de Julia Sands et elle se rend à son domicile. Les parents éplorés de la jeune fille lui apprennent que celle-ci se destinait au journalisme et qu'elle s'était vêtue ainsi pour effectuer un reportage sur la disparition de prostituées noires.

Pendant ce temps, Swift fait jouer ses relations, et notamment NouvelleOrleansTouristes.jpegla belle Gladys pour se renseigner sur Betty White et sa mère Rita. Rita, employée par une agence de placement, avait été retrouvée six ans auparavant noyée. Paul Westfield ne pouvait connaitre ces changements car il avait été envoyé à Londres par son père pour peaufiner ses études. Swift renoue également Brent Carter, avec lequel il s'était fâché quelques mois auparavant, un ancien comme lui de l'orphelinat Saint-James. Et d'autres condisciples avec lesquels il a toujours gardé contact. C'est incidemment qu'il rencontre au cours de son enquête Carol Perry, et tous deux vont unir leurs efforts pour découvrir l'assassin de Julia Sands mais également remonter la piste de Betty White.

 

Un duo mythique d'enquêteurs est né. D'un côté le détective privé solitaire, travaillant seul, sans secrétaire. De l'autre la journaliste intègre qui n'épouse pas les idées politiques de son journal et tient à garder son intégrité morale. Leurs enquêtes débutées séparément vont bientôt converger.

Entre Carol et Alan, c'est le jour et la nuit. Ils sont issus de milieux très différents, mais Carol même si elle a vécu et vit toujours avec ses parents à Riviera, la ville des nantis, ne se reconnait en leurs valeurs délétères, ségrégationnistes et racistes. D'ailleurs elle tente un rapprochement auprès d'un hebdomadaire d'obédience démocrate concurrent du Belle-Town News dont les idées politiques sont fortement ancrées chez les Républicains.

Alan Swift, célibataire, volage multipliant les conquêtes féminines, ne s'étend pas sur son passé. Orphelin il a été élevé dans un institut, le Saint-James, tenu par des religieux. Les élèves s'étaient répartis en deux clans, les Anges et les Démons, et il était intégré dans le premier groupe dont il a tissé avec certains membres des liens très fort, même si les aléas de la vie ont parfois distendus leurs relations. Un truand le tanne, lui réclamant une conséquente somme d'argent qu'il ne possède pas, et chaque retard est sanctionné.

bayou.jpgCarol déduit un peu hâtivement les faits et gestes d'Alan Swift qui possède ses raisons personnelles pour se conduire comme il le fait, notamment lorsqu'il demande une provision conséquente à Paul Westfield pour mener son enquête. Et ce n'est pas uniquement pour assurer la subsistance de son chat nommé Fritz (clin d'œil ?). Cela la perturbe et immédiatement elle le range dans la catégorie des profiteurs. Une réaction dommageable de la part d'une journaliste qui ne devrait pas interpréter sans fondement.

La ségrégation raciale en Louisiane à cette époque est très prégnante, de même que l'antagonisme entre Républicains et Démocrates. Mais de jours cela perdure. Les riches imbus de leur puissance, aidés par quelques édiles sans scrupules, se pensent investis d'une quelconque légitimité dans leurs débordements. Et la date de la fin décembre 1961, choisie par l'auteur pour planter son histoire et faire évoluer ses personnages dans un domaine historique, n'est pas anecdotique. Et l'épilogue est nettement plus ancré dans un problème sociétal des Etats-Unis d'Amérique que ce à quoi l'on pouvait s'attendre au départ de l'histoire.

Il ne faut oublier également que la Louisiane, notamment Belle-Town qui n'est autre que La Nouvelle-Orléans, est sujette aux tornades, d'ailleurs elle se relève péniblement de la dernière, mais une autre se prépare. Et dans les bayous, les alligators sont plus nombreux que ce que l'on imagine, des sauriens féroces et sanguinaires, qui s'attaquent aux êtres humains, Noirs de préférence.

 

A lire également d'Alexis Aubenque : Stone Island


Alexis AUBENQUE : Les disparues de Louisiane. Editions du Toucan. Parution le 4 juin 2014. 380 pages. 8,90€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 14/07/2014 12:55

Chic, un nouveau roman de cet auteur que j'apprécie.

Oncle Paul 16/07/2014 20:26



Oui, un vrai plaisir de lecture ! On en redemande !


Bonne soirée



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