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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 05:05

J'aime les filles qu'on voit dans "Elle"
J'aime les filles des magazines

Michel AMELIN : Personne ne m’aime, j’aime personne.

Ah si les parents savaient combien peut souffrir un enfant qui pose comme mannequin pour des catalogues !

Virginie longtemps a servi de modèle mais depuis quelques mois c’est terminé. L’acné juvénile et les dents protégées par des rails de chemin de fer disgracieux ne sont pas compatibles avec les critères de beauté exigés par les grandes marques de vêtements pour enfants. Mais sa mère reste dans sa bulle de rêve, gardant précieusement tout ce qui est en rapport avec la courte mais fructueuse carrière de sa fille.

Virginie souffre, non pas de ne plus s’exhiber dans les pages des magazines, mais de la résurgence continuelle de son passé de petite fille modèle auprès de ses condisciples au collège. La jalousie anime garçons et filles et elle se calfeutre dans son mental se croyant la cible de toutes les moqueries. Elle se recroqueville, et rechigne à se rendre à l’école. Un vrai parcours du combattant lorsqu’elle sort de chez elle, sac à dos en bandoulière.

Elle est devenue la tête de turc de Suzanna, Manuel et Robin, les inséparables, et de quelques autres aussi sans oublier quelques enseignants qui ne se privent pas de l’humilier.

Ce matin là, elle est assise à côté de Suzanna qui, mielleuse, lui demande ce qui ne va pas, lui promettant d’être une tombe. Une tombe, cela ne parle pas n’est-ce pas, aussi Virginie peut lui confier ses problèmes, ses soucis, elle ne dira rien. Mais Virginie sait qu’aussitôt qu’elle aura le dos tourné, Suzanna s’empressera de faire partager ses secrets, ses révélations, à tout le monde. Alors elle trouve une parade en avouant que Tristan, qui officiellement est le petit ami de Suzanna, l’importune, la dérange, la harcèle. Naturellement, cela tourne en eau de boudin…

Ensuite c’est la prof de français, une véritable bombe que personne n’a encore jamais réussi à désamorcer, qui lui demande, suite à la lecture d’un poème de Baudelaire de donner son avis sur cette question fondamentale : Beauté extérieure ou beauté intérieure ?

Evidemment cela renvoie Virginie à son enfance, lorsqu’elle était photogénique et à aujourd’hui où elle ressemble plus à un sapin de Noël avec ses boutons sur la figure en guise de loupiotes et son appareil dentaire en forme de guirlande buccale. Le vilain petit canard transformé en cygne ou le contraire ?

Virginie ne se laisse pas démonter, mais la journée est longue, et rentrant chez elle, elle est animée d’une soif de revanche.

 

Michel Amelin regroupe en une journée les tracas, les soucis, les harcèlements, l’état d’esprit mesquin des adolescents, les brimades auxquels Virginie est confronté à longueur de journée. Et à la maison ce n’est guère mieux.

Il analyse les réactions, la force de caractère de ce qui se passe réellement en plusieurs semaines et il en fait un condensé afin de mieux imprégner l’esprit du lecteur. Alors naturellement cela semble irréaliste mais pourtant cela existe, par petites doses quotidiennes, et il faut une force de caractère à toute épreuve pour ne pas se laisser aller à des sentiments de destruction de soi. La révolte gronde, intérieurement, mais lorsqu’elle explose l’on ne sait quels dégâts cela peut occasionner.

Un beau texte tout en finesse, une description, une dissection, une introspection de ce qui anime les adolescents entre eux, mais également de l’origine de ces rejets de l’un par les autres. Certains d’entre les condisciples de Virginie lui reprochent d’être riche, ce qui n’est pas prouvé, pour avoir été une enfant modèle, une forme de jalousie, mais ils ne savent pas les souffrances qu’elle a dû endurer tout au long de sa prime jeunesse devant les appareils photos et l’exigence de sa mère. Exigence et fierté qui a conduit son père a déserté le domicile conjugal.

Michel AMELIN : Personne ne m’aime, j’aime personne. Collection Les romans de Julie N°7. Editions Milan. Parution le 24 avril 2001. 126 pages.

ISBN : 978-2745902986

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