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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 05:19

Max et le faire ailleurs…

Jérémy BOUQUIN : Max.

Famélique, crasseux, affamé, Max, à peine seize ans, se présente à la pizzeria chez Paulo, le Sicilien. D’après une rumeur, il pourrait y avoir du boulot pour lui. Une rumeur glanée sur le marché, mais le bistrotier n’a pas l’air emballé d’embaucher ce gamin qui de plus avoue ne pas savoir lire.

Après bien des tergiversations, et fait saliver Max en mangeant goulument sa pizza quotidienne, Paulo accepte de lui confier le service et la plonge. Ce n’est pas à quoi s’attendait Max, mais comme il a faim, faut bien survivre.

La première journée se déroule normalement et il touche un petit pécule qu’il compte bien voir évoluer dans un sens ascendant. Et puis Paulo et Raoul le cuistot ne lui font pas de réflexions désagréables même s’ils se montrent bourrus. Surtout Paulo qui ne commence par démarrer sa journée après l’ingestion de ses trois cafés rituels. Et ses cigarettes papier maïs qu’il offre à Max, lequel refuse, mais se mettra un peu plus tard à cloper lui aussi, des blondes légères.

Paulo lui trouve une chambre, un studio, chez une petite vieille. C’est cradingue, ça pue, mais au moins Max est à l’abri, au chaud, ce qui le change de ses cartons dans la rue ou sous les ponts. Et ses moments de pause, il les passe à contempler les rives de Loire.

Jusqu’au jour au Paulo lui confie quelques missions qui n’ont rien à voir avec la restauration, mais l’appât de billets supplémentaires influe sur la décision de l’adolescent. D’abord porter dans un endroit pourri un carton de pizza devant la porte ou se terre Raymond, un personnage qu’il a déjà aperçu à la pizzeria. Raymond, un colosse apeuré qui quémandait une forte somme pour réaliser un truc. Un truc, c’est tout ce qu’il sait. Mais Raymond n’a pas tenu ses engagements et Paulo n’est pas content. Pas content du tout, et il réserve à Raymond une surprise à sa façon, c’est-à-dire brutale.

Puis Paulo lui confie un appareil photo pour prendre des clichés d’une femme et son gosse, dans un autre quartier tout aussi délabré, ou presque.

Et il fait la connaissance de Cloé, sans H, qui l’aborde sur un banc alors qu’il rêvassait. Il n’aime pas ça Max, il veut préserver sa tranquillité, et se faire draguer par une gamine de son âge, ce n’est pas dans ses visées. Pourtant Cloé s’incruste, le retrouvant chez le Portugais, un bar où Max a ses habitudes, dégustant des bières brunes durant ses pauses.

Max ne pense pas aux filles. Il garde son air bourru. Et puis, il s’est trouvé une passion, une vraie. Il a maîtrisé son petit appareil photo avec carte malgré qu’il ne sache pas lire, et fait ressortir sur les clichés les aspects les plus intéressants, manipulant, cadrant, mettant en valeur les décors, les visages, tout ce qui lui semble intéressant à capter avec son viseur.

 

Dans une ambiance misérabiliste, Jérémy Bouquin nous entraîne à la suite d’un gamin des rues, moderne Gavroche, transplanté dans les Mystères de Paris, même si l’action se déroule sur les bords de la Loire.

Désirant s’en sortir, par le travail, même en se servant de ses poings, au début du récit, Max est un adolescent qui ne fricote pas avec la pègre, les revendeurs de drogue et autres malfrats. Du moins consciemment. Il est renfermé, réservé, méfiant, et ses relations ne sont que des relations de travail. Il n’a pas d’ami, et lorsqu’une gamine de son âge, plus délurée que lui, l’aborde, il réagit comme un chat sauvage.

Mais la vie décide de l’avenir et ce qu’il va connaitre, subir, le dépasse. La rédemption pourrait passer par la photographie, mais encore faudrait-il qu’il ait une vision nette de ce qu’il se trame et qu’il capte les magouilles qui s’ourdissent en dehors de lui, magouilles dont il est un acteur involontaire.

La seconde partie de ce roman est axée sur Cloé et sa détresse lorsque Max disparaît pour des raisons décrites à la fin de la première partie. Et si Max pourrait être assimilé à Gavroche, Cloé serait la petite fée Clochette, aguicheuse et protectrice à la fois.

Jérémy Bouquin découpe ses phrases en lamelles comme Raoul détaille en julienne ses légumes destinés à garnir ses pizzas. C’est parfois brut, haché, lancés à la volée, compact, et surgissent quelques éclairs de couleurs dans une atmosphère où le sombre, le poisseux, le gras, règnent en une quasi uniformité dégoulinante de noirceur.

 

On s’aperçoit, en lisant la nouvelle génération d’auteurs de romans noirs, qu’au cours de notre vie on s’est peut-être engoncé dans des certitudes qui n’ont plus cours.

Ainsi, alors que depuis des décennies, je plaçais la fourchette à gauche et le couteau à droite, Max me démontre que je faisais une faute de goût puisqu’il dresse la table en sens contraire de mes habitudes. Et alors, que je fus durant de très longues années un fervent fumeur de Gitanes mais pas papier-maïs, j’apprends que les paquets sont désormais souples alors que je les ai toujours connu rigides.

On vieillit et on ne se rend pas compte que le monde évolue…

 

Pour autant, ne manquez pas la chronique de Pierre sur son blog :

Jérémy BOUQUIN : Max. Novelle numérique. Collection Noire Sœur Polarado. Editions SKA. Parution 26 octobre 2018. 190 pages environ. 2,99€.

ISBN : 9791023407402

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 03/12/2018 12:05

Moi aussi je place couteau à gauche et fourchette à droite !

Oncle Paul 03/12/2018 14:38

Peut-être est-ce parce que tu es gauchère ? Sinon, couteau à gauche, pas facile pour découper la viande.
http://technoresto.org/tp/fiches_technique/fiche_mp_couvert/index.html

max 01/12/2018 10:52

Gitanes maïs ? la nature du paquet reste à vérifier... Je parie pour rigide, toujours.

Oncle Paul 02/12/2018 09:44

C'était rigide... avant ! Mais avec l'âge on perd de sa rigidité, même devant une Gitane maïs ou pas
Amicalement

Pierre FAVEROLLE 01/12/2018 08:13

Merci Paul pour le clin d'oeil. J'adore ce qu'écrit Jérémy. Amitiés

Oncle Paul 02/12/2018 09:43

Bonjour Pierre
Max est un bon Bouquin mais je dois avouer que je n'aime pas toute la production de l'auteur. Une affaire de sensibilité...
Bonne journée et amitiés

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