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20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 05:28

J’en reprendrai bien une part !

Jean-Marie PALACH : L’amour entre deux pizzas.

Chaque premier dimanche du mois, Cyrielle, Noémie et Nedjma se retrouvent avec plaisir dans une pizzeria de la place d’Italie, dans le treizième arrondissement parisien. Et pour rien au monde, elles manqueraient ce rendez-vous qui est devenu au fil des ans une institution. Seul un impondérable pourrait empêcher l’une des trois amies à se retrouver et à discuter de choses et d’autres, sans pour autant s’immiscer dans la vie privée de chacune d’entre elles.

Elles se sont connues dix ans auparavant en classe préparatoire aux grandes écoles commerciales à Rennes. Elles proviennent d’horizons différents de la Bretagne, géographiques et sociologiques, mais une solide amitié s’est forgée entre elles. Elles ont réussi professionnellement et depuis Cyrielle travaille dans un prestigieux cabinet de conseil, Noémie s’épanouit dans la communication et l’organisation événementielle, tandis que Nedjma s’est investie dans une association caritative qui se consacre à l’aide de victimes du Trilophérol, un médicament provoquant des effets secondaires graves tels que décès prématurés.

Aucune d’entre elle n’est mariée. Elles privilégient leur avenir professionnel, ne s’encombrant pas d’un amant, ou alors épisodiquement. Seule Nedjma a changé physiquement, devenant quelque peu ronde, toujours vêtue de fringues tristes, et ne perçoit pour son travail, un sacerdoce sans réserve et mais avec abnégation dans l’association, qu’un SMIC. Cela lui suffit ne comptant pas ses heures et n’ayant pas de besoins particuliers. Toutefois, ce n’est pas par hasard qu’elle s’est lancée dans cette voie.

Cyrielle est pressentie pour s’atteler à une tache ardue, que le gouvernement a confiée à son entreprise : définir les modalités d’application d’une loi sur la pénibilité au travail, le compte usure prématurée, sans déplaire au patronat. Le genre de mission dans laquelle est se sent à l’aise, ne comptant pas non plus ses heures. Noémie, quant à elle, va prendre quelques vacances à la Réunion, retrouver ses grands-parents qui y sont installés depuis des années, quittant la métropole afin de se rapprocher d’une partie de leurs racines.

Au cours de leurs agapes mensuelles, elles retrouvent en un client qui les dévisage attentivement Julien, un ancien condisciple, dont les études n’étaient pas brillantes mais qui, grâce à l’une des Trois Grâces, ainsi étaient-elle surnommées, a réussi ses examens et est devenu expert-comptable. En sortant du restaurant, Nedjma est légèrement perturbée et elle manque se faire écraser par une camionnette. Heureusement un passant a attrapé l’étourdie par le bras et l’a ramenée sur le trottoir. Son sauveur n’est autre que son oncle Radouane qui la suivait, désirant lui parler de son père, très malade en son manoir breton.

 

Le premier dimanche du mois suivant, elles se retrouvent avec plaisir, comme toujours, mais entre temps un grand nombre d’événements auront bouleversé leurs vies. Positivement ou négativement, c’est ce que le lecteur découvrira au fil des chapitres qui sont consacrés alternativement à chacune d’entre elles.

Dans ce conte moderne, quelque peu utopique, l’auteur se met en scène par personnages interposés, et le lecteur attentif pourra en retrouver certains aspects dans des circonstances que je me garderai bien de dévoiler.

Utopique car des personnages de l’état, que je ne nommerai pas, sont présentés sous leur plus beau jour, leurs plus beaux atours intellectuels, mais ils oublient qu’ils ne reflètent qu’une des facettes de la société, et pas la plus conséquente. Et je me permets d’émettre des réserves, non pas sur leur professionnalisme, mais à cause des soupçons de conflits d’intérêt qui pèsent sur elles et de leurs antécédents qui ne plaident pas toujours en leur faveur. Mais ça, on peut en retrouver quelle que soit la couleur politique des gouvernements successifs.

Mais ce roman, ou conte, demande de la part du lecteur une action ludique, celle du décryptage. Et l’amène à se poser quelques questions, dites de bon sens. Par exemple :

Les grandes écoles, dont la vitrine est enjolivée, ne sont que des usines à production de technocrates souvent coupés de la réalité alors que le bonheur est à chercher dans le pré. En effet bien souvent des décisions sont prises dans un sens contraire de ce quelles devraient être. Mais c’est l’égo qui commande dans bien des cas.

Ce président se moque des contradictions, remarque Nedjma. On se demande s’il ne les recherche pas pour faire le buzz.

Ou alors, il ne s’en rend pas compte, avance Noémie.

Le problème de l’usure prématurée ou du handicap sont évoqués dans ce récit. Mais sous une forme utopique, car l’on se rend compte que les dernières décisions prises par le gouvernement et la majorité présidentielle au Parlement vont à l’encontre des préconisations, elles sont même balayées d’un revers de manche.

Pourquoi ne pas promettre de mesurer l’usure prématurée découlant du travail de chaque salarié et de la compenser par divers moyens : formation, temps partiel, retraite anticipée ? Présenté comme cela, tout le monde signe, emballé c’est pesé, et une voix de plus pour le magicien capable d’exaucer les rêves les plus fous, y compris ceux jamais formulés. Peu importe qu’aucun pays au monde n’ait jamais dépassé le stade des études. Tous ont renoncé dès qu’ils ont réalisé l’ampleur du défi, pas fous. Qu’à cela ne tienne, rien n’arrête le génie français, surtout en période électorale, paroles, paroles…

Enfin, ce n’est qu’un dernier exemple, la lecture, sous toutes ses formes même audio, est une panacée plus efficace que bien des panacées distribuées, ou plutôt vendues souvent fort cher. Mais qu’est-ce qu’un livre ? On sait bien que les auteurs ne rapportent rien à l’Etat, ils ne sont pas productifs, dixit un ou une ministre, de la Culture ou autre. Oubliant que derrière l’auteur, se nichent bien des métiers qui eux sont productifs. Libraires, imprimeurs, papeteries, et divers supports liés à l’informatique, vendeurs par correspondance, transports postaux ou autres, journalistes et médias spécialisés, graphistes, et la liste ne s’arrête pas là.

Quant au titre, il est facilement déchiffrable, donc je ne m’étendrai pas dessus. Mais on peut y voir, avec les pizzas proposées par le pizzaiolo, que l’on finit souvent par revenir aux valeurs sûres.

Jean-Marie PALACH : L’amour entre deux pizzas. Collection Romance. Editions Les Bas-bleus. Parution le 20 septembre 2018. 174 pages. 12,90€.

ISBN : 978-2930996141

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