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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 05:01

Crieur de journaux, un métier d’avenir ?

Oui, si l’on traverse la rue !

André GILLOIS : 125 rue Montmartre.

L’agitation règne au 125 rue Montmartre, comme plusieurs fois par jour. C’est l’un des dépôts des Messageries de la Presse Parisienne, et les vendeurs se pressent afin de récupérer les lots de France-Soir, Paris-Presse, Le Monde, qu’ils vont vendre dans les rues.

Chacun d’eux possède son endroit particulier et Pascal propose aux automobilistes ses éditions toutes fraîches sorties des imprimeries, à un feu rouge près du Pont de l’Alma.

Ce jour-là, Mémène, la gérante du dépôt s’inquiète. Pascal n’est pas à l’heure du rendez-vous de la distribution. Secrètement elle l’aime bien son Pascal, un garçon large d’épaule, secret, peut-être timide, solitaire aussi. Enfin il arrive, et prend le double de sa charge habituelle. Elle est étonnée, mais lui tend quand même les journaux.

Secret, Pascal l’est. Il ne fréquente pas les autres vendeurs de rue, et ne se confie jamais sur son passé. Pourtant un évènement l’a obligé à sortir de sa réserve naturelle. Alors qu’il se reposait sous une pile du pont de l’Alma, il a aperçu un homme prêt à se jeter dans la Seine. Il intercepte rapidement le candidat au suicide et bientôt les deux hommes se mettent à discuter. Ou plutôt, Pascal écoute l’histoire de Didier.

Didier est marié, mais sa femme, la mère de celle-ci et son frère, n’en avaient qu’à son argent et à sa ferme dans le Lot. Il narre à Pascal comment il a connu cette suceuse d’argent et sa décision de se jeter à l’eau, alors que sa femme et ses complices envisageaient de le placer dans un asile. Pascal ressent envers cet homme perdu comme un début d’amitié, et c’est pour cette raison qu’il lui propose de vendre des journaux, en lui fournissant les ficelles du métier. Et les voilà tous deux présentant leurs journaux aux automobilistes.

Seulement, Georges, un photographe de presse qui déambule en compagnie de son amie Albertine, remarque les deux hommes. Et entre deux baisers et deux photos, Georges prend des clichés de ces vendeurs de rue. Car il est toujours à l’affût d’une photo et d’un sujet de reportage.

Didier va loger chez Pascal tandis le beau ténébreux se réfugie chez Mémène, dont le mari alcoolique tient un hôtel qui sert parfois aux amoureux, ou autres, en manque de tendresse. Et comme Pascal et Mémène elle-même ressentent un vide dans leur existence, nous refermerons discrètement la porte de la chambre qui les accueille.

Le lendemain, Didier est lâché dans la nature avec ses journaux, mais Georges l’aperçoit qui les glisse dans une bouche d’égout. Il est interloqué. Un épisode parmi d’autres dans sa vie de photographe. Néanmoins il le suit.

Didier demande à Pascal de l’accompagner jusque chez sa femme qui habite à Passy, et de récupérer de l’argent. Pascal se laisse embobiner et se glisse dans le parc d’une belle demeure. Il s’empare des billets glissés dans le tiroir d’un secrétaire mais lorsqu’il veut ressortir, le portillon donnant sur la rue est fermé à clé. Il se fait assommer par des policiers qui viennent d’arriver sur les lieux et il est arrêté. Seulement dans la maison un homme est mort, le mari de la fameuse femme selon elle. Or il ne s’agit pas de Didier, au grand étonnement de Pascal. Pascal narre ses mésaventures au commissaire Dodelot qui prend l’enquête en mains.

Le commissaire Dodelot ressent immédiatement une forme d’antipathie à l’encontre de Catherine Barachet qui se tamponne les yeux secs à l’aide d’un mouchoir, afin de faire croire qu’elle est attristée.

 

Il faut peu de choses pour compliquer une affaire et également peu d’éléments pour la résoudre. Il suffit de mettre en place les bons témoins et analyser les situations. Une intrigue classique, bien enlevée, avec peu de personnages, et dont les figures marquantes sont Pascal, Didier et celle qui est considérée comme la femme de Didier, sans oublier Georges qui sera quelque peu le déclencheur, normal pour un photographe.

Naturellement tout tourne autour de Catherine, puisque Didier prétend qu’elle est à l’origine de sa déchéance et de sa fuite, de son envie de suicide. Une machination bien huilée, un piège fomenté avec machiavélisme, mais il existe toujours un grain de sable pour enrayer tout le mécanisme.

Didier en réalité est un être faible, soumis et amoureux :

Elle avait été séduite par sa soumission comme d’autres femmes le sont par les hommes qui les dominent. Et Didier qui cherchait une maîtresse au sens exact du terme, avait trouvé en elle l’autorité un peu froide qu’exerçait sa mère quand il était petit.

Un roman d’époque dans lequel évolue un commissaire bon enfant, situé dans le Paris des années 1950 et qui permet, entre autres, de mieux connaître la profession de vendeurs de journaux, profession exercée par des individus placés en marge de la société, pour diverses raisons. Des hommes principalement qui subsistent grâce à la vente à la criée de journaux dont ils ne tirent pas grand bénéfice.

Ainsi, pour un journal qui coûtait vingt francs, le vendeur percevait la somme de six francs.

Tu gagnes six francs par journal. Tu en vends facilement cinquante, au début. Avec ça tu bouffes si tu ne bois pas trop. Mais tu n’as pas une gueule à boire. Est-ce que tu as de quoi acheter les premiers ? Sinon tu laisses n’importe quoi en gages.

Car la plupart du temps les vendeurs avançaient l’argent pour pouvoir proposer leurs journaux. De nos jours, cette profession est obsolète, comme bien d’autres.

 

Le récit ne manque pas d’humour comme peuvent le démontrer les exemples ci-dessous :

Tu n’embrasses pas mal, dit-elle, quand tu ne penses pas à ce que tu fais.

Ce n’est pas pour dire, marmonna Pascal qui souffrait de la tête, mais ils ne volent pas leur nom, les cognes.

 

Le commissaire se nomme Dodelot. Est-ce un hommage à Francis Didelot, grand auteur de romans policiers de cette époque ? Et, ce qui n’a rien à voir, le juge d’instruction s’appelle Faverolle, ce qui est peut-être un hommage anticipé à un ami blogueur.

 

André GILLOIS : 125 rue Montmartre.

 

Ce roman, Prix du Quai des Orfèvres 1958, a été adapté au cinéma par Gilles Grangier en 1959. Sur un scénario de Jacques Robert, André Gillois et Gilles Grangier, les dialogues étant signés Michel Audiard. Avec dans les rôles principaux : Lino Ventura, Andréa Parisy, Robert Hirsch,  Dora Doll, Jean Desailly, Alfred Adam, Lucien Raimbourg.

André GILLOIS : 125 rue Montmartre. Collection Le Point d’interrogation. Editions Hachette. Parution 4e trimestre 1958. 192 pages.

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commentaires

Serge 31 16/10/2018 23:20

Bonjour Paul.
Beau film, un des meilleurs de Gilles Grangier, aujourd'hui bien oublié.
Amitiés.

Oncle Paul 17/10/2018 10:06

Bonjour Serge
Je suis toujours très étonné par ta grande culture cinématographique... Mais il est vrai aussi que je ne vais jamais au cinéma, ni ne regarde la télévision. Je garde mon temps libre pour mes livres, ce qui m'empêche peut-être d'apprécier d'autres loisirs. Un choix que j'assume.
Amitiés

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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