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24 septembre 2018 1 24 /09 /septembre /2018 06:40

Par l’auteur de Des souris et des hommes et de

A l’est d’Eden…

John STEINBECK : La grande vallée.

La grande vallée, c’est celle de Salinas, dans le comté de Monterey en Californie centrale. Si aujourd’hui cette ville de Salinas compte environ 150 000 habitants, au moment où John Steinbeck écrivit ce recueil de nouvelles, sa population était de 11 000 âmes environ.

Natif de cette ville, John Steinbeck s’est très souvent servi du décor de ce comté et de ses habitants pour ses romans dont le célèbre A l’est d’Eden qui fut adapté en film par Elia Kazan en 1955 avec à l’affiche l’immortel James Dean.

Ce Prix Nobel de Littérature 1962 s’est beaucoup inspiré de ceux que l’on appelle les petites gens, les paysans, les ouvriers, les immigrants, les humbles, les laissés pour compte, écrivant des ouvrages contestataires, voire révolutionnaires, tel que Les Raisins de la colère, roman dont il n’avait pas présagé le succès et qui fut interdit de diffusion dans certaines villes californiennes. A cause du langage utilisé mais également des idées qui y sont développées.

 

Ainsi dans La rafle, première nouvelle du recueil, deux personnages arpentent les rues de la petite ville californienne. Le plus âgé essaie de rassurer son jeune camarade qui doit prononcer un discours auprès de quelques ouvriers. Le jeune espère devenir délégué tout comme l’ancien. Il connait son discours par cœur. Lorsqu’ils arrivent dans la cabane qui sert de lieu de rendez-vous, personne n’est présent.

Les nouvelles suivantes sont plus intimistes et mettent en scène des couples. Ainsi dans Les chrysanthèmes, Elisa aime jardiner et elle soigne ses plantes, surtout ses chrysanthèmes dont elle est très fière. Elle a la main verte. Son mari lui en fait compliment et lui propose de sortir le soir, puisque c’est samedi. Il vient de vendre une trentaine de bouvillons, à un bon prix, et il doit aller les chercher dans la montagne. Elisa, restée seule, est abordée par un rémouleur-étameur qui parcourt les routes de Seattle à San Diego, en passant par Salinas. Il a emprunté un chemin de traverse, mais même s’il n’est pas sur sa route habituelle, il ne se pose pas de questions. Si, une, comment il va faire pour manger le soir même. Il propose à Elisa d’affuter ses ciseaux, ses couteaux, mais la jeune femme n’a besoin de rien. C’est un peu une récréation dans la vie d’Elisa et elle lui demande de porter des plantes à une voisine et lui offre la pièce pour avoir décabosser deux vieilles casseroles.

Dans Le harnais, nous faisons la connaissance de Peter Randall, un fermier hautement respecté du comté de Monterey. Mais sa femme Emma est malade. Une fois par an Randall part en voyage d’affaires, pour une semaine, et lorsqu’il revient Emma tombe malade durant un mois ou deux. Et puis elle décède. Randall est sonné, et il confie à Ed Chappell, son voisin, qu’il était quelqu’un de bien, sauf une semaine par an. S’il était un homme bien c’était grâce à sa femme qui malgré sa faible constitution savait le diriger. Sauf une fois par an, pendant une semaine.

Le narrateur de Johnny l’ours est le responsable du dragage des marais dans les environs de Loma. Il est hébergé dans une chambre sinistre mais passe la plupart de son temps dans une cambuse flottante, afin de diriger ses hommes. Un soir, dans un bar, il est le témoin d’un spectacle inhabituel, pour lui. Johnny l’ours, un garçon un peu niais, se met à imiter deux habitants du village. Il restitue aussi bien les voix masculines que féminines, ce qui n’est pas sans conséquence sur la quiétude villageoise. Car ce qu’il dégoise n’est autre que ce qu’il a entendu en se planquant sous les fenêtres des habitations et la vie privée est ainsi étalée en public, au grand amusement des consommateurs. Mais il arrive que Johnny l’ours dépasse les bornes.

Mary Teller aime son mari, mais plus encore l’ordre, le rangement, la disposition exacte des objets et surtout son jardin. Elle soigne ses fleurs et son mari n’a qu’à acquiescer devant le sens pratique qui anime sa jeune épouse. Elle est souvent dans son aire de jeu, plantant, enlevant à la nuit tombée limaces et escargots. Et elle se délecte à regarder les oiseaux se désaltérer, surtout une petite caille blanche. Mais elle a peur de l’intrusion d’un chat. La caille blanche, titre de cette nouvelle, est-elle le volatile qu’elle contemple ou justement elle, cette amoureuse de la faune et de la flore ?

Cette fascination pour les animaux, on la retrouve dans Le Serpent. Le jeune docteur Phillips, biologiste, possède un laboratoire à Monterey. Une maison dont une partie est érigée sur des pilotis plongeant dans les eaux de la baie. Il procède à des expériences et à des dissections. Il possède entre autres des serpents et des rats. Un soir, une femme brune vient le rejoindre dans son antre, désirant assister à l’engloutissement d’un rat par un de ses reptiles. Elle lui propose même d’acheter un de ses animaux pour son plaisir.

 

Treize nouvelles d’inspiration diverse mais toutes tournant autour de ce coin de la Californie où John Steinbeck est né, a vécu, et qui a servi de décor dans bon nombre de ces romans et nouvelles. Tendres, humoristiques parfois, émouvantes souvent, dérangeantes également, sociales la plupart du temps. Frustrantes dans certaines conditions car l’épilogue proposé incite le lecteur à poursuivre l’histoire à sa convenance, ou alors, ce même lecteur aurait aimé que cela se termine autrement. Mais c’est bien l’auteur qui décide.

Steinbeck est profondément attaché à sa terre et à ceux qui y vivent, provenant d’origines diverses. Des paysans, des migrants, des petites gens qui évoluent dans des conditions quelquefois dramatiques, se révélant les jouets du destin ou tout simplement subissant des occasions manquées, avec au bout du compte un avenir guère radieux.

A noter que parmi ces nouvelles, Le poney rouge, la plus longue d’entre elles, avait été publié quelques années auparavant comme livre pour enfant.

 

Sommaire :

La rafle

Les chrysanthèmes

Un petit déjeuner

Le harnais

Johnny l'ours

Le vigile

Le meurtre

La caille blanche

Le serpent

Fuite

Le poney rouge

Le chef

Sainte Catherine, vierge

John STEINBECK : La grande vallée. Nouvelles. (The Long Valley – 1938. Traduction Marcel Duhamel et Max Morisse). Collection Du monde entier. Editions Gallimard. Parution 9 février 1946. 280 pages.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 24/09/2018 13:05

Un auteur que j'apprécie; un recueil dont je note le titre.

Oncle Paul 24/09/2018 16:27

Ce recueil a été réédité chez Folio, et est encore disponible je crois.

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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