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8 septembre 2018 6 08 /09 /septembre /2018 07:42

Le mystère du Carré potager ?

Anne PERRY : Le mystère de Callander Square.

Pour planter un arbre, il faut un arbre, un ou deux arboriculteurs, un emplacement adéquat, de la bonne terre avec si possible de l’humus et des engrais organiques.

Toutes les conditions sont réunies sauf que l’impondérable se produit lorsque l’un des arboriculteurs découvre un os. Et pas n’importe quel os ! Celui d’un être humain, d’un bébé, déposé là depuis quelques mois. C’est ce que confirme le légiste à l’inspecteur Thomas Pitt qui a été aussitôt prévenu de cette découverte macabre. Et comme un seul ne suffisait pas, un second cadavre est découvert sous le premier, mais enterré environ deux ans auparavant.

Selon les premières constatations, les nouveau-nés seraient morts naturellement même si le second présente une déformation crânienne.

En ce mois d’octobre 1883, le premier travail que se donne Pitt est de recenser les habitants de ces magnifiques demeures cossues de ce quartier huppé. Selon lui, la mère des gamins pourrait être l’une des servantes de ces familles qui, pour une raison ou une autre, aurait soit perdu ses gamins mort-nés, soit les avoir tués, afin de ne pas subir l’opprobre de ses employeurs.

Il rencontre successivement, Balantyne, un général en retraite, et sa famille composée de sa femme lady Augusta et de ses deux enfants Christina et Brandon dit Brandy, le docteur Freddy Bolsover, marié avec Sophie, Reggie Southeron, directeur de banque et sa femme Adelina, Sir Robert Carlton, qui est au gouvernement, et sa jeune épouse. Les autres sont soit absents, soit ne possèdent que des valets, donc théoriquement n’entrant pas dans le cercle de ses recherches.

Charlotte, la jeune épouse de Pitt, tout juste enceinte, décide d’aider son mari dans son enquête, et accompagnée de sa sœur Emily qui a épousé un représentant de la bonne société, va fouiner dans ce quartier. Elle se fait même embaucher par le général Balantyne, sous son nom de jeune fille, Ellyson, pour mettre à jour ses notes et ses archives dans le but de rédiger un mémoire sur les différentes guerres auxquels ont participé ses ancêtres. Comme ça elle a un pied dans la place et deux yeux sur le square.

Les investigations de Pitt sont tout juste tolérées, car un policier, même du grade d’inspecteur, est considéré comme un être inférieur, à classer parmi les valets et servantes. Pour autant ses rencontres avec les majordomes, valets, servantes, femmes de chambre ne se révèlent pas inutiles. Et si ce n’est pas lui qui découvre les dessous de certains secrets, c’est Charlotte qui en est témoin.

Ainsi Christina, la fille du général Balantyne se laisserait aller à quelques privautés avec Max, le majordome. A moins que ce soit le majordome qui obéirait aux désirs de sa jeune maîtresse. Il n’en est pas moins vrai que Christina serait enceinte, des nausées et autres petits problèmes indiquant un état dit intéressant. Il faudrait la marier avant que cela soit trop flagrant. Alan Ross serait le gendre idéal, même si deux ans auparavant il fleuretait avec Helena, laquelle depuis a disparu. Encore une énigme.

D’autres cadavres sont cachés dans des placards, et il ne s’agit pas toujours d’une image de rhétorique, tout au moins pour les cadavres.

 

De novembre 1883 à janvier 1884, le lecteur est invité à s’immiscer dans la bonne société et à découvrir les dessous pas toujours très nets de ceux qui se sentent supérieurs. Anne Perry, à l’aide de quelques cas, quelques familles, décrit la société victorienne sans concession. Et met l’accent sur la condition négative de la femme, surtout dans la société huppée constituée de nobles et bourgeois très aisés.

Ainsi Charlotte Pitt, qui a fait un mariage d’amour, alors que sa situation lui aurait permis de prétendre à mieux. Surtout pour ces parents. Et aujourd’hui, au moment où se déroule cette histoire, elle peut enfin lire les journaux.

Avant son mariage, son père lui interdisait ce genre de lecture. Comme la plupart des hommes de son rang, il jugeait cela vulgaire et totalement inconvenant pour une femme. Après tout, ce n’était qu’un salmigondis de crimes et de scandales, et de notions politiques impropres à la considération des personnes du sexe féminin, outre le fait, bien sûr, qu’elles étaient intellectuellement inaccessibles.

 

Les petites incartades des servantes sont considérées avec une certaine mansuétude de la part de certains. Ainsi Reggie Southeron pense, en dégustant son porto dont il abuse quelque peu :

Il y avait peu de distractions dans l’existence d’une servante, et tout le monde savait que les filles, surtout celles qui venaient de la campagne pour s’élever dans l’échelle sociale, ne répugnaient pas à se divertir. C’est bien connu, du moins de ceux qui menaient un certain train de vie. Mais il était fort possible que la police, qui ne valait guère mieux que les marchands ou les serviteurs eux-mêmes, voie les choses d’un tout autre œil.

 

Bien d’autres exemples sur la possible infériorité intellectuelle et sentimentale des femmes sont énoncés dans ce roman, des opinions émises par des hommes bien entendu, mais ceux-ci ne se rendent pas compte qu’ils sont les jouets de leurs fantasmes, engoncés dans leurs préjugés, et lorsqu’ils sont confrontés à la réalité, ils tombent de haut. Mais ce n’était pas encore l’époque où les femmes pouvaient revendiquer l’égalité et au moins le respect.

Anne PERRY : Le mystère de Callander Square. (Callander Square – 1980. Traduction de Roxane Azimi). Collection Grands Détectives N°2853. Première parution mai 1997. 384 pages. 7,50€. Cet ouvrage a été réimprimé à de nombreuses reprises sous différentes couvertures.

ISBN : 978-2264025845

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