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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 08:21

Et lève-toi !

Daniel CARIO : Rappelle-toi, Eve.

Un geste banal, quotidien. Prendre son courrier dans sa boîte aux lettres. Mais, ce qui est moins commun, c’est d’y découvrir un journal avec une mention manuscrite en rouge incitant à se rendre page 9.

La destinataire, c’est Eve Blandine, mannequin de trente cinq ans, habitant une résidence grand standing dans la banlieue parisienne. Pourquoi pas, se dit-elle intriguée. Elle commence alors à lire un feuilleton disposé en colonne sur trois étages, signé Anonyme, et intitulé Le Monstre du parc. Ce n’est que le premier épisode, mais au fur et à mesure qu’elle découvre l’histoire, elle se rend compte que ce texte correspond tout à fait à son enfance, même si la protagoniste se nomme Linda Bévène.

Tout correspond, la profession du père, médecin, de la mère, sage-femme, et même la poupée ramenée de Hongrie et qui se prénommait Irina. Des souvenirs qui étaient enfouis au plus profond de sa mémoire remontent à la surface. Mais Eve est intriguée. Comment cet écrivain peut-il connaître les éléments de sa jeunesse, éléments qu’elle avait elle-même oubliés ? L’angoisse commence à monter et bientôt elle soupçonne son voisin romancier d’être à l’origine de ce qu’elle ne peut pas encore qualifier de harcèlement.

Eve a vécu toute sa jeunesse au Touquet dans une grande demeure entourée d’un parc immense ceint de hautes murailles, éloignée des autres habitations et nichée dans la forêt. Sa mère avait arrêté de travailler à sa naissance et elle ne manquait de rien. Sauf d’amies, car personne n’était invité chez ses parents. Au début elle allait aux anniversaires de ses copines, et copains, d’école, mais cela s’était rapidement arrêté. Elle pouvait se promener dans le parc au fond duquel s’élevait une petite maisonnette. Mais elle ne pouvait s’en approcher, encore moins y entrer. Un monstre y était caché, du moins c’est que l’on lui disait ou qu’elle croyait. Un monstre qui parfois venait perturber son sommeil. Et un jour, alors qu’elle n’avait que dix ans, ses parents sont décédés dans un accident.

Depuis Eve a fait son chemin comme mannequin et elle est fort prisée, fort demandée pour des rendez-vous avec des journalistes et des séances photos. Elle n’a guère d’ami, juste Clara jeune mannequin elle aussi travaillant dans la même agence, ou encore Alfred, le serveur homosexuel de sa « cantine » préférée. Pas d’amant attitré, juste des relations éphémères de passage. Elle protège sa vie privée et voilà que d’un seul coup un écrivaillon s’immisce dans sa vie intime. Un feuilleton rédigé comme un conte de fées mais qui la touche plus particulièrement.

La semaine suivante, à nouveau le journal est glissé dans sa boîte aux lettres. Et cela devient une addiction car lorsque le canard n’est plus déposé, il faut qu’elle se le procure absolument. Ce n’est plus l’angoisse qui la taraude, c’est un début de paranoïa. Elle est persuadée être suivie par des inconnus, épiée, et ses relations professionnelles s’en ressentent. Elle se rend au siège du quotidien afin de connaître le nom de ce feuilletoniste, en pure perte. Elle décide alors de rompre les ponts et de changer d’air. Elle s’installe alors dans un hôtel durant quelques jours à Etretat. Il n’y a guère de clients, pourtant elle ressent toujours l’impression d’être surveillée, épiée.

 

Une histoire intéressante qui effleure les coulisses de la mode, sans vraiment s’y insérer, et montrant les relations entre un mannequin en vue avec son patron, avec un photographe reconnu, ses collègues, son voisinage.

Eve Blandine, surnommée Myosotis, à son initiative, se révèle être un personnage fragile sous des dehors de jeune femme émancipée, sachant que son étoile dans le mannequinat commence à pâlir. Mais ce n’est pas cette facette qui intéresse le lecteur, ni l’auteur d’ailleurs, mais cette jeunesse enfouie qui lui revient subitement en travers de l’esprit.

Cette montée en puissance de l’angoisse qui étreint notre héroïne et qui confine bientôt à une forme de paranoïa entretenue par les insertions du feuilleton, montre une femme en perdition, ne sachant à quoi se raccrocher. Ce voisin qu’elle soupçonne d’être l’auteur des écrits et auquel elle aimerait pouvoir se confier, Clara sa collègue et Alfred qui tentent de l’aider dans ses déboires jouent également un rôle plus ou moins primordial. Et ce sont les révélations qui peu à peu sont dévoilées au lecteur qui apportent une explication convaincante dans une intrigue maîtrisée, ou presque.

Au-delà de quelques clichés, qui auraient pu être évités, il existe aussi une anomalie dans les écarts d’âge entre deux des personnages, des divergences qui fluctuent au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire. De petites erreurs que ne relèveront pas forcément tous les lecteurs mais qui m’ont légèrement choqué.

Mais j’ai apprécié la définition du thriller par l’auteur qui vient justement d’en écrire un et qui ironise peut-être sur lui-même.

Tu ne reconnais pas là les ingrédients assez classiques des thrillers ? Rappelle-toi, ces histoires que des détraqués écrivent dans le seul but de flanquer la trouille à d’autres tordus qui sont assez cons pour les lire. Mon rêve, c’est d’en écrire un qui devienne un best-seller.

Il existe beaucoup de prétendants, mais peu d’élus.

Daniel CARIO : Rappelle-toi, Eve. Collection 100% Groix. Thriller. Groix éditions & Diffusion. Parution le 30 avril 2018. 414 pages. 15,90€.

ISBN 978-2-37419-040-2

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  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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