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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 10:16

En ce temps-là j'avais vingt ans

Sur la télé en noir et blanc…

Et puis y avait le mois d'mai

Qui préparait ses pavés

C'est là qu'on s'est rencontrés

Mouchoir sur le nez…

Sous les pavés la rage. Recueil collectif.

Beaucoup en parle, peu l’ont vécu, ce temps de l’insurrection populaire qui aura marqué une époque et que l’on ne reverra plus malgré certaines tentatives, certains sursauts. La solidarité n’est plus ce qu’elle était et de nos jours, c’est chacun pour soi, et à bas les statuts et les privilèges… des autres.

Que reste-t-il de mai 68 ? Des espoirs déçus, des souvenirs, mais également des libertés acquises qu’il sera difficile, malgré les efforts d’hommes politiques et des factions intégristes de nier et de raboter. Quoi que, dans certains pays, c’est la régression qui prédomine.

Mai 68, ce fut un mouvement de générosité, pas toujours compris comme tel, et pas uniquement à Paris. Car la province elle aussi participa à ce vaste mouvement de rejet d’une forme esclavagiste gouvernementale et patronale qui étendait ses tentacules insidieusement, et l’on en parle un peu plus de nos jours, avec le recul. Sans se rendre compte que cette pieuvre, tel un crabe, recommence à bouffer les ouvriers et les étudiants. Et la répression est plus insidieuse. Personne n’aurait eu à l’époque l’idée de traîner en justice des ouvriers placés en situation de chômage pour une chemise déchirée.

Il y a eu les participants actifs à Mai 68, les étudiants qui ont été une sorte de catalyseur, les témoins passifs qui récupèrent aujourd’hui ce mouvement affirmant y avoir joué un rôle, se forgeant un passé revanchard grâce aux images diffusées par la télévision, ceux qui ne connaissent Mai 68 que par des souvenirs, émus ou non, de la part de leurs parents et de leurs amis, via les journaux, les écrits divers, les reportages et les ouvrages rédigés bien après, les archives qui sont de nos jours proposés à tous.

Mais Mai 68 ne se résume pas à Paris, bien avant la capitale, des villes ont subi des soubresauts, Caen par exemple qui dès le mois de janvier, le 26 exactement, connaissait les prémices de cette révolte avec la grève des ouvriers de la Saviem. Marion Chemin par exemple écrit un texte homage aux ouvriers du Joint français à Saint-Brieuc, entreprise qui l’une des dernières usines à reprendre le travail le 19 juin 1968.

De tous les textes rédigés pour ce recueil commémoratif, certains mettent en scène des actions prises isolément comme Alain Bellet qui raconte un épisode au cours duquel la Sorbonne est transformé en hôpital et voit s’affronter un général des pompier, tenant à la main une clé à molette, et un brigadier de CRS armé d’un bâton désirant entrer dans l’édifice à la tête de ses troupes.

Maïté Bernard nous propose de suivre Mario, un péruvien qui a écrit quelques années auparavant son premier livre, La ville et les chiens. Il assiste en spectateur à ces événements. Paris au mois de mai vécu par le Prix Nobel Mario Vargas Llosa.

Notre-Dame-des-Landes en janvier 2018. Pour Laurence Biberfeld c’est l’occasion de mettre en parallèle des événements qui se sont déroulés cinquante ans auparavant, à Nantes et ses environs, par les souvenirs d’une vieille femme qui a connu ces évènements et qui l’ont délivrée d’un environnement marital malsain. Un regard porté sur un syndicat agricole qui a profité des paysans qui lui ont tiré les marrons du feu pour assoir sa prépondérance.

Mai 68, ce n’est uniquement Paris, comme je l’ai déjà écrit, car d’autres événements secouaient la planète, étant plus ou moins occultés par les projecteurs placés sur la Capitale. Au Viêt-Nam, d’autres combats se déroulaient, comme le rappelle Martine Huet.

Roger Martin nous invite à retrouver ces anciens trublions, des fils de bonne famille, qui une fois la paix revenue et avoir bien éructé contre l’ordre établi sont devenus à leur tour des notables. Ils se réunissent dans une salle versaillaise afin de déjeuner grassement tout en ressassant quelques souvenirs, alors que le louffiat lui n’a pas oublié ses engagements.

Jeanne Desaubry met en scène Dany, Alain et quelques autres qui veulent investir un bâtiment réservé aux filles, elles qui n’attendent que ça, mais le gardien, un facho, leur en interdit l’entrée. Parmi ces jeunes filles Violette et Danette, qui vient du Sénégal, et qui lorsqu’elle ne porte pas de jeans s’attife en costume local de son pays. Danette qui plus tard connaîtra la consécration.

Maurice Gouiran, dans une sorte d’uchronie, revient sur cette défection du Général de Gaulle le 29 mai 1968, se rendant en Allemagne au lieu de Colombey comme annoncé.

Jean-Hugues Oppel, avec son ironie mordante habituelle nous offre une déclinaison des différents Mai 68 de l’Histoire, quant à Sylvie Rouch, elle place son histoire dans une petite ville provinciale, et préfectorale, qui ayant vécu les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, ne se préoccupait pas des bombardements de pavés parisiens. Elle revit un épisode douloureux, qui à défaut d’être compris, a été imputé à Mai 68 en compensation d’une véritable remise en cause familiale des motivations du drame.

Et comme nous le rappelle François Joly : Cinquante ans… Déjà !

Le plaisir de retrouver des auteurs qui se font discrets et se retrouvent avec plaisir dans les grandes occasions, adoubant aussi les petits nouveaux prometteurs, en l’occurrence Cloé Mehdi qui n’a pas fini de nous surprendre.

J’aurais pu (dû ?) vous disséquer tous ces textes dans lesquels beaucoup se sont investis personnellement, puisant dans leurs souvenirs de soixante-huitards, mais cela aurait été par trop déflorer ce qui est pour beaucoup d’entre nous une commémoration.

Frisson, friction, fiction, qu’importe le texte, ce qui compte c’est le souvenir que nous en gardons, et qui reste aujourd’hui comme des ressassements d’anciens combattants.

 

Je vous parle d'un temps,

Que les moins de cinquante ans,

Ne peuvent pas connaître,

Paname en ce temps là,

Balançait ses pavés…

 

Sommaire :

ARRABAL Diego : La lutte des classes tue en mai

BELLET Alain : Réglisse et la clé de huit

BERNARD Maïté : Viva Paris !

BIBERFELD Laurence : Et toc !

BLOCIER Antoine : Frédéric est réaliste : il exige l'impossible

BONNOT Xavier-Marie : L'année du singe

CHEMIN Marion : Quand les chiots deviennent des chiens

CONSEIL Odile : Comme au cinéma

DELAHAYE Dominique : Le goût du café

HUET Martine : La fin de la guerre du Vietnam

JOLY François : Cinquante ans... Déjà !

KRIVINE Alain : La grande obsession

MARTIN Roger : Dîner de gala

DEL PAPPAS Gilles : CRS Love

DAENINCKX Didier : Magasins réunis

FRADIER Catherine : Le temps des aurélies

DESAUBRY Jeanne : Viens là que j'te croque

GAUYAT Pierre : Je me souviens... de 1968

GOUIRAN Maurice : Le coup de Massu

MEHDI Cloé : M'appelle pas Camarade

MONDOLONI : Jacques        La colonie s'ennuie

MONTELLIER Chantal : Jouissons sans entrave !

OBIONE Max : Bunker

OPPEL Jean Hugues : Mais, 68

ROUCH Sylvie : L'herbe des morts

SAINT-DO de Valérie : Le golem de l'atelier

STREIFF Gérard : Le commissaire

VIEU Marie-Pierre : Vertige

VIVAS Maxime : De mai 68 à la maladie sénile du macronisme

WALKER Lalie : Affaire inclassable

Sous les pavés la rage. Recueil collectif. Editions Arcanes 17. Parution le 19 mai 2018. 296 pages. 20,00€.

ISBN : 978-2918721710

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commentaires

huet martine 06/06/2018 02:12

Merci pour cet article élogieux. Notre éditeur n'a pas les moyens de faire beaucoup de com, ça fait plaisir de vous avoir en relai. Et que (re)vivent nos révolutions! Amitié

Oncle Paul 06/06/2018 12:58

Bonjour
Content que ce modeste article vous ait plu mais surtout qu'il intéresse d'éventuels lecteurs. Il le vaut bien. Le recueil, pas l'article.
Bien à vous

Jeanne Desaubry 05/06/2018 20:29

Eh oui, la nostalgie n'est plus ce qu'elle était... Déjà pris ? Bon, on dira que la passé ne repasse pas les plats, la soupe de l"histoire ayant tourné au vinaigre pour tant de gens...

huet martine 06/06/2018 02:15

Pour moi et beaucoup d'autres, on n'a pas vu trop de vinaigre et le bonheur de ces années reste irremplaçable.

Oncle Paul 05/06/2018 20:38

Mais il n'est pas dit qu'une nouvelle soupe ne sera pas resservie, chaude ou froide, aux faquins qui pensent (veulent) imposer leur vision libérale délétère, l'histoire l'a déjà démontré.

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  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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